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HB2B}m
LE NATURALISTE
REVUE ILLUSTREE
DES SCIENCES NATURELLES
AYFX LA COLLABORATION DE MM.
ALLARD, membre de la Société eotomologique de France.
AiVCEY, membre de la Société malacologiquo de France.
AUSTAUT, membre de la Société entomologiqne de France.
BATAILLON, préparateur à la Faculté des sciences de Lyon.
BOCOUUT, cx-conservateur des galeries de zoologie du Muséum do Pans.
BOIS, assistaut do Culture au Muséum d'histoire naturelle de Paris.
BONNET (D'), attaché au hiboratoirc de Botanique du Muséum de Paris.
BONNIER (Gaston), professeur à la Sorbonno.
BOULE, assistaut do Géologie au Muséum do Paris.
BOUVIER, professeur au Muséuui do Paris.
BRONGNIART ^Ch.), assistant .au Muséum d'histoiro naturelle de Paris.
CIIAUVEAUD, agrégé de l'Université.
CHRÉTIEN, membre de la Société entnuinlogique do Franco.
COLOMB, préparateur de Botanique à la Sorbonno.
COSMOVICI (D'), de Jassy.
COSTANTIN, maitre de conféreucos à l'Ecole normale supérieure.
COUPIN, préparateur à la Sorbonno.
CUÉNOT, docteur es sciences, charge de cours à la Faculté des sciences de Nancy
D.AGUILLON, maître do conférences à la faculté dos sciences do Paris
DANGEARD, maitro de Conférences à la Faculté de Poitiers.
DECAUX, membre de la .Société entomologique de France.
DENIKER, bibliothécaire du Muséum de Paris.
DUFOUR, docteur es sciences.
FABRE-DOMERGUE, directeur du laboratoire de Conoarneau.
FOLIN (Marquis de), membre de la mission scientifique du Traimillmy et du
Talimiftn.
GADEAU DE KERVILLE, membre do la Société zoologiquo de France.
GAUBERT, préparateur au Muséum.
GIARD, chargé de cours à la Sorbonno.
GIROD (D' Paul), professeur à la Faculté des sciences de Clermont-Ferrand.
GLANGEACD, attaché au Collège de France.
GOUX, du Muséum d'histoire naturelle de Paris.
GRANGER (A.), membre de la Société linnéenne do Bordeaux.
GRUVEL, chef de travaus à la Faculté dos sciences de Buideaux.
HARIOT, attaché au Muséum d'histoiro naturelle de Paris.
HECKEL (D' Ed.), professeur à la Faculté des scieuees de Marseille.
UOULBERT, Docteur es sciences.
JACOB, membre de la Société de photographie.
JOUSSEAUME (D^), ex-président do la Société zoologique do Franco.
KtEIILER (D'), professeur à la Faculté dos sciences do Lyon.
LAIIILLE, docteur es sciences.
Iv.VT.VSTE (F.), s. -directeur du musée do Santiago (Chili).
LECO.MTE (IL), agrégé de l'Université.
LÉVEILLÉ (H.), ox-professeur au collège colonial de Pondichéry.
M.VGAUI) IV.VITBUSSON, membre de la Société zoologique de France.
IVL'VL.ART, directeur du laboratoire maritime de .Sc-Vaast.
MALINVAUD, secrétaire général de la Société botanique do France.
M.M-LOIZEL, secrétaire bibliothécaire au Muséum de Paris.
MASSAL, attaché au Muséum.
MÉNÉGAUX, agrégé de l'Université.
MEUNIER (Stanislas), professeur de Géologie au Muséum de Paris.
MOCOUARD (F.), assistant do Zoologie au Muséum de Paris.
NOËL (Paul). D' du laboratoire d'ontomulogie do Rouen.
OUSTALET, assistant de Zoologie au Muséum de Paris.
PATOUILLARD, membre do la Société botanique de France.
PIZON (A.), professeur au lycée Janson, Paris.
PLANET, membre de la Société entomologique de France.
PLATEAU, professeur à l'Université do Gand.
POU.IADE, du Muséum d'histoire uaturello de Paris.
POUSSARGUES (E. de), préparateur au Muséum d'histoire naturelle do Paris.
PRIEAL agrégé de rUnivorsité.
RABAUD (Et.), licencié es sciences naturelles.
RAILLIET, professeur à l'Ecole vétérinaire d'Alfort.
REGNAULT, docteur en médecine.
RENAULT, du Muséum.
ROUY , ancien vice-président de la Société botanique de France.
SANTINI (Em.), professeur do sciences.
SAUVINET, assistant de Zoologie au Muséum de Paris.
SAINT-LOUP (Remy), maitre de conférences à l'Ecole des Hautes Etudes.
SCIIAECK (F. de), attaché au Muséum d'histoire naturelle de Paris.
SP.VLIKOWSKI, de Rouen.
TROUESSART (D'), ex-dirocteur du Muséum d'histoire naturelle d'Angers.
VAILLANT, iirofesseur au Muséum do Paris.
XAMBEU (Cap".), membre de la Société entomologique de France.
ETC., BiTC.
a
PARAISSANT LE r ET LE 15 DE CHAQUE MOIS
PAUL GROULT, Secrétaire de la Rédaction
19' Année
11* Année de la S" Série
ABONNEMENT ANNUEL
France 1 0 ir. "
Algérie 10 ,>
Pays compris dans l'Union postale 11 »
Tous les autres pays 12 »
PARIS
LES FILS D'EMILE DEYROLLE, ÉDITEURS
46, itiE DU lîAc, 46
1897
19" ANNÉE
2» SÉRIE — M* «3e
1" JANVIER 1897
LE NATURALISTE
HKVUB ILLIISTHÉE
DES SCIENCES NATURELLES
LES RACES DE L'INDE
LES BEDES
Ce peuple est connu depuis une li.uitc antiquité. Pto-
léniee fait mention do cette rare, et les auteurs sanscrits
eux-mt^mes en parlent dans leurs ouvrages. Ils les dé-
signent sous le nom de Védas.
Assez répandus dans l'Inde, h'.ti Bédés habitent le sud
de la chaîne des Gliattes, les montagnes boisées de
Ceylan et les monts de Mysore et aussi le Bengale où ils
portent tantôtle nom de Bédés, tanKHcelui de Bêdars, tan-
tôt, enfin, relui ilr Vc'Irn-'! nu chasseurs. Entièrement
sauvages, possédant un dialecte intelligible à eux seuls,
ilss'eni])loient, pour vivre, à châtrer les animaux et à
t'alirii|uer des tambours. Fort habiles à prendre des ser-
pents et à exécuter des tours d'adresse, ils passent en
Slnvaio liills : Vue tlYercaud.
outre leur temps à mendier, et au besoin à voler. Cou- l veux et leur barbe pendant en tresse, sans jamais les
verts d'un simple lambeau de toile, ils portentleurs che- | couper ni les nettoyer. Ils habitent dans le creux des
Le Naturaliste, 46, rue du Bue, Paris.
LE NATURALISTE
arbres et dans les cavernes, ol se nourrissent de Iriiils,
de racines, de la viande de toutes espèces d'animaux et
d'aliments que les oiseaux les ]ilus voraces sont seuls à
leur disputer.
Les Bédés no possèdent ipi'une épouse et le divorce
leur est interdit. Ceux du Bengale honorent une divinité
qu'ils appellent Masstt. Celle-ci se complaît au.\ sacrifices
humains. Ceux de l'Inde méi'idionale et de Cpylan n'ont
Shivai'O Hills
ni temples ni idoles; ils rendent un culle, particulier aux
astres, aux esprits de leurs ancêtres (;t aux démntis, qu'ils
s'elTorcent d'apaiser ])ar_des sacrifices. Ils exjjosent leurs
morts dans les forêts et les livrent en pàtun; aux ani-
Cliuti's dr K(;iiiieily.
maux féroces. Très adroits chasseurs, ils excellent à
]ireudro les éléphants.
Les Védars de Ceylan constituent la race aborigène de
cettiî ih', où ils portaient jadis le nom de Yakkos. Après
.Sliivarn Hills : Rochers ilo Kennedy.
la conquête de l'île, il y a environ deux mille ans, ils se l des forêts, imitant ainsi la retraite des autres peuplades
retirèrent sur les montagnes escarpées et au plus profond aborigènes de l'Inde, devant l'invasion aryenne.
LE NATURALISTE
l'iio fraction iIps Biklùs, les Curiimbars de l'inile eonli-
uontalp, ciinnurcMit jadis les jours il(? ploiro, et consti-
tuèrent, dans l'Inde antiiine un puissant royaume. Celui-ci
s'étendait deiiuis la ])rovince d'Orissa et la Ni-rliudda au
nonl iusi|u';i la rivière Velhir au sud. Canjiverani élail,
li'ur capitale. Les temples souterrains et les senl[]tufes
des sept pagodes de Sadras paraissent être l'œuvre de
leurs princes. Les Bédés semblent avoir été un des pre-
miers peuples (pii aient occupé l'Inde dés l'origine. Quand
ils y apparurent, le pays entier était une immense forêt,
habitée par les animaux sauvages. Si l'on en croit la
tradition, les Bédés se livrèrent tout d'abord à la chasse
des bétes féroces; ils n'eurent k l'origine ni forts, ni
huttes, ni rois, ni livres, ni civilisation. Totalement nus,
ils ne connaissaient pas même l'iustitutinn du mariage.
Ils possédaient seulement quelques idées religieuses.
Leur cruauté leur fit donner le nom de Cnrumbars. (J'est
sous ce nom ijn'ils se répandirent de plus en plus, con-
vinrent d'élire un chef et bâtirent les premiers forts.
Aux Bédés, mais sans pourtant avoir de relations avec
eux, se rattaclient les Irulas, dont nous avons parlé au-
trefois, et les Maley-Arasars ou rois des montagnes, peu-
ldades([ue nous avons vues tant sur les Nilgiris que sur
les Shivaroliills, lors de notre séjour dans l'Inde. Ces
Ijenples, tombés au dernier degré de la dégradation in-
tellectu(dle et morale, vont presque nus, vivent de rep-
tiles, d'animaux qu'ils prennent à la course et au piège,
de miel sauvage, de graines et de racines, errent en va-
gabonds, habitant les cavernes, les troncs des vieux-
arbres, les anfractuosités des rochers et offrent en secret
di's sacrifices sanglants au démon, qu'ils adorent sous le
nnni lie liulam.
Nous donnons ici c(uebiues vues des pays huliid's par
les Bédés ou les races qui s'y rattachent.
Hector Léveilli'j.
LE r" JANVIER 1896 EN AMÉRIQUE
ANNIVERSAIRE D'UNE PLUIE ÉTRANGE
Le jour où ce numéro jjaraitra, il y aura juste un an
i|u'un phénomène aussi étrange que rare, frappait de
stupéfaction les habitants de l'Etat de l'Utah, et ceux du
Wyoming. Depuis Oyden jusqu'à Evanston (plus de
180 kilomètres), une i)luie salée s'abattit subitement.
L'eau était si salée que les étoffes mouillées étaient cou-
vertes, une fois séchées, d'une épaisse couche de cristaux
de chlorure de sodium. A Evanston, il y en avait telle-
ment sur les vitres, qu'on ne voyait plus au travers. A
Almy (Wyoming), ville de 23 kilomètres carrés, au ilire
du r»"' C.-T. Gamble, qui en a fait le calcul, l'averse a
déposé plus de 28 tonnes de sel !
La pluie est tombée pendant deux heures environ. Puis
le soleil a réapparu, séchant les surfaces mouillées qui
apparurent alors recouvertes d'une couche blanchâtre de
sid cristallisé : tout avait pris cette teinte uniforme, don-
nant l'illusion lie la neige. Mais quand, avec la nuit, vint
le refroidissement /le la température, on si^ trouva en
présence d'une conséquence fâcheuse et imprôviie de ce
qui s'était passé, dans la journée : les communications
télégraphiques étaient interrompues sur un parcours de
idus de 60 kilomètres. L'exjjlication en est fort simple;
l'eau salée se congela dans les isolateurs et autour d(!S
tiges qui les supportent, et la glace salée étant bonne
conductrice di! l'électricité, le courant se perdit dans le
sol. On dut avoir recours aux pompiers pour laver abon-
damment poteaux et isolateurs avec une pompe à in-
cendie.
Il était, paiiiit-il, cependant quelquefois arrivé dans le
Wyoming que la jiluie ou la neige fussent quelque peu
salées, lorsque le vent souflle de l'ouest, car il rase alors
la surface du tirand Lac salé, situé à plus de 100 kilo-
mètres de Ôyden! Mais il ne faut pas oublier qu'il a une
superficie de plus do !j.300 kilomètres carrés.
Des phénomènes do ce genre ont souvent été remar-
qués à Sait Lake Cily.
Le Raiiroad Gazelle fait remarquer que ces faits sont
sans doute la cause pour laquelle on trouve toujours de
l'eau plus ou moins salée lorsqu'on creuse, dans celte
région, des puits au pied des vastes plateaux.
Espérons que cotte année, les habitants d'Oyden et
ceux d'Evanston [lourront s'envoyer librement leurs
télégrammes de souhaits de nouvel an.
Voilà encore un curieux exemple des pluies étranges.
Ils sont assez nombreux, et nous y reviendrons avec
quelques détails.
Paul .Iacoiî.
UN DERNIER MOT
LA MÉTÉORITE DE MADRID
(;)n se rap]ielle la sensation profonde, portée en
Espagne jusqu'à l'épouvante, que provoqua, le 10 février
1800, l'explosion d'un bolide dans les environs de Madrid.
Les météorites recueillies, fort peu abondantes, sont for-
mées d'une roclie presque blanche à grains, cristallins
très fins et que traversent en tous sens des veinules d'un
noir profond. Grâce à la bonne obligeance de M. J. Mac-
l'herson, je me suis trouvé tout de suite en possession
d'un petit échantillon de cette substance précieuse, que
j'ai déposé dans la riche collection du Muséum, mais
dont j'ai prélevé des parcelles pour un examen prélimi-
naire qui fut communiqué à l'Académie des sciences dès
le 9 mars.
Je n'y reviendrais ]ias s'il ne se trouvait que des chi-
mistes espagnols, ayant repris le sujet avec des maté-
riaux plus abondants, n'avaient cru devoir accompagner
la publication de leurs analyses d'une critique de ma
note. Je suis heureux de pouvoir profiter de la grande
jjublicité du Naluralhte pour rétablir les choses à leur
juste point de vue.
Tout d'abord, voici dans quels termes très concis j'ai
résumé mes déterminations dans le Compte rendu de
l'Académie : « La substance de la météorite contraste,
par sa teinte d'un gris très clair, avec la nuance foncée
de la croûte qui recouvre le fragment de plusieurs côtés.
Cette croûte varie nettement suivant les régions, et ses
caractères dans les différents points permettent de dis-
tinguer la face du fragment qui se trouvait en avant pen-
dant le trajet atmosphérique et celle qui se trouvait en
arrière : daus la première, la croûte est d'un noir rous-
sàtre avec des reflets un peu mordorés très remarqualdes;
elle est relativement mince. Dans la seconde, la croule,
qui est plus épaisse, est d'un noir profond. Au travers de
la roche météoritique se luontrent des veines tout à fait
noires et parfois épaisses de, plus de deux millimètres;
8
LE NATURALISTE
ces veines s'anastomosent entre elles, se bifurquent et,
çà et là, se perdent insensiblement dans la masse. La
densité du fragment, prise à la température de 16°, a été
trouvée égale à 3,o98. Différents essais, faits sur une très
petite quantité dépoussière, soit à l'aide du chalumeau
et de quelipies réactifs, soit au moyen de la liqueur
lourde de M. Thoulet, soit enfin au microscope, ont per-
mis de reconnaître la coexistence de granules métal-
liques très magnétiques, formés de fer nickelé, avec du
sulfure de fer (troïlite), de péridot facilement attaquable
aux acides, des minéraux feldspathiques tricliniques très
maclés et des pyroxènes magnésiens (1). La réaction du
chrome a été nettement obtenue avec de tous petits
grains noirs faciles à isoler.
C'est postérieurement à ma publication que "SI. Bouilla
publia une analyse chimique quantitative, et M. Gre-
dilla un examen microscopique. Leur résultat fut que la
pierre de Madrid appartient à un type lithologique nou-
veau, qu'il faudrait appeler la Madridtte. Je proteste
contre cette conclusion, qui me semble tout à fait illégi-
time, et je persiste, comme au début, à ranger la nouvelle
météorite dans mon ancien type chantonnite où se ren-
contrent déjà un très grand nombre de chutes distinctes.
Dans une lettre qu'il a bien voulu m'écrire récemment,
M. Gredilla affirme que ses échantillons sont trècho'ides
et formés de fragments juxtaposés consistant les uns en
chantonnite et les autres en montréjite. Je ne puis con-
trôler cette assertion et le spécimen du Muséum est en-
tièrement fait de chantonnite.
Tout d'abord il me sera facile de montrer que, malgré
la forme donnée à leur publication, les chimistes de
Madrid ne modifient pas sensiblement mes propres
résultats. Voici, en deux colonnes, la composition miné-
ralogique de la pierre :
D'après M. Gredilla :
Troïlite.
Chromile.
Schreibersite.
Oligolilase.
Augite. )
Eustatile. i
Péridot.
D'après tues essais :
Fer nickelé.
Troïlite.
Cliromite.
Schreibersite.
Feldspath Iriclinique.
Pyro.Nèues magnésiens.
Péridot.
Les différences se bornent à ce qui concerne d'une
part les minéraux feldspathiques et, d'autre part, les
minéraux pyroxéniques.
En ce qui concerne la matière feldspathique, j'en ai
très nettement reconnu la présence et j'avais vu qu'il
s'agit de cristaux tricliniques ; mais je doute fort d'une
reconnaissance sérieuse de l'oligolvlaso. Dans les coupes
minces des pierres comparaldes à celles de Madrid,
les feldspaths ne se montrent guère grains déterminables
cristallographiquement, et on conclut d'ordinaire la pré-
sence de tel ou tel d'entre eux des résultats de l'analyse
chimique ; c'estun procédé extrêmement peu suret si je
suis convaincu qu'il y a des jilagioklases dans la météo-
rite espagnole, je ne voudrais pas garantir que c'est
plutôt de l'oligolclase (|u'un antre ou que le mélange de
plusieurs.
Pour ce qui est des minrraux jiyrûxéniques, il faut
avant tout prévenir un malentendu. Il s'agit, dans ma
détermination, des 3)i/roa;ènes rhombiques de la famille de
(1) Une faute typographique a mis ces trois mots au sin-
gulier dans le Compte rendu, ce qui donuail à ma détermi-
uatiou une pn'cision qu'elle n'avait pas et ijui serait inexacte.
l'hypersthène et non des pyroxènes monocliniques, comme
sont l'augite et le diopside. Ces pyroxènes rhombiques
appartiennent à plusieurs espèces; la plus abondante est
la bronzite,et, à ce titre, la météorite de Madrid reproduit
les caractères de toutes les météorites blanches d'aspect
analogue. On peut voir par exemple que M. Brezina, que
je cite justement parce que j'ai été souvent en désaccord
avec lui, les définit, sous le nom déjà pi'oposé par Gus-
tave Rose de Chondrite, comme étant « im Wesentlichen
aus Bronzit, Olivin, Nickeleisen, bestehend (i) ». Quoi
qu'en dise M. Gredilla, la météorite de Madrid n'a rien
d'exceptionnel, et en particulier elle coïncide exactement
avec les pierres tombées le 3 février 1882, à Mocs, eu
Transylvanie. J'avais "antérieurement compris cette der-
nière chute dans le type lucéite, mais je l'en ai retirée à
la suite de l'étude des veinules noires de certains spéci-
mens qui en font de la chantonnite.
J'ajouterai, en terminant, que je ne conteste''ni la
présence de l'augite ni celle de l'eustatite signalées par
i\I. Gredilla. Mais ces minéraux ne sont certainement
pas essentiels. J'ai rencontré bien souvent, on peut dire
ordinairement, de l'eustatite dans des pierres analogues
à celles de SLadrid, soit en géodes (et j'ai même décrit
dans le temps la plus lielle géode de ce genre qu'on ait
jamais signalée), soit en groupements radiés constituant
le siiueletto d'un grand nombre de ces globules que
Rose a désignés sous le nom de chondres. Mais les chondres
sont aussi nomlireux dans les montréjites qu'ils sont
rares dans les lucèitcs et dans les chantannites.
Je crois devoir ajouter, à cette occasion, qu'il résulte
d'expériences que je n'ai pas encore terminées, mais qui
promettent quelque perfectionnement dans l'analyse
immédiate des météorites, qu'on peut distinguer la bron-
zite même très peu' ferrifère, de l'eustatite à l'attaque
([u'elle éprouve d'un courant de chlore au rouge, après
lequel elle est devenue partiellement solulile dans les
acides.
Si, dans l'avenir, quelque circonstance favorable met
le Muséum en mesure d'augmenter sa quantité de météo-
rite de Madrid, je ne manquerai pas d'ailleurs de com-
jiléter avec elle la série de nos lames minces et je sou-
mettrai sa composition à uu contrôle no\iveau.
Stanislas Meunier.
La i^ixestion des Sources
La question des sources, si importante au point de vue de
l'hygiène, intéresse encore bien plus le géologue, car c'est lui
qui permet à l'ingénieur de diriger ses travaux avec méthode.
Une première erreur très répandue dans le monde, c'est de
voir dans la recherch'e des sources quelque chose do mysté-
rieux : il faudrait avoir un don spécial, un génie à part! Sans
doute, il faut pour cela des connaissances spéciales; mais on
ne naît pas plus découvreur de sources t[u'on ne naît géologue.
C'est l'étude qui permet do savoir ce que l'on doit faire en
pareil cas. Il faut certainement avoir un jugement droit et ré-
Héchi; mais c'est en cela comme en toute autre chose, quand
on est ingénieur. N',a-l-on ))as vu des municipalités faire ap-
peler des bergers munis d'une baguette magique pour tout
diplôme? Cela me rappelle une de mes arrière-grand' tantes,
abbesse mitrée dans un couvent cloîtré au sommet d'une colline
qui tenta d'un coup de crosse faire jaillir l'eau du rocher. Sa
foi naivo excusait son ignorance : mieux vaut imiter Moïse
que de s'en rapporter aux devins du village. Et puis cette
(I) l>ie Meleorischersammlung der KK. llofmuseum, am
i" mai 1803 (Vienne).
LE NATURALISTE
sainte femme agissait par elle-m<Mnc; pourquoi les éclievins
no confiaient-ils pas i\ leurs ingi'nieurs le soin de tenir la ba-
guette de couili'icr qui s'incline d'elle-même au-dessus des
sources ; au lieu de la confier à un ignorant, qui peut la ma-
nœuvrer sans en avoir conscience, par auto-suggeslion, quand
il croit avoir trouvé la source?
Une secoude erreur presque aussi répandue, c'est de croire
que les sources vicnuent du tond de la terre. Sans doute, on
trouve, dans les pays volcaniques, des sources d'eau chaude
très minéralisées, qui viennent do plusieurs centaines do mé-
trés de profondeur; mais dans les terrains de sédiment, les
sources ne viennent pas d'en bas, elles viennent, au contraire,
d'en haut : leur partie souterraine est toujours au-dessus du
plan de leur point d'émergence. Si on trouve des sources sur
le plateau des montagnes, ce n'est pas à leur sommet, mais
dans leur partie déclive. La question des sources est une ques-
tion do niveau; or l'eau ne monte pas, à l'état liquide, elle
descend toujours, sauf dans les vases communiquants !
Nos collines sont simplement des lémoiiix de la hauteur pri-
mitive du terrain, raviné par le.s eau-x de pluie qui ont formé
les v.iUées d'érosion, où coulent les ruisseaux, les riviéies et
les fleuves. Quant aux sources, elles viennent tout bonnement
de la pluie qui tombe sur les plateaux des collines Cela est si
vrai, qu'elles sont plus abondantes après île longues pluies, et
qu'elles tarissent toujours un peu, quand il a été longtemps
sans pleuvoir L'eau de jiliiie tombe sur les collines, s'inlilire
dans le sol, et en traverse les différentes couches, en se char-
geant de ce qu'elle y peut dissoudre, jusqu'à ce qu'elle soit
arrêtée par une couche imperméable d'argile. Elle suit cette
couche dans toutes ses dépressions, la ravine d'une foule de
petits canaux raméfiés comme des veines, qui vont en grossis-
sant, jusqu'à ce ([u'elle finisse par gagner l'endroit où se
trouve le prolil de la colline. Théoriquement, la source est là!
C'est la source cachée aux regards des hommes et que la géo-
logie leur indique mieux que toutes les baguettes magiques.
Dans le fait, elle émerge plus bas, car la pente de la colline
est elle-même recouverte d'éboulis provenant du sommet et de
terre végétale. Aussi, l'eau s'infiltre-t-elle dans ces terrains de
dégradation, pour devenir visible un peu plus loin, et pro-
duire des ruisseaus ou des marécages, ou tout au moins pour
donner à la végétation desséchée un ton vert tout particulier.
La moindre habitude fait dire aux enfants de dix ans : là, il y
a une source. Aussi, en faisant tout le tour de la montagne,
on trouve toutes les sources à peu prés à la même hauteur,
quand la couche d'argile est horizontale. L'épaisseur varinble
de l'éboulis à traverser fait que la source peut afileurer un peu
plus haut ou un peu plus bas.
Pour sim)dilicr les choses, nous avons supposé qu'il n'y avait
qu'une seule couche imperméable; mais cette couche peut pré-
senter des solutions de continuité, qui permettent à une
partie de l'eau retenue de descendre plus bas et de traverser
d'autres couches plus perméables, jusqu'à ce qu'elle soit ar-
rêtée à son toui' par un second lit d'argile placé plus bas que
le premier. On a alors une seconde ligne de sources, souvent
plus importante que l'autre, parce que son périmètre, excen-
tri(|ue par rapport à la première, est forcément plus étendu.
Le grand secret de la captation des sources, quand on a
reconnu les principales veines qui doivent être recoupées par
les tranchées, c'est d'ouvrir ces tranchées le plus prés pos-
sible do la bordure de la couche d'argile sêdimentaire, afin de
ne pas laisser de jour entre celte bordure et le fond de la
tranchée. Sans quoi, une partie notable de la veine ou de la
nappe liquide peut s'infiltrer à travers cette solution de conti-
nuité, et passer sous le fond de la tranchée, malgré sa pro-
fondeur. D'ailleurs on comprend qu'on n'a aucun intérêt à
faire descendre celle-ci plus bas que la couche imperméable.
Son fond doit lui faire suite sans la moindre interruption.
Tout le talent de l'ingénieur consiste iirêciscment à éviter le
plus |)0ssible la déperdition de l'eau qui peut s'infiltrer entre
les deux. Nous supposons, bien entendu, que toutes les veines
imporlantes ont été reconnues et qu'il n'en a pas oublié une
seule. La faible quantité d'eau, qui reste dans la rivière voisine
après le cajitage, montre jusqu'à quel p"int le (;aptage a ê-té
complet dans son exécution.
D' BoccoN.
DESCRIPTION DE DEUX ESPÈCES NOUVELLES
de Singes
DE LA COLLECTION DU MUSÉUM DE PARIS
La riclio collecliou ili^ Primates qui figure dans les
galeries du Muséum renferme deux espèces (un Cerco-
cèlio et un Macaque) déierminées et dénommées par
M. le Professseur Milne-Edwanls, mais qui n'ont pas
encore été décrites et peuvent èlre considérées comme
inédites.
M. M ilne Edwards m'ayanl autorisé à inildier la diagnose
de ces deux espèces dans la seconde édition du Catalogue
des Mammifères vivants et fossiles actuellement sous presse,
je crois utile d'en donner ici une description jikis com-
plète.
\. — C'eucocehus .\r;iLis, M. -Edwards, 188fi.
Cercocebus artulnis (jracitibus, niijro fnlvoquc variegatus
{siatt in Ccrcopitli. callithricho, sed obsciirior), pilia alter-
natim fulvo et nigro annelatis, sitbtus albieantibus ; facie,
auribus, pedibusque nigris; pilû frontis erectis; cauda
longitudinem corporis cum capitc paiilo superante, cum
dorsû concolore, pilis curtis vestita; Cercocelio albigena
minor (Mus. Paris). — Congo intiriore, a De Drazza.
Ce Cercocèbe, découvert dans l'intérieur ilu Congo par
M. de Brazza, a fait partie de l'Exposition des objets rap-
l)0rtés par ce voyageur et organisée en 1886 au Muséum.
Ses caractères n'étaient connus quepar l'indication insuf-
fisante donnée par M. Rivière dans l'article qu'il a con-
sacré au compte rendu de cette exposition (1), indication
qui semble avoir échappé à la plupart des naturalistes.
Le Cercocèbe agile est remarquable par ses membres
grêles qui contrastent avec les formes robustes de la plupart
des espèces de cegenre, nolammenUbiCei'cocebus albigena
(Gray},(iui habite aussi le Congo. La nouvelle espèce s'en
distingue à première vue par son pelage tiqueté, chaque
poil étant annelé alternativement do brun et de gris
fauve comme chez la Guenon Callitriche, mais l'ensem-
ble du pelage parait plus foncé. Les poils de la tète et du
dos sont plus nettement annelés que ceux des lianes, de
sorte i|ue la teinte passe insensiblement au fauve brun,
puis au fauve clair et au blanc sous le ventre. L'extrémité
des quatre membres est d'un gris foncé. Cette dernière
couleur est aussi celle de la queue qui est grôle, couverte
de jioils courts, unicolore, le dessous n'étant pas plus
clair que le dessus, mais avec la toufl'e terminale blan-
châtre. Les parties nues, c'est-à-dire la face, les oreilles,
les mains et les pii'ds, sont noirâtres.
La disposition des poils de la tète est caractéristique :
ceux du sommet de la tète sont assez longs et drcssiJs en
brosse : ils paraissent diverger d'un point central en
forme de houppe, mais ne sont pas rabattus ni séparés
par des raies. Les poils qui ombragent les yeux en guise
d(î sourcils, sont seuls dirigés hori/.ontalement en avant,
comme c'est d'ailleurs l'ordinaire chez la plupart des
( 'ercoi)itliéciens ; ceux des joues sont longs et forment de
grands favoris étalés en éventail, mais non relevés en
arrièro et en haut comme ceux d'autres espèces.
(1) Revue Scientifique, 18SC, XII, p. 15.
10
LE NATURALISTE
CIMRNSIONS :
Corps avec la Icte 0 »>, 63
— (sans la tête) 0 ,45
Queue (sans la touffe terminale) 0 , C4
Paume de la main 0 ,09
Avant-bras 0 ,20
Plante du pied 0 ,16
Jambe (longuoui- du tibia) 0 ,21
L'ospèce doni, 1(î Cercocebus agilis se rapprorlip In plus
pst évidpmmi'nt lo Cercocehux yaltritus [Petors (1)] de
rAfriqun oriciilalc (Mitola) dont le pelage est également
tiqueté, et (jui présente des formes grêles. Mais la dispo-
sition des poils de la tête est différente dans les deux
espèces. Si la figure que Peters a donnée de son Cercocèbe
est exacte, <;e singe présente une coiffure aplatie très carac-
téristique, i-ap|]eiant celle du Macaiiue lionnet-chiuois
(Macacua sinicus, L.). Comme rindi(iue le nom de » gale-
ritus », c'est une sorte de iicrruque ilout les poils rayonnent
d'un point central et se divisent en trois touffes rabattues
etdivergentes, séparées par dos raies très nettes, une touffe
antérieure et deux latérales. Tout autre est la disposition
des poils chez le C. agilis, dont la chevelure se dresse en
houppe, imitant la coiffure dite « enracinea droites «. Il
est donc inqiossihle de confondre l'espèce de l'Al'riciue
occidentale (Congo français) avec celle de l'Afrique
orientale précédemment connue.
II. — Macaci;s Harmandi, M. Edw. (Musée de Paris).
Macacus fiixco-nigcr, infrù pallidior, pilis haitd annclath ;
orbitis, geiiis, genubun, prymnisque badio tinclis ; cauda
brevissima. — l'utlits fulvo-griseus. — Monte Chantidioun
(Siam), a Doctore llarmand.
Ce Macaque est remarquable par sa couleur sombre,
presque noire, teinte qui ne se retrouve au même degré
dans aucune autre espèce du genre et qui rappelle le
Cijnopitheciis niger (Desm.) des îles Célèbes. Le Macacus
muunis (F. Cuv.) qui habite également Célèbes est
beaucoup moins foncé et présente d'ailleurs des formes
moins robustes.
Le Macacus Harmandi est d'un brun très foncé parais-
saut complètementnuirlorsqupl'animal est dans l'ombre.
Le jielage est formé de poils très longs sur le dos et les
flancs (H à 12 centimètres), remarquablement lisses et
brHlanU,cc qui contribue à les faire paraître plus foncés.
Ces poils sont un peu plus clairs à l'intérieur des jambes
et sous le ventre où ils passent au brun roux. Cette même
couleur se retrouve aux genoux et au pourtour des callo-
sités fessières; mais cette teinte pourrait bien être artifi-
cielle, comme on l'observe sur d'autres singes. Le pour-
tour des orbites, les pommettes des joues et les callosités
sont d'un rouge bai ou carminé ; le museau, le centré des
callosités et les quatre extrémités sont noires. La queue,
très courte, n'a pas plus de A centimètres sans la toulfe
terminale de poils. Les poils du front sont courts, divi-
sés sur la ligne médiane et appliqués de chaque côté en
forme de bandeaux ; sous le cou il existe une petite
barbe qui ne s'étend pas jusqu'au menton. Les formes
trapues et la taille sont celles du Macacus arctoides
(Geoff.). Un très jeune individu provenant de la même
localité est d'un gris fauve assez clair.
(1) M. B. Akad. Berlin. 1819, p. 830, pi. 1 B.
DIMENSIONS :
Corp.s avec la tête 0™, 63
Queue 0 , 03
— avec la touffe terminale 0 , 05
Paume de la main 0 , Il
Avant-bras 0 , 17
Plante du pied 0 , 14
Jambe (tibia) 0 , 23
Cette nouvelle espèce est voisine du Macacus arctoides
par ses propoi'lioiis robustes et la coloration de sa face;
mais aucune des nombreuses variétés décrites et figu-
rées jiar les auteurs, notamment par M. Anderson (1)
— M. melanotus (Gray) et M. brunneus (Andcrs.), par
exemple, . — ne ])résente des teintes aussi foncées ni lo
pelage lisse et iirillant qui la caractérise. Chez M. arctoides
le pelage est toujours plus ou moins tiqueté; chezM.ffar"-
mandi au contraire, tous les poils sont d'une teinte uni-
l'orme, même sous le ventre oit la couleur plus claire du
I)elage permettrait de distinguer les anneaux s'il s'agissait
simplement d'une variéti' nègre de M. arctoides ou d'un
mé/ani'sjne accidentel.
Dans l'état actuel de la science, on doit donc consi-
dérer cette forme intéressante comme constituant une
espèce distincte propre aux montagnes qui séparent le
Cambodge du royaume de Siam, à peu de distance de la
mer, dans la parlio orientab' du golfe de Siam.
D"- E. TnOUESSART.
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M. de Keihervé, à Lacres par Samer (Pas-de-Calais),
offre et demande des Gyrinides du globe.
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(t) Anatom.
pi. I et II.
and Zool. Researches of Yunnan, 1878, p. 45,
LE NATURALISTE
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L'ERODIUM BÂTTAÎfDIERIANÏÏM linuy
ESPÈCE ALGÉRIENNE NOUVELLE
En compulsant récemment les Erodium de mon herbier,
afin de préparer li'S diagnoaes des Erodium .lacriiiiiiianinn P.
cl iM., teniiisecluiii G. et G. liltoreiiin l,ém.. pour le l'asciculc
VI des llliisha/iones pluntanim Europ.v rafioriiin, et relies
des espèces de ce goure pour le louielVde \a.Eloi'edc France,
je me suis apen-u que je n'avais pas encore donné la descrip-
tion d'un Erodium iurdittrouvé, eu mai 1S92, eu compagnie de
Mme Uouy et de JIM. Charpentier, de Naiiteuil et Pellercau,
dans les gorges du Chabet-el-Akhra (chaîne des Babors), entre
Sétif et Bougie, plante qu'avait également vue M. Poisson,
assistant au Muséum, qui avait aussi appelé sur elle mon at-
tention.
Depuis lors, cet Erodium existe dans mes collections sous le
nom de E. Ballandic.rianum, car je t'avais dédié aussitôt à
mon ami M. Battandicr en souvenir des excellentes excursions
qu'il nous lit faire, ainsi que SI. le D'' 'l'rahut, eu Algérie eu
189-2. Voici sa description:
K.Battaudierianum. — Radiée perenni fusiformi satis gracili
stipulis coronata. Caule millo. Foliis radicatibtis nunierosis
longe petiolatis limbo ptibesceiite amhilu orbiciilnri irreijii-
lariler crenalo rariiis Irilobo lobis fere œr/iiatibus dentatis.
Peliolix leuuibu? s;epissime limljo 2-i-plo Innr/ioribiis. Scapis
gracilibus rniillifloris, umbelliirtnn radiis eloiigrilis pariiin
iii:pi/ualibiis ; hracleoWs ovato-acutis ruiescentihus. Sepnlis
apice late seariosis hreuissbne inucroniilitlis loiii/e elliplicis
striatis pubescentibus ; /je/n/i's magnis rosels ;f.\.iim'mum Hla-
mentis hirsutis sterilibus late oblongis apice rotundalis. Car-
pidiis oblongis longe pilosis a'me plica coiicenlrica, rostro
eloiif/uto glabro, robusto.
Hab Algérie : rochers herbeux et bords des fossés à l'entrée
et jusqu'au milieu des gorges du Cliabet-el-Akhra, entre
Kerrala et Bougie (3 mai 1S92).
Plante appartenant au groupe des Acaidia Batt. et Trab.
{FI. .ilg., p. 125) et comprenant, en outre, pour la région
composée du Maroc, de l'Algérie et de la Tunisie, les E. as-
plenioides'WMd.j Atlanticum CoBS. et C/wuletlianuin Coss. Ce
dernier que je possède des récoltes de Choulotte, de Cossou
et du D' Julien, s'en écarte k première vue parles feuilles bi-
pinnatiséqués (1). LE. Atlanticum, d'après mes exemplaires
du Djebcl-Aziwel, Ait-Adouyous {Marocj, en diffère par les
.feuilles i limbe ovale presquetriséqué, à lobes profondément
dentés, le médian subtrilobé ou triparti!, les scapes pauci-
Oores (1-3-flores au lieu de 3-n-Uores), les Meurs une fois plus
petites et le bec des carpelles très grêle. Enfin \'E. asplenioides
Villd. [Geranimn asplenioides Desf. FI. AUa>U.,2,\t. lOO.t. 16S)
en est distinct, d'après la planche de Dcsfoutaines et mes
exemplaires algériens du Djebel Bou-Chenak {Icr/. i. Reboud),
et du Djebel-Maruuf près El-.Miliah [leg. Cossoul, par les
feuilles velues, à limbe ovale S-ii-lobé, le lobe terminal sensi-
blement plus grand et sublobé, les rayons de l'ombelle très
iuégaux, les sépales mutiques, larges, elliptiques ou ovales,
les pétales violets, le bec du double plus long et plus gros.
Il me parait inutile d'insister sur les caractères dillérentiels
qui séparent l'E. Ilallandierianum des autres espèces vivaces
acaules européennes ou orientales qui toutes, même 1'^. liois-
sieri Coss. [E. asplenioides Boiss., non Villd.), présentent des
feuilles pinuatiséquées ou bipinnatiséquées.
G. RouY.
(I) Les sépales sont indiqués par erreur mutiques dans la
Elorede l'.llge'rie : ils sont brièvement mais nettement mucro-
nés, surtout sur les exemplaires, cultivés à l'école de Méde-
cine d'Alger, que m'a remis en 1892 M. le D'- Trabut.
ANIMAUX
Mythologiques, légendaires, historiques, illustres,
célèbres, curieux par leurs traits d'intelligence,
d'adresse, de courage, de bonté, d'attachement,
de reconnaissance, etc.
Corbeau. — Au sujet de cet oiseau fameux, Pline
dit (Hisloriarum mundi lib. X, cap. X\) : « Tous les
autres oiseaux du rnèuie peure chasseat leurs petits du
nid et les contraignent à voler; les corbeaux, quoiqu'ils
ne vivent pas uniquement de chair, font la même chose ;
ils ne souffrent pas même que leurs petits, devenus adultes,
demeurent dans leur voisinage. Aussi n'en voit-on pas
plus de deux couples dans les cantons peu étendus; il n'y
eu a jamais qu'im dans les environs deCranon.en Tlies-
salie ; le père et la mère cèdent la place à leurs enfants.
Les corbeaux produisent avant le solstice; ils sont ma-
lades soixante jours, et souffrent surtout de la soif avant
la maturité des figues d'automne. La corneille, à cette
époque, commence à être allaijuée de cette maladie. Les
corbeaux pondent ordinairement cinq (cufs. Le vulgaire
croit qu'ils pondent ou s'accouplent par le liée ; que, ]iour
cette raison, une l'emmc enceinte, si elle mange un œuf
de corbeau, rendra son enfant par la bouche, et qu'en
général elle accouchera dillicilemeiit si ou porte un œuf
de corbeau dans la maison. Aristote nie expressément
que le corbeau, pas plus (jm^ l'ibis euEgypte, s'accouplent
de la sorte: les baisers qu'ils se donnent si souvent ne
sont jias différents de ceux des colombes.
<c Les corbeaux seuls, dans les auspices, paraissent
avoir l'intelligence des choses qu'ils annoncent. Leur
plus sinistre présage a lieu quand ils étouffent leur voix
comme si on les étranglait. »
Nous reviendrons à Pline tout à l'heure.
Le corbeau est souvent mentionné dans la Bible, l'éty-
mologie de son nom, oreb, 'orab, vient d'une racine si-
gnifiant être noir. Un corbeau fut envoyé par Noé hors
de l'arche pour voir si les eaux s'étaient enfin écoulées ;
Genèse, viii, 7 : « Et il lâcha un corbeau, qui sortit, allant
et venant, jusqu'à ce que les eaux séchassent sur la
ferre. »
Le corbeau était un oiseau impur chez les Hébreux ;
Woitique, xi, 13 :« Entre les oiseaux vous tiendrez ceux-
ci pour abominables et l'on n'en mangera point: savoir...
15. Toute espèce de corbeau. » Sous ce nom générique
étaient évidemment com[n-is les freux, la corneille, la
pie, etc.
8ur l'ordre de Dieu, les corbeaux furent chargés de
nourrir le prophète Elle près duruisseauCarith. : IIlRois
XVII, 3 : Il Va t'en d'ici; va vers l'orient et cache-toi sur
les bords du torrent de Carith, qui est en face du Jour-
dain. — 4. Tu boiras là de l'eau du torrent: j'ai ordonné
aux corbeaux de t'y apporter de la nourriture. — 6.
Les corbeaux lui apportaient du pain et de la viande, et
le soir aussi du pain et de la viande, et il buvait de l'eau
du torrent. »
Les Ecritures mentionnent souvent le corbeau comme
témoignage de la bonté de Dieu envers ses créatures :
Job, xxxviii, 41. i( Qui préjiare au corbeau sa nourri-
ture lorsque les petits, courant çà et là, crient vers Dieu,
]iarce qu'ils n'ont rien à manger'^ »
Psaume CXLVI, 9. « Qui donne aux bétes la nourriture
16
LE NATURALISTE
qui leur convient, et qui nourrit les petits des corbeaux
invoquant son secours? »
Luc, XII, 24. Considérez les corbeaux ; ils ne sèment ni
ne moissonnent ; ils n'ont ni cellier ni grenier; cepen-
dant Dieu les nourrit. Et combien leur êtes-vous supé-
rieurs? »
Ils sont énumérés avec la chouette, le héron, etc.,
pour marquer la désolation et la ruine futures d'Kdum ;
Isiiie, XXXIV, 12. « Le butor et le hérisson la possédi'i-oiU,
(ridumt'c): le héi'on et le corbeau y établirdiil leur
demeure, » etc.
lien est de même pour l'Assyrie : Sop/jonù-, il, 14.
« Les troupeaux se reposeront au milieu d'elle (Assur),
ainsi que toutes les bétes des pays d'alentour. Le butor
et le hérisson habiteront dans ses riches vestibules, les
oiseaux crieront sur ses fenêtres, et le corbeau au-des-
sus de ses jiortes, parce que j'anéantirai toute sa puis-
sance. »
Les cheveux du Bien-aimé, dans le Cantique des Can-
tiques (v, H), sont comparés au noir et brillant plumage
du corbeau : « Sa tète est comme un or très pur ; ses
cheveux sont tout frisés et noirs comme le corbeau. »
Le corbeau était consacré à Apollon ; aussi Stace dans
sa Thébaïdc (III, v. KOO) l'ajipelle-t-il noir compagnon du
dieu au trépied, et Pétrone (Satyricon, 122) oiseau de Del-
phes.
Ovide (ilelamofplioses, liv. II, v. S34 et sqq.) et Hyginus
{Fable 202) disent que jadis le corbeau était blanc, mais
qu'il fut noirci complètement par Apollon pour lui avoir
fait connaître l'infidélité de sa maîtresse Coronis, en ce
moment sur lo point de donner le jour à Esculape. Il y a
toujours eu comme cela des gens qui se mêlent de ce qui
ne les regarde pas. Irrité au suprême degré, le dieu perça
d'une flèche le corps doulilement sacré de la malheu-
reuse princesse, arracha l'enfant de son sein, et le confia
aux soins du Centaure Chiron, ce vieil érudit qu'on ren-
contre si souvent dans les récits mythologiques; mais
bientôt désolé de la perte de celle qu'il avait tant aimée,
et reconnaissant (trop tard, hélas ! pour la réhabiliter;
l'innocence de sa maîtresse, il tourna ce qui lui restait
de colère contre son tropbavard satellite, et il lui noircit
complètement les )duraes.
Selon qu'un corbeau apparaissait en l'air, volant à
votre droite ou à votre gauche, c'était un bon ou un
mauvais présage; ainsi, pour une foule allant dans les
deux sens d'une route, le même corbeau présageait du
malheur aux uns et du bonheur aux autres.
Il annonçait la pluie etles orages par ses croassements.
Nicandro y fait allusion au vers 406 de ses Thériaques :
« Lo milan, le vautour et le corbeau annoncent la
pluie eu criant. «
Lucrèce {De naturd rerutn, \ih. V, v. 1082 et sq.) dit
aussi :
Et partim mutant cum tempestatibiis una
RauL-isonus c.intus coruii.'um et .saecla vetusta,
Corvorum(|uc grèges, abi aquain dicuntur et imbres
Poscere, et interdum ventos aurasque vocare.
« Leurs chants rauques changent souvent à l'approche
des tempêtes; telle est la corneille séculaire, et les nom-
breuses troupes de corbeaux dont l'àpre croassement
semble demander la pluie, les vents et les orages. »
Ils étaient connus comme ne vivant que de carnage et
dévorant les cadavres des supphciés. C'est ce que dit la
Bible dans lesProverbes, xxx, 17: « Que l'œil qui insulte
a son père et qui méprise sa mère, soit crevé par les cor-
beaux des torrents et mangé par les petits de l'aigle. »
Horace, dans VEpttre xvidu livre II, vers 48, fait allusion
au dicton romain : donner à manger aux corbeaux, c'est-
à-dire être attaché au gibet :
non pasres in cruce corvos.
« Ton corjjs ne servira pas de pâture aux corbeaux. »
Catulle, dans son Epigramme cviii contre Cominius,
parlede cet attrait invincil)le qu'ont lesyeux pour le cor-
lieau : <• Si tu mourais.
Non equidem dubito qiiin primùm inimi.-a bonorum
Lingua e.xsecta avido sit data vulUu-io ;
Effos.sos oculos voret atro gutture corvus,
Intestina canes, caetera niembralupi,
je ne doute pas ijue ta langue, ennemie de tous les
gens de bien, ne fut d'abord coupée et livrée à l'avide
vautour ; le noir corlieau creuserait à coups de bec et
dévorerait tes yeux; tes entrailles seraient jetées aux
chiens, et les loups se disputeraient le reste de tes
membres. » — Il y en aurait pour tout le monde.
Aristophane, dans les Oiseaux, dit aussi : « Le corbeau
arrive et, volant avec précaution, il crève à coups de bec
les yeux du parjure. » Et, plus loin : « Les corbeaux ar-
rachent les yeux dos bieufs lafiourant les champs et des
brebis qui y paissent. »
Saint Grégoire de Nysse, dans son i/omé/ie xiii, appelle
les corbeaux : « crapxoêôpov t(ôv ètpôaXixwv à^avicTTtxov * des-
tructeurs des yeux des carnivores. »
L'écrivain arabe Alcazuin dit également : « Il se pose
sur tous les grands animaux qui sont dans les champs,
les chameaux, les chevaux, mémo sur l'homme, et il
s'oll'orce de leur arracher les yeux. » Du reste, au cha-
pitre xx.xv du livre VII de son De rerwnvarietate, Cardan
dit cela de beaucoup d'autres oiseaux: « Il n'existe aucun
genre d'oiseaux de forte taille, soit poules, soit paons,
soit corbeaux, grues, cigognes, etc., même apprivoisés,
qui, s'ils sont près de vous, ne cherchent à vous crever
les yeux. »
Le proverlie ; « Les loujjs ne se mangent pas entre
eux » avait jadis un pendant : « Les corbeaux ne se crè-
vent pas les yeux entre eux. » Nous lisons dans Gré-
goire de Tours (Hisloria Francorum, lib. V, cap. xix) que
deux évêques qu'il croyait ses bons amis (Bertrand, de
Bordeaux, et Raguemod, de Paris) l'avaient dénoncé au
roi Chilpcric comme tenant des propos diffamatoires
contre lui. Le roi l'envoya aussitôt chercher par un offi-
cier du jialais : « Dès que le roi m'apergut, il me dit :
O Evêque, tu dois distribuer à tous la justice, et cepen-
dant je ne reçois pas de toi ma jiart de justice ; mais tu
soutiens l'iniquité, et tu justifies bien le iiroverbe : « le
corbeau ne crève pas l'œil du corbeau ! »
Le naturaliste anglais Pennanta raconté l'histoire d'un
gros crapaud apprivoisé, qui passait toute sa journée
sous un escalier et, le soir, pénétrait dans la salle à
manger dès qu'il y voyait de la lumière. On l'avait habitué
à se laisser mettre sur la table, où il recevait une large
provende de mouches et de vers; il se dressait même sur
ses pattes de derrière, lorsqu'on tardait trop, et essayait
de grimper contre l'un des pieds de la table. Il fut de la
famille pendant trente-six ans, et il aurait sans doute vécu
bien longtemps encore, sans un infernal corbeau, com-
mensal de la maison, qui s'amusa un jour à lui crever un
œil. Santini de Riols.
Le Gérant: Paul GROULT.
Paris. — Imprimerie F. Levé, rue Cassette, n.
19» ANNÉE
2» Sékie — X' Sîir
13 JANVIER 1897
LES mis DE IIIITI l)E SHSSEl-PyiiniCT
Le Bitume, ai)|)olé aussi Pissasplialle, Poix minérale,
Goudron minéral, ost une substance molle, glutineuse,
se ramollissant pendant l'été, et s'atlacliant'aux doigis.et
se durcissant |ien(lanl les l'roids. De couleur noire, il esl
solulile dans l'alcool avec un résidu bitumineux, etsoluble
complètement dans le napbte et l'essence de térébenthine.
Il forme à l'yrimont près de Seyssel, département de
l'Ain, sur la rive droite du Rhône, une exiiloitation ix}-
dustrielle.
Le liitume se trouve en veines dans le calcaire urgo-
nien, comme le montre l'échantillon ligure, mais il im-
prègne plutôt ce calcaire et forme l'asphalte industriel.
Le, calcaire imprégné est do couleur brun noirâtre se
réduisant en grains aux doigts: il conlient 12 0/0 de bi-
tume .
L'exploitation se fait dans la colline de Pyrimont, i[ui
s'étend sur une longueur de 400 mètres et une largeur
de dOO à 120 mètres. 11 y a sept couches de calcaires
asphalti(]ues séparées par sept zones stériles. Ces couclies
sont parallèles et concentriques à un cône de calcaire
formant le centre du mamelon. Le tout est surmonté de
molasses dont quelques parties sont imprégnées de
bitume et d'une grande masse d'alluvions provenant du
Rhône.
Le calcaire bitumineux provenant de Pyrimont est traité
à Seyssel pour formcn- le mastic d'asphalte qui sera em-
ployé dans l'industrie.
On réduit en poudre les moellons il'asphalte au moyen
d'un concasseur. C'est une paire de cylindres armées de
dents qui réduisent l'asphalte en morceaux de la gros-
seur d'une noix. Ces morceaux sont ensuite réduits en
poudre, dans un broyeur; c'est une sorte do grand moulin
à café qui broie la matière dans un engrenage.
La poudre est alors mélangée à de l'asphalte naturel.
Cet asphalte est noir, à cassure conchoide, brillant; il
Calcaire avec veines de Bitume.
provient du lac de la Poix dans Pile de la Trinidad.
On mélange l'asphalte et le bitume dans les proportions
de 13 iiarties d'asphalte pour 1 partie de bitume, dans
des chaudières munies d'agitateurs. Le tout est chauffé
pendant une demi-journée environ et coulé dans des
moules cylindriques contenant 2o kilogrammes. On traite
à chaque Ojiération 4.000 kilogrammes de matière.
Pour utiliser l'asphalte ainsi (jréparé, on le refond dans
des chaudières et on l'étend sur le sol après avoir sau-
iJûudré de gravier pour donner plus de cohésion.
E. M.4SSAT,
Attachd au Muséum.
Le Xaturalisle, 46, rue du Bac, Paris.
DANS L'ORNEMENTATION
Quoique complètement dépourvues de fleurs aux bril-
lantes couleurs, à l'agréable parfum, les graminées n'en
sont pas moins éminemment ornementales. Il est jieu de
végétaux qui puissent lutter avec certaines d'entre elles
pour l'élégance, la délicatesse, le vaporeux des épis ou
des panicnles. Mélangée de place en place de quelques
lleurs, d'immortelles à bractées, de bleuets, etc., une
gerbe de graminées produit un charmant efl'et: c'et le
plus simple et en même temjis le jjIus gracieux des bou-
quets champêtres. Aux environs de Paris, le commerce
des graminées des chamiis et des bois joue un certain
rôle. Les abords des gares, dans les localités fréquentées
de préférence le dimanche par les Parisiens, sont ]iarfois
encombrés de gens qui iiroposent des bouquets de
18
LE NATURALISTE
Canche flexueuse. On rencontre mi-meces industriels jus-
que dans l'intérieur de la capitale, où ils pratiquent leur
petit commerce. Ce sont les mêmes ([ui, à d'autres mo-
ments de l'année, vendent des bouquets de Muguet, des
bottes de Bruyère ou des touffes de Fougères.
Nombreuses sont les graminées sauvages susceptibles
d'entrer dans la composition de bouquets. Si nous avons
cité la Canche flexueuse (Aira flewuosa), c'est qu'elle do-
mino de beaucoup et qu'elle est facile à recueillir dans les
bois sablonneux des environs de Paris, où elle croit en
abondance. Mais bien d'autres espèces peuvent encore
être utilisées : VAlopecurus pratensis aux longs épis
soyeux, vert pâle ou violacés; lePanisum capillare dont
l'inflorescence estdisposée en une panicule lâche, dressée,
à rameaux très lins et étalés ; le Soryhum halepense et
VErianthus Ravennœ aux vastes panicules pyramidales,
rameuses, panachées de vert et de violet et soyeuses ; les
Phragmites plus connus sous le nom de roseaux ;rA9)'os-
tis Spka Venti, le Lagurus ovatus frér|uemment cultivé,
bien reconnaissable à son épi ovoide ou globuleux, mou,
blanc soyeux et très serré ; le Stipa pennala remarquable
par sa glume inférieure munie d'une longue arête \Au-
meuse qui peut atteindre jusqu'à trois décimètres.
Les Aira, les Avena, les Agrostif, certains Glyceria, les
Bromus sont tout aussi doués de (jualités ornementales
qui doivent les faire rechercher.
VAira fiexuosa ou la Canche flexueuse, dont nous
avons déjà parlé plus haut, mérite d'être décrite en raison
même de sa beauté et de l'abondance avec laquelle elle se
présente. C'est une plante ([ui croit dans les bois secs et
siliceux d'une grande partie de la France; ses chaumes
ou tiges peuvent atteindre de cinq à six décimètres ; ils
sont dressés, raides, rudes au sommet et rassemblés en
touffe i)lus ou moins fournie ; l'inflorescence est formée
d'une panicule dressée et un peu penchée au sommet,
étalée quand la floraison est complète, puis con-
tractée; les rameaux sont très lins, llexueux, longuement
nus; les épillets sont élégamment panachés de blanc, de
violet et de jaune, plus rarement d'un vert jaunâtre ; les
feuilles sont radicales, dressées, très étroites. Une autre
plante du mémo genre mérite également de fixer l'atten-
tion, c'est VAira ca;s2'*'''sa aux largespanicules, rameuses,
dressées et un peu étalées. Les tiges sont plus élevées
que dans la plante précédente; elles peuvent atteindre
un mètre et les feuilles sont plus larges, planes, fermes
et rudes à la face supérieure.
Si les graminées peuvent servir à confectionner des
bouquets, elles sont également susceptibles de concourir
à l'ornementation des jardins. Et pourtant on n'en cultive
que bien peu d'espèces, la plupart exotiques. Il n'y a guère
que le Slipa pennala et le Lagurus ovatus qu'on puisse
citer parmi les indigènes. La culture des graminées est
pourtant généralement facile; ce sont des plantes qui
poussent raindement et s'acconimodimt de tous les ter-
rains. Nous ne parlons pas, bien entendu, des Bambous
qui, quoique appartenant à la famille des graminées, con-
stituent un type en quelque sorte spécial tant au j)ointde
vue cultural que décoratif.
Dans les parterres se plaisent : le Pennisetum longi-
stylum, en toull'es étalées d'où s'élèvent d'élégants épis
flexueux; VAgroslis nebulosa, ga/.onnant, avec des inflo-
rescences véritablement nébuleuses, dont l'ensemble
constitue une panicule vaste, élégante et légère; VAira
pukhella aussi gracieux et aérien (jne la jdante précé-
dente ; le Briza maxima, dont les gros épillets eu forme de
cu'ur et penchés sont d'un beau jaune d'or à la matu-
rité; le Panicum plicalum dont les feuilles sont d'un beau
vert et élégamment plissées; VHordeum jubatwn à épis
hérissés de très longues arêtes vertes à la base et osées
au sommet ; le Stipael le Lagurus déjà mentionnés, etc.
Dans les pelouses le Gymnothrix latifolia fait merveille
avec ses chaumos élevés, ses larges feuilles engainantes,
dressées jjuis déflêchies ; malheureusemem il craint le
froid sous le climat de l'aris. h'Eidatia japonica lui tient
dignement compagnie, mais c'est le Gynerium argenteum
qui triomphe, h' Ber be des Pampas est originaire du Para-
guay ; elle forme des touffes volumineuses, à feuilles
rudes, flexueuses et longues ; du centre des touffes s'élèvent
des chaumes robustes et dressés qui peuvent atteindre et
même dépasser deux mètres et terminés par d'immenses
panicules soyeuses et argentées. L'Herbe des Pampas est
bien la reine des graminées : aucune ne peut lutter avec
elle pour l'élégance et la qualité décorative. Ajoutez à
cela que la coloration des panicules a été déjà modifiée
par la culture et qu'on connaît aujourd'hui des formes à
fleurs violacées et même presque foncées.
Les bordures se trouvent bien également de la présence
des graminées, quand cène serait que de celle du roseau
panaché ou Phalaris arundinacea picta, dont les feuilles
sont rubanées de vert clair et de blanc rosé; ou bien
encore du Poa tiivialis à feuilles panachées, du Festuca
glauca, plante de premier ordre pour la formation des bor-
dures serrées et de longue durée autour des corbeilles et
des massifs de plantes fleuries.
Les bassins et les pièces d'eau ne peuvent manquer
de servir de rendez-vous à quelques grandes espèces, telles
que le roseau ou Phragmites, la Canne de Provence ou
Arundo Donax surtout dans le midi de la France, le Gly-
ceria speetabilis. Cette dernière plante est assurément la
plus belle, la plus recommandable de nos graminées aqua-
ticjues. Ses chaumes sont épais, élevés, raules et dressés;
l'inflorescence forme une vasti: panicule, très fournie et
rameuse, composée d'êpillets ]janacliés de vert et de vio-
let; les feuilles sont fermes, linéaires, terminées brus-
quement par une pointe fine, planes, rudes aux bords et
carénées. La souche est longuement rampante, ce qui en
assure la facilité de culture et de multiplication. Dans
son entier développemeutcette belle graminée est de tous
points superbe; ses tiges gigantesques dépassent la hau-
teur d'un homme et peuvent lutter avantageusement avec
celles des roseaux. On peut aussi, et on aura tout lieu de
s'en louer, disposer de place en place quehiues toull'es de
Typha, dont les larges feuilles glauques ou vertes et les
tiges terminées par des épis compacts, allongés, de nuance
plus ou moins brune tirant sur le châtain roux, ne man-
quent pas d'un certain cachet. Enfin disséminés sous les
ombrages et dans le fouillis des graminées et des Typha,
l'Iris à fleurs jaunes et le Carex pseudo-Cyperus aux épis
élégamment penchés, ne seront nullement déplacés.
P. IIaiuot
MOYENS DE CONSERYER LE &IBIER
Bien des personnes se demandent quel est le meilleur
moyen de conserver le gibier ou de le faire voyager.
Le moyen le plus élémentaire est de l'expédier dans de
bonnes bourriches, bien sèches, le plus vite possible et de
le consommer dans un bref délai.
Mais, s'il doit être envoyé à de longues distances, ou
LE NATURALISTE
19
conservé pondant un temps quelque peu prolonf;é, il y a
un moyen ûo le conserver préférable aux réfrigérants
tels i]ue la glace pilée avec du sel de cuisine : on peut
fairi' une injection, par la carotide, au moyen d'une
seringue de l'ravaz, d'une solution de borax dans l'eau à
raison de oinquanle centigrammes de borax ]iar kilo-
gramme de la venaison injectée.
P. .Tac.oii.
ANIMAUX
Mythologiques, légendaires, historiques, illustres,
célèbres, curieux par leurs traits d'intelligence,
d'adresse, de courage, de bonté, d'attachement,
de reconnaissance, etc.
Corbeau (Suite).
Nous lisons aussi dans Aristotc {Hhtoirc des animaux,
liv. IX, cil. n, § 9) : « Le corbeau est l'ennemi du tau-
reau et de l'àne, qu'il frappe en volant sur eux, et il leur
crève les yeux. »
« Le corbeau et le renard s'entendent aisément, parce
que le corbeau est bostile à l'émerillon, el. ([u'il pri'ud la
défense du renard contre lui » (Liv. IX, ch. ii, ^ 13).
« LesCorbeauxnevont que deux à deux dans les cantons
peu fertiles, qui ne fournissent pas une nourriture suffi-
sante à un nombre plus grand. Dès que leurs petits sont
en état de voler, ils les chassent d'abord du nid, et
ensuite ils les expulsent du canton qu'ils habitent. Le
corbeau poml i|uatre ou cinq œufs. A l'épociue où les
hôtes lie Médias périrent à Pharsale, on vit tout à coup
l'Attique et le Péloponèse désertés par tous les corbeaux,
qui disparurent comme s'ils s'étaient mutuellement
avertis. »
On se rappelle le fameux corbeau qui aida le jeune tri-
bun des soldats Valérius à vaincre un Gaulois, au temps
des guerres du grand Camille. Tite-Live {Histoire romninc,
liv. VII, cil. xxvi) raconte ainsi le fait : « Déjà le
Romain avait commencé l'attaque, quand soudain un
corbeau se percha sur son casque, faisant face a l'en-
nemi, ce qui parut d'abord un augure envoyé du ciel; le
tribun l'accepte avec joie, puis il prie le dieu ou la déesse
qui lui envoie cet heureux présage de lui être secourable.
Chose merveilleuse : non seulement l'oiseau demeure au
lieu qu'il a choisi, mais, chaque fois que la lutte recom-
mence, se soulevant de ses ailes, il frappe du bec et des
ongles le visage et les yeux de l'ennemi, qui, tremblant
enfin à la vue d'un tel prodige, tombe égorgé par Valérius.
Le corbeau disparut alors, emporté vers l'orient. »
Cet événement eut lieu, dit Aulu-Gelle (jui le raconte
aussi {Suits attiques, liv. IX, c. Xl), 40o ans après la fon-
dation de Rome (:i49 ans avant Jésus-Christ).
Klien parle souvent du corbeau dans son Histoire des
animaux. Selon lui, le corbeau est tué par le suc de la
roquette (liv. VI, ch. xlvi;; il imite le bruit de la pluie
qui tombe (liv. VI, ch. Xix); il préserve son nid contre
les encliantements en l'entourant de fragments de vigne
(liv. I, ch. xxxv); lorsqu'il se fait vieux, il se donne en
nourriture à ses enfants, lesquels le dévorent sans hésiter ;
d'où serait venu le proverbe : à mauvais corbeau, mauvais
û?»/' (liv. III, ch. XLiii); le milan et lui sont ennemis
(liv. IV, ch. v) ; il est aussi auilacieux que l'aigle (liv. Il,
ch. Ll); il est l'ennemi du boMif et de l'àue, sur la tète
desquels il se pose pour les frapper et leur crever les yeux
(Ibidem); le vautour de mer et lui sont ennemis (liv. VI,
ch. XLv); le lièvre le redoute beaucoup pour ses petits
(liv. XIII, ch. XI); les Egyptiens habitant autour do
Coptos n'ont jamais vu ([uo deux corbeaux dans ces loca-
lités (liv. Vil, ch. xviii); les corbeaux d'Egypte ont l'ha-
bitude de venir mendier, pour ainsi dire, auprès des
navigateurs du Nil. Si on leur accorde quelque chose, ils
se tiennent tranquilles; mais si on leur refuse ce qu'ils
demandent, ils envahissent le navire, brisent les chaînes
et rongent les cordages (liv. II, ch. XLViii) ; ils mettent
des cailloux dans les vases contenant de l'eau et où ils ne
peuvent atteindre, afin d'en faire monter le niveau {Ibi-
dem); leurs fcufs rendent les cheveux noirs; celui qui
enduit sa chevelure de cette substance doit conserver de
l'huile dans sa bouche ; car, faute de cette précaution, les
dents aussi deviendraient noii'es, et il serait bien ditficile
de leur restituer leur blancheur (liv. I, ch. XLViii).
Plutarque parle de l'un de ces faits, et il dit même avoir
vu un chien accomplir ce tour de force : « Ainsi,
moi-même je refusais de croire, ce qu'on nous contait
des corbeaux d'Afrique, qiii, voulant boire dans une
cavité trop profonde, jettent des cailloux pour la remplir
et pour faire monter i'enn jusqu'à ce qu'ils puissent l'at-
teindre. Mais jilustard, sur un vaisseau, j'ai vu un chien
qui, profitant de l'absence des matelots, jetait de petites
pierres dans l'IiLiile d'une amphore insuffisamment rem-
plie, et j'ai été saisi d'admiration en voyant comment
cet animal, par son inteUigencc, avait compris que, sous
la [iression de corps plus lourds, s'élèvent des liquides
plus légers (Quels animaux sont les plus intelligents, des
terrestres ou des aquaUques, ch. .\).
Quant à la croyance à la propriété des œufs de cor-
lieaux de noircir les cheveux, elle était assez commune
chez les anciens. Pline dit (liv. XXIX, ch. xxxiv, § 4) :
« Un œuf de corbeau, mis dans un vase d'airain, et
étendu ensuite sur la tête rasée, fait i-epousser des che-
veux noirs; mais, jusqu'à ce ([u'il soit sec, il faut garder
de l'huile dans la bouche, de peur que les dents ne noir-
cissent aussi. Il faut faire cette opération à l'ombre, et ne
]ias se laver la tôto avant le quatrième jour. D'autres per-
sonnes emploient le sang et la cervelle du corbeau avec
du vin noir; d'autres font cuire l'oiseau lui-même et le
mettent, au milieu de la nuit, dans un vase de jilomb. »
Apulée, dans ses Métamorphoses (liv. Il), parle du che-
veu Corvina nigredine ewnilus, « bleu de la noirceur cor-
vine ».
Martial, dans sa XLlll" Epiyramme du livre III, contre
Lentinus, lui dit :
Mentiris juveneni tinctis, Lentine, capillis,
Tam subito torvus, qui modo cycnus eras.
(' Tu te rajeunis, Lentinus, avec tes cheveux teints :
te voilà bien vite corbeau, do cygne que tu étais tout à
l'heure. »
D'après Albert le Grand, — ou du moins d'après quel-
que gâteux qui a mis ce racontar et bien d'autres à l'ac-
tif du savant évêque do Ratisbonne, — si l'on fait cuire
les (oufs du corbeau et qu'ensuite on les remette au nid,
l'oiseau s'en va dare dare dans une ile où Alogricus,
aliàs Alruy, a été enseveli, et il en rapporte une pierre
avec laquelle, touchant simplement ses œufs cuits, il les
fait revenir dans leur premier état... — Quel dommage
20
LE NATURALISTE
que nos cuisinières ne possèdent pas ce talisman pré-
cieux!... Que d'omelettes et d'œufsàla coque ratés, qui
seraient promptement remis au point.
Straliou nous conté une singulière histoire dans sa
Géographie (liv. IV, chap. vi ; il la cite d'ailleurs sur la
foi d'Artémidore, qui devait la tenir de ses ancêtres :
«A l'en croire, dit-il, il existerait surles côtes de l'Océan
un port appelé le Port-des-deux-Corbeaux, parce qu'il s'y
trouvait en elTet naguère deux de ces oiseaux à l'aile
droite blanchâtre. Les personnes qui avaient ensemble
quelque contestation s'y transportaient, plaçaient une
planche dans un lieu élevé, et, sur cetle planche, elles
disposaient des gâteaux; chaque partie arrangeait les
siens de manière qu'on ne put les confondre. Puis, les
corbeaux s'abattaient sur ces gâteaux, mangeaient les uns
et culbutaient les autres; celle des deux parties qui avait
eu ses gâteaux ainsi culbutés triomphait. »
En 1820, on voyait voler dans l'Eglise métropolitaine
de Lisbonne deux autres corbeaux, que les chanoines
entretenaient perpétuellement, en mémoire de ce que le
corps de saint Vincent, leur patron, ayant été, après son
martyre, jeté dans la campagne pour servir de proie aux
bêtes féroces et aux oiseaux, fut défendu par des cor-
beaux jusqu'à ce que des personnes pieuses l'eussent
enlevé pour lui rendre les honneurs de la sépulture.
Le R. P. Gazée, cité par Saignes (Errews et préju-
gés, etc., 1818, 3 vol. in-12), nous dit, d'après une chro-
nique de l'abbaye de Corbie, en Allemagne, qu'un abbé
de cette abbaye, nommé Conrad, voulant se laver les
mains, déposa son anneau sur une table, et ne le retrouva
plus quand il voulut le remettre. On eut beau chercher,
le bijou di'meura introuvable. En désespoir de cause, le
prélat excommuuia l'auteur inconnu du vol, et l'ana-
thème tomba sur un corbeau qui avait emporté la bague :
i< L'oiseau sentit le coup, et se confina dans son nid avec
une tristesse, une langueur et des maux extraordinaires.
Ce changement sultit fit naître des soupçons; on chercha
la bague, et elle fut trouvée dans le nid du corbeau.
L'excommunication fut alors levée, et le malade reprit
aussitôt son appétit, sa gaieté et son embonpoint. «
C'est d'une digestion plutôt laborieuse.
Le corbeau et le merle blancs sont généralement pris
pour des mythes; pourtant, ils existent, et, tout derniè-
rement encore, chez un oiseleur du quai du Louvre, 27,
M. F. Guilly, on pouvait voir un merle blanc; les cor-
beaux de cette couleur ont été signalés de tout temps,
quoique, ainsi que de nos jours, ils fussent assez rares.
Arislote, Scaliger, Olaus Magnus, Longolius, Vossius en
parlent.
Dans son livre V sur la Génération (chap. vi), Aristote
dit : « On a vu des perdrix et des corbeaux blancs. » —
Héraclide, dans son Trailé surla constilution des Etats, dit
aussi : « Sous le règne d'Arcosilaus, un corbeau blanc
api>arut. » — En Suède et en Norwège, les oiseaux de
cette couleur ne sont pas rares.
Dans sa satire VII, Juvénal dit (v. 203) :
Félix ille taiiien, corvo quocpie rarior albo.
« Mais cet homme heureux est plus rare qu'un cor-
beau blanc. »
Déjà, dans sa satire VI, Sur les femmes, il avait dit
(v. 16;j) :
Rara avis in terris, nigroque simillima cycno...
« Cet oiseau {une femme chaste) n'est pas moins rare
sur terre qu'un cygne noir.
Dans VAnthologic Palatine, t. II, liv. XI, épig. 436,
Lucien dit :
©ÔTTov ÏTiv ).e'jxo-J; «ôpaxaç, itTÉpa; t; -/eXuivaç
Eupeîv, ri Sôxi[jiov priTopa KannaLÔnr^y ■
« Il serait plus facile de rencontrerdes corbeaux blancs
et des tortues ailées, qu'un honnête rhéteur en Cappa-
docc )).
Le corijeau a parfois été employé à la chasse :
« On a parlé dernièrement, dit Pline (Historiarum
mundi, lib. X, cap. lx), d'un certain Craterus, surnommé
Monoceros, qui chassait avec des corbeaux dans l'Eri-
zène, contrée d'Asie. Illes portait dans les forêts, perchés
sur des baguettes et sur ses épaules; les corbeaux cher-
chaient le gibier; et ils avaient poussé l'art si loin que,
lorsqu'il sortait pour la chasse, les corbeaux sauvages
eux-mêmes l'accompagnaient. »
Et Pline ajoute ici le récit des corbeaux (jui jettent des
cailloux dans une cavité à moitié pleine d'eau, pour en
élever le niveau. Je me rappelle avoir jadis lu quelque
chose de semblable d'un rat, qui plongeait sa queue dans
une fiole d'huile et la suçait ensuite. Cela vaut le chien
de Plutarque.
Fulgence, dans son livre De nalurà rerum, dit avoir vu
un corbeau si bien apprivoisé, qu'il chassait et prenait
les perdrix, et même, avec l'aide des hommes, des cor-
beaux sauvages.
Dans la Vie des animaux, à l'article Corbeau, le D' Jo-
nathan Franklin dit que le propriétaire d'une auljerge,
dans le Cambridgeshire, possédait un corbeau (jui allait
à la chasse avec un chien, dans la compagnie duquel il
avait été élevé. « Un jour qu'ils s'en allaient comme
Oreste et Pylade, le chien fit lever des lièvres et des la-
pins qui se trouvaient dans un hallier, tandis que le cor-
beau, posté en dehors du fourré, saisit chacun de ces
animaux (jui se trouvaient à portée de son bec. Le chien
vint au secours de l'oiseau, et rien n'écliappa à leurs
elforts réunis. »
Quelle est la durée de la vie du corbeau? Si l'on en
croit ce qui a été dit sur lui, on pourrait le classer dans
la tribu des Mathusalem.
Pline (livre VII, ch. .XLix) nous dit : « Hésiode a
attribué neuf de nos âges à la corneille, le quadruple de
la corneille au cerf, le triple du cerf au corbeau, et fait
des calculs encore plus fabuleux pour le phénix et les
nymphes. »
Or, Hésiode attribue à la durée de la vie humaine en-
viron 96 ans.
En faisant le calcul nous aurons :
Corneille : 90 X 9 = 804 ans;
Cerf : 864 X 4 =: 3,456 ans;
Corbeau : 3,4o0 X 3 = 10.368 ans
Si donc il y a sit" mille ans que Dieu a créé le monde,
il y avait à cetle époque-là des cerfs âgés de ijuatre mille
ans et plus qui couraient dans les forêts.
Faut-il parler de l'intelligence du corbeau ? On vient
d'en voir des preuves :
Mais voici qui est assez curieux :
Nous lisons dans Macrol>e iSaturnaliorum liber IL
cap. IV) :
« Auguste revenait triomphant k Rome, après la ba-
taille d'Actium. Parmi les complimenteurs, il aperçut un
homme tenant dans sa main un corbeau qu'il avait ins-
truit à dire : Salut, César vainqueur, empereur! » César,
émerveillé, achetal'oiseau 20. 000 petits sesterces (4.000 fr.).
LE NATURALISTE
21
Un camarade de cet artisan, qui n'avait eu aucune part
dans la libéralité, dit au prince que son compagnon avait
encore un autre corbeau pareil, et demanda qu'on
l'olilitreâl à le montrer. On apporta l'oiseau, qui aussitôt,
répétant une leçon depuis longtemps apprise, se mil à
croasser : « Salut, Antoine vainqueur, empereur!
Le compliment se trompait | mallieureusement d'a-
dresse).
« Auguste ne se montra pas fâché le moins du monde,
et, jiour toute punition, il enjoignit au coupable de par-
tager la somme avec son camarade.
« Salué de même par un perroquet;, il l'acheta.
« Le phénomène se reproduisit chez une pie, et il
l'acheta encore. »
Ces exemples donnèrent l'idée à un pauvre cordonnier
d'entreprendre, à son tour, l'éducation d'un corbeau.
Mais souvent, mal payé de ses soins, il lui échajipait de
dire à l'oiseau muet : « Allons, j'ai ]ierdu mon temps et
mon argent!... »
« A la fin cependant, l'oiseau sut jiar cœur son com-
pliment, et il le récita à Auguste comme il passaitdans la
rue; à quoi l'empereur répondit : « Oh! assez! j'ai déjà
pas mal de complimenteurs de ce genre, chez moi ! »
« Aussitôt le corbeau, en veine de mémoire, se mit à
brailler la plainte habituelle de son maître : « Allons,
j'ai PERDt; MON" TE.MPs ET MON argfnt! » — César partit
d'un éclat do rire, et il acheta l'oiseau plus cher (ju'il
n'avait payé tous les autres. »
.'Vpulée, dans ses Floi-ides (livre II, ch. xii), nous dit :
<i Le perroquet, comme U corbeau, ne prononce absolu-
ment rien que ce qu'on lui apprend. Enseignez-lui des
grossièretés : jour et nuit ce sera un débordement d'in-
jures, qui seront pour lui comme le serait une poésie et
qu'il redira en guise de chansons. Quand il a débité toute
la kyrielle d'injures qu'il sait, il recommence encore, et
c'est toujours le même refrain. Si vous voulez vous dé-
barrasser de ce langage des halles (convicio), il faut lui
couper la langue, ou le renvoyer au plus tôt dans ses
forets. »
Au livre l'y de ces Florides, chap. xxiii, il raconte en
ces termes une fable d'Esope, traduite par La Fontaine :
« Le corbeau et le renard, ayant aperçu tous deux à la
fois un morceau friand, se hâtaient pour aller le saisir,
avec un empressement égal, il est vrai, mais avec une
inégale vitesse, parce que le renard courait et que le cor-
beau volait. L'oiseau eut bientôt pris les devants, saisi la
proie, et il alla se percher en toute stireté sur la cime
d'un chêne voisin.
« Le renard, ne pouvant de ses pieds monter sur l'arbre,
y fit à sa place grimper la ruse. Il se plaça donc au-des-
sous du ravisseur, que sa proie rendait si fier, et il lui
adressa ces éloges perfides :
« Quelle folie était la mienne de le disputer sans espoir
de succès à l'oiseau d'Apollon! A-t-on jamais vu un
corps mieux jjroportionné? Il n'est ni trop petit ni trop
grand ; il est tel iju'il le faut pour ses besoins et sa beauté.
Que ce plumage est moelleux; cette tête, gracieuse; ce
bec, solide 1 Quel regard perçant ! Quelles serres vigou-
reuses ! Parlerai-je de sa couleur"? Il y en avait deux prin-
cipales, la noire et la blanche, qui constituent la diffé-
rence des jours et des nuits : Apollon les a données toutes
les deux à ses oiseaux chéris, la blanche au cygne,
la noire au corbeau. Mais pourquoi faut-il que, de même
qu'il a donné le chant au cygne, il n'ait pas également
donné de la voix à sou rival'? Au moins ce bel oiseau, qui
domine si incontestablement la gent ailée, ne serait pas
privé du mérite de la voix; ce favori du dieu de la mu-
sique ne vivrait pas muet et silencieux! »
Le corbeau n'eut pas plus tôt entendu cela, qu'il vou-
lut donner un vigoureux coup de gosier ; et, oubliant le
gâteau qu'il tenait, il ouvrit son bec de toute sa gran-
deur, de manière que ce qu'il avait conquis par son vol,
il le perdit par son chant, et que le renard, au contraire,
regagna par la ruse ce qu'il avait perdu à la course. »
Sait-on qu'il s'est trouvé ijuebiu'un pour faire une
sorte de dictionnaire abrégé du langage du Corbeau?...
Parfaitement. Dans son livre intitulé : Quelques mémoires
sur différents sujets (pages 174 et suivantes), et dans son
autre ouvrage : Sur l'Instinct (mémoire lu à l'Institut
dans les séances du 21 juillet, M et 18 août 1806, pages 17
et suivantes), I)upont de Nemours s'occupe des corbeaux,
et nous donne ainsi qu'il suit les mots principaux de leur
idiome.
Cra, Cré, Cro, Crou, Crouou,
Grass, Gress, Gross, Grouss, Grouous,
Craé, Créa Croa, Croua, Grouass,
Crao, Créo, Croé, Croué, Grouess,
Craou, Créou, Croo, Crouo, Grouoss.
D'après notre naturaliste, en accouplant ces mots deux
par deux, trois par trois, etc., on peut évidemment former
une langue d'une richesse inouie : « Au reste, dit Dupont
de Nemours (page 20 de l'Instinct), je suis loin de penser
qu'ils fassent tant de combinaisons, ni même aucune
combinaison de leur dictionnaire; leurs vingt-cinq mots
sutlisentbien pourexprimer : ici, là, droite, gauche, en avant,
halte, pâture, garde à vous, l'homme armé, froid, chaud,
partir, je t'aime (oh ! combien !), moi de même (parbleu!),
un nid, et une dizaine d'autres avis qu'ils ont à se donner
selon leurs besoins. »
Familier et insolent comme il l'est, le corbeau est
considéré par les uns comme rendant des services et par
les autres comme ne commettant que des méfaits; des
fables absurdes ont couru sur son compte; dans certains
pays, on le considère avec respect et même avec affec-
tion, parce qu'il purge la terre, les villages surtout, des
immondices que l'incurie des hommes y laisse accumu-
ler: dans d'autres, au contraire, il est traqué sans pitié,
parce qu'il est considéré comme un vulgaire bandit : aux
iles Féroë, il vole le poisson, et tout homme exerçant
l'ind.istrie de pêcheur, dit Jonathan Franklin, doit pré-
senter annuellement au juge provincial le bec d'un cor-
beau, — ou payer, quand il n'a pas été heureux dans sa
chasse, une certaine somme d'argent, qui sert à la des-
truction de ces ennemis dupays. Tous ces becs sont mis
en tas et brûlés publiquement à la Saint-Jean.
Mais ce qui est bien curieux dans l'histoire de cet oiseau,
c'est l'événement dont parle Pline au chapitre LX du
livre X ; il s'agit des funérailles publiques d'un corbeau :
« Rendons aussi justice au mérite du corbeau, mérite
senti par le peuple romain, attesté même par son indi-
gnation.
« Sous le règne de Tibère, un jeune corbeau tombant
d'un nid placé sur le temple des Dioscures s'abattit en
volant dans une boutique de cordonnier (toujours un cor-
donnier!) adossée au temple, ce qui le rendaitsacré pour
le maître de la boutique.
L'oiseau apprit de bonne heure à parler ; tous les ma-
tins il s'envolait sur la tribune : là, tourné versie forum,
il saluait, parleurs noms, Tibère, les Césars Germanicus
22
LE NATURALISTE
et Drusus, ensuite lo peuple romain qui passait sur la
place, ])uis il retournait à la boutique, et, pendant plu-
sieurs années, il s'acquitta admirablement de cet office,
Un cordonnier voisin (encore un!) le tua par jalousie,
ou, comme il voulut le faire croire, dansun premier mou-
vement de colère, parce qu'il avait laissé tomber quelque
chose sur une chaussure quelconque. La multitude fu-
rieuse commença d'abord par le chasser du quartiei', jjuis
elle le mit en pièces. Un fit à l'oiseau des funérailles so-
lennelles. Le lit funèbre fut porté sur les épaules de deux
Ethiopiens précédés d'un joueur de flûte, avec des cou-
roimes de toute espèce, jusqu'au bûcher, construit à
droite de la voieAppia, à deux milles de Rome, dans le
champ nommé Rediculus.
Le taletU d'un oiseau parut donc au peuple romain
un motif assez juste de funérailles, ou la cause suffisante
du supplice d'un citoyen romain, dans une ville où per-
sonne n'avait conduit le deuil de plusieurs grands jier-
sonnages, où personne n'avait vengé la mort de Scipion
Emilien, destructeur de Carthage et de Numance .
«Ce fait se ])assa sous le consulat do M. Servilius et de
C. Cestius, le cinquième jour avant les calendes d'avril.
Au moment où j'écris, il existe à Rome une corneille ap-
portée de la Bétique, et qui appartient à un chevalier
romain : elle est d'un noir admirable; elle prononce des
phrases entières, et elle en apprend chaque jour de nou-
velles. )>
Le D' J. Franklin jjarle, dans sa Vie des animaux, d'un
sien corbeau, élevé chez lui, et dénommé Jacob: «...Dans
les rues, il trouve toujoursdes sujets d'amusement et des
compagnons. Il joue avec les enfants qui se rassemblent
autour de lui. déchire leurs vêtements, mange leur pain,
attaque ceux qui cherchent à le battre et leur enlève le
bâton des mains; si un grand garçon se présente, l'oiseau
s'esquive prudemment. Il permet aux petits enfants de lé
toucher, mais non aux adultes, u — En outre, ce corbeau
était un fiefl'é ivrogne :
« Comme beaucoup de vauriens qui ont passé par les
écoles, il entend un peu de latin. Jacob prononce aqua,
mais il préfère très décidément le vinàl'eau. Un jour, ma
ménagère posa un verre de vin rouge sur la table; en un
instant, l'oiseau se le. versa tranquillement dans l'estomac ;
— je veux dire qu'il plongea son bec dans la précieuse
liqueur et qu'il la huma goutte par goutte. Lorsque ma
ménagère, craignant qu'il ne brisât le verre, le retira,
1 oiseau lui vola à la ligure {loii/ours les yeu.v\) dansun
véritable accès de fureur. Si vous placez trois verres sur
la table, l'un plein d'eau, l'autre de bière, et le troisième
de vin, il laisse les deux premiers et ne s'adresse qu'au
verre de vin. (Dn peut en conclure que les oiseaux ne sont
pas tellement liés au régime diététique ofîert par la nature
qu'ils se montrent insensibles aux perfectionnements de
la cuisine et aux trésors de la cave. »
(A nuiire.)
E. SANTtNI DE RiOLS.
ABERRATION DE ZYCŒN& TRIFOLII
Nous trouvons dans notre confrère anglais The ento-
mologist, deux aberrations curieuses de Zygfrna trifolii,
que nous signalons ci-après. Ces deux variétés ont été
prises par M. Christy dans le Sussex. La ligure 1 a seule-
ment quatre taches sur chaque aile. La figure 2 rappelle
la Zt/gcena lilosellse.
LA PELLOTINE
NOUVEL HYPNOTIQUE
Cette substance extraite de la pellote, espèce de
cactus qui croit au Mexique, se présente sous la forme
d'un corps cristallin, amer, peu soluble dans l'eau.
Après des expériences préalables sur des animaux,
IIefter s'est assuré sur lui-même et sur ses amis de
l'action narcotique incontestable de la pellotine.
JOLLY a, dans 40 cas environ, essaye la pellotine (et
surtout son chlorhydrate que l'on peut facilement pres-
crire en injections sous-culanées) : lui aussi se ]irononce
en faveur de l'action hypnotique du chlorhydrate de pel-
lotine.
Donné à la dose de 0 gr. 02, le chlorhydrate de pello-
tine n'exerce presque aucune action et le sommeil ne
survient qu'après des doses de 0 gr. 04, 0 gr. 05, 0 gr. 06
(par la bouche ou en injections sous-cutanées) ; le som-
meil ainsi provoqué diffère d'intensité et de durée sui-
vant les cas. On n'a échoué que dans quelques cas. Mais,
en revanche, le sommeil est survenu même chez des
sujets atteints de douleurs intenses. En même temps
que le sommeil, la pellotine (quoique non d'une manière
constante) provoque aussi le ralentissement appréciable
du pouls.
Des recherches comparatives ont démontré à l'auteur
que 0 gr. fifi ])ris par la bouche (en injections sous-cuta-
nées la dose maxima semble avoir été de 0 gr. 04), de
]iar leur action hypnotique, sont équivalents à i gramme
de trional et à I gr. o-2 gr. de chloral hydraté.
Comme phénomènes secondaires fâcheux, on a noté,
chez quelques malades, une sensation de chaleur, du
vertige et un bruit désagréable dans la tète; parfois on
était même obligé pour cela de suspendre le médica-
ment, les malades s'étant refusés à continuer son admi-
nistration.
Tout en ne se croyant pas en droit, de par le petit
nombre d'observations personnelles, d'alfirnicr l'inno-
cuité constante et absolue de la pellotine, l'auteur,
s'appuyant sur l'absence, dans ses observations, de tout
phénomène secondaire grave, recommande vivement
d'essayer la pellotine (jui peut être utile comme rem|da-
Oanl, de temps en temps, les autres narcotiques dont
nous disposons.
(Journal de médecine de Paris.)
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DESCRIPTION DE COLÉOPTÈRES EXDTIOUES
Euriijeniomorpliu.i, n. RPare. Dernier article des tar?es
large avec uue sorte d'appendice corné sous les ougles.
l'alpes ssécnriforuies. Antennes fj;rèles, i dernier article à
l)eine plus louf; que le précédent, insérées eu dessous d'une
saillie cornée. Prothorax étranglé prés de la base. Yeux n peine
bordés, à peine siuués. Mésosternuui caréné, granuleux, étroit
en arrière, eu arc de cercle, légèrement anguleux sur son
milieu, eu avant. Parait devoir reutrer dans je groupe des
Semalaplini par les ongles des tarses munis d'un appendice
corné: par sa forme il rappelle plutôt le groupe des Eiirl-
geniiiii.
F., niffosiis. .Vllongé brunfttre V. ou noir un peu métal-
lique ' ', avec les antennes et les pattes plus ou moins d'un
rouge foncé : pom-tuatiou générale ruguleuse, très forte aux
éljlrfs: pubesceni^e couchée, grisâtre, fine et écartée avec
ipieli^ues longs poils fins dressés. Tête tronquée en arriére, a
front |ilan orné d'ui:e partie cornée, relevée au-dessus de
l'insertion des antennes : yeux peu saillants, à peine sinués.
Antennes rougeàtres, minces, à articles allongés; premier
plus gros, parfois obscurci, 2""' court, dernier à peine plus
long que le précédent. Palpes obscurcies. Prothorax assez
transversal et bien arrondi au milieu, prolongé en cou long
en avaut, diminué en arrière, marqué de gris sur les cotés
posiérieurs avec la base sillonnée transversalement et un peu
relevée en arrière. Ecusson en carré long, grand, bien garni
de poils jaunes à l'état frais. Elytres allongés, droits sur les
épaules qui sont arrondies, bien atténués et anguleusement
arrondis ,à l'extrémité c". presque cylindriques 2, rt>bordés,
très nettement et fortement ruguleux avec des points torts.
Pattes moyennes avec les cuisses épaisses; tibias denticulés,
légèrement échanerés eu dehors à 1 extrémité; tarses remar-
quables. Dessous du corps foncé o*, rougeûlre 'i ; poitrine
très pubesceute de grisfttre. Long 10 à 13 mill. N.-S. Wales
(Australie).
Diffère de tous les Pseudoanlliicides américains, au moins
par son aspect rugueux.
Foitnicomus iititberculaliis. Noir de poix à pubescence
fine et couchée avec les élytres un peu verdâtree, les premiers
articles des antennes duu testacé rembruni. Tèle assez courte,
à peine conifère, à ponctuation assez rapprochée. Une. An-
tenues modérémimt longues, minces, obscurcies à partir
du 4™« article. Prothorax peu allongé, bien dilaté, arrondi
en avant, de la largeur de lu tête, nettemeut étranglé prés de
la base et ayant sur celle-ci deux petits tubercules nets;
ponctuation écartée sur la portion antérieure, dense et rugu-
leuse sur la base. Elytres eu ovale assez court, avec les
épaules [leu saillantes, l'extrémité largemeut tronquée, la
ponctuation marquée, espacée. Pattes vaguement brunâtres,
fortes, pubesceutes avec les cuisses bien épaissies. Tibias
antérieurs courts, assez minces, intermédiaires et postérieurs
légèrement sinués 4". Long, 3 mill. 1/2. Benul.
A placer prés de F. rjua^stor Laf. et facilement séparable de
la plupart des espèces du genre, soit par sa coloration géné-
rale foncée, soit par son prothorax â base tuberculée.
Mauiuce Pic.
La Photosplière
La photosphère est l'enveloppe brillante du soleil, que
nous voyons tous eu regardant cet astre.
Elle recouvre la sphère centrale, où les corps sout dans un
état de dissociation particulier, dû à leur énorme température
qui s'oppose à la liquétication que devrait enlrainer la pression
incalculable à laquelle ils sont soumis. En arrivaut à la surface,
ces corps dissocies sont soumis à une pression beaucoup moins
considérable, et à une température diminuée par le rayonne-
ment qui commence à s'y taire sentir .
On les voit alors s'associer pour former des gaz métalliques
lumineux, analogues à ceux que nous connaissons sur la
terre, qui prennent l'aspect de ballons incandescents, en
dégageant alors une chaleur et surtout uue lumière excessive.
Aussi, quand on examine les photographies du soleil, obte-
nues par E. Janssen i l'observatoire national de Meudou, on
voit des traînées de pi;lils grains blancs disséminés à sa sur-
face, comme du riz étalé sur une feuille de papier gris. La
photosphère est donc une couche de ballon incandescente,
d'un indescriptible éclat, llottaul à la périphérie de la sphère
centrale, que notre œil ne peut regarder sans en être immé-
diatement aveuglé. Ces grains riziformes sont des sphéroïdes
allongés, qui mesurent environ .'iOO lieues de diamètre, et qui
son', entraînés dans tous les sens à la surface du soleil par
des courants extrêmement puissants, en restaut toujours à
peu près an même niveau. Quelquefois ils se fondent ensem-
ble en disparaissant pinson moins et c[i perdant de leur écla'.
D'autres fois, au contraire, ils acquièrent, eu se fusionnant
ainsi, une luminosité beaucoup plus intense et forment alors
ce qu'on appelle des facules. Tout est relatif en ce monde, et
je les comparerai à des vers blancs sur uue peau blaui-he
d'orange. Voilà comment se comporte la matière, en quittant
la spnère centrale du soleil pour arriver à sa surface, où la
pression est de moins en moins grande, et où peuvent exis-
ter des vapeurs métalliques extrêmement chaudes et lumineu-
ses, identiques a celles que nous connaissons sur la terre i
une moindre température. C'est alors que ces I gaz déjà si
chauds par eux-mêmes au moment de leur formation, acquiè-
rent sous nos yeux une lumiuosité si éclatante, qu'elle éclipse
complètement la lueur de la sphère ceutralc, qui parait noire
par ellet de contraste; au point de ressemblera des taches
n'encre, quand on la voit à travers les éclaircies de la photo-
sphère: telle est l'origine du noyau noir des taches du soleil.
Les grains de riz de la photosphère sont donc l'état particu-
lier qu'affecte la matière dans le soleil, quand elle est soumise
à uue énorme température et a une diminution de pression.
Ces ballons lumineux sont des giiz métalliques incandes-
cents. Ils ne renferment de particules liquides incandescentes
à l'état vésiculaire que dans la photosphère, qui fait suite
;i cette couche et est moins chaude encore ; puisqu'elle est
plus superficielle, et partant, plus relVi'idie qu'elle par
l'effet du rayouuemeut. Oh! alors là, c'est tout autre chose :
les gaz se trauslorincut eu vapeurs métalliques, en vrais nua-
ges lumineux, qui douneutde la vraie pluie iucandesceule ou
qui disparaît à l'état de gaz dans les couches chaudes de l'at-
mosphère du soleil. Ces nuages sout agités de tourbillons
comme les nôtres ici-bas, et sont sujets à des orages avec
cyclones et tourbillons à cône descendant, qui confirment la
théorie ds il. Paye sur les tourbillons atmosphériques. Ce sont
précisément ces phénomènes qui produisent les protubérances
de la chromosphère, qui est rougeâtre.
Mais la photosphère peut être aussi le siège de tourbillons tout
particuliers bien différents de ceux qui se passent dans lachro-
mospnère, en ce qu'ils constituent les taches du soleil. Lr
photosphère n'est guère beaucoup plus épaisse que le diamè-
tre de la terre, soit 3 ou 4 mille lieues d'épaisseur. Comme
elle est d'une aveuglante blancheur et que la sphère ceutrale
sous-jacente nous semble obscure en comparaison, on con>-
prend qu'il sullit d'un tourbillon, qui agite les ballous lumi-
neux ae la photosphère, pour produire des vides, des éclair-
cies, par lesquelles on voit la surface noire de la sphère cen-
trale du soleil, c'est ce qui constitue le noyau des lâches. Tout
autour de cette ouverture, les grains riziformes se fondent les
uns aux autres en longues traînées parallèles, qui bordent le
noyau d'une pénombre beaucoup plus lumineuse que celui-ci.
Ces traînées s'irradient autour du noyau ; tout en étant bien
délimilées extérieurement à leur périphérie, là où elles se
séparent du reste de la photosphère, qui reste calme autour
du tourbillon, tant que celui-ci ne s'èteudpas plus loin. Ces
taches durent plusieurs jours, mais elles changent lentement
de forme, comme les touibillons qui se traduisent dans notre
atmosphère ou dans un fluide quelconque, gazeux, nuageux
ou liqaide. Ici le fluide est le gaz incandescent de la photo-
sphère. On voit donc les taches grandir, se diviser et dispa-
raître en se rétrécissant de plus eu plus; comme on voit un
tourbillon s'étendre, se diviser en d'autres tourbillons plus
petits, qui se modifient et disparaissent à leur tour.
Ce qui est remarquable, c'est de voir la tache rester creuse
pendant tout ce temps, comme si elle était maintenue dans
cette forme par une force invisible. Elle est remplie eu eii'et
par l'atmosphère incolore du soleil, qui pèse sur elle; et sui>-
tout par la force tourhillonnaire qui la creuse dans toute sa
surface, en entraînant ses bords en l'air. Il y a là une sorte
d'aspiration sur les bords, qui les relève pendant que Je cen-
tre est déprimé.
26
LE NATURALISTE
C'est identiqiicmeut ce que nous voyons sur l'eau d'une
rivière, dans les remous qui se forment à sa surface. Ou voit
Bellement les concavités de la tache, quandcelle-ci se présente
de profil sur le bor.l du soleil. Une tempête tumultueuse
agite autour d'elle la chromosplière et l'atmosphère solaire,
les facuh'S et les protubérances sont loujour.* plus nombreuses
aux environs des taches que partout ailleurs. Ces violents
orages sont uccompafrnés d'un dégagement d'électricité telle,
que la boussole enregistre sur la terre des perturbations con-
sidérables du magnétisme terrestre. Les années où il y a beau-
coup de taches sont précisément celles où ces perturbation^
magnétiques sont les plus accentuées. On sait depuis long-
temps que ce n'est pas une simple coïncidence, et qu'il y a
là des relations identiques avec celles qui unissent l'effet à sa
cause directe. Les aurores boréales suivent fidèlement les
oscillations qu'éprouvent les taches du soleil dans leur nom-
bre et dans leur importance. Les phénomènes électriques qui
se passent dans le soleil rctenlissent jusque sur la terre.
D. Bougon.
NOTE SUR CANTHARIS VESICATORIA
CANTH.A.niS VESIC.4.T0HI.\ (L.)
La Cantharide est un coléoptère de la famille des
vésicants, ces insectes apparaissent en nombre considé-
rable dans les lieux qu'ils fréquentent. Leur usage thé-
rapeutique remonte à la plus luiule antiquité et fait
l'objet d'un commerce important.
La Cantharide, d'après les analyses de Béguin (1), con-
tient de 3 gr. 10 cà 6 gr. 31) de cantharidine par kilo-
gramme d'insectes.
Le prix du kilo d'insectes (suivant les renseignements
de M. le D' Fumouze), vaut environ 14 à i^ francs, quel-
quefois 20 francs, selon les années; il faut en moyenne
10,000 insectes secs pour peser un kilogramme.
Insecte 2wrfail . ■ — Longueurs à 18 millimètres, d'un vert
cuivreux avec des reflets dorés, tète triangulaire, forte-
ment sillonnée au milieu, antennes plus longues que la
moitié du corps, corselet transversal, angulé sur les côtés,
élytres finement ruguleux, plus larges que le corselet,
parallèles et recouvrant généralement l'abdomen, pattes
longues à jambes armées de deux éperons. Les carac-
tères sexuels s'observent principalement dans les an-
tennes, plus robustes et plus longues chez les mâles.
C'est à M. J. Lichtenstein (de Montpellier) (2) que
revient l'honneur d'avoir réussi le premier à élever (en
captivité) la Cantharide depuis l'œuf jusqu'à l'insecte
parfait, et d'avoir prouvé d'une manière indiscutable les
diverses phases de l'hypermélamorphose, et à M. le
D' Beauregard (3) d'avoir découvert ses mœurs en liberté.
Mœurs. ■ — Les Cantharides apparaissent ordinairement
vers la fin de mai jusqu'au lo juillet, on les trouve sur
les frênes, les lilas, les troènes et quelquefois l'olivier
dont elles dévorent les feuilles, elles répandent une odeur
caractéristique très désagréable (odeur de souris'^) qui
permet de reconnaître leur présence.
Aussitôt après l'accouplement la femelle creuse un
puits dans le sol d'environ 2 à 3 centimètres de pro-
fondeur, elle dépose au fond ses œufs, en deux masses
(1) Béguin. Histoire des insectes qui peuvent itre employés
comme vésicunts. Paris, 1874.
(2) Lichtenstein. Coni;j/fsrfrif/vs(/e/'j^cod.f/e«t<'c., 19 mai, 1879
p. 10S9.
(3) Dr Beauregard. Les vésicanls. Paris, 1890.
d'environ 130 à 200 œufs chacune, cela fait elle comble
le puits en tassant la terre en dessus. Les œufs éclosent
au bout de quinze à vingt jours; les triongulins s'en-
foncent dans la terre et restent inactifs pendant (juelques
jours durant lesquels leurs téguments prennent plus de
résistance et une couleur plus foncée. Alors poussés par
le besoin de nourriture, ils se mettent à la recherche des
cellules de certains hyménoptères souterrains : Colletés
et 3/fegachiles, qu'ils savent très bien découvrir ; leur
extraordinaire activité et leur résistance vitale, qui leur
permet de vivre de trente à quarante jours sans aliments,
leur donnent des chances multiples de réussite.
Une fois le triongulin dans la cellule de son hôte, il se
nourrit avec voracité du miel qu'elle contient ; dès lors,
les diverses phases de son évolution se succèdent régu-
lièrement : le triongulin, qui mesurait à peine ï milli-
mètres de longueur, devient en trois semaines un-e larve
de 18 à 20 millimètres de long sur 5 à 6 millimètres de
large. Après une première et une deuxième mue à cinq
ou six jours d'intervalle, le triongulin se change en
deuxième larve qui arrive à son complet développement
au bout de neuf à dix jours, s'enfonce en terre, se cons-
truit une petite loge 'et se métamorphose en pseudo-
chrysalide dont la longueur varie entre 12 et 16 milli-
mètres ; c'est sous cette forme qu'elle passe l'hiver.
La pseudo-chrysalide est de couleur jaune très pâle,
d'apparence cireuse et comme légèrement nuancée de
rose. Elle est un peu courbée en arc, les pattes sont
figurées par de courts moignons. Les neuf paires de
stigmates se reconnaissent facilement à la couleur brun
fonce de leur périlrème.
En avril la jiseudo-chrysalide se fond sur la ligne mé-
diane du dos et se transforme en une troisième larve
d'un blanc jaunâtre, à mandibules brunâtres et très sem-
blable à la seconde. Au bout de douze à quinze jours
cette troisième larve se transforme en nymphe avec tous
les membres bien visibles, quoique encore emmaillotés,
qui accentue son évolution et devient un insecte parfait
après une nouvelle période de quinze jours. L'évolution
complète dure un peu moins d'un an. Il arrive quelque-
fois que la pseudo-nymphe passe l'année complète sans
changement et ne se transforme que la seconde année.
Récoltes. — On peut s'étonner qu'en France, où les
Cantharides sont dans certaines régions très abondantes
et très belles, la récolte soit devenue à peu près nulle,
au point que les pharmaciens des localités hantées par
ces insectes ne trouvent pas à se les procurer. On sait
que les Cantharides apparaissent en juin et vivent sur
les frênes, lilas, etc. Il suflit le matin, alors que les
insectes encore engourdis couvrent les feuilles et les
branches, d'éteridre des draps sur le sol au-dessous des
arbres, qu'on secoue énergiquement, pour obtenir rapi-
dement une abondante récolte. Il ne reste plus qu'à les
faire jiérir, soit en les trempant dans du vinaigre ou en
les enfermant dans un vase suscejitible d'une fermeture
hermétique et en versant une petite quantité de sulfure
de carbone pour les asphyxier. On fait ensuite sécher
les insectes, puis on les conserve dans des boites bien
fermées. Sans cetteprécaution, les Cantharidosdeviennent
la proie d'une quantité de parasites coléoptères qui les
dévorent jusque dans les carions de collection, savoir :
Anthremis varius (Fab.), Ptinus fur (L.), Derwetes tar-
darius (L.), AUagejius Pcllio (L.), Anobimn . paniceum
(L.); etc.
LE NATURALISTE
27
M. le D' Fumouzc cite ooiiinifi ennemis des Cantha-
rides dans les pharmacies les espèces d'acariens sui-
vantes :
Tyrof^lyphus lonf;ioi- (Gervais).
Tyrofilyplms Sieulus (Robin et Fumouze).
Glycipliai;us cursor (Gervais).
Glyciiiliagus spinipes (Koch).
Chelytus eruditus.
Decaux,
Membre de ta Soc. Ent. de France.
Sarcoptides.
Répertoire étimologiqye des noms français
ET DES DÉNOMINATIONS VULOAIRES DES OISEAUX
{Suile]
PInvian. — Nom donné par les ornithologistes à un petit
Echassier d'Egypte {Hyas /Eçj>ipliaciis), parce qu'il est inter-
médiaire entre les Coiirvitos et les Pluviers. Les Arabes lui
ont donne le surnom A'AcerLissetir du Crocodile. Pline, qui
emprunte son récit à Hérodote, dit du Pluvian : « Quand le
Crocodile est couché sur le sable, la gueule ouverte, un Oi-
seau, le Trocliilns, arrive, entre dans sa gueule et la nettoie.
Cela est agréable au Crocodile ; aussi ménage-t-il cet Oiseau
et ouvre-t-il sa gueule plus grandement encore pour qu'il ne
s'y blesse pas. Cet Oiseau est petit, de la taille d'une Grive;
il se lient prés de l'eau ; il avertit le Crocodile de l'approche
de l'Ichneumon ; il vole à lui, l'éveille en criant, en lui bec-
quetant le n^useau. » « On serait tenté do ne voir là qu'une
fable, et cependant ce récit est basé sur un fait. Ce que les
anciens avaient vu, on peut le constater encore, et c'est à
juste titre que l'on a donné à cet Oiseau le nom à'Averlis-
seur; il avertit bien réellement le Crocodile et tous les autres
animaux, n (Brehm.)
Pluvier. — Ce nom, donné à des Echassiers [Charadrins],
dériverait, d'après Belon, du mot Pluie. « Le Pluvier a été
ainsi appelé, parce qu'on le prend plus aisénrent dans un
temps pluvieux qu'en tout autre temps. » (Belon.) « Je crois
plutôt, ajoute Ménage, que c'est à cause qu'il aime la pluie. »
Longolires {Dtcttogtis de at'ibu.s et eorum nominibifs) donne à
cet Oiseau le nom allemand l'idvier, Puloer, que Turner fait
dériver du latin l'tilvis (poussière), parce que ces Oiseaux sont
pulvéri.sateurs.
Podarge. — Nom donné par Cuvier à une famille d'Oi-
seaux d'Australie et de la Nouvelle-Guinée, intermédiaires
entre les Chouettes et les Engoulevents. Ce nom est formé des
mots grecs poiis (pied) et arr/os (blanc).
Porphyrion. — Nom donné par les anciens à des Poules
d'eau {Porpliyrio), plus connues sous le nom de Poule-i-Sul-
lanes « Les modernes ont appelé Poule-Sullane un Oiseau
fameux chez les anciens sous le nom de l'oiphyrioii. Nous
avons déjà plusieurs fois remarqué combien les dénomina-
tions données par les Grecs, et la plupart fondées sur des
caractères dislinctifs, étaient supérieures aux noms formés
comme au hasard dans nos langues récentes, sur des rajipKrts
fictifs ou bizarres et souvent démentis par l'inspection de la
Dature. Le nom de Poule-Sultane nous en fournit un
exemple : c'est apparemment en trouvant quelque ressem-
blance avec la Poule et cet Oiseau de rivage, bien éloigné
pourtant du genre Gallinacé, et en imaginant un degré de
supériorité sur la Poule vulgaire par sa beauté et par son
port, qu'on l'a nommée Poule-Sullane; mais le nom de Por-
phyrion, en rappelant à l'esprit le rouge ou le pourpre du
bec et des pieds, était plus caractéristique et bien plus juste, u
(Buffon.)
Porte-Iaiubcanx. — Le Vaillant a donné ce nom à un
Etourneau de l'Afrique orientale \Dilophus carunculalu.s), à
cause des espèces de lambeaux ou crêtes noires qui ornent sa
gorge et sa tête sans les surcharger, caractère qui paraîtrait
rapprocher cet Oiseau du genre Mainate.
Porzane. — Surnom du Ràle-Marouette [Porzana-Ma-
ruelln) et tiré de son nom italien Porzann, qui ne serait qu'un
diminutif de Porcelluna.
Poaillot. — Nom donné, à cause do sa petitesse, à un
Pa.ssereau du genre Ficedida (Ficedula fitis), que Belon avait
surnommé le Chanire, à cause de son ramage. « Le nom de
l'ouillof, comme celui de Poui donné au Roitelet, parait venir
de Pullus, Pu.iiUus, et désigne également un Oiseau très
petit, n (Buffon.)
Poule. — Mot tiré da bas-latin Pulla, féminin de l'nllus
(petit), et employé pour désigner la femelle du Coq, proba-
blement parce que sa taille est plus petite que celle du
mâle.
Ponle-.4ntarc(lqne. — Surnom donné par les navigateurs
au Bec-en-Fùurreau {Cliionia), parce qu'il a une certaine res-
semblance avec une Poule et vit ilans les îles de la rc"ion
antarctique. °
Poule- d'Kau. — Nom donné aux Gallinules, à cause de
leur ressemblance avec la Poule et de leurs habitudes aqua-
tiques.
Ponle-de-iVumidie. — Nom donné autrefois à la Pintade,
parce qu'elle est originaire de Numidie.
Poule-des-C»udricr.«i. — Surnom donné à la Gelinotte
des bois \Iionaaiu sylvestris), parce qu'elle recherche surtout
les taillis de noisetiers sauvages ou Coudriers.
Ponle-des-Steppes. — Nom vulgaire du Syrrhapte para-
doxal [Syrrhaptes paradoxus), parce qu'il n'habite que les
steppes à l'est de la mer Caspienne.
Ponle-d'Iudc. — (Voyez le mot Dindon.)
Poule-Snlt:ino. — (Voyez le mot Porphyrion.)
Poulet. — Diminutif du mot Poule, servant à désigner les
petits de la Poule.
Poussin. — Mot tiré du latin Pullicenus, diminutif de
Pullus (petit), employé en ornithologie pour désigner les
jeunes Oiseaux lorsqu'ils sont encore couverts de duvet.
Proyep. — Nom vulgaire d'un Bruant (Emberiza miliaria)
et dérivé du mot Pré, car Belon dit que Proyer se prononçait
Preyer, qui signifiait Oiseau de pré; ce qui confirme cette
opinion, c'est que Salerne nous apprend que le Proyer se
nomme en certains endroits Pré ou Verdat des prés.
Ptarnii^^an. — Nom écossais conservé pour désigner le
Lagopède des Alpes.
Puffin. — Nom donné à des Laridés {Puffinus) et qui,
d'.après Klein, serait une onomatopée formée d'après le cri de
ces Oiseaux.
Pygargue. — Ce nom, donné à un Rapace {Haliœtus al-
bicillai, dérive du grec Pyyaryos. Aldrovande, à la science
duquel on peut avoir confiance pour ce qui regarde les an-
ciennes étymologies, a dit que cet Aigle a reçu des Grecs
cette dénomination, parce qu'il a la queue blanche. Cette opi-
nion a été confirmée par Gaza, qui a traduit le mot grec par
le terme latin Albicilla.
Qnadrieolor. — Nom donné par Buffon à un Passereau
d'Australie [Erylltrura piasiiia), connu des oiseliers sous le
nom de Pape de prairie. « Nous lui donnons le nom de Qua-
dricolor, qui suffira pour le distinguer de tous les autres et
qui lui convient très bien, parce que c'est un bel Oiseau peint
de quatre couleurs vives, également éclatantes : ayant la tête
et le cou bleus, le dos, les ailes et le bout de la queue vcrta,
une large bande rouge en forme de sangle sous le ventre et
sur le milieu de la queue, et, enfin, le reste de la poitrine
et du ventre d'un brun clair ou couleur de noisette, n
(Buffon.)
Quetzal. — Nom donné par les indigènes du Guatemala au
Couroucou resplendissant [Pharornacrus resplendens) .
Queue-de-Vinaigre. — Surnom donné par les oiseliers
à l'Astrild gris bleu ou Bengali cendré (Estrilda cœrules-
cen.<!). Cet Oiseau a la queue d'un rouge cramoisi, ce qui
n'explique pas le singulier surnom que lui donnent les oi-
seliers.
Quiscale. — Nom créé par Vieillot pour désigner un genre
de Sturnidés d'Amérique [Quiscalus) .
28
LE NATURALISTE
Bâio. — Ce nom a été donné primitivement au Râle de
genêts, par onomatopée de son cri. « C'est du cri désagréable
ou plutôt du râlement de ce dernier Oiseau que s'est formé
dans notre langue le nom Je Râle pour l'espèce entière. »
(BuBon.) Le petit Râle d'eau (Porzana maruetla) est connu
sous le surnom de Maroiielle, qui parait du à Brisson, mais
dont on ignore l'étymologie.
RanieFon. — Nom formé du mot Ramier et créé par Le
■Vaillant pour désigner un genre de Pigeons d'Afrique (Slric-
tœnas) que les indigènes surnomment Pigeons des olives.
{A suivre.)
A. Gkanger.
LIVRE NOUVEAU
Histoire naturelle de la France : Mînéi-alogie, par
Paul Gaubert, D'' es scipnces, attaché au Muséum d'his-
toire naturelle. 1 vol.de 260 pages, avec 18 planches en
couleur et H9 fig. dans le texte. Prix broché, 5 fr. ;
franco,") fr. 35; cartonné toile anglaise, 5 fr. 7b; franco,
6 fr. 20.— Les Fils D'Emile Deyrolle, éditeurs, 46, rue
du Bac, Paris.
Le volume consacré à la Minéralogie de l'Histoire
naturelle de la France vient enlin de paraître; nous disons
enfin, car nous savons que l'apparition de ce volume était
impatiemment attendue depuis bien longtemps. Lorsqu'on
demandait aux éditeurs à quelle époque paraîtrait le
volume, il était toujours répondu : « Prochainement;
mais les dessinateurs, graveurs, imprimeurs, etc., nous
tiennent et nous retiennent; mais vous verrez les plan-
ches, nous disait-on! » Et nous attendions sur ces bonnes
paroles, comptant que l'exécution des planches nous
dédommagerait de l'attente. Nous venons d'examiner en
détail le volume en question, et nous sommes heureux de
dire que nous n'avons pas ét^ déçus et que nos espé-
rances se sont réalisées : les planches sont absolument re-
marquables, nous ne saurions trop féliciter les éditeurs et
les collaborateurs, dessinateurs, graveurs, imprimeurs, du
résultat inespéré qu'ils ont obtenu. On peut dire que
c'est le premier ouvrage de ce genre qui voie le jour ;
ouvrage élémentaire, tout en étant scientilique, et dix-huit
planches en couleur, accomiiagnant le texte, sans comp-
ter les figures du corps de l'ouvrage! L'auteur, !M. Paul
Gaubert, attaché au laboratoire de Minéralogie du
Muséum de Paris, a bien compris l'esprit qui devait pré-
sider à la rédaction d'un tel ouvrage. Il est d'une par-
faite clarté ; les descriptions comprennent les caractères
suffisants pour déterminer tous les minéraux de France,
basés sur les signes extérieurs et les essais au chalumeau.
L'ouvrage est divisé en deux parties : la première traite
des propriétés générales des miuéraux, cristallographie,
propriétés physiques, propriétés chimiques. La deuxième
partie comporte les descriptions.
En un mot cet ouvrage de Minéralogie de l'Histoire
naturelle de la France est certainement appelé au plus
grand succès ; on ne saurait trouver un traité de Minéra-
logie plus simple et en même temps suffisamment corn-
plet et orné de planches aussi belles et d'un jirix modique.
P. Fucus.
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dans ce numéro le volume « Minéralogie » de l'histoire
naturelle de la France. Veuillez vous y reporter.
M. J. 'V, à Versailles. — Lorsque vous aurez l'occasion
de passer à nos bureaux, nous vous montrerons une série
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ture pourl'enseignement élémentaire de la Physique. Au
moyen de ces tableaux, on peut faire un cours complet
de Physique sans autres accessoires ou appareils queceux
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rique; Ilouillièredo France, Belgique, Hollande ; Pormien
de Saxe, Russie, Lodève,Saaibruck; Salifériendu Tyrol;
Conchylien des Vosges, Luxembourg ; Sinémurien, etc.
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19» ANNÉE
y\
IV «38
FÉVRIER 1897
LES ANCIENS'^WÂCIERS
►lB25 lf89f
I
En 1S17, Jlmii l'iM-audin, puido du Valais et chasseur
de chamois, dnnnait l'hospitalité à un savant glacié-
riste, M. de Cluupentier. Assis au coin du feu, les doux
hommes s'entretenaient des f;laciers qui, de toutes parts,
se dressaient autour d'eux; M. de Charpentier parlait des
eaux diluviennes qui avaient transporté les 6/ocs erra-
tiques à de si grandes distances des Alpes : « Pourquoi,
re|>artit le guide, inventez-vous des déluges et des cours
d'eau pour les charger de rochers évidemment trop
lourds pour eux'^ N'est-il pas plus simple de penser que
ces pierres ont été transportées par des glaciers, qui tous
les jours en transportent sous nos yeux. » C'était l'idée
féconde de la découverte des aticiens glaciers.
Tous les glaciers ont ])Our origine les blancs ncvés qui
s'accumulent et se compriment sur les sommets, ]>our se
transformer en glace transparente ; ils descendent dans
les vallées qui sillonnent les flancs de la montagne, avan-
çant lentement, rabotant les falaises, qui les encaissent.
Les roches de fond, sous cette action puissante, se po-
lissent, perdent leurs angles; les parois sont de même
transformées, portant les rayures des cailloux tombés
entre elles et les glaciers : elles sontpoHes et sériée.';.
Sur le glacier, de longues files de blocs de pierre mar-
([uent l'emplacement des morames; ce sont les débris
détachés des falaises encaissantes qui roulent sur le
glacier et sont transportés avec lui. Souvent d'énormes
quartiers de rocher s'éboulent et constituent des blocs
erratiques.
Si la glace vient à fondre, ces pierres tombent sur le
sol sous-jacent, en lignes correspondantes à celles occu-
pées à la surface du glacier, et jalonnent ainsi la direc-
tion des moraines; les blocs erratiques sont déposés par
cette fusion au point où ils se sont arrêtés.
L'emplacement d'un ancien glacier est donc facile à
reoonuaitre par les caractères énumérés : Va/pect poli et
jîd-iédes roches encaissantes, la présence de cailloux striés,
la position des moraines et des blocs erratiques. Seule, la
glace man([ue, mais ces témoins persistent et permettent
au géologue de reconstituer en pensée la direction, l'ex-
tension, l'épaisseur, les étapes de la marche du glacier
disparu.
Cette comparaison si simple à faire aujourd'hui entre
nos glaciers muderues et les formations glaciaires an-
ciennes, a cependant demandé de longues et patientes
recherches, et il a fallu les travaux ininterrompus do
toute une phalange de savants :
Charpentier, Venetz, Schimper, Agassiz, Delor, Co-
lomb. Julien, Boule, etc., pour établir l'histoire des an-
ciens glaciers et tracer les limites de l'ancienne exten-
sion glaciaire.
Grâce à leurs travaux, il nous est possible de prendre
une idée exacte de ce phénomène, et, si l'on ne peut en-
core en déterminer les causes, il est démontré que, à
plusieurs reprises, les glaces ont envahi nos continents.
II
L'étude de la montagne do Perrier, près d'Issoirc (Puy-
de-Dôme) permet de reporter à l'époque tertiaire l'appa-
rition de glaciers fort importants dans le. Plateau Ceu-
Le Naturaliste, 46, rue du Bac, Paris.
tral. Sur ce point un conglomérat, formé de blocs des-
cendus des Monts Dores et enchâssés dans une boue
épaisse, présente tous les caractères d'une formation
glaciaire. Des dépôts analogues so retrouvent sur divers
]ioints, au pied dos Monts d'Auvergne. A Perrier, cette
formation est datée ; elle rejiose sur les couches kMasto-
don arver7iensis, elle, alterne avec des dépôts à Elephas
meridionalis et Rhinocéros leptorhinus, elle est superposée
au Pliocène inférieur et appartient au Pliocène supérieur.
Au moment où parait Elephas meridionalis, \a faune de
la France avait les plus grandes allinités avec celle de
l'Afrique actuelle : des éléphants, des rhinocéros, des hip-
popotames, des cerfs, des antilopes, des bisons se multi-
pliaient dans de vastes pâturages, sur les bords des grands
lacs et des fleuves de cette époque lointaine. C'est à ce
niveau que les géologues jilacent la (in des temps ter-
tiaires.
Le début de l'époque quaternaire est marqué par un
refroidissement, et par des précipitations atmosphériques
abondantes qui déterminent la première extension gla-
ciaire quaternaire. La calotte glaciaire des pôles s'avança,
par-dessus la Suède et la Norwège, jusqu'à une ligne
jalonnée par Londres, Dresde, Cracovie, Lemberg, Kiev
et Saratov, recouvrant presque toute la Russie, l'An-
gleterre, l'Allemagne et la Hollande. En Amérique, ces
dépôts s'arrêtent aux Montagnes Rocheuses, suivant le
cours du Missouri et de l'Ohio. En même temps, tous les
massifs montagneux de l'Europe se hérissaient de glaciers:
le Caucase, les Alpes de Transylvanie, le Rhodojie,
étaient des centres de formation ; en France, les glaciers
des Alpes et du Jura se confondaient; les Vosges, la
Forêt Noire, le Plateau Central, les Pyrénées, envoyaient
leurs fleuves de glace dans toutes les directions.
Les manifestations glaciaires de cette époque se pré-
sentent avec une puissance extraordinaire. Si l'on prend
comme exemple le massif des Alpes, on peut considérer
que l'épaisseur des glaciers qui comblaient les anciennes
vallées atteignait plus de 1.000 mètres. Leur extension
était telle qu'ils touchaient la chaîne du Jura et déjio-
suient sur ses fleuves des blocs erratiques de gneiss et de
granit d'origine alpine. Le glacier du Rhône, réduit
maintenant à une coulée do 10 kilomètres, a formé alors
une nappe glaciaire de 400 kilomètres de longueur. Des-
cendu du massif du Saint-Gothard, il recevait de nom-
breux affluents sur son parcoui-s, se butait contre Chas-
seron, et se divisait en deux branches divergentes. L'une
se dirigeait vers le bassin de l'Aar, l'autre s'engageait
dans la vallée du Rhône, couvrait d'une immense nappe
de glace la région du Léman, pour se diriger vers Lyon
où la colline de Fourvièro et de nombreux blocs erra-
tiques marquent la limite de son extension.
Par comparaison, il est possible de concevoir le dé-
veloppement excessif do tous les glaciers actuels à
l'époque quaternaire, et de comprendre l'apparition de
semblal)les formations sur nos chaînes de montagnes
actuellement dépourvues de glaciers.
Puis, les glaciers s'arrêtent dans leur marche ; ils
reculent, abandonnant leurs moraines et leurs blocs erra-
tiiiues. Des forêts de pins, de sapins, de mélèzes, d'ifs,
de bouleaux, de chênes, de noisetiers et d'érables se dé-
veloppent sur les boues mises à nu. La température
redevient plus douce et bientôt un éléphant voisin du
meridionalis : Elephas antiquus prend possession du sol,
avec des rhinocéros {Rhinocéros Merckii), des aarocûb,
des cerfs, des élans, des carnassiers divers. C'est une
30
LE NATURALISTE
période interglaciairù très nette, très évidente sur tous les
continents observés.
Mais l'extension glaciaire — deuxième extension qua-
ternaire — se produit de nouveau, les vallées déblayées
sont envahies par les fleuves glacés qui entraînent de
nouvelles moraines et des blocs erratiques. Le mam-
moutli fait son apparition. Cet éléphant, dont Pallas a
découvert des cadavres entiers dans les glaces de Sibérie,
était organisé pour vivre dans un climat froid, sa toison
frisée et laineuse le caractérise à ce point de vue. Il est
accompagné d'animaux nombreux dont les uns ont dis-
paru, comme Rhinocéros tichorinus et l'ours des cavernes,
dont les autres sont relégués sur les hautes montagnes,
citons : la marmotte, le chamois, le bouquetin, le
lagomys, — ou dans les régions boréales : le renne, le
renard bleu, le glouton, le lemming, le bœuf musqué.
Les chevaux, les bisons, les aurochs formaient la popula-
tion la plus abondante des vallées, avec des cerfs et des
antilopes saïga. L'hyène des cavernes et le lion des
cavernes, relégués plus tard vers le Sud, vivaient à coté
de ces espèces, dont l'ensemble constitue une faune
d'animaux adajités à des températures moyennes.
Cette seconde formation glaciaire n'a point atteint les
limites extrêmes de la première, elle s'est arrêtée, et le
recul s'est produit par suite de conditions climatériques
nouvelles. Les précipitations atmosphériques, si abon-
dantes au début du quaternaire, deviennent de moins en
moins importantes. Le climat d'humide devient sec et
froid. Donc les glaciers reculent faute d'aliment; plus
tard, la température s'élève et le climat actuel s'établit,
après quelques alternatives. Nous assistons aujourd'hui
aux dernières manifestations glaciaires de cette dernière
extension. Les glaciers de nos Alpes et de nos Pyrénées
qui s'accrochent aux sommets les plus élevés, sont les
derniers restes de ces gigantesques fleuves de glace qui
ont couvert presque la moitié du continent européen.
Cette modification dans le climat n'a pas amené la
disparition des êtres animés sur notre sol : le mammouth,
le rhinocéros à narines cloisonnées et l'ours des cavernes
sont les seuls qui no soient point arrivés jusqu'à nous.
D'autres, comme le renne, ont émigré vers le Nord,
ayant besoin d'une température plus froide, le plus grand
nombre est demeuré sur notre sol et constitue la faune
sauvage actuelle de l'Europe.
Par ses travaux sur l't'jjogMc houUUre, M. Julien pense
qu'on est en droit d'assigner une origine glaciaire à cer-
tains conglomérats des formations carbonifères. Il s'agis-
sait de glaciers descendant de la grande chaîne de mon-
tagne — la chaîne hercynienne — qui, ]iartant de la
Bretagne, passait par le Plateau Central et se poursui-
vait, à travers le Forez, les Vosges, l'Ardenne, la Forêt
Noire, vers le Hartz et la Bohème. Si ses conclusions
sont adoptées, les formations glaciaires apparaîtraient
dès les temps géologiques les plus reculés.
L'extension glaciaire tertiaire correspond à la fin des
manifestations volcaniques du massif des Monts Dores.
Pendant le quaternaire, s'ouvrent les volcans à cratères.
Ces volcans sont nombreux en Auvergne ; ils ont con-
servé leurs cônes de scories, leurs cratères en coupes
étalées, et de leurs flancs partent de longues coulées de
lave qu'on croirait à peine refroidies.
L'homme a-t-il contemplé les puissantes manifesta-
tions glaciaires que nous avons décrites? L'homme a-t-il
assisté aux éruiitions volcaniques de l'Auvergne? Les
découvertes faites depuis un demi-siècle ont permis de
répondre alOrmativement à ces questions. Nous nous
jiroposons de résumer en quelques chapitres les con-
naissances préhistoriques qui sont désormais acquises,
en faisant connaître l'histoire des races humaines qui
ont habité les grottes au pied des grandes Alpes et des
grandes Pyrénées quaternaires et qui ont tressailli au
grondement des éruptions volcaniques du Plateau Cen-
tral.
D' Paul GiROD,
Professeur à l'Université de Clermont-Ferrand.
ANIMAUX
Mythologiques, légendaires, historiques, illustres,
célèbres, curieux par leurs traits d'intelligence,
d'adresse, de courage, de bonté, d'attachement,
de reconnaissance, etc.
Cyfftie. — L'irascible reine des dieux et des hommes,
sœur et épouse de Jupiter; celle qui, iclernum servons siib
pectore vulnus, parce qu'elle voyait le pieux Enée échap-
per à sa vengeance, s'écriait classi(juement :
Mené incepto desistere victam,
Nec posse Italià Teucrorum avortera regem ?
Astego, qure divùm incedo regina, Jovisque
Et soror et conjux, una cuni gente tôt annos
Bella gero '? Et quisquam nomen Junonis adoret
Prœterea, aut supplex aris imponat honorem?..
Cette reine, cette déesse, cette divine mère, avait pour
époux un singulier personnage, — roi, dieu, divin père
lui-même. Et malgré ses colères, malgré sa suprême
beauté, elle ne pouvait empêcher que Jupiter ne conser-
vât la fâcheuse habitude, dès qu'une mortelle était à son
gré, dès qu'il pouvait lui appliquer cet autre beau vers
de 'Virgile : Jam matura viro, jam plenis nuhilis annis, de
se déguiser en quoi que ce fût, et de lui faire une cour
aussi assidue qu'irrésistible.
Quatre de ses métamorphoses ont été mises ]iar un
vieux grammairien dans ce distitiue mnémotechnique en
vers rapportés :
Taiirus, olor, satyrus fit et aurum Jupiter, ai'dcns
l'^uropen, Lccden, Antiopen, Danacn.
Il se lit donc : 1° taureau, 2° ci/jne, 3° satyre, 4° louis
d'or, pour séduire : i" Europe, 2" Léda, 3° Antiope,
4" Danaé.
Ne retenons ici que le cygne. On sait que la princesse
Léda, lille de Tyndare, roi de Sparte, se baignant dans
l'Eurotas, fut soudain aperçue par l'incorrigible père des
dieux et des hommes. Il pria aussitôt Vénus, la céleste
meretrix, de se transformer en aigle et de le poursuivre,
lui métamor])hosé en cygne. Ce fut l'aU'aire d'un clin
d'œil. Le dieu galant se réfugia incontinent dans les bras
de la charmante mortelle, dont les compagnes chas-
sèrent facilement l'oiseau persécuteur. Résultat, neuf
mois après ; lUmx œufs dont sortirent deux paires de
jumeaux: Castor et Clylemnestre, Pollux et la belle
Hélène, chère à Oft'enbach.
Cette aventure a été célébrée à l'envi par tous les my-
thologues de l'antiquité. Un de nos vieux auteurs reli-
gieux latins du xii« siècle. Honoré d'Autun, s'exprime à
LE NATURALISTE
31
ce sujet en ces termes (De imagine mundi libritres, lib. I,
cap. r.xiii) : « Jupiter s'étant transformé on cy^ne pour
l'animir de la reine Léda, cet oiseau fut mis au noml)i-e
des astres. »
ElTectivenient, nous avons, dans le ciel de nos astro-
nomes, une constellation boréale de 81 étoiles située au-
dessous de la lA-re, et qui s'étend le long de la voie lactée
eu formant luii' grande croix; elle est opposée aux
Génu-aux relativement au polo, qui est au milieu des
deux constellations. C'est dans cette constellation que se
trouve la fameuse étoile Gl-^ duCyjne, la première dont
on ait pu mesurer la parallaxe, et qui est la plus rappro-
chée, pour nous, de toutes celles (|ui sont visibles sur
l'hémisphère boréal; elle est située à quinze trillions de
lieues de la terre, et sa lumière nous arrive au bout d'en-
viron six ans...
Aruiiult, né caustique, a écrit sur ravoiUuri' de Léda
un cou]det assez mordant et que je crois de circonstance
aujourd'hui que les journaux racontent à qui mieux
mieuxles scandaleuses amours d'une autre princesse avec
un simple 'mortel grêlé, dont le violon chante, parait-il,
comme le cygne sur le point de mourir:
On nous raconte que Léda.
l*ar le diable autrefois tentée,
D'un amant à l'aile argentée
Un beau matin s'accommoda.
Ilélas! ces caprices insignes
Sont encor les jeux des amours,
Si ce n'est qu'on voit de nos jours
Les Dindons remplacer les Cygnes.
Quoi (ju'il eu soit, la constellation dont il s'agit aurait
encore d'autres origines: Cycnus, fils d'Apollon et de
Thyrie, s'étant noyé dans le marais de Canope, fut mé-
tamorphosé en cygne par son père; un autre Cycnus,
(|ui mourut de la main d'Achille sous les murs de Troie,
eut le même sort : un troisième, ami intime de Phaé-
ton, autre fils d'Apollon foudroyé par Jupiter comme
compromettant la sûreté du monde, serait (jlntôt le titu-
laire de ladite constellation. Voici ce qu'en dit Virgile
au X'' chant de l'Enéide, vers 185 à 193 :
« Tu ne seras point oublié dans mes vers, intrépule
Cyniro, le plus brave des Liguriens ; et toi, Cupavon,
qu'accompagne un petit nombre de guerriers, et dont le
casi[ue est ombragé de plumes de cygne, triste monu-
ment de la métamorphose de ton père, dont l'amour fut
tout le crime. On raconte, en effet, qu'accablé jiar la
perte de son cher Phaéton, Cycnus se retira à l'ombre
des peupliers, autrefois les sœurs de son ami; tout en-
tier à sa douleur qu''il s'efforçait vainement de calmer
jiar la douceur de ses accents, il vit sa vieillesse se revê-
tir insensiblement d'un blanc et léger duvet, et prenant
son essor loin de la terre, il porta dans les plaines du
ciel la plaintive mélodie de ses chants. »
Ovide, au livre II de ses Métamorphoses (v. 327-380),
nous fait un récit à peu ])rès semblable, mats il ne place
pas au ciel le métamorphosé:
« Le fils de Sténélée, dit-il, Cycnus, fut témoin de ce
prodige (les sœurs de Phaéton transformées en peupliers) ;
bien qu'il te fût uni par le sang, ô Phaéton, il l'était
encore davantage par les nœuds de l'amitié. Abandon-
nant son royaume, il faisait retentir des cris de sa dou-
leur les vertes campagnes qu'arrose l'Eridan, les eaux
du lleuve lui-même, et les arbres dont les sœurs venaient
d'augmenter le nombre. Soudain sa voix, de virile
([u'elle était, devient grêle ; des plumes blanches rem-
placent les cheveux ; son cou se prolonge loin de son
sein ; une memlirane de pourpre unit les doigts, le duvet
('ouvre les flancs; sa bouche devient uu bec arrondi;
Cycnus est transformé en un oiseau jusqu'alors inconnu;
il ne se confie ni aux plaines célestes, ni à Jupiter, car il
garde le souvenir des feux injustement lancés sur Phaé-
ton; il habite les étangs et les vastes lacs, car sa haine
])0ur le feu lui fait choisir une demeure au sein de l'élé-
ment contraire. »
Platon veut que ce soit Orphée ([niait été transformé en
cygne, à cause di; sa beauté, et transporté au ciel auprès
de sa lyre.
Autres traditions encore:
Athénée, Deipnosophistes (livre IX, chap. xi), nous
dit :
« Les cygnes ])arurent souvent à notre table. Cet oi-
seau, dit Aristote, prolifîe beaucoup (1). Il est coura-
geux, se bat avec son semblable jusqu'à la mort, et
même contre l'aigle, qu'il n'attaque pourtant pas le pre-
mier. Les cygnes 'chantent mélodieusement", surtout aux
approches de la mort. Ils traversent la mer en chantant,
sont palmipèdes, et paissent l'herbe. Cependant,
Alexandre de Mynte dit en avoir vu plusieurs expirants
et ne pas les avoir entendus chanter. »
{C'est absolument comme moi, diraient les pages de la
comtesse de Panada, dans la Mascotte.)
« Ilégésianax d'Alexandrie, continue Athénée, qui
composa l'ouvrage intitulé Les Troiques de Céphalion, rap-
liorte que Cycnus, qui combattit seul contre Achille, fut
nourri par un cygne à Leucophrys, Boios dit, dans son
Ornithogénie, selon Philocore, que Cycnus fut changé en
cygne par le dieu Mars. »
L'antiquité admettait absolument que le cygne avait
un chant harmonieux, qu'il faisait surtout entendre au
moment de mourir. Ovide {Héiûidcs, ép. VIII, v. i), dit :
Sic, ubi fatavocant, udis ahjectus in lierbis.
Ad vada Jltcandn concinit albus olor. ..
« Tel, étendu sur des herbes marécageuses, le blanc
cygne (olor ou cycnus), quand les destins l'appellent,
chante aux bords du Méandre. »
En outre, les cygnes possédaient l'art de la divination,
ils connaissaient d'avance le moment de leur mort; Pla-
ton, qui faisait dire à Socrate bien des choses auxquelles
l'illustre Sage n'avait jamais songé, le fait parler ainsi
dans son Phédon :
« Vous me croyez, Simmias, bien inférieur aux cygnes
pour ce qui concerne le pressentiment et la divination'^
Les cygnes, quand ils sentent qu'ils voutiuotirir, chantent
encore mieux ce jour-là qu'ils ne l'ont jamais fait, dans
leur joie d'aller trouver le dieu qu'ils servent. Mais la
crainte que les hommes ont eux-mêmes de la mort leur
fait calomnier les cygnes, en disant qu'ils pleurent leur
mort et que la tristesse seule les fait chanter. Et ils ne
font point cette réflexion qu'il n'y a jias d'oiseau qui
chante quand il a faim ou froid, ou (juand il souffre de
quelque autre manière, pas même le rossignol, l'hiron-
delle ou la huppe, dont on dit que le chant est une com-
plainte. Mais je ne crois pas que ces oiseaux chantent de
tristesse, ni les cygnes non plus ; je crois plutôt (ju'étant
consacrés à Apollon, ils sont devins, et que, prévoyant le
bonheur dont on jouitau sortir de la vie, ils chantent et
se réjouissent ce jour-là plus qu'ils n'ont jamais fait. »
Pline s'inscrit en faux contre cette croyance (Histoire
(1) Aristote, Histoire des animaux, livre IV, chap. ii.
32
LE NATURALISTE
naturelle, liv. X, ch. xxxil): « On dit qu'au momout du
mourir les cygnes font entendre un cliant funèbre; c'est,
je pense, une erreur ; du moins, cela résulte pour moi
de quelques expériences. Cesmèmesoiseaux se mangent
entre eux (lidcm mvtua carne vescimtur inter se). »
Mais GicéTon (Tusculanes, livre I, ch. xxx) se range à
l'avis de Socrate, qu'il cite à peu près d'après Platon :
« On con.sacré les cygnes à Apollon, disait Socrate,
parce qu'ils semblent tenir de lui l'art de connaître l'ave-
nir; et c'est par un effet de cet art que, prévoyant de
quels avantages la mort est suivie, ils meurent avec vo-
lupté et tout en chantant. Ainsi doivent faire, ajoutait
Socrate, les hommes savants et vertueux. «
Notre La Fontaine ne pouvait mieux faire que de s'em-
parer de cette fiction, et sa fable xiidu livre III, le Cygne
et le Cuisinier, nous parle encore du chant du cygne :
Dans une ménagerie
De volatiles remplie
Vivaient le cygne et l'oison.
Un jour, le cuisinier, ayant trop bu d'un coup.
Prit pour oison le cygne, et, le tenant au cou,
Il allait l'égorger, puis le mettre en potage;
L'oiseau, prêt à mourir, se plaint en son ramage.
Le cuisinier lut fort surpris.
Et vit bien qu'il s'était mépris :
Quoi ! je mettrais, dit-il, un tel chanteur en soupe ?
Non, non, ne plaise aux dieux que jamais ma main coupe
La gorge à qui s'en sert si bien !
Ai7tsi dans les dangers qui nous suivent en croupe.
Le doux parler ne nuit de rien.
Du reste, La Fontaine ne croyait pas un traître mot de
cette universelle légende: « Ce n'est pas, dit-il dans le
Songe de Vaux, que tous les cygnes chantent en mourant.
Bien que cette tradition soit fort ancienne, on peut en
douter sans impiété, aussi bien que de plusieurs autres
articles de la croyance des poètes. »
Les poètes comparaient volontiers un écrivain de mé-
diocre talent à quelque oiseau vulgaire, oie, corbeau, etc.,
voulant entrer dans la compagnie des cygnes.
"Virgile, dans son Eglogue IX, vers 36, dit :
Nam neque adhuc 'Varo videor, nec dicere Cinna
Digna, sed argutos inter strepere anser olores.
« Car je n'ai encore rien fait qui me semble digne de
"Varus et de Cinna ; faible oison, je mélo au chant mélo-
dieux du cygne mes chants discordants. «
Dans son Eglogue YIU, v. 55, il dit aussi:
« Que l'on voie désormais le loup fuir devant la brebis
etc., etc., et le hibou égaler le chant du cygne. »
certent et cycnis ululaî.
Dans son De naturâ î-ei-wm, chant III, v. G, le plus beau
chant de son poème, Lucrèce a pu dire aussi, après avoir
exalté Epicure aplanissant aux mortels le chemin de la
vie et faisant jaillir la lumière des ténèbres, par son en-
seignement philosophique :
« Je te suis, non pas en rival audacieux, mais,
disci])le zélé, je cherche à t'imiter; l'hirondelle pourrait-
elle défier le cygne '^
quid enim contendet hirundo
Cycnis?... »
Martial {Épigrammes, livre I, épigr. liv, v. 7) dit éga-
lement :
Sic niger, in ripis errât quum forte Caystri,
Inter Ledseos ridetur corvus olores.
« Ainsi, lorsque parfois il erre sur les bords du Caïstre,
mêlé aux cygni's chers à Léda, le noir corbeau devient
un objet de risée. »
Plus loin, livre 'VIII, épigr. xxvill, v. 13 (sur une robe
blanche que lui avait clonnôe Parihenius), comparant la lilan-
cheur de ce vêtement à celui du cygne, il dit encore
(mais c'est tout le contraire) :
Spartanus tibi cedet olor, etc.
<• Devant toi doit s'humilier le cygne de l'Eurotas », etc.
Et, pour en revenir à cette extraordinaire croyance au
chant harmonieux du cygne, d'où peut venir cette lé-
gende, démentie chaque jour par tous les cygnes passés
et présents '("
Dans sa Chasse au fusil (chap. 'VII, p. 539) Magné de
Marolles dit : « Les cygnes peuvent entre]irendre de
longs voyages. Le mouvement de leurs ailes produit un
bruit sonore et harmonieux que l'on entend de fort loin, et
que Sonnini est tenté de regarder comme la source de la
fable relative à leur chant... »
Serait-ce là l'explication de ce chant aussi harmonieux
que funéraire, que personne n'a jamais entendu, et qui
a été tant célébré 'i
■Voyons encore ce que dit Isidore, évéque d'Hispaiis
(Etymologiarum, liber XII) :
« Olor est l'oiseau que les Grecs appellent xOxvov ; on
l'appelle olor jiarce que son plumage est entièrement
blanc ; personne, en effet, n'a vu de cygne noir : le mot
grec "oXov signifie tout entier (l'Australie et les cygnes
noirs étaient inconnus au savant prélat).
« Le nom de cycnus lui vient de son chant {canei'e),
parce qu'il module harmonieusement les sons de sa
voix. On dit qu'il chante si mélodieusement parce que
son cou est long et flexible, ce qui oblige précisément
sa voix à prendre diverses modulations en parcourant
ce chemin long et tortueux.
« On raconte que, dans les régions hyperboréennes,
des cythares ayant été jouées, des cygnes accoururent
au vol et mêlèrent leur chant à celui des instruments.
« On dit que les navigateurs tirent d'heureux présages
de la vue de ces oiseaux, ainsi que l'explique Emile (1)
dans ces vers :
C}'cnus in auspiciis lastissimus aies.
Hune optant nautse, quia se non mergit in undas.
« Le cygne est un oiseau très favorable dans les aus-
pices. Il est en grande faveur chez les marins, parce
qu'il ne disparaît pas sous les eaux. »
Il résulte de ceci qu'une ancienne croyance faisait
accourir les cygnes vers des joueurs d'instruments de
musique, et que, dans leur vol, ils accompagnaient
l'harmonie de ces instruments. Ne s'agissait-il pas ici
du bruit sonore et harmonieiuv de leurs rémiges, dont
parle Magne de Marolles'?
Evidemment. Et si, par une association d'idées facile
à comprendre, les anciens ont cru que les cygnes allaient
mourir en pleine mer, incapables de franchir d'aussi
grandes étendues d'eau, leur prétendu chant ne célé-
brait-il pas d'avance leurs funérailles?
D'un autre côté, voici ce que dit A. de Chesnel dans
son Dictionnaire des superstitions populaires, page 270
(Migne) :
« Néanmoins, si le cygne ne chante pas avant de
mourir, nous trouvons un fait particulièrement curieux
dans le Voyage au Brésil, de Luccok. En parlant d'un
oiseau de couleur pourpre, nommé sabiar, qui fut blessé
(1) iEmilius Macer, Orlhogonia.
LE NATURALISTE
33
mortellement près de San-Gonzalès, il ajoute que cet
oiseau se mit aussitôt à chanter d'une voix pleine et
mélodieuse, pour ne se taire qu'au moment où il rendit
le dernier soupir. »
Cet oiseau, ce sabiar, est-il réellement connu au
Brésil ?
C'est facile à vérifier. Du reste, la particularité de ce
cliant mélodieux au moment de mourir doit être parfai-
tement connue des indigènes, et si Luccok ne s'est pas
trompé (a beau mentir qui vient de loin.'), l'oiseau doit
ftre un des plus célèbres de la faune brésilienne... Un
de mes lecteurs le connaît-il'?
Nous avons vu plus haut que le cygne était consacré à
Apollon; il l'était aussi à Vénus, cette bonne à tout faire
du Ciel et de la Terre, déesse de la volupté, en raison
de son tempérament assez semblable à celui de la mère
de Cupidon: voilà pourquoi les poètes attelaient souvent
des cygnes à son char.
Ovide dit, dans son Art d'aimer (livre III, v. 808| :
Lusus habet finem : c^cnis descendere tempus
Uuxerunt coUo qui juga nostra suo.
n Mon badinage touche à sa fin : il est temps mainte-
nant de dételer les cygnes qui ont traîné mon char. »
Horace dit aussi (C>de I'° du livre IV, à Vénus, vers
9-12) :
ïempestivius in domum
Pauli, purpureis aies oloribus
Commessabere Maxirai,
Si torrere jecur quœris idoneum.
(I Si tu cherches un C(eur fait pour tes feux, transporte-
toi, sur l'aile de tes cygnes pourprés, dans la demeure
de l'aulus Maximus. »
Horace fait sans doute ici allusion à une espèce parti-
culière de cygne qui a toutes les plumes de la tête et
quelques-unes de la poitrine marquées à l'extrémité
d'un jaune d'or rougeàtre, et dont parle le dictionnaire
de Trévoux au mot Cygne (tome III, p. 175) : « M. Redi,
médecin de Florence et académicien de la Crusca, sur
ce qu'Horace appelle purpurei les cygnes qui traînent le
char de Vénus, observe qu'il y a véritablement une race
de cygnes dont personne n'a encore parlé, et qu'il a sou-
vent vue dans les chasses de M. le Grand-duc, lesquels
ont toutes les plumes de la tète, et du cou et de la poi-
trine, marquées à l'extrémité d'une pointe jaune comme
de For, tirant sur le rouge. »
Stace, dans les Syhes (livre I, Epithalame de Stella cl
Violantilla. v. 142), dit également :
thalamique egi'essa supcrbum
Limen, Amyclasos ad frena citavit olores
« Franchissant le seuil brillant qui conduit à sa
couche, elle (Vénus) appelle sous le joug les cygnes
d'Amyclée. »
L'abbé Delille, — qui, quoique abbé, possédait une
femme légitime aussi aimable que la fameuse épouse de
Socrate, Xantippe, — a résumé dans de fort beaux vers
quelques anciennes croyances relatives au cygne (Les
trois règnes de la nature, chant VIII, vers 84 et sui-
vants) :
Mais quel heureux amaiit égale en volupté
Le cygne au cou flexible, au plumage argenté ;
Le cygne toujours beau, soit qu'il vienne au rivage,
Certain de ses attraits, s'offrir à notre hommage.
Soit que, de nos vaisseaux le modèle ac'uevé
...Fier, il vole au milieu de son escadre ailée
Il prouve aux flots émus par son ardeur féconde,
Que la mère d'ami)ur est la fdle de l'onde;
Et de .son coi^is choisi pour plaire à deux beaux yeux,
Justifie, en aimant, le monarque des dieux.
La fable de sa voix a vanté la merveille ;
L'œil enchanté, sans doute, avait séduit l'oreille.
Et qu'avait-il besoin de ce titre emprunté?
Lui seul réunit tout, force, grâces, fierté;
Il habite à son choix les airs, l'onde et la terre;
Modéré dans la paix, valeureux dans la guerre,
Terrible, impétueux, il fond sur ses rivaux :
Leur choc trouble les airs, il agite les eaux.
Tel Antoine jadis, sur le.s plaines de l'onde.
Disputait Cléopàtre et l'empire du monde.
Le cygne a souvent servi à qualifier un poète, un ora-
teur, un musicien, etc.
En parlant de Piudaro, Horace a dit (livre IV, ode il,
v. 2b) :
Mnlta Dircaeum levât aura cycnum,
Tendit, Antoni, quoties in altos
Nubium tractus...
« Antoine, un souffle vigoureux soutient le cygne de
Dircé, quand il s'élance dans le séjour des nuages... »
Dircé était le nom d'une fontaine de la Béotie, et
Pindare était de Thèbes, Guinguené a dit aussi :
Quand sur les vainqueurs d'Olympie
Planait le cygne de Dircé,
Peut-être à quelipie oreille impie
Son chant parut-il insensé.
Virgile, dans son Eglogue IX, vers 27, dit eu jiarlant
des poètes :
Vare, tuum nomeii superet modo Mantua aobis,
Mantua vîe miserae nimium viciua Crenionœ!
Cantantes sublimé ferent ad sidéra cycni.
« Varus, que Mantoue nous soit conservée, Mantoue,
trop voisine, hélas ! de Crémone ! Et nos cygnes, dans
leurs chants, porteront ton nom jusipi'aux astres. »
Nous disons aussi : le cygne de Matitoue, pour Virgile lui-
même; le cygne de Cambrai, pour Fénelon, et le cygne de
Pesaro, pour Rossini.
Le dictionnaire de Trévoux parle d'un cygne tout
particulier :
<■ Il y a, dit-il, une espèce de cygne ([ui a le pied droit
comme les serres d'un oiseau de proie. Il en prend et
arrête sa proie en plongeant. Son pied gauche est
comme celui des autres cygnes, et il ne lui sert qu'à
nager. Il y en a beaucoup de cette espèce en Amérique;
on en tua un en 16o4 dans l'étang de l'alibaye de Sully,
près de Dammartin; cette espèce ne se plaît que dans
l'eau et ne peut être apprivoisée. »
Ce cygne, tué dans l'étang de l'abbaye de Sully,
venait-il d'Amérique'? qui en a vu do semblable'?...
La Chesnaie des Bois fait mention de cette espèce dans
son Dictionnaire universel des animaux, ainsi que Thillaie
dans le tome I dn Journal d'histoire naturelle (1792), alors
dirigé par Lamarck, Bruguières, etc. — Ce cygne ne
serait-il qu'un monstrueux canard"? Cela ne sortirait pas
de la famille.
A propos des vertus de la chair du cygne, l'abbesse
Sainte-Hildegarde {Physica, lib. VI, de avibus, cap. v)
s'exprime ainsi :
« Cet oiseau est froid et humide, et il tient de la nature
de l'oie et du canard. Il se plaît volontiers dans l'eau,
et il préfère d'ailleurs au vol la natation et la promenade
à terre. Dans l'eau, il sonde et recherche les ordures; sa
chair est saine et bonne à manger, mais elle ne convient
pas aux malades...
34
LE NATURALISTE
(Ici, rextati(iae allemande dévoile de singulières pro-
jtriotés de cette viande : )
(1 L'homme malade de la poitrine qui mange souvent
du foie de cygne cuit, voit ses poumons se reformer,
et sa guérison est promptement assurée; celui qui
souffre de la rate doit souvent manger du poumon do
cygne... etc. »
Nous avons vu plus haut que, dans les Deipnosophisles,
Athénée parle des plats de cygne servis sur les tahles
grecques; du temps de notre abbesse allemande (1098-
1180), on mangeait encore de cet oiseau; et aujourd'hui
encore, dans le nord de la Hollande, on fait des pâtés
fort estimés avec de jeunes cygnes sauvages.
Les Hébreux ont-ils connu le cygne ? Dans sa traduction
de la bible, saint Jérôme a exjjliqué Imschcmeth ]]ar
cycnits, dans les deux passages {Lévitique et Deulcronome)
où il se trouve; la version grecque des Septante, com-
mandée parPtoIémée, traduit par têi;, Tiopcpupîwv; Bochart
(Hierozoccon) veut le traduire parnocfîfd (hibou, chouette) ;
Gesenius, par pélican; Ostcrvald, par cygne... Voilà
bien des interprétations.
Quel que soit d'ailleurs l'oiseau dont le* législateur
Moïse a voulu parler, en le désignant comme impur, les
conjectures ci-dessus sont loin de satisfaire la critique;
en outre, le hibou et le pélican ont leur nom spécial dans
la Bible; il ne s'agit donc pas d'eux dans les passages du
Lévitique et du Deutéronome. Mais, d'un autre coté,
est-il bien certain que Moïse et les Israélites aient connu
le cygne ':" Cet oiseau était-il assez connu en Egypte, en
Palestine, etc., pour que Moïse ait pu en interdire la
chair comme malfaisante dans ces climats';'...
La question est encore pendante, malgré les efforts
des érudits pour l'élucider, et voici les deux passages des
livres saints où il est question du tinscheneth ;
LÉVITIQUE, XI, i'i. — Et entre les oiseaux vous
tiendrez ceux-ci pour abominables, et n'en mangerez
point...
il. — Lachouette, le plongeon, le hibou;
18. — Le CYGNE, le cormoran, le pélican...
Deutéronome, XIV, 12. — Voici les oiseaux dont
vous ne mangerez point;...
16. — La chouette, le hibou, le cygne;
I'i'. — Le cormoran, \e pélican, le plongeon...
Et je terminerai par ce projet de devise, offert par le
dictionnaire de Trévoux, faisant allusion au plumage du
cygne et au ton foncé de sa peau, pour tout être géné-
ralement réputé comme Ironipeui- (le fourbe, l'hypocrite,
le menteur, la femme) : Cutis nigerbima subter ; tra-
duction libre et intervertie : âme noire sous peau blanche.
E. Santini (de Riols).
VENTE PUBLIQUE
DES
Collections et de la BilDliotlièpe
DE FEU AUGUSTE SALLE
Du 18 au 27 février prochain, aura lieu la vente aux
enchères publiques des Collections de Coléoptères, Co-
quilles, etc., et des livres de feu Auguste Salle. La vente
est faite par le Ministère do M° Bailly et de son collègue I
M^ Citerne, Commissaires-priseurs, assistés de M. Heu- 1
l'i Deyrolle, expert. Cette vente otïre certainement un
grand intérêt eu égard à la i)ersonnalité du défunt. Nous
ne saurions mieux faire qu'en reproduisant une partie de
l'introduction que M. Henri Deyrollo consacre, dans le
Catalogue de cette vente, à feu Auguste Salle.
La réputation de Salle comme voyageur naturaliste est
universelle parmi les savants; celle de sa bibliothèque et
de ses collections ne l'est pas moins. L'inspection du
Catalogue de sa Bibliothèque où sont mentionnées
environ 10,000 brochures et volumes, ces derniers sou-
vent soigneusement reliés, parfois avec luxe, dira son
amour des livres.
Ceux traitant l'Entomologie y sont en grand nombre ;
ceux sur l'Ornithologie et la Conchyliologie y font bonne
ligure, ainsi de même pour les Scienees Naturelles en
général; ceux de Géographie et d'Histoire des décou-
vertes et voyages y représentent dignement le membre
de la Société de Géographie et l'énergique voyageur;
enfin ceux d'Histoire dos pays qu'il a [larcourus diront
combien il s'intéressait aux régions qu'il visitait.
Aussi l'Amérique du Nord et toutes ses provinces;
le Mexique et les différentes républiques voisines, l'Amé-
rique centrale en un mot, où il a fait de si remarquables
découvertes ; les Antilles où il s'est rendu plusieurs-fois ;
Saint-Domingue, Haïti, Cuba, la Guadeloupe, etc.. y
ont de nombreuses histoires et récits de voyages.
Le Mexique surtout, si intéressant à tous les points de
vue, par les événements anciens et modernes, contrée où
du reste il a voyagé à diflérentes époques, l'a captivé
plus que toute autre; on le reconnaîtra au nombre
d'ouvrages sur ce pays, la plupart en français, mais de
nombreux aussi en esjiagnol.
La Colombie, le Venezuela ont de même été explorés
par lui et figure dignement; pourtant le Brésil, Cayenne,
le Chili, le Pérou, la Bolivie, etc., ainsi que la Chine,
l'Inde, le Japon, l'Australie, l'Océanie et l'Afrique,
quoique n'ayant jamais été visités par lui, s'y trouvent
représentés par de nombreux ouvrages, voyages, his-
toires, vues pittoresques, atlas, etc.
A l'examen des Collections de Salle, on est surpris des
immenses matériaux qu'il a pu réunir, de leur magni-
fique préparation, ne laissant rien à désirer, et surtout
de voir qu'ayant réparti son amour des collections sur
cinq sujets si divers : les Livres, les Insectes, les Oiseaux
et les Coquilles, il ait encore trouvé le temps de s'occuper
de timbres-poste. Pourtant, qui trop embrasse mal étreint!
Salle l'a prouvé une fois de plus : tout entier à la préoc-
cupation d'amasser, de préparer et d'entretenir- de si
nombreux et si riches matériaux, il a fini par négliger
leur classification intégrale oubliant que viendrait un
temps où il ne pourrait plus le faire.
A force d'ajouter continuellement des matériaux nou-
veaux sans les mettre en ]]lace au fur et à mesure à force
de combler les vides qu'il avait réservés, il a fallu à la
fin mettre ailleurs, hors de leur vraie place, les matériaux
arrivant toujours.
La collection des Mexicains, à cause sans doute des
classifications nécessitées par la Bioloijia Centralis Ame-
ricana (à laquelle Salle a fourni un assez large contin-
gent) est classée méthodiquement; la plupart des
espèces y sont typiques.
Les Colombiens sont très peu mélangés; quelques
autres pays sont aussi assez homogènes, sans éléments
étr^angers.-
Somme toute, quels que soient les cartons, boites ou
LE NATURALISTE
35
lots, les niasses de raretés que possédait Salle font que
partout il s'en trouve plus ou moins; tous, boites de
collections, chasses ou lots, offrent nu beau coup d'oeil
par la belle prp|]aration iiu'apportaii le chasseur dans
tout ce (|u'il récoltait.
Voici i[ucl est l'ordre des vacations :
Salle Sylvestre , 8 heures du soir.
l" vacation 18 février, vente du n° 1 à 201 bis.
2 — l'.l — — 202 à 385
3 — 20 — — 386 à 5;i'.)
4 — 22 — — 560 à 746
5 — 23 — — 747 à 9liO
6 —
9,-il à 1104
Hôtel Drouot, 2 heures de l'apirs-nùdi.
7" vacation 2i) février, vente du n" 1 à 134
8 — 26 — — 135 à 190
9 — 27 — — 191 à la lin.
L'expert, M. Henri Deyrolle, fait savoir aux iiersonnes
qui ne i]0urraient assister à la vente, que leurs commis-
sions seront exécutées par M>L Les Fils d'Kmile Dey-
rolle, naturalistes, 46, rue du Bac, à Paris, qui se char-
geront, au mieux des intérêts de leurs commettants, des
ordres d'achats qui leur seront confiés, moyennant une
commission de 5 0/0 sur le prix de la vente.
Ou peut se procurer le catalogue de cette vente à l'a-
dresse ci-dessus.
L'EUMENES POMIFORMIS F.
ET SES VICTIMES
Les hyménoptéristes ne sont pas d'accord sur l'unité de
celte espèce A'Eiimencs. Certains la dédoublent, nom-
mant pomilormis les individus dont le deuxième sef^anent
abdominal est glabre ou couvert d'une puljescence rare
et couchée, etcoarctata ceux qui ont le deuxième segment
abdominal velu et dont les poils sont droits.
Je comprendrais à la rigueur que ceux dont le
deuxième segment abdominal est glabre, fussent sépa-
rés de ceux qui l'ont velu, avec poils couchés ou relevés
Mais non, ces poils, qui dans un cas n'ont aucune im-
portance puisque la même espèce peut en posséder ou en
manquer, sont tout d'un coup, parce qu'ils ne sont plus
couchés, mais redressés, élevés à la hauteur d'un carac-
tère spécifu[ue. Alors, je ne comprends plus.
Je préfère me ranger à l'avis de Lepelleticr de Saint-
Fargeau, aux yeux de qui pomiformis et coarclala ne
constituent qu'une môme espèce.
D'ailleurs, si laissant de côté les différences « essen-
tiellement fugitives » que je pourrais trouver entre
pomit'onrds et coarctata (insectes parfaits), je tenais
compte de l'aspect des nids, attribuant, comme le soup-
çonnait Ed. André, les plus lisses à coarctata et les plus
rugueux et chargés d'aspérités à pomiformis, je serais
encore amené à n'admettre qu'une espèce, car les nids
les plus lisses à l'extérieur donnent des sujets dont
l'abdomen est aussi velu que celui des Eumenes prove-
nant des nids les plus granuleux.
h'Eumenes pomiformis est un chasseur de chenilles.
Je le suis également, et à ce titre, je devais tut ou tard
m'occuper de lui. Longtemps nous nous sommes ren-
contrés sans nous prêter mutuellement la moindre atten-
tion, rivaux sans le savoir et chassant chacun de notre
ciité; lorsqu'un beau jour, furetant parmi des fleurs
A'Eupatorium cannabinum où il espérait sans doute ravir
des chenilles d'Eupithecia coronata », il se laissa étour-
diment capturer par un coup de iilet qui ne lui était pas
destiné. Sa livrée noire et jaune, sa large tête et son
thorax bariolés, l'étrange étranglement des premiers
segments de son abdomen, la « pomme » figurée par
les autres segments qui se « télescopent >>, éveillèrent
mon attention et immédiatement des questions se posè-
rent à ma curiosité sur les mœurs de ce chasseur, ses
armes, son gibier préféré.
h'Eumenes pomiformis ne vit pas en société, c'est un
solitaire, et s'il chasse la chenille, ce n'est pas pour son
usage personnel, car il est probable qu'à l'état parfait, il
vit seulement de produits végétaux, pollen et sucs des
fleurs que lui offrent surtout les Composées et les Om-
bellifères — c'est pour sa progéniture à laquelle il faut
une chair fraîche et approiniée.
Mais avant d'être ardent chasseur, il est habile maçon,
avant de piquer de l'aiguillon, il travaille des mandibules
et des tarses. Sans hésitation, sans tâtonnements, sans
coup d'essai, il édifie, il façonne, et son travail est sur-
prenant.
Amassant un peu de terre, n'importe laquelle, n'im-
porte sa couleur, il l'humecte avec un liquide ([u'il dé-
gorge, en fait une petite pelote et l'emporte au point
qu'il a choisi préalablement pour y construire son nid.
C'est tantôt la surface d'un mur, le dessous d'un chape-
ron, le côté d'une pierre, tantôt et le plus souvent sur-
tout en pleine campagne, une tige sèche d'herbe, une
racine descendant le long d'un talus ou même simple-
ment la surface d'une feuille ou sa côte principale.
La première pelotte de terre est étalée, une seconde
lui est adjointe, étirée, superposée, une troisième... une
vingtième et plus peut-être si besoin est, sont apportées
et mises en œuvre. Si le nid doit reposer sur une surface
plane, il afl'ecte une forme hémisphérique; s'il est
comme aérien, suspendu ou accroché à une tige, il est
globulaire, plus ou moins régulier. Dans tous les cas, il
est toujours surmonté d'un col à ouverture évasée pour
faciliter l'entrée du nid à son propriétaire. L'intérieur
de ce nid est toujours à peu près lisse, sans saillie sen-
sible ; l'extérieur, au contraire, est le plus souvent comme
rocailleux, couvert d'aspérités, portions des pelotes de
terre non ouvrées et laissées brutes.
La bâtisse terminée, notre insecte éprouve une modi-
fication soudaine dans ses instincts : son activité, em-
ployée jusqu'ici à des travaux pacifiques, va se dépenser
bientôt eu fatigues d'un autre genre. Ce nid, construit
si industrieusement dont l'enveloppe, quoique mince,
est cependant imperméable à l'eau et dont la capacité
n'excède pas celle d'une petite noisette, doit recevoir un
(L'uf et être rempli de vivres pour la larve qui sortira de
cet œuf. Et il faut se bâter : l'œuf éclôt promptemcnt,
la larve mange gloutonnement. Aussi notre Eumènes re-
double-t-il d'activité. Les antennes redressées et conti-
nuellement agitées en quête d'émanations chenillennes,
il s'élance sur les arbustes, les plantes en fleur et cherche
avec animosité.
Pauvres bestioles de chenilles, elles ont beau se « mi-
metiser », se confondre en forme, en couleur, avec la
36
LE NATURALISTE
tige ou les feuilles de leur plante nourricière, elles n'é-
chapperont pas au sort qui les attend.
Ce n'est pas avec ses yeux aux multiples facettes que
l'hyménoptère découvre ses victimes; c'est avec ses an-
tennes, siège de l'odorat. Et ce sens est si subtil, si dé-
veloppé chez les hyménoptères tant ravisseurs que para-
sites, qu'il semble tout dominer chez eux et commander
en maître. Ses ordres ne se discutent pas et tout absurdes
qu'ils soient parfois — j'en ai vu des exemples — ils sont
exécutés ponctuellement.
A cette précieuse qualité de l'antenne décelant de loin
le gibier, il faut joindre toutes celles d'un autre sens très
délicat, le toucher.
Chez cet être complexe qu'est VEu7nenes, les sens sont
harmonieusement partagés : si le chasseur a du nez,
l'artisan a de la main; si le premier est remarijuable par
son flair, le second ne l'est pas moins par sa métrique.
Un tour d'antennes sur sa victime et l'insecte de proie
sait si le poids n'est pas trop considérable pour ses
forces et si le volume n'est pas trop gros pour l'ouverture
de son nid.
Seules sont retenues les chenilles que VEiunenex juge
pouvoir transporter et introduire aisément dans son nid.
Saisies sur le dos des premiers segments, elles sont
percées de l'aiguillon généralement entre les pattes tho-
raciques ; mais le coup n'est pas mortel, il détermine
seulement une paralysie partielle. La chenille peut vivre,
digérer, agiter ses mandil)ules, ses pattes, faire ondu-
ler son corps : elle ne sait plus se tenir debout, elle ne
peut plus marcher.
C'est dans cet état qu'elle est portée au niil de VEumenes
où d'autres ne tardent pas à la rejoindre apprêtées de
même façon jusqu'à ce que le nid soit complètement
garni. Puis, l'ouverture est obturée par une petite pelote
de terre.
Entre temps, VEumenes avait fixé à la paroi interne du
nid, généralement sur le côté, un œuf de forme cylindrique
un peu aminci aux extrémités et dont la surface est
très finement chagrinée. En outre, cet œuf est muni
d'un court pédicelle de nature soyeuse ou gommeuse et
flexible à son point d'attache.
Il est difficile de préciser ia durée de l'état d'œuf : il
faudrait être témoin de la ponte, ce qui n'est guère aisé
puisqu'elle a lieu dans l'intérieur du nid. Tout ce que je
puis dire à ce sujet, c'est que le 17 septembre 1895
je trouvai un nid d'Eitmenes dont le col était encore ou-
vert et par conséquent dont rappro\isionnement n'était
pas encore terminé; je le laissai en place. Huit jours
après je trouvai la jeune larve ayant dévoré déjà la
moitié de ses vivres. On peut donc s'approcher beaucoup
de la réalité en assignant une durée de six jours à l'état
d'œuf : mais ce délai peut varier et être plus ou moins
long suivant la température.
h'Eumenes approvisionne un même nid avec des che-
nilles de grosseur presque constamment uniforme : on
en voit rarement de grosses mêlées aux petites et natu-
rellement cet insecte proportionne le nombre de ses
prises à leur grosseur. Jusqu'à présent, j'ai constaté un
minimum de trois et un maximum de trente-huit che-
nilles dans le même nid. Cependant, j'ai également re-
marqué que plus les chenilles sont petites, plus le nid
est plein, il est quelquefois bondé à en éclater. On dirait
que l'insecte prévoit que parmi ces nombreuses pièces
de gibier, plusieurs pourront se gâter et n'être d'aucun
profit pour la larve.
Cette dernière emploie quatre à cinq jours à dévorer
ses provisions, quelquefois moins, rarement plus.
Une fois son repas terminé, la larve se met immédia-
tement à tapisser de soie l'intérieur du nid, et cela dans
un double but : pour consolider sa fragile maison de
boue et lui permettre de résister efficacement à toutes
les intempéries — l'humidité en effet pourrait en avoir
raison à la longue et le mince tissu soyeux dont elle est
ainsi revêtue suffit à rendre plus intime la cohésion de
toutes ces boulettes terreuses employées à sa construc-
tion; en second lieu, pour s'isoler complètement de tout
corps étranger, surtout des reliefs de son festin, tête et
morceaux de peau de chenilles et même chenilles entières
gâtées auxquelles la larve de YEumenes n'a pas touché et
qu'elle relègue au fond du nid entre la paroi terreuse et
une solide cloison soyeuse. Ainsi séparée de ces détritus,
elle ne peut être incommodée par leurs émanations
putrides.
Si l'état larvaire de VEumenes est toujours très court,
par contre, l'état de nymphe a une durée plus longue
et très variable. Les nids que l'on trouve en juin et
juillet donnent l'insecte parfait au bout de deux à trois
semaines, tandis que ceux de septembre ne donnent le
leur que fin mai ou juin suivants, la larve ayant passé
l'hiver jusqu'enmai.
On a voulu faire un mérite aux Eumenes de se borner
sinon à une seule et même espèce, du moins à un même
genre de chenilles dans l'approvisionnement de leur nid.
C'est sans doute faute d'avoir songé que les Eumenes sont
répandues un peu partout et peuvent avoir plusieurs
générations par an, qu'une même esjièce de chenille n'est
pas toujours facile à rencontrer au nord et au midi, au
printemps, en été ou en automne, que telle espèce com-
mune une année, peut être très rare l'année d'après.
Dans de telles circonstances, la diversité des vivres
s'impose, et c'est ce qui a lieu.
Ce fut en juillet 1890 que je vis pour la jiremière fois
des chenilles paralysées par des Eumenes. Elles me furent
adressées de la Ferté-sur-Amance, où elles avaient été
trouvées par M. Renaut, au nombre de six, dans deux
coques terreuses appliquées contre la partie intérieure
d'un volet. C'étaient des chenilles de Cidaria fulvatâ
Forst., récoltées fpar l'hyménoptère sur les rosiers du
voisinage.
A la fin de 1893, on me présenta le dessin de la tête
d'un géomètre dont trois sujets avaient été trouvés par
M. Bonnel'oi dans un nid d'Eumenes pomiformis. Je re-
connus la Lythoria pui'purarial.
En juillet 1894 j'eus enfin le plaisir de rencontrer moi--
même des nids d'Eumenes fraîchement approvisionnés.
C'était dans l'étroit curtil de l'abbaye en ruines de Saint-
Martin du Canigou : trois petites coques terreuses étaient
fixées à une haute tige d'herbe. Les ayant ouvertes délica-
tement, j'en fis sortir les chenilles qui y étaient empri-
sonnées. Je reconnus Leucania albipuncta F. jeune, Helio-
this armigera Hb. jeune également, Depressaria applana F. ,
Oxyptilus tristis Z. et Amblyptilia acanthodactyla Hb.
Eu septembre de la même année, j'ai trouvé encore
plusieurs nids d^Eumenes fixés aux rochers qui se dressent
à l'entrée du Val d'Esquiorry près de Luchon. Ces nids
contenaient chacun quatre ou cinq chenilles de Thej-a
Juniper at a L.
'Vers le 20 juin 1893, je trouvai dans les environs im-
médiats de Chatou cinq nids d'Eumenes dont trois étaient
attachés à la nervure principale d'une feuille de Verhas-
LE NATURALISTE
37
rum Ihapstis, Ips deux autres suus le chaperon d'un mur
exposé ail midi. Les trois premiers contenaieut unique-
ment des elieiiilles de Depressaria applana F ., \c& deux
antres des l'heniiies de Lygdiii aduUata Schiff , avec une
Eiipilherin pumilata Hb., dans l'un des deux.
Vm septcmlire I89"i. M. Chevalier qui depuis idnsieurs
années avait déjà remarqué que les nids iVEumenc^
à Chatou étaient garnis principalement de chenilles
iXEupithecia linariata, récolta une centaine de nids
iV Ewnenes pomiformis et me fit voir toutes les espèces
de chenilles que ces nids renfermaient. Outre VEupithc-
cia linariata déjà nommée, je reconnus : lleliothis dipsa-
l'eus L., Pinnca extimalia Se, Honurosoma nimbella Z.,
Cochylis crucntunn VrnA., Cochylis hijbridt'llallh., PhUelta
cruciferarum Z., Amblyptitia acanthodactyla Uh., el Ptcro-
phonts monodaitylus L.
Enlin, en 1896, j'ai trouvé dans l'Ardéche, deux nids
de pomiformis ayant encore quelques-unes de leurs pro-
visions : elles consistaient en chenilles de Pyrausta
aicrata Se, Eupithecia sextiala Mill., Hom. nimbella et
/'/. cruciferarum.
En résumé, comme gibier do ÏEumenes pomiformis.
nous connaissons :
3 noctuelles;
7 géomètres ;
3 pyralites ;
2 tordeuses ;
2 tinéites;
3 ptérophorides.
Soit vingt espèces : dix chenilles de macrolépido-
ptères, dix de microlépidoptères.
J'avoue sincèrement, en faisant le dénombrement des
eepèces de chenilles « collectionnées » \ia.rVEumencs po-
miformis, avoir éprouvé un réel étonnement, non pas
tant à cause de la quantité d'espèces qui certainement
doit être plus considérable encore, mais à cause de la
présence de certaines chenilles, telles que Homœosoma
nimbella et les Cochylis cruentana et hybridella dans les
nids d'Eumenes.
Que cet hyménoptère s'empare des chenilles qui vivent
sur une tige, sur une feuille à découvert, cela s'explique
aisément quand on connaît l'activité déployée jiar ce
chasseur infatigable. Alais qu'il aille dénicher dans les
anthodes, dans les cajiitules des fleurs, les chenilles qui
y sont cachées, c'est tout à fait surprenant.
Nous, chasseurs de microlépidoptères, nous recon-
naissons aisément à certains signes caractéristiques, la
prés-ence ou du moins le passage d'une larve dans les
calathides des Composées, mais nous ne pouvons dire
sans regarder l'intérieur de ces fleurs si nous avons
affaire à une larve de diptère ou de coléoptère ou à une
chenille de micro.
Qui donc a fait savoir à VEumenes pomiformis qu'il
pouvait y avoir dans certaines tètes de Composées, en
tout semhlahles aux autres pour le vulgaire, des chenilles
qu'il serait sans doute agréable à sa larve de manger?
Qui lui a appris à les extraire de leur cachette'?
A ces questions VEumenes ne répond que par le fait
brutal ; il emmagasine des chenilles de Cochylis dans son
nid — et on en a compté plus de trente dans le même
nid!
\u Homœosoma nimbella vit principalement dans les an-
thodes de Seneciojacobxa et de Solidago virgaurea; la. Co-
chylis hybridella vit surloul dans celles de Centaureaniyra
et de Picris hicracioides.
Pour s'en emparer, il est donc nécessaire que VEu-
menes, averti par ses antennes de la présence d'une
chenille dans les anthodes défleuries de ces plantes, pé-
nètre par le haut, écarte brusquement les aigrettes des
graines, fouille à travers les jeunes graines, saisisse la
chenille et l'extirpe violemment; ou bien, changeant de
tactique et préférant une voie plus directe, il lui faut
s'attaquer de front à l'involucre lui-même, y pratiquer
une lirèche, une ouverture avec ses mandiliules, atteindre
la chenille et l'arracher des graines dans lesquelles elle
est engagée. Ainsi pourquoi s'explique l'enveloppe florale
des anthodes de Senecio jacobxa est si souvent percée
d'un trou rond à la base.
De toute façon, c'est un travail qui dénote, chez VEu-
menes pomiformis, un odorat étonnant de subtilité et des
organes merveilleusement conditionnés, au service d'une
rare intelligence d'insecte.
P. Chrétien.
HEEBIER ET BIBLIOTHÈQÏÏE
DE
JAMES LLOYD
NOMINATION D'UN CONSERVATEUR
L'auteur bien connu de la Flore de l'Ouest de la France,
James Lloyd, décédé à Nantes, le lOmai 1896, a légué àla ville
d'Angers sa fortune et ses collections scieDlifiques, eu stipu-
lant pour celles-ci des clauses particuhères rédigées daus les
termes suivants :
« L'herbier. sera conservé dans sa disposition actuelle et déposé
dans une salle spéciale et, si l'ony met d'aiitresherbiers, j'exige
queceux-ci soient enfermés dans des boites(noa dans des car-
tons) ci empoisonnés au sublimé, comme le mien. 11 formera
une collection spéciale qui ne pourra en aucun cas être alié-
née en faveur d'autres collections.
« Labibliothèqueformeraégalementune bibliothèque spéciale
placée dans le bâtiment de l'herbier et ne pourra pas être con-
fondue avec une autre bibliothèque.
« Le Maire de la ville d'Angers, sur la présentation de trois
candidats proposés par la Société botanique de France, nom-
mera un conservateur chargé de l'entretien de l'herbier, de la
bibliothèque, et qui recevra un traitement d'au moins 3.0ÛU fr.
sur les revenus que je laisse.
K Je désire que ce poste soit confié, en dehors de toute consi-
dération dégrades universitaires, à un botaniste humble, ami
de la nature, voué au progrès de la science que j'ai aimée et
cultivée. Si ce legs est fait à la ville d'Angers, c'est fu souve-
nir et honneur de Bastard, Desvaux, et surtout de Boreau,qui
oni illustré la botanique dans l'ouest de la France. Les reve-
nus que je laisse seront intégralement consacrés, après le pré-
lèvement du traitement du conservateur, àl'eutretien et àl'aug-
meutation de l'herbier et de la bibliothèque ci-dessus désignés
au perfectionnement de la Flore de l'Ouest de la France, que
j'ai commencée. Une somme de 2.000 francs servira annuelle-
ment à cet entretien et aux différents achatsqui pourraient être
faits, et le surplus, s'il y en a, sera ajouté au traitement du con-
servateur. »
Nous avons reproduit, dans leur teneur exacte, les clauses
ci-dessus, afin de faire connaître d'une façon précise, les volon-
tés du testateur.
•M. le Maire d'Angers, par lettre adressée au Président de la
Société botanique de France, en date du 27 décembre dernier,
et à laquelle était jointe une copie du testament de J. Lloyd,
38
LE NATURALISTE
deuiaiiiie qu'où lui euToie la liste des trois candidats, paruii
lesquels il devra choisir le conservateur à uomœer.
La Société botanique de France a décidé, daus la séance du
8 janvier deruier, qu'elle acceptait la mission qu'on la sollicite
de remplir : mais, avant de l'aire la présentation demandée,
et afin de permettre à un plus grand uombre de candidatures
de se manifester, elle uous prie de l'aider a répandre le plus
possible la nouvelle de l'emploi créé parle testameut du bota-
niste nantais, en la répandant par la voie du «Naturaliste »,
ce que nous faisons avec le plus grand plaisir.
Les candidats devront adresser leurdcmande, accompagnée
d'une indication succincte de leurs titres, avant le 15 mars
prochain, h M. le Président delà Société botanique de France,
rue de Grenelle, 84, à Paris.
ACADÉMIE DES SCIENCES
Plus qu'aucune autre sorte de questions, celles qui touchent
à la Théorie de l'évolution ont toujours le don d'attirer Tat-
teution générale. Nous signalerons donc, en commençant cet
article, la note de M. H. Quinton, présentée par M. Marey sur
le refroidissement du globe considéré comme cause primor-
diale d'évolution. Toujours les théories évolutionnistes sont
restées muettes sur les causes d'apparition des grandes
classes. Suivant l'auteur, les différents modes de reproduction
qu'on observe dans l'échelle animale, particulièrement dans
l'embranchement des Vertébrés (modes ovipare, marsupial,
vivipare, ovipare avec couvaison) sont la conséquence immé-
diate du refroidissement du globe, et toujours suivant lui,« si
l'on considère à quel point sont liées au mode de reproduc-
tion l'anatomie et la physiologie des êtres, et à quel point ce
mode de reproduction peut seul les déterminer, il ressortira
que, seul, le fait de l'incubation marsupiale et vivipare était
capable de causer l'apparition de la classe mammifère dans
tous ses caractères généraux : si le globe ne s'était point re-
froidi, quelles que soient les causes d'évolution qu'on imagine,
le type animal ne fCit point sorti du stade reptilien. L'Oiseau,
qui n'a modifié que superficiellement sou mode de reproduc-
tion, y est, comme on sait, demeuré ».
Le prince Alberl !■"■ de Monaco, en exposant k l'Académie
les résultats scientifiques de la troisième campagne entreprise
sur son yacht « La Princesse Alice » de mai à août 1806, si-
gnale la découverte, au voisinage des Açores, d'un banc con-
sidérable de roche et sable volcanique à faune très abondante
comme espèces et comme individus.
82 sondages, 19 prises de températures, 9 prélèvements d'é-
chantillons d'eau, 2 extractions des gaz dissous dans l'eau à
1000 et 2700 mètres de profondeur, 23 dragages, 11 descentes
de nasses, 12 descentes de tremail, enfin plusieurs descentes
d'hameçons, jusqu'à 1600 mètres, une descente d'essai à
1000 mètres du filet bathypélagique Giesbrecht modifié repré-
sentent le bilan des opérations effectuées durant cette cam-
pagne.
Les récoltes ont été abondantes, et seront étudiées par la
suite. On peut cependant citer la capture de grands cétacés,
dans la Méditerranée: Orca Gladiator, Grampus Griseus, Del-
phinus Delphis.
C'est un fait connu depuis longtemps que la plupart des
Annélides, soit terrestres, soit marines, peuvent, lorsqu'on
vient à les couper et à sectionner leur corps en plusieurs
tronçons, cicatriser rapidement les plaies ainsi produites et
régénérer rapidement un nouveau bourgeon caudal. Beaucoup
d'annélides marines retranchent même successivement et
d'elles-mêmes par autotomie une partie de leur corps eu
souffrance pour la régénérer ensuite quand les conditions
devienuent meilleures. C'est le bourgeon ainsi formé dont
M. Michel a recherché l'origine et la différenciation. D'origine
ectodermique nait un tissu indifférent qui se différencie ulté-
rieurement ensuite en ectoderme et endoderme nouveau.
MM. Maurice Caullenj et Félix Mesnil. en poursuivant
l'étude analomique des spirorbis, petites annélides marines
sédentaires à tube calcaire enroulé eu spirale qu'on trouve
fréquemment sur les Fucus et les coquilles et cailloux sub-
mergés, ont observé que la constitution de ces annélides est
elle-même devenue entièrement asymétrique, fait présentant,
suivant M. le professeur Edmond Perrier qui en fait la re-
marque à l'Académie, un certain intérêt en ce qu'il précise la
parenté déjà entrevue des Mollusques et des Vers.
-M. A. Malaqiiin pense pouvoir affirmer que deux monstril-
lides (Thaumaleus filigranarum (u. sp.) et monstrilla (Hémo-
cera (u. g.) Daua- (Claparède) qu'il a observés vivent à l'inté-
rieur du système vasculaire des annélides Tubicoles Filograna
et Salmaeyna. Fait qui semble en désaccord non seulement
avec les récentes observations de M. Giard, mais avec tout ce
que l'on connaît jusqu'à ce jour sur ce sujet?
M. i. Ranvier, dans une série de communications à l'Aca-
démie, décrit les lymphatiques de la villosité intestinale chez
le rat et le lapin et le système lymphatique de la grenouille. Il
étudie la théorie de la confluence des lymphatiques et le dé-
veloppement des ganglions lymphatiques, et enfin présente
une théorie nouvelle sur la cicatrisation et le rôle de l'épithé-
lium antérieur de la cornée dans la guérison des plaies de
cette membrane.
L'étude physiologique du venin des vipères et des serpents
et l'immunité contre ses effets due à l'inoculation préventive
du sérum de certains animaux ont déjà, à plusieurs reprises,
fait l'objet de communications à l'Académie.
Comme le sérum du sang de Hérisson, du sang de Vipère,
l'inoculation du sérum du sang d'Anguille peut, suivant les
expériences concluantes de M. Physalix, produire cette im-
munité.
Dans le même ordre de recherches, il convient de citer les
procédés employés par M. Paul Gibier pour recueillir le venin
des serpents, sa cage particulière et l'emploi d'un courant
alternatif faible agissant sur les muscles de la mâchoire per-
mettent de faire, sans aucun danger, la cueillette du venin.
Dans un grand uombre de localités de la mi-juillet à la mi-
septembre, on voit chez l'homme apparaître sur diverses par-
ties du corps, les jambes uotammeut, des boutons accompa-
gnés d'une vive inflammation et d'une démangeaison insup-
portable. Ces boutons, on le sait depuis longtemps, sont
produits par la piqi'ire d'un Acarien, sous sa forme larvaire
hexapode, désigné vulgairement sous les noms de Kouget,
bête ronge, bête d'août, veudangeron. Les zoologistes, con-
sidérant d'abord cet hexapode comme une forme définitive,
en firent une espèce d'un genre artificiel « Leptus », sous le
nom spécifique d'Autumnalis. Plus tard, lorsqu'on eut reconnu
que les Acariens hexapodes sont des larves conduisant inva-
riablement à un type octopode, ou dut rechercher à laquelle
de ces dernières le rouget doit être rattaché. L'opinion la plus
acréditée, grâce à l'autorité de M. Méguin, est que le Rouget
représente la forme hexapode du ïrombidiou holosericum.
Suivant les observations que M. Sylvain Jourdain a pu faire
dans sa propriété del'orbail (Manche), il semble que le Rouget
n'est certainement pas la larve de Trombidion holosericum.
Fait intéressant en paléontologie, M. A. Thévenin uous si-
gnale la découverte de nouveaux Mosasauriens trouvés en
France. Depuis que l'Académie des sciences a justement dé-
cerné un prix à M. A. Pomel pour la publication des mono-
graphies paléontologiques des Vertébrés quaternaires de l'Al-
gérie dont il a entrepris la publication, ce distingué paléon-
tologiste a continué ses recherches, et il décrit actuellement
six espèces d'éléphants quaternaires dont un mastodonte peu
connu.
Elephas lolensis (sp. n.), Elephas voisin de E. Melitensis,
E. Atlanticus (Pomel), Elephas africanus (Cuv.), Elephas meri-
dioualis ; enfin un Mastodou très voisin du M. Borstoni. Les
espèces de Rhinocéros, que ce savant a pu jusqu'ici spécifier,
sont au nombre de quatre ; il en publie la monographie ainsi
que celle des Hippopotames. Nous voyons chaque jour le
monde cryptogamique, si important déjà de nos jours par ses
manifestations, étendre son domaine, et l'esprit demeure sou-
vent confondu devant les manifestations, infiniment grandes
comme effet de ces causes infiniment petites. Sans citer les
épidémies animales et végétales (1) dont ces infiniment petits
sont la cause et dont nous trouvons de nouveaux exemples
presque à chaque compte rendu, n'est-il pas absolument
étourdissant de songer que, suivant les découvertes de M. B.
Renault, nous serons bientôt amenés peut-être à considérer
les amas immenses de combustibles végétaux que renferme
notre globe^comme dus à celte activité bactérienne?
Cela semble, en effet, probable, eu égard au nombre prodi-
(1) M. Hoze. Rhizoctone de la pomme de terre (séance du
7 décembre). Microcoque de la pomme de terre (séance du
28 décembre).
LE NATURALISTE
39
gieux et à la natui'i' iiarticulière tles microorganismes dùcou-
verts par ce savant dans les charbons minéraux de diverses
provenances.
Nous devons à M. Pli. Glaiigeauil une rtude sur le juras-
sique supérieur des environs d'Angoulême.
Kinmiériiigien et Portlandien s'y trouvent représentés.
[,es différents niveaux à espèces saum'ilres, l'existence du
sel etilu gypse témoignent de l'état laguuaire de la région à
l'époque du Portlandien supérieur, mais c'est principalement
vers le milieu du l'Aquilonieu que l'évaporatiou des eaux des
lacunes acquiert son maximum, amenant le dépôt du sel et
du gypse préludant ainsi au retrait définitif de la mer à la fia
des teaii>s jurassiques.
M. J. Blayac a étudié le crétacé inférieur de la vallée de
l'Oued-Cherf (province de Constantine). Le crétacé de celte
région présente au nord le faciès vaseux i faunes pyriteuses
semblables à celles de la région delphino-proveuçalc, et au
sud le faciès Recifal qui est surtout très accusé dans l'aptiea.
M. Couuillon, attaché A l.i mission Pavie, communique à
l'Académie le résultat de ses études sur la constitution géolo-
gique des environs de Luang-Prabang (Cochinchine).
Signalons enfin, pour terminer, quelques observations, faites
par M. St. .Meunier sur les roches asphaltiques et sur l'ori-
gine de l'asphalte, et enfin une note de .M. Mercey sur les ca-
ractères identiques du phosphate riche dans les bassins de
Paris et de Londres et sur l'âge tertiaire de ce dépôt.
Eug. Malard.
Répertoire ét|iiio!ogi(jU8 des noms français
ET DES DÉNOfflNATIONS VULGAIRES DES OISEAUX
[Sicile)
Ramier. — Nom donné au Pigeon sauvage (Columba pa-
lumbus). « A été ainsi nommé à raniex arhornm ou de rama-
riiis, selon Ménage, à cause que cette sorte de Pigeon perche
sur les branches des arbres. » (Salerne.)
Kainiret. — Diminutif de Ramier, créé par Lesson pour
désigner un genre de Pigeons d'Amérique, très voisins des
R.Tmiers et connus sous le nom de Picaziiro. (Voyez ce
mot.)
Kapace. — Synonyme de ravisseur, employé pour dési-
gner un ordre d'Oiseaux connus aussi sous les noms d'Oi-
seaux de proie ou Accipilres, qui ont la faculté de saisir et
d'enlever leur proie à l'aide de leurs serres.
Reniiz. — Nom polonais d'une Mésange (Œf/;/llialiis
pendulinus), conservé par les ornithologistes modernes à cet
Oiseau, connu aussi sous le nom do PenduVuie. Croyez ce
mot.)
Républicain. — Nom donné par Le Vaillant à des Tisse-
rins d'.Vfrique {l'hilelœnis), parce qu'ils se réunissent pour
construire des nids volumineux composés de cellules. « Chaque
couple a son nid dans cette liabitation commune; c'est une
vraie République. » (Le Vaillant.)
Révcillenr. — Surnom donné à des Oiseaux d'Australie
[Slrepera], voisins des Corvidés, à cause do leurs cris extrê-
mement perçants qu'ils font entendre dés l'aube et qui
leur ont fait donncj par les colons le surnom de Pies
bruyantes,
Rocar. — Nom donné par Le Vaillant à un Pétrocinclc
d'Afrique {Petrocincla rupeslris), parce qu'il recherche les
rochers.
Roi-des-Cailles. — Surnom donné au Râle de genêts
{Crex pralensis). u On commence à l'entendre vers le 10 ou le
12 de mai, dans le même temps que les Cailles, qu'il semble
accompagner en tout temps, car il arrive et repart avec elles;
cette circonstance, jointe à ce que le Râle et les Cailles ha-
bitent également les prairies, qu'il y vit seul et qu'il est beau-
coup moins commun et un peu plus gros que la Caille, a fait
imaginer qu'il se mettait à la tête de leurs bandes, comme
chef ou conducteur de leur voyage, et c'est ce qui lui a fait
donner le nom de Roi-de-Cailles. » (Buffon.)
Roitelet. — Diminutif do Roi, donné â ce petit Passereau
{Rei/idds), parce qu'il a la tétc couronnée d'une huppe jaune.
« .Son titre est évident ; il est roi, puisque la nature lui a
donné une couronne, et le diminutif ne convient à aucun
autre de nos Oiseaux d'Europe autant qu'à celui-ci, jinisqu'il
est le plus petit de tous. » (BulTon.)
Rolle. — Nom formé par Le Vaillant, par corruption du
mot Rallier, pour désigner des Coraciadés {Etcryslomus).
« Ces Oiseaux diB'érant essentiellement, par les caractères du
bec, de ceux que nous avons précédemment décrits (les vrais
Piolliers), nous avons cru qu'il était aussi nécessaire de tirer
entre eux et ces derniers une petite ligne do démarcation, en
nommant Rolles ceux dont il va être question. » (Le Vail-
lant.)
Rollicr. — Il n'existe aucune explication satisfaisante do
ce nom, employé pour désigner des Oiseaux de la famille des
Coraciadés. Gesner affirme que ce mot Roliier vient do l'alle-
mand Roller, exprimant le cri de ces Oiseaux, n Les noms de
Geai de Slrasbniir;/, do Pie de mer ou des bouleaux, de Per-
roquet d'Allemagne, sous lesquels cet Oiseau (le RoUier d'Eu-
rope) est connu en différents jiays, lui ont été appliqués sans
beaucoup d'examen et par une analogie purement populaire,
c'est-à-dire très superficielle. » (Bufl'on.)
Rosalbin. — La belle couleur rose tendre de son plu-
mage a valu ce nom à un Cacatoès d'Australie [Eolopkus
roseicapillus).
Rose-Gorge. — Nom donné par Bufîon au Guiraca (Ile-
dymeles Ludovicianus). u Nous lui donnons le nom de Rose-
Gorge, parce qu'il est très remarquable par ce caractère, ayant
la gorge d'un beau rouge-roso, et parce qu'il difl'ère assez de
toutes les autres espèces du même genre, pour qu'il doive être
distingué par un nom particulier. » (Buffon.)
Roselin. — (Voyez le mot Martin.)
Rossignol. — Ce mot serait un diminutif de son nom
latin Luscinia, dont on a fait Lusciniola et le mot français
Rossignol. « Au reste. Rossignol paraît venir de Lusciniola
par un léger changement, ainsi que l'italien Rossignuolo,
quoique Oliva dise, comme Belon, qu'il vient de sa couleur
rousse. On trouve dans Cotgrave Roussignol ou Roussirjneau;
c'est de cette dernière façon qu'il se trouve écrit dans le
Roman de la Rose, n (Salerne.) Quant à son nom latin de
Luscinia, les explications en sont peu satisfaisantes. « Nos
étymologistcs font venir Luscinia de Luscus (louche), mais
malheureusement le Rossignol n'est pas louche; d'autres le
tirent .4 luce, parce qu'il annonce, dit-on, le retour de la lu-
mière, et il l'annonce, en effet, tant que la nuit dure. » (G. de
Montbcillard.)
Rossignol -d'.Viuériqne. — (Voyez le mot Rouge-Gorge
bleu.)
RossîguoI-dn-Japoii. — Les oiseliers donnent ce nom k
un Passereau de la famille des (Egithinidés, le I^eiolJuix lu-
teus. parce qu'il a une certaine ressemblance avec le Rossi-
gnol et habite le Japon.
Ronge-Gorge. — Nom donné à cet Oiseau {Erythacus ?■«.
becula), à cause de la coloration orangée de sa gorge, d'où,
par une extension un peu forcée, le Rouge-Gorge a pris son
nom. « C'est mal fait do le nommer Gorge-Rouge, car ce
que nous lui pensons rouge en la poitrine est orangé, d
(Belon.)
Ronge-Gorge bien. — Nom vulgaire d'un Passereau de
la famille des Sylvidés, la Sialia Wilsoni, surnommée égale-
ment Rossignol d'Amérique; ces deux dénominations sont im-
propres, car cet Oiseau diffère sensibloment du Rossignol et
n'a pas la gorge rouge. U est connu aux États-Unis sous le
nom de Rlue-Bird (Oiseau-Bleu), qui lui convient beaucoup
mieux.
Ronge-Qncne. — Nom donné au Rossignol de murailles
{Pliœnicurus rulicilla), à causo de la coloration rouge de sa
queue.
Ronpenne. — Nom formé par Le Vaillant par contraction
des mots roux et penne (plumes rousses), et donné, à
causo de leur plumage, à des Merles d'Afrique [Amydrus),
Rousseline. — Nom donné par Buffon à un Pipit {An-
Ihus campestris). « Je l'appelle Rousseline, parce que la cou-
leur dominante de son tilumage est un roux plus ou moins
clair. I) (Buffon.)
40
LE NATURALISTE
Ronsserolle. — Nom vulgaire d'une Fauvette de roseaux
[Calamodyta artmdinacea). « Belon appelle cet Oiseau Roiis-
strolle, à cause de sa couleur rousse, ou Roucherolle, parce
qu'il se plaît dans les rouches ou roseaus. » (Salerne.)
Rnblette. — Diminutif tiré du mot latin ruber (rouge) et
employé comme synonyme de Roiiffe-Queue.
Rnbin. — Nom donné par BuÉfon à un Oiseau de la famille
des Tyrannidés {P;/roceplialns). « M. de Commerson l'avait
nommé Mésanfje-Cardi)ial ; mais ce petit Oiseau étant encore
moins Cardinal, nous lui avons donné un nom immédiatement
relatif à la vivacité de sa couleur. » (Butfon.)
Rubis. — Nom donné par Buft'on à un Oiseau-Mouche,
parce que sa gorge a le brillant et le feu d'un rubis.
Rubis-Topaze. — Nom donné par Marcgrave à un Oiseau-
Mouche. « De tous les Oiseaux de ce genre, celui-ci est le
plus beau et le plus élégant; il a les couleurs et jette le feu
des deux pierres précieuses dont nous lui donnons les noms :
il a le dessus de la tête et du cou aussi éclatant qu'un rubis;
la gorge et tout le devant du cou, jusque sur la poitrine,
vus de face, brillent comme une topaze aurore du Brésil. «
(Marcgrave.)
Sacre. — Buffon a décrit sous le nom de Sacre ou Vaiilour
d'Ef/'jpte le Néopliron percnoptére non adulte, et a donné ce
mémo nom de Sacre à une variété du Lanier. Le mot Sacre
est tiré du bas latin Sacer, qui dérive de l'arabe Sakr, em-
ployé pour désigner tout Oiseau dressé pour la chasse.
Sagittaire. — (Voyez le mot Messager.)
Salangane. — Nom indigène conservé à un genre d'Hi-
rondelles (Collocalia), dont les nids sont comestibles en Chine.
B Salangane est le nom que les habitants des Philippines don-
nent à une petite Hirondelle de rivage fort célèbre et dont la
célébrité est due aux nids singuliers qu'elle sait construire.
Ces nids se mangent et sont fort recherchés soit à la Chine,
soit dans plusieurs autres pays voisins situés à cette extrémité
de l'Asie. » (Guéneau de MontbeiUard.)
Sanderling. — Ce nom, donné à un petit Échassier (Ca-
lidris asenaria), est tiré de l'islandais sand (sable) et erla
(bergeronnette), parce que cet Oiseau recherche les plages
sablonneuses.
Albert Ghanger.
{A suivre).
OFFRES ET DEMANDES
— A. R. n" 3.043,' à Bergame (Italie). 1° Gmelinite au
lieu de Cmelinite est une zéolithe, voisine du mésotype
dont la composition est .SiOH6,40 — AP 0^21,08.
Ca0 3,67.— Na07,29. — Kol,60. —Ho 20,41, fusibleen
émail blanc et faisant gelée avec HCI; se Itrouve surtout
en Irlande.
2° Xanthile au lieu de Xanthrite est une variété d'ido-
crase.
3° Noumcite de Nouméa, silicate hydraté de magnésie
et de nickel contenant jusqu'à 32 0/0 d'un oxyde de ce
métal.
4° Sa/t/('<t' ou Sa/t(e variété de Dioiisidc contenant jus-
qu'à 20 0/0 d'oxyde ferreux, à Sala (Suède).
a" Catlinite variété d'argile.
d'Cookcitc variété de lépidolite.
— M. B. I, n° 4,333. — "Voici quels seront les jours de
réunion des naturalistes du Muséum de Paris, pour cette
année : 23 février, 30 mars, 27 avril, 2o mai, 29 juin,
30 novembre, 21 décembre. Les séances se tiennent à
4 heures dans la salle des cours de la galerie de zoologie.
■ — M. C. M. à Saint-Etienne. — Nous ne savons quand
paraîtra le volume que vous nous désignez, mais nous
pensons que cela ne sera pas de sitôt.
' — Lots et collections à vendre :
Quelques exemplaires de Goliathus giganteus (pas-
sables), 8 francs.
1 Lot d'Apatides européens et exotiques comprenant
4o espèces, 77 exemplaires dans 2 cartons. Prix : 20 fr,
Collection de Dermestides européens et exotiques :
119 espèces, 472 exemplaires, 3 cartons. Prix 40 francs.
S'adresser pour les lots et collections ci-dessus à « Les
Fils D'Emile Deyrolle » 46, rue du Bac, Paris.
— Demandede cocons vivantsdeB.'cynthia, ricini, etc.,
en échange de Lépidoptères, Hémiptères et Coléoptères
de rE(|uateur. M. C. de Labonnefon, à Cercoux (Cha-
rente-Inférieure).
— A céder .
1° Un lot de 500 espèces environ de Coléoptères de
Franco, bien déterminés et en bon état de conservation.
Prix : 70 francs.
2" Un lot de Coléoptères d'Espagne comprenant 37 es-
pèces et 59 exemplaires ; ce lot renferme de très bonnes
espèces, nous citerons : Carabus baîticus, Zabrus an-
gustatus, ÎHymenoplia Chevrolati (2 ex.), Rbi/.otrogus
Rosina', Cétonia oblouga (2 ex.), Tentyria prolixa, Den-
darus castilianus, Tanymecus angustulus, Dorcadion
Uhagoni, Lachmca variolosa. Le tout en parfait état.
Prix : 17 francs.
3° Un lût de Microlépidoptères de 100 espèces environ
et 125 exemplaires. Prix : 60 francs.
S'adresser pour les lots ci-dessus aux Bureaux du Jour-
nal, 40, rue du Bac, Paris.
— A vendre une belle collection de coquilles européennes
du genre Clausilia, parfaitement déterminées, chaque es-
]]èce dans un tube, 7o espèces, 150 exemplaires. Prix :
50 francs.
S'adresser à « Les Fils D'Emile Deyrolle «, 46, rue du
Bac, Paris.
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19» ANNÉE
2» Série
IV »3»
15 FÉVRIER 1897
La transformation des Bernards l'Ermite en Lithodes
Il n'est pas de crustacé décapoJe qui paraisse moins
ressembler aux Lithodiens que les Pagures ou Bernards
l'Ermite : les Litliodiens sont des animaux libres et
errants, les Pagures s'abritent au contraire dans des
coquilles oudansles cavités de corps solides qu'ils traus-
portont avec eux; les Litliodiens ont la carapace élargie
et fortement calcifiée, presque toujours munie d'orne-
ments épineux ou de tubercules ; les Pagures se recon-
naissent à leur carapace étroite et mince, toujours
dépourvue d'ornements en saillie; les Lithodiens ont
une queue large, solide et lamelleusequise replie contre la
large surface thoracique sternale; les Pagures se font
remarquer par leur abdomen allongé, étroit et mou,
beaucoup plus long que le thorax, contre lequel il ne
vient jamais se replier ; les Lithodiens, en d'autres ter-
mes, ont tout à fait l'apparence de vrais crabes et ont
été regardés comme tels par beaucoup d'auteurs, tan-
dis que les Pagures ressemblent plutôt à des crustacés
macroures, et doivent être, en effet, considérés comme
des animaux de ce groupe, modifiés par une longue
adaptation aux coquilles dans lesquelles ils se logent
et où ils se retirent complètement dès qu'un danger les
menace.
Si, au lieu de s'arrêter à ces différences qui frappent
au premier coup d'œil, on étudie de plus près les Litho-
diens et les Pagures, on ne tarde pas à reconnaître cer-
tains caractères communs qui les rapprochent étroite-
ment les uns des autres Les Lithodiens, quels qu'ils
soient, ont la même formule branchiale et les mêmes
branchies que VEupaijurus Bcrnliardus ou Bernard l'Er-
mite de nos côtes; ils ont les mêmes antennules et les
agitent continuellement de la même manière, leurs
appendices buccaux sont identiques et se distinguent
notamment, comme l'a fort justement observé M. Boas,
par la présence d'un fort tubercule sur la face interne
du 3" article des pattes-mâchoires externes ; le pre-
mier slernite abdominal existe seul dans les deux for-
mes, et dans toutes deux aussi, se soude au der-
nier sternite thoracique, (|ui est complètement libre et
■qui porte une paire d'appendices très réduits ; l'abdo-
men des Lithodiens, en outre, est toujours plus court du
«ôté gauche que du coté droit, comme celui des Pagures:
celui du mâle est dépourvu des quatre fausses pattes abdo-
minales qu'on trouve à gauche chez ces derniers, mais
ces quatre fausses pattes se rencontrent chez la femelle
dans l'un et l'autre groupe et rendent singulièrement
frappante l'asymétrie qui rend leur abdomen si carac-
téristique. Cette particularité n'avait pas échappé aux
yeux perspicaces de Milne-Edwards, et il s'en était servi
pour montrer que des affinités sérieuses rattachent les
Lithodiens aux Paguridés.
Ces affinités deviennent bien plus évidentes encore
quand, au lieu de comparer les Pagures aux Lithodiens
typiques, on s'adresse aux formes les plus primitives de
ce dernier groupa, les Hapaloyaster et\es Dcrinaturus, pour
lesquels J.-F. Brandt avait formé le groupe excellent des
Lilhodicm h'ipatoQastriipies. Les H((pa/ui/<;sit;c, notamment,
ont conservé des caractères paguriens très accentués :
Le Xaluraliste, 46, rue du Bac, Paris.
leur rostre est peu saillant, triangulaire dépourvu de la
pointe sub-terrainale qui caractérise les autres Litho-
diens et semblable à celui que présentent de nom-
breuses espèces de Bernards l'Ermite ; leur carapace
conserve un aspect nettement pagurien par son front
encore large, par son contour cordifornie, par sa surface
dorsale peu renllée, par la structure membraneuse des
parties inférieures de ses flancs, enfin par la présence
d'une aire branchiale antérieure extrêmement bien déli-
mitée, qui rappelle tout à fait l'aire correspondante des
Pagures de la série eupagurieiine et notamment de
V Eupagurus bernhardus ; la région cardiaque a conservé
les caractères qu'elle a dans cette dernière série et com-
prend deux surfaces : l'une enveloppante, l'autre enve-
loppée, celle-ci persistant seule chez les Lithodiens nor-
maux ; les lianes présentent un réseau de ligues mem-
braneuses disposées comme celles des Kupagunts et qui
délimitent comme elles une mosaïque d'aires polygo-
nales, l'abdomen enfin est encore mou dans la plus
grande partie de son étendue et, à ce point de vue,
rappelle très distinctement celui de divers Pagures. Les
Dermatwus ne diffèrent guère des Hapologaster, et
comme tous les Lithodiens se distinguent des Pagu-
res par la disparition des deux fausses pattes qui, fixées
sur le 6° segment de l'abdomen, représentent la na-
geoire caudale des macroures, et servent aux Paguriens
à se fixer à leur coquille. Aussi Brandt a-t-il pu dire,
avec une grande justesse d'expression qu' n on pourrait
bien considérer les Hapalogastriques comme des Pagu-
riens à thorax court et dépourvus de nageoire caudale ».
Ces caractères et ceux que nous rappellerons dans la
suite de cet article, établissent sans conteste que les
Lithodiens sont des Paguriens qui ont abandonné leur '
coquille et évolué vers la forme crabe. L'asymétrie
de l'abdomen et d'autres traits d'organisation sur les-
quels il est inutile d'insister, rappellent encore l'ori-
gine première des Lithodiens ; ils prouvent manifeste-
ment que les Lithodiens dérivent des Pagures, et que les
Pagures ne sauraient, en aucune manière, dériver des
Lithodes. On a même pu fixer très exactement la forme
pagurienne qui a servi de point de départ à tout le
groupe des Lithodiens ; .\I. Boas l'a fort exactement
considéré comme appartenant à la série eupagurienne,
et des recherches plus récentes à des espèces voisines
des l'ijlopagurus, mais qui n'auraient pas eu les pinces
operculiformes caractéristiques de ce dernier genre.
Comme les Pylopagurus, en effet, les Lithodinés fe-
melles sont munis, sur le premier segment abdominal,
d'une paire de fausses pattes modifiées qui manquent
complètement chez le mâle.
Après avoir quitté les coquilles dans lesquelles ils
avaient jusqu'alors trouvé un abri, les Bernards l'Ermite
qui ont servi d'ancêtres aux Lithodinés, perdirent peu à
peu leurs caractères paguriens et évoluèrent, comme tous
les crustacés anormaux, vers la forme crabe. Ayant
abandonné l'étroite coquille où ils pouvaient momenta-
nément se retirer tout entiers, ils purent se développer à
leur aise et leur carapace acquit rapidement, comme le
prouvent les Hapalogcuster, la largeur et la forme qui
caractérisent celles des crabes. En même temps se modi-
fièrent ou disparurent les appendices qui étaient, à
divers degrés, le résultat de l'adaptation à la vie pagu-
rienne ; les râpes écailleuses qui terminent les deux
dernières paires de pattes des Pagures, et qui servent
vraisemblablement à nettoyerla coquille de ces derniers.
42
LE NATURALISTE
tombèrent sans laisser de traces ; les pattes de la k^ paire
reprirent les dimensions normales qu'elles présentent
chez les autres crustacés ; les fausses pattes de Tavant-
dernier segment abdominal, celles qui fixent l'animal à
sa coquille, n'eurent plus de'sormais de fonctions à rem-
plir et en conséquence s'atrophièrent complètement ;
les fausses pattes impaires qui agitent l'eau dans les
coquilles des Pagures, devinrent complètement inu-
tiles et disparurent, sauf chez la femelle, où elles se
transformèrent toutes en fausses pattes ovifères.
C'est aussi à l'abandon de la coquille qui leur servait
d'abri qu'on doit attribuer les autres modifications
qu'ont subies les Paguriens en se tiansformant en Litho-
dinés ; leur rostre s'allongea énorme'ment et se modifia
en pointe aiguë ou en toit protecteur; leur carapace se
calcifia beaucoup et se couvrit de saillies ordinairement
épineuses ; l'abdomen prit la forme lamellense et se
replia contre le sternum thoracique pour s'y abriter ;
cette partie se couvrit en outre de pièces tergales
solides et acquit peu à peu une structure rappelant
l'abdomen des crabes et fort différente de celle qui
caractérise l'abdomen mou et allongé des Bernards
l'Ermite.
La transformation de l'abdomen des Pagures en celui
des Lithodiens s'est effectuée très lentement, et ses
stades successifs permettent de reconstituer l'évolution
des animaux qui nous occupent. Chez les Eupaguriens,
(fig. t) l'abdomen est très imparfaitement protégé par
des pièces tergales, pour la plupart peu calcifiées, et
séparées par de larges intervalles membraneux ; les
segments 1,6 et 7 sont recouverts par une pièce tergale
impaire et très solide; les quatre autres, par une paire
de petites pièces fort minces et distinctes les unes des
autres, aussi bien dans le sens longitudinal que'dans le
Abdomen des Paguridés, face dorsale.
M pièces médianes, l pièces latérales, m, pièces marginales.
La figure 12 représente un l'hyllolithode où la calcilication des pièces médianes et latérales est
encore incomplète.
sens transversal. Chez les Lithodiens les pièces impaires
des segments d, 6 et 7 sont semblables à celles des
Pagures, mais les autres sont fort différentes et se mo-
difient progressivement depuis les formes les plus pri-
mitives jusqu'aux formes les plus évoluées du groupe.
Chez les Ilapidogaitcr (fig. 2) les pièces paires eupagu-
riennes des segments 3, 4 et b persistent ordinairement,
mais sont fort réduites et presque perdues sur la surface
dorsale molle de l'abdomen ; celles du deuxième seg-
ment ont disparu, mais sont remplacées par une foule
de nodules calcifiés qui tantôt se soudent à droite et à
gauche d'une aire médiane pour former de chaque coté
\xi\e2>ièce mai-gmate et une pièce laténtle fortement calci-
fiée, tantôt se soudent aussi dans l'aire médiane et forment
alors une pièce médiane très solide en dehors de laquelle
on trouve d'abord les iiièces latérales, puis les pièces
marginales. 11 en est de même chez les DermalurusCàg.'i),
mais les pièces tergales eupaguriennes des trois segments
suivants se sont atrophiées sans laisser de traces, et la
surface dorsale tout entière de ces trois segments se
recouvre complètement de nodules calcifiés semblables
à ceux du 2= segment. lien est encore de même chez
les Xéulithode.f (fig. 4) ; seulement, la calcification des no-
dules devient |ilus intense, les nodules s'élargissent, et cer-
tains se soudent entre eux pour former à gauche une série
linéaire de trois petites pièces, qu'on hotnologuerait à
tort avec celles des Eupaguriens et des Hapalogaster, bien
qu'elles occupent la même place ; d'ailleurs le 2» seg-
ment abdominal comprend déjà, comme chez certains
Dcnnatarus et Hapalogaster, une pièce médiane, une
paire de pièces latérales et une paire de pièces marginales.
Le 20 segment des Paralithodes(Citi. b) ressemble à celui des
Néolithodes ; mais les nodules des trois segments sui-
vants se soudent sur une grande étendue et forment de
LE NATURALISTE
/i3
chaque côté une série longitudinale de Irois pièces
latérales contij^uës; entre ces deux séries de pièces,
les nodules médians se groupent en séries [transver-
sales plus ou moins régulières ; en dehors, ils se fusion-
nent entre eux et donnent naissance à une série de
petites pièces marginales. Chez les Lithodes on voit la
pièce médiane du 2'' segment se souder aux pièces
latérales (fîg. (,){L.antarclicn, L. ferox,e\.c.], et celles-ci se
souder à leur touraux pièces marginales, le 2'= segment ne
comprenant plus alors qu'une seule pièce (flg. 7)(L. maia,
L.iropicalis, elc.).CliPzles (fi g. 8) Acanlholitesei iesEc/u.i-
nocerus, les nodules médians des trois segments suivants
se soudent et forment trois pièces qui correspondent
exactement aux pièces ialérales de ces segments, mais
qui restent séparées par une rangée transversale de
nodules libres ou incomplètement soudés. Il en est à peu
près de même chez les Paralomifi avec cette exception,
toutefois, que les pièces marginales du 3' segment sont
déjà soudées aux latérales (fig. 9). Chez les lihinolUhodes,
(flg. 10) les pièces marginales se soudent toutes aux laté-
rales, et les nodules qui séparent les pièces médianes se
fusionnent complètement pourformerd'étroites baguettes
intercalaires ; chez les Cryptnlilliodes (fig. 11), enfin, ces
baguettes se confondent avec la plus postérieure des deux
pièces qu'elles séparent, et l'abdomen se trouve constitué
dans sa partie moyenne par trois séries longitudinales de
trois pièces contiguës. Si les trois pièces transversales
d'un même segment se soudaient alors comme celles
du deuxième, l'abdomen deviendrait extérieurement
identique à celui d'un crabe, d'autant plus qu'il est
devenu alors presque complètement symétrique ; cet
état n'est réalisé chez aucune espèce actuellement con-
nue; mais c'est évidemment la forme vers laquelle
évolue la sous-famille des l.ilhodiens.
En résumé, les pièces nbdorninales des LiUiodicns (seij-
menti 2 à 5) bien qu'analogues par leur posilion aux pièces
correspondantes des Eupaguricns, ne présentent avec elles
aucune homologie réelle. Pour se transformer en Lithodinés
typiques, les Eupaguriens ont d'abord peri/ti toutes les piè-
ces abdominales des segments 2 à o, puis des nodules calci-
fiés ont emahi la vaste surface membraneuse de Vabdomen,
et c'est par la fusion progressive de ces nodules que se sont
formées les pièces tergales solides qu'on observe chez ces
animaux.
Nous venons de suivre, dans ses détails les plus essen-
tiels, le mécanisme delà transformation en crabe d'un
crustacéanomouredes mieux caractérisés: ce mécanisme
est intéressant, mais ce serait une erreur de croire
qu'il n'en existe pas d'autres. Nous aurons l'occasion,
eu effet, de montrer que les crustacés cancériformes du
genre Lomis se laitachent aussi à des Pagures, mais que
leur transformation en crabe ne ressemble en rien à
celle que nous venons de décrire chez les Lilhodiens.
E.-L. Bouvier
LES PLUIES ÉTRANGES
L'explication, toujours simple, des pluies étranges,
étant déjcà fort \-ulgarisee de nos jours, elles n'excitent
])lus guère que la curiosité ]iubliquo, et les villages per-
dus où elles remplissent encore de terreur les paysans,
sont maintenant plus que rares. Les vents violents et les
trombes sont la cause principale de ces phénomènes.
Pluies de cendres. — Los plui(;s de cendres sont uni-
quement dues à des éruptions volcaniques. Une des plus
remarquables est celle qui fut observée à la Barhade, le
30 avril 181-2. Le phénomène se jn-oduisit dans la soirée.
On entendit d'abord, pendant quelques minutes, de vio-
lentes explosions, tellement analogues à des salves d'ar-
tillerie, que la garnison du château Sainte-Anne passa la
tmit sous les armes. Le jour suivant, dès l'aurore, la
ligne d'horizon du colé de l'Orient, était d'une pureté
i-emarquabl(\ Mais, immédiatement au-dessus, on voyait
nu nuage noir qui couvrait le reste du ciel, et qui,
presque aussitôt, s'étala dans le ciel. L'obscurité se fît
peu à peu, et finit par devenir si intense, que, dans les
appartements, on ne devinait pas même la place des fe-
nêtres, et qu'en plein air il était impossible de percevoir
un mouchoir blanc placé à 13 centimètres des yeux. La
cause de ce phénomène était une éruption d'un volcan,
situé dans' File de Saint- Vincent, distante de plus de
80kilomètres,d'oùleventapportait une pluie abondante de
fines cendres volcaniques. Ce n'est qu'entre midi et une
heure que cette pluie cessaet qu'on put se rendre un compte
exact de ce qui s'était passé. On avait toutefois remarqué
à plusieurs reprises, dans la matinée, en s'aidant de lan-
ternes, comme des espèces d'averses pendant lesquelles
la poussière tombait en plus grande abondance. Les ar-
brisseaux étaient courbés sous leur charge de poussière
charbonneuse. Les branches des gros arbres cédaient
avec des craquements secs, qui contrastaient d'une façon
étrange avec le calme parfait de l'atmosphère. Les cannes
à sucre furent toutes renversées. L'ile entière était cou-
verte d'une couche de cendres verdâtres qui n'avait pas
moins de 3 centimètres d'épaisseur! Aussi les phéno-
mènes précédents s'expliquent-ils facilement, si l'on se
rappelle d'une part, la très grande densité du carijone
amorphe, et, d'autre part, avec quelle puissance les rayons
solaires sont interceptés par une couche infinitésimale
de charbon pulvérisé.
Un phénomène du même genre, mais l)eaucuu]i moins
intense, s'est produit en France. Au commencement du
mois do novembre dernier, dans le canton de Trevières,
puis à Bayeux et à Longues, s'abattit une pluie noire, à
la suite de la grande dépression qui passa sur le Calva-
dos le 21 octobre. Or, le même jour, avait éclaté à Caen
un grand incendie qui avait ravagé des constructions
légères, se communiquant à des fourrages et a dos fu-
miers. Le brasier couvrait plus de 2,000 mètres carrés.
On avait jeté des torrents d'eau, et la vapeur, s'élevant à
plusieurs centaines de mètres de hauteur, s'était con-
densée en épais nuages sombres, que le vent chassa vers
l'ouest. Or, le surlendemain, la pluie tomba noire dans
la région de Bayeux, à l'ouest de Caen. Si un fait ana-
logue ne s'était aussi produit dans la région de Saint-
Servan, on pourrait affirmer que l'incendie fut la seule
cause du phénomène (1).
Paul Jacob.
(1) Voy. Le Naturaliste, n" 236, 2» série du 1" janvier 1897.
« Le l"'' janvier en Amérique. »
44
LE NATURALISTE
UNE LARVE DE PSEUDO-NÉVROPTÈRE DU CHILI
AYANT L'APPARENCE D'UN CRÏÏSTACÉ
En chassant la bécassine dans les marais de Penaflor, j'ai
recueilli, dans un fossé, quelques exemplaires d'une larve
aquatique qui n'a, sans doute, pas encore été signalée, et
dont les formes bizarres me semblent mériter quelques mots
de description.
Elle partage l'apparence crustacéenne avec la larve du Pro-
sopisloma punctifrons Joly ; mais elle en difl'ère considéra-
blement sous d'autres aspects, comme il sera facile de s'en
convaincre en comparant les figures ou descriptions de l'une
et de l'autre.
La couleur de la larve de PenaHor est brun roux sale.
Sa forme générale est celle d'un bouclier très régulièrement
ovale et fortement déprimé, dont le plus grand diamètre,
antéro-postérieur, varie chez mes sujets de quatre et demi à
huit millimètres. Ce bouclier est divisé en douze segments
imbriqués, dont les trois antérieurs, occupant un peu plus
do la moitié de la surface totale, correspondent aux trois
anneaux du thorax, taudis que les neuf autres correspondent
à l'abdomen. L'articulation pro-mésothoracique est concave
en avant ; l'articulation méso-métathoracique est à peu près
exactement rectiligne ; les suivantes sont concaves en arrière.
La dernière plaque abdominale est pentagon.ale à angles
arrondis, presque circulaire. Tout le pourtour de la carapace
est garni d'une rangée de poils juxtaposés, épais et rigides,
articulés à la base et terminés à la pointe par un fouet laté-
ralement recourbé, leur ensemble formant une élégante palis-
sade, large d'un demi-millimètre environ, évidemment des-
tinée à faciliter l'adhérence de l'animal aux surfaces contre
lesquelles il s'applique.
D'ailleurs, cette bordure de poils ne se limite pas au bord
latéral de chaque segment ; elle se poursuit, de chaque côté,
en diminuant progressivement de hauteur, sur ses bords
antérieur et postérieur, jusqu'au fond de l'échancrure assez
profonde qui sépare latéralement ce segment de ses deux
voisins : les poils du bord postérieur demeurant presque
aussi serrés que ceux du bord externe, tandis que ceux du
bord antérieur sont beaucoup plus espacés.
Pour terminer cette sommaire description de la carapace,
j'ajouterai que sa surface se montre assez régulièrement
criblée par des ponctuations de deux sortes ; les unes, plus
fines et assez serrées, en relief, semblent correspondre aux
cellules épithéliales sous-jacentes : les autres, plus grosses et
très lâches, sont perforées et paraissent en relation chacune
avec une glande tégumentaire.
L'Insecte avec tous ses appendices est complètement caché
sous cette carapace, qui le déborde largement dans tous les
sens ; mais celle-ci présente, au-dessus do la tcte, un espace
semi-circulaire parfaitement transparent, comme une cornée,
par laquelle il peut voir ce qui se passe au dehors, comme à
travers les vitres d'une fenèire.
La tète est comme appendue au segment prothoracique de
la carapace. Vers son bord antérieur, en arrière des yeux, des
antennes et du labre, elle porte, en dessus, un certain nombre
de poils, articulés au centre de fossettes, disposés d'une façon
symétrique, et dont quelques paires atteignent une longueur
relativement considérable. Les yeux, au nombre d'une paire,
ont l'apparence d'une grosse tache pigmentaire et sont situés
latéralement, en arrière des antennes. Celles-ci n'ont que
trois articles, dont le terminal est ovoïde allongé et juxtaposé
à un gros poil un pou plus long que lui, tandis que le basai
est un peu plus long et beaucoup plus gros que le médian et
présente quelques poils raidcs épars.
Recouvert sur toute sa surface de poils longs, grêles et
symétriquement couchés autour de deux centres, le labre est
énorme : prolongé jusqu'au niveau de la pointe des mandi-
bules, transversalement tronqué et légèrement échancré en
cœur à son extrémité libre, les côtés rabattus, il recouvre en
dessus, comme un voile, les pièces de la bouche. Les man-
dibules sont longues et très robustes, et portent chacune un
pinceau de poils fixé à la base de leur partie tranchante et
dirigé vers l'intérieur de la bouche. Les mâchoires, fortes et
terminées par un faisceau de crochets ou poils épais, lisses,
en forme de boudin, composés de quatre articles, et une galea
fortement dilatée et aplatie et armée sur son bord de crochets
un peu moins robustes que ceux des mâchoires. La lèvre
inférieure ressemble à la supérieure ; elle est seulement un
peu plus courte et plus étroite, et elle est munie, de chaque
côté, d'un palpe, semblable au palpe maxillaire sauf sa plus
petite taille.
Les pattes, relativement courtes et robustes, sont à cinq
articles, dont le dernier est constitue exclusivement par un
crochet solide, aigu et fortement recourbé, muni d'un éperon
à la base. Elles vont en croissant de la première à la der-
nière paire.
La dernière plaque de la carapace est doublée inférieure-
ment par une plaque plus courte et plus étroite, dont le
bord latéro-postérieur est arrondi et muni de poils plus longs,
plus souples et moins serrés que ceux des bords de la cara-
pace. Cette plaque constitue, sans doute, un dixième et dernier
segment abdominal.
Pendant la vie de l'Insecte, elle était constamment animée
de mouvements rythmiques, évidemment liés à la fonction
respiratoire. Elle découvre, en effet, deux grosses houppes
branchiales, qui naissent au niveau de ses angles latéro»
antérieurs et garnissent toute sa face supérieure, la débor-
dant même en arrière. De chacune de ses houppes tire son
origine un gros tronc trachéen, qui parcourt d'avant en ar-
rière le côté correspondant de la larve.
Je m'abstiens de créer, pour colle-ci, un nom qui pourrait
devenir inutile quand on l'aura suivie jusqu'à l'état parfait.
Fernand Lataste.
NOTICE SUR QUELQUES COSSIDES NOUVEAUX
DE i^A. perse:
1" Cossus Iranicus, Austaut (Species nova).
La tribu des Cossides est l'une des plus intéressantes de la
famille des Bonibycides, tant au point de vue des caractères
organiques des insectes parfaits, des mœurs de leurs che-
nilles, qu'à celui de l'histoire de l'évolution des Lépidoptères.
Les Cossides, dans Total actuel de la science, sont, en effet,
les premiers papillons qui aieut paru à la surface du globe.
Le genre Cossus, le plus remarquable de la tribu, est formé
d'iusectes de grande taille, mais 1res peu nombreux en es-
pèces. A part notre Cossus Cossus (Ligniperda) qui habite
presque toute l'Europe, ou ne connaît encore que les suivants :
Terebra de la Saxe, Balcauicus de la Bulgarie, Campicola du
pays des Kirghises, Mongoliens du district de Kouldja et Are-
nicola du Turkestan.
L'espèce nouvelle que je décris aujourd'hui est donc la hui-
tième du genre; elle uj'a été envoyée récemment par M. Arthur
Speyer, de l'Institut entomologique d'Altoua, comme venant
de Sefti-Kech (Perse), où elle n'a été découverte qu'en quel-
ques exemplaires.
Le Cossus Iraniens (c'est le nom que je propose pour cette
nouveauté) possède la taille du mâle de Terebra, mais il est
plus voisin d'Arenicola, quoique ses ailes soient proportion-
nellement plus larges, plus arrondies, que celles de cette es-
pèce, et que sa taille soit plus robuste. Les ailes antérieures
sont en dessus d'un gris cendré clair, finement réticulées de
brun, laissant apercevoir : 1" une ligue noire prémarginale,
flexueuse, reliant les deux bords opposés ; 2° une deuxième
ligne noire submédiane de forme arquée, s'épanouissant en
réseau vers le bord interne et de laquelle rayonnent quatre
litures noires qui aboutissent au bord externe, après avoir
croisé la ligne préniargiuale dont il vient d'être question.
L'aile inlérieure d'irauicus est d'un gris uniforme, sans ré-
ticules bien apparentes. La frange qui la termine, de même
que celle de l'autre aile, est largement eulrecoupée de brun.
La face inférieure est blanchâtre, avec de nombreuses petites
macules brunes et quelques dessins plus saillants, que ma
figure reproduit très exactement et qui ne se retrouvent chez
aucun autre Cossus. J'ajoute que le collier, les ptérygodes sont
bordés de gris clair, qu'une tache blanche limite la partie in-
férieure du thorax et que l'abdomen de cette nouvelle espèce
LE NATURALISTE
4o
présente, sur un fond cendré, des incisions plus sombres qui
correspondent aux segments abdominaux.
Ce rare et remiirquabie Cossus, dont je ne possède qu'un
seul exemplaire du sexe femelle, est donc très distinct par la
taille et par l'aspect de tous ses Congénères.
2" Zel'zeba Speyeri, Austaut (Species nova).
Les Zeuzera sont encore moins nombreux que les Cossus,
puisque la science entomologique n'est encore parvenue à
classer que notre Pyriua (Aesculi) d'Europe et Paradoxus de
l'Asie .Mineure. L'espèce nouvelle, dont je donne ici la des-
cription offre un très grand iutérèt à cause de ses caractères
qui sont absulument trauchés de ceux des deux autres
Zeuzera. Elle [est plus petite que Pyrinaj ses ailes sont plus
élancées, plus aiguës à l'apex; l'angle anal est précédé d'un
sinus assez profood qui trausforuie cet aogle en un lobe
saillant. Les ailes antérieures sont blanchâtres, fortement zé-
brées de noir le long de la côte et du bord interne, au-dessus
duquel s'étend une ligue noire horizontale depuis la base jus-
qu'à une tache blanche située un peu en avant de l'angle ex-
terue. Le disque tout entier est sablé de noir, laissant pour-
tant apparaître, ainsi que le montre la figure, trois éclaircies
dont l'une est basilaire, l'autre médiane et la troisième api-
cale. Le bord externe offre des espaces blancs internervu-
raui , et la frange est distinctement entrecoupée de noir.
L'aile postérieure de Spejeri est blanchâtre, un peu transpa-
rente, avec des zébrures noires à l'angle anal ; la frange de
cet angle est noire et entrecoupée de blanc dans le reste de
son étendue. Le dessous est semblable au dessus, sauf que les
teintes y sont plus pâles. Le corps est d'un gris uniforme,
sans incisions abdominales apparentes; mais le thorax est orué
de trois points noirs médians et de deux raies concolore.s la-
térales. Les antennes ressembleut à celles de Pyrina. J'ai dédié
cette rare nouveauté à M. Arthur Speyer d'Allona, qui a bien
voulu me céder les Jeux seuls exemplaires mâles qui ont été
recueillis dans la Perse à Dhisato.
3° HoLCOCERus Persicls, Austaut {Specits nova) ?
J'ai obtenu de mon correspondant, avec les deux espèces
précédentes, différents exemplaires du genre Holcocerus,
groupe nouvellemeut établi en faveur de Cossides de petite
taille propres à l'Asie Centrale et qui rappellent d'assez prés
nos Hypœta d'Europe. Parmi ces papillons se trouvaient deux
mâles du rare et superbe Holcocerus Gloriosus, Erschoff, espèce
remaïquable par son éclat d'un blanc pur nacré, que viennent
adoucir les macules fauves qui ornent la cote et le disque des
ailes supérieures, puis plusieurs mâles d'une forme réputée
nouvelle, mais qui, au premier abord, paraît identique à Holco-
cerus Holosericea du furkestan. Cependant, après un examen
plus attentif, on reconnaît que ces Cossides sont plus ro-
bustes, plus grands que leur congénère, et que leurs ailes pos-
térieures sont d'un gris sale unilorine, et non de ce beau blanc
pur qui est caractéristique chez l'espèce typique. Le revers de
l'aile antérieure des papillons doot il s'agit est, du reste, lavée
au milieu du même gris; et la côte est marquée en dessus
vers l'apex de trois petites taches brunes, qui pourtant ne
paraissent pas constantes. J'ai désigné cette forme sous le nom
de Persicus, et j'hésite à me prononcer sur la question de sa-
voir s'il s'agit d'une nouvelle espèce ou seulement d'une
forme géographique d'Holoserica.
4° Holcocerus Monticola,
5° HoLCOCEiius Marmoratus, Austaut {Species nova),
6° Holcocerus Slrigatus, Austaut {Species nova).
Parmi les Holcocerus que m'a envoyés M. Speyer, trois spé-
cimens attirent tout pjfrticulièremeut l'attention en raison de
leurs caractères exceptionnels. L'un deux m'a été envoyé par
mon correspondant sous le nom do Monticola sans désigna-
tion, d'auteur ; et les deux autresporteut la même détermina-
tion maisavec doute. En effet, ces trois papillons sontloiu d'être
semblables; et il me parait impossible de les réunir sous une
même forme. Le .Momicola auquel je garde le nom sous lequel il
m'a été cédé est d'un blanc pur mais mat, c'est-à-dire sans reflet
nacré, la côte des ailes supérieures est uniformément blanche
et le disque laisse apercevoir en brun pâle les taches qu'in-
dique le dessin Les ailes postérieures sont blanches avec un
lavis d'un gris sale à l'angle anal. Le dessous tout entier de
l'insecte est d'un blanc uuiforme, sauf le disque des premières
ailes qui est marqué d'un lavis grisâtre.
Le second représente une forme bien distincte de la précé-
dente. Le spécimen auquel elle s'applique offre des ailes pos-
térieures brunes, avec la frange seulement blanchâtre, et les
dessins de l'aile antérieure présentent des caractères fort dis-
semblables par leur forme et par leur ampleur de ceux de
Monticola. Ces dessins, du reste, apparaissent intégralement en
dessous dans des tons plus pâles. ,ie désigne ce type sous le
nom de Marmoratus, et je pense qu'il est spécifiquement dis-
tinct de celui que je viens d'analyser, car les deux exemplaires
dout il s'agit sont du sexe femelle, ce qui exclut toute idée
de différences sexuelles, et d'autre part leur cohabitation dans
un même lieu empêche d'attribuer les dissemblances obser-
vées à l'influence de causes de variations géographiques.
Quant à l'insecte donné sous le nom de Strigatus que
j'ai cru devoir lui imposer, d est d'un aspect également bien
spécial. Toute la face inférieure et le dessus des secondes
ailes sont d'un blanc mat jaunâtre, et le milieu de 1 aile
antérieure est marqué d'une série de cinq lignes brunes
horizontales parallèles, offrant un aspect bien différent
des dessins analogues qu'on observe chez Monticola et chez
Marmoratus. Le sujet représenté est un mâle; il ne sau-
rait être rattaché à l'un des types précédents comme forme
sexuelle à cause de ses caractères tranchés, ni comme variété
locale pour la raison déji indiquée. Je dois ajouter que tous
ces rares et curieux Holcocerus ont été recueillis à Baira-
male (Perse), daus une région encore peu explorée, qui sera
sans doute par la suite très fertile en découvertes intéres-
santes.
J.-L. Austaut.
L'ÉLEYiaE DE L'AÏÏTEÏÏCHE
EN RUSSIE D'EUROPE
La récente communication de M. Yermoloff, ministre
de l'Agriculture de Russie, le 21 octobre 1890, à la Société
nationale d'Agriculture de France, est uu événement zoo-
logique dont l'importance est assez suggestive, étant
donné que la France qui possède les territoires les plus
favorables à cet élevage, n'en fait pas, et qu'elle est tribu-
taire des Anglais et des Tripolitains pour alimenter l'in-
dustrie plumassière parisienne, qui serait sans rivale par
le monopolo de la plume barbaresque produite dans nos
colonies africaines. Pour l'éclaircissement de ce qui pré-
cède, je dois mentionner uu fait récent et fort curieux;
c'est l'essai parfaitement réussi de l'élevage de l'Autruche
par un grand propriétaire du midi de la Russie et notam-
ment du gouvernement de la Tauride. Ces oiseaux si inté-
ressants semblent s'adapter très bien au climat de ces
régions, supportent des froids assez rigoureux, se com-
plaisent dans l'immensité des steppes, se reproduisent
dans leur nouvelle patrie, et je sais, de source certaine,
que le premier stock de plumes d'autruche provenant de
la ferme en question a déji été expédié à Paris, où il
s'est vendu très avantageusement. La récente et magni-
fique exposition de Nijni-Novgorod nous a montré les
produits de ces oiseaux, tant en œufs qu'en plumes, ce
qui n'a pas manqué d'attirer l'attention des agricul'eurs
russes sur cette nouvelle branche d'élevage, dont nous
étions loin de soupçonner la possibilité en Russie.
11 sera intéressant de rappeler ce fait rétrospectif.
En 1884, le gouvernement général de l'Algérie livrait,
pour dix-huit ans, 1.000 hectares de terre sablonneuse
au Kreider (Dèpt d'Oran) et concédait 100 hectares de
même terre à M. Creput pour la création de parcs à
Autruches. Les tentatives d'élevage sur le littoral n'ont
pas très bien réussi, le climat y étant trop humide et l'es-
pace consacré à ces volatiles du désert n'étant pas sulE-
46
LE NATURALISTE
sant pour leur permettre d'atteindre leur plein développe-
ment.
La création des parcs au Kreider aurait pu remédier à
ces inconvénients et assurer la pleine réussite de l'élevage
en grand de l'Autruche.
Malheureusement, cette concession, qui dès 1884 pou-
vait devenir le salut de l'élevage en Algérie, n'a pas été
exploitée. J'avais, dans ce but, assuré la fusion des divers
groupes d'éleveurs algériens. Des considérations clima-
tériques, basées sur l'altitude des hauts plateaux oranais
et du climat hivernal rigoureux, ont produit cet échec re-
grettable pour tous les intéressés. La réussite de l'élevage
dans le sud de la Russie, dont le climat est certainement
aussi rigoureux que celui des steppes oranaises des hauts
plateaux, établit le bien fondé des observations publiées
sur la rusticité de l'Autruche supportant toutes les in-
tempéries, l'humidité exceptée.
Dans un récent rapport sur les colonies allemandes,
M. Gosselin, de l'ambassade britannique à Berlin, men-
tionne que la question de la protection du gros gibier
dans l'Afrique allemande orientale a été prise en consi-
dération par les autorités locales depuis quelque temps
et qu'un réglementa été notihé à Dar-es-Salam; dans le
Zanguebar, la chasse des autruches et des grues est inter-
dite. Plus loin, dansleMoschi,distinctdeKilima-Ndjaro,
personne, qu'on soit muni d'un permis ou non, n'est au-
torisé sans permission spéciale du gouvernement à tirer
sur des autruches ou des grues. Le major Wissniann
préconise aussi les essais de domestication des au-
truches, etc.
Ainsi, nous voyons d'une part l'élevage de l'Autruche
réussir dans le Sud de la Russie et par ailleurs le gou-
verneur allemand de l'Afrique orientale interdire la
chasse de l'Autruche, dans toute l'étendue de la colonie.
Pourquoi le gouvernement français n'aide-t-il pas à la
reconstitution de l'Autruche de Barbarie et comment se
fait-il que. dans le Soudan français, aucun des nombreux
gouverneurs qui y ont passé en si peu de temps, n'ait eu
la pensée de prendre des mesures analogues devant au
moins assurer la perpétuité de l'espèce et empêcher son
extinction comme dans le Sahara algérien. Ce sera
l'étonnement des générations suivantes que sous le régime
républicain, notre fin de siècle n'aura pas à son honneur
les mesures de prévoyance générale mises en pratique
par les Conventionnels à la fin du siècle précédent.
Y aura-t-il, en 1900, un Daubenton pour l'Autruche
comme, en 1800, il y en eut un pour le Mouton?
L'Algérie, la Tunisie, le Soudan français exceptés, on
peut dire que la domestication de l'Autruche est aujour-
d'hui généralisée dans presque toute l'Afrique dans les
régions favorables à son existence.
Dans le Soudan central comme dans l'Afrique aus-
trale, il n'existe presque plus d'oiseaux sauvages ; je me
suis informé auprès de M. le lieutenant-colonel Monteil
qui n'en a pas vu dans sa remarquable traversée de
Saint-Louis à Tripoli; de môme M. le commandant
Toutée a constaté leur absence dans sa périlleuse montée
du Niger.
En ce qui concerne l'Autruche domestique dans
l'Afrique australe, M. Ilugot, juge au tribunal de com-
merce et membre de la Chambre de commerce de Paris,
de retour d'une mission au Transvaal, m'a confirmé la
transformation qui s'est produite dans l'Afrique du Sud.
Les petits établissements d'élevage, ou plutôt les ex-
ploitations agricoles ayant un minime groupe d'oi-
seaux accessoires à leur ferme, sont plus ou moins
ruinés par l'abus du crédit trouvé auprès des mar-
chands du pays leur fournissant en échange des plumes
achetées d'avance, à forfait, tous les produits de l'indus-
trie européenne. C'est le phénomène de l'usure connu en
Algérie, mais il n'y suscite pas ces haines ni ce parti
pris que j'ai constatés en Algérie.
Les difQcultés qui empêchent la création de l'élevage
en Algérie sont toujours les mêmes, le conflit d'attribu-
tions administratives, ou plutôt la confusion des pouvoirs
civils et militaires ne se sont pas modifiés. El-Outaya,
l'unique emplacement réalisant nos projets, est toujours
l'apanage du 3' régiment de spahis et le sénatus-con-
sulte de 1863 n'est pas abrogé, donc rien à faire en terri-
toire militaire.
Il est vrai que l'administration algérienne ne réprime
pas le vol, la fraude, l'usure à l'aide desquels l'Européen
arrive à s'emparer des biens immobiliers des Arahes ; elle
ne le garantit donc pas contre les forces destructives qui
l'assiègent de toutes parts. D'un autre côté, les -assassi-
nats se multiplient d'une façon inquiétante dans les trois
départements, on n'arrive pas à cette sécurité sans la-
quelle toute colonisation devient impossible. Ces
réflexions feront comprendre l'impossibilité de recons-
tituer l'Autruche d'Algérie sans l'action efficace du Par-
lement auprès des pouvoirs publics; mais là encore, il y
a empêchement, la crainte d'être suspect de patronner
a une affaire » arrête les bonnes volontés, rebute l'homme
politique soucieux de sa tranquillité personnelle ou même
indifférent à une question trop spéciale n'ayant pas le
don de passionner l'opinion publique et de créer une
vaine popularité.
Pour la clarté de mon récit quelques faits seront bons
à rappeler :
Entre Tcniet el Hàad et Boghar, à la limite des ré-
gions telliennes, se trouve une propriété d'environ
20,000 hectares, connue sous le nom de Bled-Boudjema.
Dans cette région, les tribus, à demi nomades, habitent
sous la tente ; aussi les terrains n'ont-ils que peu de
valeur.
Lorsqu'il fut question d'appliquer le sénatus-consulte,
plusieurs tribus élevèrent des prétentions à la propriété
de Blid-Boudjema.
Un procès s'engagea à cette occasion, devant le tribu-
nal de Blidah, et il se termina par un arrêt de la Cour
d'Alger, reconnaissant à l'une des tribus en cause la
propriété de ce « bled ».
Le procès avait duré une douzaine d'années. 11 fallut
en payer les frais, dont l'avance avait été faite par un
riche juif d'Alger : ces frais s'élevaient à la somme de
67.000 francs.
Ne pouvant ni payer ni trouver à emprunter pareille
somme, les représentants autorisés de la tribu ont cédé
le Bled-Boudjema, par acte notarié du mois de mai ou
de juin 1880, à leur créancier juif, moyennant un prix de
80.000 francs, sur lequel ce dernier a retenu les 67.000
de frais avancés par lui. Les membres de la tribu ont eu
à se partager 13.000 francs.
Treize mille francs pour vingt mille hectares !
Et qu'on n'allègue pas que ce fait est isolé. Non, nous
le prenons, comme le suivant, dans le seul arrondisse-
mentjudiciaire de Blidah, parmi d'autres faits semblables.
11 s'en est produit certainement d'analogues dans les
autres arrondissements judiciaires des trois dêiiarte-
ments.
LE NATURALISTE
47
Il existo, non loin d'AflVeville et île Miliana, une pro-
priélé d'environ 800 hectares, sur laquelle vivait autrefois
une population indigène de 400 à 500 personnes. A la
suite de l'application de la loi du 26 juillet 1873 sur ce
territoire, un honorable Européen, intelligent, instruit et
actif, déjà iiropriétaire d'autres terrains situés dans la
même région, conçut l'idée; de se créer un vaste do-
maine.
Il acquit, dans ce but, des parts indivises de ladite
propriété indigène, et, conformément aux dispositions de
la loi française, il jioursuivit ensuite la licitation judi-
ciaire des 800 hectares en question.
Il y avait [dus de quatre cents ayants droit, auxquels
il fallut faire des significations et des sommations. Aussi,
les frais « exposés » pour arriver à la licitation furent-ils
considérables. Ils s'élevèrent à 22.000 francs.
On comprendra sans peine que, devant l'énormité de
ces frais, aucun Européen, autre que le colicitant, n'eut
l'idée de concourir à l'adjudication.
De leur cùté, les indigènes, divisés entre eux, n'ayant
au surplus ni les ressources, ni le crédit nécessaires
pour faire face au paiement immédiat des frais, ne pou-
vaient songer à enchérir.
Le résultat fut tel qne le défaut de toute concurrence
permettait de le prévoir : suivant jugementdu trilnuial de
Blidah, au mois d'octobre ou de novembre 1882, notre Eu-
ropéen colicitant resta adjudicataire des 800 hectares,
moyennant un prix de 8a0 francs, et à la charge de
payer les frais.
Ces frais, nous l'avons dit, s'élevaient à 22.000 francs.
La procédure suivie a été absolument correcte et régu-
lière, et, au point de vue légal, l'affaire a été parfaitement
conduite.
Le premier résultat remarquable de cette opération,
c'est qu'un domaine de 800 hectares a été constitué au
profit d'un colon avisé par son initiative hardie et avec
ses seules ressources — et c'est le revers de la médaille
— une population de cinq cents personnes qui a été
obligée de s'éparpiller et de se resserrer dans les douars
voisins, et ([ui s'est trouvée dépossédée de 800 hectares
pour une somme de 850 francs.
Nous le répétons, tout s'est passé légalement et régu-
lièrement dans cette affaire, et il n'entre pas dans notre
pensée de blâmer le colon qui eijt préféré, sans doute,
donner son argent aux Arabes qu'aux officiers ministé-
riels, ([uitte à payer plus cher.
Mais, en toute sincérité, devons-nous être fiers, nous
Français, de l'application qui a été faite, dans ce cas par-
ticulier, de nos lois, et plus spécialement de notre procé-
dure ruineuse"? Est-ce bien une œuvre de civilisation,
d'humanité surtout, que cette dépossession légale d'une
population do près de 500 habitants, à laquelle on distri-
buera (Allah sait quand!) une somme de 830 francs pour
les 800 hectares sur lesquels elle vivait autrefois ?
Pour tout esprit impartial, un pareil résultat est ré-
voltant, navrant, et la législation qui l'a permis est con-
damnée par toutes les consciences.
Nous ne retiendrons de ces faits que deux points, sa-
voir : 1° L'énormité des frais ([u'entraîne l'application de
nos lois, et spécialement de notre procédure, à des popu-
lations et à des situations pour lesquelles elles n'ont pas
été faites ;
2° Les conséquences parfois désastreuses que la stricte
exécution de ces mêmes lois impose à ces mêmes popu-
lations.
Nous pourrions également en tirer argument pour
répondre aux aveugles et maladroits défenseurs des indi-
gènes qui s'opposent à l'expropriation administrative
pour la colonisation, parce qu'ils veulent éviter ce qu'ils
appellent « la spoliation des Arabes ». Il est bien évident
que l'expropriation faite par l'intermédiaire de l'adminis-
tration pour remettre ces terrains à des colons, eiit donné
pour les indigènes des résultats plus satisfaisants en leur
permettant au moins de toucher de leurs terres un prix
sérieux (1).
Nos lecteurs savent par divers mémoires et études pu-
bliés dans le Naliirnlisle, l'importance au point de vue
français de la reconstitution de l'Autruche dans le Sa-
hara, des steppes des hauts plateaux algériens jusque
dans le Soudan français.
Cet élevage rationnel assure, en effet, la pacification de
cet immense parcours, il serait le facteur le plus essen-
tiel dans la revivifaction des routes île caravanes traver-
sant le Sahara, abandonnées aujourd'hui. C'est en cela
qu'apparaît l'incurie de notre administration publique
tenant en échec la reconstitution de l'élevage, dont le
succès serait assuré par l'exploitation de l'unique em-
placeiuent favorable pour créer un haras de repeuple-
mcHit, j'ai nommé le domaine de la smala d'El Outaya
(département de Constantine) (2).
Les Français, qui mettent au-dessus de tout la gran-
deur et l'honneur de leur pays, applaudiront sans réserve
à ceux qui, à force d'énergie, d'abnégation, au prix des
plus grands sacrifices, malgré toutes les difficultés qu'ils
ont rencontrées, continuent avec courage la lutte pour
la création d'une œuvre de progrès, de civilisation dont
la réussite possible dépend du ministère de la Guerre et
de son administration, et du bon vouloir du Gouverneur
général de l'Algérie, investi de pouvoirs suffisants pour
enfin donner satisfaction à l'opinion publique.
Le département de la Guerre, par un sentiment com-
mun à toutes les administrations, ne veut pas abandon-
ner une de ses prérogatives; elle lui assure, en effet,
quelques ressources affectées au 3° régiment de spahis
et le moyen de faire camper dix-neuf cavaliers indigènes
avec leur smala, plus deux sous-officiers européens logés
dans le Bordj. Il paraît cependant impossible que l'on
sacrifie plus longtemps les intérêts généraux du pays à
ce que nous pourrions appeler des intérêts administra-
tifs.
La Patrie a publié, en novembre 1896, un article con-
cernant la suppression des Smalas. Voici, à ce sujet, l'in-
terview de M. Forcioli, député de Constantine.
« 11 y a déjà deux ans, nous dit M. Forcioli, j'étais in-
tervenu à la Chambre au sujet des Smalas; il en est
quatre que je vise particulièrement : El-Outaya, vers le
Sud, entre Batna et Biskra; El-Méridj, El-IIadjar, le
Tarf, le long de la frontière tunisienne.
« Je laisse décote les smalas qui bordent le département
d'Alger et la frontière du Maroc.
« Il serait peut-être imprudent de dégarnir des postes
qui peuvent rendre des services en face d'un pays où
l'insurrection est perpétuelle, et, pour le moins, à l'état
latent.
(1) Revue géographique internationale, 1885.
(2) El-Outaia (commune mixte d'Ain-Touta) entre Biskra et
Balna, desservi par la voie ferrée, est le centre d'une immense
plaine arrosable en partie. La végétation arborescente a été dé-
ti-uite à vingt kilomètres à la ronde pour les besoins de la
smala.
48
LE NATURALISTE
« Mais je ne vois vraiment plus la nécessité d'en con-
server d'autres.
« A l'époque où la Tunisie n'était pas encore sous notre
protectorat, il y avait lieu de se tenir sur ses gardes de
ce coté, mais aujourd'hui ces précautions me paraissent
superflues.
0 Après mon intervention à la Chambre, le général
Zurlinden, alors ministre de la Guerre, me mit en rap-
ports avec un officier connaissant bien l'Algérie.
« Celui-ci, en ce qui concerne El-Meridj,El-IIadjar et
Le Tarf, me fit valoir que ces smalas pouvaient nous
rendre encore de grands services, si, dans une guerre
européenne, un corps d'armée venait à débarquer en
Tunisie.
« Plus tard, M. Cavaignac, devenu ministre de la
guerre, m'écouta avec beaucoup d'intérêt; il suivit avec
moi sur la carte d'Afrique les lignes que je lui indiquai,
en marquant au crayon rouge les postes que je vous ai
nommés, il me promit d'étudier très sérieusement ma
proposition.
0 Mais M. Cavaignac est tombé, et je no sais encore
l'accueil que lui réserve le général Billot.
n Quoi qu'il en soit, j'estime que si, dans le principe,
les spahis ont été destinés à devenir en même temps que
des gardiens vigilants, des agriculteurs actifs, ils ne sont
plus aujourd'hui que des pachas indolents, des proprié
taires faciles, autour desquels évoluent à leur aise des
légions de serviteurs et de pillards qui trouvent un re-
fuge naturel auprès do leurs chefs.
« Mieux vaudrait donc cent fois vendre ces terres de
colonisation plutôt que de les laisser progressivement
péricliter. »
La Patrie termine :
« Telles sont les déclarations qu'a bien voulu nous
faire M. Forcioli.
0 Elles sont, en quelque sorte, le résumé de la thèse
que l'honorable député se propose de soutenir très pro-
cnainement en faveur de la suppression des smalas. »
Je ne crois pas que les escadrons de spahis utilisés
comme troupe régulière nous seront iudispensablospour
l'attaque d'un corps d'armée débarqué en Tunisie ou en
Tripolitaine. Un goum de laOOchevaux, organisé à temps
et au moyen d'exemption d'impôt des tribus nomades
qui le fourniront, sera bien plus pratique et plus écono-
mique. Les terres de Méridj, El-IIadjar et le Tarf, pour-
raient être vendues sans inconvénient, à condition que les
bâtiments qui y existent resteraient propriété de T'Etat
pour être utilisés en cas de ce débarquement comme
magasin de vivres et d'orge pour les goums mis en
campagne. Voilà pour les smalas de frontière. Quant à
celle d'El-Outaya, sa parfaite inutililé,])our la défense du
pays, n'a plus besoin d'être démontrée. Mais là, le bâti-
ment pourrait être utilisé d'une manière autre que celle
uela vente aux enchères, et pourrait servir à une opéra-
tion industrielle qui lutterait avantageusement, par suite
de sa position, avec des établissements étrangers plus
éloignés des centres d'affaires. Et en joignant à ce bâti-
ment un lot do terre correspondantpar sa production aux
besoin des premières années, on ne nuirait pas énormé-
ment à la colonisation et aux intérêts de l'Etat. Celui-ci,
au contraire, y trouverait des avantages au point de vue
politique et au point de vue économique ou fiscal.
L'espoir de voir adoptées les considérations d'ordre
supérieur, justifiant la reconstitution de l'autruche en
territoire français, n'est pas une illusion et ne doit pas
être une déception. La marche en avant vers l'Extrême-
Sud, la jonction de l'Algérie et du Soudan français, si
désirable, sera laconséquence naturelle des déplacements
de nos forces militaires qui se porteront dans des postes
nouveaux d'une importance stratégique incontestable et
rendront libres pour le service de la colonisation les
emplacements nécessaires à l'autruche. Les conséquences
de cet événement heureux permettent d'assigner un
terme prochain à une faute économique ruineuse pour
la France et son industrie, et justifieraient notre prise de
possession de Tombouctou ainsi que la création récente
de postes militaires dans le Sud-Algérien exigeant leur
point terminus : les oasis du Touat, dont la possession
nous assure la soumission des Touareg Ahaggar et la
jonction de l'Algérie et du Soudan.
Quand aurons-nous la satisfaction patriotique de cons-
tater l'existence d'une industrie rivale de celle de l'étran-
ger au Cap et même en Russie, dans les régions favora-
bles de l'Algérie et du Soudan français?
En Algérie incontestablement, la reconstitution de
l'autruche en territoire militaire, grâce aux autorités
militaires, aurait la valeur d'une victoire économique —
sans efl'usion de sang, sans nouvelles charges budgé-
taires.
L'ensemble des considérations précédentes nous fait
croire avec confiance que l'appui et le concours bienveil-
lant de tous Jcs Frar^çais éclairi'S font acquis à la cause de la
KECONSTITUTION DE L'aUTRUCHE B.\RB.\nESQCE et de
son élevage dans notre empire africain de I'Algérie au
Soudan.
J. FoREST aîné.
Les Taches du Soleil
Il y a longtemps que j'examine le Soleil, à peu près tous les
jours, à 3 h. 1/2, après ma consultation. Jamais il ne m'est
arrivé une seule fois de regarder le Soleil sans y trouver au
moins une tache. J'en ai vu parfois une cinquantaine, et peut-
être plus encore. Quand il y en a beaucoup, elles sont dispo-
sées en quatre ou cinq groupes, pas plus. 11 peut y en avoir
une seule, ou bien une ou ijeus, dans un groupe, comme il
peut y en avoir plus de vingt dans un autre groupe.
Il y a de grandes taches et de petites taches. Toutes les
taches sont d'un noir d'encre. Il est rare d'en rencontrer de
grises. Les grandes taches forment un noyau noir, entouré
d'une pénombre plus ou moins visible; mais les petites taches
sont quelquefois aussi entourées d'une petite pénombre. C'est
aujourd'hui le cas (2 août).
Pour un débutant, la pénombre est souvent invisible. Il
voit très bien le noyau de la tache; c'est seulement au bout
d'un certain temps qu'il se rend compte que ce noyau est en-
touré d'une pénombre. Les dimensions de la pénombre, par
2 3
rapport au noyau, varient constamment entre - et -. C'est
5 5
exactement une moitié d'abricot avec son noyau. Avec des
verres bleu foncé, le Soleil a une teinte orangée, ou mieux
abricot. La pénombre se détache d'autant mieux du Soleil,
qu'elle est plus gi'ise à l'extérieur et plus blanche à l'intérieur,
à la périphérie du noyau. Elle se détache aussi nettement du
reste t^u Soleil qu'un timbre-poste sur une enveloppe de
lettres. Son pourtour est nettement délimité. Il peut être plus
ou moins sinueux; mais la forme générale est circulaire ou
elliptique, à petit axe transversal. Le grand axe est toujours
longitudinal, c'est-à-dire de haut en bas. tandis que le petit
axe est en travers, de l'est à l'ouest, un peu oblique par-
fois.
Le pourtour intérieur de la pénombre, en contact avec le
noyau, est ordinairement plus déchiqueté que son pourtour
extérieur, en contact avec le reste du Soleil. On voit même
LE NATURALISTE
49
comme (les gouttelettes isolées, cparses, au pourtour du noyau,
dans son intérieur. La pénombre est toujours bien plus claire
on dedans ((u'en dehors, et bien plus l'oncéo en dehors (pi'cn
dedans.
Les taches du Soleil sont concaves et déprimées en leur
partie centrale, qui correspond au noyau. Cela se voit très
bien, qu.md la tache est au voisinage du bord du disque du
Soleil. Quant i la pénombre, elle est formée de stries rayon-
nantes, aux dépens des grains riziformes de la photosphère,
qui se fusionnent entre eux en languettes juxtaposées. Par-
fois, ces languettes forment des ponts, qui se croisent au-
dessus du nojau, et le partagent en deux ou en plusieurs
autres petits noyaux partiels. J'en ai mémo vu qui formaient
ainsi des taches grillagées, tant le nombre des petits carreaux
noirs était distinct, grâce aux languettes de séparation, qui
jouaient le rôle d'un grillage plus pâle que lo reste de la
tache.
La pénombre est formée de languettes de la photosphère,
qui s'élèvent de dehors en dedans et de bas en haut. Ces lan-
guettes se volatilisent dans l'almosphère solaire, où elles dis-
paraissent; ou bien elles retombent en énormes gouttelettes
de feu, à la périphérie du noyau, et plus ou moins dans le
voisinage do sa partie exiérieure.
Les taches partent du bord oriental du disque solaire, pour
atteindre en treize jours son bord occidental. Klles tournent
donc autour du Soleil, avec les éléments de la photosphère
qui les composent. Elles changent de forme tous les jours, et
parfois considérablement d'un jour à l'autre. On en voit de-
puis une seule petite tache jusqu'à une cinquantaine et plus.
Dans ce dernier cas, elles se réunissent, de manière à former
trois ou quatre groupes, cinq au plus, rarement davantage.
Souvent il n'y a qu'une seule tache volumineuse, avec une ou
deux aulres très petites, dans un des groupes.
Les taches du Soleil sont simplement des tourbillons do la
photosphère, tourbillons qui laissent voir la sphère centrale
du Soleil, qui parait noire par contraste. Elles sont très sou-
vent accompagnées de facules, sortes de traînées blanches
très courtes, qui rayonnent autour des principales taches. Le
spectroscopo montre presque toujours des protubérances de
la chromosphère, au voisinage des taches, quand ces taches
sont accumulées en grand nombre près des bords du disque
solaire. 11 est évident que les taches indiquent que la surface
du Soleil est dans un état tout particulier d'effervescence.
Aussi les aurores boréales et les variations du magnétisme
terrestre oscillent avec le nombre des taches du Soleil. Tous
les onze ans, il y a un maximum de taches dans le Soleil, au-
quel correspond sur la terre un maximum dans les oscilla-
tions de l'aiguille aimantée. Or, on sait que les réactions chi-
miques développent de l'électricité. Il est d'autant plus lo-
gique d'admettre que les taches du Soleil répondent à une
activité toute spéciale de cet astre, que les nombreux facules
que l'on voit alors semblent être dus à la chaleur et à la
lumière dégagées, par des réactions chimiques, à la surface
du Soleil.
Les taches solaires sont connues des Chinois depuis la plus
haute antiquité. Certaines d'entre elles sont parfois assez
étendues pour produire une diminution de la clarté du Soleil,
comparable i une éclipse partielle.
Dr Bougon.
DESCRIPTION DE COLÉOPTÈRES NOUVEAUX
Formicomiis lianiji, Pic, v. latior. Grand, d'un noir brillant,
un peu verdâlre aux élytres, hérissé de longs poils clairs.
Tête bien atténuée eu arrière, à poncluatioii irrégulière. An-
tennes grêles, longues, entièrement l'oucées. Prothorax étroit,
allongé, étrauglé très près de la base. Elytres bien plus larges
que le prothorax, courts et larges avec les épaules bien sail-
lantes, l'extrémité assez arrondie. Pattes noires, longues ;
o" cuisses antérieures ayant une èiiine ; les tibias antérieurs
munis d'une dent saillante. Long. 4 uiill. Sumatra.
l'oruic élylrale plus courte, plus élargie que F. liungi Pic,
pattes plus foncées.
Anlhicus anienitiiliis. Petit, brillant, hérissé de longs poils,
large aux élytres; tête, prothorax, antennes moins les trois
derniers articles noirs; élytres fauves avec les épaules, la
suture extérieurement et une bande médiane transversale
rembrunis; pattes, palpes, partie de la bouche et trois derniers
arlicles <les antennes d'un toslacô jaunâtre. Tôle large, con-
vexe, bien arrondie en arc eu arrière, à ponctuation IVute et
écartée. Prothorax étranglé près de la base, impressionné
sur les côtés en dessous, l'ebordé sur la base, à ponctuation
forte, écartée. Elytres relativement couits et larges, un peu
élargis après le milieu avec les épaules bien marquées, l'ex-
trémité arrondie ; une dépression nette, posthumérale -, ponc-
tuation très forte et bien espai:èe. l'uttes grêles. Dessous du
corps clair. Long 2 niill. Caracas.
Cette espèce rappelle beaucoup, de coloration, ,1. slrialo-
pmicluliis Laf., elle présente la l'oruic do certains Lepialeus
comme L. ulbicincltisL&i.; bien carai;tèrisèe au moins |iar les
antennes avec leurs trois derniers articles clairs.
Antliiciis albifiiscialiix. (irand, mat, à puhescence générale
grisâtre couclièe Une, parallèle et modérément allongé, noir
de poix avec deux bandes rougc^âtres denséiiieut revêtues de
puhescence d'un gris blanc sur chaque élytre ; premiers arti-
cles des antennes et pattes d'un rougefitre obscurci. Tète
large et courte, presque droite eu arriére, â ponctuation
dense et granuleuse. Autennes assez courtes, peu fortes, plus
ou moins obscurcies à partir du 2""= ou t™^ article. Prothorax
à ponctuation granuleuse dense, déprimé, très dilaté en
avant, presque plus large que la tête dans cette partie, très
diminué sur la base qui est rebordée. Elylres à cotés paral-
lèles, assez allongés, arrondis à rcxlrémitè avec une pouclua-
tion fine et rapprochée, les épaules courteuieiil revêtues
d'une pubesceuce plus fournie ; deux bandes rougeûtres dis-
simulées sous une puhescence serrée, épaisse sur chaque
élytre, l'une avant, l'autre après le milieu, toutes deux un
peu obliques. Pattes assez courtes avec les cuisses ordinai-
rement un peu obscurcies, peu épaisses. Dessous du corps
foncé. Long. 3 mill. 1/2. Australie.
Rentre, dans le s. g. Ischi/ropalpiis Laf , dont je ne connais
aucun représentant nommé en Australie ; l'orme de sericans
Gr., avec une toute autre coloration. M. Pic.
OFFRES ET DEMANDES
— M. P. Mathieu, .39, boulevard SiMjastoiiol.Oran (Al-
gérie), ollVe en échaugc les coléoptères de su rcj^ioii.
— A vendre :
Lot de 200 Clirysomélides européens environ, bien
nommés, IJO francs.
Lot de 200 Clirysomélides exotiques environ, bien
nommes, 80 francs.
Lot de Méloloiitliides américains (sauf une espèce)
du genre Uieraniaau genre l'achydema (inclus), 8 espèces»
80 exemplaires, en carton, 12 fr. .'10.
S'adresser aux ])urcaux du joiii'iiiil ]iour les lots ci-
dessus.
— A. R. 11° 301.'î, à Bergame (Italie).
Nous vous donnons les nouveaux renseignements que
vous nous demande/. ;
1° Marmairolite, variété d'Knstatite avec alcalis. —
2° Garniérite, hydrosilicatc de nickel et do magnésie
vert pomme ou vert émeraude, très tendre et contenant
de 1 à32''/„ d'oxyde de nickel. — :!<• Chalcophanite, alté-
ration de Franklinite et un oxyde de Manganèse et de
zinc hydraté. — 4° Montecatinitè. Nous lu^ connaissons
pas de minéral de ce nom, mais ce doit être une variété
de Phillipsite (cuivre panaché), facilement reconnais-
sablc à son irisation lorsqu'il reste exposé à l'air et que
l'on trouve à Monte Catini. — 5" Pseudo!)riiokite
Fé-0,^Ti-O'' Ter titanifére rhombique. — G» Nagyagite ou
Nagyasite (Elasmose), tellure natif auro-ploinhifére
(P0,Au)2 (Te,S,Sb)'' de Nagyag (Transylvanie) assi;z rare.
— M. M., à Calais, n" 335o. Ce que vous nous avez
envoyé n'est autre qu'une serlulnire ; nous ne pouvons
préciser l'espèce, l'échantillon communinué nous étant
parvenu en mauvais état. — Consultez le volume des
C(elenlérés,''Ii;chiuoilermes de l'histoire natimdle de la
France, 1 vol. 3 fr. 90 franco iLes Fils d'Fmile Deyrolle,
éditeurs, 40, rue du Bac, Paris).
— M. C. M., à Lyon. Essayez des épingles nickel pour
vos Coléoptères; elles sont préférables aux épingles
argentées.
50
LE NATURALISTE
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LE NATURALISTE
31
LIVRES NOUVEAUX
MI.VÉRALOUlEDEL.l FU.VXCE ETDKSES COLOi\IES
par M. A. Lacroix, professeur de Mioéralogie
au Muséum d'histoire naturelle.
M. Lacroix, In s\uipatluque et savant professeur du Muséum
a comuioucé de faire paraître, il y a trois ans, un ouvrage
appelé A rendre de grauds services à ceux qui s'occupent de
minéralogie. Ce travail, dont le deuxième volume vient de
paraître, a pour objet l'étude détaillée des minéraux de la
France et de ses colonies. Il est conçu dans un esprit beau-
coup phis large que tous les traités de minéralogie actuels :
car non seulement il comprend, comme ces derniers, l'étude
des propriétés pliysico-chimiques des minéraux, mais aussi
les coudilions de gisement et même de geuèse des minéraux.
C'est un onvrage de haute étude.
Au lieu d'abstraire un minéral en le cousidér^mt eu lui-
même sans s'occuper de ses rapports avec ses congénères,
M. Lacroix nous fait connaître dans quelles conditions et sons
quelles formes variées il se présente dans la nature et de
quelle façon il a pu prendre naissance. On ne peut qu'ap-
plaudir le savant professeur du .Muséum de donner de la vie
k la science minéralogique en .ijoutaut à son étude physico-
chimique une étude biologique.
Eu ce faisant, il rattache plus étroitement la minéralogie à
la géologie, qui a aussi pour but la geuèse des roches consti-
tuant l'écorce terrestre. Dans la a .Minéralogie de la France »
les éléments des roches sont envisagés sous toutes leurs
formes, qu'ils se présentent isolément ou associés : soit dans
des filous, soit dans des roches éruptives, soit dans des
roches sédimentaires.
Ce simple exposé montre l'importance de l'ouvrage dont le
titre est justîHé par l'étude, à propos de chaque espèce, de
tous les gisements où l'on peut la rencontrer. La plupart
d'entre eux ont d'ailleurs été visités par l\L Lacroix, ce qui
achève de donner une plus grande valeur à son travail.
La première partie du tome II sera d'un grand secours
pour ceux qui s'occupent de l'étude microscopique des
roches : car il traite des wernérites, des zéolithes et surtout
des feUlspalhs. Les feldspaths sont sans contredit les miné-
raux les plus importants, puisque c'est sur leur préseuce on
leur absence et sur les différences spécifiques qu'ils présentent
qu'est basée la classilicution des roches éruptives.
Aussi est-ce dans ce groupe que depuis jirès de viugt ans
se sont conceutrées les recherches de la plupart des minéra-
logistes et des pélrographes.
Il sulUt de citer les noms de Des Cloizeaux, Tschcrmak,
Rosembuch, Fouqué, .Michel Lévy ponr rappeler les étapes
successives par lesquelles a passé l'étude des feldspaths,
laquelle, bien que poussée très loin, n'est pas encore défini-
tive.
M. Lacroix expose excellemment les différentes méthodes
employées pour reconnaître et déterminer les feldspaths dans
les roches. Les 200 pages consacrées à la famille des feldspaths
montrent toute l'impurlauce que l'ou attache à la détermina-
tion de ces minéraux, qu'ils se présentent en grands cristaux,
ou en microlithes, comme éléments principaux ou accessoires,
dans les roches éruptives, métamorphiques ou sédimentaires.
Je ue peux insister davantage ici sur la valeur scientifique
et pratique de l'ouvrage de M. Lacroix ; je dirai seulemeut
qu'il comble une grande lacune dans la littérature minéralo-
gique. Nous souhaitons que l'apparition du troisième et der-
nier volume ne se fasse pas trop attendre. Les minéralo-
gistes auront alors un instrument de travail précieux pour
i'étuile, et ils ne pourront que remercier .M.Lacroix de le leur
avoir procuré.
Théorie nouvelle de la vie, par Félix Le Da.ntec, ancien
élève de l'École normale supérieure, docteur es sciences.
1 voL cartonné à l'anglaise, 6 francs; franco, 6 fr. iJO.
Nul n'est indifférent aux questions que soulève l'étude de
la vie; aussi celte théorie nouvelle otfre-t-elle un intérêt tout
particulier, présentée par un zoologiste qui a commencé par
l'étudier dans les éléments constituant les tissus des êtres vi-
vants. Nous savons eu effet que tous les êtres se composent
d'un nombre extrêmement grand de petites masses gélati-
neuses appelées plastides (autrefois cellules), munies d'un
noyau et quelquefois d'une membrane d'enveloppe.
La vie d'un homme est la résultante des activités synergi-
ques de milliards de plastides, comme l'activité d'une plaslîde
est la résultante des réactions de milliards d'atomes. Puisque
l'homme est constitué au moyen de plastides, M. Le Dantec
examine d'iibord la vie des êtres monoplastidaires qu'il
appelle vie élémentaire, pour de là passer à celle des êtres
polyplastidaires ou vie proprement dite. Enfin, il recherche les
relations entre la psychologie de l'homme, son histologie et
sa physiologie. Il arrive ainsi aux phénomènes de conscience
qu'à tort beaucoup de philosophes ont pris comme point de
départ pour expliquer les phénomènes vitaux, mais dont ou
ne peut trouver l'explicatiou rationnelle qu'on s'appnyant sur
des faits scientifiques.
Les parasites aiiininiiv de la peaii Imniaîne, petit in-8"
[Encyclopédie s^ienli/iqiie des Aide-Mémoire), par Du-
BREDiLH (W.) et Beu-le (L.), profcsscurs agrégés à la Faculté
de médecine de Bordeau.\. Broché, 2 fr. 50; franco, 2 fr. 65.
Cartonné, 3 francs ; franco, 3 fr. 20.
Cet onvrage est consacré à l'étude des Acariens et des In-
sectes parasites de la peau chez l'homme, et il ne saurait faire
double emploi avec le volume de M. Mégnin sur les Acariens
parasites, publié dans la même collection. Les auteurs ont,
en effet, fait une beaucoup plus large part à la clinique, com-
prenant la description symptomatologique des éruptions, le
diagnostic et le traitement, .le sorte que leur livre s'adresse
plutôt aux médecins qu'aux zoologistes purs. La partie zoo-
logique n'est cependant pas négligée, car les descriptions et
les figures, presque toutes originales, sont calculées de façon
à rendre aussi facile que possible l'étude toujours très com-
pliquée des pièces buccales de ces petits animanx.
Il ne suffit plus de connaître les parasites communs en
Europe, il faut aussi avoir des notions sur les parasites rares
ou particuliers aux pays tropicaux, et les auteurs se sont
préoccupés de cette partie encore incomplètement connue de
la pathologie exotique.
L'utilité de cet ouvrage ressort de la façon par trop suc-
cincte dont sont décrits la plupart des parasites animaux dans
les traités généraux de dermatologie. Avec des descriptions
zoologiques et cliniques plus complètes, il permet de mieux
reconnaître l'origine d'éruptions dont on est souvent exposé a
méconnaître la nature, au grand dommage du malade et de
son entourage.
Traité de zoologie, par Edmond Pebriek, membre de
l'Institut, professeur au Muséum d'histoire naturelle.
Fascicule IV : Vers (suite). Mollusques, 792 pages, avec
566 figures. Prix : 16 francs.
Ce fascicule commence la deuxième partie de l'ouvrage qui
sera complété par un cinquième fascicule yTuniciers-Verlé-
brés). Il contient une table p'ovisoire; le titre et la table com-
plète de la deuxième partie seront donnés avec le fasci-
cule V.
Ont déjà paru :
Fasc. I : Zoolor/ie f/énérale, 412 pages, 458 figures. Prix :
12 francs.
Fasc. n : Protozoaires et l'ivjlozoaires, 432 pages, 243 fi-
gures. Prix : 10 francs.
Fasc. III : Arthropodes et Vers, 480 pages, 278 figures.
Prix : S francs.
Ces trois fascicules réunis forment la première partie.
1 volume in-S" de 1344 pages, avec 9S0 figures. Prix : 30 fr.
Tous ces ouvrages sont en vente aux bureaux du journal,
46, rue du Bac, Paris.
32
LE NATURALISTE
Répertoire étpoîogique des noms français
ET DES DÉNOMINATIONS YULGAIEES DES OISEAUX
[Suile]
SanNOiinet. — Surnom donné en France à l'Étourneau
[Sturnus viilqaris). n On le nomme vulgairement Sansonnet,
comme qui dirait Petit Sainson. » (Salerne.)
Saphir. — Nom donné à un Oiseau-Mouche {Ihjlocharis),
parce que son plumage a les reflets de cette pierre pré-
cieuse.
Sapho. — Nom mythologique donné à un Oiseau-Mouche
{Spaiyanura Sapho).
Sarcelle. — Mot formé par altération du nom latin de ce
Palmipède (Querquedula).
Sarcoraniphe. — Nom créé par Duméril pour désigner
le Condor et formé des mots grecs sarcos (chair) et ramp/ios
(bec), par allusion au bec charnu de ces Rapaces.
Savana. — Nom donné par Buffon à un Oiseau de la fa-
mille des Tyrannidés {Milvuliis). « On l'appelle Veuve de
Cayenne; mais ce nom, ayant été donné à un autre genre
d'Oiseaux, ne doit pas être adopté pour celui-ci, qui ne res-
semble aux Veuves que par sa longue queue; comme il se
tient toujours dans les savanes noyées, le nom de Savatia nous
a paru lui convenir. » (Buffon.)
Savacon. — Nom donné à un Echassier {Cancroma co-
chlearia), surnommé le Bec-en-Cuiller (voyez ce mot). Le mot
Saoacou a été formé par contraction des mots savane et cou,
par allusion à l'habitat de cet Oiseau et à la dimension consi-
dérable de son cou.
Scarlatte. — Nom tiré du mot anglais Scaiiet (écarlate) et
donné par Buffon à un Tangara (Itamphocclus Brasiliensis).
« Nous avons adopté le nom Scarlatte que les Anglais ont
donné à cet Oiseau, parce que son plumage est d'un rouge
écarlate. » (Buffon.)
Scliel. — Nom donné par les indigènes de Madagascar à
des MouchoroUes et conservé pour désigner une espèce [Mus-
cicapa mutala^.
Scops. — Nom grec du Petit-Duc {Scops Europseus] con-
servé à ce Rapace nocturne par les ornithologistes modernes
et qui dériverait de scopto (railler, plaisanter), parce que les
anciens trouvaient que ces Oiseaux ressemblaient aux bouf-
fons.
Secpétairc. — (Voyez le mol Messager.)
Sënëgali. — Nom donné par les anciens naturalistes à un
groupe de petits Passereaux, parce qu'ils les croyaient origi-
naires du Sénégal. « On so tromperait fort, dit Buffon, si,
d'après les noms de Sénégalis et do Bengalis, on se persuadait
que ces Oiseaux ne se trouvent qu'au Sénégal et au Bengale. »
Les Sénégalis sont confondus aujourd'hui parmi les Astrilds
et placés généralement dans le genre Lagonosticta.
Septîcolor. — Nom donné par Bufl'on à un Tangara (Cal-
liste tatao). « Nous appelons Septicolor cette espèce de Tan-
gara, parce que son plumage est varié de sept couleurs bien
distinctes dont voici l'énumération : un beau vert sur la tête
et sur les petites couvertures des ailes ; du noir velouté sur les
parties supérieures du cou et du dos, sur les pennes moyennes
des ailes et sur la face supérieure des pennes de la queue; de
la couleur de feu très éclatante sur le dos; du jaune orangé
sur le croupion; du bleu violet sur la gorge, la partie supé-
rieure du cou et les grandes couvertures supérieures des
ailes; du gris foncé sur la face inférieure de la queue; et,
enfin, du beau vert d'eau ou couleur d'aigue-marine sur tout
le dessous du corps depuis la poitrine. C'est le plus beau non
seulement de tous les Tangaras, mais de presque tous les Oi-
seaux connus. » (Buffon.)
Sérîcale. — Diminutif du mot latin sericus (de soie)
donné à un genre d'Oiseaux (Sericulus), à cause de la nature
soyeuse de leurs plumes. L'espèce la plus connue {Sericulus
chrysocephalus) a reçu le nom de Séricule Prince-Rcgent,
parce cjue les Anglais l'avaient dédiée à Williams IV, alors
prince-régent de la Grande-Bretagne.
Serin. — Belon affirmait que ce mot dérivait de Syrène, à
cause de la douceur du chant de cet Oiseau; mais la véritable
étymologie paraît être celle donnée par M. Rolland, qui fait
dériver le mot Serin du latin cilritius (qui a la couleur du ci-
tron). « M. Littré commet une erreur on rattachant la forme
Serin à la forme Serena. 11 s'appuie sur ce texte du xiv» siècle:
Serena avis vi7'idis coloris, apes edens. Cet Oiseau, qui est
vert et qui mange les Abeilles, n'est pas le Serin, mais le .1/e-
rops apiaster i Guêpier), connu dans le midi de la France sous
les noms de Serena ou Sereno. » (Rolland, Faune populaire
de la France.)
Serln-des-Bois. — Nom vulgaire du Cini {Serinus meri-
dionalis), parce qu'à l'époque de son passage il recherche les
vallons boisés. Le mot Cini est le nom espagnol qui a été con-
servé à cet Oiseau.
Serin-de-Mozanibique. — Surnom donné par les oisc
liers à un Passereau de Mozambique {Crilhagra butyracea), à
cause de sa ressemblance avec notre Serin vert.
Serpentaire. — (Voyez le mot Messager.)
Siiilet. — Nom donné à un Manucode {Parotia sexsetacea),
l^arce que sa tète est ornée de six filets ou brins grêles, fili-
formes, terminés en palettes et naissant en arrière des
oreilles.
Sirli. — Nom donné à un genre d'Alouettes (Certhilauda)
par onomatopée du cri de ces Oiseaux, n Perché sur le haut
d'une dune, cet Oiseau crie d'une vois qui retentit au loin :
sir-li, en traînant beaucoup sur la première syllabe sir, qu'il
prolonge autant que le permet son haleine et qu'il termine
ensuite par la dernière li, poussée avec force et du ton le
plus aigu. » (Le Vaillant.)
SitteUe. — Nom donné par Buft'on à un Grimpeur {Sitla
cœsia) et tiré de son nom grec. « La plupart des noms que
les modernes ont imposés à cet Oiseau ne présentent que des
idées fausses ou incomplètes et tendent à le confondre avec
des Oiseaux d'une toute autre esjièce. Pour éviter toute confu-
sion et conserver autant que possible les noms anciens, j'ai
donné à notre Oiseau celui de Sitlelle, d'après les noms grec
et latin siltè, sitta. » (Bufl'on.) On admet que les anciens lui
avaient donné ce nom par onomatopée de son cri. La SitteUe
est connue dans certaines parties de la France sous le nom
vulgaire de Torcliepot. « Son nid est composé avecques de la
terre grasse, de si grand artifice qu'il ne scaurait estre mieux,
encore qu'il eust été dressé de la main d'un potier. C'est de là
qu'il est nommé Torchepot. « (Belon.)
Sizain. — Surnom donné par les oiseleurs à une variété
de Chardonneret, caractérisée par les six taches blanches de
la queue. M. Bailly {Ornithologie de la Savoie) fait observer
que cette distinction n'est point fondée, le même sujet qui a,
en été, six rectrices tachées de blanc n'en ayant souvent plus
que quatre après la mue.
Sizerin. — Nom donné à des Passereaux {Acanthis) très
voisins des Linottes. Le mot Sizerin est une onomatopée du
chant (le ces Oiseaux. Une espèce (Acantfiis rufescens) est
connue en France sous le nom vulgaire de Cabaret. (Voyez ce
mot.)
Sonbuse. — Nom donné par Bufl'on, à cause de ses rap-
ports avec la Buse, à la femelle du Busard-Saint-Martin {Cir-
cus cyaneus), que ce naturaliste avait prise pour une espèce
distincte.
Soucliet. — Nom vulgaire d'un Canard {Spatula clypeata).
Il Souchel. nom botanique appliqué i des Canards que l'on
suppose aimer à séjourner parmi les plantes de ce nom; telle
est l'explication, due à l'abbé Vincelot, d'un terme qui parait
avoir été employé pour la première fois par Brisson, et cette
explication est la plus vraisemblable de toutes celles que l'on
peut donner de ce mot. » (Olphe-Galliard.) On donne à ce Ca-
nard le surnom de Rouge dans quelques parties de la France,
(c Sa chair est tendre et succulente; on dit qu'elle est toujours
rouge, quoique bien cuite, et que c'est pour cette raison que
le Canard Souchet porte le nom de Rouge, notamment en Pi-
cardie, où l'on tue beaucoup de ces Oiseaux. » (Bâillon.)
{A suivre). Albert Gkanoer.
Le Gérant: Paul GROULT.
Paris. — Imprimerie F. Levé, rue Cassette, il.
19' ANNÉE
2" Sérik — I^« «^'
La Plante
DANS L'ANTIQUITÉ :
LÉGENDES. POÉSIE. HISTOIRE, ETC , ETC
Acantlic. — Au livre IV do son traité De architec-
tura, chapitre l, Vitruve (l" siècle de notre ère) nous
raconte une légende touchante dans son antique simjjli-
cité; il énunière les divers genres de colonnes : « La
troisième, dit-il. qu'on nomme corinthienne, représente
toute la grâce d'une jeune fille, à laquelle un âge plus
tendre donne des Termes plus déliées, et dont la parure
vient encore augmenter la heauté.
n Voici l'anecdote que l'on raconte au sujet de l'inven-
tion du chapiteau de cette colonne.
« Une jeune fille de Corinthe, arrivée à l'âge nubile,
fnt atteinte d'une maladie qui l'emporta; après sa mort,
de petits vases qu'elle avait aimés pendant sa vie furent
recueillis par sa nourrice, arrangés dans une corbeille et
déposés sur sa tombe ; et, pour qu'ils se conservassent
plus longtemps au grand air, elle les recouvrit d'une
tuile. Cette corbeille avait été par hasard placée sur une
racine d'acanthe. Pressée par le poids qui pesait en plein
sur elle, cette racine d'acanthe poussa vers le printemps
des tiges et des feuilles. Ces tiges grandirent autour de
la corbeille, puis, rencontrant aux angles de la tuile une
résistance qui les comprimait, elles furent forcées à leur
extrémité de se recourber en forme de volute.
« Le sculpteur Callimaque, que l'élégance et la délica-
tesse de son ciseau firent nommer chez les Grecs
KoTâTe-/vo; {premier ouvrier), passant auprès du tombeau,
aperçut ce panier et les feuilles qui l'entouraient d'une
manière si gracieuse. Charmé de cette forme nouvelle, il
l'adopta pour les colonnes qu'il éleva à Corinthe. Ce fut
d'après ce modèle qu'il établit et régla les proportions de
l'ordre corinthien. »
L'acanthe, comme on sait, est une plante herbacée,
vivace, une espèce de chardon. On en connaît au moins
une douzaine d'espèces, dont la plupart sont particulières
aux pays chauds ; mais deux espèces surtout sont géné-
ralement connues : l'acanthe sauvage, épineuse (Acanlhiis
spinosus), et l'acanthe lisse, molle {acanthus mollis); cette
dernière porte aussi, en Italie, le nom de branca ursina,
à cause d'une prétendue ressemblance de ses feuilles
avec le pied de l'ours. Les Romains employaient volon-
tiers cette plante pour la décoration des jardins, ils en
formaient la bordure des parterres et des bassins. Pline
nous décrit l'acanthe et ses usages de la manière sui-
vante, au chapitre xxxiv du livre XXII de son Histoire
naturelle :
« L'acanthe est une herbe do ville et est employée
dans la topiaire. Ses feuilles sont longues et dressées ;
elle revêt tes rebords des bassins et les curreaux des par-
terres. II y en a deux espèces ; l'une épineuse et frisée,
est la plus courte ; l'autre est lisse, et on l'appelle aussi
pxderos et melamphyllos. La racine de cette dernière est
excellente pour les brûlures et les luxations. Mangée
cuite, surtout avec la décoction d'orge, elle est très
bonne pour les ruptures, pour les spasmes, et pour les
personnes que menace la phtisie. Pilée et chaude, on en
fait un topique pour les gouttes avec sentiment de cha-
leur. »
Le Naturaliste, 46, rue du Bac, Paris.
'-7
1" MARS 1897
Dioscoride, darft^n 'Irai Le sur la Matière médicale,
livre III, chap. xvi, s'exprime ainsi:
'< L'acanthe est semblable à l'épine blanche et produit
des feuilles piquantes par leurs bords ; ces feuilles sont
revêtues d'un léger coton, semblable à la toile de l'arai-
gnée ; on peut d'ailleurs le filer et le tisser pour en faire
des étofl'es (?). On prend les feuilles ou les racines en
breuvage contre cette sorte de spasme qui retire le
corps en arrière, et que les Grecs appellent 'OTttirôotovoi;.
« (Chap. xvii) Los Romains appellent l'acantlu^ P.rde-
rota. Elle croit dans les jardins et les endroits pierreux,
près des eaux courantes, etc. Ses feuilles sont plus
larges et plus longues que celles de la laitue ; sa tige est
de deux coudées de haut, lisse et de la grosseur du doigt,
ayant par intervalles auprès de la cime de petites feuilles
longues et piquantes. Sa graine est longue et jaune ; ses
racines sont longues, baveuses, rouges et gluantes, elles
sont fort bonnes pour les brûlures et les dislocations des
jointures. Prises en breuvage, elles font uriner, mais
resserrent le ventre. Elles sont excellentes pour les
spasmes et conviennent fort aux phtisiques. On trouve
aussi une espèce de brunca ursina sauvage, semblable à
l'artichaut. Sa racine a les mêmes propriétés que
l'autre. »
Lorsque Callimaque eut adopté l'acanthe — ou un
feuillage quelconque ressemblant à cette plante — pour
en faire son chapiteau corinthien, tous les sculpteurs du
monde civilisé s'empressèrent d'imiter l'illustre Grec;
mais la feuille d'acanthe se modifia considérablement
en chemin, et il faut réellement la foi qui soulève les
montagnes pour reconnaître la plante dans les mille re-
productions fantaisistes que nous possédons encore sur
quelques monuments que le temps n'a pas complètement
détruits. Parmi ces vénérables témoins d'époques dispa-
rues, je citerai, comme offrant de beaux modèles d'a-
canthe :
Le temple d'Apollon, à Bassie (dans la Messénie) :
Le temple d'Apollon, à Phigalie;
Le temple de Diane Laphria, à Messène ;
Le_ théâtre de Bacchus et la Tour des Vents, à
Athènes;
Les Temples de Mars Vengeur, et d'Antonin et Faus-
tine, à Rome ;
Le temple de Castor et Pollux, à Cori ;
Le Forum de Trajan, l'Arc de Titus ;
Le temple de Vesta, à Tivoli, etc., etc.
Dans la description minutieuse qu'il fait du char fu-
nèbre d'Alexandre, Diodore de Sicile. (Bibliûlhcriiie histo-
rique, livre XVIII, chap. xxvil) nous parle d'acanthes
d'orii quiétaient étaldies dans les intervallesdescolonnes,
s'élevant presque jusqu'à la hauteur des chapiteaux ».
L'acanthe se brodait au bas des vêtements, en laine de
diverses couleurs ou en or, et Virgile nous en parle
deux fois dans l'Enéide :
Et circumtextum croceo velamen acantho
Ornatus Aigivîe Helcnîe... {.En., I, v. 650).
.< ... Un voile où l'acanthe serpentait en flexibles rameaux,
parure de l'Argienne Hélène. »
Pallamque et pictum croceo velamen acantho.
{.En., I,v. ni).
« {Il admirait) le manteau de pourpre et le voile oti
l'acanthe enlace ses feuilles d'or. »
Isidore, archevêque d'IIispalis {Séville), qui vivait aux
vi'etviP siècles, rappelle ce détail dans son traité des
étymologies (Etymologiarum liberXVII, cap, ix) :]
54
LE NATURALISTE
n In cujus iniitatiorie {acanthi) arte vestis ornatur, quas
acanthina dicitur. »
Les poètes, ))ien entendu, se sont souvent inspirés de
l'acautlie pour leurs comparaisons. Théocrite, dans son
idylle VI, vers 15, nous dit :
« Galathée se dessèche (se consume d'amour) pour Poly-
phème, comme les feuilles arides tombées de l'acanthe
sont desséchées en été par les feux ardents du soleil. »
On l'employait souvent pour l'ornementation des
coupes, des vases, etc.
Hactenus antique signis exstantibus ;ere
Summus inaurato crater crat aspcr acantho
(Ovide, Mélamoi-phoses, 1. XIII, v. 701)
« Tous ces sujets étaient tracés en relief sur l'airain
antique : l'acanthe ornait de festons dorés les bords du
vase. »
Et nobis idem Alcimedon duo pocula fecit
Et molli circum est ansas amplexus acantho.
(Virgile, Eglor/ue III, v. 46.)
(1 J'ai du même Alcimedon deux coupes où il a fait
entrelacer aux deux anses la molle acanthe. »
Virgile parle encore quatre fois de l'acanthe dans ce
que nous possédons de lui :
Narcissum, aut flexi tacuisscm vimen acanthi.
(Ge'orgiqiies, IV, 123.)
{Je n'oublierais) ni le narcisse, ni les tiges ployantes de
l'acanthe.
nie comam mollis jam tondobat acanthi.
[Géort/iques, IV, 137.)
« Il (le vieillard) commeuçait à tondre la molle chevelure
de l'acanthe. »
Balsamaque, et baccas semper frondentis acanthi ?
{Géorgiques II, 1 19.)
0 (Que te dirai-je de ce bois odorant qui distille le) baume,
et de la baie de l'acanthe toujours verte?
Mixtaque ridenti colocasia fundet acantho.
(Eglogue IV, 20.)
u Le colocase mêlé aux riantes touffes de l'acanthe. »
Toutes les variétés de chardons, d'acanthes, d'arbustes
épineux, fourmillent en Orient, en Judée surtout, et les
écrivains sacrés ne manquent pas d'établir un rappro-
chement entre cette encombrante végétation et cette
menace de Dieu à Adam {Genèse, ch. m, v. 17 et 18) :
« Puis il dit à Adam : Parce que tu as obéi à la jiarole de
ta femme et que tu as mangé du fruit de l'arbre auquel
je t'avais défendu de toucher, la terre sera maudite à
cause de toi; et elle te produira des épines et des char-
dons, et lu mangeras l'herbe des champs. »
On suppose que le mot hébreu que l'on traduit par
chardon pourrait également signifier acanthe; le révérend
Tristram est de cet avis, et il traduit toujours charoid par
acanthe, ou bien il se sert du mot hébreu :
Job, XXX, 7 : Ils poussent des hurlements, parmi les
buissons (mes eîHiemis); ils se rassemblent sous \e charoul.
Proverbes, xxiv, 31 : Les charoullim en couvraient la
surface {du champ du paresseux).
Sophonie, u, 9 : Moab sera comme Sodome, et les
enfants d'Ammon comme Gomorrhe, un lieu couvert de
charoul.
D'autres traducteurs veulent que charoul soit l'ortie.
Quoi qu'il en soit, saint Jérôme parle deux autres fois
du chardon (Carduus) dans sa traduction de la Bible faite
sur le texte hébreu ; au IV' livre des Rois (xiv, 9) et au
II' livre des Paralipomènes (xxv, 18). Quant au mot
Spina, terme générique de tout arbuste épineux, il se
trouve quarante-sept fois dans la Bible, et l'adjectif
Spinea deux fois seulement, et dans le Nouveau Testa-
ment (Marc, XIV, 17 ; Jean, xix, 5).
Enfin divers érudits veulent que l'acanthe ait été
sculptée çà et là dans le temple de Salomon; mais cette
opinion me paraît un peu hasardée, étant donné sur-
tout que nous sommes loin de connaître exactement le
nom hébreu de la plante dont il s'agit.
E.-N. Santini.
VARIÉTÉS DE L'ABRAXAS GROSSULARIATA
Les deux spécimens lYAhraxas grossulariala figurés
ci-dessous, d'après The Entomologist, offrent une variété
intéressante; ce sont les exemplaires les plus recouverts
de taches parmi ceux obtenus par M. H. Mac-Arthur sur
un élevage d'environ 300 chenilles recueillies, au prin-
temps dernier, dans le voisinage de Fulham (Angleterre)
sur VEvonymus Japonicus et nourries avec la même
plante.
La majorité de ces papillons étaient pour la plupart
d'une taille au-dessous de la moyenne et de forme nor-
male, à l'exception d'une trentaine de spécimens environ.
La variation qui était la plus fréquente était le nombre
assez considérable de taches noires, plus particulièrement
sur les angles des ailes antérieures, et parmi deux
exemplaires, quoique bien marqués, présentaient l'im-
pression de gouttes d'eau, sur la totalité des ailes, don-
nant à ces insectes une apparence très curieuse. {The
Entomologist.)
LE MONDE MICROSCOPIQUE DES EAUX
Il y a trois ans, en septembre, j'enlevai, du bout d'une
canne plongée dans l'eau, un petit fétu de paille à demi
pourrie, flottant dans l'onde tranquille d'une petite
rivière, dont on avait détourné le cours, et qui présentait
un petit golfe en cet endroit. Ce fragment de graminée
avait à peine 2 millimètres de large sur 1 centimètre de
long, tout au plus. Je le conservai dans un petit flacon à
demi plein d'eau, afin de lui conserver sa fraîcheur, et je
l'exposai sur le rebord de ma fenêtre à Paris, pour lui
donner à la fois de l'air et do la lumière. Au bout de six
semaines, j'avais déjà découvert 235 espèces différentes
d'animaux et surtout de végétaux. Ce qu'il y avait de
plus curieux, c'est que ce petit jardin aquatique en mi-
niature changeait d'aspect toutes les semaines. Les
animaux surtout variaient avec une étonnante rapidité :
tantôt on n'y voyait que des Cyclidium, tantôt les Coleps
étaient en très grande majorité. Une semaine, c'étaient
des Kolpodes, un autre semaine les Paramécies y occu-
LE NATURALISTE
55
paient toute la place. On aurait cru à une génération
spontanée. Je suis bien sur (lue si les gelées de l'hiver
n'avaient pas mis fin âmes cultures, le nombre des espèces
aurait atteint plusieurs autres centaines. Quand on sait
que les êtres inférieurs se reproduisent de deux, trois ou
quatre façons dillérentes, n'est-on pas en droit de se
demander s'ils n'auraient pas encore d'autres modes de
reproduction que nous ne connaissons pas, et si la géné-
ration, sinon spontanée, du moins par transformation
des formes spécifuiues, est absolument impossible? On
sait (|ue non seulement la science n'a pas encore dit son
dernier mot, mais qu'il y a encore à découvrir beaucoup
plus de choses que nos prédécesseurs n'en ont décou-
vertes. Il serait d'autant plus naturel de croire au trans-
formisme, qu'au début de la création les choses ont pro-
bablement du se passer de cette manière.
Quand on examine de près la petite algue unicellulaire
verte (jue l'on appelle Euglena viridis et qu'on la compare
à certains infusoires voisins, lesAstasia; quand on songe
qu'à coté de l'Euglène verte il y a l'Euglène rouge,
E. sanguinea, et l'Euglène transparente comme du cristal,
E. byalina; (|uand on voit qu'il y a si peu de diiVérence
entre certaines Astasia et l'Euglena byalina, il est tout
naturel de se demander si par hasard l'infusoire que
nous appelons Astasia ne s'est pas transformé en Eu-
plène hyaline, et si cette Euglène hyaline ([ue la majorité
des naluralistes considère également comme un infusoire,
ne s'est ])as métamorphosée en Euglène verte tout sim-
plement en se chargeant de chlorophylle. C'est ainsi
qu'une petite cellule animale aurait donné naissance à
la première algue verte, et à la première algue rouge en
devenant l'Euglène rouge. D'autant plus que, je le répète,
jiour la plus grande majorité des naturalistes, l'Euglène
hyaline, verte ou rouge est^un infusoire! Or, nous croyons
avoir démontré de la façon la plus absolue que l'Euglène
est une algue, dans notre mémoire intitulé : « La Nature
végétale des Euglènes ». Il serait donc presque absolu-
ment prouvé par là que la première algue est due, non
pas à la transformation de la matière brute plus ou moins
visqueuse qui se forme spontanément dans l'eau crou-
pissante, mais à la transformation d'un infusoire déjà
assez avancé en organisation, malgré son état rudimen-
taire. On conçoit, en efl'et, que les premiers infusoires,
qui ont i)ullulé dans les mares d'eau primitives, ont fini
par modifier leur milieu, en le chargeant outre mesure
d'acid(> carbonique, impropre à leur respiration. Dès lors,
certains de ces infusoires, plus résistants que d'autres,
ont commencé à avoir de la cellulose en petite quantité
dans leur paroi azotée; ensuite quelques-uns de ceux-ci
se sont chargés de chlorophylle, susceptible d'absorber
cet acide carbonique en excès, et de rendre resiiirable
pour d'autres animaux un milieu qui allait finir par ne
plus l'être pour les premiers infusoires qui l'avaient
modifié. C'est ainsi que les Euglènes hyalines et vertes
auront très bien pu faire leur première ap|)arition, en
provenant de certaines Astasia plus résistantes que
d'autres. Cette manière de voir est bien jdus naturelle
que celle qui consiste à supposer à chaque instant l'in-
tervention du Créateur, toutes les fois que de nouvelles
espèces ont apparu. Le souverain Auteur de la création
universelle a très bien pu, en créant la matière, lui donner
du même coup le pouvoir de se transformer, non seule-
ment en sels et en acides, mais encore en matière
vivante, animale ou végétale. Une horloge qui donne à
la fois l'heure, les minutes, les secondes, le quantième
du mois et les phases de la lune, est plus parfaite que
celle qui ne donne que les heures et les minutes. De
même une matière susceptible de jouir de [iropriétés
pliysiques, chimiques, vitales, organiques, nerveuses,
musculaires, etc., etc., est plus parfaite qu'une matière
absolument inerte. Il est donc tout naturel de supposer
que notre divin Créateur, en créant la matière, lui a
donné toutes les propriétés que nous nous plaisons à
reconnaître dans les corps les mieux organisés. Nous
croyons l'honorer davantage en raisonnant ainsi, bien
loin d'avoir la moindre idée subversive. Le transformisme
est une doctrine qui répond admirablement à l'explica-
tion d'une foule de choses, qui nous sembleraient incom-
préhensibles sans cela. Aussi croyons-nous que c'est une
théorie qui finira jiar triompher un jour, si ce n'est déjà
un fait acconi[)li depuis longtemps.
1)'' Bougon.
OISEAUX ACRIDOPHAGES
Les corvinés. — Corvidx.
La famille des Corbeaux, très nombreuse, possède
des espèces plus ou moins régionales; la plupart sont
cosmopolites; la recherche de leur nourriture suivant
les saisons les fait émigrer du nord au sud. Dans cette
famille, l'éminent naturaliste Schlegel classe la tribu
des vrais Paradisiers et les Manucodias.
Aujourd'hui, comme dans le passé, il y a divergence
sur les fonctions des Corbeaux dans l'équilibre que la
nature établit par la destruction et la conservation d'une
foule d'êtres inférieurs dont nous n'apprécions que les
méfaits : certains auteurs les déclarent sans restriction
NUISIBLES ; d'autres les reconnaissent utiles.
L'impartialité commande de tenir la balance égale
entre les services rendus et les méfaits, qui pourront
être la conséquence de la rareté de la nourriture ani-
male; au moment des semailles d'automne, les Corbeaux
recherchent les grains germes, certainement fau'e de
trouver les vers blancs, etc. qu'ils recherchent avide-
ment en temps normal. J'ai pu apprécier, au Maroc, les
services que rendent ces oiseaux ; les Corbeaux {Corms
corax) remplissaient les fonctions de purificateurs de la
voie publique, en concurrence avec les chiens, autres
fonctionnaires de même ordre (les poubelles» sont incon-
nues dans ce pays réfractaire aux bienfaits du j/rogrès
et de la civilisation...). Ils étaient très peu farouches,
juste autant que les pigeons domestiques, en liberté dans
nos contrées. On sait que les Corbeaux sont piscivores
et qu'ils savent pécher les poissons en imitant les pro-
cédés des Pélicans.
D'après Land and Water, deux cent cinquante house
crows (Corvus ou Anomalocorax nplendens Temm.) fu-
rent importés de Bombay (Inde Anglaise) pour être
làcliés à Zanzibar, afin de remédier à l'état insalubre
de la ville. Ce Corvidé se rend très utile aux Indes, où
il purge des immondices les abords des habitations.
Cette espèce, d'habitudes sociables et cosmopolites, a dû
s'acclimater très facilement; elle est de la taille du
Chouca ordinaire (Corvus monedula h.) et se rapproche
des Corbeaux de la Nouvelle-Guinée {Corvus oiru) par
ses belles couleurs et ses reflets niétalli(|ues.
Les diverses espèces européennes sont bien connues,
56
LE NATURALISTE
quelques-unfis fréquentent ou sont sédentaires dans
l'Afrique septentrionale. Nous citerons les trois espèces
africaines du Sud, les plus intéressantes du groupe.
i. — Le corbeau a scjVpulaihe (I). Le Corbeau de
Madagascar. — Corvus scapulatus, Daudin.)
Le Corbeau à scapulaire est tout noir, à l'exception
d'un manteau blanc sur les épaules et d'une large cein-
ture de même couleur sous la poitrine. Cette espèce,
répandue dans toutes les régions de l'Afrique, septen-
trionale exceptée, est très commune à Madagascar; on
la rencontre partout, aussi bien dans les montagnes nues
et arides du centre que dans les plaines boisées des côtes,
dans les endroits déserts qu'auprès des villages.
C'est l'espèce la plus commune dans le centre sud-
africain, elle est beaucoup plus nombreuse que le Corvus
capensis. II est aussi nombreux dans les régions litto-
rales que le Corvus albkoltis, qu'il remplace dans les pays
du haut plateau de l'intérieur. On le trouve dans les
contrées les plus variées, dans les bois, dans les brous-
sailles, dans les plaines, sur les coteaux, principalement
dans les steppes immenses, richement peuplées de
gibier, des plaines du nord de la colonie du Cap, de
l'Etat libre d'Orange, du ^^'est Griqualand, duBushveld,
du Kalahari méridional, des deux régions méridionales
du pays Bechuana, du pays Barolong, du pays Batla-
pine et du Transvaal. L'été, il se nourrit des innom-
brables insectes, des nuées de sauterelles ; après la pluie
des myriades de Juins, qui atteignent jusqu'à 2b centi-
mètres de longueur. Pendant l'hiver, il trouve sa nourri-
ture en se repaissant, en compagnie des vautours, des
innombrables animaux domestiques (principalement des
boeufs) morts à la suite des intempéries hivernales, ou
par la sécheresse ; une quantité considérable de gibier
blessé par les chasseurs et mort de cette -cause ou
d'autres leur sert également de proie. C'est le compa-
gnon ami du chasseur dans la steppe et à son campe-
ment. D'habitude, il se nourrit de charogne, d'insectes,
de graines, de petits oiseaux, d'œufs, de lézards, de pois-
sons, etc. (Holub).
2. — Le corbeau a collier. — Corvus albicoUis.
Se trouve habituellement dans les régions chaudes du
voisinage des côtes maritimes, rarement dans l'inté-
rieur.
3. — Le corbeau du Cap. — Corvxis capeims.
Réijandu dans la plus grande partie de l'Afrique du
Sud, il n'est pas aussi nombreux que le Corvus albicolUs
et le Corvus scapulatus. On le trouve généralement par
troupe de trois à cinq individus réunis. D'habitude, cet
oiseau se trouve près des localités indigènes pratiquant
l'agriculture. Par ses habitudes, il rappelle notre Corvus
segetum. (Ilolub).
Les paradisiers.
Dans la variété des nombreuses espèces d'oiseaux
éliminateurs d'insectes nuisibles, répartis par la Nature
bienfaisante dans l'Univers entier, figurent une des
merveilles de la Création : les Oiseaux de Paradis de la
Nouvelle-Guinée, classés par d'éminents naturalistes
dans la famille des Corvidés, dont ils ont les mœurs et
(1) Fig. PI. CLXXVII, A Grandidier, Les Oiseaux de Ma-
darjascar. Corvus scapularis, var. yEthiops, C. curvirostris,
C. leiiconoliis, C. p/wocep/ialus.
les allures. Une monographie complète de ce groupe in-
téressant est le sujet d'une étude : « Contributions orni-
thologiques de la Nouvelle-Guinée ou Papouasie au
point de vue industriel », publiée dans la Revue des
Sciences naturelles appliquées.
Nous plaçant au point de vue particulier] plus spécial
d'ami des oiseaux utiles, nous serions heureux de voir
les Anglais, les Allemands, possesseurs d'une impor-
tante partie territoriale de l'Afrique, dans un but de
prévoyance et d'enrichissement des possessions afri-
caines sous leur dépendance, dont le climat tropical et la
flore rappellent celui de la, Papouasie, entrer résolument
dans la voie du progrès 'zoologique en introduisant et en
assurant la paisible reproduction des trésors ornitholo-
giques qui se trouvent en quantité dans la Nouvelle-
Guinée allemande et anglaise. Ce moyen pacifique du
développement de puissance coloniale de nos rivaux, ne
suscitera aucune dilOculté politique et devrait servir
d'exemple dans tout l'univers. Sans doute, l'analogie
zoologique de la faune de Madagascar (la rareté, des ra-
paces, des carnassiers et des serpents) permettrait l'in-
troduction et assurerait l'acclimatation des Paradisiers
dans notre grande ile africaine. Honneur et succès, voilà
nos souhaits pour les promoteurs de cette entreprise!
gallinacés
Cette famille, très nombreuse, a des représentants
particuliers à toutes les contrées du monde ; suivant
les latitudes et les régions diverses de leur habitat, le
mode de nourriture varie ; mais ces oiseaux sont géné-
ralement omnivores. Nous rechercherons les espèces
suscejjtibles d'être introduites avec succès en Algérie,
comme oiseaux de chasse et destructeurs d'insectes.
I. — Les pintades. — Nunuda. — Meleagris.
L'Afrique est la véritable patrie de la Pintade, dont
diverses variétés nous sont connues. La Pintade était
possédée par les Grecs, c'est par les Romains que la
Pintade est devenue un oiseau européen : on avait à
Rome Numida ptilorhynchus, la Pintade à caroncules
bleues, et Numida cristata — Meleagris, la Pintade à ca-
roncules rouges. Il est remarquable que la répartition
géographique de chaque espèce est parfaitement déli-
mitée.
M. Dybowski a rencontré dans la région [du Bangui,
qui semble être la limite de la grande forêt équatoriale,
des Pintades appartenant à trois espèces différentes.
Une d'elles est la forme commune à toute la région du
Gabon, du Congo, et qu'il avait trouvée très abondante
dans la région du Bas-Oubangui. On lui a donné le nom
de Pintade do Marche [Numida Marchei); mais elle se dis-
tingue à peine de l'espèce commnne (Numida meleagris)
dont elle semble être plutôt une race distincte qu'une
espèce véritable. Elle est rare dans la région du Bangui
et ne semble pas s'étendre au delà de ce point vers
le Nord. Elle est alors remplacée par des représen-
tants des deux autres espèces, dont une, qui porte sur
la tête un plumet droit, est assez rare (Numida plu-
mifera) et dont l'autre, au cou dénudé, d'un bleu foncé,
à la huppe abondante (Numida cristata) se rencontre
beaucoup plus communément. Cette dernière est propre
au Sénégal, et sa présence, ainsi que celle d'une foule
d'autres espèces zoologiques et botaniques, montre bien
que c'est là, vers ce seuil de Bangui, que prend fin la ré-
LE NATURALISTE
37
gion du climat t-quatorial (I). La Pintade est très abon-
dante dans rAfri(iue orientale.
•c Près d'une localité dite Mantai,à8 kilomètres plus au
sud-sud-est, le large lit du Chégolgol renfermait par en-
droits de l'eau courante. La richesse des oiseaux, dans
ce lieu rempli d'eau, fréquenté tous les jours par les
magnifiques troupeaux des bœufs des Salandoa, qui s'en
servaient comme d'abreuvoir, dépasse toute imagination.
Des tourterelles à colliers, des penlrix, des pintades, s'y
pressaient en troupes innombrables. Il ne m'est jamais
rien arrivé de semblable. Je dirai seulement, pour citer
un exemple, que mes compagnons, le matin de notre
départ, pendant qu'on chargeait les chameaux et qu'il
s'agissait de nous procurer à la hâte des vivres pour nos
gens, tuèrent dans un clin d'œil tant de Pintades que le
butin, une soixantaine de pièces, forma la charge entière
d'un chameau (2). »
La Pintade est la grande ressource alimentaire des ex-
plorateurs africains, nous souhaitons qu'elle devienne
l'oiseau de sport favori des Nemrods, afin d'épargner
divers insectivores dont la destruction constitue un véri-
table abus. Le régime des Pintades varie suivant les
localités et les saisons. Au printemps, saison des pluies,
elles se nourrissent principalement d'insectes, surtout de
criquets. Plus tard, elles mangent des baies, des feuilles,
des bourgeons, des pousses d'herbe, des graines de
toute espèce.
Elles peuvent faire des dégâts dans les champs culti-
vés en mangeant les jeunes pousses des plantes et en
fouillant le sol à la recherche des vers. En un instant,
elles creusent un trou, mettent à nu les graines en ger-
mination et les mangent; pourtant elles ne touchent pas
aux pommes de terre. Cette famille serait désirable
comme oiseaux de chasse, et sa diffusion, en Algérie, me
semble facile.
I. — L.4 PINTADE COM.MUNE INumtda cristata).
Fig. Elliot, Monogr. Phasia Part. III.
La Pintade commune est l'espèce souche de notre
Pintade domestique et parait être propre à l'ouest de
l'Afrique; on la trouve dans la Sénégambie, jusque dans
le Soudan Central à la Cote d'Or et dans les îles du Cap
Vert.
2. — L.-v PiNT.ADE A CASQUE [Numida mitrata).
Fig. Elliot, Mo}iogr. Phasia Part. III.
Particulière à l'Afrique Australe, se trouve en bandes
nombreuses autour du Zambèze et dans la région des
grands lacs de l'Afrique Orientale ; une variété très voi-
sine, iV. Coronala, se répand de l'Afrique orientale sur le
plateau central jusque vers l'Atlantique.
3. — La pintade vulti;iune (yumida vulturimun.
— AcryUium Gray).
Se trouve dans l'Afrique orientale, dans l'Abyssinie et
principalement dans les pays Somalis. Elle est répandue
dans toute la contrée, dans les steppes, dans les bois,
sur les montagnes. Cette Pintade, très remarquable, ar-
rive assez fréquemment en Europe. Le port de Lamou en
exporte d'assez grandes (juantités.
Comparij.
Xwnida ptiloryncha.
— coronala.
(1) M. G. ScHWEiNFURTH, MoH dernier voyuye en Eryllirée.
(2) La Routedu Tchad, p. 318. Fig.des trois variétés, p. 321.
IL — LeS'CUPIDONs. — Cupidonia.
Ces oiseaux sont de la famille des Tétras, décrits par
Wilson, AikIuIhih, etc., qui nous en ont fait connaître
les mo'urs.
Le Cupidon ou gelinotte des prairies est particulier aux
plaines de l'Amérique septentrionale, il a les mêmes
habitudes que la Pintade. C'est un destructeur de saute-
relles de premier ordre, et les naturalistes américains, à
ce titre, lui ont obtenu la protection oilicielle. Depuis une
cinquantaine d'années, une loi frap|ie d'une amende de dix
dollars quiconque tue un de ces oiseaux, hors la saison
de la chasse qui est ouverte en octobre et en novembre.
Il est probable que cette loi a eu pour conséquence une
multiplication considérable des Cupidons dans certaiiu-s
localités; car tous les hivers, il en arrive des quantités
considérables sur les marchés, et on peut parfois acheter
des centaines d'individus vivants.
Je ne doute pas que l'acclimatation de ces oiseaux ne
soit possible dans la région des Hauts Plateaux et de
l'Atlas, il compléterait utilement la Pintade comme oiseau
de chasse et destructeur de sauterelles.
III. — Les gaxgas. — Pteroclœ.
Les Gangas ne se trouvent que dans l'ancien conti-
nent; ce sont des oiseaux particuliers aux steppes et aux
immensités sahariennes. Nous reconnaissons en eux les
véritables habitants du désert; on les rencontre par-
tout 011 ils trouvent de quoi vivre, toutefois sans troubler
leur sécurité. Leur puissant vol i[ui leur permet d'é-
normes déplacements pour la recherche de leur nourri-
ture est l'explication de ce que souvent on les rencontre
dans des endroits absolument sans aucune ressource.
C'est surtout au moment où ils descendent vers les
sources pour s'abreuver, le soir surtout, qu'on les ren-
contre le plus souvent en bandes innombrables. Cer-
taines espèces émigrent régulièrement, d'autres espèces,
regardées comme sédentaires, font de grands déplace-
ments, ])0ur des raisons encore inconnues.
L'Afrique septentrionale possède deux espèces qui se
répandent jusque dans l'Asie centrale, l'Afrique aus-
trale a ses espèces particulières ainsi que l'Afrique cen-
trale. Ces oiseaux sont granivores, mais exclusivement
destructeurs de sauterelles, au moment de leur éclosion
surtout. Les Gangas sont très sensibles à l'humidité qui
leur est funeste.
1_ Le ganga des sables. — (Pterocles arenarius.)
Répandu dans le bassin de la Méditerranée. Dans le
sud de l'Espagne, il habite le Campo semblable à nos
hauts plateaux algériens et il s'y nourrit de graine d'alfa
et des insectes qu'il y trouve.
2. — Le ganga cata. — [Pterocles alchala}.
Cette espèce se trouve toujours en compagnie du pré-
cédent. Les Arabes l'appellent « Khata ». Le mâle d'ha-
bitude a deux plumes caudales longues, alors que les
autres espèces ne les ont que rarement.
3. — Le g.inga brûlé. — {Pterocles exustus).
Se trouve dans la Sénégambie, l'Afrique orientale,'d'où
il se répand jusqu'aux Indes.
4. _ Le G.\nga de Lichtenstein. — Pterocles Lichtcns-
leinii.
Ce Ganga semble confiné en Afrique et, d'après les
observations deBrehm, on ne le trouverait qu'au sud du
58
LE NATURALISTE
18° de latitude nord et non dans le désert iiropremeiit
dit.
5. — Pterodes bicinctus. (Fig. Reichenbacli, Ilûhner-
vog, tal). CCIX, fig. 182S-26).
Celte espèce, particulière à l'Afrique australe, est très
commune dans les pays des Daniaras et des Grands Na-
maquas, d'où il se répand jusque dans la colonie d'An-
gola.
6. — Pterodes namaqua. (Fig. Reichenbach, HCih-
nervôgel, tab. CCX, fig. 182S-26).
Se trouve dans l'Afrique australe.
Synop. de Heugtin.
Pterodes akhala.
— exustiis.
— gultalus.
— coronatus,
— Lichtensteinii.
— Iriemetus.
— decoratus.
IV.
Les SYRRH.4PTES.
Outre les Gangas, l'Asie est encore la patrie d'un
autre genre de ptéroclidés : celui des Syrrhaptes, dift'érant
légèrement comme plumage et asjiect physique des
Gangas. C'est à la fin du siècle dernier que, dans son
voyage en Sibérie, Pallas découvrit le Syrrhapte para-
doxal.
Ces oiseaux ont été étudiés par Radde et Swinboé
assez complètement. Ce qui est très remarquable, c'est
leur arrivée dans l'Asie centrale, encore couverte de
neige, et leur reproduction immédiate. Radde nous dit :
« Au milieu de mars, lorsque la neige recouvre encore
les coteaux des hautes steppes, cet oiseau arrive du sud,
il est déjà accouplé et vit par petites bandes.
« Dans les hivers jjeu rigoureux, on le rencontre déjà
aux limites nord-est du haut Gobi; mais, après les hivers
mêmes les plus rudes, il y arrive, il s'y reproduit de si
bonne heure, que, sous ce rapport encore, il est singu-
lier. Dans les premiers jours d'avril, on trouve déjà ses
œufs; à la fin de mai, il a une seconde couvée. Après
avoir élevé celle-ci, il change de demeure, et, en hiver,
il émigré jusqu'aux limites sud de Gobi, vers les con-
treforts septentrionaux de l'Himalaya. Le 10 mars 1856,
alors que pendant la nuit régnait un froid de — 13°
Réaumur, que la température de midi ne dépassait pas
+ 2° R., les premiers Syrrhaptes se montraient au
Tarai-Nor. Ils volent en rangs serrés, comme les plu-
viers ; au printemps, ils se réunissent en petites bandes,
formées chacune de quatre à six couples, et en automne,
ils constituent des bandes de plusieurs centaines d'indi-
vidus. En volant, ils font entendre un cri particulier.
Dans cette grande bande, chaque couple reste uni. »
L'aire de dispersion des Serrhaptes est très vaste. On
les rencontre à peu près dans toute l'étendue des steppes
de l'Asie Centrale depuis la côte orientale de la mer Cas-
pienne jusqu'à la Dzoungarie et le sud de l'Altaï, mais
on en trouve également au sud-ouest de la Caspienne,
en Mésopotamie et dans certaines parties de la Syrie.
Suivant le voyageur russe Prjevalski, ils remonteraient
en été jusqu'au delà du lac Baikal, où ils nicheraient.
Dans leurs steppes natales, les Syrrhaptes se nourris-
sent des grains des « plantes salines ». M. G. Radde,
dans les jabots de ceux qu'il a autopsiés à Tiflis, a trouvé
des semences de blé et de trèfle et de mauvaises herbes.
A plusieurs reprises on a compté 700 à 850 grains de
de seigle dans l'estomac d'un oiseau. « On peut alors se
demander si les poules des steppes en troupes nom-
breuses ne porteront pas un grand dommage à nos
champs ensemencés à l'automne et au printemps. » Cette
réflexion de M. Radde n'aurait pas de raison d'être en
Algérie ; les Syrrhaptes n'y sont que migrateurs, leurs
passages se produisent aux époques où les récoltes sont
faites, leurs dégâts sont nuls. Ces oiseaux apparais-
sent de loin en loin en Europe en bandes erratiques.
D'après Swinhoé, elles arrivent dans le nord de la Chine
en bande énorme. Les Chinois chassent avec ardeur ces
oiseaux qu'ils appellent « Poules des sables », ils savent
que ces oiseaux sont originaires des plaines de la Tarta-
rie, au delà de la Grande Muraille,
1. — Le SvnriHAPTE PAiiADOX.-iL {Syrrhapte)
paradoxiis).
On connaît deux variétés de Syrrhaptes, le plumage
et la conformation physique les distinguent des gargas.
Dans la famille des Ptéroclidés les femelles sont plus
petites que les mâles et n'ont pas les mêmes disposi-
tions de plumage. Toute cette famille doit être classée
dans les oiseaux acridophages.
V. — Les perdrix {Perdices).
Les Perdrix habitent l'Europe, l'ouest et le centre de
l'Asie, le nord et l'ouest de l'Afrique septentrionale,
Madère et les îles Canaries. Ces oiseaux vivent dans les
montagnes, dans les plaines désertes et évitent les
forêts, quelques rares espèces peuvent percher, en géné-
ral ce sont des oiseaux vivant sur le sol.
1. — La , perdrix grecque [Perdue Grxca).
La Perdrix grecque, aussi dénommée Bartavelle, Per-
drix saxatile, se trouve dans les Alpes, dans la Haute-
Autriche, la Haute-Bavière, le Tyrol, la Suisse, la
France, l'Italie. Elle est plus nombreuse en Grèce, en
Turquie, en Asie-Mineure, en Palestine et en Arabie.
Dans les Indes, dans l'Indo-Chine, dans le sud de la
Chine, elle est remplacée par une espèce très voisine,
dont certains auteurs ne font qu'une variété. En Afrique,
elle parait ne se trouver que dans les montagnes com-
prises entre le Nil et la Mer Rouge.
La Perdrix grecque se nourrit de substances végétales
et de petits animaux. Dans les hautes montagnes, elle
mange les bourgeons des rhododendrons et des autres
plantes alpines, des baies, des feuilles, des graines, des
araignées, des insectes, des larves; dans la plaine, elle
parcourt les champs et dévore les jeunes pousses de cé-
réales dont elle fait en certaines saisons sa nourriture ex-
clusive; en hiver, elle mange des baies de genévrier, et
quelquefois même des aiguilles de sapin.
2. — 'La perdrix rouge (Perdix rubra) .
Cette Perdrix habite le sud-ouest de l'Europe et
l'Afrique septentrionale jusqu'en Tunisie. Celte Perdrix
perche volontiers . Les jeunes perdreaux se nourrissent
exclusivement d'insectes, de sauterelles, de larves, de
vers, de petites graines ; adultes, ils mangent des grains,
des feuilles et des fruits.
3. — La perdrix des roches (Perdix petrosa).
La Perdrix des roches est plus connue sous le nom de
Perdrix Gamlira; elle habite la Sardaigne, la Corse et la
Grèce, elle est commune dans le nord-ouest de l'Afrique.
Par ses mœurs et ses habitudes la Gambra a beaucoup
LE NATURALISTE
S9
de rapports avec ses congénères. Malgré son nom spéci-
fique, cette Perdrix préfère la plaine et les coteaux aux
montagnes, au Maroc et en Algérie; on la trouve très ra-
rement dans les montagnes, alors qu'elle est; assez com-
mune dans toute la région du littoral.
4. La Perdrix grise (Pcrdix starna cinerea).
La Perdrix grise est particulière à l'Europe centrale
et à une partie de l'Asie centrale. Elle habite la Grande-
Rretagne, le nord et l'est de la France, la Belgique, la
Ilollaiule, le Danemark, l'Allemagne, la Hongrie, la
Turquie : elle est commune dans le sud et le centre de
la Russie et en Asie-Mineure. C'est le gibier le plus
commun en hiver aux Halles à Paris. Elle habite les
champs cultivés, les prairies, mais elle a besoin de buis-
sons pour se cacher. Elle évite les grandes forêts, mais
elle en habite les lisières. Une variété de plus petite
taille habite la Sibérie et émigré l'hiver dans l'Europe
centrale. Cette perdrix détruit considérablement de sau-
terelles dans les champs et dans les prés et recherche les
larves de fourmis dans les taillis. La Starne grise ne
nous cause aucun mal. Elle mérite donc protection.
Syyxopsis dus perdrix. — Hetiglin.
Ammoperdix llayi.
Caccabis Sinaîca.
— Yemensis.
— Melanocephala.
VI. — Les fr.\ncolins. — IFrancolinus).
Les Francolins vivent en compagnies nombreuses dans
les forêts et sur les collines sablonneuses couvertes d'ar-
bustes. C'est dans les buissons qu'ils trouvent un re-
fuge et des aliments. Là où l'homme les poursuit peu, ils
sont très communs. Les Francolius sont très nombreux
dans l'Afrique méridionale, cette grande multiplication
s'expliiiue par ce fait que les Francolins ne sont nulle-
ment difficiles sous le rapport de la nourriture. Ils sont
omnivores, dans toute l'acception du mot; ils mangent
de tout, des bourgeons, des feuilles, des pousses d'herbe,
des baies, des grains, des insectes, des limaces, de petits
vertébrés, tous aliments tellement répandus dans la
forêt qu'ils les trouvent à profusion, réunis] dans un
petit espace, Ils courent rapidement et savent admira-
blement se glisser au milieu des fourrés les plus serrés,
des rocailles les plus bouleversées, ils volent bien mais
rarement loin. Ces oiseaux dont une espèce habitait
l'Europejusque dans le milieu de notre siècle se trouve
encore dans l'Asie-Mineure, en Syrie, sur la côte sud de
la mer Noire et dans le nord des Indes, depuis l'Hima-
laya jusqu'à la vallée du Gange. L'Afrique méridionale
dans toutes ses parties boisées contient les variétés de
Francolins les plus nombreuses.
Les Francolins sont le sujet d'une très complète et
fort intéressante monographie par notre excellent col-
lègue M. F. de Schœck, publiée dans les Mémoires de la
Sociétd zoologique de France {t. IV, p. 272, année 1891).
C'est un travail d'érudition qui intéressera le grand pu-
blic et qui donne des renseignements utiles pour l'accli-
matation de ce beau volatile, complément nécessaire des
oiseaux de chasse de France. Cette monographie décrit
55 variétés aujourd'hui connues de la grande famille des
Francolins. Le savant anglais M. Sclater (1) comprend les
oiseaux de ce groupe, comme les Perdrix, les Faisans,
sous le norn de Familix Paleogenx sive Orbis veteris par
(i) On the gênerai distiibution of Aves [Journal of Ihe Linn.
Soc. 1858, p. 152).
opposition aux Neogenx sive novi Orbis. En consultant
le tableau de répartition générale des espèces, on remar-
que que pour l'Afrique d'une part, 1.3 sont particulières à
la région occidentale (4 au nord de l'Equateur et 9 dans
le sud). Huit espèces sont répandues dans l'Afrique mé-
ridionale, enfin trois espèces se rencontrent au centre,
plutôt vers le nord. Une seule est répartie au nord-est de
l'Afrique et également dans l'Asie occidentale. Enfin,
cinq espèces vivent dans l'Asie méridionale, dont une
habite l'archipel malais. Il faut encore rattacher à ces
dernières formes un Francolin qui est propre à Mada-
gascar et à deux des îles Mascareignes. M. de Schaeck
observe qu'il est curieux au premier abord de constater
l'absence presque complète du Francolin dans l'Afrique
septentrionale. En effet, la vaste région qui s'étend du
Maroc à la Tripolitaine n'en abrite actuellement aucun.
Leur répartition est liée aux conditions d'existence que
leur offrent la végétation et le régime des eaux. Or, la
Mauritanie peu boisée manque aussi de grands fleuves, et
c'est une des raisons qui nous expliquent l'absence des
Francolins. Sur le tableau qu'il a dressé, on peut suivre
les grandes aires de dispersion par rapport aux bassins
des principaux fleuves, le Niger, le Congo, les rivières
Orange et Vaal, le Zambèze et le Nil. Au nord du conti-
nent, le Sahara forme une barrière infranchissable, dont
les abords seuls offrent quelques ressources à des oiseaux
qui sont sédentaires. »
1.— Le francolix vulgaire {Francolinus vulgaris).
Le Francolin vulgaire est un peu plus grand que notre
Perdrix bartavelle; c'est un très beloiseau dont la dis-
parition en Europe est fort regrettable. La chair de cet
oiseau est supérieure en qualité à celle du Faisan. Nous
possédons plusieurs dépouilles de Francolins vulgaires
de diverses provenances ; il n'y a pas de diflerence spé-
cifique pour celles originaires de la Syrie et colles prove-
nant des Indes.
2. — francolinus gariepensis (Fig. Smith, lll. S. Afr.
Zool., pi. 83 et 84).
Cet oiseau est répandu sur les hauts plateaux de
l'Afrique australe.
3. — francolinus pileatus (Fig. Smith S. Af. Zool.
Avcs, pi. 14).
Cette espèce a été rencontrée par Andersson sur des
coteaux pierreux et boisés du pays des Damaras.
FRANCOLINUS SCHLEGELi' (Fig. Ileuglin, Om. N. 0.,
Afr. tab. XXX).
Se trouve dans l'Afrique équatoriale.
FRANCOLINUS IIaRTLAUBI.
A été trouvé dans la colonie d'Angola.
FRANCOLINUS SQUAMATUS.
A été recueilli pour la première fois par du Chaillu au
caji Lopez, se trouve répandu sur la côte de Loango.
FRANCOLINUS ADSPERSUS.
Cette espèce parait se trouver exclusivement vers les
confins méridionaux des possessions portugaises d'An-
gola. Au sud du Cunène, dans le pays des Damaras et
des Grands Namaquas; il serait, d'après Andersson, le
plus commun et abondant de tous les Francolins indi-
gènes.
FRANCOLINUS Lathami (Fig. Temminck Bydr. tôt. de
Dicrk I, pi. 15
60
LE NATURALISTE
A été trouvé sur lu, cùte de Loango.
Heuglin. — Synopsis des Francolins de V Afrique orientale.
Franco tenus pilatus (Fig. Heuglin XXXIV, 2. — Vogel.
Nord-Ost Afrikas).
Francolinus icterorynchus (Fig. Heuglin. XXXIV, I.)
— Schlegdii (Fig. Heuglin. XXXV).
— Erketii fr. Crachi.
— icteropus fr. Numida.
— Ctappertonii fr. Ptetoryncha.
— Riippelii fr. Coronata.
— P. Leatun.
— Grantii.
— Iclerorynchus.
— Giitliiraiis.
— lUitolaenus.
— Schlegilii.
— Leucoscepus.
Les ptehnistes {Plemistes. Francolinus afer).
Les Pternistes sont des Francolins d'Afrique, carac-
térisés par la présence à la gorge d'un espace nu vive-
ment coloré. L'aire de dispersion du Pterniste s'étend
du nord de l'Abyssinie au pays des Somalis, dans l'Afri-
que occidentale, on l'a trouvé en Angola; il parait ([u'il
ne se répand pas au sud du Cunène.
FOREST.
PLANTES ÉTRANGÈRES
Les SARR.\cENrA.
Parmi les végétaux qui s'éloignent du type commun
par la singularité de leurs parties constituantes, les uns
le font par leur feuillage, d'autres par leurs fleurs.
Aux premiers appartiennent les Nepenthes que tout le
monde connaît et qui ont été' de'crits partout avec de nom-
breux détails, les Sarracenia bien moins connus. Ici
nous ne trouvons pas en effet la complexité si remar-
quable du feuillage des Nepenthes, mais pour être plus
simple leur structure n'en mérite pas moins de fixer
l'attention.
C'est Tournefort qui, le premier, fit connaître aux bota-
nistes de son temps le genre Sarracenia, qu'il dédia à Jean
Sarrasin. Ce dernier, médecin français résidant à Québec
et correspondant de l'Académie des Sciences, envoya en
Europe les premiers échantillons complets de Sarracenia.
Mais auparavant les feuilles singulières des plantes de
ce genre n'avaient pas échappé à des observateurs intel-
ligents qui les avaient signalées dès la (in du xvi" siècle.
Lobel, Clusius, G. Bauhin, Morison en parlent déjà. Le
premier de ces illustres botanistes avait figuré dès 1576
le Sarracenia flava que lui avait envoyé un médecin de La
Rochelle, qui lui-même le tenait de quelque marin reve-
nant du Canada. Il le décrivit sous le nom de « feuille
de baume ou d'encens liquide » parce qu'il l'avait reçu
rempli de baume du Canada. Morison fit connaître lés
fleurs de cette même plante d'après les notes et les des-
sins de lîanister qui parcourut la Virginie vers l'an-
née 1680.
. En quoi donc consiste la particularité qui caractérise
les Sarracenia? Les feuilles sont creuses, en forme de
cornet, pourvues en avant d'une arête longitudinale
plus ou moins développée suivant les espèces; les bords
du cornet présentent deux lèvres, l'une antérieure peu
marquée et saillante, tandis que la postérieure atteint
des dimensions plus ou moins considérables. Quelle est
la signification de ces différentes parties? On considère
généralement le cornet ou ascidie de ces plantes comme
provenant du pétiole modifié, taudis que la lèvre posté-
rieure ou opercule représenterait le limbe. D'autres bo-
tanistes admettent, au contraire, que l'ascidie est un
limbe fortement creusé, tandis que l'opercule serait
constitué avec les saillies latérales qu'il porte fréquem-
ment, par les lobes inégaux d'un limbe qui existait
auparavant. Nous avouons ne pas bien nous rendre
compte de celte explication, tandis que la première nous
paraît parfaitement fondée et acceptable.
L'intérieur du cornet est garni, dans la plupart des
espèces, de poils qui sécrètent un liquide sucré, qui finit
par s'amasser dans le fond de la cavité. Il arrive alors
fréquemment que les insectes viennent pour recueillir
cette liqueur, chancellent et se trouvent précipités, sans
chance de pouvoir en ressortir, dans le gouffre au bord
duquel ils se sont imprudemment aventurés. Aussi les
Sarracenia sont-ils placés au premier rang des plantes
dites, sans aucune nuance de vérité, insectivores.
Les feuilles des Sarracenia contiennent assez souvent
une certaine quantité d'eau dont l'origine est restée
quelque peu obscure. Est-elle produite par les feuilles
elles-mêmes, ou bien n'estelle que le résultat de la con-
densation de riiumidilé atmosphérique? On ne saurait
encore se prononcer avec cerlitude. Chez [certaines
espèces en effet, les jeunes feuilles sont vides et celles
seulement dont l'ouverture est béante renferment de
l'eau; dans d'autres l'opercule recouvre complètement
l'orifice du cornet, ce qui ne permet pas d'admettre que
l'eau y soit d'origine pluviale.
Les botanistes, qui ont étudié sur le terrain ces singu-
liers végétaux, ont pu être témoins de phénomène des
plus intéressants : dans les plaines de la Caroline, pen-
dant les grandes chaleurs de l'été, si l'on détache quel-
ques feuilles arrivées à leur période complète de déve-
loppement et qu'on les dispose dans l'intérieur d'une
chambre, de façon qu'elles soient maintenues dans une
position verticale, voici ce qu'on peut observer. Les
mouches sont attirées en grand nombre, elles s'appro-
chent de l'ouverture du cornet et s'aventurent peu à peu
dans l'intérieur; elles glissent et se noient. Il arrive que
dans une maison infectée de mouches, les ascidies sont
bientôt complètement remplies : c'est donc un véritable
piège à mouches. La matière sucrée, exsudée par les pa-
rois intérieures, est appréciable à l'œil et au toucher.
Quant à leur Heur, les Sarracenia ne manquent pas
non plus d'intérêt. Cet organe présente des caractères
ambigus qui le rapprochent des Papavéracées, des Dro-
séracées, des Pyrolacées, sans pouvoir cadrer exacte-
ment cependant avec aucune de ces trois familles.
Les Sarracenia sont des végétaux des régions fraîches
de l'Amérique du Nord, où ils recherchent les marécages
boisés, à l'ombre des forêts de pins, dans les parties
bourbeuses et humides des États du Sud. Ils sont tous
vivaces, à racines fibreuses, à feuilles plus ou moins
pétiolées presque toujours veinées de pourpre et diver-
sement tachetées. Les macules dans le S. variolaris sont
arrondies, conlluentes, blanches et presque transpa-
rentes. On les a comparées aux marques produites par
la variole, d'où le nom spécifique que cette plante a
reçu. Est-ce à cause de cela qu'on l'a préconisée comme
remède souverain contre les maladies êrupliv«s?
Dans le S', psittacena les ascidies sont veinées de vio-
LE NATURALISTE
61
let sur un fond blanchâtre et l'opercule est assez de've-
loppé pour rappeler le lobule de certains Cyp'ipedium.
Dans le S. Dntmiiwndi, qui est, sans contredit, la plus
belle espèce du genre, le tube est blanc jaunâtre, veiné
de pourpre violet ainsi que l'opercule ; dans le S. undu-
tata on trouve des veines purpurines éle'gamraent distri-
buées sur un fond vert lavé de rose.
Ces plantes ne sont donc pas seulement curieuses,
elles sont avant tout éminemment ornementales. Mal-
heureusement elles paraissent assez difficiles à cultiver
et réclament des soins tout spéciaux. 11 faut leur donner
une terre chaude et humide pendant la belle saison et la
serre tempérée pendant les mois d'hiver. Le compost doit
être parfaitement perméable à l'eau ce qu'on obtient en le
composant de tourbe mêlée de sable et de tessons me-
nus. Pendant l'hiver on donnera juste assez d'eau pour
que le sol ne se dessèche pas; pendant la période de
végétation, il ne faudra ménager ni les arrosages abon-
dants, ni le seringage des feuilles.
P. Hariot.
THÈSE DE DOCTORAT
Auguste Peïtit. — Recherc/tes sur les capsules surrénales.
Thèse de la Faculté des Sciences de Paris, 110 p. et -4 pi.
doubles, publiée dans le Journal de l'anatumie et de la phy-
siologie, 1896.
Les capsules surrénales appartiennent, avec le corps thy-
roïde et la rate, à ce groupe d'organes dont la fonction et
l'origine sont restées longtemps problématiques et n'ont guère
été entrevues que dans ces dernières années. C'est à peine
si on les signalait dans les ouvrages classiques d'anatomie et
de physiologie; on se contentait de mettre en relief leur forme
variable et leur connexion très fréquente avec les reins; mais
leur structure et leurs relations anatomiques exactes étaient
à peu prés inconnues, et les auteurs les plus érudits daignaient
seuls aventurer quelques hypothèses sur le rôle qu'elles doi-
vent jouer dans l'organisme.
En 1855 l'importance fonctionnelle de ces organes fut entrevue
par Addison, et l'année suivante mise hors de doute par Brown-
Séquard, qui montra que l'extirpation des capsules surrénales
est invariablement suivie de la mort. Plus récemment, StiUing
a rendu évident le rôle des capsules dans l'économie en éta-
blissant expérimentalement que, à la suite de l'extirpation de
l'une d'elles, celle qui est laissée en place est le siège d'une
hypertrophie compensatrice des plus appréciables; dans ces
dernières années enlin, Abelous, Langlois, Charrin et Dubois
ont été amenés à conclure que les capsules surrénales sont
des glandes vasculaires sanguines, qu'elles ont avant tout des
propriétés antitoxiques, en ce sens que leur sécrétion a pour
objet de détruire et d'annihiler les toxines produites chez
l'animal par le fonctionnement des éléments musculaires et
peut-être aussi des éléments nerveux. Les expériences de Gley
semblent justifier cette manière de voir, car, lorsqu'on injecte
dans le sang d'un animal des toxines microbiennes, on voit
bientôt s'hypertrophier les capsules surrénales.
Dans ces recherches on peut dire que les expériences et les
inductions physiologiques ont précédé l'étude anatomique
rigoureuse des organes; il serait absolument oiseux de se
demander si une méthode contraire eut été préférable, et je me
contenterai de dire que la physiologie ayant ouvert la voie à
l'anatomie, celle-ci vient de rendre à sa devancière un signalé
service en jetant une lumière toute nouvelle sur la structure
des capsules surrénales et en faisant disparaître les idées peu
préciseset grossières qu'on se faisaitdeces organes. C'est là le
mérite principal du remarquable' travail que M. Pcttit vient de
présenter comme thèse à la Faculté des .Sciences de Paris ;
mais ce n'est pas le seul, car le mémoire dont je vais donner
une brève analyse renferme une partie expérimentale des plus
intéressantes, qui n'est pas sans apporter un appui sérieux aux
idées jusqu'alors émises par les physiologistes.
La première partie de la thèse de M. Pettit sera lue avec
intérêt et profit par tous ceux qui trouvent quelque attrait aux
grands problèmes biologiques. Kllc est justement et simple-
ment consacrée à l'exposé et à la discussion des vues qu'on
avait jusqu'ici émises sur la nature des capsules surrénales;
c'est un exposé fort complet et très clair qui pourra servir de
vade-mecum aux chercheurs, et do guide sérieux aux étudiants.
La deuxième partie est consacrée à l'anatomie comparée des
capsules surrénales et renferme une très riche moisson d'ob-
servations nouvelles. Les auteurs précédents (Meckel 1806,
EcUer 1846) s'étaient contentés de décrire la forme, la posi-
tion, le poids et la valeur de ces organes, mais n'avaient pas
envisagé leur structure. M. Pettit montre qu'au milieu dos
variations infinies qu'otfrent les capsules surrénales dans
leur position et dans leur forme, elles présentent néanmoins
dïs rapports constants avec les gros troncs vasculaires de
l'abdomen, qu'elles sont le siège d'une vraie pléthore sanguine
et qu'elles sont mêmes traversées, dans certains groupes
(amphibiens, reptiles et oiseaux), par un système porte-sur-
rénal qui affecte une disposition segmentaire chez les Ophi-t
diens. Les descriptions de M. Pettit ont toutes été faites
d'après des pièces injectées ; elles s'étendent à quatre-vingts
espèces et trois cents individus, qui lui ont été fournis par la
ménagerie et le laboratoire d'anatomie comparée du Muséumi.
Parmi ces esiièces, il s'en trouve un bon nombre où les cap-
sides étaient restées inconnues ou n'avaient pas été signalées;
je citerai notamment l'ornithorhynque, l'aptéryx et les pois-»
sons dipnoiques.
Ces recherches d'anatomie, en mettant en évidence la riche
vascularisation des capsules, étaient de nature à convaincra
M. Pettit du rôle important que doivent jouer ces organes^
Une fois fixé dans cette opinion, il s'est efforcé de saisir la
structure intime des capsules et de constater, pour ainsi dire
de visu, la manière dont elles fonctionnent. Parmi les nom*
breux animaux dont il avait fait l'étude anatomique, il acherché
le type qui se prétait le mieux à des travaux de cette sorte,
celui dont la structureest, en quelque sorte, la plus primitive;
Son choix s'est arrêté sur r.\nguille et c'est à l'étude histolo-
gique et physiologique des capsules surrénales de ce poisson
qu il a consacré la troisième partie de son travail.
A l'état normal, la glande surrénale de l'Anguille est entière-
ment constituée par une série de cylindres irréguliers et clos,
limités par du tissu conjonctif; dans l'intervalle de ces derniers
circulent de nombreux vaisseaux; l'ensemble est enveloppé
dans une capsule conjonctive résistante : n Chaque cylindre
est tapissé ^surface interne) par un épithélium columnaire,
limitant une cavité centrale ; ses cellules, à l'état normal, sont
réparties à peu près uniformément sur une seule rangée; elles
ont en moyenne une hauteur de 15-20 [jl et possèdent un
noyau bien développé renfermant un nucléole volumineux. Sur
les coupes, on constate que certains de ces éléments subissent
une évolution particulière; leur protoplasma s'accroît, devient
plus clair et vient faire saillie dans la lumière du cylindre;
finalement la cellule tout entière (noyau et protoplasma) tombe
dans la cavité centrale. Certains de ces cylindres peuvent
ainsi être remplis d'un magma amorphe parsemé de noyaux à
divers états de régression. En un mot, la cellule du cylindre
surrénal subit une évolution qui aboutit à la formation de pro-
duits s'accumulant dans la cavité centrale de chaque cylindre.»
Après avoir établi que les capsules surrénales sont do véri-
tables glandes vasculaires sanguinaires et mis en évidence le
processus histologique de la sécrétion, M. Pettit a demandé à
la méthode expérimentale la démonstration de la réalité des
phénomènes sécréteurs.
Ayant extirpé l'une des glandes surrénales à plusieurs
anguilles et sacrifié quelques semaines après ces animaux, il
a observé les modifications suivantes sur les capsules laissées
en place : les vaisseaux qui entourent les cylindres ont subi
une augmentation de volume remarquable, les cylindres pré-
sentent deux ou trois assises de cellules épithéliales très
allongées, qui font saillie dans la lumière interne du cylindre,
enfin la régression des produits élaborés est plus rapide qu'à
l'état normal. Ces faits avaient échappé à Stilling, qui s'était
borné à constater l'hypertrophie compensative, sans chercher
les modifications internes correspondantes que subit l'organe.
Au reste, certains agents chimiques permettent, comme
pour la plupart des glandes ouvertes et closes, de faire varier
la sécrétion surrénale. En intoxiquant lentement l'animal par
la pUocarpine ou le curare, M. Pettit a constaté dans les cap-
sules une prolifération anormale des éléments sécrétants,
%%
LE NATURALISTE
prolifération qui rappelle, i beaucoup d'égards, celle qu'on
observe dans la capsule laissée en place, chez les sujets soumis
à une extirpation partielle.
En opérant avec la toxine diphtéritique M. Pettit a observé,
comme Gley, Cliarrin et Langlois, que les capsules surrénales
prennent un accroissement considérable; mais il a constaté, en
outre, que les cellules des cylindres sont profondément aliérées,
que leur protoplasma devient granuleuï, que les noyaux sont
en dégénérescence, bref que la sécrétion delà glandes'est accrue
dans des proportions énormes. L'organe, en d'autres termes,
semble activer considérablement ses fonctions normales pour
détruire l'excès de matières toxiques artificiellement intro-
duites dans le sujet; comme l'observo à juste titre M. Pettit,
ces expériences paraissent déposer en faveur du rôle anti-
toxique des capsules : elles ne constituent pas, si l'on veut, des
preuves de la réalité de cette fonction, mais elles sont bien
certainement des arguments de grand poids en sa faveur.
Telle est la conclusion de ce travail, où tout est ordonné
avec un soin minutieux et une méthode parfaite. M. Peltit a
établi que les capsules surrénales sont des glandes au sens
propre du mot, qu'elles sont le siège de phénomènes sécrétoires
se traduisant normalement par des processus histologiqucs,
enfin qu'elles doivent prendre place dans la série des glandes
closes à coté des corps thyroïdes. Nous voilà bien loin des
notions vagues qu'on possédait jusqu'ici sur les capsules
surrénales. Aux physiologistes de tirer partie maintenant
des notions nouvelles dont M. Pettit vient d'enrichir la
science. Quant aux anatomistes, il leur reste à observer de très
près le développement des capsules, à étudier l'histologie
comparée de ces organes dans toute la série des vertébrés,
enfin et surtout à étudier plus complètement les formations,
en apparence spéciales, qui paraissent occuper la place des
capsules chez tous les poissons les plus primitifs : les Ganoidos,
les Elasmobranches et les Cyclostomes.
E.-L. Bouvier.
Répertoire ét|mo!ogi(]ue des noms français
ET DES DÉNOMINATIONS VULGAIRES DES OISEAUX
(Suile)
Sonïnianga. — Buft'on avait donné ce nom à des Sucriers
(Nectarinia). u Le nom de Souïmanga, que Buffon prétend
être, à Madagascar, le nom d'une espèce particulière de ces
Oiseaux et qu'il donne pour cotte raison à toutes les espèces
du même genre qui se trouvent dans l'ancien continent, est
aussi, suivant toute apparence, le nom général de tous ces
Oiseaux dans cette ile, et non celui d'une espèce, puisqu'il
signifie mangeur de sucre {manga, mangeur, et soui, sucre)
dans le langage mêlé de français et de mauvais portugais que
parlent les colons et les nègres de Madagascar. » (Le Vail.
lant.)
Sonicie. — Vieux mot français employé pour désigner un
Moineau [Velroiiia rupeslris). « Nous avons raison de le
nommer à la Soulcie, car il a les yeux ombrez d'une soulcie
blanche sur les sourcils en chaque côté de la teste. «
(Belon.)
Spalulc. — Nom donné par Buffon à un Échassier {l'ia-
lalea leticorodia), à cause de la forme de son bec. « Le nom
de pale ou palette conviendrait mieux, en ce qu'il se rap-
proche de celui de Spatule que nous avons adopté, parce qu'il
a été reçu ou son équivalent dans la plupart des langues et
qu'il caractérise la forme extraordinaire du bec de cet Oiseau;
ce bec, aplati dans toute sa longueur, s'élargit, en effet, vers
l'extrémité en m.-inière de spatule et se termine en deux
plaques arrondies, trois l'ois aussi larges que le corps du bec
même. » (Bufl'on.)
Spipolelle. — Bufl'on a donné ce nom à un Pipit {Antlnis
campestris), qu'il a décrit également sous les noms de Rous-
seline, d'Alouette de marais, de Fiste de Provence et de l'i-
vole ortolane. k J'adopte le nom de Spipolette, que l'on donne
à Florence à l'Oiseau dont il s'agit. » (Bufl'on.)
Sppeo. — Nom donné par Le 'Vaillant à un Oiseau de l'A-
frique méridionale (Spi-eo bicolor) et tiré du nom Spreuw que
lui donnent les colons du Cap et qui signifie Étourneau.
Stapazin. — Nom donné à un Traquet {Saxicola trapa-
zina) et que l'on devrait écrire Strapazin, ce mot dérivant du
nom italien Strapazino donné à cet Oiseau dans les environs
de Bologne.
Stariqnc. — Nom russe conservé à des Plongeurs {Pha-
leris) qui habitent depuis le détroit de Behring jusque dans les
mers du Japon et sur les côtes de l'Amérique.
Stereoraipe. — (Voyez le mot Labbe.)
Sterne. — Ce nom, employé pour désigner les Hiron-
delles de mer, est la traduction de leur nom latin Sterna, qui
dérive du danois Tiirna (jeune fille).
Stonriie. — Nom formé par Temminck du mot latin
Sturnus (Étourneau), pour désigner un genre de Sturnidés
[Lainprotoryjis).
Sainte-Hélène. — Surnom donné par les oiseliers à l'As-
trild ondulé (Estrilda undulata), parce ([ue c'est de cette île
qu'est importée en Europe la plus grande partie de ces Oi-
seaux, connus aussi sous le nom de Sénégali rayé.
Sucrier. — Nom donné à une famille d'Oiseaux voisins
des Colibris, parce qu'ils vivent du suc des fleurs. Bufl'on a
décrit sous ce nom une espèce (Cerlhiola). « Le nom de cet
Oiseau annonce l'espèce de nourriture qui lui plaît le 'plus;
c'est le suc doux et visqueux qui abonde dans les cannes à
sucre, et, selon toute apparence, cette plante n'est pas la
seule où il trouve un suc qui lui convienne; il enfonce son
bec dans les gerçures de la tige et il suce la liqueur sucrée. »
Le mot Sucrier est synonyme de Souimanga. (Voyez ce
mot.)
(.i suivre). Albert Gkanger.
OFFRES ET DEMANDES
— A vendre : Bulletin des séances de la Société ento-
mologique de France, de 1873 à 1893 inclus, 12 francs.
(S'adresser aux bureaux du journal.)
— M. A. S... n° 6002. — A la vente de la Inbliolbèque
et des collections Salle, voici les prix atteints pour les
lots que vous avez désignés. La collection coniplète de
la « Biologia centrali-Americana u a atteint 2.4S0 francs;
les Proceedings de la Société zoologique de Londres
sont montés à i .OSO francs, et l'exemplaire vendu ne
comportait de planches qu'à partir de 1865. La collection
des Coquilles du Mexique a été acquise à 1.400 francs,
par M. Dautzemberg.
Le 57* fascicule du Species des Hyménoptères d'Europe et
d'Algérie vient de paraître.
A vendre :
— t lot de Coquilles de Cuba contenant 53 espèces,
7b exemplaires, spécialement les coquilles terrestres hélix,
cboanopoma, chondropoma, helicina. Prix: 50 francs.
1 Herbier de 30 fougères de Nouvelle-Calédonie, par-
faitement déterminées 'et bien conservées dans un car-
ton. Prix : 25 francs.
1 Collection de 275 minéraux classés comme les
collections du Muséum de Paris, avec cuvettes et étiquettes.
Prix : 150 francs.
(S'adresser pour ces lots et collections chez « Les Fils
D'Emile Deyrolle, 46, rue du Bac, Paris.
— M. Alb. Mùhlenbruch, à Morat (Suisse), désire rece-
voir des rapaces diurnes et nocturnes en peaux fraîches,
ou montés en très bon état. Offre en échange oiseaux
d'Europe en peaux sèches, bien préparés. Liste sur de-
mande.
Le Gérant: Paul GHOULT.
Paris. — Imprimerie F. Levé, rue Cassette, 17.
LE NATURALISTE
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19" ANNÉE
2' Série — X' 'i^t
1897 \
I f
SOR OOELOUES PHENQIÈHES INTERESSANTS
DUS A L'ACTION BACTÉRIENNE
A diverses reprises nous avons Mppi^lé l'attention des
lecteurs du Naturaliste sur le travail des liactériacées
fossiles, travail qui se manifeste partout et sous toutes
les formes. Nous avons démontré (1) que si les Cocci
mesurant en moyenne 0 ij,, 5, groupés sous le nom de
llymenophagm, opéraient seuls, les cellules végétales se
séparaient les unes des autres, emportant leur contenu
plus ou moins altéré, la membrane commune des cel-
lules, dans ce cas, ayant été dissoute ; si les Cocci qui
viennentserangerautourduMiC'ocoocu,sG((/f/r)a)'di, travail-
lent au contraire isolément, on ne trouve plus qu'une
trame légère constituée par les membranes moyennes :
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■ V-:{->^'-- ■■''■■■ '■/ ■■
r V'\ rS-\-M-r-: ' ■■ ;-„.,■•.-•;. >■■■
b c
Fig. 1.
Coupe d'une purtion du novau d'une graine du terrain liouil-
1er de Grand'Croix montrant les états successils d'altération
du tissu, déterminés par l'action des Bactériacées.
toutes les couches d'épaississenient ont disparu, la
forme, la nature des tissus soQt méconnaissables ; mais,
avant d'arriver à cet état
presque complet d'altération,
les parois passent par divers
stades. Nous allons citer quel-
ques exemples intéressants
qui nous ont été conservés
par la pétriiication.
Sur la figure 1, qui repré-
sente une portion de l'endo-
testa d'une graine silicifiée de
Grand'Croi.v, on peut suivre
facilement les progrès du tra-
vail microbien: en a les cel-
lules, munies de leurs cou-
ches d'épaississenient de
couleur foncée sont i peu près intactes, en 6 ces couches
ont à peu près disparu, on ue voit plus guère que les mem-
branes moyennes, et en c ces membranes, fortement
attaquées par les cocci, ont cependant conservé leurs po-
sitions relatives en formant réseau; dans un grand
nombre de mailles, les microcoques se sont rassemblés
en Zooglées, que le moindre choc aurait pu disperser.
Ces altérations jilus ou moins profondes de tissus qui
cependant ont conservé une organisation reconnaissable
au microscope, peuvent être la source d'erreurs assez
graves ; nous citerons les deux faits suivants :
1" Le genre Aporoxi/lon, _décrit et figuré par Unger,
(1) Le Nalui-atisie. 15 juillet 1893.
Le Satutciliste, 46, rue du Bac, Paris.
MARS 1807
appartient aux GynïïPII..|»*Mli|«!raété caractérisé par son
iiois, di'pourvii de zones d'a(u;roissement concentriques
distinctes et formé do trachéidespriii^e* de ponctuations.
Ayant eu l'occasion de revoir les préparations d'Unger,
nous avons pu nous convaincre que l'arrangement, b;s
dimensions des trachéides ne difi'(M-aient pas sensible-
ment de la disposition, du calibre des trachéides du bois
des Cordaites: la plupart des trachéides sont dépourvues
de ponctuations, il est vrai, mais quelques-unes en sont
munies; ces ponctuations larges de 10 y. sont uni ou
pluri-sériées, alternantes dans ce cas, leur disparition
frtMpiciUe est due à une action microbienne ([ui a (Ht pcmr
conséquence de dimintier les couches d'épaississenient
et de détruire les iionctuatioiis.
Sur une section transversale du bois, en effet, on voit
fréquemment à la place occupée par les épaississeinents
un nombre considérable de petits corps sphériques teintés
ib' rouge, mesurant, quand ils ne sont pas déformés, ■2|j.2à 3|j..
Sur d'autres préparations moins altérées, on distingue
eiiiic les couches d'épaississenient sur la membrane
moyenne d'autres petits corps sphériques noirs ou rouges,
mesurant Oti.b à 0^,7.
L'absence de ponctuations dans le Genre Apornxijhm
est donc purement accidentelle et due au travail du Mi-
rrococcus ilcvonkus var. A.
Le Micrococcus devoniciis var. B. de dimensions plus
petites s'attaquait, sans aucun doute, aux membranes
moyennes comme le M. hyinenophagus du terrain houiller.
Ces deux microcoques dévoniens sont les plus anciens
que l'on connaisse.
•2° Nous avons décrit, sous le nom de Hapaluxylon Ro-
chei, une petite tige de Gymnosperme découverte par
J\L Roche dans les environs d'Autun.
Nous donnons, figure 2, une coupe longitudinale ra-
diale do cette jeune tige.
Fig. 2.
Coupe longitudinale radiale d'une jeune tige de Ilapalorylon lioc/iei. — a, Quelques trachéides
entourant la moelle dont les parois portent des ponctuations aréolées. — 4, Portion du
cylindre ligneux dont les trachéides ne monlrentpas de ponctuations. — r. Hayon cellulaire
ligneux. — c. Zone génératrice. — cy. Tubes grillagés eniremélés de tubes à gomme ou à
résine et de parenchyme libérien. — p, Parenchyme cortical. — s, Couche subéreuse, ?n, moelle.
La moelle m est entourée d'un anneau de trachéides
dont les parois latérales sont ornées d'une rangée de
ponctuations aérolées ; mais à une petite distance de la
moelle, les trachéides perdent complètement leurs orne-
ments, les parois sont lisses, et elles prennent l'aspect
de parenchyme ligneux, parcouru par des rayons cellu-
laires r formés d'une rangée de cellules en épaisseur et
de 1 à t rangées en hauteur.
Le liber contient du parenchyme libérien, de nom-
breux tubes grillagés.
L'écorce assez épaisse offre, au milieu d'un paren-
chyme cellulaire abondant, des tubes à gomme et est
limitée par une couche de suber.
L'épaisseur do la partie ayant l'aspect de parenchyme
ce
LE NATURALISTE
ligneux a valu à celte plante le nom générique de Hapa-
loxylon (àTtoiAo;, mou,$-J),ov, bois).
Un examen plus attentif nous a montré que cette ré-
gion était composée de trachéides dont les ponctuations
avaient été détruites par des Bactériacées ; en effet, en se
rapprochant de la moelle, on voit un certain nombre de
trachéides portant des ornements c, c, souvent elles sont
séparées les unes des autres et, chose remarquable, on
peut observer, au milieu d'elles, un certain nombre de
ponctuations détachées et flottantes d.
Les cellules de la moelle e offrent également un as-
pect des plus bizarres, les membranes moyennes et les
Fig. 3.
Moelle à'Artliropitus lineata.
a. Cellules en partie dissociées, à l'intérieur desquelles on
voit do nombreux microcoques.
b, Zooglées encore enfermées dans les cellules.
c, Région où les parois des cellules sont détruites.
Les noyaux occupés par les microcoques réunis en zooglées
sont libres.
épaississements ont généralement disparu ; il ne reste de
visibles que la cavité et les canalicules ramifiés qui par-
couraient les épaississements ; une matière plus colorée
remplit l'intérieur et leur permet de se détacher en gris
au sein du milieu transparent et amorphe: on y distingue,
ainsi que sur les membranes moyennes des trachéides
du bois, de nombreux Cocci mesurant 0[i,o. Ces dilïé-
rences de conservation des tissus appartenant à un
même échantillon prouvent l'indépendance des actions
bactériennes. A la périphérie de la tige, les microorga-
nismes ont commencé par attaquer l'intérieur des tra-
chéides, ont fait disparaître les épaississements et en
même temps les ponctuations : le bois se trouve réduit
au tissu extrêmement délicat formé par les membranes
moyennes des trachéides. Au centre, les Bactéries ont
dissous les membranes moyennes d'abord, puis les épais-
sissements les plus anciens, déterminant le décollement
des trachéides et ensuite la séparation des ponctuations
qui sont devenues libres et flottantes.
(A SMvn-e.) B. Renault.
LES PLUIES ÉTRANGES
{Suite}
Un curieux exemple de pluie noire est encore celui
qu'a pu observer M. Aimé Girard, en Cochinchine. Cette
fois, la coloration noire était due à de petits grains de
riz, carbonisés peu à peu sous l'action de l'air, en pré-
sence d'eau marécageuse. L'agent mécanique était
encore le vent.
Les pluies rouges, souvent appelées pluies de sang, ne
sont pas plus rares que les pluies noires. Dans ce cas,
la coloration rouge est généralement due à des pous-
sières minérales soulevées par le vent, ou encore à des
myriades de plantes ou d'animaux rougeâtres, d'une pe-
titesse excessive, qui, dans des circonstances encore peu
connues, se multiplient d'une manière pirodigieuse dans
les eaux.
M. Bursaux, lieutenant du génie, a recueilli les rési-
dus solides d'une de ces pluies, qui s'abattit le
4 novembre dernier sur Bizerte (Tunisie). Leur étude
microscopique fut faite par M. Ginestous. Celui-ci y
découvrit fort peu de matière organique; le dépôt était
constitué par des matières minérales, du quartz, des
cristaux, donnant à la poussière une teinte rose, ana-
logue au tripoli.
M. Ginestous pense que ces cristaux devaient provenir
d'une roche feldspathique, quoiqu'on n'y vît point de
mica; on peut les assimiler à la pegmatite granulitique.
Les pluies de soufre sont purement imaginaires. Comme
il est quelquefois arrivé qu'après de fortes averses la
surface du sol soit couverte d'une poussière jaunâtre,
légère, très inflammable, on eu a conclu que c'était du
soufre. Le premier examen attentif qui en a été fait, a
permis de reconnaître qu'on se trouvait tout simplement
en présence du pollen de certains végétaux, notamment
des pins, des sapins, des aulnes, des bouleaux et des
lycopodes, balayé par les vents et précipité avec la
pluie.
Les témoins sont nombreux, qui mentionnent les
pluies de grenouilles et de crapauds. Les vents peuvent, en
efl'et, les enlever facilement à la surface des mares. Il
est toutefois à remarquer que l'action de la pluie peut
suffire, à elle seule, en bien des cas, pour faire sortir
des fissures du sol de nombreux crapauds. On cite une
trombe, qui, le 13 septembre 183b, enleva toute l'eau
d'un petit étang du Pays de Caux, avec les poissons qui
y vivaient. Peut-être a-t-elle occasionné une pluie de
poissons!
Une pluie peut-être unique en son genre, est la pluie
d'oranges, qui eut lieu à Naples le 8 juillet 1833. Deux
corbeilles d'oranges ([ui se trouvaient sur le rivage, aux
environs de la ville, furent entièrement vidées par une
trombe. Une jeune fille qui se trouvait à une terrasse
assez éloignée de là, vit cette pluie gracieuse s'abattre
autour d'elle, sans la blesser, heureusement.
Les pluies de feuilles d'arbres, de graines, de chenilles et
autres insectes, s'expliquent trop facilement par l'action
des vents, pour mériter une étude spéciale.
Dans tous les cas, ces phénomènes permettent sou-
vent de remonter au point de départ et de déterminer la
trajectoire de ces petits projectiles.
On a longtemps voulu assimiler à ces jjhénomènes les
pluies de pierres, qui ne sont que des chutes abondantes
d'aérolithes, et les pluies de feu, qui sont des pluies
d'étoiles filantes.
On peut encore malheureusement être exposé à voir
des pluies beaucoup plus graves dans nos villes, comme
les pluies de feuilles de zinc déterminées à Paris par le
cyclone du mois de septembre 189G.
Paul Jacob
LE NATURALISTE
67
POURQUOI
L'ANNÉE 1900 NE SERA PAS BISSEXTILE
On Siiit que, tous les 4 ans, l'année compte 3G6 jours, au
lieu de 365 jours comme les années ordinaires. Cela tient à
ce que nous appelons année le temps que met la terre pour
faire le tour du soleil. Or la terre tourne autour de son
centre d'attraction en 363 jours 1/4. 11 s'ensuit que, tous les
4 ans, ou est en retard d'un jour. 11 faut donc ajouter ce jour
supplémentaire, une fois tous les 4 ans. C'est ce qu'on appelle
une année bissextile. Pour savoir si une année est bissextile,
il suflit de savoir si sa date est divisible par 4. Ainsi 1896
a clé une année bissextile, parce que ce nombre est divi-
sible par 4. Cependant 190U, qui est divisible aussi par 4, ne
sera pas une année bissextile. Pourquoi'? Le voici.
C'est pour simplifier les choses que nous avons évalué la
rotation de la terre autour du soleil à 36.Ï jours 1/4. La vérité
est que ce nombre est un peu trop fort. 11 en résulte qu'on
compte presque un jour de trop par siècle, et exactement 3/4
de jour de trnp. Cela fait 3 jours de trop en 4 siècles. 11 faut
donc retrancher un jour, à la fin de 3 siècles sur 4. Il en ré-
sulte que les années HÛO, 1800 et 1900 ne sont pas bissextiles
comme elles auraient dû l'être, puisque ces nombres sont
divisibles par 4 : par contre l'année 2000 est bissextile et res-
tera bissextile. De là, la ré^le suivante : toutes les années sé-
culaires cessent d'être bissextiles, sauf quand le nombre de
leurs centaines est lui-même divisible par 4. De sorte que
l'année 2000 sera bissextile, non pas parce que 2000 est divi-
sible par 4, mais p.irce que 20, qui exprime le nombre des
centaines, est divisible par 4. De même 1600 a été jne année
bissextile, parce que 16 est un nombre divisible par 4 :
•i X 4 = 16, 4 X 5 = 20. 4 X 6 = 24; donc l'année 2400 sera
bissextile, et 2100, 2200, 2300 ne le seront pas.
11 est vrai quà la longue il se glissera plus tard une petite
erreur, on procédant ainsi; car la fraction 3/4 de jour par
siècle n'est pas elle-même tout à fait exacte; mais nos arrière-
petits-neveux feront un jour la correction nécessaire, quand le
moment sera venu. Ils nous sauront gré de leur avoir préparé
les voies, en leur livrant un calendrier grégorien parfaitement
en harmonie avec les révolutions sidérales.
Peut-être serait-il bon d'établir un nouveau calendrier, i
partir de 1900, en plus parfait accord avec nos mœurs et nos
usages, .\insi il n'est pas naturel d'appeler décembre le
douzième mois, ni d'avoir des mois qui commencent par des
jours dill'érents, chaque année. Nous verrons combien il serait
facile de réformer le calendrier d'une façon très pratique pour
tout le monde. (1'
D' Bougon.
LE BOMBYX DU MURIER
L'élevage tics vers à soie et la fabrication tles tissus
tirés de leurs ]iroduits reniontont à la plus haute anti-
quité.
C'est surtout en Chine tjue cette industrie s'est déve-
loppée ; (le tout temps, d'après les annales du Céleste
Empire, ona vénéré l'iuipératrice Loui-Tsee qui, 2700 ans
avant J.-C, avait fait les premiers essais pour le dévi-
tlage des cocons.
Depuis lors, tous les empereurs, pour montrer à leurs
sujets rini])ortance d'une telle entreprise, installaient
dans leurs palais une véritalile magnanerie.
La Chine tenait même tellement à la soie qu'il y avait
peine de mort prononcée contre l'exiiortateur du ver à
soie.
D'ailleurs, ce n'est qu'après la conquête de l'Inde par
Ale.vaudre que la soie fut connue eu Europe; depuis,
cette industrie n'a fait que prospérer; mais, c'est à Olivier
(1) Voir le Xuturaliste, La réforme du Calendrier.
de Serres d'abord et à Colhert ensuite, que nous devons
surtout l'extension considérahle qu'elle ajiris en France.
Le boml)yx du mûrier, qui mesure un maximum de
BO millimètres d'envergure, est velu, d'un blanc sale; ses
antennes présentent des rangées do dentelures de couleur
foncée; ses ailes courtes sont pliées sur le dos, c'est donc
un papillon nocturne ; les ailes antérieures présentent
une grande échancrure.
La chenille porte postéricuirement uue courte corne,
son cou est épais, sa couleur est grise avec des taches
brunes bifurquées et des niari|ues rouges sur le dos.
C'est dans des établissements nommés magnaneries
qu'on élève ces insectes.
Les premières conditions d'une bonne magnanerie sont
d'être sufDsamment vaste et bien aérée; il faut souvent
renouveler l'air de la pièce, en tiyant soin cependant de
garder toujours la même température pour éviter de
funestes changements bruscjues dans la chaleur de la
salle, qui demande à être maintenue constamment entre
la" et 22° degrés Réaumur.
On élève les vers sur des claies superposées et éloignées
les unes des autres d'environ 50 centimètres.
La chenille du bombyx se nourrit uniijuement de feuilles
de mûrier; la ronce, le rosier, l'érable et tutti quanti ont
été essayés, mais en vain, pour l'élevage du ver à soie.
Les œufs du bombyx ont reçu le nom de graine de
ver à soie; cette graine pendant l'hiver est conservée
dans une cave; dès l'arrivée du printemps, quand les
mûriers ont ouvert leurs hourgeons, on porte la graine
dans la magnanerie et on augmente progressivement la
température de 14° à 22°.
On a l'habitude de ne pas laisser l'éclosion s'effectuer
d'elle-même, car les vers à soie naîtraient à des époques
très différentes ; les uns seraient déjà très développés
quand les autres viendraient à peine d'éclore, ce qui
serait une beaucoup tro]) grande diniculté ensuite pour
leur' éducation.
La graine est d'abord gris foncé, après huit jours en-
viron de séjour dans la magnanerie, elle s'éclaircit, l'éclo-
sion approche , on dispose alors sur les reufs un papier
criblé de trous et sur lequel on a placé de jeunes branches
de mûrier, les vers ne tardent pas à couvrir les brindilles ;
on les enlève ensuite bien doucement et on les porte à
l'endroit qu'ils doivent occuper.
On doit leur donner au moins six repas par jour, de
façon à éviter la dessiccation des feuilles de mûrier, qui,
même, doivent leur être données avec le plus grand soin ;
il faut bien en essuyer la poussière et répandre convena-
blement celles-ci sur les claies à élevage, de façon à ce
que chaque individu puisse sans olfort atteindre sa
pâture. Il importe également que les feuilles soient bien
sèches, qu'elles ne soient avariées en aucune façon;
qu'elles soient coupées en morceaux si elles ont perdu la
tendresse de la jeunesse, car, de la bonne qualité de la
nourriture, dépend le succès de l'élevage.
A sa sortie de l'œuf, le ver à soie ne dépasse pas 2 mil-
limètres, il a alors un appétit féroce; au bout de six ou
sept jours, sa faim diminue; il mue pour la première fois,
a cette époque se termine son premier âge. Le dixième
jour les vers à soie ont terminé leur second âge. Le quin-
zième jour, le magnan est prêt à entrer dans son qua-
trième âge, qui le mène jusqu'au vingt-deux ou vingt-
troisième jour.
Le cinquième âge dure dix ou onze longs jours; les
vers jaunissent, ils deviennent reluisants; à ce moment
68
LE NATURALISTE
ils sont 40 fois plus grands qu'à leur naissance et plus
de 9000 fois plus pesants ; vers le neuvième ou dixième
jour de cet âge leur corps devient transparent, ils sont
prêts à filer ; on met alors à leur disposition des branches
de bruyère, ils y montent pour faire leurs cocons.
La matière qu'ils sécrètent pour faire la soie est pro-
duite par deux glandes tubulaires contournées, placées
ne chaque côté de l'intestin, chacune se continuant anté-
rieurement par une grêle filière; ils finissent, du reste,
par former un canal unique où les deux fils visqueux des
glandes sérigicènes se soudent et se dessèchent; le tube
est terminé par un renflenient de la lèvre inférieure :
dans celui-ci aboutissent aussi les canaux de deux petites
glandes qui fournissent le grès, sorte de vernis qui donne
au fil de soie son brillant.
Le fil du cocon est continu, et atteint souvent un kilo-
mètre.
Le magnan s'enferme donc étroitement dans ce tissu,
l'opération ne dure jamais plus de trois jours et demi.
La chenille va donc se transformer en chrysalide.
C'est alors qu'on ôte les cocons des bruyères; ceux
qu'on veut conserver pour la graine seront placés dans
une chambre spéciale où ils attendront pendant trois
semaines environ l'éclosion des papillons; les autres
devront être placés dans une étuve à 100°, de façon à
tuer la chrysalide, ils seront prêts ensuite à être livrés
au filateur.
Léon Flameng.
LA RICHESSE FAUNIQUE DE LA NORMANDIE
Depuis que j'ai commencé la rédaction de ma Fau7ie de
ta Normandie, laliorieux ouvrage auquel je consacre une
partie de mon existence et qui aura plusieurs milliers de
pages (1), je me suis maintes fois demandé quel pouvait
être le nombre des espèces animales sauvages suscep-
tibles d'être trouvées plus ou moins régulièrement ou
plus ou moins exceptionnellement dans cette province.
J'ai effectué les longues recherches nécessaires pour
obtenir ce nombre, évidemment tout à fait approximatif
par suite des lacunes considérables qui existent dans la
connaissance de la faune normande, et je puis répondre a
cette ([uestion.
Au point de vue de la division administrative actuelle
de la France, il est évident que le terme de « province » ne
doit pas être employé; mais, à beaucoup d'égards, ce terme
est très utile, et je prie les puristes de m'autoriser à dire,
relativement aux études fauniques, que la Normandie
est une province constituée par les cinq départements
suivants : Seine-Inférieure, Eure, Calvados, Orne et
Manche.
Offrant une grande diversité de milieux, la Normandie
possède, par cela même, une faune très riche. En effet,
nous trouvons, dans cette province, des plaines, des
collines, quantité de lieux boisés, des marais, des
étangs, un fleuve, des rivières, etc., et, ce qui a une
importance considérable pour sa richesse faunique, une
ongue étendue de côtes maritimes. Ajoutons que, dans
(t) Les fascicules I (Mammifi-res) et II et III ^Oiseaux) sont
publiés; le fascicule IV (Reptiles, Batraciens et Poissons)
paraîtra cette année.
le voisinage de ces dernières, se trouvent quelques
dépressions marines ayant une assez grande profondeur.
De plus, cette province possède des iles et, cela est évi-
dent, des eaux saumâtres.
Au début de mes études sur la faune normande, la
question suivante m'a fortement emlmrrassè : quelle est,
au point de vue faunique, la largeur de la bande littorale
marine qu'il convient de regarder comme dépendante de
la Normandie'?
Après y avoir mûrement réfléchi, j'ai finalement
adopté douze kilomètres comme largeur maximum, lar-
geur qui est tout à fait conventionnelle, cela va sans
dire. Toutefois, je fais une exception pour le petit archipel
de Chausey, situé presque entièrement, il est vrai, en
dehors de cette bande, mais qui dépend de la commune
de Granville, et que, par suite, la logique oblige à rat-
tacher en entier à la Normandie.
.Je tiens à dire qu'à mon avis on doit indiquer, dans un
ouvrage faunique, toutes les espèces sauvages dont la
présence a été reconnue, d'une manière certaine, d-ans la
région étudiée, que ces espèces y habitent constamment,
n'y soient que de passage ou n'y viennent que d'une
manière tout à fait exceptionnelle, à la condition que
leur venue ait lieu en dehors de l'action de l'homme.
Voici, en adoptant la classification suivie par Edmond
Perrier dans son très remarquable Traité de Zoologie, —
classification dans l'ordre ascendant, ce qui est infiniment
plus logique — le nombre des espèces vivantes des diffé-
rents groupes zoologiques, dont la présence pourra être
constatée en Normandie. Ces nombres sont, je tiens à le
répéter, pour la plupart essentiellement vagues, en
raison des énormes lacunes qui existent dans la con-
naissance de la faune de cette province, dont j'ai indiqué,
dans les lignes précédentes, les limites marines iju'au
point de vue des études fauniques j'ai cru devoir lui assi-
gner.
Protozoaires et Mésozoaires : 3,000 espèces environ.
La science ne possède qu'un fort petit nombre de
documents sur les espèces normandes de ces deux
groupes. C'est donc avec une très grande imprécision
que j'évalue leur noiubre à 3.000,
Spon(;iaires : 130 espèces environ.
Polypes : 250 espèces environ, évaluation très approxi-
mative.
ECHINODERMES : 00 espèces environ.
Arthropodes : 13.000 espèces environ, nombre très
approximatif.
Voici la décomposition de ce nombre en les classes
qui constituent, dans la faune normande actuelle, l'em-^
branchement des Arthropodes : Crustacés, 900 espèces
environ ; Pycnogonides, 20 espèces environ ; Arachnides,
1.000 espèces environ; Myriapodes, 80 espèces eitviron;
et Insectes, 11.000 espèces environ.
NÉMATHELMINTHES : 400 espèces environ, nombre très
ap]iroximatif.
LoPHOSTO.MÉs : 600 espèces environ, que l'on peut,
mais d'une manière très vague, répartir ainsi dans les
trois classes composant cet embranchement : Rotifères,
300 espèces environ ; Bryozoaires , 300 espèces environ ; et
Bracliiopodes, B espèces environ.
LE NATURALISTE
69
Vers (MonomérUles, Annelcs et Platyhelminthes) :
900 os]iéccs environ, uomlire très a|i])i'(ixiniatif.
M(ii.i.usQUF.s : 700 espèces environ, se ivpartissant
ainsi dans les cinq classes qui constituent cet enil)i'an-
chemcnt : Amphineures, 10 espèces environ ; Gastéro-
podes, 440 espèces environ ; Scaphopodcs, 5 espèces
environ ; Lamellibranches, 230 espèces environ ; et Céiiha-
lopodcs, 10 espèces environ.
TuNICIERS: 100 espèces environ.
Vertébrés : 010 espèces environ. Ce nombre, vraisem-
lilalilement voisin de la réalité, peut ainsi être décomposé
en les cinq classes constituant cet embranchement : Pois-
sons, 190 espèces environ, dont à peu près 130 sont de
présence plus ou moins régulière en Normandie, et envi-
ron 60 ne s'y trouvent que plus ou moins exceptionnelle-
ment; liiitrariens, lo espèces environ; Reptiles, Il espèces
environ; Oiseaux, 330 espèces environ, dont à pou près
190 sont sédentaires ou de passage régulier en Norman-
die (un certain nombre d'espèces y sont à la fois séden-
laires et de passage régulier), et dont environ 140 n'y
viennent ([ue d'une manière plus ou moins acciden-
telle; enfin, Mammifères, 65 espèces environ, dont à peu
près 30 sont sédentaires en Normandie, et environ 13 n'y
viennent que plus ou moins exceptionnellement.
La totalisation de la quantité d'espèces des groupes
zoologiiiues indiquée précédemment donne le nombre de
19.770 nu 19.790, selon qu'on additionne, soit uniquement
le nombre d'espèces des groupes principaux, soit, pour
les embranchements des Lophostomés, des Mollusques et
des 'Vertébrés, le nombre d'espèces des subdivisions de
ces trois embranchements. C'est donc un total d'à peu
près 20.000 types spécifiques, auxquels se rattache une
quantité considérable devariétés que l'entière insuffisance
de renseignements ne me permet pas de fixer, même avec
une très vague approximation.
En résumé, je crois pouvoir évaluer à vimjt mille envi-
ron le nombre des espèces animales susceptil.des d'être
rencontrées dans la province normande, dont j'ai indiqué
précédemment les limites terrestres administratives et
les limites marines conventionnelles; mais je tiens ab-
solument à répéter encore qu'il ne s'agit là que d'une
évaluation fort imprécise. Quoi qu'il en soit, il n'était pas,
je le crois, sans intérêt de rechercher quelle pouvait être
la richesse faunique de la Normandie, richesse qui est
très grande en raison de la situation iirivilêgiée de cette
province.
Henri Ci.\DEAU de Kerville.
P. -S. — Je recevrais avec beaucoup de reconnaissance
des documents sur les Reptiles, les Batraciens et les
Poissons rares en Normandie. Il me serait particulière-
ment utile d'avoir en communication des 'Vipères, des
Sonneurs iliomhinator] et des Loches {Cobitis) capturés
dans cette [irovince. [Henri Gadeau de Kerville, 7, rue
Dupont, Rouen.]
MINÉRAÏÏX NOÏÏYEAÏÏX
présente eu petits cristaux a|iiiarteii:int an système rhom-
bique et no dépassant pas 3 millimètres diUongueur. Los
cristaux sont allongés suivant l'axe qui joint les deux
angles aigus de la base. Ils ressemblent à dos cristaux de
dufrénoysite, et ont par conséqwuit l'éclat métallique.
Leur densité est de 3,32. L'analyse a donné les résultats
suivants :
Plomb 32, 9S
Soufre 23, 72
Arsenic 17, 24
Antimoine 3, 33
P\'r 0, 36
Total 99, 03
Cette composition nnuitre qui' la l'iiihite est un mélange
isomorphe de 3 molécules de dufrénoysite, qui est un
sulfoarséniure deplomb, avec une molécule dejamesonite,
qui est un sulfo-ammoniure de plomb.
La rathite est soluble dans l'acide chlorhydrique. Elle
est facilement fusible au chalumeau.
La Schulzenite possède une couleur noire et est amor-
phe. Sa cassure est conchoïdale et sa poussière est noire.
La densité est 3,39 et la dureté 3,5. Elle contient 46, 76 0/0
de cobalt, 12,65 de cuivre, 14,08 d'eau combinée et 19,34
d'oxygène : c'est donc un mélange hydraté d'oxyde de
cobalt et d'oxyde de cuivre. La localité de cette espèce
est inconnue. Elle a été trouvée dans la collection
F. Schulze et vient probablement du nord du Chili. Sa
description est due à M. Pablo Martens.
La Pearceite, décrite par le minéralogiste américain
M. Penfîeld, est une polybasite arsénifère. H. Rose avait
constaté que la polybasite de Chemnitz renfermait beau-
coup d'arsenic et peu d'antimoine, c'est donc de la pear-
ceite. M. Penfleld, pour justifier la création de cette nou-
velle espèce, fait remarquer que l'on a l'habitude de
donner des noms différents aux antimoniures et auxarsé-
niures ayant la même formule, bien que ces deux corps
puissent se remplacer mutuellement et que Ton ait tous
les passages entre les deux types extrêmes. Ex. : la
tétraédrite et la tennantite ; la nickeline et la breithauptite.
ANIMAUX
Mythologiques, légendaires, historiques, illustres,
célèbres, curieux par leurs traits d'intelligence,
d'adresse, de courage, de bonté, d'attachement,
de reconnaissance, etc.
La Rathite, décrite par H. Baumhauer et dédiée au
célèbre minéralogiste G. von Rath, a été trouvée dans
la dolomio de Binnenthal, qui est bien connue par sa
richesse en espèces minérales. Elle est cristallisée et se
Dauphin. — Le dauphin a-t-il été conim des Egyp-
tiens et des Hébreux? Evidemment, puisqu'il pullule
dans toutes les mers; mais nous ue connaissons pas le
mot dont se servaient les Juifs pour désigner ce pois-
son. Quelques auteurs veulent que le poisson qui
engloutit Jonas [ait été un dauphin : or, jamais un
dauphin n'a sérieusement attaqué l'homme et n'a pu en
avaler un tout entier ; il y a à cela une seule raison, mais
elle est péremptoire : c'est que l'homme est un morceau
trop gros pour l'estomac de ce poisson.
D'autres théologiens ont cru qu'il s'agissait du maillet:
impossible encore, toujours pour la même raison. « Il
s'agit, selon toute vraisemblance, dit Fillion, du Canis
LE NATURALISTE
carchaiitis, ou Requin, qui est parfois lon^' de dix mètres,
et dont la gueule énorme peut mesurer jusqu'à 1 m. 50
entre les mâchoires. »
La légende veut que Jonas ait été englouti par une
baleine, qui le garda trois jours dans son estomac; ici,
encore une difficulté; ce roi des cétacés a le gosier trop
étroit pour avoir pu remplir le rôle qu'on lui prête; le
pauvre Jonas eût été laminé avant de pouvoir s'installer
dans son domicile.
Bochart, pas plus que d'autres érudits commentateurs
de la Bible, ne souille mot du dauphin.
Néanmoins, il me paraît que l'imagination populaire
est plutôt dans le vrai en attribuant l'aventure à la ba-
leine plutôt qu'au dauphin ; en cO'et, la taille colossale
du cétacé l'indiquait naturellement pour cette fonction
providentielle, et le peuple n'avait pas à s'inquiéter des
dimensions particulières du gosier de l'animal. Toute
discussion serait d'ailleurs oiseuse à ce sujet. Voyez dans
la Bible : Jori'is, chap. il, v. 1-11; Mathieu, ch. xii, v.40;
Lamentations de Jérémie, ch. iv, v. 3. Ce dernier passage
nous montre que les Hébreux savaient que le dauphin (ou
tout autre cétacé désigné par lamia dans la Vulgate)
allaite ses petits : « Même les monstres marins présen-
tent la mamelle et allaitent leurs petits; mais la fille de
mon peuple est cruelle comme l'autruche du désert. »
Le vieil Homère connaissait la foudroyante rapidité de
la course du dauphin et sa force, qui le rendent si redou-
table aux autres habitants des mers; aussi lui compare-
t-il Achille faisant fuir les Troyens devant lui :
*Û; 6''j-ô 5î>9.îvo; [Xïyay.r.TcOç t'yO-js; à'/)oi;
i< Tels les poissons poursuivis par le dauphin. »
Le dauphin a fait parler de lui plus encore que le
cygne, et l'on a débité sur son compte les fables les plus
extraordinaires et les plus ineptes. Le premier cou])able
connu est Hérodote, qui s'est borné, bien entendu, à
raconter ce qu'il avait entendu dire, et ce qui constituait
sans doute une tradition se perdant dans la nuit des
temps. D'après lui, un dauphin aurait sauvé le fameux
cithariste Arion, que des matelots avaient obligé à se
jeter dans la mer, et l'aurait transporté au plus jirochain
rivage. Voyez les Histoires, livre I [Ctio), chap. xxiii
et XXIV.
Comme tous les auteurs qui ont parlé du dauphin se
sont servis de ce passage d'Hérodote, en l'entourant des
mille autres légendes qui avaient cours de leur temps, je
me bornerai à citer ces derniers dans les passages les
plus curieux de leurs récits.
Aristote d'abord :
Histoire des animaux (Livre l, ch. ix, § 1 et 2.) — Parmi
les animaux marins, les cétacés, tels que le dauphin et
les sélaciens, sont également vivipares. De ces animaux
marins, les uns ont le tuyau souffleur et n'ont pas de
branchies, comme le dauphin et la baleine. Le dauphin a
le tuyau sur le dos, tandis que la baleine l'a sur le front.
(I, IX, § b.) « De tous les animaux qui ont des oreilles,
l'homme est le seul chez qui elles soient immobiles, car,
parmi les animaux doués de l'organe de l'ouïe, les uns
ont des oreilles, les autres n'en ont pas : ils n'ont à l'ex-
térieur que le conduit auditif, comme tous les volatiles
et les animaux à écailles. Tous les vivipares, excepté le
phoque, le dauphin et les diverses espèces de sélaciens
ont des oreilles; car les sélaciens aussi sont vivipares.
(II, IX, § 3.) « Le dauphin a deux mamelles, non pas
placées en haut, mais situées près des articulations. Les
mamelons ne sont pas apparents, comme dans les qua-
drupèdes ; mais ce sont des espèces d'orifices, un de
chaque côté sur les flancs ; c'est de ces orifices que sort le
lait tété par les petits, qui suivent leur mère; le fait aété
constaté par quelques personnes qui l'ont parfaitement vu.
(IV, IX, 5; 9.) « Le dauphin émet aussi un sifflement, et
il murmure quand il sort de l'eau et est à l'air. Mais ce
son est tout autre chose que ceux dont on vient de parler
{la voix ou le cri des autres animaux). Le dauphin a bien
une voix, puisqu'il a un poumon et une trachée-artère ;
mais il n'a pas la langue libre et il n'a pas de lèvres, de
manière à pouvoir articuler quelque chose avec cette
voix. »
(Inutile de dire que cette prétendue voix du dauphin
n'est autre chose que le bruit de l'eau sortant par les
évents; en outre, un poumon et une trachée-artère n'ont
jamais exclusivement suffi pour créer la voix.)
(IV, X, § 8.) (1 Les sélaciens dorment si bien, que parfois
on peut les prendre à la main : le dauphin, la baleine et
tous les poissons à tuyau dorment en élevant au-dessus
de l'eau ce tuyau, qui leur sert à respirer, et en remuant
doucement les nageoires. On prétend même qu'on a en-
tendu le dauphin ronfler.
(V, XXV, § 7.) « Dans cette partie de la mer qui va de
Cyrène à l'Egypte, le dauphin est attaqué par un poisson
qu'on appelle le pou ; ce poisson est le plus gras de tous,
parce qu'il profite de la nourriture abondante que le dau-
phin lui assure en chassant.
(VI, XI, § 1, 2, 4.) « Le dauphin et la baleine, ainsi que
les autres cétacés, qui ont un tuyau ou évent au lieu de
branchies, sont vivipares. En général, le dauphin ne pro-
duit qu'un seul petit, rarement deux. La baleine en a or-
dinairement deux au plus, mais elle en a deux plus sou-
vent qu'un. Les petits du dauphin croissent rapidement;
en dix ans, ils acquièrent leur développement complet.
La femelle porte dix mois ; elle produit en été seule-
ment, jamais dans une autre saison ; les petits la suivent
pendant très longtemps, et cet animal aime beaucoup sa
progéniture. Il a une existence assez longue : on en a vu
vivre jusqu'à vingt-cinq ans, et même jusqu'à trente. Les
pêcheurs coupent la queue de quelques-uns et les laissent
aller ensuite, assurés de connaître par là, plus tard, l'âge
qu'ils atteindront.
(VIII, IV, § 8.) « La rapidité du dauphin et sa glouton-
nerie sont vraiment inimaginables.
(IX, XXXV, §§ 1 à 4.) 0 Parmi les poissons de mer, le
dauphin est celui dont on cite le p'.us de traits de dou-
ceur et de docilité. On vante même ses affections et son
amour pour les enfants, à Tarente, en Carie, et dans
d'autres pays. Ainsi, en Carie, on prétend qu'un dau-
phin ayant été pris et couvert de blessures, une foule
de dauphins arrivèrent dans ce port, et ne le quittèrent
que lorsque le pêcheur eut lâché le dauphin blessé ;
alors seulement tous s'en allèrent. Les petits dauphins
sont toujours suivis de quelqu'un des gros, pour les dé-
fendre. On a observé une fois une troupe de grands dau-
phins et de petits, réunis tous ensemble ; deux autres,
laissés en arrière, parurent à peu de distance, nageant
sous un petit dauphin mort, et le soutenant sur leur dos
quand il coulait à fond, comme si, dans leur pitié pour
lui, ils voulaient empêcher que d'autres gros poissons ne
le dévorassent.
« On raconte delà vitesse des dauphins des choses non
moins incroyables, et l'on peut admettre quec'est le plus
rapide de tous les animaux de mer et de terre, dans ses
LE NATURALISTE
mouvements. On prétend que, dans ses bonds, il saute
jusque par-dessus les voiles des grands vaisseaux. C'est
ce qui leur arrive surtoutquand ils poursuivent quelque
poisson pour le dévorer; ils plongent avec lui jusqu'au
fond des mers, où il fuit ; mais quand le retour doit de-
venir par trop Ions;, ils retiennent leur souffle, comme s'ils
avaient calculé la distance, et, se retournant soudain, ils
vont avec la rapidité d'une flèche, voulant franchir l'im-
mense intervalle aussi vite que possible, afin de pouvoir
respirer à la surface. C'est dans cet élan qu'ils bondis-
sent par-dessus les bateaux (jui se trouvent là.»
Dans sa Géographie (liv. XVII, ch. ii) Strabon nous
dit : a Aristobule ])rétend qu'aucun poisson do mer ne
remonte le Nil, à cause des crocodiles, et qu'il en est
trois pourtant qu'on y renconlre, à savoir : le dauphin, le
ceftreus et le thrissa ; le dauphin, parce qu'il est plus fort
que le crocodile. « etc.
C'est ce que dit aussi Pline au livre VIII, ch. xxxviii,
de son Histoire naturelle :
Il Le crocodile était un fléau trop dangereux pour que
la nature se contentât de lui opposer un seul ennemi : aussi
des dauphins qui entrent dans le Nil ont sur le dos une
épine (I) qui semble aiguisée pour servird'arme : les cro-
codiles veulent les empêcher de chasser dans un fleuve
qu'ils regardent comme leur domaine; le dauphin, plus
faible que son ennemi, le met à mort par ruse ; en effet,
tous les animaux ont un instinct admirable qui leur fait
connaître non seulement leurs propres avantages, mais
encore les désavantages de leurs ennemis, leurs armes, le
côté faible de ceux qu'ils attaquent. Le crocodile a sous
le ventre la peau molle et mince; le dauphin, comme
effrayé, plonge, passe sous le ventre de son ennemi, et
il le lui perce avec son épine. »
Strabon continue ainsi :
(XII, III, § 19) n Lesdauphins, onicsait, viennent vo-
lontiers à la suite des poissons, tels que les cordyles, les
thynnes, et même les péiamydes, qui voyagent par bandes.
Naturellement, ils s'engraissent vite aux dépens de ces
poissons, et n'en deviennent (jue plus faciles à prendre,
leur voracité les poussant à se rapprocher des côtes le
plus possible. Or, une fois qu'on les a amorcés et pris,
ou s'empresse de les dépecer pour extraire toute leur
graisse, qu'on fait servir ensuite à mille usages diffé-
rents. »
Il paraît qu'on voyait aussi des dauphins dansleGange
et ses affluents : car, au ch. i du livre XV, § 72, Strabon
dit : «... Entre tous les affluents du Gange, Artémidore
distingue l'Œdanès, qui nourrit dans ses eaux, paraît-il,
des crocodiles et des dauphins. »
Au chapitre li du livre XIII, § 4, il raconte succincte-
ment l'aventure du musicien Arion : «... Ici, àMéthymne
est né Arion, personnage qu'un récit fabuleux d'Héro-
dote a rendu célèbre, et qui, jeté à la mer par des pirates,
se sauva, dit-on sur le dos d'un dauphin, et put ainsi
gagner Ténare : cet Arion était citharède. »
Ovide, dans ses Fastes, nous parle aussi d'Arion, éter-
nel sujet pour les poètes (livre II, v. 79 à ll8);il s'agit de
la constellation du Dauphin :
«... Le Dauphin, dont vous admirez la couronne
d'étoiles, vous échappera aussi la nuit suivante. Est-ce
celui dont les recherches heureuses secondèrent les
amours secrètes de Neptune (2), ou si c'est l'habitant de
(1) D'après Cuvier. c'est le ^qualus acanlhias.
(.2) Et d'Amphitrite.
l'onde qui porta le poète de Lesbos et sa lyre ? Sur
l'Océan, sur la Terre, quel lieu n'est plein de la gloire
d'Arion ? Ses chants suspendaient les fleuves dans leurs
cours. On vit souvent, aux accords de sa lyre, le loup
quitter la poursuite de la brebis timide, et l'innocente
proie oublier sa peur et ses dangers. Le même arbre
prêtait son ombre aux chiens et aux lièvres, la biche
prenait place sur le rocher auprès de la lionne; pour la
première fois, l'oiseau de Minerve supportait sans humeur
le babil de la corneille ; la colombe ne fuyait plus l'éper-
vier. On dit même, harmonieux poète, que la scuur
d'Apollon, séduite par tes chants, croyait entendre son
frère. Le nom d'Arion avait retenti dans toutes les villes
de la Sicile, et les côtes mêmes de l'Ausonie avaient répété
ses accords. Le poète revenait de ces beaux lieux. Il
montait un vaisseau chargé des trésors qu'il devait à son
génie, etc., etc. — Toute œuvre pie attire les regards du
Ciel : Jupiter jilaça le dauphin parmi les astres et
l'entoura de neuf étoiles. »
Cette constellation en a même seize visibles à l'oeil nu.
Dans ses Métamorphoses (livre III, v. 670-687), Acoetes
raconte comme il s'était, avec ses compagnons, emparé
du jeune Bacchus ivre, à Naxos, et comment ce dieu,
pour l'en punir, transforma ses compagnons en dau-
phins :
... primusque Mcdon nigrcscere pinnis
Corpore depresso, et spinœ curvamina flecti
Incipit; etc., etc.
« Médon, le premier, voit, sur ses membres courbés,
naître de noires écailles, et l'épine de son dos se courber
en arc. Quelle étonnante métamorphose ! lui ditLycabas;
et pendant qu'il profère ces mots, sa bouche s'allonge,
son nez s'élargit, et sa peau durcie se couvre d'écaillés.
Un autre veut, d'un bras vigoureux, saisir les câbles;
mais il n'a plus de bras : mutilé, il tombe au fond de la
mer, et son corps se termine par une queue semblable à
une faux ou au croissant de la lune quand elle nous
montre la moitié de son disque, (,'à et là ils bondissent et
font jaillir au loin les flots; puis ils s'élancentdu sein des
eaux et s'y plongent encore; ils nagent en chœur, se
livrent à mille jeux, et l'onde qu'ils ont aspirée ils la
rejettent hors de leurs larges naseaux. »
Avait-il tout à fait tort, notre Régnier, poète lui-même,
quand il disait :
Pour être bon poète il faut tenir des fous ?
Et Jean Passerat, poète aussi, n'a-t-il pas dit :
Le poète et le fou sont de même nature?
Quant au poète Malherbe, il est encore plus incisif :
Un bon poète, dit-il, n'est guère plus utile à l'Etat qu'un
bon joueur de quilles.
Eh! eh! ne chicanons pas trop ces trois augures : ils
aimaient la vérité. Mais les prosateurs disent parfois
autant de folies que les poètes; écoutons-les.
Voici d'abord Pline l'ancien et son Histoire naturelle
(livre IX, ch.vii) : « Le plus rapide de tous les poissons,
et même de tous les animaux, est le dauphin; il est plus
prompt qu'un oiseau, qu'une flèche; et s'il n'avait pas la
gueule beaucoup au-dessous du museau (???) et presque
au milieu du ventre (!!!) aucun poisson ne lui échappe-
rait, etc., etc. »
Puis il copie mot à mot Aristote, et il continue ainsi :
«... Leur langue, contre la disposition habituelle aux
LE NATURALISTE
animaux aquatiques, est mobile, courte et large, et ne
dilTère guère de celle du cochon. Au lieu de voix, il ont
un gémissement semblable au gémissement humain ; leur
dos est voûté, leur nez camard (simus, o-iixo;) ; c'est pour
cette raison qu'ils reconnaissent tous d'une manière sin-
gulière le nom de Simon, qu'on leur donne, et ils aiment
à être appelés ainsi.
Vin. — « Le dauphin n'est pas seulement ami de
l'homme, il aime aussi la musique ; la symphonie le
charme, et surtout le sondes instruments hydrauliques.
Pour lui, l'homme n'est pas un étranger dont il ait peur ;
il va au-devant des vaisseaux, il joue, il bondit, il joute
même, et dépasse les navires quoiqu'ils voguent à pleines
voiles. Sous le règne du dieu Auguste, un dauphin mis
dans le lac Lucrin prit en amitié l'enfant d'un pauvre
homme. Cet enfant, allant habituellement de Baies à
Putéoles (Pouzzoles) pour se rendre à l'école, s'arrêtait
vers midi sur la rive, l'appelait du nom de Simon, et l'al-
léchait en lui jetant des morceaux de pain qu'il portait
dans cette intention. Je n'oserais rapporter ce fait s'il
n'était consigné dans les écrits de Mécène, de Fabianus
Alfius et de plusieurs autres. A quelque heure du jour
qu'il fijt appelé, eùt-il été caché au fond des eaux, le
dauphin accourait. Ayant reçu sa portion de la main de
l'enfant, il lui présentait son dos pour qu'il y montât, et
cachait ses aiguillons comme dans une gaine. Il le por-
tait ainsi jusqu'à Putéoles à travers un grand espace
d'eau, et le ramenait de la même façon. Cela dura plu-
sieurs années, jusqu'à ce qu'enfin, l'enfant étant mort de
maladie, le dauphin, qui venait de temps en temps au
lieu accoutumé, triste et affligé, succomba à son tour,
victime (ce dont personne ne douta) des regrets qu'il
éprouvait. »
On verra plus loin qu'Appien a encore dramatisé ce
récit plus qu'il ne l'est.
Voilà un fait bien incroyable, et contre lequel nous
nous insurgeons. Eh bien, nous avons peut-être tort.
D'abord, était-ce réellement un dauphin ? ne s'agit-il
point ici d'un plioque, d'une otarie '?...
Tout le monde a vu les otaries du Jardin d'Acclimata-
tion. Ces animaux accourent d'un bout de leur bassin à
l'autre, à la vue d'un morceau de pain; un enfant leur en
fait faire le tour en tenant l'appât à la hauteur do leur
mufle. Admettez maintenant que ces animaux familiers
puissent jouer avec un enfant; que celui-ci, bien connu
du camarade aquatique, le flatte, le caresse, l'habitue
à son contact continuel (c'est d'ailleurs ce qui a lieu entre
les otaries et leur gardien) ; qu'y aurait-il d'étonnant à ce
que l'amphibie, nageant cùte à cote avec son ami, le lais-
sât grimper sur son dos et le portât ainsi plus ou moins
loin ?... Faites maintenant la part de l'exagération du
vulgaire, et voilà tout un roman échafaudô, revu, em-
belli, et prenant bientôt tous les caractères de la fable.
C'est ainsi que la mythologie — comme l'histoire, sou-
vent — a été écrite.
« Un autre dauphin, continue Pline l'Ancien, il y a
quelques années, sur la côte d'Afrique, près d'Hippone
Diarrhyte, recevait de la même façon les aliments de la
main des hommes, se prêtait à leurs caresses, jouait avec
les nageurs et les portait sur son dos. Il fut frotté avec un
parfum par Flavianus, proconsul d'Afrique ; cette odeur,
nouvelle pour lui, l'assoupit, et il flotta comme un corps
mort. Pendant quelques mois il s'abstint de la société
des hommes, comme si un outrage l'en avait chassé;
puis il revint, et présenta le spectacle des mêmes mer-
veilles. On accourait le voir de tous côtés, et. comme les
visiteurs étaient parfois d'un rang fort élevé, la ville, qui
était pauvre, était entraînée à des dépenses hors de ses
moyens pour recevoir convenablement ses hôtes. On ré-
solut donc de se débarrasser du bon dauphin et on le fît
secrètement périr. »
C'est là où le crétinisme humain apparaît dans toute
sa splendeur.
Pline le Jeune, neveu du précédent, a écrit cette histoire
à son amiCavinius, dansune longue lettre(xx.xiii° épitre),
où il ajoute de nombreux détails, et dans laquelle il dit
que, tel qu'il s'est passé, sans y ajouter aucun ornement
étranger, ce fait pourrait être célébré en vers éloquents,
et constituer un beau poème ; — pas en l'honneur de
l'homme, certes !
n Mais avant tout cela, continue Pline l'Ancien, on a
cité l'aventure d'un enfant de la ville d'Iassos ; longtemps
un dauphin f^Jt remarqué pour l'attachement qu'il portait
à ce petit. Un jour, le suivant avec trop d'ardeur sur le
rivage, au moment où il regagnait la terre, il s'échoua
sur le sable et expira, Alexandre le Grand fit cet enfant
prêtre de Neptune, à Babylone, considérant cet attache-
ment du dauphin comme une preuve de la faveur de la
divinité.
« Théophraste rapporte qu'un dauphin mourut de cha-
grin à la suite du décès d'un enfant son ami, mort dans
les flots en jouant avec lui.
« Je n'en finirais pas si je voulais citer tous les faits de
ce genre. Les Amphilochiens et les Tarentins font les
mêmes récits d'enfants et de dauphins; cela donne de la
vraisemblance à l'histoire d'Arion... »
{Suit l'histoire d'Arion, que nous verrons tout à l'heure en
détail.)
Pline cite ensuite des faits d'une prodigieuse incohé-
rence : les dauphins venant donner un coup de na-
geoire aux pêcheurs pour que leur pêche soit aussi heu-
reuse que possible :
(Livre IX, chap. ix.) « Un nombre infini de muges, à
une épocjnefixe, se précipitent dans la mer par l'ouverture
étroite de l'étang nommé Latera, dans la province de
Narbonne, au territoire de Nîmes, au moment du reflux.
Cela fait qu'on ne peut tendre des filets, qui ne résisteraient
pas à un pareil poids, quand même le choix du moment
ne favoriserait pas les muges. Aussi, ces poissons se ren-
dent-ils en toute hâte dans une mer profonde que forme un
gouffre voisin, etils s'empressent de fuir le seul lieu où
l'on puisse tendre des filets. Dès que les pêcheurs s'en
sont aperçus, tout le peuple (car une foule immense, con-
naissant l'époque, et surtout avide de ce plaisir, s'est
réunie), tout le peuple, dis-je, appelle à grands cris, du
rivage, Simon à l'afl'aire et au spectacle.
« Les dauphins entendent bientôt qu'on a besoind'eux,'
le vent du nord portant rapidement la voix de leur côté,
et le vent du midi la retardant. En tout cas, ils ne font
pas attendre leur secours. On les voit arriver en bataille,
et prendre aussitôt position là où l'action va s'engager :
ils coupent aux muges le chemin de la haute mer, et, en
les effrayant, les repoussent dans les bas-fonds. Alors les
pêcheurs jettent leurs filets et les soulèvent avec des
fourches; néanmoins les muges, agiles, les franchissent;
mais les dauphins fondent sur eux, et, se contentant
pour le moment de les tuer, remettent à les manger
après leur victoire. L'afl'aire est chaude. Les dauphins,
qui poussent vigoureusement leur pointe, se laissent en-
fermer dans les filets ; et, pour que leur présence ne
LE NATURALISTE
73
presse poiiil hi fuite de reniienii, ils se glissent ontio les
barriiies, les filets ou les nageurs, avec assez de ménage-
mont pour ne pas ouvrir une issue aux poissons. Ils ne
font aucun elVort jiour s'échapper par des sauts (ce qui
est ordinairement leur amusement favori) avant qu'on
abaisse les lilcts devant eux ; sortis, ils combattent aussi-
tôt devant l'enceinte. Enfin, la pèche terminée, ils dévo-
rent ceux qu'ils ont tués; mais, sentant qu'ils ont rendu
trop de services pour ne recevoir de salaire qu'un seul
jour, ils attendent au lendemain, et se rassasient non
seulement de poisson, mais de pain tremiié dans du
vin.
E. Santini de Riols.
L<'lionaino intorslaclairo
Les premières traces certaines de l'homme dans les
formations géologiques se rapportent à l'époque inter-
glaciaire. Dans les dépôts sablonneux laissés par les
larges fleuves d'alors, si larges qu'ils atteignaient, comme
la Seine, par exemple, 16 kilomètres, on rencontre, avec
les molaires d'Elepha^ antiquiis et de Rhinuceros Merckii,
des silex taillés par l'homme.
Ce sont des instruments rudinientaires, tous identiques,
qu'on a décorés du nom de haches. C'est un silex ou un
fragment d'autre roche, auquel on a donné la forme
d'une grosse amande en détachant, par le martelage, des
éclats sur ses deux faces. La forme, la grandeur, le fini
varie, mais, au fond, l'instrument reste le même, tou-
jours identique, et il est aisé de le reconnaître à première
vue. L'amande est plus ou moins ovale, se terminant,
d'une part, en pointe souvent aiguë, s'arrondissant
d'autre part en un talon épais. Cet instrument pouvait
servir, par sa pointe, d'arme perforante, par son talon,
de marteau jiour la frappe. Était-il tenu simplement à
la main ou fixé à l'extrémité d'un épieu':" La réponse est
dillicile à donner, car aucun indice n'a été relevé pour
une solution définitive.
C'est en 1847 que Boucher de Perthes, dans le pre-
mier volume de ses Antiquités celtiques et antt'dilnviennes,
appela l'attention du monde savant sur ces haches, y vit
un travail intentionnel et n'hésita pas à en rapporter la
fabrication à la race d'hommes détruite par le déluge uni-
versel. L'idée de découvrir dans les dépôts sablon-
neux du diluvium les restes des hommes qui furent
anéantis par le déluge de Noé, conduisit Boucher de
Perthes à cette importante découverte. C'est en recher-
chant dans les alluvions des environs d'Abbeville les
restes des antiques humains détruits par cette mémorable
inondation, que cet homme modeste découvrit ces silex
taillés.
L'annonce de cette trouvaille imprévue déchaîna contre
son auteur de violentes protestations. « Archéologue
inconnu, géologue sans diplôme, dit Boucher de Perthes,
je voulais renverser tout un système, confirmé par une
longue expérience et adopté par tant d'hommes éminents.
C'était là, disait-on, une étrange prétention... Ils ne
soupçonnaient pas ma bonne foi; mais ils doutaient de
mon bon sens. » Le mot « hérésie » fut prononcé. Et
cependant, même en se plaçant sur le terrain des textes
bibliques, il était étrange de contester la présence d'armes
humaines dans les couches formées jiar ce cataclysme,
puisque les hommes avaient, d'après la Bilde, disparu
dans celte inondation universelle!
Boucher de Perthes, convaincu, ne se laissa pas décou-
rager; il continua ses fouilles et, dix ans plus tard, il
publia, en 1857, le second volume de son travail.
Pendant ce laps de temps, la question de l'homme
antédiluvieiï avait fait un grand pas. Les travaux pres-
que oubliés de Tournai de Narbonne (1828), de Christol
de Montpellier (1829), de Schmerlinde Liège (1833), d'Ay-
mard du Puy M844). d'Ami Boue, de l'Académie des
Sciences de Vienne (1823), avaient affirmé la présence
d'ossements humains associés, dans les dépots des ca-
vernes et du diluvium, aux ossements fossiles d'animaux
disparus. Cuvier leur avait opposé une dénégation for-
melle, en niant, dans son Discours sur les révolutions du
globe, l'existence de l'homme contem])orain des derniers
phénomènes géologiques et des derniers animaux d'es-
pèces éteintes, de rhomme fossile, en un mot. Les décou-
vertes de Boucher de Perthes soulevaient de nouveau
la question et apportaient des arguments du plus haut
intérêt. Dès 18b4, le docteur Rigollot, d'abord son ad-
versaire, se déclarait converti et groupait autour de lui
des partisans convaincus. Les savants anglais Joseph
Prestwich et .John Evans, Ch. Lyel, donnaient, en 18S9,
l'appui de leur puissante autorité au savant français,
réunissant ainsi il'indiscutahles matériaux pour établir
les Preuves géologiques de Vantiquité de l'homme. Le
troisième et dernier volume de Boucher de Perthes
parut en 1864.
C'est en 1832, à Thuisson, aux portes d'Abbeville, que
Boucher de Perthes avait trouvé la première hache en
y^GM
Silex taillé interglaciaire (Hache clielléenuej.vue do face
et vue de profil.
silex taillé. Toutes les alluvions quaternaires de la région
montrent, en abondance, des instruments du même type.
Amiens est un centre aussi riche; le gisement de Saint-
Acheul qui touche à la ville a donné un nombre prodi-
gieiix débâches. Le D'' Rigollot en a vu sortir du sol plus
de quatre cents en cinq mois; on estime à plus de vingt
mille le nombre des pièces recueillies jusqu'à ce jour sur
ce point. De nombreuses stations sont disséminées sur
les graviers quaternaires de la vallée do la Somme et de
ses affluents.
LE NATURALISTE
Le bassin de la Seine a des carrières de graviers aussi
riches en silex. En 1859 H. Gosse y fit les premières dé-
couvertes. Les vallées affluentes en présentent toutes. Celle
de la Marne contient le gisement de Chelles.quedeMortillet
a pris comme type de cette époque. La Normandie, la
Bretagne, le bassin de la Loire, la Vendée, les Charentes,
le bassin de la Dordogne, les liassins du Rhône et du
Rhin ont offert de précieux gisements. En Angleterre,
la station de Iloxne, comté de Suffolk, est la plus célèbre ;
mais le bassin de l'Ouse a fourni un grand nombre de
haches bien conservées. De nombreuses stations ja-
lonnent les vallées (juaternaires.
La Belgique, l'Espagne, le Portugal, l'Italie, la Grèce,
l'Afrique, ont donné d'importantes stations. Pour l'Alle-
magne, la Russie et le nord de l'Europe, les points; signa-
lés sont méridionaux et ne s'avancent pas dans la zone
glaciaire qui, malgré le recul, couvrait tout le nord de
l'Europe.
Lorsque M. de Mortillet établit la classification de ses
époques préhistoriques, il donna à l'époque qui nous oc-
cupe le nom d'Acheuléen, nom tiré de la station de Saint-
.\cheul si bien étudiée par le D'' Rigollot ; plus tard, la
station de Chelles fut décrite, il la trouva plus typique et
substitua le nom de Chelléen à celui d'.Acheulécn qui
restent synonymes. Cette époque correspond géologi-
quement à l'époque interglaciaire.
Elle est caractérisée par une flore que les Tufs de la
Celle (Seine-et-Marne) ont conservés. Parmi les plantes
déterminées par M. de Saporta, plusieurs espèces dé-
notent un climat plus doux et assez chaud. Le buis et le
fusain à larges feuilles ne dépassent plus la Bourgogne,
l'arbre de Judée atteint Orange, le figuier sauvage est
propre à la Provence et le laurier des Canaries n'a plus
de stations françaises. Pour que ce dernier arbuste put
persister, le froid maximum ne pouvait dépasser 8°.
Tous les gisements végétaux de cette époque amènent
à cette conclusion que la température était égale, uni-
forme, à écarts beaucoup moins étendus que de nos
jours.
La faune a pour types caractéristiques : Elephas anli-
quus, l.hlnoctros Mcn-kii, et Hippopotamiis amphibius. Ces
animaux ont des allinités étroites avec les formes de la
faune chaude accompagnant Elephas meridionalis.
' C'est surles bords des largesfleuves de cei.te époque que
l'homme chelléen façonnait ses silex en amandes, qu'il
utilisait à divers travaux et dont il se servait comme
armes pour lutter contre les animaux dont il faisait sa
nourriture.
Cet homme, nous le connaissons par le squelette de
Nértnderlhal, trouvé dans les alluvions quaternaires de la
vallée de la Dûssel, près Dusseldorf, par le crâne de
Canstadt, par les ossements de Lahr redécouverts au
Muséum par N.-E. Hamy, par les crânes d'Eguisheim,
de Brux, de l'OImo, de Denise, par des pièces diverses
dont les plus importantes sont les mâchoires de la Nau-
lette, de Gourday, de Goyei, de Malarnaud, etc. Il ne
dépassait pas, comme taille, la moyenne actuelle ; il
avait des muscles puissants et une grande vigueur tho-
racique. Avec ses arcades sourcilières proéminentes, son
front étroit et fuyant, sa tète aplatie et très allongée
(dolicocéphatie pure], son menton rejeté eu arrière, la tête
présente des caractères simiens très évidents. Il s'agit
d'une race inférieure, se rapprochant île l'Australien ou
du Boschiman; c'était peut-être un négroïde. Ce type
néanderthaloidc constitue la Race de Cariiftadt.
Ces populations qui apparaissent ainsi dans les allu-
vions interglaciaires ont-elles été précédées sur notçe sol
par d'autres hommes? Jusqu'ici les dépôts glaciaires de
la première extension et les couches tertiaires sont restées
muettes. A un moment donné on a cru avoir découvert
l'homme tertiaire, que M. de Mortillet appela VAn-
thropopilhcque, mais les pièces n'ont pas résisté à un
examen approfondi. Les entailles et incisions observées
sur des ossements tertiaires et rapportées à l'action de
l'homme ne sont que des empreintes de dents d'animaux
carnassiers. Les soi-disant silex éclatés et taillés par
l'homme s'expliquent par l'intervention des causes
naturelles.
Le 19 aoiit 1867, au Congrès d'anthropologie, l'abbé
Bourgeois présenta des silex provenant du calcaire de
Beauce de Thenay et qu'il considérait comme déformés
par l'action du feu et retouchés, usés par l'action de
l'homme. C'était la question de l'homme tertiaire qui se
posait devant le Congrès. M. G. de Mortillet adopta les
idées de l'abbé Bourgeois et bientôt la découverte, de silex
taillés par M. Carlos Ribeiro dans le tertiaire de Portugal
et celle de formes analogues ]jar M. Rames, au Puy
Courny, près d'Aurillac, dans le miocène supérieur,
semblèrent lui donner gain de cause. Mais l'entraîne-
ment du premier moment ne dura pas, on contesta l'in-
tervention humaine pour la production des éclats des
silex, et peu à peu les anthropologistes, même ceux qui,
comme Cartailhac, avaient admis au Congrès de Bruxelles
de 1872 des pièces taillées ]iarmi les échantillons de
Theoay, refusèrent le caractère intentionnel aux formes
oliservées. M. Adrien de Mortillet livra, au Congrès de
Paris de 1891, une dernière liataille en faveur de l'homme
tertiaire. MM. Boule et Cartailhac affirmèrent que Rames
se gardait bien de soutenir que les silex de Puy Courny
étaient taillés, et M. Cartailhac résuma l'opinion générale
des anthropologistes par la phrase suivante : « C'est avec
un véritable chagrin que j'ai dû me séparer de M. N. de
Mortillet et renoncer à voir dans les silex éclatés de la
période terliaire des preuves de l'action humaine. » Les
ancêtres de l'homme chelléen ou interglaciaire restent
donc à découvrir.
Lorsque les glaciers reprirent leur marche en avant,
lorsque la faune froide succéda à la faune chaude de
l'interglaciaire, des hommes continuèrent à vivre sur le
sol de la France ; nous leur consacrerons une prochaine
étude.
D"' Paul (iiROD,
Professeur à l'UnivL'rsito de Clermont-Ferrand.
ACADÉDIIE DES SCIENCES
Depuis l'apparition du travail de M. Nicolas de Zograff,
sur le système nerveux embryonnaire des Crustacés, M. leD'R.
S. Bergh, de Copenhiague, a émis l'opinion que les cellules,
répondant à la réaction du bleu de méthylène, ne présentent
pas de caractères assez décisifs pour être reconnues comme
des cellules nerveuses. Une nouvelle étude des Nauplius d'eau
douce, en appliquant à leur étude, outre la méihode d'Ehr-
lich, les méthodes de M Golgi et Ramon y Cajal conduisent
M. de Zogralï(l) à la confirmation de ses premiers résultats.
Il existe donc bien chez les larves de Crustacés un système
it) Séance du 23 janvier.
LE NATURALISTE
nerveux emln-yonnaire différent de celui de l'adulte. Ce sys-
tème est formé de cellules spéciales S(uis-cuticulaires qui se
relient entre elles par des ramilications très épaisses et sont
en rapport avec le ganglion sous-ojsophagien. Les cellules
qui le composent ont une disposition spéciale et sont toujours
situées aux mêmes endroits.
M. Calois (Il en employant la même méthode d'Erlich à des
études d'iiistologie et d'anatomie microscopique de l'encé-
phale des poissons, arrive au même résultat que Ramon y
Cajal. Suivant ces auteurs, le bleu de méthylène rendra des
services comme moyen de contrôle et pour des recherches
d'ensemble ^marche des faisceaux nerveux, des fibres commis-
surales, étude des noyaux d'origine, etc.i Mais ce réactif colo-
rant ne saurait remplacer dans la technique histulogique des
centres nerveux les fines et délicates imprégnations au chro-
mate d'argent nu de mercure.
(Méthodes de Golgi, Cox, etc).
Si, comme le fait très justement remarquer M. Giard dans
la préface de ses Bopyriens, les mésaventures de la cuisine
histologiquo n'ont, la plupart du temps, aucune importance
au point de vue de la valeur d'un travail, il n'en reste pas
moins vrai que, si certains auteurs se font un titre de gloire
d'un colorant nouveau, d'autres cachent avec un soin jaloux
et par un travers d'esprit semblable les méthodes qui leur ont
procuré les meilleurs résultats. Nous no pouvons donc que
féliciter ceux qui, sans aspirer à prendre un brevet d'inven-
tion, nous communiquent libéralement les méthodes d'inves-
tigation ou de préparation qui leur fournissent les meilleurs
résultats.
Ceux-là sont généralement ceux qui senties plus riches en
bons travaux; ils comprennent l'intéiét général qu'il y au
généraliser les bonnes méthodes et, d'autre part, ils ont trop
d'acquis pour avoir rien à perdre. M. de Zograf (2i nous four-
nit un nouvel exemple en nous communiquant une méthode
de préparation parfaite pour les rotateurs, beaucoup d'Infu-
soires, Héliozoaires, Uhizopodes, etc.
Après avoir narcotisé à la cocaine chlorhydrique de
M. Rousselet (Voir Boles, Lee et Henneguy, dernière édition)
sans y ajouter d'alcool méthylique, on fixe les animaux avec
une quantité assez grande de solution d'acide osmique à
p- ou — agissant environ 2 à 4 minutes. On soutire le
mélange osmique avec une pipette sans toucher aux animaux
reposant au fond du vase et on le remplace par une solution
faible (environ 1 volume pour 8 ou 10 volumes d'eau distillée)
de vinaigre de bois cru. On lave ensuite 3 ou 4 fois à l'eau
distillée et on remplace ensuite l'eau par la série des alcools
en commençant, par celui à 50 0/0 pour finir par l'alcool
absolu. On monte au baume.
M. Alexandre Amaudrut (3) décrit la structure de l'appareil
masticateur ou bulbe des Mollusques et son mécanisme. Les
modifications que présente la structure du bulbe, dans les
difl'érents groupes, portent sur le nombre, la forme et la dis-
position des cartilages, des mâchoires, des dents et des
muscles extrinsèques, dits rétracteurs du bulbe. La fonction
essentielle de l'appareil radulaire consiste à prendre les ali-
ments au niveau de l'orifice buccal et à les porter à l'entrée
deToesophage; le mécanisme en est le même chez tous les Mol-
lusques.
^[. S. Jourdain (4) nous signale chez quelques sarcoptides
plumicoles un accouplement particulier, le mâle s'accouplant
avec une larve octopode avant qu'elle n'ait subi sa dernière
mue; ce n'est que pendant le cours de l'accouplement que la
transformation de la larve octopode a lieu. M .S. Jourdain
réserve i ce singulier cas d'accouplement le nom de pseudo-
larvaire.
M. J. Kiinckel d'Herculais ^51 communique à l'Académie les
observations qu'il a faites sur les Sesamies lépidoptères nui-
sible au mais, à la canne à sucre, au sorgho, etc. C'est encore
un autre insecte nuisible, l'Hylésine brillant, qui fait le sujet
d'une intéressante note de MM. A. Ménégaux (6j et J. Cochon.
Cet insecte, inconnu dans les collections il y a oO ans et
classé comme non nuisible, a fait de tels dégâts dans les
forêts en Russie, en Suède, en Norvège, eu Allemagne, qu'il
(1) Séance du 23 janvier.
(2i Séance du !"■ février.
(3) Séance du 1" février.
(4) Séance du 25 janviei .
(d) Séance du 15 février.
(fi; Séance du 25 janvier.
est maintenant considéré comme très nuisible; son mouyement
d'envahissement de l'est à l'ouest semble se continuer par la
Suisse et le Haut Jura où il a l'ait son apparition en 1895.
Ce qui fait le danger de l'Hylésine brillant (Dcndroctonus
Micans, Ratz) c'est qu'il ne s'attaque qu'aux arbres sains,
dédaignant les troncs morts ou les souches, et les arbres-
pièges qu'on peut lui réserver et qui sont acceptés par tous
les autres Xylophages.
M. Edmond Bordage (1) a ou l'occasion d'étudier à l'ilo
Bourbon, où il est directeur du jardin botanique, certains
phénomènes d'automie qu'il a observés chez les Phasmides
appartenant aux genres Monandroptera et Rhaphiderus, ainsi
que chez leurs larves.
M. Bordas (2) a étudié dans le même groupe dos Ortho-
ptères lamorphologie des appendices de l'extrémité antérieure
de l'intestin moyeu.
Tous les Orthoptères (sauf les Forficulida; et les Phasmidœ),
portent, à l'origine de l'intestin moyen, des appendices plus
ou moins volumineux, de formes très vai-iables d'une famille
à l'autre, et dont le nombre est toujours compris entre doux et
huit.
La présence ou l'absence de ces appendices permet de di-
viser les Orthoptères en deux sections très nettes, compre-
nant des espèces dont la structure des organes internes cor-
respond à des caractères morphologiques externes différents;
de plus, le nombre de ces organes, leur disposition, leur mode
d'insertion, les plissements qu'ils présentent à l'intérieur et
surtout la présence ou l'absence de diverticules postérieurs
permeltcnt, suivant l'auteur, de caractériser un certain nombre
de familles.
Lorsque, au moyen de culture sous cloche humide, on ob-
tient la sortie do certains microcoques sur les gangrènes de
tubercules de Pommes de terre, le mucus aggloméré sur ces
gangrènes contient souvent, comme l'a découvert M. E.
Rozo (3 , un nouveau type générique de -Myxomycète, ayant la
forme plasmodique végétative Jet la forme enkystée reproduc-
trice.
M. Roze désigne ce nouveau type de Myxomycète sous le
nom de Vilmorinella micrococcorum.
Au mémo auteur, on doit encore quelques nouvelles re-
cherches sur les Amylotrogus (4), cet autre Myxomycète para-
site précédemment découvert par lui.
En géologie, il importe seulement de citer une courte note
de M. Paul Chappat sur lo Crétacé (5) en Portugal dans la
région de Mondégo, et enfin une note de M. S. Tempère sur
les Diatomées contenues dans les phosphates de chaux sues-
sonicns du sud de la Tunisie.
A. Eug. Mal.\rd.
Répertoire ét|mo!ogi(]ue des noms français
ET DES DÉNOMINATIONS VULGAIRES DES OISEAUX
(Snite)
Tacco. — Nom donné, à cause de son cri, à un Oiseau de
1.1 fiimiUe des Cuculidês {Saiirothera), qui habile l'Amérique
tropicale. « Tacco est le cri habituel de cet Oiseau, d'où son
nom que je lui ai conservé ; on l'appelle aussi Oiseau de pluie,
attendu qu'il crie plus souvent lorsqu'il doit pleuvoir. L'épi-
thètc de Vieillard, qu'on lui a encore imposée, vient de ce
qu'il a les plumes du menton blanches. » (Guéneau de Mont-
beillard.)
Tadorne. — Nom donné à un genre de Canards (Tadorna).
« L'étymologie du mot Tadorne ne parait pas difficile à
trouver, si l'on se souvient que le nom de l'Outarde est com-
posé de tarda (pesant) et de oue (oie). Si l'on renverse les
syllabes de ce nom Outarde, on obtient Tardoue, qui a été
corrompu en Tadourne, Tadorne. » (Olphc-Galliard.^
(11 Séances du 25 janvier et du 15 février.
(2) Séance du 15 février.
;3) Séance du "^2 février.
(41 Séance du l''' février.
^5 1 Séance du 22 février.
76
LE NATURALISTE
Talève. — Mot malgache usitc à Madagascar et conservé
par Temminck puui- designer la Poule-Sultane [Porphyrio ve-
teruin).
Talpacoti. — Surnom indigène conservé à une petite Co-
lombe d'Amérique {CliamœpcUa Talpacoti), connue également
sous les dénominations de Colombe couleur cannelle et de
Colombe-Collin.
Taiiaonibé. — Nom donné par Buffon à un Merle de Ma-
dagascar [llarllaubius Madar/ascariensis). « Je conserve à cet
Oiseau le nom qu'il a dans sa patrie, et il serait à désirer que
les voyageurs nous apportassent ainsi les vrais noms des Oi-
seaux éU-angers; ce serait le seul moyen de nous mettre en
état d'employer avec succès toutes les observations faites sur
chaque espèce et de les apjiliquer sans erreur à leur véritable
objet. » (Bufl'on.)
Tangara. — Les ornithologistes ont conservé ce nom,
donné au Brésil à des Passereaux conirostres qui forment la
famille des Tatiaçirhlés et dont le plumage est paré de bril-
lantes couleurs. Une des plus belles espèces est connue sous le
nom de Tanqava diable enrhumé, surnom que lui donnent les
créoles de Cayenne.
Tarier. — Col Oiseau (Praiincola rubelra) a reçu de Belon
le nom de Tarier, dont 09 ne-connait pas l'étymologi^, mais
qui n'est probablement qu'une corruption du mot terrier, parce
que cet Oiseau recherche les terres incultes.
Tarin. — Nom donné à cet Oiseau [Spinus viridis) par ono-
matopée de son chant. « Belon dit que le Tarin a été ainsi
appelé, parce qu'il semble dire en chantant tarin, tarin. ..
(Salerne.)
Tchitrcc. — Nom donné par Le Vaillant à un genre de
Gobe-Mouches [Muscipeta), par onomatopée du cri de ces Oi-
seaux.
Tète-Chèvre. — (Voyez le mot Crapaud Volant.)
Télras. — Mot formé de l'ancien nom de ces Gallinacés
(Tetrao) et employé par Bufl'on pour désigner le Coq de
Bruyère [Tetrao urorjallus). <i Afin d'éviter toute équivoque,
je donne au Coq de Bruyère le nom de Tétras, formé de celui
de Tetrao, qui me parait être son plus ancien nom latin et
qu'il conserve encore aujourd'hui dans la Sclavonie, où il s'ap-
pelle Tetrez. » (Bufl'on.)
Tinamoa. — Nom donné à des Gallinacés (Cryplurus) qui
remplacent nos Perdrix dans l'Amérique du Sud. Le mot Ti-
namou serait formé par corruption du mot }nambu.<!, nom
donné à ces Oiseaux par les Guaranis.
TisNcrin. — On a réuni sous ce nom une famille de Pas-
sereaux [Plocéidés], qui construisent des nids habilement
tissés C'est Daudin qui, le premier, s'est servi de la dénomi-
nation de Tisserin pour cette coupe générique. « Il y a, dit-il,
dans le genre des Gros-Becs un petit nombre d'Oiseaux, habi-
tants de l'Afrique et de l'Inde, qui ont beaucoup de rapports
avec les Troupiales par leur habitude de vivre en troupes
nombreuses et par leur adresse à construire des nids; je me
suis décidé provisoirement à les désigner sous le nom de Tisse-
rins, en attendant que des observations ultérieures puissent
aider à en faire une section, n
Toillfi". — Nom formé du mot latin inusité todus (petit) et
donné à ces Syndactyles, i cause do leur petite taille. Faustus
a employé le mot Todi pour exprimer particulièrement de pe-
tits Oiseaux.
Topaze. — Nom donné à un Oiseau-Mouche (Topaza
pella), parce que sa gorge, suivant l'incidence de la lumière,
présente les reflots jaunes d'une topaze.
Torchepot. — (Voyez le mot Sittelle.)
Toreol. — Ce nom est synonyme de Tourne-Cou et a été
donné à ce Grimpeur [Yunx torrjuilla), parce qu'il a l'habitude
de tourner fréquemment le cou. « Cet Oiseau se reconnaît au
premier coup d'œil par un signe ou plutôt par une habitude
qui n'appartient qu'à lui : c'est de tordre et de tourner le cou
de côte et en arriére, la tète renversée vers le dos et les yeux
k demi fermés, u (Buflon.)
Toucan. — Les ornithologistes ont conservé à ces Oiseaux
de l'Amérique tropicale, qui constituent la famille des Ram-
phastidcs, le nom de Toucan, qui, en langue brésilienne, si-
gnifie plume; ce nom a été donné à ces Oiseaux par les natu-
rels, soit à cause de leurs plumes dont ils font des parures
soit par allusion à la singulière conformation de leur langue,
qui ressemble à une plume. « La langue des Toucans est en-
core plus extraordinaire que leur bec; ce sont les seuls Oiseaux
qui aient une plume au lieu de langue, et c'est une plume dans
l'acception la plus stricte, quoique le milieu ou la tige de cette
plume-lani/ue soit d'une substance cartilagineuse; mais elle
est accompagnée, des deux côtés, de barbes très serrées et
toutes pareilles à celles des plumes ordinaires. Les sauvages
atiribuent de grandes vertus à cette langue de plume, et
ils l'emploient comme remède dans plusieurs maladies. »
(Buffon.)
Tonraeo ou Tnraco. — Nom indigène conservé par Le-
Vaillant à des Oiseaux d'Afrique [Turacus) de la famille des
Miisophaginés.
Tournepîerre. — Nom vulgaire d'un petit Echassier
{Strepsilas interpres). « Nous adoptons le nom de Tourne-
pierre, donné par Caiesby à cet Oiseau, qui a l'habitude sin-
gulière de retourner les pierres au bord de l'eau pour trouver
dessous les vers et les insectes dont il fait sa nourriture,
tandis que tous les autres Oiseaux de rivage se contentent de
la chercher sur les sables ou dans la vase. » (Buffon.)
Tourlelette. — Ce nom. diminutif de Tourterelle, a été
donné par Bulfon à une Colombe d'Afrique [ALna Capensis).
« Nous croyons devoir donner à cet Oiseau un nom, propre,
parce qu'il nous paraît être d'une espèce particulière et difi'é
rente de celle de la Tourterelle; nous l'appelons donc Tour-
lelette, parce qu'il est beaucoup plus petit que notre Tourte-
i-elle. M (Buffon.) Cette espèce est connue également sous les
noms de Colombe du Cap et de Tourterelle à cravate. Les oi-
seliers la vendent sous le surnom de Masque de fer, dénomi-
nation que ne justifie qu'imparfaitement le masque noir qui
couvre son front.
(.'I suivre). Albert Ghanoeu.
OFFRES ET DEMANDES
— M. A. H. Shepherd, 81, Corcme Road, Tuflnell
P;irk, Londres, ofl're en échange des lépidoiJtères de sa
région.
— A céder d'occasion un loi de 40 cartons à insectes,
vitrés, formai 39 X 26, en bon état de conservation, prix
55 francs le loi. (S'adresser aux bureaux du Journal.)
— A vendre ;
Lot de 50 espèces, 7'ô exemplaires des Coléoptères
de Java, en partie non nommés, certaines belles
espèces, îiO francs.
Lot de .30 espèces de Coléoptères d'Amboino (non
nommés), 25 francs.
Beaux exemplaires de Callipogon barbatum, 3 francs.
S'adresser pour les lots ci-dessus à « Les Fils D'Emile
Deyrolle, 46, rue du Bac, Paris ».
— M. C. D... 1259 à Lyon. — La Maison Emile Dey-
rolle, 46, rue du Bac, Paris, vient de publier un catalogué
des lépidoptères d'Europe (macrolépidoplères) par le
D'' Sériziat, disposé pour servir d'étiquettes à collection.
Le jirix de ce catalogue est de 3 fr. 50 et 3 fr. 90 franco.
M. G. G... 4007. — Il est nécessaire de passer en revue
toutes les boites de votre collection de Coléoptères; c'est
l'époque. ■Vérifiez bien vos tubes ou fioles à préservatifs;
nous vous conseillons les boules de naphtaline, concen-
trée, montées sur épingles.
Le Gérant: Paul GROULT.
Paris. — Imprimerie F. Levé, rue Cassette, H.
19« ANNfiE
2« SÉRIE
rv» s-^s»
LES TRILOBITES
Depuis les mémorables études de Darrunde, 1rs l ri-
vaux relatifs aux Trilobites ont été nombreux. De nou-
velles espèces, de nouveaux genres, de nouvelles familles
ont été créés dans ce groupe d(^ Crustacés si riche en
formes, et si important au point de vue paléontobjgique
et géologique. Ces découvertes ont singulièrement com-
pliqué leur élude, mais en même temps et, grâce à des
échantillons remarquablement conservés, elles ont jeté
un Jour tout nouveau sur leur véritable constitution,
leur développement et leurs allinités avec les autres Crus-
tacés.
Ce sont principalement ces dernières découvertes que
je voudrais exposer ici.
Il y a vingt ans, on ne savait pas si les Trilobites
avaient des appendices et on ne connaissait pas leurs
membres. Un paléontologiste américain, M. Walcott, eut
l'idée de faire des coupes dans des individus enroulés; il
arriva ainsi à observer un certain noml)re d'appendices
dont il s'efforça de déterminer les rapports avec le corps;
mais c'était un problème diflicile à résoudre, en raison de
l'enchevêtrement des memlires. Néanmoins ses travaux
tirent grand brnit tians le monde des paléontologistes.
Ses successeurs, en particulier M. ISeecher, furent, à leur
tour, singulièrement favorisés parla découverte, en Amé-
rique, de Trilobites bien conservés dans un gisement
silurien situé à Rome, près de New- York. Le silurien
moyen de cette localité est formé par des schistes noirs;
la chitine des Crustacés a été, par le fait de la fossili-
sation, remplacée par de la pyrite. Aussi observe-t-on
d'une façon remarquable tous les détails de l'organisa-
tion de ces animaux. Nous allons donner ici le résumé
Fi
1 2
1. — Triuri.hrus Beckn[gross. 2 (ois i, '2, d'après Beechcr), vu par la face dorsale. — Aut., antennes; gl., glabelle;
j/., joue fixe; jL, joue mobile; y, yeux. — La ligure montre la forme des anneaux et des appendices thoraciques.
Fie. 2. — Triaiiltrus Beckii (gross. 2 fois 1/2, d'après Beecher), vu par la face ventrale. — An'., antennes; hyp., hypostome;
0, bouche; m, mélastome; 2, antennes postérieures birameuses; 3, 4, 5, appendices céphaliques avec gnathoboses
servant de michoires; pt., pattes thoraciques; pp., pattes du pygidium ; cl, ondopodite ; x, exopoditc.
des dernières découvertes qui ont été faites et qui sont
dues, en grande partie, à M. Beecher.
Lorsqu'on examineuuTrilobite sur lafaceventrale(fig. 2)
on constate l'existence des ouvertures du tube digestif.
La bouche est située en arrière d'une assez grande pièce
appelée hypostome et en avant d'une lèvre inférieure
nommée métastome. L'anus se voit à l'extrémité interne
du pygidium et il est bordé par un anneau plissé.
Il existe cinq paires d'appendices céphaliques corres-
pondant à la soudure de cinq anneaux existant chez la
plupart des Trilobites. Chaque anneau du thorax et du
pygidium est également pourvu d'une paire de membres
et tous ces appendices, sauf la première paire, sont bi-
Le Naturaliste, 46, rue du Bac, Paris.
rames. Ils sont construits sur le même plan, mais offrent
des modifications suivant la région du corps considérée.
La première paire de membres est constituée par une
série de petits segments coniques. Elle est l'analogue des
antennes des Crustacés. Vient ensuite une seconde paire
de membres ou antennes postérieures, bifides, s'insérant
de chaque côté de la glabelle au-dessous de l'hypostome.
L'article basilaire est transformé en organe masticatoire.
L'exopodite et l'endopodite sont constitués par des articles
peu nombreux et peu développés.
Les trois appendices suivants ont leur article basilaire
destiné à la mastication des aliments, car la partie interne
est finement denticulée. Comme les antennespostérieures.
78
LE NATURALISTE
ces a])pendices sont bifides, mais peu développés; les
exopodites sont munis de nombreuses soies.
Les membres thoraciques sont construits sur le même
plan que ceux de certains Crustacés (Décapodes, Sclii-
zopodes). Chaque paire, qui correspond à un segment,
est insérée de chaque côté de la ligne médiane du corps.
L'article basilaire ou coxopodite, fortement développé, est
large et court. Il supjjorte deux branches distinctes, l'une
interne (endopodite), l'autre externe {exopodUe). L'endo-
podite est assez uniforme chez les espèces étudiées. Il se
compose de dix-huit articles cylindro-coniques de plus
en plus en grêle vers leur extrémité. L'article terminal
(dactylopodite) porte quelques soies. L'exopodite est formé
à sa base de sejit à huit articles courts, munis de longues
soies, et à sa partie terminale d'une série de petits arti-
cles disposés en une double série, dont le bord inférieur
est muni de longues soies.
Ainsi que la figure 3 l'indique, les appendices des
tour circulaire et un bourrelet médian annelé et longitu-
dinal qui formera l'axe du corps. La portion antérieure
Fig. 4.
Liostracus.
correspondant à la tète est, au début, de beaucoup la
plus développée, tandis que le pygidium n'est, d'abord,
qu'à peine indiqué.
Les segments thoraciques n'apparaissent qu'à la fin de
ces différentes phases.
La tête se détache la première, puis l'anneau occipital,
ensuite la métamérisation se fait sur la glabejle. Les
joues mobiles qui, on le sait, portent les yeux, sont d'abord
indiquées sous forme de deux bandes latéro-marginales;
Fig. :i. — Deuxième paltc llioracique do Triartlirus Jieckii,
vue du côté dorsal; — en, endopodite; p.r, exopodite; 1, dac-
i.ylopodite; 2, propodite; 3, carpopodite; 4, mésopodite;
5, ischlopodile: 6, protopodite; 1, guathobose; a, partie
distale de l'esopodito; b, partie proximale.
Remarque. — Les soies ont été supprimées dans la ligure
supérieure.
Trilobites sont construits sur un plan analogue à celui
de certains Crustacés. Ces appendices se modifient peu à
peu, à mesure qu'on s'éloigne de la partie céphalique;
c'est ainsi que l'endopodite prend un développement
transversal de plus en plus grand; dans les memlires
du pygidium, il se transforme en véritable palette nata-
toire, tandis que dans les membres thoraciques il est sur-
tout ambulatoire. L'exopodite serait, au contraire, dans
ces derniers appendices, un organe natatoire.
Enfin, dans les appendices du jjygidium, l'exopodite
largement frangé aurait eu une fonction branchiale.
Les Trilobites ont tous passé par une forme larvaire
montrant des caractères assez constants. Cette forme
correspondrait, pour certains paléontologistes, au Nau-
plius des Crustacés et, comme ce dernier, elle présente-
rait un certain nombre de mues.
Les trois principales phases du développement (fig. 4, H, 6)
ontreunles noms d'anaprotaspis,metaprotaspis, paraprotas-
pis. Pendant le stades protaspis, l'embryonprésente un con-
Fig. 5. — (A) (Mj (P). Dalmanites (stades anaprostaspis, metapro-
taspis, paraprostaspis).
elles prennent ensuite une importance de plus en plus
considérable, aux dépens dos joues fixes.
Les yeux qui consistent en deux tubercules ovoïdes
sont d'abord marginaux-frontaux, puis s'éloignent de
plus en plus en arrière suivant les espèces. M. Beecher
pense que jirimitivement les yeux ont dii occuper une
position ventrale et que peu à peu ils ont cheminé
vers la face dorsale.
Le thorax et le pygidium se segmentent à leur tour et
prennent un développement de plus en plus grand, par
rapport à la tête.
M. Beecher, se basant sur tous les caractères larvaires
rencontrés chez les Trilobites et s'aidant des faits ob-
servés chez les Crustacés vivants, a essayé de reconstituer
Fig. 6. — Stade prota.spis du Triartlirus Bec/ni (tu du coté
ventral).
un nauplius de Trilobite. La figure 6 montre cette res-
tauration.
La tête présente à la face ventrale cinq paires d'appen-
LE NATURALISTE
79
dices, 11' thorax et le pygidium portent autant de paires
qu'ils ont de segments constitués.
La i)remière paire d'appendices cépliali(|ues qui cons-
tituera les antennes est uniranipuse comme chez la
deuxième et troisième paire devaient être birameuses;
les quatrième et cinquième paires et les membres du ]iy-
gidiuni seraient au contraire unirameuses, ainsi qu'on
l'observe dans les stades larvaires des autres Crustacés.
Le protaspis doit doue être considéré comme un proto-
nauplius et représente un type larvaire ancestral d'une
importance considérable au point de vue de la phylogénie
des Crustacés.
Tels sont les princi]iaux résultats des dernières décou-
vertes faites sur les Trilobites.
M. Beecher, dans son dernier travail, expose les prin-
cipes d'une classification naturelle des Trilobites en la fai-
sant précéder de considérations très intéressantes surla va-
leur morpholopiqup des appendices de la tète. Il pense que
les cin(| anneaux fusionnés de la tête correspondent aux
troisième, quatrième, cinquième, sixièmeet septième seg-
ments primitifs; les premier et deuxième n'étant pas re-
présentés par des segments distincts ou des appendices.
Le savant paléontologiste montre, par des considéra-
tions anatomiques, qu'il serait trop long d'exposer ici.
que l'on peut concevoir do la façon suivante la tète des
Trilobites :
Le lircmier segment serait représenté par l'hypostome.
Le deuxième par la jiairc d'yeux, les joues libres et
l'épistome.
Le troisième par le lobe antérieui- de la glabelle et la
première paire d'antennes.
Le ([uatrième par le second lobe de la glabelle cl la
seconde paire d'antennes.
Le cin(|uième par le troisième lobe de la glabelle et
les mandibules.
Le sixième par le quatrième lobe de la glabelle et la
première paire de mâchoires.
Et le septième par le lobe occipital et la seconde paire
de mâchoires.
Aucun groupe de Crustacés ne fournissant de carac-
tères aussi constants et une telle structure de la tète,
M. Beecher on conclut qu'on doit considérer les Trilo-
bites comme une sous-classe des Crustacés.
Le tableau ci-après montre les rapports et les dillé-
rences de constitution des Trilobites avec les autres
sous-classes des Crustacés, les Molacastracés et les
Entomostracés.
COMPOSITIONS MORPHOLOGIQUES DES CRUSTACÉS
I. Sous-classe des Trilobites.
1. — Tous marins.
2. — Libres.
3. — Corps trilobé longitudinalement.
4. — La larve est un Protonauplius.
Le nombre des segments est va-
riable.
La tète est formée de sept seg-
ments soudés.
7. — Ocelles rarement présents.
8. — Yeux composés, pairs, sessiles,
supportés par des joues mobiles
ordinairement présentes.
9. — Thorax dislinct, nombre de seg-
ments variable, tous libres.
10. — Abdomendislinct, nombre variable
de segments soudés.
11. — Tous les segments de la tête, du
thorai et de l'abdomen, excepté
le segment anal, portent une
paire d'appendices.
12. — Tous les segments sont biramés,
sauf les antennules.
13. — Les appendices sont construits
sur le plan de ceux dos Phyl-
lopodes ; l'exopodite constitue
une patte natatoire ; l'endopo-
dite est modifié pour la marche.
II. Sous-CLASSE DES Eitlomostracés .
Marins et d'eau douce.
Libres, parasites et fixés.
Corps de forme variée.
La larve est presque toujours un Nau-
plius.
Le nombre des segments est variable.
La tète est formée de cinq segments sou-
dés, auxquels est rarement attaché un
segment thoracique.
Ocelles existant pendant la vie larvaire.
Yeux composés, pairs, ordinairement pré-
sents, pédicules ou sessiles, absents
chez les Cirripèdes adultes et chez quel-
ques Copépodes.
Thorax avec un nombre variable de seg-
ments.
Abdomen avec un nombre variable de
segments séparés.
Quelques segments sans appendice.
Plusieurs appendices sont modifiés et ne
possèdent pas la structure birameuse.
Les appendices sont généralement très
variés; ils sont phjllopodiformes dans
les formes jeunes et pendant toute la
vie chez les Phyllopodes.
III. Sous-CLASSE DES Mdlacoslracés.
Marins et d'eau douce.
Libres et parasites.
Corps de forme variée.
La larve est généralement une Zoé, le
stade Nauplius étant souvent indiqué
avant l'éclosion, excepté dans Eupliau-
sia et Peneus.
Le nombre des segments est fixe.
La tête est formée de cinq segments sou-
dés; un ou plus, ou tous les segments
thorâciques peuvent être unis, formant
ainsi un céphalothorax plus ou moins
développé.
Ocelles absents chez les adultes.
Yeux composés, pairs, ordinairement
présents, pédicules ou sessiles.
Thorax composé de huit segments, dont
plusieurs peuvent être soudés à la tête.
Abdomen formé généralement de sept
segments libres, de huit chez les Lcp-
tostracés.
Tous les segments portent habituellement
des appendices, excepté le dernier ou
les deux derniers.
Quelques appendices n'ont pas de struc-
ture birameuse.
Les appendices ont la forme typique de
ceux des Phyllopodes: mais ils sont
fortement modifiés chez toutes les es-
pèces, sauf dans les Sebalia.
80
LE NATURALISTE
I. Sous-classe des Trilobites.
14- — Tous les appendices de la tète,
sauf les antennules, sont pédi-
formes.
15. — Tous les appendices thoraciques
sont ambulatoires et natatoires.
16. — Les membi'i's abdominaux de tous
les segments, excepté le segment
anal, sont lamclleux.
17. — Les partics'fcoxales de tous les
membres forment des gnatho-
bases, se transformant en or-
ganes masticatoires sur la tète.
18. — La respiration se fait par la peau
et les franges des exopodites.
IL Sous-CLAS.SE DES Hnlomoslfacés.
Quelques appendices de la tote sont mo-
difiés sous forme de rames, de mandi-
bules ou de suçoirs.
Les appendices thoraciques sont ambula-
toires, natatoires et servent à la pré-
hension.
Les membres abdominaux manquent gé-
néralement.
Lés éléments coxaux forment rarement
des gnathoboses, sauf sur la tète.
La respiration est surtout superficielle.
Elle se fait également par les membres
et les appendices lamelleux.
III. Sous-cLASsE DES Ualacostrocés .
Plusieurs appendices de la tête sont trans-
formés en mandibules ou en organes
servant à la préhension des aliments.
Les appendices thoraciques sont ambu-
latoires, natatoires et servent à la pré-
hension.
Les membres abdominaux sont souvent
réduits, excepté la dernière paire, qui,
avec le telson, forme fréquemment une
nageoire caudale. Ils forment des bran-
chies dans quelques groupes.
Les éléments coxaux forment rarement
des gnathoboses, excepté sur la tête,
jamais sur l'abdomen.
La respiration est cuticulaire et se fait
également par les membres et les épi-
podites.
Ph. Glangeaud.
ANIMAUX
Mythologiques, légendaires, historiques, illustres,
célèbres, curieux par leurs traits d'intelligence,
d'adresse, de courage, de bonté, d'attachement,
de reconnaissance, etc.
X.
Dauphin (Suite).
'< Ce que Mitcianus rapporte d'un même mode
de pêche dans le golfe d'Iassos diffère du précédent en
ceci : les dauphins accourent spontanément et sans être
appelés ; iisreçoiventleurportion des mains des pécheurs
et chaque barque a son associé parmi les dauphins, hien
que la pêche se fasse de nuit et aux flambeaux. »
Dans son Histoire de la Grèce, Pausanias dit avoir vu
dans l'île de Porosélèné, un dauphin obéissant avec
l'exactitude la plus scrupuleuse à la voix d'un enfant qui
l'avait guéri de ses blessures.
Aulu-Gelle (Nuits Attirâtes, livre 'VIT, ch. viii) cite
l'aventure du jeune enfant qui se rendait à l'école porté
sur le dos d'un dauphin qui lui faisait traverser ime cer-
taine étendue d'eau pour abréger son chemin, et il
raconte le fait comme extrait des Egyptiaques du gram-
mairien Appion, atlirmanten avoir été témoin : « J'ai vu
MOI-MÊME, dit l'auteur, près de Dicéarchie, un dauphin
pris de passion pour un enfant nommé Hyacinthe; il
accourait à sa voix, s'approchait du rivage et recevait
l'enfant sur son dos, ayant bien soin de replier les pointes
de ses nageoires, de crainte de blesser l'objet de sa ten-
dresse, qu'il portait ainsi jusqu'à 200 stades du rivage.
On accourait de Rome et de toute l'Italie pour voir ce
poisfcon guidé dans ses courses par l'amour. Cet enfant
si tendrement aimé tomba malade et mourut. Après être re-
venu plusieurs fois au lieu même où l'enfant avait coutume
d'attendre son arrivée, le dauphin ne le voyant plus venir,
fut saisi d'une douleur si vive qu'il ne put y survivre,
son corps fut trouvé sur le rivage par des gens qui con-
naissaient hier, son histoire, et qui le déposèrent dans le
même tombeau que l'enfant qu'il avait tant aimé... »
{A suivre.)
C'est adorable ! Si seulement c'était vrai! — D'un
autre côté, il fallut singulièrement agrandir le tombeau
de l'enfant pour y déposer son colossal ami Appion
le grammairien y a-t-il songé'?
Aulu-Gelle raconte ensuite l'aventure du poète-musi-
sien Arion (livre X'VI, chap. xix), d'après Hérodote :
Sachant que les matelots corinthiens qui conduisent le
navire veulent le tuer pour s'emparer de ses trésors, il
leur livre tout ce qu'il possède, et leur demande de lui
faire grâce de la vie. Les matelots s'engagent seulement
à ne pas tremper leurs mains dans son sang, et ils lui
ordonnent de se jeter à la mer. Alors, avant de mourir,
il demande à ses bourreaux la faveur de jouer une der-
nière l'ois de sa lyre. Cette faveur lui est accordée.
Revêtu de ses plus beaux ornements, debout à l'extré-
mité de la poupe, il chante d'une voix éclatante, sur le
mode orthius, puis il se jette dans les flots.
Un dauphin le sauve et le transporte à Ténare, en
Laconie. De là, Arion gagne Corinthe et se présente à
son ami, le roi Périandre, auquel il raconte son aven-
ture. Quand les matelots abordent, celui-ci les fait mettre
en croix.
Voici maintenant ce que nous dit Plutarque dans son
Banquet des sept Sages, chap. xix : « Hésiode, ayant été
assassiné et jeté à la mer, fut rei"u par une flottille de
dauphins, qui le portèrent au promontoire de Rhium,
près de Molycrie. Il se trouva qu'il y avait pour le mo-
ment à Rhium un sacrifice et une fête, que les Locriens
célèbrent encore aujourd'hui dans ce même lieu, avec
beaucoup d'éclat. A la vue du corps ainsi apporté, on fut
saisi d'un étonnement bien naturel. On accourut sur le
rivage, on reconnut Hésiode tout fraîchement assassiné,
et, en raison de la célébrité du poète, on n'eiit rien de
plus pressé que de faire une enquête sur ce meurtre. Les
assassins, découverts, furent jetés tout vivants dans les
flots, et leur habitation fut rasée.
0 Si donc les dauphins montrent tant d'empres-
sement et d'humanité pour ceux qui sont morts, il est
encore plus naturel qu'ils viennent en aide aux vivants,
surtout quand ceux-ci les ont attirés par les accords de
la flûte ou par quelques chants mélodieux. Car nous
LE NATURALISTE
81
savons tous à présent que ces animaux aiment la mu-
si(iue, qu'ils la recherchent, qu'ils nagent auprès des
vaisseaux où l'on vogue au bruit îles chants et de la
flûte, et (ju'ils sont heureux d'accompaf^ner ces bâtiments
dans leur marche par un temps calme. Ils se plaisent
aussi à voir nager les petits garçons, et ils plongent avec
eux à l'envi. Aussi est-ce une loi, bien que rien n'en soit
écrit, de ne pas troubler leur sécurité. Personne ne leur
fait la chasse, personne ne les maltraite. Seulement,
lorsque s'étant laissé prendre dans des filets, ils embar-
rassent les pécheurs, ceux-ci les châtient en les ballant,
comme l'on ferait à des enfants pris en faute.
« Je me souviens aussi d'avoir entendu dire à des gens
de Lesbos, qu'une jeune fille do ce pays avait été sauvée
de la mer par un dauphin. C'est une tradition avérée.
Mais Piltacus la connaît par dessus tous : il devrait bien
nous en conter les détails....
« Pittacus déclara qu'en effet l'aventure était notoire,
que beaucoup de personnes s'en souvenaient en-
core, etc., etc. 1)
(Chapitre .will) « Arion nous dit, en effet, que,
décidé depuis longtemps à quitter l'Italie, et une lettre de
Périandre ayant rendu ce désir plus vif encore, il s'était
sans aucun retard embarqué sur le premier bâtiment de
transport corinthien qui avait paru. On avait gagné la
haute mer et l'on voguait avec un vent modéré, lorsqu'il
comprit que les matelots complotaient de le faire périr.
H sut même ensuite du pilote, qui lui en donna l'avis
secret, qu'ils étaient convenus d'exécuter leur projet la
nuit même. Etant donc privé de secours et sans ressource,
il lui vint à l'idée, comme par une inspiration divine, de
se costumer magnifiquement; de pren(h-e, vivant encore,
pour linceul funèbre sa robe d'apparat, et de chanter au
moment de mourir, afin de ne pas se montrer en cette
occurrence moins courageux queles cygnes. Il se revêtit
donc de tous ses ornements, et il commença par dire qu'il
se sentait animé du désir de chanter l'hymne à Apollon
Pythien, pour obtenir son propre salut, celui du navire
et celui des passagers.
« Alors il se plaça debout à la poujip, sur le bord du
vaisseau, et, après avoir préludé par une invocation
adressée aux dieux marins, il entonna cet hymne. Il n'en
était pas encore à la moitié, que le soleil se plongeait dans
la mer et qu'apparaissait le Péloponèse. Les matelots,
sans attendre la nuit, s'avançaient pour l'égorger. Quand
il vit leurs épées nues, et le pilote qui se voilait déjà le
visage, il prit son élan et se jeta dans la mer, aussi loin
du vaisseau ([u'il le put. Mais avant que son corps eut
plongé tout entier dans les flots, des dauphins qui étaient
accourus le soulevèrent. Ignorant ce que c'était, il fut
d'abord saisi d'hésita'Jon et de trouble. Toutefois, attendu
que le mode de transport était des plus doux, qu'il voyait
un grand nombre de dauphins l'entourer d'un air em-
pressé, se succédant tour à tour comme si c'était un
hommage que chacun cherchait à lui rendre; attendu,
enfin, que le vaisseau, laissé en arrière, lui faisait appré-
cier la rapidité avec laquelle on le portait, sa frayeur ne
tarda pas à se dissiper u
{Quels animaux sont tes plus intéressants, des terrestres ou
des aquatiques, chap. XXXVI) « Du reste, Diane Dyc-
tynne {Diane aux filets\ et Apollon Delphinien ont des
teni|)les et des autels dans beaucoup de villes de la Grèce,
mais le séjour choisi par le Dieu pour sa résidence par-
ticulière fut indiqué à une colonie de Cretois qui s'y lais-
sèrent conduire par un dauphin ; le Dieu avait envoyé
lui-même ce dnu]diin à ces gens pour diriger leur navi-
gation et les hirc aborder à Sinope Il est naturel,
du reste, qu'Apollon aime, dans le dauphin, le goût pas-
sionné de cet animal iiour la musique. C'est au dauphin
(|ue Pindare aime à le comparer; il lui inspire de l'ému-
lation.
« Mais je crois que l'humanité de cet animal est ce qui
charme encore plus Apollon, attendu que c'est le seul être
de la création qui aime l'homme, en tant qu'homme.
Parmi les animaux de terre, il en est qui n'aimmit jamais
les humains. D'autres, et ce sont les plus doux, ne s'at-
tachent qu'à ceux qui les nourrissent : c'est le besoin qui
fait d'eux nos familiers, comme le chien, le cheval, l'élé-
phant. Les hirondelles trouvent chez nous ce (]u'il leur
faut, et s'y construisent des retraites où ell(!s sont à
l'ombre et en toute sécurité. Mais elles fuient nos per-
sonnes, et elles ont peur de l'homme autant que de
l'animal le plus redoutable. Le dauphin seul, en dépit de
tout, réalise l'idéal recherclié par les jihilosophes les plus
vertueux. Il aime, sans être déterminé jiar l'intérêt; il
est, par nature, sympathique à notre csiièce. Sans avoir
besoin en quoi que ce soit de l'assistance humaine, c'est
])0ur tous un ami dévoué, et il est venu bien souvent au
secours des mortels.
« Enalus l'Eolien (c'est Myrtile de Lesbos ([ui rapporte
cette histoire) était amoureux de la fille d'un certain
Phinée, et cette jeune fille, d'après un oracle d'Amphi-
trite, avait été précipitée à la mer par des prêtres de la
famille de Penthilus. Son amant se jeta lui-même dans
l'aliime ; mais des dauphins le recueillirent et le rame-
nèrent sain et sauf jusqu'au rivage de Lesbos.
« L'attachement et la tendresse d'un dauphin pour un
jeune garçon d'Iasos ressemblait à l'amour le plus exces-
sif {suit l'histoire que nous connaissons déjà).
« Ulysse portait un dauphin pour insigne sur son bou-
clier, dit l'historien Stésichore, et voici pourquoi : Télé-
maque, encore tout petit, avait, dit-on, glissé dans la mer
à un endroit profond, et il avait été sauvé grâce à des
dauphins qui l'avaient recueilli et ramené au rivage. Ce
fut pour le père un motif suffisant pour faire graver
l'image d'un dauphin sur son cachet et sur son bouclier. »
Rondelet {De piscibus niarinis libri XVIII), dit que « les
dauphins nourrissent leurs parents quand ils sont
devenus vieux, et qu'ils les aident à nager quand leurs
forces sont affaiblies, ainsi que le déclare J. Tzetzès. En
regard de la piété du dauphin , continue-t-il, nous pouvons
mettre l'impiété de l'hippopotame ou cheval de rivière,
qui dévore ses vieux parents comme le lapporte Elien au
livre VII de son traité sur la Nature des animaux,
ch. XIX, etPlutarque en comparant les animaux terrestres
et les aquatiques, et Ilorapollo, livre I, ch. LVI. »
Il cite ensuite Aristote, Théodore, Scaliger, etc., etc.,
qui parlent également de l'affection du dauphin pour ses
parents et ses petits. Or, le docteur médecin Rondelet
(Guillaume), qui vivait au xv:' siècle {Montpellier, f507-
1356), et qui fut professeur royal de médecine à la Fa-
culté de Montpellier, eût été fort en peine d'expliquer
comment l'hippopotame, vulgaire herbivore, peut devenir
soudain Carnivore à la vue de ses vieux parents, et rede-
vient ensuite herbivore après les avoir manges...
Caïus Julius Solinus, dans son Polyhistor (cap. XIII),
nous dit à son tour : « ... Dans ces mers {Bosphore de
Thrace) se trouvent un grand nombre de dauphins. Ces
animaux sont, sous bien des rapports, dignes d'observa-
tion. Ils surpassent en vitesse tous les poissons, et c'est
82
LE NATURALISTE
au point qu'on bondissant ils s'élancent souvent par des-
sus les voiles des vaisseaux. De quelque côté qu'ils se
dirigent, ils vont par couples. Les femelles portent dix
mois; c'est en été qu'elles mettent bas; elles allaitent
leurs petits; dès qu'ils sont nés, elle leur offre leur gosier
comme un asile, et elle les accompagne quelque temps
encore, tant qu'ils n'ont pas acquis assez de force... »
(// copie ensuite tout ce qu'Hérodote, Pline, Aristote,
Elien, etc., ont dit sur le dauphin, et il termine ainsi :)
« Ajoutons que si les jeunes dauphins s'ébattent trop
étourdirnent, les plus vieux leur donnent pour gardien
un dauphin moins jeune, dont l'expérience les met en
garde contre les attaques des monstres marins, quoiqu'il
y en ait peu dans ces parages, si ce n'est des phoques. »
Esope, d'après Plutarque {Banquet des Sept Saqes,
chap. xvill), semble vouloir plaisanter l'aventure d'Arion
et généralement l'affection du dauphin pour l'homme ;
« mais, dit Plutar(|ue, Dioclès, en rappelant l'histoire de
Mélicerle, fils d'Ino, déposé, lui aussi, par un dauphin
sur l'isthme de Corinthe, déclare cet attachement du
dauphin pour l'homme absolument démontré. »
Quant à Elien, son livre De Nalura animalium four-
mille de détails sur les dauphins, détails compulsés et
recueillis dans tous les anciens ouvrages :
Livre II, chap. vi, et livre VI, ch. xv. — Dauphins
amis des enfants. (Tous les récits que j'ai déjà cités des
vieux auteurs).
Livre II, ch. vili.^ Les dauphins aidant les pécheurs
dans leur besogne.
Livre IX, ch. Lix. — Les dauphins sont nomlu'eux
dans le Pont-Euxin.
Livre XI, ch. xii. — Mœurs et habitudes des dau-
phins.
Livre XI, ch. xxii. — Les dauphins sont toujours en
mouvement.
Livre XI, ch. xxxvii. — Le dauphin est vivipare, il
donne à têter à ses petits, etc.
Livre XII, ch. xlv. — L'amour du daujihin pour la
musique, célébré dans l'hymne écrit par Arion en com-
mémoration de son sauvetage par ces intéressants ani-
maux (cet hymne à seize vers). Etc., etc.
E. Santini (de Riols).
ESSAI MONOGRAPHIQUE
SUR
les Coléoptères des Genres Pseudolucane et Lucane
Note complémentaire sur le genre Pseudolucane
(Suite et fin).
PSEUDOLUCANUS MAZAMA 9- — Lcconte .
De même taille que le mâle et de même couleur, mais
un peu plus luisante. Tête petite, granuleuse, notable-
ment plus étroite que le corselet, sensibli'ment ]dus allon-
gée que chez les femelles des autres espèces de Pseudolu-
canes. Feuillets antennaires courts, labre très large, subco-
nique ; mandibules robustes. Yeux médiocres, rapprochés
du prothorax. Celui-ci est bien plus étroit que les élytres ;
il est nettement convexe, à contours arrondis, à bord pos-
térieur droit. Il est, ainsi ([ue les élytres, couvert sur
toute sa surface de points enfoncés, petits et espacés,
mais bien visibles. Les élytres sont amples, un peu dé-
primées, subparallèles, à bord antérieur subdroit, à bord
postérieur bien arrondi. Elles présentent l'une et l'autre,
jusqu'au tiers de leur longueur, doux bandes étroites, lé-
gèrement en saillie, un peu ^ilus luisantes que le restant
de la surface. Pattes très ponctuées, les antérieures lar-
ges et robustes, à dents arrondies. Pattes médianes
grêles, pattes postérieures subconiques, présentant deux
dents très rapprochées et se terminant par une partie
très élargie comme cela a lieu chez le mâle.
Le Pseudolucanus mazama est peu répandu. Il se
trouve dans les forêts de pins des régions montagneuses
de rutah, du New-Mexico et de l'Arizona, durant les mois
de juillet et d'août. Je tiens ces intéressantes indications
de M. le D' Wickham, assistant au Muséum d'Histoire
Naturelle de lova (Amérique du Nord). M. Wickham
m'a écrit « avoir trouvé lui-même des individus à l'état
« parfait émergeant sous des troncs de pins renversés. »
La larve du Ps. mazama n'est pas encore connue.
LucANUS CAPREOLUS. — Lin. (Amérique du Nord.)
M. Wickham me signale que cet insecte est commun
dans le nord des Etats-Unis, particulièrement dans la
région qui se trouve à l'est du Missouri; il est abondant
dans les régions qui avoisinent les vallées arrosées par
des rivières; on le rencontre en été, pendant les mois de
juin, juillet et août, volant au crépuscule ou pendant la
nuit. La larve vit non-seulement dans le bois mort des
chênes de différentes espèces, mais aussi dans le bois
mort du hêtre, dans les pommiers et dans les saules.
Genre Lucane [Suite).
LuCANUS CERVUS (Suite et fin).
C'est très vraisemblablement au L. cervus qu'il con-
vient de rattacher, (comme n'étant que des formes lo-
cales de cet insecte) deux Lucanes européens, l'un tétra-
phylle, l'autre pentaphylle, le L. maxillaris et le L. tau-
ricus, dont Motschulsky a donné la diagnose dans
le Bulletin do la .Soc. Entom. de Moscou de 1845, et la
description dans l'année 1870 do la même publication.
Malheureusement ce dernier travail do Motschulsky, qui
concerne également d'autres formes de Lucanes euro-
péens, est sujetà critique, elles figures qui l'accompagnent
sont lieaucoup trop insuffisantes pour permettre de se
rendre exactement compte du faciès des insectes auxquels
elles se rapportent. On est même en droit de se demander
comment l'auteur a pu critiquer aussi sévèrement le
travail si consciencieux et les figures pour la plupart si
exactes de la monographie du D' Kraatz.
Ceci dit, voici, telles qu'elles ont été données par
Motschulsky, les diagnoses et les descriptions du
L. maxillaris et du L. tauricus.
LUÇANUS MAXILLARIS. {Motschulsky.)
Motsch. Bull. soc. ent. de Moscou, 1845, I, p. 60, n" 168,
et 1870, p. 29-30, table 2, fig 3.. Kraatz, loc. cit., p. 269.
« Le Luc. maxillaris se rapproche beaucoup comme
u forme du L. Capreolus (\), mais parait être plus court et
Cl plus convexe. Ses mandibules sont allongées, courbées
« et dilatées intérieurement, vers l'extrémité, de sorte
Cl que les dents , qui, chez les autres Lucanes, bordent
Il cette partie, s'y confondent et ne possèdent qu'une
(I cêrnelure peu prononcée. La massue de l'antenne n'a
(1) Lire L. cervus var. capra ou capreolus.
LE NATURALISTE
83
Il quo 4 articles. Il se trouve en Crimée, au Caucase et
(I en Tourcménie.
« o' — nigro-piceus, mandibulis olytrisque rufo-cas-
« taueis, conferlissime punctatus; capite transverso,
« postice distincte attenuato, supra piano, ad angulos
(I anticos solum paulo marginato, medio antico non pro-
« ducto,clypeotruucato, modioprofundoexcavato(lig. 3);
n thoraee subtrausverso, longitudine 1 1/2 latiore, ca-
« pitis lalitudine, antice oblique angustato, angulis pos-
« ticis obtusis, non prominulis; elytris capite paulo
(( latioribus et 3 1/4 longioribus, oblongo-ovatis ; man-
« dibulis elytrorum longitudine fcre dimidio brevioribus,
« exsertis, vix arcuatis, aute médium intus subdilatatis
a vix distinco 4-G denticulatis, apice bidentatis ; anten-
« narum articulo 1 capite paulo breviore, clypeo medio
(I lato sinuato, tibiis anticis angustatis, trispinulosis.
« Long. 14-18 1. — hit. cap. 3/12 — 4 1.
« Cette espèce se distingue facilement du t'c)'i'i(.s et du
« Capra par sa taille plus petite, sa tète à peine marginée
« vers les angles antérieurs et fortement rétrécie trapé-
« zoidalementen arriére, par ses mandibules plus courtes,
« plus droites, sans grande dent au milieu sur le bord
« interne, qui, sur les deux tiers de sa longueur, pré-
ci sente simplement une dilatation anguleuse, garnie d'une
« deuticulation peu régulière et souvent confondue, par
« le prepiier article des antennes plus court; par son
« corselet plus long, sensiblement rétréci en avant, et
« avec des angles postérieurs obtus, pas saillants.
« Je possède 7 cT tout à fait semblables par la forme
« et les couleurs, et seulement un exemplaire du Cau-
« case parait plus étroit que les autres qui proviennent
« de la Crimée, de Kharcow et de la Hongrie.
« Cet exemplaire du Caucase est représenté sur la
« planche II.
« Des deux femelles que je possède de cette espèce,
0 l'une présente un corselet normal à angles postérieurs
« obtus comme le cf : chez l'autre, il y a de chaque côté
n en arrière deux impressions.
Lrc.\NUS TAURicus. (Motschulsky.)
Motsch., Bull. soc. ent. de Moscou 1843. I p. 60, n" 168
et 1870 p. 32-33, table II fig. 6. Kraatz, loc. cit., p. 269.
« Il est de deux fois plus petit que L. cervus et d'une
« couleur presque noire et opaque. Ses mandibules sont
« peu courbées et plus fortement dentelées. Le corselet
« est plus long et plus carré. Je l'ai reçu de la Crimée.
« o" nigro-subpiceus, mandibulis rufo-piceis, capite
(I thoraceque conferlissime rugoso-punctatis, elytris cor-
« poreque subtus subtiliter punctatissimis; capite trans-
« verso, postice valde obliquo attenuato, supra marginato,
« angulis anticis paulo elevatis, clypeo truncato, medio
« lato arcuatim excavato ; thorace transverso, antice
« fortiter oblique attenuato, angulis lateralis valde dis-
« tinctis capite paulo latioribus, posticis obtusis, non
« prominulis ; elytris capite 1/4 latioribus et plus triple
« longioribus, convexis, ovatis, postice arcuatim atte-
n nuatis ; mandibulis elytrorum longitudine dimidio paulo
« longioribus, versus apicem leviter arcuatis, valido tri-
« dentatis, dente postico subobtuso, ante médium ins-
« tructo, denticulis antice 3 et postice 3, valde distinctis,
« antennarum articulo primo capitis longitudine, sequen-
« tibus conjuncto paulo breviore clypeo arcuatim trun-
<( cato, angulis acutis; tibiis anticis tridentatis. Long.
« 201. lat. cap. 5 1.
« Comparée aux grands exemplaires du Luc. capra
« Oliv., cette espèce parait un peu plus ramassée, sur-
« tout la. tête et le corselet, tandis que les élytres con-
« servent les mêmes dimensions que (chez) les premiers
(i ou deviennent même un peu plus longues. La tête,
« quoique plus petite, est en dessus assez fortement
(< marginée, mais l'espace interrompu au milieu du bord
« po.'iténeur est plus large, les angles antérieurs dirigés
« plus latéralement, le chaperon plus étroit et plus pro-
« fondement découpé au milieu, sans présenter cependant
« des angles latéraux aussi prolongés et aussi saillants ; les
« i)etites dents (|ui garnissent le côté interne des man-
<i dibules sont plus longues que même chez les grands
« exemplaires du L. cervus. Le corselet présente les
« angles latéraux plus saillants que chez le Capra parce
« que les côtés sont plus fortement rétrécis vers la tête.
n Les élytres sont un peu plus longues, leurs angles
n huméraux plus saillants.
« Je l'ai pris en Crimée, où il vit dans les vieux poi-
(( riers sauvages. »
Enfin un petit Lucane également décrit et figuré par
Jlotschulsky d'après un seul exemplaire, sous le nom de
brevicollis, parait n'être qu'un individu de petite taille,
de son L. tauricus.
n Cette espèce, dit l'auteur, rappelle du reste beaucoup
« le L. tauricus qui en difl'ère principalement par son cor-
« selet plus allongé, ses élytres moins larges, de taille
(( plus grande et ses mandibules plus nombreusement
n denticulées. »
LUCANUS ORIENTALIS Kraatz et LUCANUS TETRAODON
Thunbei-g.
En plus du L. cervus, si répandu partout et si variable
de taille et de structure, la faune européenne possède
deux autres espèces de Lucanes vrais, dont l'aire d'ex-
tension est plus restreinte, mais dont la taille et la forme
ne sont guère moins variables, toutes proportions gar-
dées cependant, car le développement de ces deux es-
pèces est bien loin d'atteindre, du moins chez les mâles,
celui du L. cervus.
Je dis chez les mâles, car les femelles acquièrent assez
souvent, au contraire, une taille au moins égale à celle
des plus grosses femelles de ce dernier insecte.
Les deux Lucanes dont il s'agit sont le Luc. orientalis
de Kraatz et le Luc. tetraodon de Thunberg.
Le premier, qui rappelle davantage le L. cervus, ne se
rencontre que dans l'extrême Orient de l'Europe et dans
la basse Asie.
Le second, plus aberrant, appartient très nettement,
au contraire, à la faune européenne puisqu'il se trouve
d'une façon constante en Corse, en Italie, en Sicile, en
Grèce et dans la partie méridionale de la Russie d'Eu-
rope.
Ces deux insectes, voisins l'un de l'autre mais cepen-
dant bien distincts, rappellent assez, comme structure
générale, la forme capra du L. cervus, mieux encore du
L, turcicus.
Le L. orientalis est évidemment celui qui s'en rap-
proche le plus, et la ressemblance est même parfois des
plus remarquables, ainsi qu'on peut le voir en comparant
la fig. 1 et la fig. 1 bis qui représentent : la première un
L. turcicus tant soit peu difl'èrent de la forme habituelle
et la deuxième un L. orientalis de très grande taille.
Mais les ressemblances poussées à un aussi haut point
paraissent être fort rares et, d'ailleurs, si voisin que le
L. orientalis puisse être du L. turcicus, il s'en écarte par
84
LE NATURALISTE
trop de caractères pour pouvoir être considéré unique-
ment comme une variété du L. cervus pris comme type.
Si l'on considère en effet le L. orientalis dans son en-
semble, on remarque tout d'abord que les proportions
est entrée dans les considérations généralement pré-
sentées en faveur d'un grand développement dans la
région d'anciens glaciers maintenant disparus.
Comme exemple particulièrement net de la formation
dont il s'agit, nous citerons les escarpe-
ments d'En Saumont au-dessus de Brent,
dans la vallée de la Baie do Clarens et sur
la rive gauclie de ce torrent. La figure
jointe au présent article montre qu'il
s'agit d'une masse de plus de deux cents
mètres d'épaisseur dont la constitution
intime est des plus faciles à étudier en
détail grâce aux ravinements qu'y ont
ouverts les eaux de pluie.
C'est un terrain fort hétérogène où des
blocs de toute grosseur sont mélangés à
des sables et à une boue très fine. Les
blocs sont très arrondis et leur surface
est souvent tout à fait polie; la plupart
sont de nature calcaire, mais il y eu a
un certain nombre qui sont tout diffé-
rents,formés de roches gréseuses et même
de roches cristallisées variées. Les galets
•, ... calcaires sont remarquables par la pos-
r.- 1 I . • j, r _ u , u ui . • . .tj- • .1 session de slries qui ne manquent jamais
rig. l. — L. turcicus cr, forme aberrante probablement intermédiaire entre le i i j
L. turcicus et et l'Orientalis (Collection H. Boileau). et qui sont très nombreuses sur toutes
Fig. lii«. — L'orientalis o" de très grande taille (Muséum de Paris). les faces, en faisceaux s'entrecoupant
sous des angles variés. Le sable est sur-
respectives des différentes parties du corps sont sensi-
blement différentes de ce qu'elles sont chez le L. cervus
et chez ses variétés même les plus aberrantes, tellesque
pentaphyllus, laticornis et akbesiana.
Si l'on entre dans le détail de ces différentes parties
on constate :
4° Que les mandibules, comme le dit très justement
Kraatz, sont construites d'après un tout autre type, leur
longueur est moindre, leur courbure plus accentuée, leur
base beaucoup plus large, leur fourche terminale bien
plus courte et composée de deux dents égales ; enfin la
dent médiane n'est pas triangulaire mais bien subcylin-
drique et se trouve, en outre, située généralement un peu
au delà du milieu do la mandibule ;
2" Que l'antenne est bien hexaphylle comme chez le
L. turcicus, mais que les feuillets sont plus longs et bien
plus grêles : de plus les articles 2, 3 et 4 de la tige sont
subégaux, tandis que, chez le L. ceruus et tous ses dérivés
et chez le L. turcicus plus encore peut-être que chez les
autres, le 3" et le 4° article sont toujours beaucoup plus
longs que le 2" ;
3° Que le prothorax est plus long et plus ample ;
Enfin, 4°, que les pattes et les tarses ont une brièveté
très remarquable qui ne se retrouve chez aucun des
dérivés du L. cervus.
(A suivre.) L. Planet.
Sur le terrain à Cailloun striés des Préalpes Vaudoises
Dans un très grand nombre de points des Préalpes, les
flancs des vallées sont recouverts jusqu'à une hauteur
plus ou moins grande d'un placage de terrain caillouteux
que les géologues n'ont fait aucune difficulté de regarder
comme glaciaire. On peut voir ces terrains représentés
sur la carte géologique de la Suisse et leur aire d'extension | pousser ses moraines qui sont restées, après la fusion, sous
tout quartzeux; laboue, riche en calcaire, contient beau--
coup d'argile et montre au microscope des grains de
roches très diverses.
Nos lecteurs savent que si c'est à la présence des stries
(jue la plupart des anciens géologues ont su reconnaître
le caractère glaciaire aux placages boueux du genre de
celui d'En Saumont, des expériences dont le résultat est
d'ailleurs confirmé par les raisonnements les plus élémen-
taires ont montré que les glaciers ne sont pour rien dans
la production des stries observées.
Celles-ci résultent, sans doute possible, des tassements
internes subis par le terrain sous l'influence do la perte
de substance que lui inflige la dénudation réalisée par
les eaux d'infiltration et qui détermine des glissements
pendant lesquels les grains quartzeux viennent, le plus
aisément du monde, travailler à la surface polie et tendre
des galets calcaires. Cette remarque qui s'applique même
à l'acquisition de stries par des blocs calcaires compris
dans de vraies moraines, a dos conséquences 1res nom-
breuses et conduit à reconnaître de toutes parts des témoi-
gnages de l'activité incessante qui règne dans l'épaisseur
des roches.
Toutefois, étant accepté, conformément à ce qui précède
ot conformément aux expériences sur le striage dont nos
lecteurs ont eu naguère le résumé, il reste à fixer certains
points de l'origine du terrain caillouteux.
L'un des plus difficiles à première vue concerne juste-
ment la présence des roches cristallines en association
avec les roches calcaires dans le lit des torrents (jui,
comme la Baie de Clarens, descendent de massifs mon-
tagneux exclusivement formés de roches stratifiées.
Jusqu'ici, la manière d'exjiliquer cette circonstance
consiste à dire que l'ancien glacier du Rhône, de dimen-
sions gigantesques, descendant par le Valais, comblait
tout le lac Léman el bavait à droite et à gauche dans les
vallées latérales dont il remontait les pentes de façon à y
LE NATURALISTE
85
la form(> des |iiacngps k galets stries qui nous occupent
eu ce moment.
Ce raisonnement, qui revient à ilirc i|iie le sol avait
déjà la l'orme que l'érosion lui a donnée, avant que les
agonis d'érosion n'aient l'ait sentir leur action et qui
répète en somme celui qu'on tient encore si souvent pour
le phénomène" général du creusement des vallées, est en
contradiition llagrante avec tous les faits d'observation.
Tout prouve ([ue dans le passé, c'est-à-dire au début
des phénomènes d'érosion dont les Alpes ont été le
théâtre, le relief du pays avait une forme tout à fait dif-
férente de celle qu'il présente aujourd'hui. On sait en
effet que chaque cours d'eau se comporte vis-à-vis du sol
qui fait le fond de son lit, comme fait une lame de scie,
Le ravin d'En-Sauinunl, pn/s Brent, dans le caiiLon du Vaud.
ou mieux un lil enduit d'(''meri, à l'égaril de la pierre sur
la(|uelle on le ferait glisser. Surtout pour les cours d'eau
rapides comme sont les torrents, le lit peu accentué de
l'origine se creuse i)rogressivement en gorge et réalise la
séparation complète de régions (jui d'abord étaient en
relations mutuelles.
Dans ce temps-là, le cours d'eau dont la Baie de Clarens
peut être considérée comme un représentant actuel, descen-
dait des massifs granitiques de l'axe de la chaîne et cou-
lait très au-dessus de son niveau d'aujourd'hui, par les
flancs des montagnes qu'on reconstituerait en remettant
les Aljies en possession de la gigantesque quantité de
matière que l'érosion leur a arrachée dans le cours des
temps.
A cette échelle colossale, tous les incidents de l'histoire
des rivières se sont produits et en particulier la régression
des sources qui peut amener la capturi" des cours supérieurs .
Cette capture, combinée avec l'acquisition par le sol de
modelé tout nouveau, transforme sans peine un torrent
qui d'abord avait son bassin d'alimentation dans la zone
cristallisée des hauts sommets en un autre torrent qui
n'est plus pourvu d'eau que par des reliefs secondaires.
Il en résulte alors nécessairement la particularité
d'abord si étrange, et cependant si simple, d'un torrent
dont le lit contient des galets essentiellement difl'érents
des masses rocheuses qui constituent le fond et les lianes
de sa vallée. On a cherché longtemps et laborieusement
dos causes compliquées à un état de choses qui n'est que
la répétition dans le passé de lacon<lition actuelle.
Stanislas Meunier.
ERRATUM
M. Henri Gadeau de Kerville signale l'erreur
typographique suivante, que renferme son article sur
la richesse faunique de la Normandie paru dans le dernier
numéro (page 69, col. 1, ligne 27) : Il faut
19.791 au lieu de 19.790.
L'ÉLEYA&E DE L'AUTRUCHE
I
LE KREIDER
En 1888, à la clôture de la période de mes essais d'éle-
vage à Misserghin, je fis hommage au gouvernement
général de l'Algérie, à titre gracieux, d'un troupeau d'en-
viron 35 autruches et du matériel d'élevage, afin de per-
mettre à l'Administration de faire, à peu de frais, un
essai d'élevage et d'exploitation au Kreider. Ce troupeau,
accepté en principe, ne fut pas utilisé, le gouvernement
manquant des ressources nécessaires jiour assurer le
transport des animaux et leur établissement! Je
dois ajouter que mon olTre de concours pécuniaire ne
put non plus aider à la solution espérée. Ce troupeau,
offert ensuite à la Résidence générale de Tunisie, n'eut
pas un meilleur sort Finalement, il échoua au Jar-
din Zoologique d'Acclimatation du Bois de Boulogne, de
Paris, qui en réalisa In valeur en compte qui m'est
inconnu à ce jour, malgré mes réclamations annuelles.
Voyons un peu quelles ressources, quel avenir nous
assurait l'établissement d'une autrucherie au Kreider.
Lorsqu'on traverse les immenses solitudes des hauts
plateaux où la gazelle bondit à travers les touffes d'alfa
et de chih, l'œil ne rencontre en fait de végétation arbo-
rescente, que de rares genévriers ou oxycèdres rabougris
auxquels se mêlent parfois d'étiques thuyas au feuillage
sombre.
Après quelques essais infructueux, on a fini par
constater que l'acacia triacanlhos est le seul arbre déco-
ratif (lui s'adapte aux conditions telluriques et climaté-
riques de ces régions sèches et sablonneuses. Ceux exis-
tant au Kreider et à Méchériasont d'une fort belle venue.
86
LE NATURALISTE
ayant parfaitement résisté, tandis que les autres essences
plantées dans les mêmes conditions ont toutes péri, sans
exception.
A l'heure actuelle, autour de toutes les gares ou
arrêts qui jalonnent la mer d'alfa, on ne voit que planta-
tions de triacanthos.
Il va sans dire que dans les sites privilégiés, où l'abon-
dance des sources permet l'irrigation, d'autres essences
peuvent réussir. C'est le cas du Kreider, où 5,000 arbres
d'essences variées ont été plantés par le bataillon
d'Afrique.
En évaluant la main-d'œuvre à 2 francs par jour, on a
calculé que chaque arbre revenait à 2,000 francs. Los
travaux de plantation du Kreider représentent environ
cinq millions de journées de travail, correspondant à une
valeur de dix millions.
Cet aveuglant coin du désert où, il y a quelques années
à peine, ou ne voyait pas un seul brin de verdure, où
toute végétation s'arrêtait, où le thym et l'alfa eux-
mêmes refusaient de pousser, est devenu, grâce aux
efl'orts persévérants de l'armée, une verdoyante oasis,
pleine de promesses.
Qui a vu le Kreider en 1881, et qui le revoit aujour-
d'hui, a sous les yeux un exemple frappant de ce que
l'on peut faire sur les parties du sol d'Algérie, même
réputées les plus arides, avec ces trois éléments de force
réunis : la vapeur, l'eau et... des bras. Lisez beaucoup
d'argent.
En 1881, ce que les cartes désignaient superbement
sous le nom de Kreider, écrit en petites capitales, n'était
qu'un point d'eau qui, par le volume relativement consi-
dérable de son débit, et par sa position géographique sur
le chott, entre les premiers hauts plateaux et la région
des Ksours, d'une part, et entre Géryville et les fron-
tières du Maroc, d'autre part, servait de point d'arrêt
forcé aux caravanes, aux tribus ou aux douars traversant
cette région. Mais on ne s'y arrêtait que juste le temps
nécessaire pour laisser boire les bêtes et remplir les
outres de peaux de chèvre. Autour des sources qui sor-
taient de trois ou quatre trous, figurant de véritables
cuvettes, aucune plante, aucune herbe, rien que quel-
ques roseaux, des lentisques, de l'armoise. Bêtes et gens,
piétinant dans la vase, défonçant le terrain, y accumu-
lant des ordures, y abandonnant, de-ci, de-là, une cha-
rogne, avaient fait du Kreider un cloaque ; ses sources
allaient se perdre sous la terre, à quelques pas de leurs
" cuvettes », et, chargées de matières organiques, elles
donnaient une eau claire et limpide, il est vrai, mais qui
entrait en putréfaction au bout de 24 heures.
Tel était le Kreider que nos troupes ont trouvé en
juin 1881. Envoyées sur ce point pour en faire un poste
avancé contre les bandes de Bou-Amema, et plus tard
contre celles de Si-Sliman, on sait comment elles
échouèrent dans cette « protection « imjiossible avec les
moyens dont elles disposaient.
Les événements firent, cette fois, la démonstration
définitive du principe que les vieux praticiens de l'Algérie
avaient déjà érigé en axiome, à savoir que « prétendre
assurer la soumission du sud au moyen de colonnes
péniblement ravitaillées par des bêtes' de somme, était
une chimère ».
Les généraux Saussier et Delebecque rompirent net
avec les errements condamnés par l'expérience. Ils
demandèrent des moyens d'action mieux approiiriés au
pays, c'est-à-dire l'occupaUon directe et permanente do
points stratégiques situés au sud, à commencer par le
Kreider, reliés par une voie ferrée au centre du Tell et
aux ports du littoral.
Le chemin de fer d'Arzeu à Saïda, construit primiti-
vement en vue de l'exploitation de l'alfa des hauts pla-
teaux, avait, à cette époque, poussé sa ligne jusqu'à
Modzbah, à 47 kilomètres de Saida et à 33 kilomètres du
Kreider. En 128 jours, 73 kilomètres avaient été cons-
truits ; le 27 septembre 1881, la iocomotive entrait en
gare au Kreider; aujourd'hui, le point terminus est Dje-
nien-Bou-Rosg, à quelques kilomètres de Figuig, sur la
route directe d'Algérie à Mekknès au Maroc (1). En 1891,
l'ambassade extraordinaire de M. Patenôtre auprès du
Sultan ne put aboutir à la prolongation de la ligne
d'Arzeu jusqu'à Fez et Mekknès, deux des trois capitales
du Maroc. J'avais obtenu la faveur d'être embarqué avec
la mission sur « le Surcouf », mais mon état de santé
ne m'a pas permis de suivre de Mogador à Maroc.
Incontestablement, la sécurité de tout le Sud-Ouest
algérien et la prépondérance de l'influence française au
Maroc seront les conséquences de l'établissement ae la
voie ferrée à travers les Etats du Maghreb.
En même temps qu'on posait les rails dans la direction
du Kreider, ce poste était aménagé dans les conditions
voulues. Aujourd'hui, les sources captées, endiguées,
forment un bassin de 2C0 mètres de long sur 60 de large.
L'eau de ce bassin, sans cesse renouvelée, est dirigée
par de petits canaux découverts où s'embranchent des
rigoles sur une étendue de 9 hectares en pleine culture
maraîchère. Elle est en telle abondance qu'il a été pos-
sible de faire une piscine où les hommes de la garnison
viennent se baigner, par escouade, pendant les fortes
chaleurs.
Un peu plus loin, en dehors de la jiartie irriguée et
réservée, soit à la culture, soit à l'alimentation des habi-
tants, on a creusé un vaste abreuvoir à l'usage des
Arabes. Force a été de parquer, pour ainsi dire, sur cet
abreuvoir, les indigènes venant au Kreider approvi-
sionner leurs douars ou faire boire leurs troupeaux. Sans
cela — et l'expérience en a été faite — tous les travaux
de captation et d'aménagement seraient bien vite dé-
gradés par l'inconscient es])rit de dévastation des no-
mades Allah Kerim ! Dieu est grand ! et ils se reposent
sur lui du lendemain.
Le soleil d'Afrique aidant, les bras de nos soldats ont
fécondé le sable que les eaux souterraines du chott
avaient fait cultivalile : et ils ont ainsi commencé avec
des résultats déjà merveilleux l'œuvre de colonisation
que le chemin de fer seul avait rendue possible, et que
le peuplement portera à sa perfection.
Des allées d'ormes, de faux poivriers et de peupliers
traversent les cultures de légumes et de fruits de toutes
sortes qui y prennent des proportions inconnues sous
notre climat. Le melon, la citrouille, l'aubergine, la
tomate, les choux, les carottes, les pois, les asperges,
les radis, la jiomnie de terre, etc., etc., y crois.-ent, y
mûrissent et y prennent des développements inusités,
sans nuire à la qualité savoureuse qu'ils ont sous notre
ciel tempéré. Le vent est ici le grand modérateur du
soleil ; l'hiver, les rafales de l'Atlantique se font sentir
(I) Le voyage de Pans à Oran n'étant que de trois jours,
on peut donc passer en quatre jours de l'asphalte du boule-
vard au sable du pays des Ksours, des rives de ia Seino aux
bords de l'Oued Ain-Sefra, des hauteurs des montagnes des
Ahmours.
I-E NATURALISTE
87
avoc viffuour dans toute la réj;ion, le Djebel-Alimour
seml>le ('tre lu montagne qui est la limite de ce régime
météorologique. Evidemment, en ayant la précaution
d'ahriter les couples d'Autruches reproducteurs, ce que
fait d'ailleurs l'éleveur russe, les inconvénients du climat
hivernal auraient été atténués. Quant aux troupeaux
d'élèves, ils devaient suivre les troupeaux de montons
et lie chameaux dans leurs ])acages dans le sud du
Sahara dans des conditions de sécurité indiscutables,
complétées par le poste de Méchéria (1), malgré la proxi-
mité des tribus nomades, pour ainsi dire indépendantes,
qui fré(]uentent les frontières di' notre extrême Sud-
Ouest algérien.
Il y a là, au reste, un fait tout à fait caractérisli(|ne :
(lartout ou pénètie l'Européen, les plantations d'arbres
se multi]dient et ou peut, en ([uelque sorte, savoir la
densité de la population européenne à l'aspect plus ou
moins boisé du pays; dans les cultures arabes, on ne
rencontre pas un arbre, (]uelques broussailles, des mil-
liers de iialmiers nains s'élevant à un mètre au-dessus
du sol, des lauriers-roses dans le lit fangeux des rivières,
mais jamais de ces beaux platanes qui font l'orgueil de
Boufarik, ou même une culture régulière d'oliviers ;
sans doute, il reste des bois, particulièrement dans la
province de Constantine, où les forêts de chênes-lièges
dûiuient de beaux revenus ; mais, pour que des arbres
isolés aient "été conservés, il faut qu'il s'y attache une
idée religieuse, qu'ils ombragent un tombeau, qu'ils en-
tourent un marabout, et que la piété des fidèles les pré-
serve de la' destruction : c'est ce qui est arrivé au bois
sacré de Blidah où l'on admire des oliviers séculaires,
mais ce sont là de rares exceptions.
En déboisant la montagne, en laissant les moutons,
les chèvres, les chameaux brouter les jeunes pousses,
l'écorce des arbres, en brûlant les herbes sèches et
parfois aussi les forêts, les Arabes ont amené le pays à
l'état de stérilité complète qui le désole maintenant.
On sait quels succès, en peu d'années, le colonel Go-
dron a obtenus à El Goléa dans la plantation d'arbres
qui poussent très rapidement. Grâce aux puits arté-
siens, l'oasis d'El Goléa, dans un avenir prochain, sulTira
aux besoins de sa garnison et aidera au ravitaillement des
postes militaires qui jalonnent la route, en attendant la
prise de possession du Touat nécessaire pour réaliser la
jonction de l'Algérie et du Soudan.
Évidemment, les circonstances présentes ne justifie-
raient pas l'énormité d'une dépense d'installation parti-
culière comme elle est possible à des détachements de
troupes.
En 1884 et en 1888, la main-d'œuvre était à bas prix,
les hommes du bataillon d'Afrique moyennant 50 à
70 centimes par jour eussent, en très peu de temps et à
peu de frais, construit les habitations du personnel et
installé les parcs à Autruches. Les bois de construction
(l) On l'a dit des lo premier jour : la création do Méchéria
fut une erreur. Altitude 11.18 mètres, i 332 kilomètres d'Ar-
zcu. — ïouadjeur, à 15 kilomètres plus à l'est, jiossède de l'eau
en abondance, le» terres sont susceptibles de culture. — On
admet l'utilité de l'occupation permanente de ce point, mais
notre installation aurait du être réduite aux pro])ortions du
rôle que la situation topographique et politique du pays assi-
prnait à Méchéria. Rien de plus triste que l'aspect du pays.
Partout du roc, de la poussière, des pierres. L'alfa lui-même
se refuse à croître sur le terrain, où il ne peut prendre
racine.
nécessaires pouvaient être livrés à bon compte par la
Compagnie de chemin do fer d'Arzeu, c'étaient des tra-
verses inutilisées, etc., etc.
D'où nous devons conclure qu'une Antrucherie établie
uu Kreider dès 1884 ou en 1888 assurait le succès de
l'élevage on Algérie, et qu'il serait oiseux, en 1897 de
reprendre cette question, sinon au titre « Historique de
la colonisation de l'Algérie ».
II
CHÉ.Vno.N- I-AR L'ÉT.\T DtJN H.ARA.S DE REPEUPLEMENT
A EL-OUTAVA
Je dois déclarer que je suis contraire à toutes tenta-
tives de reconstitution d'élevage non basées sur une
expérience pratique. En faveur de cette observation,
nous ne trouverons nulle part des preuves plus con-
cluantes que celles qui nous sont fournies par les éle-
veurs du Cap. Nous ne devons pas chercher d'autres
moyens que ceux consistant dans l'utilisation de grands
espaces et le climat sec : voilà tout le secret.
La dilficulté en Algérie, pour faire œuvre d'initiative
privée, consiste dans la possession du champ d'expé-
rience décisive. Avons-nous ou n'avons-nous pas en
Algérie des emplacements favorables qui, pour toutes
nouvelles entreprises bien conçues, établies sur des
bases certaines, assurent le succès? Je vous ai dit pré-
cédemment que les emplacements favorables existent,
je vous dirai plus loin les obstacles s'opposant à leur-
mise en emjiloi.
Le problème d'un rapide accroissement du troupeau
initial ne me semble pas être d'une grande difficulté,
grâce au mode d'incubation artificielle qui so pratiqué
dans l'Afrique orientale. Emin-Pacba indique le procédé
pratiqué par les Latoukas, peuplade habitant les envi-
rons du lac Nyansa. Ils enfouissent les œufs d'Autruche
dans des tas de paille de dourah ; l'éclosion, sans doute,
est le résultat de la fermentation de la paille.
Avant la disparition de l'Autruche dans le Sahara
occidental, les Maures produisaient l'éclosion en enfer-
mant les œufs dans un sac au milieu des graines de
coton qui en germant fournissaient le degré de tempé-
rature nécessaire (environ 40°).
D'ailleurs, les procédés d'incubation artificielle par
machines spéciales, tels que les pratiquent les Anglais,
sont bien connus aujourd'hui : on pourra pratiquer les
procédés les plus simples ou ceux jdus compliqués sui-
vant les circonstances.
Je faciliterais de préférence les incubations par les
couples reproducteurs ; l'appareil d'incubation artificielle
pourrait être utilisé, en cas d'abandon des œufs (1).
L'expérience, chèrement acquise, à mes dépens, à
Misserghin, a montré que, pour n'être pas entraîné dans
des dépenses trop considérables, il était de toute néces-
sité de trouver un domaine d'exploitation dont les re-
venus, dès à présent certains et acquis, pussent couvrir
les dépenses que nécessitera la création d'une Antru-
cherie.
Incontestablement, une entreprise dont la réussite
pourrait être une source de prospérité certaine, ne doit
pas être livrée au hasard. L'élevage des Autruches ne
(1) Voir l'Autruche, son utilité, son élevage. Paris, les fils
d'Emile Devrolle, 1894.
88
LE NATURALISTE
peut, ne doit s'entreprendre i|u'avec toute assurance de
succès : le choix de l'emplacement devant servir de pépi-
nière ou de haras pour le repeuplement saharien a une
importance capitale. Cet emplacement existe en Algérie,
dans les conditions de climat les plus favorables, à l'al-
titude de 267 mètres : eau, sécitrilé, terrains convenables,
abrités du sirocco par les monis de Sfa; tout, enfin, se
trouve réuni dans la plaine d'El Outaya, entre Batna et
Biskra, desservie par le chemin de fer, ce qui permet le
transport des oiseaux, avec des risques limités à ceux
consécutifs d'un envoi d'animaux vivants, énormes bi-
pèdes, très fragiles. Malheureusement, le sénatus-con-
sulte de 1863, constituant la propriété des terres commu-
nales dans les Zibans, est un obstacle à la colonisation,
l'État ni la tribu ne pourrait ni vendre, ni céder (1). Dans
cette immense région saharienne, uniquement les éta-
blissements dépendant du ministère de la guerre, les
Smalas existant par droit de conquête, pourraient servir
pour la reconstitution de l'Autruche.
Grâce au dévouement à sa tâche et à un travail inces-
sant de M. Humbert, secrétaire de la sous-commission
départementale du Sénatus-Consulte de Constantine,
l'opération de la délimitation des propriétés est plus
avancée et mieux dirigée que dans les autres provinces
algériennes. Cependant sa marche en avant vient de
subir un temps d'arrêt par le jugement que le tribunal de
Batna a rendu en 1896 dans le procès que les Douars des
Zibans avaient intenté à l'Etat. Celui-ci, par les soins
de ses officiers délimitateurs, avait prélevé en territoire
militaire sur les vastes étendues sahariennes des groupes
de terres non cultivées auxquelles on réservait un emploi
profitable à la colonisation. Ces groupes étaient conti-
gus aux terres formant les communaux des Douars. Or
les indigènes conseillés par des influences hostiles avaient,
au dépôt des dossiers, réclamé ces terrains réservés par
l'État comme terre arch et conformément à la loi, les
tribunaux furent saisis de l'alTaire. Or, qu'a fait le tribu-
nal de Batna '.'' il a tourné autour de la question arch ou
non-arcfc qu'on lui posait, il s'est arrogé le droit d'un
classement nouveau et a déclaré bien communal les
espaces en litige. Naturellement le domaine ira en appel
et il serait à souhaiter qu'il fasse rapporter le jugement
et que dorénavant les tribunaux ordinaires ne puissent
plus juger de pareilles affaires, qui ont pour résultat
unique d'engraisser les avocats des deux parties. Cette
réserve faite par l'État avait pour but de faciliter sur ses
terres l'installation de sociétés qui, par leurs travaux, y
auraient créé des ressources, etc., etc., grâce auxquelles
des terrains jusqu'à présent incultivables auraient été
rendus fertiles. En même temps que la société Rolland
y aurait trouvé de quoi remplacer la garantie d'intérêt,
une Autrucherie débutant autour du bâtiment de la
Smala, y aurait rencontré des terrains variés où la
proximité de Biskra amenait tous les touristes du monde.
Cela viendra, je n'en doute pas, mais il faut commencer
par écarter le jugement de Batna; cela se fera et une
des diverses et nombreuses difficultés entravant l'œuvre
delà reconstitution de l'Autruche sera écartée. Resterait
celle de la mutation de propriété de la Smala, dont la
(1) En novembre 1879, l'administration adjugeait aux en-
chères publiques les deux oasis d'El Amri et Foughala, sé-
questrées sur les insurgés de 1876, et que les indigènes
n'avaient pas voulu racheter lors d'une première tentative de
vente, au mois d'avril précédent. Elles passèrent toutes deux
aux mains de colons français.
direction du génie offre la vente au gouvernement géné-
ral de l'Algérie, empêché de l'acquérir, faute de res-
sources disponibles. J'ai l'espoir que l'on trouvera la
somme nécessaire par une répartition nouvelle des
70,000 francs attribués annuellement à l'établissement de
Mondjebeur, sous couleur d'amélioration du mouton
algérien.
Cette manne gouvernementale — pour un animal qua-
drupède très intéressant — n'a jamais produit les bons
elfets désirables encore présentement, malgré son inscrip-
tion depuis de longues années au budget de l'Algérie.
(.4 suivre.)
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blement préparées, ayant conservé leurs couleurs, bien
nommées : 70 francs.
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longicorne du Mexique : 4 francs.
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Le Gérant: Paul GROULT.
Paris. — Imprimerie F. Levé, rue Cassette, 17.
19' ANNÉE
2* Série — NJ* «43
13 AVRIL 1897
LES CAPUCINES
Qui ne (.■uiiiKiil l;i Ca|uu'iiii', t'i't orinMiuMit dos gi-aiiils
comme des iietits jardins, « cotte bonne fille, qui con-
descend jusqu'aux salades lioiirgooisos? » Elle brille au
premier rauj; dos plantes grinipanlos et, de ses longues
tiges recouvertes de lleurs. elle (Migiiirlaudo joliment les
fenêtres et les balcons. Tout en elle est plaisant, depuis
ses feuilles arrondies que les botanistes qualifient de
peltées en raison de leur ressemblance avec le bouclier
dos anciens, jusqu'à ses lleurs aux teintes variées mer-
veilleusement nuan -
cées. Une seule cliose
m'otonne, c'est qu'à no-
tre époque où l'on n'at-
tache de valeur i|u'mux
végétaux rares et jieu
faciles à se procurer,
on ait conservé dans
toute son intégrité le
culte de la Cajincine.
Comment définir la
Capucine 'f une plante
annuelle, à tiges volu-
biles atteignant 2 et
même 3 mètres, à fleurs
grandes variant du rou-
ge pur]mrin au rose sau-
moné et à l'amarante,
en passant par toutes
les teintes du jaune,
avec des panacbures,
dos taches et des stries.
Telle est la grande Ca-
pucine ou Tropxolum
majiis. Une autre es])é-
ce à lleurs plus ])etites
et de taille plus humble
est le Tropxohim minus
qui forme des toulVes
très serrées ne dépas-
sant guère 30 à 40 cen-
timètres.
Ce sont les deux es-
pèces dont les formes
sont le jdus l'ré([uem-
nient cultivées. On ren-
contre encore les capu-
cines hybrides repré-
sentées par de nombreuses variétés, dont les principales
senties Capucines Magenta, Sulfdrmo, brillante et jaune
paille. Issues jirobablement d'une esjièco plus délicate
(\m exige la serre, ce sont des aristocrates que l'on
multiplie de boutures et que l'on hiverne en orangerie
pour les mettre en pleine terre au printemps ou au
commencement de l'été.
Dans l'organisation des Capucines, tout est matière à
observations intéressantes. Les fleurs portent uu appen-
dice en forme d'éperon formé de trois des lobes du
calice. Quant aux pétales ils présentent une irrégularité
assez marquée, les deux supérieurs étant difl'éreuts des
trois inférieurs parla forme et par les dimensions.
Le Saturaliste, 46, rue du Bac, Paris.
La C
La teinte très vive ipio pos.sèdont les flrurs de cer-
tain(^s variétés, a fait l'objet de recliorches f|ui nous ont
appris que le coloris rouge feu de la petite Capucine
résulte de la combinaison des efl'ets produits par trois
eouclies de cellules superposées. La couche supérieure
<:ontiont un suc cellulaire rouge tenant en suspension
des granules jaunes ; l'inférieure est à jieu prés identique,
mais avec des granules de nuance |>lus claire; quant à la
couche moyenne, on y trouve encore des granules jaunes
(jui nagent dans un suc incolore.
Les feuilles ont servi de sujet à d'intéressantes obser-
vations de Darwin, relatives aux mouvements qu'elles
accomplissent pour prendre la position de sommeil. La
Capucine partage en
ell'et cette curieuse pro-
lu'iété avec un certain
nombre d'autres végé-
taux parmi lesquels les
Légumineuses occu-
pent le premier rang.
Dans les plantes qui
nous occupent, les feuil-
les qui regardent la lu-
mière sont fortement
inclinées dans la jour-
née et leur limbe preml
la position verticale pen-
dant la nuit, à l'excep-
tion toutefois de celles
(jui sont placées au bas
des pots et n'ont été par
suite éclairées que par
11' haut. Quelle est la
cause de cette particu-
larité'? Darwin a trouvé
que, pour que les feuil-
les puissent prendre la
nuit leur position de
sommeil, il faut qu'elles
aient été fortement
aé 'ées pendant au moins
une partie de la jour-
née. Les expériences
suivantes en fournis-
sentla preuve : un grand
pot contenant plusieurs
plantes fut placé , un
malin, horsde la serre,
devant une fenêtre au
nord-est, dans la même
position qu'il avait, au-
tant que possible, occuj)ée jusque-là relativement à la
lumière. Vingt-quatre feuilles furent marquées avec un
(il, sur la partie desplantes qui regardait la fenêtre, « quel-
ques-unes avaient leurs limbes horizontaux, le plus grand
nombre étaient inclinées d'environ 40" sous l'horizon.
Vers la nuit, toutes sans exception devinrent verticales.
Le lendemain matin, de bonne heure, elles reprirent
leurs positions précédentes et, la nuit, elles redevinrent
verticales. » Ces mêmes plantes furent placées ensuite
dans une armoire obscure ajirès avoir été soumises à
l'éclairage pendant deux heures seulement dans la
matinée : elles ne prirent la position verticale qui
caractérise le sommeil ni dans la journée, ni pen-
iipucine.
90
LE NATURALISTE
dant la nuit suivante. Si l'on s'arrange de manière
à éclairer seulement une partie du feuillage, tandis que
l'autre partie est soumise à la lumière dill'use, on
remarque que pendant la nuit les feuilles éclairées ont
seules leurs limbes foliaires verticaux à l'exclusion des
autres, qui gardent leur position normale horizontale. La
même plante fut replacée devant une fenêtre au nord-
est après être restée trente-six heures dans l'obscurité;
la nuit, les limbes de toutes les feuilles se placèrent net-
tement dans la direction verticale.
La Capucine semble donc, quand elle n'a pas été éclai-
rée directement, avoir perdu toute tendance ou toute
habitude héréditaire à sommeiller au moment convenable.
C'est à peine si. dans le cours de ses nombreuses expé-
riences, Darwin a remarqué une seule fois qu'il en fût
ainsi : dans un cas unique, quelques feuilles devinrent
-verticales pendant la nuit, après avoir passé une journée
tout entière privées de lumière.
Les Capucines ne sont pas seulement intéressantes par
leur structure florale et les phénomènes physiologiques
dont elles sont le siège; leur coté utilitaire n'est pas à
dédaigner. Tout le monde connaît l'usage qu'on fait des
fleurs pour agrémenter les salades auxquelles elles con-
descendent, suivant l'expression pittoresque et imagée
d'Armand Silvestre. Nos aïeux y ajoutaient les fleurs de
Bourrache, d'un bleu si éclatant.
Les fruits — les graines comme on dit habituellement
— conviennent admirablement à la confection des Pickles.
Cet emploi est encore peu connu en France; il n'en est
pas de même aux États-Unis, où les fruits de la Capucine
se vendent couramment et sont l'objet d'un commerce
relativement important sur les marchés.
Il n'est pas jusqu'aux racines de certaines espèces,
entre autres du Tropxolum tuberosim, de l'Amérique
méridionale, qui ne soient capables de fournirun appoint
à l'alimentation. La capucine tubéreuse a des tubercules
sensiblement arrondis, variables depuis la grosseur d'une
châtaigne jusqu'à celle d'une poire, de couleur jaune
pâle, parsemés de petites taches sanguines. Dans les pays
d'origine, en Bolivie particulièrement, on fait cuire les
tubercules qui portent le nom dTsano, puis on les sou-
met à la congélation. Ils constituent un mets très
agréable et croquant quand ils sont mangés avant qu'ils
n'aient eu le temps de dégeler. Weddell rapporte que sur
le marché de la Paz, on voit de nombreuses marchandes
qui ne vendent autre chose que ces Ysanos qu'elles protè-
gent du soleil en les enveloppant d'une étoffe de laine ou
de paille. Les dames de la Paz en sont extrêmement
friandes et les consomment en guise de rafraîchissements
après les avoir trempés dans de la mélasse.
En Europe, la Capucine tubéreuse ne paraît pas avoir
donné de bons résultats comme plante comestible; mais
elle peut se prêter à la fabrication de conserves au
■vinaigre que des amateurs di primo Caitello ont trouvées
excellentes. A cet état les tubercules conservent, un peu
atténuée, leur saveur particulière. Voici une recette de
Pickles dans la composition de laquelle entre la capucine
tubéreuse, et qui a été donnée par M. Paillieux, maître
incontesté en la matière : Ciboule de Chine, Concombre
Angourie des Antilles, ?tIioga du .lapon, Stachys tubéreux.
Capucine tubéreuse, auxquels il n'est ]ias inutile d'ajouter
l'Estragon, le Piment et les fleurs de Sureau.
La Capucine tubéreuse peut encore être servie dans
des raviers, coupée en rondelles minces et assaisonnée
comme le céleri-rave. P. ILa.riot.
LES Ft^VY^OIVS
Rien de plus «impie et de plus curieux que les fameux
rayons X, qui passent à travers tous les corps, même à travers
les vêtements les plus noirs et les plus épais. Pardessus
d'hiver doublé de fourrures, redingote, chemise, gilet de
flanelle : tout cela est traversé comme le voile le plus fin
d'une fiancée.
En fait de lumière, la lumière électrique provenant d'une
bobine Rulimlcorlf, diiiusée dans une ampoule de verre où on
a fait le vide. C'est une lumière pile et terne, d'un vert jau-
nâtre, analogue à un verre d'absinthe étendue d'eau, derrière
lequel on aurait allumé une bougie.
On pose cette ampoule éclairante sur une table, dans une
chambre obscure, puis le corps que l'on veut traverser, inter-
posé entre l'ampoule lumineuse et la plaque photographique
soigneusement recouverte d'une triple enveloppe de papier
noir.
En deus minutes au moins, trois quarts d'heure au plus, la
plaque sensible est impressionnée.
On le voit, on ne saurait rien imaginer de plus simple au
monde, à moins de ne rien faire du tout I
Ce qu'il y a de bien curieux, c'est que la plupart des organes
du corps sont plus ou moins bien définis par ces re]iroductions
photographiques. Les rayons X ne les traversent pas tous
également; de sorte que les uns se dessinent en noir, d'autres
en gris, d'autres en blanc : ce qui donne un admirable dessin
des os, des viscères et des différents tissus. Tout d'abord, on
croyait que l'on ne voyait que le squelette à travers la peau;
mais on voit bien d'autres choses ; les œufs en formation dans
l'ovaire des oiseaux, les détails minutieux de la cervelle des
animaux, les poumons des oiseaux, les cartilages du larynx,
les fragments d'os brisés par les projectiles, les bouts d'ai-
guille restés dans les chairs, les balles restées dans l'épaisseur
du cerveau ou enchâssées dans l'os du rocher, les grains de
plomb dans le corps du gibier. Bref, avec un peu d'attention
et de pratique, on finit par tout voir dans la perfection.
Le plus grand plaisir que l'on puisse nous faire, c'est de
nous envoyer des cas intéressants. Nous les ferons photo-
graphier ou radiographier avec bonheur.
Nous avions enlevé déjà quatre ou cinq fragments d'aiguille
de la main d'une jeune dame, qui portait ces corps étrangers
dans une de ses mains depuis 18 ans. Les rayons X nous ont
permis de voir, de la façon la plus précise, un fragment de
deux millimètres un quart qui y était resté, au voisinage de
l'articulation du métacarpe avec la première phalange du jiouce.
Un mari avait reçu de sa femme une balle de revolver dans
la tête. On voyait bien l'orifice d'entrée; mais il n'y avait pas
d'orifice de sortie. D'autre part, on ne sentait pas la balle
avec une sonde, mais un fouillis d'os fracturés. Où était la
balle '? Dans le cerveau ? il fallait l'y laisser, car le blessé ne
paraissait pas en être autrement gêné. Dans le rocher ? il
fallait se hâter de l'extraire, pour éviter une suppuration
peut-être intarissable. La radiographie nous a fait voir la
balle enchâssée dans les cellules mastoïdiennes du rocher. II
n'y a plus qu'à en faire l'extraction. Le blessé, heureux d'en
être quitte à si bon compte, s'est hâté do faire sortir sa femme
de prison, en même temps que sa balle ; et voilà un ménago
réconcilié : qui aime bien châtie bien ! dit la sagesse des
nations. Cela vaut encore mieux qu'un double divorce et un
quadruple mariage ensuite.
Un lièvre a succombé sous les coups du chasseur ; sa mort
est survenue d'une façon singulière : il a commencé par être
paralysé du train de derrière avant de mourir. Les rayons X
apprennent de suite, sans autopsie répugnante pour celui qui
doit ensuite manger le lièvre, que la colonne vertébrale a été
brisée en plusieurs fragments en un point absolument précis.
La plus jolie photographie d'une fracture compliquée d'es-
quilles ne donnerait rien de pareil : on voit le jour à travers
tous ces fragments, on dirait du verre cassé !
Un colis soigneusement emballé nous est expédié. Que
peut-il contenir ? Sans rien déficeler, sans toucher aux quinze
ou vingt enveloppes de tout genre qui en font une merveille
d'emballage, la radiographie nous montre deux bouteilles de
pharmacie d'inégale grandeur, noires comme de l'encre : le
verre est imperméable relativement au reste, qui est d'une
transparence absolue. Et cependant il y a autour de ces
flacons une boite en carton, du papier d'emballage très épais,
LE NATURALISTE
91
de la paille, une Ijoitc en bois, du feuillage de palmier, du
carton tuyauté, des notices, une brochure, du papier, des
copeaux, que sais-jo encore '! Jamais nous n'aurions eu la
patience de tout retirer pour voir ce qu'il y avait dans ce
uallol si mystérieux. Les rayons X nous l'apprennent instan-
tanément, à l'aide du transparent lumineux.
D' Bougon.
LE SYMBOLISME DE L IllROADELLE
On :i dil que les oisoaux sont les poètes il(> la nature,
mais (jui pourrait dire ce qu'il y a de poésie dans les
oiseaux? La vie eile-niénio de l'oiseau est un poème : il
aime et il clinuti'.
Tous cepeiulaut n'ont pas reçu en partage les mêmes
dons, et dans ce monde chanuant des haliitants de l'air
la nature a ses favoris. De ce nombre est assurément
riliroudelle. Tout en elle vient solliciter notre sympa-
thie et notre admiration. Ses mœurs si douces et si ten-
dres, ses évolutions aériennes si gracieuses, son frais
gazouillement, ses voyages lointains et sa fidélité dans
le retour, les services éminents (|u'elle nous rend en
détruisant par milliers des insectes nuisibles ou incom-
modes, en font un être privilégié que l'hoiume, de tout
temps et jiresque en tous lieux, a aimé et protégé. Aussi
est-elle venue habiter près de nous et s'est-elle intro-
duite, sans faron, dans notre intimité. Elle suspend sa
demeure à la nôtre, sous notre propre toit, parfois dans
l'intérieur du logis. Sa naïve confiance dans les devoirs
de l'ainitié et de la reconnaissance lui enlève toute
crainte. Elle se considère comme un membre de la fa-
mille dont elle a adopté le foyer. Elle ne le quitte que
pour un temps et fous le coup d'impérieuses nécessités.
L'année suivante elle reviendra. L'époque de son retour
qui coïncide avec celui do la belle saison contribue en-
core à lui gagner les cœurs.
L'homme, en effet, a vu dans l'Hirondelle la joyeuse
introductrice du jirintemps, la messagère ailée des
premiers soleils. Il en a fait comme le symbole de la
saison chaude et lumineuse qui dissipe les ténèlires de
l'hiver.
Ce sentiment remonte à des époques lointaines. L'ne
peinture de vase antique nous en a conservé la trace
profondément imprimée chez les Grecs. Trois person-
nages, un éplièhe, un vieillard et un enfant montrent du
doigt une hirondelle, et le dialogue suivant s'engage
entre eux :
L'ÉpHÈliE. — « Regarde une hirondelle! » ('I5oO -/^Xt-
Sûv.
Le Vieill.vrd. — « Oui, par Hercule. » (N«| tôv 'llfa-
xÀÉa.
L'E.NF.vNT. — u La voici! » (.-vûtïiî).
Le 'Vieillard. — « Voilà le printemps. » ("Ea? yjï-i) (1).
Le retour de l'IIirondelle, messagère du printemps,
donnait lieu dans le monde ancien à des réjouissances.
Des enfants y jouaient le rôle principal. A Rhodes, par
exemple, ils allaient de maison en maison chanter l'ar-
rivée de l'oiseau de lumière et de félicité. « Elle est
venue, elle est venue, rilinindelb' (pji amène avec elle
(1) Monum. deW Iiisl. Archeul., U, tav. XXU .
les belles saisons et les belles années, blanche au ventre,
noire au dos!... » Et les enfants faisaiimt une quête (I).
Dans VEdda, le livre de la mythologie Scandinave,
Sigtird n'ose tuer le monstre qui garde, le trésor. Sept
Hirondelles viennent l'une après l'autre combattre son
hésitation. Sigurd se laisse convaincre, découvre le
trésor caché et reprend possession de son épouse. C'est
l'image du Soleil qui épouse le Printemps, la Terre ver-
doyante et lleurie, lorsciue les Hirondidles reviennent
de leur lointain voyage. De même dans le Vunlmncrone,
rilirondelle crève les yeux de la sorcière ([ui l'avait
chassée de son nid : l'hiver oblige l'Hirondelle a partir,
mais le printemps reparait et chasse à son tour l'hi-
ver (3).
Le peuple appelle les Hirondelles les oiseaux du bon
Dieu. 11 i)ense qu'elles attirent la bénédiction du ciel
sur la maison ot'i elles suspendrni leur nid. Car ces
oiseaux, disent les bonnes gens, son! demeurés en com--
munion avec la Divinité et reçoivent d'EUe les grâces et
les dons les plus ]irécicux. Hs l'ont aidée à construire le
ciel (3) et c'est une Hirondelle qui enleva les épines de
la tête du Sauveur (4). Le meurtre d'un de ces oiseaux
bénis ou la destruction de son nid et de sa couvée se-
raient une sorte de sacrilège entrahiant une punition
inévitable. Aussi dans beaucoup de localités croit-on
que quiconque détruit un nid d'Hirondelle aura une des
bêtes de son étable malade dans l'année. Ailleurs, la
peine encourue est encore plus grave. La mort peut en-
trer dans la maison qui n'a ]ias été hospitalière à l'Hi-
rondelle.
En Allemagne et en Hongrie, si queli|u'un détruit un
nid d'hirondelle, sa vache ne donnera plus de lait ou il
sera mêlé de sang. Ce mélange de lait et de sang se re-
trouve dans une superstition de la Franche-Comté, mais
avec un autre caractère. Les gens de la campagne
croient, dans cette province, que si une hirondelle passe
sous le ventre d'une vache qui pait aux champs, son lait
sera converti en sang. On dit alors que l'animal est
« arondalé », et il n'y a pas d'autre remède que de verser
de ce lait sanglant près de la croix formée par quatre
chemins.
.\u temps de Pline, on était persuadé que la tête d'une
hirondelle coupée eu pleine lune, attachée dans un linge
et suspendue au cou était un excellent remède contre le
mal de tête. Que l'on ne se hâte ]ias tro]] de sourire, on
(1) Athénée, Uanquel des savants, VUl, -300, c. — Cf. Aris-
tophane, tes C/ieco/itcs, 416-418.
On peut rapprocher de l'usage qu'avaient les Grecs de célé-
brer par un liymnc le retour des Hirondelles, l'habitude qui
s'est conservée dans quelques-unes de nos provinces, notam-
ment en Berry, où les enfants, dès qu'ils aperçoivent la pre-
mière Hirondelle, se mellent à chanter:
« Ah ! l'aronde v'ia, v'ia !
« .\h! l'aronde v'ia, via donc! >i
Refrain ingénu de couplets d'une simplicité champêtre dont
l'imagination villageoise varie le thème selon les localités.
Un proverbe angevin dit aussi (^d'après l'abbé Vincelot, or-
nithologiste angevin) :
« L'Hirondelle aux champs
Cl Amène joie et printemps. »
(2) Angelo de Gubernatis, Mythologie zoolor/kpie. Trad
Paul Hegnaud, II, p. 233 (1874). — Venlamerone, cinquième
conte du quatrième livre,
(;i) Dans la comédie des Oiseaux d'Aristophane, les Hiron-
delles sont chargées de construire la cité des oiseaux.
( i) En Bretagne, cette légende touchante est appliquée au
Rouge-gorge.
92
LE NATURALISTE
trouve encore en France des pcns qui pensent que l'on
peut s'attirer des amis en portant sur soi le cœur d'une
hirondelle et se faire aimer d'une femme en lui donnant
un anneau d'or que l'on a laissé pendant neuf jours dans
le nid d'un de ces oiseaux (1).
Là ne s'arrêtent pas les vertus attribuées à l'Hirondelle.
Les anciens pharmacopoles possédaient la recette de
spécifiques merveilleux tirés de cet oiseau. Ainsi, le nid
d'hirondelle appliqué extérieurement était regardé
comme un bon médicament contre l'esquinancie, et
'Willughby, qui écrivait dans la seconde moitié du
XVII° siècle, remarque dans son Ornithologie (2) que les
cendres de cet oiseau sont excellentes pour les yeux.
L'Hirondelle connaît, du reste, l'art de guérir la cécité,
au moyen d'une petite pierre qu'elle va chercher sur le
bord de la mer. Lorsqu'on veut se la procurer, on n'a
qu'à crever les yeux à un petit de l'Hirondelle. La mère
va aussitôt à la recherche de la pierre magique et après
avoir rendu la vue au jeune aveugle cache le précieux
talisman au fond du nid. Cette singulière croyance est
répandue surtout en Normandie, dans le Vivarais et
dans le Bas-Languedoc. Elle a une origine ancienne, car
le médecin grec Dioscoride, qui vivait dans le i" siècle
de notre ère, dit qu'on trouve dans l'estomac des jeunes
hirondelles de petites pierres de dilïérentes couleurs que
l'on emploie dans le traitement des maladies d'yeux (3).
En Espagne, on croit aussi que l'Hirondelle va cher-
cher on ne sait où une herbe magique à l'aide de
laquelle on peut opérer des prodiges (4).
Cependant si l'Hirondelle a des panégyristes, elle a
ausi^i des détracteurs.
Pythagore lui refusait l'entrée de sa demeure, préci-
sément parce qu'elle dévore les insectes. H la regardait
comme un animal barbare.
Cicéron a comparé les faux amis à l'hirondelle que l'on
ne voit, dit-il, que durant les beaux jours et qui vous
quitte quand survient la mauvaise saison.
Un proverbe grec recommande aux hommes sages de
ne pas abriter d'hirondelles sous leur toit, c'est-à-dire
d'être en garde contre les bavards.
(1) « 11 y a vingt ans, j'ai vu des marchands d'oiseaux à
Paris qui tenaient enfermées dans des cages des hirondelles
vivantes. Ils en vendaient en gi-and nombre à des personnes
de toutes les classes qui, après les avoir achetées, leur ren-
daient, la liberté. Ces personnes pensaient, par ce moyen,
s'attirer la bénédiction du ciel et pouvoir réussir dans leurs
entreprises. »
Communication de M. de Terragon ;i M. Eugène Rolland :
Faune populaire de la France, II. p. ii\ (1879).
(2) En latin, 3 liv. Londres (IGTfi) in-8".
(3) Cliélidoines ou pierres d'hirondelle, pierres de Sasse-
nar/e, pierres ophtalmiques, fausses chélidoniennes, chélonites,
petites pierres siliceuses de forme sphérique ou arrondie, sont
en réalité des grains de quartz pyromaque ou de quartz agate
roulés par les eaux.
(4) Pinol, Diccionario f/allef/o, Barcelona (1S"6).
Nous connaissons la Cliélidoine, ce Chelidonium », du grec
« yE/.iSwv J), hirondelle, soit parce que les anciens croyaient
que l'Hirondelle avec le suc acre et corrosif de cette plante
guérissait les maladies des yeux de ses petits, soit qu'on lui
ait donné ce nom parce qu'elle fleurit au retour des hiron-
delles. Les gens des campagnes la nomment « Eclaire i> et em-
ploient parfois, quoique bien à tort, son suc contre les ophtal-
mies. ■ — Genre de la famille des Papavéracées. 11 a pour type
la grande Chélidoine, Chelidonium majus, vulgairement appelée
Il Grande Eclaire ». La Chélidoine porte des Heurs jaunes,
disposées en ombelles terminales. On la trouve communément
à l'ombre des vieux murs.
« Dans un apologue qui su trouve dans la lettre de
saint Grégoire de Nazianze au ]>rince Seleucus, les hiron-
delles se font gloire auprès des cygnes de gazouiller
pour le plaisir de tous, tandis qu'eux ne chantent que
pour eux-mêmes, rarement et dans les lieux solitaires.
Les cygnes répliquent qu'il vaut mieux chanter peu et
bien pour quelques personnes choisies que beaucoup et
mal pour tout le monde (1). » Mais on sait aujourd'hui
ce qu'il faut penser du chant des cygnes.
Ailleurs, dit encore M. de Gubernatis, l'Hirondelle se
vante au Corbeau de sa beauté ; celui-ci répond qu'il est
aussi beau un jour que l'autre, tandis qu'elle n'est belle
qu'au printemps. Et, en effet, ajoute le savant mytho-
logue : '< l'Hirondelle, belle et de bon augure au prin-
temps, devient laide et presque démoniaque dans les
autres saisons. C'est pourquoi les anciens croyaient que
rêver d'hirondelles était un funeste présage (2). »
L'hirondelle doit la page la plus sombre de son histoire
fabuleuse à la mythologie grecque. Par l'opération de
la métamorphose, elle devient Progné, la soeur de Philo-
mèle, l'épouse vindicative qui fait manger à son mari
volage le corps de son enfant. L'aimable oiseau revêt ici
un caractère sinistre peu en harmonie avec sou naturel
inépuisable de tendresse et de dévouement. Les prêtres
égyptiens qui ont mieux suivi la vérité symbolique en
avaient fait, au contraire, une des formes mystiques de
l'âme.
Les poètes ont chanté l'hirondelle. Il a été dit d'elle,
dans toutes les langues, des choses charmantes en prose
et en vers. Nul autre oiseau ne mérite mieux qu'elle ces
délicats hommages.
La Bible la cite souvent dans son langage symbo-
lique. Le Psalmiste compare l'homme pieux à l'Hiron-
delle, (jui suspend son nid à la voiite du temple. Plus
tard, le mysticisme chrétien accueillit la gracieuse
créature. Saint François d'Assises lui adressait des
harangues et l'appelait sa sœur.
L'oiseau de lumière qui annonce le retour du soleil et
guérit les aveugles a reçu de la nature, du moins pour
l'une de ses espèces, la plus gracieuse, un vêtement
symbolique : la rol)e blanche qui réfléchit tous les rayons
lumineux, le manteau noir qui les absorbe tous.
M.^G.iUD d'Aubusson.
ROCHES
FORMÉES SOUS UNE INFLUENCE BACTÉRIENNE
Les Bactériacées ont joué un certain rôle dans la for-
mation de quelques roches sédimentaires. Nous avons
trouvé, au centre desoolithes de calcaire secondaire delà
Côte-d'Or, des granulations sphériques qui peuvent être
considérées comme des Microcoques, malgré leur mau-
vais état de conservation; d'autre part, certains cailloux
siliceux permiens des environs d'Autun nous ont j)ermis
d'étudier plus complètement l'origine et la formation de
ces oolithes.
Les couches de schistes placées au-dessus du banc
principal de Boghead exploité aux Thélots et à Margenne
{i) Angelo de Gubernatis, loc. cit., p. ioi.
(2) Loc. cit., p. 254.
LE NATURALISTE
93
près Autuii contiennent une gnindo qiianlité de rognons
siliceux (|ui, examinés en |ila(]ues minces, laissent voir
une organisation toute particulière.
Aux. Thélots (lig. 1), la masse parait formée d'une
F.g. 1.
Sphcrolithes des Thélots.
a, Auréole cristalline rayonnante autour d'un noyau central.
b, Noyau occupé pat* des granulations bactériennes.
sorle de réseau polygonal simulant un tissu cellulaire
très apparent.
A l'intérieur de ces sortes de cellules polyédriques, on
remarque un ou deux noyaux dont la surface est fine-
ment granulée. L'intervalle qui sépare le ou les noyaux
du contour polygonal est tantôt homogène, tantôt sil-
lonné de nombreuses aiguilles cristallines rayonnantes.
Les dirhensions moyennes sont : pour le noyau 21 li, et
pour la cellule polyédrique 58 (i de diamètre; les granu-
lations mesurent Uii,o.
A Margenne, les coupes microscopiques tirées des ro-
gnons siliceux ont un aspect dill'érent ; on ne distingue
plus de réseau polygonal ; les noyaux sont assez forte-
ment colorés en brun et entourés d'une zone moins
foncée traversée par de nombreuses aiguilles cristallines
rayonnantes, beaucoup plus apparentes que dans les
échantillons des Thélots.
On ilistingue souvent, à la surface du noyau, de fines
Fig. 2.
Sphérolithcs de Margenne.
a. Aiguilles cristallines siliceuses partant de la zooglée.
4, Noyau foncé formé par une zooglée coccoide.
c, Microcoques disséminés dans ou entre les spliérolithos.
granulations coccoides, ces granulations se retrouvent
aussi entre les aiguilles cristallines et entre les sphéro-
lithes, leur mode de jonction, de pénétration réciproque,
rappelle en tous points l'organisation des sphérolithes
ordinaires.
Le diamètre moyen d'un S])hérolithe est de 55 (x, celui
des aiguilles cristallines 1 |i ; leur longueur est de 15 à
18 ji, le noyau 21 à 24 (jl.
Ces dimensions sont sensiblement les mêmes que celles
du réseau polygonal des sphérolithes des Thélots et des
noyaux que l'on remarque à l'intérieur des mailles ; il
n'est pas rare de voir les noyaux séparés par une sorte
do cloison; d'autres fois,([uatre ou cinq noyaux paraissent
comme fusionnés en partie; mais on peut toutefois se
rendre compte de leur nombre primitif; ils sont entourés,
comme lorsqu'ils sont séparés, d'une zone cristalline.
Le contour des sphérolithes est, en général, assez bien
limité sans iiourtanl c[u'il y ait apparence d'une enve-
loppe quelconque; mais quand les corps sont nombreux,
pressés les uns contre les autres, les aiguilles iiénetrent
réciproquement dans la zone cristalline des sphérolithes
voisins. Nulle part il n'y a de membrane comparable à
celle qui limite les sphérolithes des Thélots, de plus leur
forme est si)hérique, tandis que dans cette localité le con-
tour est polyédrique.
Entre les sphérolithes assez volumineux que nous
venons de décrire s'en trouvent d'autres beaucoup plus
petits ; les uns paraissent formés d'un simple noyau, les
autres ont déterminé autour d'eux la formation d'ai-
guilles de longueurs variables.
Aux Thélots comme à Margenne, au milieu des sphéro-
lithes se trouvent de nombreuses prépoUinies, a (fig. 3),
r
1 -. 'fi^t
/Ç;i»/?'^%?ïH>-::c «i^-^
Fig. 3.
Sphérolithes au milieu desquels on remarque des grains de
pollen divisé.
a, Grain de pollen divisé ou prépollinie.
6, b, Sphérolithes de forme arrondie.
cl, Sphérolithes plus petits, polyédriques.
dont les contours sont bien limités. Le prothalle mâle
remplit complètement Fintine ; ce ne sont donc pas des
grains de pollen de Cordaîte, ils n'ont pas provoqué
autour d'eux la formation d'aiguilles cristallines.
Il était intéressant de rechercher l'origine de ces sphé-
rolithes, qui ont dii se produire dans des eaux saturées
de silice en dissolution et successivement; puisque
nous rencontrons des grains de pollen intercalés, ces
grains se sont évidemment déposés en même temps.
Nous avons recherché dans nos nombreuses prépara-
tions de plantes attaquées par les Bactériacées ; les bois
d'ArlhropUus, Mijeloxylon, Cordailes, Colpoxylon, Sigil-
laires, etc., et beaucoup de graines nous ont montré
que ces corps pouvaient résulter de la présence, dans les
tissus, de colonies bactériennes rendues libres par la
putréfaction qu'elles avaient provoquée, et emportées
par de faibles courants. Dans certaines moelles volumi-
neuses d'Arthropitus, on remarque que les cellules, non
encore disjointes, sont occupées par un nombre consi-
dérable de microcoques de taille variant entre 2 [i, 2 et
0 fi, 5. Dans quelques-unes les microcoques se sont par-
tiellement rassemblés au centre, et des cristaux rayon-
nants de silice se sont formés autour d'eux.
La minéralisation, dans cet exemple, a eu lieu avant
94
LE NATURALISTE
la destruction complète des parois des cellules et avant
leur séparation.
Dans d'autres cas les eaux siliceuses ont pénétré quand
les microcoques étaient déjà complètement rassemblés à
l'intérieur du noyau des cellules et les parois plus ou
moins détruites.
Cette portion de moelle d' Arthropitus présente une
grande analogie d'aspect et de constitution avec les sphé-
Fig. 4.
Moelle à'Arthropilus lineata .
a, Tcllules en partie dissociées, à l'intérieur desquelles
on voit de nomljreux microqucs.
A, Zooglécs encore enfermées dans les cellules.
c, Région où les parois des cellules sont détruites.
Les noyaux occui)és par les microcoques réunis en zooglée
sont libres.
rolithes des Thélots (figure 1). Le diamètre des cellules est
de 33 (1. environ; la zooglée centrale mesure 15 à 20 (i .
Les granulations qu'on y remarque atteignent à peine
0 (i ,5 : ce sont les dimensions que nous avons trouvées
pour le Micrococcus hymenophagus var. B., qui attaque
les membranes moyennes des cellules des Arthropitus et
des Sligmaria.
Les fragments de moelle dont nous venons de parler
Fig. 5.
Coupe longitudinale d'un jeune rameau d'^1W/iro/)e7us bistriata.
a, Bois secondaire.
b, Boulettes de moelle abandonnées par des larves.
étaient encore en place à l'intérieur du cylindre ligneux,
et on peut se demander comment leurs cellules, occupées
par les Bactéries, ont pu produire les sphérolithes des
Thélots et de Margenne, qui ont été formés par l'arrivée
successive de cellules isolées ou associées en petit
nombre, comme l'attestent les grains de pollen déposés
en même temps et intercalés; l'examen de certains
tissus a i)aru nous mettre sur la voie. La figure b repré-
sente une section longitudinale du cylindre ligneux oc-
cupé par la moelle, celle-ci n'est pas continue, mais dé-
coupée en masses arrondies, irrégulières, rappelant les
résidus de digestion de certaines larves xylophages.
Ces petites masses sont formées de cellules plus ou
Fig. 6. .
Portion d'une boulette de moelle fortement grossie,
a, Membrane moyenne des cellules.
6, Zooglée bactérienne.
c, Aiguilles cristallisées rayonnant autour de la zooglée.
moins altérées; comme il ne reste que les membranes
moyennes, les parois sont souvent plissées, écrasées et
l'intérieur est vide; mais un certain nombre d'entre elles
paraissent moins désorganisées, pour ainsi dire moins
digérées, fig. 6 et 7.
On y reconnaît un tissu formé de cellules polyédriques
à parois plus ou moins altérées; à l'intérieur se trouvent
des zooglées, et des cristaux en voie de formation rayon-
nent autour de beaucoup d'entre elles.
Il est clair que de faibles courants auraient pu dotacber
ces petites pelotes et les laisser déposer en même temps
que les menus débris végétaux tenus en suspension dans
l'eau.
D'autres tissus, bien plus résistants, ont donné lien à
Fig. 1.
Fragment de moelle dont les cellules contenant une zooglée
centrale sont encore réunies.
a. Membrane moyenne.
6, Zooglée bactérienne autour de laquelle on remarque une
cristallisation rayonnante.
des décompositions analogues ; bon nombre de noyaux
de graines houillères ont eu leurs cellules désagrégées
par les microcoques et mises en liberté.
Autour et à l'intérieur des tissus végétaux désorganisés,
on observe une grande quantité de zooglées libres envi-
ronnées d'une couche cristalline (fig. 0), a, rappelant par
LE NATURALISTE
95
leur forme et loms (linioiisioiis les sphorolitlics do M;\v-
genne (fig. 2).
En résuiiK', si la inonllp dos Arlln-opitui^ cl rcllo d'au-
tres vogétaiix, ou d'uuo l'ucon plus fioiioralo, si les tissus
jiarencliyinateux, lui plus nu uioius lignifiés, attaqués
par les lîai'tériacéos, ont été l'origine des rognons à
sphéi-olithos des Tliélots et de MargiMuip, on peut eom-
lironili'o les détails de leur formation de la façon sui-
vante.
Aux Tliélots, de petits l'i-ai;iiii'uls de tissus envaliis ]iar
les Microcoquos, mais dans les(pi(ds la nienibraui'
Fig. 8.
Zooglées à l'état de liberté prises autour de débris végétaux
en décomposition.
a, Zooglées libres, ayant déterminé la production d'une
cristallisation rayonnante de silice.
6, Microcoques libres.
moyenne, des ccUulos existait encore en partie, ou mémo
des cellules isolées (fig. 4), ont été entraînés par de fai-
bles courants et se sont déposés dans des eaux peu
troublées, en nu''nie tem])s que des grains de pollen
amenés par les venis, et d'autres débris végétaux tonus
en suspension dans le liquide ; les restes do membranes
ont entravé dans beaucoup de cas la cristallisation de la
silice sous forme d'aiguilles rayonnantes.
A Margenne, les tissus végétaux qui ont donné nais-
sance aux sphérolithes ont été plus profondément dé-
composés par les Bactériacées; la dissolution des enve-
lopiies cellulaires a été comi)lète ; il n'est resté de la
cellule que les produits altérés du protoplasma et des
parois formant une sorte de gelée autour du noyau oc-
cupé par les Microcoques.
En contact avec les eaux siliceuses, les Zooglées ont
été le point de départ de cristaux se développant libre-
ment, ou dans une couche de gélose.
L'absence de membrane autour des sphérolithes de
Margenne est la cause principale de la dilTéronce d'as-
pect que l'on remarque entre les structures des rognons
siliceux des deux localités.
Le nombre considérable de Zooglées existant à l'inté-
rieur et autour des végétaux en décomposition explique
l'abondance des sphérolithes formés au milieu de ces dé-
bris et qui ont été entraînés.
Les Zooglées bactériennes ont donc provoqué la for-
mation de certaines roches sphérolitiques.
RECTIFICATION
L'insutlisance des documents bibliugrapliiques dont je pou-
vais disposer au Chili m'a fait regarder comme appartenant
à un type nouveau de Pseudo-Nevroptére une larve aquatiquo
dont la description a été puldiée par Le Xatiiraliste dans le
numéro du 15 février 1897, p. li.
J'ai appris, depuis mon retour en France, que cette larvo
ne peut être que celle d'un Cciléoptère de la famille des
Elmide». Elle ressemble singulièrement, en etl'et, à la larve
d'iiliiiis repiéscntée dans le C(italo(/iic des lari'es de Coléop-
tères, de Chapuis et Candèze, ]il. III, lig. 1.
Des larves voisines, celle du Potinnop/nliis iniilealus et
celle du Macronychiis quadriliiberci/latiis, ont été décrites et
ligurées, la prendèro par Léon Dutour [Atin. des Se. nat.,
■i" s., t. XVII), la seconde par J. Pérez i.-t/i». Suc. eiitoinol. de
France, k" s., t. III).
Ces deux auteurs ont fait connaître, chacun dans l'espèce
qu'il a étudiée, les branchies trachéennes à mouvements
rythmés qui m'avaient frappé dans la larve chilienne. J.
Pérez a figuré, en outre, au bord interne de la mandibule
du Macronyque, un cirrhe velu, qui est évidemment l'homo-
logue de la liouppe de poils dont j'ai parlé.
Il est permis de s'étonner qu'une adaptation de la respi-
ration trachéenne à la vie aquatique, aussi curieuse et aussi
anciennement connue que celle des larves d'Elmides et de
Damidos, ne se trouve mentionnée dans aucun traité de Zoo-
logie ou d'Anatomie comparée,
P. Lataste.
Cadillac-sur- Garonne (Gironde).
ANIMAUX
Mythologiques, légendaires, historiques, illustres,
célèbres, curieux par leurs traits d'intelligence,
d'adresse, de courage, de bonté, d'attachement,
de reconnaissance, etc.
L.e Dauikliin (Suite)
Oppicn (Les Halieutiques, poème sur la Poche, chant I)
jiarle aussi longuement du dauphin, en répétant à peu
près ce que les autres en ont dit, mais en ajoutant de
fort curieuses particularités :
« Rien ne tient plus du prodige que l'histoire des
dauphins, soit qu'ils aient fait autrefois partie de l'espèce
humaine, soit qu'ils aient habité dans des villes avec des
hommes ; que, cédant ensuite aux conseils de Bacchus,
ils aient changé leur élément pour celui des mers, en
revêtant la forme do poissons. Ils on ont conservé dans
les niieurs une douce urbanité dont toutes leurs actions
portent l'empreinte. Lorsque deux dauphins jumeaux,
fruit ordinaire de leur hymen, sont venus au jour, ils ne
se quittent pas ; ils sont toujours sautant et nageant au-
tour de leur mère ; ils passent à travers ses dents dans
sa bouche, et y restent sous l'abri protecteur de son pa-
lais. Cette mère leur prodigue, do son coté, ses douces
caresses, s'agite sans cesse autour d'eux, ivre d'orgueil
et de joie, leur tend à tous deux ses mamelles, d'où cha-
cun peut faire jaillir un lait doux et nourrissant. Les
dauphins ont reçu des dieux du lait et des seins sem-
blables à ceux des mortelles ; aussi exercent-ils le doux
ministère de nourrices. Les petits sont-ils devenus plus
forts, aussitôt leur mère les conduit et les précède dans
le lieu de leurs chasses et leur enseigne à poursuivre le
poisson, etc., etc. »
Plus loin, parlant du chien de mer, il en dit ce que plus
96
LE NATURALISTE
tard IIu^'O de Saint- Victor dira du dauphin (voyez plus
bas) :
« Ses petits ont-ils quelque chose à craindre, sur-
vient-il quelque sujet pressant d'alarmes, elle leur donne
asile dans les flancs par la même route, par la même
voie que celle de leur naissance. Elle affronte volontiers
toutes les douleurs qui l'attendent, et recèle une seconde
fois ses petits dans son sein maternel, pour leur donner
de nouveau le jour dès que le danger aura cessé... i>
Au chapitre V du même poème, Oppien dit encore :
(I La pèche des dauphins est réprouvée par les dieux ;
les sacrifices de celui qui oserait la faire ne leur seraient
point agréables; il n'approcherait de leurs autels qu'une
main profanée. Les immortels sont également irrités du
meurtre des humains et de celui de ce prince des mers.
Un même génie est le partage des hommes et de ces mi-
nistres de Neptune. De là le principe de leurs affections,
le nœud qui les lie à l'homme d'une amitié si particu-
lière; aussi, dans les parages de l'Eubée (1), les dauphins
prêtent-ils leur assistance aux pêcheurs, quels que soient
les poissons qu'ils ambitionnent de prendre, etc., etc. »
— {Suivent des histoires d'enfnnis et de dauphins, celte
d'Arion, etc. Puis il ajoute) : « Toutefois, quehjue bonté
qui distingue le naturel des dauphins, quel que soit
l'esprit de bienveillance qui les anime en faveur des
hommes, les Thraces barbares, ainsi que les habitants
de Byzance leur font sans pitié la guerre. Ces peuples
sont éminemment féroces et méchants. Ils conduisent
ainsi cette cruelle pèche, etc. »
La chair du dauphin n'était cependant pas fort prisée,
si nous nous on rapportons au médecin grec Oribase
(325-400). Voici ce que nous lisons dans sa Collection mé-
dicale, livre II, chap. lvii (Des grands animaux marins) :
— « Les phoques, les baleines, les dauphins, les mar-
teaux, les grands thons, les chiens de mer, et tous les
autres animaux semblables, ai)partiennent à cette classe :
ils ont la chair dure et imprégnée d'humeurs mauvaises
et de matières excrémentitielles; voilà pourquoi l'on ne
s'en sert qu'après les avoir salés. »
Si maintenant nous passons aux anciens écrivains
religieux, nous trouverons les mêmes opinions, les
mêmes idées, les mêmes légendes répandues dans leurs
écrits.
Eustathe (480 ap. J.-C.) s'exprime ainsi ilans sa para-
phrase deVHexaemcron de saint Basile (lib. VII, cap. il) :
« Les dauphins et les ])hoques font des petits ; l'on dit
que si un danger imminent les menace, si une cause de
terreur agit sur eux, ils renferment immédiatement leur
progéniture dans leur ventre pour la protéger. »
RabanMaur, archevêquede Mayence(vii», viii'siècles),
dans son livre De Universo (lili. VIII, cap. v), nous cite
du Pline, etc.
« Les dauphins possèdent un certain langage, car ils
peuvent comprendre celui de l'homme, et aussi parce
qu'ils se réunissent en troupe dès qu'ils entendent une
symphonie. Rien dans la mer n'est aussi rapide qu'eux :
en effet, dans leurs sauts ils franchissent souvent les
navires. Quands ils jouent dans les flots, et quand, sous
l'action de leurs bonds précipités, l'eau jaillit fortement
autour d'eux, c'est là un signe de tempête. On les ap-
pelle proprement Simons. Il y a dans le Nil un genre de
dauphins dont le dos est armé d'une scie, au moyeu de
laquelle ils percent le ventre du Crocodile. «
(1) Ile de la mer Kgée (l'Archipel^.
Saint Isidore de Séville répète mot à mot, dans les Éty-
mologies (Etymologiarum liberXll, cap. vi, ,§ H), sans en
omettre une virgule, la citation ci-dessus de Raban
Maur.
Hugo de Saint- Victor (xii" siècle, dans son livre De
Destiis et aliis rébus libri quatuor (livre II, ch. Lv), nous
cite de l'Oppien ; il commence d'abord, lui aussi, par
répéter mot à mot, sans y changer un iota, le texte de
Raban Maur, puis, une cinquantaine de lignes plus loin,
il reprend l'idée d'Oppien et d'Eustache, et continue
ainsi :
« D'autres (poissons) font des petits vivants, comrne les
grands cétacés, les dauphins et les phoques, et plusieurs
autres du même genre qui, si un grand danger se pré-
sente autour de leur petits, afin de les protéger et pour
éloigner tout péril de leur tendre jeunesse, ouvrent immé-
diatement une vaste gueule et prennent leur progéniture
dans leurs dents; puis ils la reçoivent dans leur corps et
la cachent dans ce môme ventre qui les engendra.
« Quelle affection humaine pourrait approcher de cet
amour des poissons pour leurs petits?
« Les baisers des nôtres nous impatientent prompte-
ment, et eux ne se fatiguent pas d'ouvrir leurs entrailles
aux leurs, de les y recevoir encore et de les y conserver
à l'abri de tout péril ; de réchauffer encore ce fœtus de
leur chaleur animale, enfermant ainsi deux corps l'un
dans l'autre jusqu'à ce que tout péril soit éloigné !
i< Qui ne serait saisi d'admiration devant ce spectacle
pieux?
(( Qui ne s'étonnerait, qui ne serait stupéfié devant cette
étrange propriété accordée par la nature aux poissons
quand elle l'a refusée aux hommes ?
« Plusieurs marâtres soupçonneuses et haineuses
tuèrent leurs enfants ; quelques-unes, poussées par la
faim, ainsi qu'on l'a souvent lu, dévorèrent leur progéni-
ture, lui faisant ainsi un tombeau de leurs propres
entrailles ; mais les petits des poissons sont dans le ventre
de leur mère comme derrière une muraille; leur sein est
pour eux un retranchement dans lequel l'ennemi ne peut
les atteindre ! »
II est évident que tout cela est fort beau et pas du tout
banal. — mais l'érudit chanoine de Saint- Victor accordait
trop facilement aux poissons, sur la foi d'Oppien, ce que la
nature n'a jusqu'ici donné qu'aux marsupiaux; et encore
ne faudrait-il pas confondre les entrailles de ces animaux
avec leurs poches. Quoi qu'il en soit, c'était une excel-
lente occasion pour donner une leçon aux hommes, et
l'auteur l'a fait avec une éloquence dont ma traduction
no donne qu'une faible idée.
Cela me rappelle ces deux vers de La Fontaine, dans la
dédicace de ses Fables au Dauphin (de France, bien
entendu) :
Tout parle en mon ouvrage, et même les poissons :
Ce qu'ils disent s'adresse i tous tant que nous sommes.
Et, puisque nous parlons du Fabuliste, n'oublions pas
qu'il a écrit, lui aussi, une histoire ressemblant à celle
d'Arion: le Dauphin et le Singe (Livre IV, fable vil). Ua
navire fait naufrage, et un singe allait infailliblement se
noyer, lorsque
Un dauphin le prit pour un homme,
Et sur son dos le fit asseoir
Si gravement, qu'on eut cru voir
Ce chanteur que tant on renomme.
Le dauphin l'allait mettre à bord
Quand, par hasard, il lui demande :
LE NATUUALISTE
97
Etes-Tous d'Athènes la grande?
— Oui, dit l'autre, on m'y connaît fort;
S'il vous y survient quelque atVaire.
Kniployez-nioi, car mes parents
Y tiennent tous les premiers l'angs;
Un mien cousin est juge-maire.
Le dauphin dit : Bien grand merci.
Et le l'irée a part aussi
A l'honneur de votre prosenco?
Vous le voyez souvent, je pense?
— Tous les jours : il est mon ami;
C'est une vieille connaissance.
Notre magot prit, pour ce coup,
Le nom d'un port pour un nom d'homme.
De telles gens il est beaucoup
Qui prendraient Vaugirard pour Rome,
Et qui, caquetant au plus dru,
Parlent de tout et n'ont rien vu.
Lr (luupliiu SI' rrtoiinio, l'cji'ilp Ip siiigi' ù l'eau, l't va
voir s'il n'y a jias quoique homme à sauver.
Mais le daupliiu a eueore eu uu autre penre de eélé-
brité que celui ([ui lui es^t venu des légendes des anciens,
II fut aussi, à l'urigine du christianisme, le symbole du
chrétien, le sif;n(' de ralliement de la nouvelle association.
Ce ne fut pas tout d'abord le dauphin, ce fut simplement
le POISSON : néanmoins, l'imape du dauphin prévalut ilans
la suite, parce que les anciens l'avaient prise pour l'eiu-
blème de la vélocité, et qu'elle était tout naturellerni-nt
aussi l'emliléme de la diligence que devaient apporter les
chrétiens a se hùler vers le salut. Son image fut prise
aussi pour un symbole d'amour, ju-écisément à cause de
tous les traits d'all'ection rapportés par les anciens et que
j'ai consignés dans cet article; aussi voit-on souvent
l'image du dauphin sculptée ou gravée sur les tombeaux
des catacombes, sur des pierres, des anneaux, des styles
à écrire, etc., etc.
Le dauphin enlacé à une ancre se voit souvent sur les
anneaux des pri'miers chrétiens; certains antiquaires
(le P. Lupi, etc.) vinilent (juc l'ancre représente la croix,
et le dauphin, le Clirist: d'autres (l'olidori, etc.) veulent
au contraire que l'ancre représente le Christ, et le dau-
phin, le chrétien.
Quoi qu'il en soit, et sans nous lancer à la suite des
«avants dans des considérations où tout le monde a rai-
son selon le point de vue où il se place, voici pourquoi le
dauphin, c'est-à-dire, à l'origini', le poisson, devint le
symbole du Christ, et est encore aujourd'hui gravé sur
l'anneau du Pape. Le mot grec IX0TS ('Ix6ù;), poisson,
se compose de i'ini| lettres, dont chacuiu! est l'initiale des
ciu<i mots suivants :
'It|Tojç, Jésus
XpKTTÔ;, Christ
©eo'j, lie Dieu
y\hi. Fils
SuTrifi, Sauveur
Jésus-Christ, fils de Dieu,
Sauveur.
Cet extraordinaire acrostiche devint rapidement en
faveur dans la religion nouvelle, d'autant plus que, dans
son langage symbolique, Jésus-Christ parlait souvent du
poisson; il donnait le nom de pc'cheurs d'hommes à ses
apôtres; plusieurs avaient été pécheurs; il avait marché
sur les flots; il avait fait faire une pèche miraculeuse, ete.
On garda d'abord le secret sur la signification exacte de
l'emblème, mais ou l'imposa aux fidèles; dés le n' siècle
nous voyons saint Clément d'Alexandrie leur prescrire de
faire graver sur leurs cachets l'image du poisson, sans
leur en donner le motif. Un autre auteur, dont nous
ignorons le nom, mais dont nous possédons l'ouvrage
(De promissionihus et benedictionibus Dei, II, :!0| dit que
les lettres sacrées du mot 'I/OO;, el leur interprétation
ont été ])rises ]iar nos ])ères dans les livres syliillins
('I-/OÛV, lutitie piscem, sacris littcris, majores nostri interpre-
lati sunt hoc ex sibyllints versibus coUigentes). Ce secret fut
imposé et gardé tant que la religion fut persécutée : mais
([uand remi)ereur Constantin fut devenu chrétien, il n'y
eut jdus de raison di^ cacher les symboles (>t les signes de
reconnaissance du christianisme, et nous voyons saint
Augustin (D." civilate Dci, xviri, 25) donncn- lui-même du
poisson une explication alisolument claire : « 'iTjdoOç,
Xpi(TTo;, QeoO. Tîbî, StoTTip, si vous réunissez les premières
lettres, vous aurez le mot IX0V1, poisson, dans leiiuol
le Christ est désigné mystiquement. "
E. N. Santini de Uiot.s.
NOUVELLE FLORE DES LICHENS
LA DÉTERMINATION FACILE DES ESPÈCES
SA.\S .yiCIIOSCdPE ET fiAXS ItÉACTll'S
Par A.. BOISXRL,
PKOKESSEUR DE l'uN I VKRSrrÉ 1>E PARIS
Parmi les plantes qui résistent le mieux aux rigueurs de
l'hiver et qui dédommagent en toute saison le botaniste avide
d'herborisation, une place d'honneur revient aux Lichens : ce
sont, comme on l'a dit, " les fleurs de l'hiver ». Us résistent
aussi aux conditions climatériques les plus» défavorables :
quand l'explorateur s'élève sur les flancs d'une montagne
élevée, quand il franchit les limites des régions arctiques, ce
sont encore les Lichens qui viennent consoler son regard,
s'il est quelque peu exerce à l'observation. Ainsi que le dit
si bien M. Gaston Bonnier, .< souvent un promeneur qui vient
<i de parcourir une contrée rocheuse croira n'avoir pas vu un
I. seul lichen ; on l'étonnerait beaucoup en lui disant qu'il u'a
Il peut-être pas vu un seul coin de rocher et que ce qu'il a
« pris pour la couleur de la pierre n'est que la teinte des nom-
« breus Lichens qui la recouvrent ».
Or il n'existait pas, jusqu'à ce jour, de flore élémenlairc et
générale qui permit à un novice de se familiariser avec l'étude
de végétaux aussi répandus el d'arriver à nommer avec certi-
tude les espèces même les plus communes.
Non pas que les Lichens aient jamais été délaissés par les
botanistes. On sait, au contraire, tout l'intérêt qui s'est attaché
à l'étude de ce groupe depuis qu'un botaniste allemand, Schwen-
dener, a émis l'idée que le Lichen ne serait pas un végétal
simple, mais le résultat de l'association de deux espèces, une
Algue et im Champignon, qui contracteraient une union assez
intime pour que l'une et l'autre en retirent de précieux avan-
tages. Combattue, dès son apparition, par la plupart des li-
chénologues, cette théorie séduisante a reçu la conlirmation
do l'expérience et a fini par rallier à peu prés tous les suf-
frages : parmi les savants qui ont tenté avec succès do re-
constituer le Lichen en partant de ses éléments hypothétiques,
d'en faire, en un mot, la synthèse, il convient de citer deux
botanistes français, MM. Bonvet et Gaston Bonnier; ce dernier
est parvenu à composer do toutes pièces, dans des conditions
de rigueur qui défient toute objection, des plantes que des
lichénologues exercés ont déterminées sans hésitation comme
des Lichens naturels.
Il n'est donc pas de personne, quelque peu au courant des
choses de la botanique, qui ne se sente, peu ou prou, attirée
vers l'élude des Licliens.
Mais comment se tirer d'affaire, au début de l'étude d'un
groupe aussi nombreux et aussi varié, quand on ne dispose
que de flores locales, forcément incomplètes pour peu qu'on
les emploie en dehors des limites qu'elles se sont fixées, ou de
simples catalogues, parfois très volumineux, mais se réduisant
à peu prés à une sèche énumération, presque à l'exclusion de
toute description d'espèces?
Le moment était venu de faire pour les Lichens ce que
98
LE NATURALISTE
MM. Bonnier et de Lajens ont fait depuis quelques années,
avec tant de succès, pour les plantes vasculaires, ce qu'ont
fait, après eux, MM. Coslantin et Dufour pour les Champi-
gnons, M. Douin pour les Mousses et les Hépatiques : pré-
senter, sous forme synoptique, les clefs des genres et des es-
pèces; exclure, autant que possible, de la rédaction de ces
clefs les termes techniques qui pourraient rebuter le lecteur
inexpérimenté, enfin y joindre une représentation, aussi exacte
que possible, du caractère saillant de chaque espèce. C'est
cette tâche méritoire qu'a entreprise et menée à bien M. Boistel,
professeur de l'Université de Paris.
Quoique très soucieux de la simplification, M. Boistel ne
s'est pas proposé, de parti pris, d'aller à l'encontre des pro-
cédés qu'emploient les spécialistes dans leurs déterminations.
Il s'est bien plutôt attaché à découvrir la marche qu'ils suivent
dans l'examen des échantillons qui leur sont soumis, puisqu'ils
ne ]irennent généralement pas la peine de nous l'indiquer ou
que peut-être ils n'en ont pas eux-mêmes une conscience par-
faitement claire. Il n'a pas tardé à reconnaître de la sorte qu'à
côté des caractères anatomiques que l'usage seul du micros-
cope permet de vérifier, et des caractères chimiques qui exi-
gent l'emploi de réactifs appropriés, on peut tirer utilement
parti des caractères, plus accessibles, que révèlent la forme,
la couleur et la taille des échantillons. Or sur la question de
la taille, par exemple, la plupart des flores existantes étaient
absolument muettes : sans exiger, ce qui serait illusoire, une
détermination rigoureuse des dimensions de chaque espèce,
le lecteur est cependant en droit de se demander si l'espèce
dont il lit la description atteint la taille de la main ou se ré-
duit à celle de l'ongle. M. Boistel s'est assuré que, même pour
l'étude des formes les plus inférieures, les caractères macro-
scojiiqucs fournissent de précieuses indications.
Nul n'était mieux préparé que l'auteur de la Nouvelle Flore
à aplanir les voies devant les débutants dans l'étude des Li-
chens : il a certainement atteint le i)ut, éminemment utile,
qu'il s'était proposé. Le savant auteur de la préface qui pré-
cède l'ouvrage, M. Gaston Bonnier, a vérifié, sur quelques
exemples, que l'usage des clefs de M. Boistel conduit, sans
difficulté et avec certitude, aux noms d'espèces ; nous avons
fait, avec le même succès, la même expérience, et nous nous
plaisons à en rendre témoignage. Certes, les partisans d'une
extrême « pulvérisation » risqueraient de ne pas trouver leur
compte dans les tableaux de M. Boistel ; il a eu, en effet, la
sagesse de ne pas multiplier à l'infini les formes spécifiques,
ce qui aurait eu tout au moins l'inconvénient de dérouter les
débutants, et de conserver seulement toutes les espèces bien
et nettement caractérisées, avec les espèces secondaires les
plus importantes et un grand nombre de variétés.
Les tableaux synoptique» sont précédés d'une introduction
qui comprend d'abord des notions générales sur les Lichens
(exposé très exact, sulfisamment développé et fort intéressant
de l'ensemble des connaissances que nous possédons sur ce
groupe), puis des instructions sur la récolte, la préparation et
la conservation des échantillons, enfin les indications néces-
saires sur la manière d'employer la flore pour arriver à leur
détermination.
En somme, excellent ouvrage et peu coûteux, auquel c'est
un devoir, en même temps qu'un plaisir, de souhaiter la for-
tune qu'il mérite (I).
Aug. Daguillon.
ESSAI MONOGRAPHIQUE
SI'R
les Coléoptères des Genres Pseudolucane et Lucane
Envisagés dans leurs rapports réciproques, le Luc.
orientalis et le Luc. tetraodon peuvent être considérés
comme très voisins l'un de l'autre, car ils possèdent sen-
siblement la même taille et les mêmes phases de déve-
(1) Cet ouvrage forme la 21" partie de l'Uisloire Naturelle de
la France que publient « Les Fils d'Emile DeyroUe », 46, rue
du Bac, Paris. (Prix broché, 5 fr. FiO ; franco, 'i fr. 90; cart.,
6 fr. 25 ; franco, 6 fr. 75
loppementet, de plus, leur structure, pourtant bien diffé-
rente chez les très grands exemplaires, acquiert chez les
moyens et chez les petits un degré de ressemblance des
plus prononcés.
Cette analogie est encore accrue par ce fait que la
massue antennaire est hexaphylle chez ces doux Lucanes,
que les pattes présentent la même conformation et la
même brièveté (conformation et brièveté qui ne se
retrouvent que chez le L. lentus de l'Amérique du Nord)
et enfin que la coloration est sensiblement la même, par-
fois même identique.
Quoi qu'il en soit, cependant, deux caractères impor-
tants et faciles à saisir peuvent servir à distinguer aisé-
ment ces deux insectes. Ce sont :
1° L'emplacement de la grosse dent mandibulaire qui
est située au milieu de la mandibule ou même un peu
au delà chez le L. orientalis et se trouve, au contraire,
ramenée dans le voisinage immédiat de la tète chez le
L. tetraodon.
2" La forme de la massue antennaire dont les fe.uillets
sont beaucoup plus longs et plus grêles chez le L. orien-
talis.
Le premier de ces caractères peut perdre une partie
de sa valeur chez les trèspelits exemplaires : car alors la
grosse dent mandibulaire s'atténue au point de ne plus
présenter de dill'érence appréciable avec la dent qui lui
fait suite, comme cela se voit chez le L. bidens de Thun-
berg, lequel n'est autre que la forme minima du L.
tetraodon, mais, à défaut de ce caractère, celui tiré de la
massue antennaire j)eut toujours être utilisé, car il paraît
subsister d'une façon constante.
La même remarque peut être faite au sujet de certains
spécimens, d'ailleurs très rares, qui, par exception, ont
la dent médiane située vers le milieu de la mandibule.
On peut dire aussi que les mandibules du L. tetraodon
sont habituellement un peu plus cylindriques et qu'elles
ont généralement quelque chose de plus épais, de moins
lourd et de moins fini que les mandibules du L. orientalis.
Enfin, bien que la coloration soit souvent à peu près
identique chez ces deux Lucanes, il convient de signaler
que les élytres du L. tetraodon présentent presque tou-
jours depuis le bord suturai jusque vers les 2/3 de leur
largeur une plaque luisante bien délimitée et générale-
ment bien visible, car elle est de couleur plus foncée que
le restant des élytres.
Ces mêmes organes possèdent aussi le plus souvent,
surtout chez les grands exemplaires, deux côtes plus ou
moins saillantes.
LUCANUS ORIENTALIS KHAATZ.
Kraatz — iiber europ. Hirschkafer-loc. cit., p. 208-272
etfig. d8-2L
Syn. L. tetraodon. — L du VinZ-Genera-loc, cit.
Syn. L. piger Motsch. Bull. Mosc. 1870, p. 37, 38 et
39 pi. II, lig. 10.
Syn. '/ ou var. '! L. ibericus. Motschulsky.
Motsch. Bull. Soc. Ent. Moscou, 1845, 1, p. 60, u° 167
et 1870 p. 39-40 Kraatz, loc. cit.
cf Couleur assez variable. Tantôt elle est sensiblement
la même que chez le L. turcicus (tel est le cas du grand
exemplaire (fig. 1 bis), qui fait partie de la collection du
Muséum de Paris et qui est noté du Caucase sans pro-
venance précise). Tantôt elle est en entier d'un brun
rougeàtre plus ou moins foncé, parfois même noirâtre
avec les mandibules seules un peu carminées ou tout au
LE NATURALISTE
99
moins di' toinie plus claire; d'autres fois enfin l'insecte
est entii'rcnient noirâtre.
La gnuiuhilion est lialiituellenient plus espacée (pie
chez le L. turciciif, mais elle est aussi forlc; de plus elle
est à i)eu près également répartie sur la tète, le thorax
et les élytres, de telle sorte que la contexture de ces
différentes parties est sensililenient la même.
Malgré leur granulation, les téguments du L. oricntalif.
sont généralement plus luisants ([ue ceux du L. lurcicus,
mais parfois aussi ils sont assez ternes; quelquefois
même ils deviennent subrugueux; tel est le cas par
exemple de l'exemplaire de la figure i, qui m'a été com-
niuni(|uée par M. H. Uoileau.
Cet insecte est d'ailleurs remaniuable, à un autre jjoiut
de vue, par son apparence trapue et robuste, par la
forme parallèle de ses élytres et par les côtés du bord
|iostériour du prothorax qui sont fortement rabattus
vers les élytres.
Au reste, il est ])Ossible que les modifications de cou-
leur ou de granulation du L. orientalis soient dues à l'in-
fluence climatérique et se retrouvent à peu de chose près
les mêmes chez les individus d'une môme région.
Mandibules courtes, à peine )ilus longues que la tète.
Elles sont de forme assez variable, plus arquées en
dedans que celles du L. cervus, et toujours bien plus
larges à la base. Elles sont très remarquablement rétré-
cies et déprimées vers la fourche terminale. Celle-ci est
formée de deux Atmls subégales et mémo égale», fort peu
écartées l'une de l'autre; elles sont courtes, subarrondies,
il pointe [leu aiguë, jiarfois complètement mousse; par-
Fif;. 1, 2, ;! et i. — Luc. Orientalis cf. Kraatz, à dilïérents degrés de développement. Fig. S. — Luc. Orientalis 9.
Fig. 6. — Luc. Orientalis c*^ provenant de Constantinople. Collection H. Boileau
fois même elles sont complètement soudées et les autres
dents sont émoussées (voir fig. 3). Dent médiane non
plus nettement triangulaire comme chez le L. cerviis
mais plutôt grêle, subcylindrique et ayant son extrémité
coupée oblic|uement. Elle est précédée d'un seul denticule
et rarement suivie de plus de trois. Habituellement les
denticules sont opposés. Si la mandibule gauche en porte
un ou deux, la droite en possède deux ou trois et récipro-
quement, l'alpes maxillaires et labiaux brunâtres, à der-
nier article comparativement plus large et plus déprimé
que chez le L. cervus. Massue de l'antenne composée de
six feuillets longs et très grêles, précédés de trois articles
subégaux.
Tête bien plus convexe que chez l'espèce précédente, à
joues assez larges, peu rétrécie en arrière des yeux.
Labre assez variable de forme, généralement subdroit ou
peu échancré; épistome médiocre, ordinairement tron-
qué. Carène antérieure nulle; carènes postérieures vi-
sibles chez les exemplaires moyens; carènes latérales
larges et très arrondies à leur partie antérieure, effacées
à l'arrière chez la majorité des spécimens ; renflement de
la tête, en arrière de l'insertion de la mandibule, habituel-
lement bien accentué.
Prothorax long, plutôt plus large que la tête ; il a la
même forme générale que celui du L. cervus, mais il
est plus convexe et ses contours sont plus arrondis. Sa
ligne médiane est plus accentuée. Les côtés sont plus
fortement rugueux que le disque.
100
LE NATURALISTE
Ecusson petit, arrondi, très ponctur, de la même cou-
leur que le restant du corps. Elytres médiocrement con-
vexes. Elles sont courtes, amples, élargies au milieu,
élégamment rétrécies à l'arrière et laissent souvent aper-
cevoir l'extrême pointe du dernier arceau abdominal. La
strie suturale est assez marquée; elle n'est pas recti-
ligne,mais légèrement renflée vers son milieu.
Pattes construites sur le même modèle que celles du
L. cervus, mais bien plus courtes. Les antérieures affectent
une forme nettement triangulaire, leur extrémité étant
bien évasée ; en dehors des deux dents terminales, elles
ne présentent habituellement que deux dents situées vers
leur milieu et assez rapprochées l'une de l'autre.
Quant aux autres paires de pattes, ellesne se distinguent
guère de celles du L. cervus que par leur brièveté.
Tarses très courts à toutes les pattes. Griffes courtes.
La coloration des pattes est habituellement la même
que celle du restant du corps. Chez beaucoup d'exem-
plaires on observe sur le milieu des cuisses et vers le
milieu des pattes une partie bien délimitée plus claire, de
teinte rougeâtre, mais cependant peu apparente.
Nous avons remarqué précédemment qu'une disposi-
tion analogue se rencontre chez la femelle du L. penta-
phyllus de Reiche.
Dessous finement ponctué, assez luisant sur l'abdo-
men; poitrine couverte de poils jaunes assez longs.
La décroissance de la taille influe peu sur le faciès du
L. orientalis ; les individus de moyenne ou de petite taille
ne dilTèreut guère des grands spécimens que par l'atrophie
plus ou moins complète des carènes céphaliques et par
un léger rétrécissement de la tête et du prothorax; de
plus, chez les très petits exemplaires (fig. 6) la mandi-
bule se termine presque en pointe simple, la dent infé-
rieure de la fourche terminale étant très atténuée et
rejetée très en arrière de la dent supérieure.
Ç . La femelle du L. orienlalh est très voisine de celle
du L. cervus. Elle s'en distingue par sa couleur entière-
ment noirâtre et par sa granulation plus uniformément
répartie. La ponctuation de la tête est à peine sensible.
Le corselet est plus convexe et souvent bien plus ample;
ses contours sont plus arrondis. Il se rap|iroche comme
forme de celui de la femelle du Ps. barbarossa. Les
élytres sont notablement plus rétrécies à l'arrière ; aux
épaules elles sont très saillantes. L'an tenue est hexaphylle.
J'ai conservé à cet insecte nom de Luc. orientalis que
lui a donné le D' Kraatz, parce que ni le texte ni les
figures de cet auteur ne laissent jilace à aucun doute ;
mais il est très probable que le Lucane hexaphylle de la
Géorgie, dont Motschulsky a donné la diagnose en 1845,
sous le nom de L. ibericus, ne fait qu'un avec le Luc.
orientalis ou qu'il n'en est, tout au moins, qu'une modi-
fication de taille.
Si l'on se reporte, en effet, à la diagnose de Mots-
chulsky et surtout à son mémoire de 1870, on remar-
que que le principal caractère qu'il assigne à son L. ibe-
ricus est la présence de quatre dents seulement aux man-
dibules.
u Cette espfcce, dit-il, est de la forme du L. piger, mais
<i plus petite et un peu plus étroite et remarquable par
(( les denticules des mandibules qui sont beaucoup plus
« longs et les deux médians presque égaux, ce qui fait
i< disparaître la grande dent qu'on voit chez les autres
« Lucanides cette espèce est la plus commune on
« Géorgie'».
(A suivre.) Louis Planet.
lUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE
Excursion géologii/uc. — M. Stanislas Meunier, profes-
seur au Muséum d'histoire naturelle, fera une excursion
géologique publique dans le Boulonnais, les Flandres et
l'Artois, du 19 au 23 avril prochain. On visitera succes-
sivement les falaises de Boulogne à Wimereux, les car-
rières de Marquises, d'Hydrequent et de Ferques; les envi-
rons de Saint-Omer, Cassel et les dunes de Zuydtcoote
près de Duukerque, Béthune et les mines de liouille de
Nœux.
ENSEI&NEMENT SPÉCIAL POUR LES VOYAGEURS
Les leçons commenceront le mardi 27 avril 1897, à
10 heures du matin, dans l'amphithéâtre de la Galerie de
zoologie, et continueront les jeudis, samedis et mardis
suivants, à la même heure.
Dans des Conférences pratiques faites dans les labora-
toires ou sur le terrain, les auditeurs seront initiés à
la récolte ou à la préparation des collections, aux relevés
photographiques, à la détermination du point en voyage
et à des notions sommaires de Géodésie et de Topogra-
phie.
Les jours et heures de ces conférences seront indiqués
à la suite des leçons.
PliOCrRAMME DES COURS
27 avril Leçon d'ouverture. .. . M. Milne Edwards.
29 — L'homme dans ses rap-
ports zoologiques. . . M. Ilamy.
1" mai L'homme dans ses tra-
vaux et son industrie . M. Verneau.
4 — L'homme dans ses rap-
ports de société. . . . M. Cheysson.
6 — Mammifères M. E. Oustalet.
8 — Oiseaux M. E. Oustalet.
11 — Heptiles et Poissons. . . M. L. Vaillant.
13 — Mollusques M. E. Perrier.
|y — Vers et Zoophytcs. . . . 'SI. Bernard.
18 — Crustacés, Arachnides,
Myriapodes M. Bouvier.
20 — Insectes M. Ch. Brongniart.
22 — Anatomie comparée .. . M. II. Filliol.
2;; — Plantes phanérogames. M. E. Bureau.
29 — Plantes cryptogames. . M. Morot.
!«■ juin Plantes vivantes M. Bois.
3 — Géologie M. St. Meunier,
5 — Minéralogie M.Lacroix.
8 — Paléontologie M. Gaudry.
10 — Hygiènedes'Voyageurs. M. Gréhant.
12 — Météorologie M. II. Becquerel.
15 — Déterminationdu point \
en voiiaqe. Notions 1 ., ^. ,
. , , , . l M. Bigourdan.
sommaires de géode- 1
sie et de topographie. ]
19 — Photographie en voya-
ge. M. Davanne.
22 — La Photographie dans \
la construction des i M. le colonel Laussedat.
cartes et plans )
Le Gérant: Paul GROULT.
Paris. — Imprimerie F. Levé, rue Cassettie, 17.
19» ANNÉE
Ot Scl«DCi«
2" Série — IV« «^-4
/S
1" MAI 1807
CEEYASSES DE MYHEIEI^T
SUR LA LÈVRE D'UNE VALLÉE SÈCHE DE LA CRAIE
Les rideaux et les vallées sèches sont fréquents eu l'i-
carilie; on peut y voir tous les degrés de vallonneuicnl,
depuis de simples dépressions de la dimension d'un sillon
fait à la charrue, jusqu'aux vallées et ravins qui entaillent
si profondément les falaises crétacées de la Seine-Infé-
rieure, de la Somme et du Pas-de-Calais.
Au nord do Moutdidier, à la surface de la craie à mi-
crastercomnguinum, le phénomène se présente d'une faeon
particulièrement intéressante pour la démonstration du
rôle si important des eaux météoriques et profondes dans
le relief du sol.
En allant de Montdidier à Gratihus, en face de Conr-
temanche, on traverse une grande vallée sèche, dont l'axe
est légèrement courbe et dirigé en moyenne perpendicu-
t'vg. 1. — Vue d'ensemble de la crevasse au point de plus grande ouverture.
\Cadre c/e la Fig I .
Mord
<j. lOOm env/ron j>
><
Fig. 2. — Profd en travers de la vallée sèche.
lairement à la vallée des trois Doms (sous-aûluent de la
Somme par l'Avre).
Sur la lèvre nord, on observe une profonde fissure pa-
rallèle à la vallée sèche. Cette fente, dont la profondeur
visible est de 3 à 4 mètres à l'entrée, s'étend sur une cen-
taine de mètres de longueur et est située dans un plan
vertical.
L'origine de cette fissure ne fait aucun doute à l'obser-
vation][: les eaux sauvages suivent une fracture de la
te Naturaliste, 46, rue du Bac, Paris.
roche sous-jacente, fracture parallèle appartenant au
mémo réseau que la vallée sèche et des nombreux rideaux
de la région.
Dans ce cas particulier, le phénomène est accentué
par la nature de la roche superficielle. Les doux bords de
la vallée sèche et de toutes les collines de la région, de-
puis Moutdidier jusqu'à Pierrepont, sont formés par une
roche détritique présentant au plus haut degré tous les
caractères d'une décalcilication lente et progressive.
102
LE NATURALISTE
Sous la terre végétale assez sèche (fig. 2) (a), on
trouve 1 m. 50 à 2 mètres d'un limon siliceux gris (b)
contenant de nombreux petits silex éclatés non classés
ou plutôt peu classés.
Plus bas, en (c), la roche est formée d'un agrégat peu
cohérent de fragments de craie ayant un volume de quel-
ques millimètres cubes seulement, très arrondis dans
toutes les parties, même dans les creux, ne pouvant pas
être usés mécaniquement par frottement. Ces petits mor-
ceaux de craie corrodés par les eaux sont empâtés dans
un limon sec de même nature argilo-siliceuse que la
couche supérieure (6).
Les silex brisés de petit volume sont assez abondants
et présentent encore un léger classement en lits un pou
inclinés vers le thalweg.
La petite coupe ci-dessus montre donc une réduction
de toute la craie à silex qui préexistait en ce point. La
direction générale de la vallée sèche a été donnée par un
réseau de fractures locales de la craie, et l'abaissement
progressif du thalweg a amené l'inclinaison des couches
des matériaux détritiques accumulés sur les lèvres. Il en
est résulté les alignements de plus en plus inclinés des
lits des silex et, enfin, l'ouverture de la fissure principale
a pu être acceotuée par le léger mouvement de bascule
de toute la lèvre vers le centre de la vallée.
BOURSAULT.
LA GREFFE ET SES APPLICATION
Depuis quelques années, les questions de grefie, qui
avaient été trop longtemps délaissée.s, ont repris dans la
science et la culture le rang qu'elles n'auraient jamais
dû perdre, étant donnés leur importance pratique et
leur intérêt physiologique.
Si tout le monde sait aujourd'hui que, grâce à l'art de
la greffe, la Vigne française peut résister au Phylloxéra,
on connaît beaucoup moins d'autres résultats intéres-
sants, récemment obtenus en France, et qui sont appe-
lés, à mon avis, à révolutionner quelque peu la pratique
agricole et horticole.
Il s'agit de la création de variétés nouvelles par la greffe,
en profitant des variations qu'elle peut produire sur les
deux associés, autrement dit en se servant de l'influence
réciproque du sujet et du greffon.
On sait que les anciens agronomes admettaient pour
la plupart la réalité de cette influence. Ils pensaient avec
raison que le changement dans la nutrition des deux
plantes ainsi obligées de se servir d'appareils assimila-
teurs et absorbants différents se répercutait fortement
sur leur économie générale.
Mais tandis que les plus sages considéraient cette
influence comme très limitée et ne s'exerçant que dans
des cas particuliers, les autres l'admettaient sans restric-
tion aucune. Ils croyaient, par exemple, qu'en grefl'ant
un pommier sur un mûrier, on récoltait des pommes
couleur de sang, qu'on enlevant la moelle de la vigne et
en la remplaçant par des aromates, des couleurs ou des
médicaments, on obtenait des raisins ayant l'odeur, la
couleur ou le goût des substances employées.
Dans ces derniers siècles, une réaction très vive s'est
faite contre un pareil engouement, mais, comme toutes
les réactions, elle a dépassé le but.
Non seulement on a démoli, avec raison, les légendes
ridicules accumulées par les amateurs du merveilleux,
mais on est allé jusqu'à prétendre que les deux plantes
que l'on réunit par la greffe n'ont aucune influence l'une
sur l'autre.
Dans ces conditions, la greffe devenait l'unique moyen
de conser'ver une création ou une variation accidentelle avec
l'intégrité de ses caractères, mais elle ne pouvait être em-
ployée pour obtenir de nouvelles variétés.
C'est d'ailleurs l'avis de beaucoup de savants et de
praticiens actuels qui considèrent leur manière de voir
comme un dogme auquel il ne faut pas toucher.
Au risque de m'attirer toutes leurs foudres, je porterai
la main sur l'arche sainte, et je démontrerai, à l'aide de
documents incontestables, qu'un pareil dogme ne tient
pas debout, même théoriquement.
On sait, en effet, depuis longtemps, que la culture
dans des sols variés a permis d'obtenir des variétés nou-
velles, ce qui démontre bien l'influence considérable que
la nutrition générale peut avoir sur les caractères exté-
rieurs de la plante.
Si l'on étudie la structure des plantes venues dans des
conditions biologiques différentes, on constate entre elles
une remarquable différence dans le développement des
divers appareils.
Bien que l'on n'ait pas encore recherché si ces der-
nières variations se transmettent par le semis comme
les premières, on peut poser eu thèse générale que la
composition du sol a une influence marquée sur le déve-
loppement interne et externe d'une plante donnée.
Et l'on voudrait que cette même plante, placée sur des
sujets où porte-greffes différents qui lui donnent une
nourriture beaucoup plus variée encore , ne subit au-
cune modification dans sa structure et dans la nature
de ses produits. C'est tout bonnement absurde.
Un grand nombre de faits, que tout le monde peut
observer, se chargent d'ailleurs d'établir nettement l'in-
fluence réciproque du sujet et du greft'on, en dépit de
toutes les négations des adversaires de cette influence.
La plupart de ces faits concernent la greffe des
plantes herbacées, mais on peut aussi en observer d'ana-
logues sur les plantes ligneuses.
Pour la commodité de l'étude, on peut les classer en
faits d'influence directe et en faits d'influence indirecte.
Dans la première catégorie rentrent les variations
produites sur les plantes greffées elles-mêmes : augmen-
tation ou diminution de vigueur, changements de saveur
des parties comestibles, variations dans la résistance au
milieu extérieur, modifications dans la forme extérieure
ou la structure, etc.
Dans la seconde, il faut ranger les modifications qui
ne sont pas directement sensibles sur les plantes gref-
fées, mais qui apparaissent à la suite de la reproduction
par voie agame et surtout par voie sexuelle.
Ces diverses variations, jusqu'ici négligées ou incon-
nues, ont une importance considérable au point de vue
biologique et au point de vue horticole.
La transmission par graine de certains caractères du
sujet au greffon, dûment constatée, a une portée biolo-
gique qu'on ne saurait lui contester. Elle touche en
effet aux questions si controversées de la variabilité et
de l'héréditô des caractères acquis.
Contrairement aux idées de Weismann, le célèbre
auteur de la Théorie des Déterminants, les faits d'in-
fluence indirecte sont une preuve irréfutable de l'action
du Soma sur les éléments reproducteurs.
LE NATURALISTE
103
L'agriculture et l'horliculture peuvent en tirer parti
pour la création do variétés nouvelles et faire ac(iuérir
à une plante sauvaye ou à une plante alimentaire telle
qualité qui lui manque comme saveur, comme forme" ou
comme résistance au froid, etc., en la greffant sur une
plante possédant ces qualités.
Deux méthodes difl'érentes pourront être employées
jiour arriver à ce résultat, suivant que la plante se mul-
tipliera exclusivement par voie agame comme le topi-
nambour, ou par graines comme le chou. L'une et
l'autre de ces méthodes pourront servir d'ailleurs quand
il s'agira de plantes qui, sous notre climat, se repro-
duisent à la fois par voie aganie et par graines, comme
la pomme de terre.
Dans le jireinier cas, il sullira de greft'er deux variétés
différentes pour avoir des chances d'obtenir des tuber-
cules mixtes qui, s'ils sont préservés des variations ulté-
rieures, reproduiront indéfiniment les caractères qu'on
leur aura fait acquérir par la greffe.
Dans le second cas, on profitera des faits d'influence
directe qui dénotent en général une influence indirecte
plus marquée (ou s'il n'y a pas d'influence directe, on
gretïera (juand même), et souvent les plantes provenant
du semis des graines du greffon donneront naissance à
des sortes d'hybrides qui seront intermédiaires entre le
sujet et le ga"efl'on.
Cette hybridation par la grelïe sera suivie d'une sélec-
tion comme dans l'hybridation sexuelle, et les varia-
tions finiront ainsi par se fixer au gré du chercheur.
Je suis convaincu que ces questions nouvelles inté-
resseront plus d'un lecteur du Naturaliste qui se livrera
par la suite à des recherches du même genre. C'est à ce
titre que, dans d'autres articles, j'essaierai de les initier
à la méthode nouvelle et aux résultats féconds qu'elle
peut produire.
L. Daniel,
Docteur os sciences, Professeur au lycée de ftennes
LES ECREVISSES
REPRODUCTION, ÉLEVAGE
HEl'Iill'LEME.XT DES COURS IPEAU E.\ ÉCltEYISSES
AD .VOIS D- AVRIL.
Voici l'époque de l'année la plus favorable lorsqu'on
veut peupler d'écrevisses des cours d'eau, et la produc-
tion de ces crustacés a une imiiortance telle que nous ne
saurions la passer sous silence.
L'Ecrevisse appartient, comme on le sait, à la famille
des décapodes. Nous en possédons en France deux
variétés : X'Ètrevme à pattes rouycs et VÉcrevisse à pattes
blanches. Les unes vivent à la surface des eaux froides ;
les autres, tant recherchées pour leur taille et la délica-
tesse de leur chair, vivent dans les eaux profondes et
tièdes.
Les femelles commencent dès la fin d'octobre à se
mettre en quête d'un abri. Elles creusent le long de la
rive des trous presque modelés sur leur propre corps.
Pour arriver à ce résultat, elles commencent par détacher,
à l'aide de, leurs jiattes ambulatoires, quelques parcelles
de terre. Elles minent ainsi le sol à un ou deux centi-
mètres de profondeur ; puis, introduisant dans cette cavité
les lamelles de leurs nageoires caudales, elles leur im-
priment un mouvement de rotation. Prenant en même
temps leurs pinces comme point d'ajipui, elles réussissent
à se glisser comiilètoment dans cette sorte de trou de
mine, où elles sont à l'abri de tout danger, l'ouverture
unique de leur cachette étant défendue par leurs pinces.
Les mâles, eux, après avoir erré jusqu'à l'hiver, se
réfugient dans des trous les uns après les autres. A
l'époque de la jionte seulement, la femelle sort de son
trou. Alors commence la sortie des œufs, qui, grâce à
une matière visqueuse sécrétée par des glandes spéciales,
viennent se fixer aux fausses pattes. La ponte dure trois
àquatre jours. L'éclosion ne se produit que vers le ISmai,
c'est-à-dire six mois après la ponte. Celle-ci est de
•2o0 œufs, sur lesquels on en voit éclore 100 au plus.
L'Ecrevisse mue huit fois la première année, sept fois
la seconde. L'Ecrevisse adulte ne mue qu'une fois par
an. Vers deux ans elle pèse 4 grammes. A 25 ans, elle
en pèse de 100 à 135. L'Ecrevisse nouvellement née est
de teinte grisâtre et mesure environ un centimètre et
demi de longueur. Leur croissance est extrêmement
lente.
Lorsiju'on veut élever des Ecrevisses, il faut leur fournir
une profondeur d'eau de ^"',oO à 2"; cette eau doit être
chargée de carbonate de chaux, pour permettre à la
carapace de l'animal de se développer normalement. A
l'époque de la mue, on a souvent trouvé dans l'estomac
de ces crustacés des concrétions calcaires, employées
autrefois en médecine sous le nom d'Yeux d'Écrevisses.
Lorsqu'on les place dans des étangs, il est bon de leur
aménager, à l'ombre, quelques îlots factices, pour éviter
la détérioration des berges.
Lorsqu'on veut peupler des cours d'eau, il faut se pro-
curer des animaux de 5 à 7 ans seulement (poids : 23 à
30 gr.), pour qu'elles ne se sauvent pas, et les y introduire
au commencement d'avril. Il faut compter en moyenne
40 mâles pour 00 femelles. Si la proportion de ces der-
nières était plus considérable, les mâles les mangeraient.
Lorsque les Ecrevisses ont séjourné longtemps hors de
l'eau, il ne faut pas les y rejeter brusquement, à cause
des accidents provenant de la brusque irruption de l'eau
sous la carapace. On les dispose alors sur des claies
flottantes et, en cas de soleil, on les couvre avec des
branchages.
Les Ecrevisses sont omnivores, et se nourrissent par-
ticulièrement de mollusques et de vers. Pour les con-
server dans des bassins, il est bon de leur donner de la
viande fraîche.
Leur élevage artificiel est très difficile, extrêmement
long et donne de fort médiocres résultats.
Jlalheureusement, une maladie sur les causes et la
nature de laquelle une multitude d'hypothèses ont été
émises, mais sur laquelle on ne sait rien de précis, a
sévi depuis quelques années sur les ecrevisses, d'une
façon si terrible qu'on en a parfois vu périr de grandes
masses subitement. Tout ce qu'on peut dire avec certi-
tude sur cette maladie, qui, apparue en 1878 sur les
bords de l'Ill, a envahi en 1881 le bassin de la Seine et
s'est depuis étendue jusque dans le Midi, c'est qu'elle se
développe toujours d'aval en amont et se laisse arrêter
par les barrages.
On a tenté récemment d'acclimater dans nos eaux une
Écrevisse venant de Russie, mais, jusqu'ici, aucun ré-
sultat concluant n'a encore été obtenu.
Paul Jacob.
104
LE NATURALISTE
lYlŒURS ET mÉTAMORPHOSES
De l'ANTHOUNUS A M ICTUS, Erichson
Coléoptèfe de la famille des Malac/iides
Larve. Longueur 3 millimolres; largeur 0 millimètre 3 à 8.
Corps allongé, rouge vif, chagriné, couvert de courtes soies,
convexe en dessus, arrondi en avant, bifide en arrière.
Tête petite, déprimée, éparsement ciliée, avec ligne mé-
diane blanchâtre bifurquée ; épistome transverse, flavescent ;
labre court, cilié; mandibules larges, à base rouge'itre, à
extrémité noiritre; mâchoires droites, lobe frangé de courtes
soies, palpes maxillaires de trois articles, arqués en dedans,
menton allongé, encastré entre les deux montants maxillaires,
lèvre inférieure bilobée avec palpes labiaux très courts et co-
niques; antennes très allongées à article terminal accolé à un
article supplémentaire presque aussi long que lui; ocelles au
nombre de quatre disposés en deux rangées.
Segments Ihoraciques quadrangulaires, chagrinés, couverts
d'un léger duvet, au nombre de trois, le premier large, blanc
rougeitre, le deuxième long, d'un rouge vif, incisé à son
bord postérieur, le troisième allongé, incisé en arc ouvert à
son bord antérieur, de la même couleur que le précédent.
Seipnents atidominaux au nombre de neuf, d'un rouge vif,
couverts d'un duvet soyeux, les huit premiers courts, trans-
verses, avec fovéole latérale ; le neuvième rougeâtre à extré-
mité terminée par deux pointes droites, coniques et ciliées; le
dessous de ces segments est couvert de quelques longs cils,
le mamelon aval est prolongé par un pseudopode dont la
fente est transverse.
Pattes longues, de couleur testacée paie, de cinq pièces ter-
minées par un court onglet brunâtre.
Stigmates petits, orbiculaires, roux à péritrème clair, la
première paire près du bord antérieur du deuxième segment
thoracique, les autres aux huit premiers segments abdomi-
naux.
La taille, la forme, la couleur rouge vif du corps sont des
traits particuliers à cette larve qui, issue d'une génération
pondue en juillet et août, vit dans l'amas des feuilles acicu-
laires de pin ou de sapin accumulées contre le bas du tronc
des conifères, dans ce milieu souvent infesté de végétations
cryptogamiques où grouillent des légions d'animalcules, po-
dures, podurelles, acariens et où aussi s'introduisent des my-
riapodes et des jeunes mollusques : c'est dans cet intérieur dé-
daigné par les entomologistes que vivent des espèces de
Coléoptères réputés rares, tels que Ei/conus Schiirdtei et
slricticiis, Cephenium Sicaense, Mynnedonia humeralis, Otio-
ry7ic/ius miiscorum, et cependant en réalité toutes ces espèces
sont abondantes; l'existence de notre larve se prolonge tant
que dure la belle saison; aux approches de l'hiver elle prend
position dans un léger réduit, le coin d'une écorce, l'intérieur
d'une brindille, d'un cône de pin; au retour du beau temps,
elle reprend sa vie un instant interrompue et la mène avec la
plus grande activité jusqu'aux derniers jours de mai, époque
il laquelle, soucieuse du sort qui l'attend, elle tisse entre deux
feuilles un léger couvert et, après quelques jours de transition,
elle subit sa transmutation en la forme suivante ;
Nymphe. Longueur ?• millimètres; largeur 1 millimètre en-
viron.
Corps allongé, oblong, rouge carmin, à extrémités plus
claires, couvert de cils brunâtres, convexe en dessus, déprimé
en dessous, à région antérieure arrondie, la postérieure atté-
nuée et bifide.
Tête déclive, ciliée, front saillant, avec double impression
entre les deux yeux; premier segment thoracique grand, cilié
à bords relevés, deuxième court, à milieu incisé, troisième un
peu plus grand à milieu sillonné; segments abdominaux peu
convexes, s'atténuant vers l'extrémité postérieure, les sept
premiers incisés et ciliés, à flancs dilatés, huitième allongé,
neuvième terminé par deux courtes épines brunâtres diver-
gentes; genoux en saillie uniciliée ; antennes arquées, con-
tournant par leur milieu les cuisses des deux premières paires
de pattes.
La nymphe dans sa loge repose sur la région dorsale, au
moindre déplacement, au moindre sujet de crainte, elle im-
prime à ses segments abdominaux de légers mouvements la-
téraux; c'est le système défensif dont l'a pourvue la nature.
La phase nymphale d'une durée de quinze à vingt jours est
suivie de quelques jours encore nécessaires au nouveau-né
pour se remettre du profond travail d'élaboration qui s'est
produit en lui ; ce temps écoulé, vienne une lueur de soleil,
il abandonnera aussitôt son berceau pour s'élancer dans l'es-
pace.
Adulte. Miilsant dans ses Vésiculifères, 1867, p. 169, en a
donné la description : c'est à 1400 mètres d'altitude, sur le
revers oriental du Canigov. aux alentours de la maison fores-
tière de Belage, qu'aux premiers rayons de l'astre solaire on le
voit surgir du dessous des feuilles ou du calice des fleurs; son
vol, quoique assez soutenu, est bas et de courte durée, aussi
peut-on s'en emparer avec la pli'S grande facilité ; c'est de
mai à juillet qu'il est assez abondant dans le domaine qu'il
habite.
Capitaine Xambeu.
LES XJTFMCXJLAIPIES
On a depuis longtemps signalé, au nombre des plantes
insectivores les plus intéressantes et les plus remarquables,
les Utriculaires. Ces singuliers végétaux tirent leur nom de
la curieuse conformation de leurs feuilles. Ces organes, des
plus ténus, découpés en lanières fines, présentent, à l'aisselle
de leurs divisions, de petites outres ou vtrictites. Ces ulricules
sont destinés à soutenir la plante au milieu de l'eau et à lui
permettre d'opérer sa fécondation. Quand la fécondation a eu
lieu, les ulricules jusque-là gorgés d'air, se remplissent d'eau,
et la plante tombe au fond. Des bourgeons terminaux, formés
avant l'hiver, séjournent au fond de l'eau et multiplient
YUtriculaire. Les fleurs sont jaunes, disposées en grappe et
aériennes. Il est bon de noter le fait suivant, signalé par
M. Van Tieghem : c'est que les parties immergées et celles
qui sont situées au-dessus de l'eau ont une structure anato-
mique toute différente. Dans les premières, on trouve la com-
position rudimentaire des organes aquatiques, tandis que,
dans les secondes, la structure, beaucoup plus développée,
rappelle de tous points celle des végétaux ordinaires.
La description suivante permettra de reconnaître l'Utricu-
laire commune, VUtricularia vulgaris : feuilles étalées en i
tous sens, pourvues de vésicules en grand nombre, pennati- I
séquées et divisées deux à trois fois en lanières capillaires, ]
denticulées-spinescentes; lige florifère, haute de 2 à 3 déci- I
mètres, portant de trois à dix fleurs; corolle grande, d'un
beau jaune, à palais très saillant et fermant la gorge marquée
de stries orangées, à lèvre supérieure entière de même lon-
gueur que le palais, à lèvre inférieure plus grande à bords
réfléchis. Dans une espèce voisine, VUtricularia minor, la
fleur est beaucoup plus petite et jaune pâle. Mais, dans l'une
comme dans l'autre plante, les feuilles ne présentent qu'une
même forme; dans VUtricularia intermedia, espèce que l'on
rencontre beaucoup plus rarement, les feuilles sont de deux
formes : les unes no portent pas d'uliicules, tandis que les
autres, de composition beaucoup plus simple, sont pourvues
de petites outres, plus grosses que dans les espèces voi-
sines.
Le mode de végétation des Utriculaires suffirait pour expli-
quer la présence des ulricules; mais on a fait observer que
l'on trouve fréquemment des insectes emprisonnés dans les J
vésicules, et on a émis l'opinion que la plante en tire profit ^
pour sa nourriture. 'Voyons donc de près quelle est la struc-
ture do ces vésicules : elles sont supportées par un pédicule
court et, arrivées à leur complet développement, elles peuvent
atteindre de 2 à 4 millimètres de longueur. Elles sont trans-
lucides, verdâtres et toujours un peu comprimées, quoiqu'elles
puissent varier d'épaisseur, suivant la quantité d'eau ou d'air
qu'elles contiennent. L'extrémité libre est pourvue de deux
longs appendices multicellulaires, que l'on peut appeler flîi-
tennes. Au-dessous de ces ajiten7ies se trouvent l'entrée de la
vésicule et la valve, de chaque côté desquelles sont placés
trois à sept poils longs et pointus. L'ensemble de ces antennes
et de ces poils forme une sorte d'entonnoir qui entoure l'en-
trée de la vésicule.
La valve de la vésicule est disposée de bas en haut; elle est
incolore, flexible et tout à fait transparente. Sa surface est
parsemée de glandes de plusieurs sortes, qui, d'après Darwin,
auraient la faculté d'absorber. Elle porte également deux
paires de piquants pointus et transparents, aussi longs
qu'elle.
LE NATURALISTE
■ lOo
Quelle est la conformation intérieure de la vésicule? toute
la surface, à l'eicoption de la valve, est recouverte de pro-
cessus à quatre bras divergents. Deux do ces bras sont plus
longs sans être forcément égaus et tournés vers l'intérieur;
les doux autres, beaucoup plus courts, sont presque horizon-
taux et se dirigent vers l'extrémité antérieure. L'un et l'autre,
d'ailleurs, sont à peine pointus et peuvent se courber et se
ployer dans toutes les directions, sans élrc exposés à se
briser. Les processus du col des vésicules sont identiques,
mais ne possèdent que deux bras au lieu de quatre.
Quelle est la fonction de ces difl'érentes parties? Pour
Darwin, il ne saurait subsister aucun doute; elle consiste i
capturer de petits animaux aquatiques, l'resque toujours, les
plantes examinées renferment dans leurs vésicules des crus-
tacés ou des larves d'insectes. On y rencontre aussi des infu-
soires et des algues vivantes appartenant à de nombreuses
L'utriculaire et sa vésicule.
espèces. Gohn se rendit compte de la pénétration des animal-
cules dans l'intérieur des vésicules de la manière suivante : il
plaça un soir, dans de l'eau contenant do nombreux crustacés,
une Utriculaire qui avait végété dans de l'eau à peu près
pure; le lendemain, la plupart dos vésicules renfermaient de
petits animaux, qui continuèrent à vivre quelque temps et ne
moururent d'asphyxie qu'au bout de plusieurs jours.
Pour pénétrer, les animalcules repoussent à l'intérieur la
valve, dont le bord postérieur, très élastique se referme de
suite. On conçoit qu'il doit être très difficile i un être vivant
de s'échapper de la prison à laquelle il s'est laissé prendre.
La fermeture est tellement exacte, l'adaptation tellement par-
faite du bord de la valve contre le col, que l'on rencontre
quelquefois des larves prises entre ces deux organes, dont une
moitié se trouve dans l'intérieur do la vésicule, tandis que
l'autre est encore à l'extérieur.
La sensibilité des valves est extraordinaire et permet de
comprendre comment dos animaux, aussi petits que ceux qui
s'y attaquent, peuvent les faire ployer. En plaçant à leur sur-
face des parcelles très petites do verre ou de bois on les en-
traîne instantanément, et les objets qui ont servi à l'expé-
rience so trouvent emprisonnés.
On a cherché à expliquer la cause qui pousse les animaux à
pénétrer dans les vésicules des Utriculaires : on a prétendu
que les larves afl'ectionnaient tout particulièrement les longs
poils qui entourent les valves. Peut-être aussi les petits êtres
aciuatiques, attirés par la transparence remarquable de la
valve qui joue le rôle d'un fanal, cherchent-ils des aliments
ou un abri. Quelle que soit d'ailleurs la cause attractive, il
n'en parait pas moins évident à Darwin que les processus des
vésicules absorbent des matières animales, sans qu'il y ait
digestion proprement dite. D'expériences entreprises par l'il-
lustre naturahste anglais, il résulterait que ces processus ont
la faculté d'absorber le carbonate et l'azotate d'ammoniaque,
l'infusion de viande fraîche ou putride. U en est de même
pour les glandes qui existent à la surface des valves et sur le
col. Darwin conclut de ses observations que, « quelle que
puisse être la nature du contenu des diverses espèces de
glandes, après qu'elles ont subi l'action de l'eau trouble ou
d'une solution azotée, il est probable que les matières ainsi
engendrées constituent un avantage pour la plante et finissent
par être transportées dans d'autres parties ».
Ce que nous venons de dire de VVlricularia vulgaris s'ap-
plique à toutes les Utriculaires aquatiques. Dans les régions
tropicales croissent d'autres VLricularia, qui ne ressemblent
en rien, extérieurement du moins, à nos espèces européennes.
Leurs feuilles ne sont point linement découpées; leurs Heurs
sont souvent bleues, violettes; elles habitent les crevasses des
rochers, les marais tourbeux, aussi bien que les cours d'eaux.
Ce n'est plus sur les feuilles qu'il faut chercher les vésicules,
mais sur les rhizomes qui, dans VVlricularia montana, sont
nombreux, incolores, aussi fins que des fils. Les antennes
sont longues et terminées en pointes fines et recourbées, mais
non armées de poils; quant aux processus, qui existent égale-
ment sur la surface interne des vésicules, ils sont à peu prés
de même taille et disposés parallèlement sur deux lignes. Sans
le moindre doute, des animalcules pénètrent dans ces vési-
cules ; mais on ne saurait dire quelle est la cause qui peut les
pousser à s'emprisonner, la disposition des antennes et du col
présentant des difiicultés toutes spéciales.
Do place en place, on rencontre sur ces rhizomes, et quel-
quefois en grand nombre, des tubercules. L'observation a
montré qu'ils n'étaient pas destinés à l'alimentation de la
planle,mais qu'ils servent de réservoirs d'eau pendant la saison
sèche.
h'Ulricularia nelumhiifolia, du Brésil, a choisi pour se dé-
velopper un habitat tout particulier. Il est aquatique, mais ne
croît que dans l'eau qui se dépose au fond des feuilles des
Tillaiulsiu. Il se reproduit de graines et de rejetons, qui
partent de la base de la tige, se dirigent vers le Tillandsia le
plus rapproché et s'y implantent, dès qu'ils sont en contact avec
l'eau que contiennent les feuilles. Dans cette plante, les vési-
cules ont la mtme disposition que dans l'espèce précédente.
On a récemment signalé une nouvelle espèce brésilienne,
VVlricularia ianthina, qui vit comme VU. iielumbiifolia et re-
cherche certains Vriesea.
Dans le genre voisin Polypompliolyx, les vésicules sont dis-
posées en verticilles au sommet des tiges; dans les Genlisea,
la vésicule, qui n'est qu'une dilatation du limbe très étroit de
la feuille, est surmontée d'un col très long, garni dans toute
sa longueur de poils longs, minces, aigus, à base bulbeuse,
disposés de telle façon que leur pointe va toucher la tète de
la rangée inférieure. La surface intérieure du col ressemble
donc assez exactement à un papier dans lequel on a piqué
des épingles. Dès que les animalcules ont pénétré p.ar l'orifice
du col, et surtout dès qu'ils sont arrivés dans le col, il leur
est impossible de remonter, les poils en épingles ayant leur
pointe dirigée de haut en bas.
P. Hariot.
106
LE NATURALISTE
ESSAI MONOGRAPHIQUE
SUR
les Coléoptères des Genres Pseudolucane et Lucane
{Suite)
Or, si l'on considère que ce L. piger se trouve précisé-
ment n'être autre chose que le L. orientalis (il suffit, pour
s'en convaincre, d'en lire la description dans le mémoire
de Motschulsky, sans en omettre les Loutades de cet
auteur contre Kraatz), on conviendra que les particularités
invoquées par l'entomologiste russe pour séparer le
L. ibericus du L. piger (lisez orientalis) n'ont pas grande
valeur (1).
La diminution de taille et de largeur ne signifie abso-
lument rien, du moment où la forme est la n.ême, sur-
tout lorsqu'il s'agit d'insectes aussi variables que le sont
les Lucanes; quant à la présence aux mandibules de den-
ticules presque égaux et plus longs qu'ils ne le sont
d'habitude, elle ne justifie en aucune façon la création
d'une espèce à part et n'a rien qui doive surprendre.
Elle ne constitue chez le L. orientalis qu'une modifica-
tion analogue à celle que nous avons eu l'occasion de
faire remarquer chez certains exemplaires de moyenne
et de petite taille du L. cervus et qui se retrouve (avec la
fourche terminale remplacée par une pointe simple) chez
la forme Fabiani du L. pentaphyllus et que nous verrons
chez la forme bidens du L. tetrasdon.
Il est possible, comme le dit Motschulsky, que cette
forme soit plus commune qu'ailleurs en Géorgie, mais
rien n'autorise à croire qu'elle ne se trouve pas dans tous
les endroits où se rencontre le L. orientalis.
En tous les cas, elle se rattache au type par des indi-
vidus formant le passage.
C'est ainsi, pour n''en citer qu'un exemple, que je pos-
sède dans ma collection un peiit L. orientalis, qui parait
correspondre exactement au L. ibericus, parsa forme plus
étroite, par la conformation de ses mandiiiules, par sa
couleur rougeâtre et, à côté, un spécimen à peine plus
grand, de forme identique, chez lequel la dent médiane
est suivie non plus d'une seule dent, mais de deux den-
ticules assez longs et pour ainsi dire accolés.
Le Luc. orientalis se trouve dans la Russie méridio-
nale, dans la Turquie d'Asie, en Syrie et jusqu'en Perse.
Dans leur Kaukasischcn-Knferfauna, Schneider et Leder
le signalent comme trouvé pendant le mois d'août à
Borshom et sur le Sarijal. Sa limite extrême, en Europe,
parait être Constantinople. Encore semble-t-il y être rare.
Le D'' Kraatz dit n'en avoir vu que quatre de cette pro-
venance, dont l'un figurait dans la collection de Reiche
avec l'annotation : « Constantinople — de Pcllet » et les trois
autres se trouvaient en la possession de de Heyden, à qui
ils avaient été communiqués par Fehr. Je n'en connais,
(1) Diagnose du L. ibericus : « Il est plus petit que le
« L. capreolus auquel il ressemble un peu. La tête est moins
« large, les mandibules plus courtes et avec quatre dents cha-
« cune. La massue de l'antenne a six articles. La couleur est
a d'un brun rougeâtre, plus clair sur les mandibules. Il vient
« de la Géorgie. »
Le nom de L. ibericus ne signifie nullement, comme le
croient certains entomologistes, que cet insecte se trouve en
Espagne. Motschulsky spécifie bien qu'il se trouve en Géorgie,
laquelle n'est autre qu'une partie de l'ancienne Ibérie.
pour ma part, qu'un seul exemplaire que nous avons
trouvé, M. Boileau et moi, portant l'annotation : Cons-
tantinople— dePellet, dans une vieille boîte de l'ancienne
collection Th. DeyroUe remplie de lucanes européens et
particulièrement de Lucanus orientalis venant probable-
ment pour la majeure partie de Trébizonde : car l'étiquette
collée au dos de cette boite portait l'indication : Trébizonde,
ville où cette dernière espèce est commune et où
M. Th. Deyrolle avait, en effet, fait un voyage.
Le spécimen dont il s'agit, le seul qui portât une indi-
cation d'origine, est peut-être le même que celui que
Kraatz dit avoir vu dans la collection de Reiche. En tous
cas, son faciès est sensiblement différent de celui que
présente habituellement le Luc. orientalis.
Les mandibules sont plus longues, plus grêles et surtout
bien moins larges à la base qu'elles ne le sont d'habitude
chez les spécimens de même taille. Le labre est plus
long, plus profondément échancré et avec ses côtés très
grêles. Enfin, la tête et le corselet sont moins amples et
les élytres plus allongées.
Ceci à part, tous les caractères sont bien de l'espèce.
Au reste, le climat a évidemment une influence sur le
L. orientalis, comme il en a une sur L. cervus, et il est
à présumer qu'il doit donner naissance à des variétés
assez tranchées se reproduisant d'une façon constante
dans les mêmes régions.
Malheureusement, une grande partie des contrées où
se trouve le L. orientalis est peu explorée et les collec-
tions européennes renferment peu de matériaux à ce
sujet et surtout peu d'indications précises de lieu et
d'origine.
Dans l'état actuel de nos coimaissances, il convient de
signaler le L. curtulus de Motschulsky, certains spéci-
mens à mandibules terminées en pointe simi>le, le
L. macrophyllus de Reiche, et enfin, le L. snbvelutinm de
Motschulsky, qui paraît bien constituer une forme très
particulière.
Quant auLuc. intermedius etau Luc. tencbi-osus du même
auteur, je ne les citerai que pour mémoire, rien dans les
descriptions qu'en donne Motschulsky ne permettant de
savoir quels sont les insectes que l'auteur a eus en vue.
Louis PL.A.NET.
{A suivre.)
Les Triantes
DANS L'ANTIQUITÉ :
LÉGENDES, POÉSIE, HISTOIRE, ETC., ETC
Alt.. — Les Égyptiens aimaient l'ail, en faisaient une
grande consommation et même l'adoraient. Hérodote
mentionne l'ail au nombre des provisions fournies aux
ouvriers qui construisirent la pyramide de Chéops : « On
a marqué, dit-il, en caractères égyptiens, sur la pyra-
mide, pour combien les ouvriers ont consommé d'aulx,
d'oignons et de persil; autant que je puis m'en souvenir,
l'inscription que l'interprète m'a expliquée, signifie que la
somme s'élève à seize cents talents d'argent. Si ces
choses ont autant coûté, que n'a-t-on pas dépensé en ou-
tils de fer, en vivres et en vêtements, durant le temps
employé à bâtir? etc. » {Histoire, liv. II, ch. cxxv.)
LE NATURALISTE
107
Aussi, après leur sortie d'Egypte, les Hébreux, ne man-
geant plus que de la manne, sorte de liclien voyageur, se
plaignirent vivement :
Nombres, ch. XI, v. S : « Il nous souvient des poissons
que nous mangions en Egypte, sans qu'il nous en coûtât
rien, des concombres, des melons, des poireaux, des
oiirnons et des aulx. »
Homère faisait le plus grand cas de l'ail et il l'admet à
la table des Dieux; ce sont les Dieux ([ui lui ont donné
son nom de Môly :
Odyttsile, chant X, v. 304 et suiv. :
■PiÇr) (isv [j.É\av Ëaxs, l'âXaxTi Se, si'xeXov i'vOo; •
M(ôX\j 31 |xiv xaléû'jffi Oeoî ' ^(aXsTtov Si T'opOuasiv
'Avopâii ye 6vriToï(ji • ôeoî Se te navra S'jvavTai.
« Cette plante était noire par sa racine, mais sa fleur
avait la blancheur du lait; les Dieux la nomment Moly ;
sans doute il est difficile aux hommes de l'arracher, mais
tout est possible aux Immortels. »
Dans V Anthologie grecque (livre XV, épig. xii), nous
lisons ce distique d'un anonyme :
« Tout ce que je désire, c'est de recevoir de la main
d'un Dieu le Mo/i/, cette plante amie de l'âme, qui protège
contre les desseins funestes. »
De son coté, Ovide dit {Métamorphoses, livre XIV,
V. 291) :
Pacifer huic dederat florcm Cyllenius album;
Afoly vocant Superi ; nigrâ radice tenetur.
« Le Dieu qui porte la paix (caducée) lui avait donné la
plante à fleur blanche et à racine noire que les Dieux
appellent Moly ».
Dans la Flore agenaise, page 134, le botaniste Saint-
Amans s'exprime de la manière suivante à propos de ce
i!/o/i/ d'Homère, c'est-à-dire de V allium magicum : a Ho-
mère parle de cette espèce d'ail dans V Odyssée, livre X; il
lui donne une racine qu^l était difficile aux moi-tels d'ar-
racher. Ouest toujours surpris de l'instruction d'Homère.
En effet, les restes de l'ancienne bulbe, dans notre va-
riété du moins, prennent une couleur noirâtre très remar-
quable, et lorsqu'elle a végété quelques années dans le
même sol, sa bulbe se trouve à une telle profondeur qu'il
faut fouiller très avant, très péniblement la terre, pour
l'enlever. »
« Théophraste mentionne aussi le Uoly au livre IX,
ch. XV de son Histoire des Plantes; et, comme Mercure,
dans Homère, le donne à Ulysse pour se préserver des
charmes de Circé, il le recommande sérieusement comme
un très bon spécifique contre les sortilèges des magi-
ciens. »
Dans ses Problèmes, section I, Questions médicales,
§ 48, Aristote demande : « Pourquoi les graines et les
plantes odorantes sont-elles diurétiques? » — Et il répond :
« N'est-ce pas parce qu'elles sont chaudes et de facile
digestion? Or, les substances qui sont dans ce cas pro-
voquent l'urine. La chaleur qu'elles renferment allège le
corps, et l'odeur n'a rien de corporel. Les choses odo-
rantes, comme Vail, sont diurétiques à cause de leur cha-
leur; mais cependant elles sont encore plus fondantes.
Les graines odorantes sont chaudes aussi. »
Section XIII. — Des mauvaises odeurs, § G. — " Pour-
quoi, lorsqii'on a mangé de l'ail, l'urine contracte-t-elle de
l'odeur, tandis que d'autres aliments, qui ont une odeur
aussi forte, ne la communiquent pas à l'urine? Est-ce, ainsi
que le disent des disci]iles d'Heraclite, parce que l'ail
s'exhale dans le corps comme il s'exhale dans la nature
où il est répandu ; qu'en se refroidissant il se dépose, pro-
duisant ici de l'humideet là de l'urine, etquc l'exhalaison
qui vient de la nourriture, en sortant des matières aux-
quelles elle est mêlée, produit l'odeur? Cette odeur vien-
drait alors du changement qui se produit, etc. etc. »
Et voilà évidemment pourquoi votre fille est muette.
On peut voir des raisonnements aussi péremptoires aux
sections XX, §§ 16, 27, 30 ; et XXVII, § 10.
Les matelots grecs et les romains consommaient de
grandes quantités d'ail ; les légionnaires surtout; d'où
serait venue l'expression proverbiale latine : Allium ne
comedas! pour dire : n'allez pas à l'armée ! de môme que
l'on dit chez nous: Quand tu mangeras à la gamelle...
pour dire: quand lu seras troupier...
Chez les juifs, ce condiment est prescrit par le Talumd
pour l'assaisonnement de certaines viandes, et, aujour-
d'hui encore, il compte parmi lespréférencesdecepeuple,
qui a gardé précieusement, comme on sait, la plupart de
ses habitudes primitives.
Les Espagnols, comme tous les gens du Midi, en con-
somment aussi beaucoup, et les personnes le plus haut
placées, les personnages de la cour, ne se faisaient pas
faute jadis d'en manger avant même d'aller chez le roi.
Un de leurs souverains, Alphonse, roi de Castille, ne
sachant sans doute comment s'y prendre pour faire pas-
ser à ses gentilshommes cette déplorable habitude, fonda,
en 1368, un ordre de chevalerie auquel il donna le nom
d'Ordre de la Bande, et dont les membres ne devaient
manger ni oignon, ni ail, sous peine d'être bannis de la
cour pendant au moins un mois...
L'ordre de la Bande a disparu, et le goût de l'ail est
resté. Chez nous, on confectionne dans le Midi, et depuis
bien longtemps, des soupes à l'ail ; elles se composent
de plusieurs tètes d'ail bouillies dans l'eau; on ajoute
ensuite une quantité convenable de pain et plusieurs
cueillerées à soupe d'huile d'olive ou de noix : c'est là
une façon de tuer le ver qui ne serait pas, à Paris, du
goût de tout le monde, et dont j'ai dû m'accommoder
jadis, quand j'étudiais à Montpellier.
Lisez, du reste, dans DuCange (Glossarium ad scriptores
mediw et infimse lalinitatis], au mot Alli.\ bullita:
« Pulmenti species Tholosatibus familiaris, cum alliis
coctis, sale, pane et oleo ; patria lingua: aillado. » — Es-
pèce de bouillie familière aux Toulousains, faite avec
des ails cuits, du sel, du pain et de l'huile; en langage
du pays : aillado. » — On fait encore, dans le Midi, un
condiment appelé aïoli, qui n'est autre chose que de l'ail
broyé dans l'huile d'olive, et dont Pline parle dans son
Histoire naturelle, livre XX, chap. xxiil : « Broyé avec de
l'huile, l'ail produit peu à peu une mousse très épaisse. »
Les gourmets anciens, comme d'ailleurs ceux de nos
jours, n'ont jamais été d'accord sur l'excellence ou la no-
cuitéde l'ail- Nous avons vu Homère le louer: Virgile en
fait autant. Dans cette fameuse Eg/oguei/, où le chaste (?)
poète célèbre la passion d'un rustre pour un de ses pa-
reils, il fait dire par Corydon à Alexis :
Nunc etiam pecudes umbras et frigora captant ;
Niinc virides eliam occultant spineta lacertos :
Tliestylis et rapide fessis messoribus a?stu
Allia serpyllumque herbas contundit olentes;
At mecum raucis, etc., etc.
(( Voici l'heure où les troupeaux eux-mêmes cherchent
l'ombre et la fraîcheur ; où le vert lézard se cache dans
les buissons ; où Thestylis broie, pour les moissonneurs
épuisés par l'arde-ur dévorante du soleil, l'ail et le ser-
108
LE NATURALISTE
polet odoriférants ; et moi, pour suivre la trace de tes
pas, etc., etc.
Mais Horace ne trouve rien de bon à l'ail. Lisez son
Epode III:
Parentis olim si quis impia mauu
Senile guttur fregerit,
Edat cicutis allium nocentius.
0 dura messorum ilial
Etc., etc.
« Si jamais, d'une main sacrilège, un homme brisait
le vieux gosier de son père, qu'on lui fasse manger de
l'ail, plus mortel que la ciguë. O dures entrailles des
moissonneurs ! Quel est le poison qui me déchire ? Le
venin de la vipère a-t-il assaisonné cette herbe perfide ?
Est-ce Canidie qui a préparé ce mets funeste? Quand
Médée, éprise de Jason, le plus beau des Argonautes,
voulut le mettre en état de subjuguer les taureaux jus-
qu'alors indomptés, ce fut d'ail qu'elle le frotta. Elle en
frotta aussi les présents mortels qu'elle fit à sa rivale
avant de s'enfuir sur ses dragons ailés. Les feux de la
Canicule, qui dessèchent la Fouille altérée, n'ont rien de
comparable, ni la robe brûlante qui dévora le laborieux
Hercule ! »
Cette princesse des Mille et une nuits, qui fit couper les
pouces des pieds et des mains à un beau jeune homme
qu'elle avait préalablement honoré de ses faveurs, et
cela sous le fallacieux prétexte qu'il avait mangé de l'ail
avant de l'aborder, devait être de l'avis d'Horace (V. His-
toire des trois kalenders, fils de rois, dans les Mille et
une Nuits).
Ce n'était pas, on tout cas, l'avis de M. le comte et
poète de Marcellus ; nous trouvons, en effet, de lui,
dans le Nouvel Almanach des Gourmands (Paris, 1823,
in-12),page 94, une odeà Vail, en réponse à l'épode contre
l'ail d'Horace.
La pièce étant assez curieuse, je crois devoir la don-
ner ici, ne fût-ce que pour établir que l'ail, s'il a des en-
nemis, compte aussi des amis.
ODE A L'AIL
PAS M. LE COMTE DE MARCELLUS
Pourquoi, précieux enfant de Flore et de Pomone,
Timide enfant de nos guérets,
Gardes-tu pour les bords qu'embellit la Garonne
Et tes parfums et tes bienfaits?
Il est vrai qu'étranger aux rives de la Seine,
L'ail est en horreur à Paris.
L'ail, dit-on, des Zéphyrs empoisonne l'haleine.
L'ail fait fuir les Jeux et les Ris...
N'avez-vous donc jamais de nos douces retraites
Visité les humbles hameaux ?
N'avez-vous jamais vu l'ail animer nos fêtes,
Et nos plaisirs et nos travaux?
Sa piquante saveur dans l'âme des convives
Répand une aimable gaité.
Il fait fleurir le teint des nymphes de nos rives,
Il plait au Dieu de la santé.
Le monde cependant reconnaît son mérite,
Mais nul n'y parle en sa faveur :
Ah! souvent la vertu méprisée et proscrite
N'a pu trouver de défenseur !
Va! Paris aveuglé d'une injuste manie
Te rend un hommage muet;
Si, par respect humain, chacun te calomnie,
On t'estime, on t'aime en secret.
Tu sus plus d'une fois d'une muse gasconne
Animer les tendres concerts :
Apollon te protège, et l'élégant Ausone
T'a du peut-être ses beaux vers...
Horace t'outragea, mais Virgile te loue.
Et t'égale au doux serpolet ;
Et ta cham|5ètre odeur du berger de Mantoue
Sut inspirer le flageolet.
L'ail est l'ami des preux et l'effroi des rebelles
L'ail croit à l'omlire des lauriers :
La rose et le jasmin sont les parfums des belles:
L'ail est le parfum des guerriers.
Ce parfum généreux charme la noble terre
Où brille, où commande Bordeaux ;
Délices des Gascons, cher au Dieu de la guerre.
Son suc est le lait des héros.
C'est l'ail qui pénétra d'un courage sublime
Le jeune cœur du grand Henry;
Il partagea sa gloire, et ce roi magnanime
Dut à l'ail la palme d'Ivry.
On vit l'ail présider à l'heureuse naissance
De son auguste petit-fils;
L'ail aime les Bourbons ; l'ail est cher à la France :
L'ail est le compagnon des lis (1).
On sait que, pendant qu'Henry IV était sur le point de
venir au monde, son père Antoine de Bourbon voulut
que sa mère chantât, pendant les grandes douleurs, une
chanson béarnaise, et que, aussitôt son arrivée dans
cette vallée de misères, il lui frotta les lèvres avec une
gousse d'ail et les lui humecta avec du vin de Juran-
çon.
Continuons maintenant la série des auteurs anciens,
et voyons ce que la plupart d'entre eux ont dit de l'ail.
Dans son Mostellaria (le Revenant), acte I, scène i,
V. 38-41, Plante fait dire à Tranion :
At te Jupiter
Dique omneis perduint, oboluisti allium!
Germana inluvies, rusticus, hircus, hara suis,
Canes capro conmista!
« Ah ! que Jupiter et tous les dieux t'exterminent : tu
pues l'ail ! Ordure germaine, rustre, bouc, toit à porc,
métis de bélier et de chien ! »
Dans son Pœnulus (le Carthaginois), acte V, scène v,
V. 30 et suiv. :
ANTHEMONinES
Ligula, i in malam crucem !
Tune heic amator audes esse, hallei viri ?
Aut contrectare, quod mareis homines amant?
Deglupta maina, Sarrapis sementium,
Mastruga, aXç àyopô; â|ia : tum autem plenior
Alli ulpicique, quam Romani rémiges!
« Ver de terre, va donc te faire pendre ! Tu te mêles
ici d'être amoureux, avorton 't et de mettre la main sur
les amours des guerriers? sardine pelée, figure de Séra-
pis à promener pendant les semailles, peau de bouquin,
misérable plus bourré d'ail et d'oignon que les rameurs
romains ! »
Juvénal, dans sa satire III, sur les Emban'as de Rome,
vers 293, dit :
Unde venis? exclamât : cujus aceto,
Cujus conche tûmes? quis tecum sectile porrum
Sutor, et elixi vervecis labra comedit?
D''où viens-tu? Où t'es-tu farci de fèves et de
(1) C'est effectivement une liliacée; le poète a doublement
raison.
LE NATURALISTE
109
vinaigre? Quel cordonnier daif^iia partager avec toi ses
poireaux (1) et sa tèto ilc mouton bouillie ? »
Satire XV, sur la Superstition, vers 1 et suivants ;
Quis nescit, Volusi Bithynice, qualia démens
/Egyptus portenta colat?..., etc., etc.
« Qui ignore, Volusius, à quelles monstrueuses divi-
nités l'Egyptien insensé adresse ses hommages ?..
« Les uns au crocodile adressent leurs prières;
« Les autres li l'ibis engraissé de vipères;
« Un singe à longue queue en or brille aux autels,
« Sur la terre où Memnon rend des sons solennels,
« Où Tlièbe en ses débris dort, imposante encore.
« Ici c'est un poisson, là des chats qu'on adore,
(( En d'autres lieux un chien, Diane en nul canto" •'
« C'est un crime de mordre un ail ou quelque oignon'.
Perse, satire V, vers 188 et suiv. :
« 'Vous redoutez et les ombres des morts et les
malheurs que présage un œuf cassé ; vous allez donc aux
grands prêtres de Cybèle ou à la prêtresse borgne armée
du cistre d'Isis; et ils vous font voir des démons qui
entrent dans les corps et les gonflent, si l'on n'a la pré-
caution de manger, conformément à l'ordonnance, trois
fois le matin une tète d'ail.
Or, comme nous le verrons tout à l'heure dans une
citation d'Athénée, il était défendu d'entrer dans le temple
de Cybèle si l'on avait mangé de l'ail.
Martial; livre XIII, épigramme xviii {ail poireau) :
Fila Tarentini graviter redolentia porri
Edisti quotics, oscula clausa dato.
« Les fibres du poireau de Tarente sentent très fort :
lorsque tu en auras mangé, ne donne des baisers qu'à
lèvres closes. »
Livre XIII, épigramme xxxiv {les gousses d'ail) :
Quum sit anus conjux, et sint tibi mortua membra,
Nil aliud bulbis quam satur esse potes.
« Avec ta femme décrépite et tes membres glacés, ces
gousses n'auront d'autre effet que de t'emplir le ventre. »
Suétone, Vie de Vespasien, chap. vin : « Ne voulant
laisser échapper aucune occasion de rétablir la discipline,
il reprit d'une manière très sévère un jeune homme qui
venait, tout parfumé, le remercier d'une préfecture qu'il
avait obtenue. Vespasien ne se contenta pas de témoigner
son mécontentement par un geste de dégoût; il s'écria :
(I J'aimerais mieux que tu sentisses l'ail! {maluissem al-
lium oboluisses!), et il révoqua sa nomination. »
Athénée, Deipmosophistes, livre X, ch. v : « Stilpon
ne craignit pas les suites de sa sobriété, lorsque, après
avoir mangé seulement des aulx, il alla dormir dans le
temple de la mère des dieux, car il était défendu d'y
entrer lorsqu'on en avait mangé. La déesse Cybèle lui
apparaissant en songe et lui disant : « Quoi, Stilpon! tu
es philosophe, et tu transgresses la loi 1 » il lui répondit
en dormant : « Donne-moi donc à manger, toi, et je ne
serai pas obligé de me nourrir d'ail! »
Columelle : De re rusticâ, lib. VI, cap. l'V (A propos des
maladies des bœitfs) :
« Souvent aussi on guérit leur langueur et leur
dégotit en leur introduisant, à jeun, dans le gosier un
œuf de poule entier et cru, et en leur versant, le len-
demain, dans les naseaux du vin dans lequel on a broyé
des têtes d'ulpique ou des gousses d'ail. » — Il dit aussi
que l'odeur de l'ail est funeste aux abeilles : « Ce que
(1) Ail et poireau.
doit surtout observer le gardien qui soigne les abeilles,
c'est, s'il faut qu'il touche aux rayons, de s'abstenir la
veille de (Castus sit ab rébus venereis), de ne pas non
plus approcher des ruches étant ivre et sans être lavé, et
de rejeter presque tous les aliments à odeur forte... et de
ne pas exhaler l'odeur acre et fétide de l'ail, des oignons
et des autres substances de ce genre. »
Palladius, De re rusticâ, lili. II, cap. xiv; lib. XII,
ch. VI ;
Varron, passim, donnent aussi divers préceptes pour
la culture de l'ail. Varron (dans Nonius, 201, 6), dit ceci :
Atavi nostri, qikim allium ac c/rpe eorum. verba olcrent,
lamen optimë animati erant. » — « Nos aïeux, bien qu'ils
exhalassent l'odeur d'ail et d'oignon, n'en respiraient pas
moins les meilleurs sentiments. »
Quant à Pline, il a, suivant son habitude, réédité dans
son Histoire naturelle toutes les fables et les absurdités
qui avaient cours sur l'ail dans l'antiquité :
Livre XIX, chap. xxxiv. — « L'ail passe, dans les
campagnes surtout, pour un bon remède en plusieurs
cas Comme l'oignon, il rend l'haleine mauvaise;
cependant, cuit, il ne produit pas cet effet... Au reste,
pour que l'ail ne donne pas d'odeur à l'haleine, on pres-
crit de le planter quand la lune est sous l'horizon, et de
le récolter quand elle est en conjonction. Indépendam-
ment de ces recommandations, Ménandre, parmi les
Grecs, dit que ceux qui mangent de l'ail n'ont aucune
odeur, si, par-dessus, ils mangent une racine de bette
grillée sur des charbons ardents. »
Livre XX, chap. xxiii. — «... L'ail a beaucoup d'é-
nergie ; il est d'une grande utilité quand on change d'eaux
et de lieux. Il chasse les serpents et les scorpions par
son odeur ; et, comme quelques-uns l'ont rapporté, c'est,
contre les blessures faites par toutes les bétes, un remède
soit en boisson, soit en aliment, soit en topique. En par-
ticulier, il est utile contre le serpent hémorrhois : pour
cela, il faut le prendre avec du vin, et le rendre par le
vomissement... Il neutralise l'aconit et la jusquiame; il
guérit les morsures des chiens quand on l'applique avec
du miel sur les plaies. Contre les morsures des serpents,
on le prend en breuvage, et l'on fait avec les feuilles,
dans de l'huile, un topique très efficace. Hippocrate
{Des maladies des femmes, I, 74) a pensé que les fumiga-
tions faites avec l'ail provoquaient la sortie de l'arrière-
faix. Il en a employé la cendre dans de l'huile pour
guérir les ulcérations humides de la tête.
« On a prescrit aux asthmatiques l'ai! cuit, comme
aussi l'ail cru et pilé. Dioclès le donne aux hydropiques
avec la centaurée, ou dans une figue fendue en deux,
pour procurer des évacuations alvines.
« Quelques-uns l'ont donné aux asthmatiques pilé dans
du lait.
« Praxagore le fait prendre dans du vin contre la jau-
nisse, et dans de l'huile et de la bouillie contre l'iléus;
il en fait aussi un topique contre les écrouelles. Les
anciens le donnaient cru aux fous; Dioclès l'a donné
bouilli aux phrénétiques. Contre les angines, il est bon
pilé, en application ou en gargarisme. Trois gousses
d'ail pilé dans du vinaigre diminuent la douleur des
dents, » etc., etc.
Eu un mot, si nous en croyons Pline, l'ail guérit toutes
les maladies.
Il termine ainsi : « Il est soporifi([ue, et, en général,
il donne au corps une couleur plus vive. Il est aphrodi-
110
LE NATURALISTE
. siaque, pilé avec de la coriandre fraîche et bu dans du vin
pur.
« Les inconvénients de Tail sont d'affaiblir la ^Tie, de
causer des vents; de faire, pris en trop grande quantité,
mal à l'estomac et de donner la soif. Du reste, mêlé avec
le blé et donné comme aliment aux poules et à la volaille,
il les préserve de la pépie ».
Dioscoride (tes six livres de la matière médicale, liv. II,
oh. CXLv) nous déclare que :
« L'ail domestique est de deux espèces : l'une, nais-
sant en Egypte, n'a qu'une tète, comme le poireau; elle
est petite et douce, do couleur pourpre; l'autre, naissant
en divers autres lieux, est gros, blanc, et pourvue de
plus d'épis. Il y en a une autre sorte, que les Grecs
appellent 'OçiooxopoSov, c'est-à-dire ail serpentin. Tout ail
est aigu, il échautl'e, il pique, il fait aller à la selle; il
émeut et trouble le corps ; il desséche l'estomac, il altère,
il engendre des vents, il exulcère la peau et nuit à la vue.
« L'ail sauvage agit de la même manière. L'ail, mangé
dans la viande, chasse du corps les vers larges; il pro-
voque l'urine et guérit les morsures de la vipère et les
hémorroïdes plus que tout autre médicament: mais il
faut le prendre broyé avet.- du vin. Il clarifie la voix »,etc.,
etc., etc.
M. Elianus Macer Floridus, dans son ouvrage De viri-
bus herbarum (Des vertus des herbes), écrit en vers, répète
tout ce que les anciens ont dit sur l'ail : c'est du Pline mis
simplement en vers. Son livre a été traduit en vers fran-
çais, en 1588, par « Luc.\S Trembl.iy, parisien, profes-
seur es bonnes sciences mathématiques, demeurant à Paris,
diSdié au très chrestien Roy de France et de Pologne, Henry
troisième de ce Jiom. Rouen, 1588, in-12.
Voici ce qu'on peut lire, pages 45 et suivantes, au
livre V :
Scordéon, en grégeois, sont des aul.x en françois.
Les sçavants médecins ont dit, tous d'une voix,
Que l'ail est chaut et sec, iusqu'au degré quatrième.
La morsure il guérit des sei-pens, et e.xtrême
Remède il est au mors du traitre scorpion,
Soit qu'on le mange ou bien qu'on en fasse onction.
Et iceluy estant mis en forme d'emplastre.
Broyé avec du miel sur la playe noirastre
Que le chien cholérique a fait avec ses dents,
Il la guérira tost. Et les vers qui dedans
Le ventre sont groillans, la seule odeur les chasse ;
Et si la rauque toux es poumons a prins place,
Il faut manger des aulx pour la faire en aller.
Et si en eau de miel vinaigre on veut mesler
Pour cuire avec des aulx, et puis de cela boire,
Vers du corps, teigne, poulx, en mourir on peut croire.
Mais si en huyle avec leur tronc iceulx on cuit,
Et en forme d'onguent de cela on enduit
Les morsures, combien qu'elles soient pestiférés,
On en reçoit santé. Tels onguents salutaires.
Sont à ceulx qui vexés sont d'extrême douleur
De vessie, et qui ont en icelle tumeur.
Aussi le corps rompu de coups, de meurtrisseure.
Recouvrera santé par une telle cure.
Etc., etc., etc.
Parmi les superstitions inspirées par l'ail, je n'aurais
garde de passer sous silence celle dont Plutarque s'est
fait l'écho dans ses Symposinques, livre II, question vu.
Du Rémora : « la pierre d'aimant n'attire plus le fer si
elle a été frottée d'ail. »
Au nombre d'autres, signalées par A. de Gubernatis
dans sa Mythologie des Plantes (i), tome II, p. 8, je
relèverai celles-ci :
(1) Paris, 1882, 2 vol. in-8".
« A Bologne, l'ail est considéré comme un symbole
d'abondance; tout le monde en fait provision à la Saint-
Jean pour éloigner les 'malheurs de la pauvreté; d'où est
venu le proverbe :
Chi'n compra i ai al de Ban Zvan
E povret tôt gl'an. »
En iSicile, selon le même érudit mythologue, on place
des gousses d'ail sur le lit de l'accouchée, et l'on fait trois
signes de croix avec cet ail pour éviter le polype.
A Cuba, notre liliacée est employée contre la jaunisse;
on prend treize gousses d'ail qu'on enfile le long d'une
ficelle pour s'en faire un collier qui doit être porté pen-
dant treize jours. Au milieu de la nuit qui suit le
treizième jour, on va à la croisée de deux routes, et l'on
jette son collier au loin, sans regarder derrière soi. On
rentre à la maison complètement guéri.
Jadis, en Provence, pour exprimer combien peu valait
un objet, un travail, etc., on disait que cela " ne valait
pas un ail ».
Un sirventes. cui motz non falh.
Ai fag, qu'anc no m'costet U7i alh.
« J'ai fait un sirvente auquel ne manque aucun mot,
et qui jamais ne me cotita un ail ».
(Bertr.\nd de Born", Vn sirventes).
(■Voyez de nombreux autres exemples dans la Biblio-
thèfjue de l'École des Chartes, 3« série, tome III, p. 213.)
Notre La Fontaine aimait-il l'ail? Ses innombrables
historiens ont négligé de nous le dire. Dans le doute, je
citerai néanmoins deux passages de ses œuvres où il
nous montre cette plante comme exhalant une fort maju-
vaise odeur et étant d'une digestion difficile (surtout
lorsqu'on en fait une consommation anormale) :
Dans la fable vu du livre VII : la Cour du lion, nous
lisons :
Le singe approuva fort cette sévérité,
Et, flatteur excessif, il loua la colère
Et la griffe du Prince, et l'antre, et cette odeur;
Il n'était ambre, il n'était fleur
Qui ne fiït ail au prix
Et dans ses Contes, l" Partie, conte xi [Conte d'un
paysan qui avait offensé son Seigneur), on voit un pauvre
diable condamné à choisir entre trois peines, dont l'une
consiste à manger trente aulx sans boire ; c'est celle-là
qu'il choisit, et mal lui en prend.
E. Santim de Riols.
LES FOURMIS
Les fourmis ont au plus haut point excité l'intérêt des
peuples; leur intelligence, leur assiduité, ont depuis
l'antiquité attiré l'attention des observateurs. Il nous
faudrait ici un gros volume pour nous étendre sur leur
façon de s'alimenter, sur leur talent d'architecte, leurs
moyens de communication entre elles, leur intelligence,
leurs combats, leur utilité, etc., etc. Nous allons au-
jourd'hui nous occuper de quelques observations faites
par les plus distingués spécialistes sur l'intelligence de
ces petites bétes.
L'activité des fourmis est remarquable, et l'innom-
LE NATURALISTE
111
bnihle quantité d'ouvrières d'une fourmilière qui, cliaque
jour, s'en vont au travail, surpasse toute imagination;
chaque fourmi a son labeur tracé, l'ordre règne dans la
petite république, les ouvriers sont syndiqués, chacun se
dévoue pour la cause publique.
Chaque être, chaque fois ([ue besoin est, prodigue ses
soins et se mettrait en quatre pour tous ceux qui appar-
tiennent non seulement à sa famille, mais même à sa
société.
Un seul souci chez les fourmis : être aussi utiles que
possible à la communauté et fournir quotidiennement
la dose de courage nécessaire aux besoins do la cause.
Pas de régisseur chez elles, le travail est libre; c'est
donc par agrément et par instinct du devoir qu'elles le
font.
Sans cesse sur la brèche, jamais elles ne chôment.
Attaquées dans leurs excursions, loin de fuir, elles
sont fières, elles luttent courageusement; elles attaquent
même parfois, pour être utiles à leurs camarades, des
animaux d'une taille bien supérieure à la leur, et qui,
malgré leur grandeur, ne peuvent résister à un aussi
turbulent visiteur : c'est ainsi qu'elles forment un voisi-
nage dangereux pour les ruches dont elles affectionnent
particulièrement le miel.
Les fourmis, à côté de cela, laissent voir des pen-
chants prédominants; c'est ainsi qu'on en rencontre qui
sont très colères, d'autres très haineuses, mais souvent
elles sont fort dévouées; entre amies, elles se prêtent
presque toujours aide et assistance.
Laissons d'ailleurs à ce sujet la parole à M. Ébrard,
qui fit sur ces insectes de si intéressantes observa-
tions : « Un jour, prenant une fourmi et la fixant sur une
planche au moyen d'une épingle, je vis ses compagnes
venir autour d'elle la palper en tous sens, échanger avec
elle des attouchements d'antennes et tourner autour
avec une vivacité inquiétante et un trouble indescrip-
tible; elles ne tardèrent pas à s'apercevoir de l'obstacle
qui la maintenait immobile, et elles firent de vains
efforts pour arracher l'objet de ses douleurs. Toutes ses
compagnes étaient présentes pour prêter une assistance
charitable à cette malheureuse prisonnière.
'I Une autre fois, coupant les antennes à une fourmi de
la même colonie, je la relâchai ensuite au milieu de sa
société ; elle marcha à l'aveuglette et semblait ivre, ne
sachant où diriger ses pas; elle paraissait folle. Ses
amies s'empressèrent autour d'elle, palpèrent ses bles-
sures, essayèrent de la calmer, et finalement la dirigeant
par une de ses pattes de devant, la firent tranquillement
rentrer au logis.
« Peu de temps après cette expérience, j'essayai de
couper une patte do devant à une habitante de la même
fourmilière : ses compagnes s'approchèrent d'elle, lui
léchèrent sa plaie, et finalement la prenant par les an-
tennes et les mandibules, la transportèrent dans ses pé-
nates. »
Un autre trait de secours mutuel montre bien à quel
point, chez ces animaux, cet instinct se trouve déve-
loppé :
Une fourmi s'était par mégarde un peu éloignée de sa
demeure, et la nonchalance de sa démarche dénotait
bien chez elle une grande fatigue; elle vint à rencontrer
une de ses compagnes qui, prise de pitié en vue du
pauvre petit être qui souffre, la prit sur son dos et la
ramena avec bienveillance jusque chez elle.
On ne saurait non plus mettre en doute la mémoire de
ces insectes; l'expérience la plus probante à ce sujet et
si souvent répétée par nos plus infatigables observateurs
consiste à enlever une fourmi à ses amies pendant plu-
sieurs semaines ; quand vous les réunissez à nouveau,
elles manifestent une joie inconcevable, et avec leurs
antennes se font les caresses les plus douces.
Lubbock eut l'idée ingénieuse, pour étudier leur degré
d'intelligence, de choisir un objet qui put leur être de
quelque agrément et de placer entre lui et elles un
obstacle qui nécessitât le déploiement d'une certaine
dose d'intelligence pour arriver à être surmonté.
Dans ce but, il prit une tasse de porcelaine qu'il
remplit de nourriture et la plaça sur une i.Iaque de verre
entourée d'pau, mais accessible aux fourmis par un
léger pont en papier. Celles-ci prirent vite l'habitude
d'aller chercher leurs provisions dans ce garde-manger
improvisé; quand elles y furent bien habituées, il dé-
rangea un peu le pont, de façon que les animaux
ne puissent plus atteindre leur friandise; elles vinrent
néanmoins par habitude jusqu'aux bords de l'abîme et
firent des efforts inouïs pour arriver à franchir ce préci-
pice. N'y arrivant pas, elles retournèrent confuses au
nid; puis, au bout d'un quart d'heure environ, elles
revinrent à l'assaut et finalement l'une d'elles eut l'idée
de pousser le brin de papier, et le pont fut rétabli.
Parfois, encore, ayant placé des morceaux de frian-
dises au-dessus du nid, une ouvrière eut l'ingéniosité
d'aller les chercher, et, pour s'épargner des voyages
inutiles, de les jeter d'en haut à des compagnes qui se
trouvaient en bas.
Une autre fois, ayant placé une fourmi sur une plate-
forme d'où elle ne pouvait descendre, j'ai voulu voir
comment elle arriverait à se tirer d'affaire: bientôt, une
vingtaine de compagnes entouraient l'exilée et cher-
chaient un moyen de la sauver. Une d'elles, finalement,
se leva sur ses pattes de derrière, appuya ses pattes
antérieures sur le plateau où était la prisonnière et
constitua ainsi un pilier par où celle-ci put s'échapper.
Léon Flameng.
Répertoire étimologiqye des noms français
ET DES DÉNOMINATIONS VULGAIRES DES OISEAÏÏX
[Suite)
Tonrterellc. — On admet généralement que ce mot a été
formé du nom latin de ces Oiseaux, Tiii'tiir, qui dériverait du
grec trudzo (murmurer). « Quelques-uns veulent faire dériver
ce mot de l'hébreu Tor, qui est le nom de la Tourterelle. »
(.•Vldrovande.)
Tragopan. — Nom donné i des Gallinacés [Cerioimia) qui
habitent l'Himalaya et les montagnes du sud de la Chine.
BulTon avait décrit ces Oiseaux sous les noms de Sapaul et de
Faisan cornu, parce qu'on les trouve au Népaul et qu'ils ont
les yeux surmontés d'un appendice charnu en forme de corne.
Le mot Trar/opan a été formé du mot grec Iragos (bouc) et de
Pan, nom mythologique, par allusion à la tête de ces Oiseaux,
qui semble ornée de cornes comme celle du dieu Pan. C'est
pour le même motif qu'une espèce a été nommée Tragopan
Satyre.
Traînc-Baisson. — Surnom donné à l'Accenteur rnouchet
ou Fauvette d'hiver (Accentor modularis), parce que cet Oi-
seau passe l'hiver en France et qu'en cette saison on le ren-
contre partout dans les haies et les buissons.
Trappiste. — Nom donné i des Oiseaux de la famille des
Bucconidés {ifonasta), à cause des couleurs brunes de leur
plumage, qui rappelle le costume des Trappistes.
90
LE NATURALISTE
Traqnet. — Cet Oiseau {Pratincola ruhicola) a reçu le
nom de Tmqiiet, parce qu'il est toujours en mouvement et ne
se pose à l'extrémité des branches que pour quelques instants,
pendant lesquels il ne cesse de soulever les ailes. « Et parce
qu'il est ainsi inconstant, on l'a nommé un Ti'aquel. Et
comme un traquet de moulin n'a jamais de repos pendant que
la meule tourne, tout ainsi cest Oyseau inconstant remuie tou-
jours ses œlles. » (Belon.)
Travailleur. — Surnom donné par les oiseliers à un Pas-
sereau de la famille des Plocéidés [Quelea sanr/uinii-ostris),
connu dans l'Afrique occidentale sous le nom de Diocli. Cet
Oiseau a reçu le pom de Travailleur, parce qu'en captivité il
ne cesse de ^travailler, si on lui fournit du fil et de l'étoupo
dont il garnit les barreaux de sa cage, construisant et recom-
mençant sans cesse son travail.
Troglodyte. — Nom tiré du grec et donné à un petit Pas-
sereau {Troglodytes parvulus), que l'on confond fréquemment
avec le Roitelet. « Dans le choix des dénominations, celle qui
peint ou caractérise l'objet doit toujours être préférée; tel est
le nom do Troqlodyle, qui signifie habitant des antres et des
cavernes, que les anciens avaient donné à ce petit Oiseau et
que nous lui rendons aujourd'hui; car c'est par erreur que
les modernes l'ont appelé Roitelet; cette méprise vient de ce
que le véritable Roitelet, que nous appelons tout aussi impro-
prement Poul ou Souci huppé, est aussi petit que le Troglo-
dyte. » (Btiffon.)
Troupiale. — Nom donné à un genre de Sturnidés [Afje-
taïus), à cause de leurs mœurs sociables, ces Oiseaux vivant
en troupes pendant toute l'année.
Tiirvert. — Buffon a donné ce nom à une Colombe (Clial-
cophaps Indica), qui habite les iles de la Sonde. » Nous don-
nons le nom de Turverl i un Oiseau vert, qui a du rapport
avec la Tourterelle, mais qui nous paraît être d'une espèce
distincte et séparée de toutes les autres. » (Buflfon.)
Tyran. — Nom donné à des Passereaux [Tyrannus), à cause
de leur acharnement à poursuivre les autres Oiseaux et même
les Mammifères. « Le nom de Tyran, donné à des Oiseaux,
doit paraître plus que bizarre; ici, cette dénomination a été
donnée non seulement à la tète huppée ou couronnée, mais
encore au naturel qui commence à devenir sanguinaire. »
(Buffon.)
l]
Vrnbitinga. — Nom brésilien conservé par les ornitholo-
gistes à un genre d'Aigle [Morphnus), qui habite l'Amérique
du Sud.
Urubu. — Ce Vautour {Catliarles aura) avait reçu des pre-
miers Espagnols établis en Amérique le nom de Gallinazo, à
cause de sa ressemblance extérieure avec le Dindon. Les indi-
gènes du Paraguay le nomment Ouroubou, d'où est venu le
nom d'Urubu. Ces Oiseaux se nourrissent de tous les détritus
abandonnés dans l'intérieur des villes. " Sans eux, la capitale
du Pérou serait l'endroit le plus malsain de la contrée; l'auto-
rité no fait absolument rien pour entretenir la propreté des
rues; des milliers de Gallinazos yiyanl des ordures qu'on y
jette, et ils sont si peu craintifs qu'on les voit, sur le marché
de Lima, courir au milieu de la foule la plus compacte. »
(Tschudi.) C'est pour ce motif, sans doute, que les colons fran-
çais leur ont donné le nom de Marchaml, sous lequel ils ont
été décrits par Buffon. Leur nom scientifique (Calliarte) leur
a été donné, à cause de la nourriture qu'ils recherchent.
■Voyez le mot Calharle.)
'Vanneau. — Nom tiré du latin Vanellus et donné à cet
Échassier d'après les mouvements de ses ailes, qui agitent l'air
comme un van. « Le Vanneau parait avoir tiré son nom, dans
notre langue et en latin moderne, du bruit que font ses ailes
en volant, qui est semblable au bruit d'un van qu'on agite
pour purger le blé; son nom anglais Lapwing a le même rap-
port au battement fréquent et bruyant de ses ailes. Les Grecs,
outre les noms A'JEx et d'.Uga, relatifs à son cri, lui avaient
donné celui de Paon sauvage, à cause de son aigrette et de ses
jolies couleurs. » (Buffon.)
{A suivre). Albert Gkanger.
OFFRES ET DEMANDES
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recevoir un ou deux furets vivant en peau ou montés, en
échange de mammifères, oiseaux, etc., montés ou en al-
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blement préparées, ayant conservé leurs couleurs, bien
nommées : 70 francs.
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longicorne du Mexique : 4 francs.
— i lot de 109 espèces de coléoptères de Java, en par-
tie nommés : 40 francs.
— Mousses européennes, bien déterminées à vendre à
la pièce. Envoyer desiderata.
— A vendre quelques exemplaires de la rare coquille :
Ceres Salleana du Mexique.
— 1 lot de coléoptères de France bl2 espèces, bon état,
bonne détermination : 70 francs.
— 1 belle paire d'OrnithopteraPriamusAmboine : 30 fr.
— Quelques beaux exemplaires de Papilio Ulys-
ses :8 francs.
— 1 lot de 300 espèces de Chrysomélides européennes,
400 exemplaires. Ce lot contient de rares espèces.
Excellente occasion : 12o francs.
— Une belle collection de fossiles des sables nummu-
litiques du Soissonnais contenant 8b espèces, et
150 exemplaires : 40 francs.
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563 espèces bien déterminées : 450 francs.
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S'adresser pour ces lots à « Les Fils D'Emile Dey roUe «,
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LES FILS D'EMILE DEYROLLE, ÉDITEURS
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Le Gérant: Paul GROULT.
Paris. — Imprimerie F. Levé, rue Cassettie, 17.
19' ANNÉE
2' SÉRIE — RI» «-4Î2Î
15 MAI 1897
LES TRILOBITES
{Suite et fin).
Les Trilohili's mit oto longtemps rungés il;tns uu or-
<liT faisant pui-tie, pour certains paK'ontolofiistes, soit
des Entomostracés, soit des MalacostracOs. M. Beecher,
ainsi que nous l'avons dit précédemment, les considère
comme formant une classe d'importance égale à colle
des Malacostracés et des Entomosatracés. On ne saurait
trop attirer l'attention sur les faits qui ont servi do liase
a la nouvelle classification de M. Deeclior, car ils ont
une haute portée philosophique. Le savant paléontolo-
giste américai'i a, en effet établi sa classification en
tenant compte dos caractères embryogéniques et onto-
géniques ]>résontés par ce groupe de Crustacés fossiles.
, .Aprèi^ ,i\oir.étudié .l.'é,\;oJHti,9]î des organes des Trilo-
liites, en particulier les parties constitutives de la tcte,
M Beecher montre que les joues mobiles et les yeux ont
dû subir pendant leur développement une véritable mi-
gration de la face ventrale à la face dorsale. Les figures
1 et 4 ])ermetteut de constater ce fait dans le genre Sao.
On voit, en cllèt, qu'au stade protaspis, le genre Sao ne pos-
sède pas de joues' mobiles dorsales. A ce stade la tète de
2 Sao
3 Sao
1 Sao
5 Dalmanites
Dalraanltes
Dalnianites
9 Agnostus
Fig. 1.
ce genre peut être comiiarée à celle d'un individu adulte
A'Agnostrus. Mais, dans les stades ultérieurs, les joues
moliiles commencent à s'esquisser et à empiéter de plus
en plus sur la face dorsale. — Les mê-
mes faits peuvent s'observer égalemeut
dans le développement du genre Dal-
manites (fig. S-8).
Les matériaux possédés par les pa-
léontologistes américains leur ont per-
mis, grâce à leur belle conservation,
de ]iouvoirconnaitre le développement
d'un grand nombre de genres de Trilobites. L'ensemble
des faits considérés permet de conclure ([ue ce sont les
formes les plus anciennes au point de vue géologique et
les moins élevées en organisation qui ])résentent les joues
mobiles à la face ventrale; ([ue ce sont, au contraire, les
espèces les plus récentts et les moins élevées en orga-
nisation ([ui possèdent les joues mobiles à la face dor-
sale.
Il y a un parallélisme complet entre l'ontogénie et
l'embryogénie des espèces de ce groupe.
L'évolution des joues mobiles et des yeux ]iermct éga-
lement de leur attribuer la valeur d'un somite, de sorte
que la tète d'un Trilobite iiourrait être envisagée contrai-
Le Naturaliste, 46, rue du Bac, Paris.
Le 2«
Le 3=
Le 4=
Le u«
Le O"
Le 7«
rement aux indications fournies par les .traités de paléon-
tologie, comme formée de sept segments :
Le 1"' est représenté par l'hyjiostome.
— les yeux, les joues mobiles et
l'épistome.
— lo lobe antérieur de la glabelle
et la l" paire d'antennes.
— le 2" lobe de la glabelle et la
2" paire! d'antennes.
— le 3" lobe de la glabelle, et les
mandibules.
— le 4" lobe de la glabelle et la
1" paire de mâchoires.
— 5° lobe de la glaliollc ou lobe
occipital, et la 2'' paire de
mâchoires.
Des considérations qui précèdent. M. Bi'oclier conclut
que la position des yeux et des joues mobiles doit consti-
tuer un caractère de premier ordre dans la classifica.tjpj3^^^^^^.j^j|,^^,^
des Trilobites. Les joues moliiles étant ventrales dans
les larves des Trilobites les plus élevées en organisation
et devenant ensuite dorsales, les genres qui possèdent les
joues ventrales à l'état adulte devront être regardées
comme des genres primitifs. Les autres caractères con-
cordent d'ailleurs avec cette manière de voir.
M. Beecher groupe ainsi les Trilobites :
1" Ordre des IIvpoparia.
Genres caractérisés par des joues
mobiles placées à la face ventrale et
bien développées (fig. 9-13).
Cet ordre comprend les familles
suivantes :
1. Agnostidœ. 3. Trinucleidae.
2. Harpedidaî.
Les autres genres de Trilobites
présentent deux types distincts de
structure céphalique basés sur l'é-
tendue et la position des joues mo-
biles. Dans ces deux types, les joues
mobiles forment une partie importante de la tête et ne
sont prolongées sur la face ventrale que par imo simple
doublure enveloppant les bords.
4 Sao
Fig. 2. — Hippoparia.
Les joues peuvent être seulement séparées par le cra-
nidium (Gtychoparia, fig. 16) ou par le cranidium et l'épi-
stome {Iltxnus, fig. 19) ou bien elles peuvent être réunies
et continues comme dans Dalmanites (fig. 30).
2° Ordre des OPiSTHOP.iUiA.
Les espèces de cetordi-eont des joues mobiles compre-
nant l'angle et les pointes gênales et entamant jilus ou
moins les plèvres du segment occipital. Cet ordre ren-
ferme un grand nombre de genres répartis dans les
familles suivantes (fig. I4-2S) :
1. Couocroypheid;e. '.>. Bronteida'.
2. Ole^idœ. 6. Lichatida\
3. Asaplvid;e. 7. Acidospithe.
4. Proétida'.
114
LE NATURALISTE
3° Ordre des Proparia.
L'ordre des Proparia renferme les formes dans les-
quelles les plèvres du segment occipital appartiennent
complètement aux joues fixes. Les joues mobiles sont
donc séparées du cranidium par des sutures coupant les
bords latéraux de la tète en avant des angles génaux
(fig. 24-33) :
Les familles composant cet ordre sont les suivantes :
i. Encrinuridœ. 3. Cheiruridu'.
2. Calymenidœ. 4. Phacopida-.
Les Hypoparia et les Opisthoparia se trouvent dans le
NOUVELLE DIVISION DES CORPS ORGANISÉS
EN TROIS RÈGNES
19 Illsnus
21 Bronteus
■22 Uchas
23 Acidaspis
Fig. 3. — Opisthoparia.
24 riacoparia
26 Encrinunjs
26 Calymene
27 Dipleura
28 Cheirurus
31 Chasinops
Fig. 4. — Proparia.
Cambrien, mais les premiers sont probablement à
l'apogée de leur développement dans le Prècamlirien,
tandis que les seconds s'épanouissent surtout dans le
Cambrien.
Les Proparia n'existent qu'à partir de l'Ordovicien
dans lequel ils offrent leur plus grande extension.
De ces trois ordres, ce sont les Opisthoparia qui ren-
ferment le plus grand nombre de formes (150 genres
sur 230) et ce sont également ceux qui ont ladurèe la plus
longue, car ils se montrent depuis le Cambrien juscju'au
Permien.
La conclusion générale à tirer des faits qui précèdent,
c'est que les Trilolntes, qui constituent aujourd'hui un
des groupes les mieux connus au point de vue paléonto-
logique, ont une histoire géologique coïncidant, dans ses
grandes lignes, avec leur hishiire embryogénique. C'est un-
fait nouveau de plus important, à ajouter en faveur de la
doctrine de révolution.
Ph. GL.iNHiE.iUD.
Depuis l'apparition de la théorie cellulaire la science a
marché à pas de géants de découvertes en découvertes,
elle s'est enrichie d'espèces inconnues en nombre incal-
culable ce qui a permis de voir pour tous les êtres le plan
général de leur organisation.
Ce nombre d'espèces, ce progrès rapide de la science
ont jeté le trouble dans les classifications des corps orga-
nisés; sans attendre on a voulu,
après avoir détruit une partie du
passé, édifier à nouveau. Aussi de-
puis trente ans des classifications
nouvelles ont surgi de toute part;
mais, hélas! on trouve chez elles
beaucoup plus de mots inconnus
que d'harmonie.
J'ai vu, en travaillant dans l'ombre,
couler les idées de ce déversoir
scientifique, et j'ai souvent saisi au
passage celles qui me paraissaient
les moins échevelées.
La division que je propose des
corps organisés en trois règnes n'est
donc pas un produit de mon ima-
gination, mais le 'résultat du progrès
accompli dans les sciences natu-
relles depuis un demi-siècle.
J'avais déjà cette division dans
l'esprit, etje cherchais les caractères
de ces trois groupes lorsqu'ajjparut
le règne des Prolistes étaldi par
Hoeckol. Enfin douze ans après l'ap-
parition de ce travail ra'apparurent
tout à coup dans le feu d'une dis-
cussion les caractères que je cher-
chais depuis tant d'années.
Afin de faire saisir nettement et sans efforts ces carac-
tères, je vais en quelques mots analyser le corps humain.
L'homme étant de tous les êtres celui dont l'organisation
est la plus complète et la mieux connue, en le prenant
pour type, je serai compris de tout le monde.
L'organisation du corps humain, qui parait si compliquée
se réduit cependant à bien peu de chose, si.fon considère
la simplicité des actes accomplis par de si nombreux
organes, puisque tout se réduit à entretenir la vie, repro-
duire l'espèce et diriger les actes de la vie.
Je désigne sous le nom de système vital l'ensemble des
organes destinés à l'entretien de la vie, celui de système
reproducteur à l'ensemble des organes mâles et femelles
et au produit du mélange de leur sécrétion, et j'ai con-
servé le nom de système nerveux pour les organes qui pré-
sident aux fonctions de la vie végétative et aux relations
de la vie animale.
Le système vital comprend : l'appareil digestif, des-
tiné à la préparation des substances alibiles ; l'appareil
musculaire, qui permet de courir après les aliments;
l'appareil d'absorption, qui trie dans le bol alimentaire
préparé les substances nécessaires au besoin de l'écono-
mie ; l'appareil do la circulation, qui distribue les .-ubs-
tances dans toutes les parties du corps. Il faut joindre à
.33 Phacops
LE NATURALISTE
115
tous ces appareils celui de la respiration pour l'absorp-
tion (le l'oxygène, gaz aussi indispensable à la vie ([ue les
li(iuides nutritifs préparés et absorbés par les autres appa-
reils; on voit par cette succincte exposition la niasse
énorme occupée chez les animaux par le système vital.
Les systèmes reproducteur et nerveux sont formés
d'organes assez connus pour nie dispenser d'en faire
rénumération.
Chez tous les animaux dont on a fait l'étude des organes,
on trouve bien distincts, mais à des degrés divers de per-
fectionnement ou de simplicité, les trois systèmes d'or-
ganes pour présider au fonctionnement des trois attributs
de la vie : l'absorption pour son entretien, la reproduc-
tion pour la perpétuer et l'excitabilité pour la guider et
régulariser ses fonctions. J'emploie ce mot excitabilité
au lieu de celui de sensibilité, attendu que pour moi toute
matière vivante est excitable et que les animaux seuls
perçoivent des sensations.
Si l'on descend des animaux aux plantes phanérogames,
ce qui frappe surtout, c'est la disparition complète du
système nerveux, et ensuite la simplification du système
vital. De l'appareil digestif des animaux on ne retrouve
jdus de trace et les végétaux puisent directement dans
le sol leurs matières nutritives avec leurs radicelles or-
ganes analogues aux vaisseaux cbylifères des animaux.
Leur système reijroducteur, sauf la nature des tissus, est
al)Solument le même que celui des animaux.
En descendant encore plus bas dans la série des êtres,
on voit disparaître le système reproducteur des animaux
et des phanérogames, et l'on se trouve alors en présence
de corps vivants qui n'ont plus que le système vital.
Je sens l'objection et avant qu'elle ne sorte de la pensée
du lecteur, je vais y répondre ou plutôt laisser ce soin
à Linné, Jussieu et de Candolle.
Linné répond : Il y a des végétaux avec des organes
reproducteurs apparents et d'autres cachés, phanérogames
cryptogames.
Jussieu répond : Il existe de la matière reproductrice
avec ou sans cotylédons, acotylédones — mono et dico-
tylédones.
De Candolle répond : Les plantes ont ou n'ont pas
d'embryon incmbryonis — embryonis.
Si l'opinion de ces trois savants n'était pas sufQsanteon
pourraitajouter que les végétaux phanérogames se repro-
duisent à l'aide de trois individualités, le mâle, la femelle
et le germe. Ce mode de reproduction se trouve donc
représenté par le cbili're 3.
Chez les cryptogames au contraire, c'est une partie où
s'est concentrée la vie, et l'élément reproducteur qui se
détache pour continuer et perpétuer l'espèce. Il n'existe
donc là qu'un individu qui transmet la vie à son sem-
blable en se divisant ; le chifl're 1 répond par conséquent
à ce mode de reproduction.
On a cherché dans les cryptogames des organes repro-
ducteurs analogues à ceux des phanérogames, et l'on est
arrivé à quoi':" A assimiler certaines cellules vibratiles aux
vibrions du sperme. Le mot de spermatozoïdes donné à ces
cellules parles Allemands est, je pense, assez significatif.
Du reste, ainsi(iue jel'expliquerai dans un travaildont
un prochain voyage m'oblige à interrompre l'impression,
les phanérogames, indépendamment du système repro-
ducteur qui leur est commun avec les animaux, ont con-
servé le mode de reproduction des êtres cellulaires.
Certainement, en étudiant la reproduction des crypto-
games, il semble que la nature sesoit préparée àla géné-
ration sexuée. Elle a essayé de tant de modes pour cette
tentative qu'elle semble s'être livrée à une véritable dé-
bauche avant de marcher d'un pas ferme et assuré.
Ce que je_ viens de dire des cryptogames s'apidifjue
également a plugieurs zoophytes tels que les polyjies et
les éponges et à. tous les Protistes. Ces trois groupes
do corps cellulaire's sont si peu distincts qu'on trouve un
très grand nombre d'espèces qui vont de la botanique à la
zoologie et vice versa quand elles no sont pas placées à
la fois dans ces deux branches de l'Histoire naturelle.
Cette incertitude est non seulement compréhensible
mais rationnelle puisque tous ces êtres possèdent le
même mode d'organisation et qu'ils en sont réduits au
système vital. Il est vrai que ce système vital comprend
l'élément reproducteur ou une matière reproductrice.
Mais il n'est pas douteux que l'élément ou la matière
nerveuse s'y trouve également réunis, et qu'elle ne se
sépare de la masse commune pour former un organe dis-
tinct le sytème nerveux du règne animal. L'on n'a
pas encore découvert, que je sache, dans la masse des
êtres inférieurs, la matière nerveuse; mais, au moment
où j'écris, on est peut-être sur les traces de cette décou-
verte.
Je résume ma pensée en disant : tous les corps orga-
nisés vivent, se reproduisent et sont excitables; ces trois
attributs de la vie sont certainement représentés par
trois matières de' nature différente. Dans les corps cel-
lulaires, ces trois matières sont mélangées, seulement la
matière reproductrice peut se condenser dans un point
pour rajeunir l'espèce. Chez les phanérogames et les ani-
maux la matière i-eproductrice est formée à nouveau
pour faire revivre l'espèce.
Mais, en histoire naturelle, une classification doit être
faite d'après des caractères apparents et c'est sur ces
caractères que je fonde les trois règnes des corps orga-
nisés :
RÈGNE ANIMAL, avec système vital, système reproduc-
teur, système nerveux;
RÈGNE VÉGÉTAL, avec système vital, système repro-
ducteur ;
RÈGNE CELLULAL, avec Système vital.
J'ai représenté cette division des êtres par la figure
schématique suivante.
Le règne cellulal me parait formé de trois groupes ou
embranchements. Les Protistes, les Zoophytes, les Cryp-
togames. Mais il faudra enlever de ces groupes les es-
pèces qui possèdent un système reproducteur comme
celui des phanérogames et des animaux et, à plus forte
raison, celles qui auraient en outre un système ner-
veux.
Lorsqu'on se trouve en présence d'un animal, qu'il
soit couvert de poils, de plumes ou d'écaillés, s'il montre
des mamelles, sa place est toute trouvée et sans hésita-
tion on le range avec les mammifères.
Il en sera ainsi pour les trois règnes que je viens de
fixer : si l'on rencontre un corps vivant avec un système
nerveux et un système reproducteur, on le placera parmi
les animaux ; si le système nerveux manque et qu'il soit
pourvu du système reproducteur, on le groupera avec les
végétaux ; enfin, si c'est un eunuque, on le laissera à la
porte du harém dans le groupe des cellulaux.
Ce qui me surprend sans en être étonné, car l'esprit
trop souvent se perd dans les nuages des théories, c'est
de rencontrer parmi les animaux des êtres, qui sont de
beaucoup inférieurs aux végétaux et de voir qu'on a in-
116
LE NATURALISTE
terrompu la chaîne de la série des êtres si évidente lors-
qu'on en suit les développements progressifs, pour en
faire deux chaînons rivés à l'un des houts, Pauvre Dar-
win, si tu vivais encore, que dirais-tu de tes. disciples ?
D'^'JOUSSEAUME.
NOTES SUR L'HIVER DE 1894-1895
Dans le département des Côtes-du-Nord
[Suite)
L'influence dit froid sur les oiseaux. — Les oiseaux
doivent souffrir de l'abaissement de la température beau-
coup plus que les autres vertébrés. D'abord leurs dépla-
cements aériens augmentent considérablement l'intensité
du froid qu'ils éjjrouvent extérieurement, puis l'air, arri-
vant pour ainsi dire dans tout l'organisme, jusque dans
les os, les pénètre intérieurement. La température du
corps des oiseaux est élevée, 40° à 41" centigrades, plus
élevée par conséquent que chez les autres animaux : la
différence entre leur température et celle de l'air am-
biant produit donc un écart énorme dont les effets sont
naturellement funestes. Pour conserver leur chaleur, les
oiseaux hérissent leurs plumes afin d'augmenter la couche
d'air, mauvais conducteur de la chaleur, emprisonnée
par le duvet qui garnit la peau et la tige des plumes ; ils
se trouvent ainsi entourés d'un véritable édredon. Pour
garantir l'extrémité desailes et des pattes, parties fort dé-
licates, éloignées du cœur, osseuses et non revêtues de
muscles, ils ramènent les longues plumes des flancs sur
ces organes qui, exposés à l'air glacé, seraient bientôt
gelées. Mais s'ils peuvent se garantir extérieurement du
froid ; pour respirer et gonfler les sacs aériens indispen-
sables pour le vol, ils sont obligés de se laisser pénétrer
intérieurement par l'air froid, aussi est-il à remarquer que
pendant les grands froids, les oiseaux volent bien plus
lentement, sans énergie, silencieusement, etqu'ils ne jiar-
courent que de petits espaces en s'élevaiit le moins pos-
sible au-dessus du sol. La progression aérienne est même
si pénible, si douloureuse pour eux qu'on les voit sou-
vent se laisser tomber tout à coupa terre comme s'ils
avaient été frappés d'un coup de fusil.
La douleur que les oiseaux éjjrouvent à voler par suite
du froid n'est pas la seule cause de la faiblesse de leur
vol, elle résulte encore d'un état pathologique fort cu-
rieux des muscles pectoraux principaux moteurs des ailes.
L'amaigrissementqui résulte d'une nourriture insuffisante,
comme cela a lieu par un hiver dur, n'est pas la seule et
véritable cause de l'atrophie des mucles pectoraux, je se-
rais tenté d'attribuer cet état particulier à l'effet perni-
cieux seul du froid. En effet, chez des oiseaux domes-
tiques, tels que Paons et Pintades, vivant à l'étatcomplet
de liberté dans un grand parc et volant comme des oi-
seaux sauvages, j'ai constaté cet amaigrissement des
muscles pectoraux pendant l'hiver 1894-1893, et cepen-
dant une nourriture saineetabondanteleurétait distribuée
chaque jour comme de coutume. La causJ> de la paraly-
sie, de l'amaigrissement des muscfês^pectoraux serait
donc uniquement due au froid prolongé. Les oiseaux
ainsi privés de leurs moyens de locomotion aérienne,
deviennent incapables de se soustraire aux attaques do
leurs ennemis, de parcouiàr un espace suffisant pour
rechercher leurnourriture habituelle, enfin de gagner une
région où ils trouveraient la chaleur et l'abondance. C'est
ce qui expliquerait la promptitude de la fuite de certains
oiseaux dès l'apparition du mauvais temps, et la détresse
de ceux qui, moins prévoyants, sont restés comme
bloqués dans une localité qu'ils semblent ne plus pouvoir
quitter et où ils finissent inévitablement par jierir.
C'est donc à l'atrophie des muscles pectoraux détermi-
née par le froid qu'il faut attribuer la principale cause
de destruction des oiseaux pendant les grands hivers.
L'alimentation des oiseaux pendant l'hiver. — Quand la
neige couvre entièrement le sol, les oiseaux trouvent
difficilement leur nourriture, qui devient bientôt insuffi-
sante. Si le dégel se fait attendre, c'est pour eux la disette ;
le verglas survient-il, c'est la famine et sa suite funèbre.
Pendant l'hiver 1894-1895 j'ai capturé chaque jour un
certain nombre de merles dans la même localité, et les
ayant pesés et fait une moyenne, j'ai constaté que
chaque jour ils perdaient de leur poids deux" à trois
grammes. Nous savons que l'alimentation insuffisante
cause la mort du sujet quand ce dernier a perdu les
trois dixièmes de son poids initial ; il était donc facile de
prévoir et même de calculer, l'hiver persistant, le moment
où ces oiseaux devaient fatalement succomber. L'alimen-
tation est insuffisante non seulement quand la quantité
des aliments devient trop restreinte, mais encore si le
régime approprié à l'espèce est incomplet, c'est-à-dire
s'il ne se compose pas de tous les éléments nécessaires
à entretenir le renouvellement des tissus, et c'est préci-
sément ce qui se produit dans les circonstances données.
Les merles, les grives, les rouges-gorges, les mésanges,
etc., par exemple, trouvent bien encore des débris de
végétaux, des baies d'arbustes et de plantes, mais l'élé-
ment tiré du règne animal comme les insectes, les
mollusques, fait défaut; c'est pour([uoi ils dépérissent,
deviennent malades, et finalement saisis par le froid
succombent misérablement. Je sais bien qne l'on m'op-
posera que ces oiseaux peuvent s'accoutumer au régime
végétarien, mais d'abord ce n'est pas sans difficulté
quand ils sont adultes, et même pris au nid, beaucoup
succombent, et dans tous les cas ce n'est pas l'hiver
quand ils sont déjà atteints d'un mal déjà trop avancé
pour leur permettre de supporter cette épreuve. C'est
tellement vrai que tous les merles, grives, rouges-gorges
etc., que j'ai capturés pendant l'hiver 1894-1890, mis en
volière et au régime de leurs compagnons de captivité,
sont tous morts. J'ai renouvelé cette expérience plusieurs
fois, et je l'avais déjà tentée lors des autres hivers durs
que nous avons eus, et toujours avec les mêmes résul-
tats.
J'ai constaté, non sans surprise, que* pendant les
grands froids, les merles, les grives, etc., qui se montrent
si friands de vers de terre, d'insectes, et surtout du ver
de farine, délaissent complètement ces aliments et leur
préfèrent les débris végétaux et par-dessus tout les baies
telles que celles de houx, de genévrier, d'églantier,
d'asperge, du lierre, du gui, etc. J'ai voulu m'assurer
jusqu'à quel point cette jjréférence était marquée et j'ai
profité de l'hiver 1894-1893 alors que les oiseaux mou-
raient de faim, pour faire l'expérience suivante :
J'ai amorcé un certain nombre de pièges semblables,
les uns avec des insectes, les autres avec des baies,
changeant alternativement ces amorces dans les mêmes
pièges placés aux mêmes endroits, et invariablement
LE NATURALISTE
117
j';ii toujours pris lU's merli's, des grives, etc., ilans les
pièges amorcés avec des baies, et pas un seul oiseau
dans les iiiéges amorcés avec des insectes. Pour mieux
jugi'i- lie ce qui se passait, j'ai placé sous mes fenêtres
ces pièges et, oliservaut les oiseaux qui venaient s'y faire
prendre, j'ai parfaitement vu que sans hésiter ils allaient
droit au piège amorcé de baies. Enlin j'ai mis dans les
menues pièges des baies et des insectes, et j'ai encore vu
les oiseaux se jeter mvariablement sur les baies. — Que
faut-il conclure de là? Que les oiseaux épuisés par la
famine et le froid ]n-éfèrent les alimwnts dont la digestion
produit une sorte de fermentation alcoolique qui momen-
tanément les soutient et les récbaulVe, mais ne nourrit
pas et ne fuit que tromper leur faim et le besoin de
réparer. Les oiseauxen vinrent à .<<; dévorer entre eux. Ta.nt
que dura ce rude hiver 1894-189:;, les rapaces et les
mammifères carnassiers firent Iiombance; leurs victimes
étaient liien maigres, mais si la ijualité laissait à désirer,
ils se rattrapaient largement sur la quantité qui leur était
offerte sans autre peine que de ramasser pour ainsi dire
leurproie incaiiable de fuiret se défendre. Les pies, les geais,
les corbeaux et même les mésanges se mirent aussi de la
partie. Aussitôt qu'un oiseau pris au piège oublessé poussait
un petit cri de douleur, tous ces [letits bandits emplumés
se précipitaient .sur le pauvre captif et le dévoraient à
l'instant. Les corbeaux freux sont des oiseaux de mœurs
douces et sociables, leur vie est frugale et laliorieuse ;
avec leur gros bec ils piochent sans cesse la terre pour
en extraire des insectes et notamment les larves de
hannetons, leur mets de prédilection; mais par les hivers
rigoureux et neigeux, la nourriture leur faisant défaut,
ils deviennent agressifs vis-à-vis des autres oiseaux et
même des mammifères, ils gobent les pauvres alouettes
transies de froid sur la neige ; on cite des exemples de
lièvres, de chevreuils et même de chiens attaqués par les
freux. A la fin de l'hiver 1894-1895, poussés aux der-
nières limites de la famine, épuisés par le froid, ils en
arrivèrent à se dévorer entre eux. On les voyait perchés
sur les pommiers en bandes nombreuses, les plumes
hérissées, ne se souciant plus de l'approche de l'homme,
leurs petits yeux brillaient d'un éclat féroce, et aussitôt
qu'ils voyaient l'un d'eux s'aifaiblir, tous se jetaient sur
lui, et un instant après il ne restait plus de la victime
qu'un squelette digne du meilleur préparateur.
Le ]iro]iriéiaire d'un château des -environs de "M...,
péniblement impressionné par ces scènes de carnage et
la vue de tous ces sifuelettes gisant tristement sur la neige
qui couvrait la pelouse et les allées de sa iiropriété,
donna l'ordre au jardinier d'enlever ces ossements; il y
en eut plusieurs brouettées !
Destruction des oiseaux pendant l'hiver 1894-1895. —
Pendant cet' hiver les enfants et les ouvriers inoccupés
passèrent leur temjis à tendre des ]iièges de toutes sortes
aux petits oiseaux ; aussi les effets de cette destruction
générale furent-ils désastreux, comme on l'a constaté
plus tard. Pour en donner une idée : un habitant de la
petite ville de X... captura, dans le jardinet de la maison
qu'il habite, quatre cents petits oiseaux en une semaine.
Ces malheureux petits oiseaux étaient si maigres (jne,
renonçant à les rôtir, on fut obligé de les mettre en
ragoût pour en tirer au moins la sauce. Sur les plages,
les bécasses furent massacrées à coups de bâton, et c'est
par centaines qu'elles furent vendues quatre sous la
pièce; c'était encore trop cher pour ce qu'elles valaient
au jioint de vue culinaire. Maintenant un seul exempli'
pour donner en petit une idée de ce ipii ]ieiil se |)asser
en grand dans les campagnes, pour la destruction des
oiseaux : Dans le jian; du château de X... il y avait au
commencement de l'hiver trois couples de grives draines;
une fut prise au piège, la seconde fut tuée au fusil, trois
auii'cs dévorées par un épervier, la dernière disparut sans
([ne l'on sache ce qu'elle était devenue, et l'on s' étonne
ensuite de n(> jilus voir d'oiseaux au printemps suivant!
Les effets de l'hiver 1894-l89o sur la faune locale. —
Depuis l'hiver 1894-189.'j la dimiimtion des oiseaux est
telle que tout le monde en a été frappé, je dirai même
ému et attristé. Je ne i)uis, dans ces notes déjà trop
longues, passer en revue toute la faune locale, je signa-
lerai seulement quelques groupes et quelques espèces qui
ont attiré le plus l'attention. Tous les oiseaux granivores,
tels que pigeons, bruants, chardonnerets, alouettes,
linots, etc., ont ])eaucoup soull'ert ; ils ont été décimés
par les effets du froid et les divers modes de destruction
employés pour les capturer, au point de devenir, sinon
rares, au moins très clairsemés. Les merles, les grives,
les rouges-gorges, les accenteurs et les mésanges sont
les oiseaux qui ont le plus souffert; on cite, maintenant,
les localités possédant encore un couple de ces espèces.
Parmi les disparus : un charmant petit bec-fin, le
pit-chou et le busard Saint-Martin. Depuis que les grands
massifs d'ajoncs ont été gelés pendant cet hiver terrible,
pas un de ces oiseaux n'a reparu ici. Les râles d'eau qui
hivernent dans les bois marécageux ont tous péri, pas un
n'a reparu depuis. Le troquet-pàtre, sédentaire dans les
landes, n'a pas pu résister à l'hiver 1894-180o, et main-
tenant on compte facilement les couples qui sont venus
repeupler le pays. Les martins-pêcheurs qui, depuis les
hivers rigoureux des années précédentes, avaient bien
diminué, sont devenus maintenant rares partout.
Il est à remarquer aussi que plusieurs espèces qui
viennent habituellement hiverner en Bretagne ne se
sont pas montrées en 1894; c'est à peine si l'on a vu
quelques sujets qui n'ont pas tardé à disparaître. Le pic
cendré, la bergeronnette yarell, les tarins cabarets, la
mésange petite charbonnière, ont été rares jiartout, et il
en a été de même pendant l'hiver 1895-1896, malgré la
douceur de la température.
La faune locale se relèvera-t-elle des désastres que lui
a fait subir l'hiver 1894-1895'? C'est possible, mais il y
a des probabilités pour craindre le contraire. Il ne fau-
drait pas que la destruction des oiseaux telle qu'elle
est pratiquée continuât, sinon les derniers survivants
disparaîtront, et il n'en vienilra pas d'autres pour les rem-
placer.
Quand une espèce a disparu dans une localité, il est
très rare de l'y voir reparaître et s'y propager comme
jadis, malgré tout ce que l'on peut faire pour en faciliter
le repeuplement. Surtout si les conditions particulières
du sol et de ses productions ont été modifiées.
Il est vrai que les oiseaux, libres comme l'air qu'ils
parcourent nuit et jour, vont, viennent, pour combler les
vides qui peuvent se produire sur certains points ; mais
ils ne s'arrêtent et ne se fixent que dans les endroits où
ils trouvent ce qui est nécessaire à leur genre do vie; ils
n'y descendent qu'attirés par la présence do leurs con-
génères qui répojident aux cris d'appel qu'ils ne manquent
jamais de faire en,i"endre en traversant les airs.
On ne se doute jfes de la quantité et de la variété des
espèces d'oiseaux ([ui passent inaperçus dans les airs, il
faut des circonstances fortuites et jiarticnlières pour s'en
118
LE NATURALISTE
rendre compte. Bien des surprises sont réservées à l'or-
nithologiste qni recueille les oiseaux qui viennent s'as-
sommer sur les phares, dans les fils télégraphiques, dans
les filets tendus sur les plages, surtout à L'embouchure
des fleuves; parmi les victimes de to.us ces engins de
destruction on rencontre des espèces dont on ne pouvait
même jias soupçonner la présence.
Les modifications apportées au sol et à ses productions,
qui surviennent accidentellement, ou par le fait de
rhomme, comme les inondations, les invasions d'insectes,
les productions extraordinaires de fruits, de graines, les
changements de culture, etc., enfin les perturbations at-
mosphériques, forcent et engagent les oiseaux à se dé-
placer, à circuler et à se montrer parfois en grand nombre
là où on ne les avait pas vus auparavant.
Si rien n'était changé à l'ordre naturel des choses par
l'intervention de l'homme, les grands hivers auraient
pour effet de fortifier et de régénérer les races locales,
et non de les détruire. Les sujets faibles ou malades
succomberaient forcément, il est vrai, mais les vides
seraient bien vite comblés par d'autres sujets venant
d'ailleurs. Le sang de la race se renouvellerait ainsi
maintenant l'invariabilité de l'espèce qui se propagerait
dans de meilleures conditions, les germes de maladies,
les parasites disparaîtraient, les occasions de contagion
diminueraient, les sujets ayant moins de points de con-
tact, se trouvant plus espacés, les ressources alimentaires
deviendraient plus abondantes, le nombre des consom-
mateurs ayant diminué, enfin les ennemis naturels dispa-
raîtraient, ou du moins diminueraient, comme cela se
produit toujours quand l'espèce qui est la victime tend
elle-même à se décimer momentanément.
Mais il n'en est pas ainsi malheureusement, la des-
truction des oiseaux ne désarme pas, même après les
épreuves d'un hiver rigoureux; le défrichement, les pro-
grès de la culture privent les oiseaux des refuges, des
ressources que leur réservaient les bois, les landes, les
arlu-es creux, les herbages et les buissons laissés sur pied,
indispensables à la protection et à la conservation des
oiseaux.
Les agriculteurs devraient pourtant bien se pénétrer
de cette vérité : l'oiseau est utile, parce qu'il est indis-
pensable dans l'équilibre naturel qui doit exister entre le
règne animal et le règne végétal, et, une fois détruit,
rompu, cet équilibre ne pourra plus être rétabli. On
peut inventer des machines agricoles du dernier perfec-
tionnement, organiser des concours agricoles, distribuer
des récompenses nationales, on ne pourra jamais créer
le plus petit oiseau ni remplacer ses services par une
machine quelconque, par un produit chimi(iue nouveau.
Si l'ou a parfois exagéré le bien et le mal que font les
oiseaux, comme il est impossible de voir leur utilité, il
faut les protéger, et au moins ne pas les détruire.
Albert Cretté de P.\lluel.
EXPÉRIENCES SUR LES ROCHES ASPHALTIQUES
L'asphalte, ou bitume, est une matièce des mieux ca-
ractérisées et dont l'histoire géologique»- se signale par sa
netteté. Elle paraît représenter le composéhydrocarboné
solide typique résultant de réactions purement minérales,
par exemple entre des carbures métalliques et les hydra-
cides do l'eau. A ce titre il y a un vif intérêt à recon-
naître sa distribution par rapport aux diverses roches et
par rapport aux accidents géologiques : le résultat paraît
montrer qu'on s'est souvent trompé à cet égard.
Il n'y a rien en effet de plus fréquent que la dénomi-
nation de bitumineuses accordée à des masses rocheuses,
renfermant des combinaisons carbonées d'origine orga-
nique et n'ayant aucun lien réel avec le bitume. Des con-
fusions considérables en sont résultées et par exemple,
dans un ouvrage récent (1), Jaccard s'est efforcé à donner
une théorie embrassant à la fois l'histoire des asphaltes,
celle des schistes, des calcaires et des autres roches dites
bitumineuses, et même celle de la houille et des autres
combustibles fossiles.
Au début d'études qui m'ont occupé plusieurs années,
je me suis préoccupé tout d'abord de trouver un réactif
qui permît la reconnaissance de l'asphalte dans les mé-
langes les plus divers où il puisse entrer. J'ai cherché
aussi un ])rocédé de séparation de l'asphalte ijui permît
de l'obtenir chimiquement pur. Enfin j'ai appliqué fa sé-
paration dont il s'agit au dosage du carbure dans les
roches.
Après un certain nombre d'essais, j'ai été assez heu-
reux pour trouver dans le sulfure de carbone un agent
tout à fait convenable au Imt que je poursuivais.
Le bitume ou asphalte est immédiatement soluble dans
ce liquide et se dépose sans altération par simple éva-
poration. Un fragment de calcaire aspïialtique abandonné
dans le sulfure de carbone se décolore complètement à
la surface avec une très grande rapidité ; sa poussière
est privée de carbure presque instantanément.
Dès lors, la méthode de dosage se présente d'elle-même
Étude des roches asphaltitjues.
à l'esprit et suppose le tout petit matériel représenté ci-
joint, augmenté bien entendu d'une balance d'analyse.
Voici comment j'opère : la roche à étudier est fine-
ment pulvérisée. On en met 10 grammes dans le petit
col droit représenté à gauche de la figure avec '60 centi-
(1) Le pétrole, l'asphalte et le bitume, l vol. in-S", Paris 1873.
LE NATURALISTE
119
mètres cubes de sulfure de carbone. Le llacon bien bou-
ché est agité, ])uis soumis quelques heures à la tempé-
rature du laboratoire.
Après ce délai la dissolution asphaltique est jetée dans
l'entonnoir représenté au milieu de la ligure et qui peut
être fermé à l'émeri. Il contient un lampon d'amiante
qui réalise une liltration parfaiteetnc laisse passer (]u'un
liquide limpide. Le col droit est lavé à deux ou trois re-
prises avec du sulfure de carbone, jusqu'à ce qu'on n'y
voie ])lus trace de la coloration due à l'asphalte, et le
liqtiide de lavage est jeté dans l'entonnoir. Celui-ci, après
la liltration, est lavé do même avec un peu do sulfure de
carbone, jusqu'à ce que l'amiante et les autres parties
de l'appareil soient absolument débarrassés de bitume.
Tout le liquide réuni dans le bocal placé sous l'enton-
noir est versé dans la capsule de porcelaine exactement
tarée qui est dessinée à droite de la ligure. On y ajoute
un peu de sulfure de carbone ayant servi à laver le bocal
de tout ce qui aurait pu y rester d'asphalte.
Il suffit alors d'abandonner à l'air (sous une cloche sou-
levée pour arrêter les poussières) le liquide contenu dans
la capsule i)Our qu'une pesée donne la quantité exacte
d'asphalte procuré par les 10 grammes de roche exa-
minée.
Des essais répétés ont prouvé que l'asphalte se dissout
seul et qu'il se dissout complètement, de sorte que les
résultats sont tout à fait exacts.
La manipulation est si simple qu'on ]ieut suivre jusque
dans les détails les variations d'imiirégnation d'une
couche asphaltique. C'est ce que j'ai fait sur des échan-
tillons venant du Val-de-Travers (Suisse) et sur d'autres
que j'avais recueillis à Lovagny (Savoie) et à Pyrimont
(Ain). Les conclusions sur lesquelles nous ne pouvons
insister faute de jjlace, sont très intéressantes au point
de vue de la théorie.
Les chiffres qu'on obtient avec les échantillons les
plus divers de ces gisements urgoniens varient de 1 à
12 0/0 d'asphalte pour les types normaux. Exceptionnel-
lement il s'est fait des collections de bitume presque pur
dans les fissures ou dans des cavités.
Un point sur lequel il faut insister parce qu'il est très
imprévu, c'est que l'immense majorité des roches dites
bitumineuses ne contiennent pas trace d'asphalte. Il faut
y insister un peu, parce que la théorie doit s'en ressentir
immédiatement.
Par exemple, les schistes d'où la distillation retire tant
de carbure, et qui flamiient sur le feu, comme ceux des
environs d'Autun, traités par la méthode qui vient d'être
résumée, n'aliandonnent absolument rien au sulfure de
carbone, même après une digestion prolongée. Le nom
de schiste bitumineux qu'on leur donne si souvent ne leur
va donc jias et celui de naphtoschiste ne convient pas
mieux.
J'ai étudié les schistes tertiaires de Menât (Puy-de-
Dome) qui ])euvent être distillés : le résultat a été égale-
ment négatif.
Parmi les roches ordinairement appelées bitumineuses
les calcaires se signalent par leur fréquence et avant
tout les marbres noirs ou gris des terrains anciens que
signale l'odeur fétide qu'y provoque le choc. On sait
comment M. Spring a élégamment montré que lacause de
cette fétidité réside dans la présence d'une certaine quan-
tité de phosphamine et d'acide sulfhydrique. J_,e sulfure
de carbone n'enlève à ces calcaires que des traces de
substances et qui ne sont point comparables au bitume.
Il en est de même pour la série des combustibles fos-
siles que j'ai examinés : ni les anthracites, ni les houilles
même grasses, ni les lignites, ni même les tourbes com-
pactes ne donnent de bitume au dissolvant et j'ai pu,
avec le même résultat négatif, examiner les boghead et
les cannelcoal. Il n'y a d'exception que pour des combus-
tildes métamorphiques ayant subi un éch.iuiïement plus
ou moins intense, et encore la conclusion de l'analyse ne
doit-elle être considérée que comme provisoire, lamatière
solublc n'étant pas de l'asphalte.
Il a paru intéressant, à cause de l'origine profonde pos-
sible du bitume, d'examiner des roches renfermant des
minéraux filoniens et qui couramment sont qualiliés de
bitumineuses. Tels sont les schistes cuprifères duMansfold,
et les cinalires dits bitumineux de laCarniole. Ni la roche
de Thuringe, ni celle d'Idria n'ont abandonné au sulfure
de carbone de l'asphalte. La dernière cependant a laissé
dissoudre de très petites quantités d'une manière assez
analogue, mais dont la très faible proportion montre
qu'elle n'intervient pas efficacement dans la coloration
noire du minéral.
On sait que les belles émoraudes de Muso (Colombie)
sont empâtées dans une roche noire charbonneuse qui
affecte assez une disposition fîlonienne : cette roche ne
contient pas de bitume.
Enfin, sans épuiser l'ênumèration des matières exa-
minées, j'ajouterai que j'ai appliqué le sulfure de car-
bone à l'examen des météorites charbonneuses d'Orgueil
et de Kold Bokkeweldt. Ni l'une ni l'autre n'a donné
d'asphalte. Ce résultat négatif est d'autant plus remar-
quable qu'on se sentait porté à première vue à rapprocher
ces roches cosmiques de nos produits volcaniques bien plus
que de nos masses sédimentaires ; pourtant la matière char-
bonneuse qu'elles contiennent présentent vis-à-vis du
sulfure de carbone plus de ressemblance avec les dérivés
des substances organiques d'origine biologique qu'avec
les résultats d'action purement minérale. Il ne faut pas
aller trop vite dans les déductions, mais le fait est digne
de mention.
La conséquence des expériences qui viennent d'être
résumées, c'est que les roches contenant de l'as-
phalte sont peu nombreuses et que, sans doute, elles
ont été soumises à des actions exceptionnelles. On est
confirmé dans cette manière de voir quand on fait attention
à leur gisement. Beaucoup d'entre elles sont dans des
localités franchement volcaniques comme le Pont-du-
Chàteau et le Puy-de-la-Poix"en Auvergne et le lac As-
phaltite ou celui de la Trinité, et les environs de Bakou,
etc. etc. Les autres sontincontestaldemenc surdegrandes
cassures terrestres.
Quoi qu'en ait dit Jaccard, tous les gisements de l'Ain,
de la Savoie et du Jura sont alignés surdeslignes de failles
non pas suivant l'arête de chaînes montagneuses, mais
parallèlement à cette arête, ce qui revient au même. Ce
gisement offre une analogie intime avec celui des sources
minérales et des dégagements d'acide carbonique ou de
gaz inflammables.
On ne peut douter d'après cela que le bitume ne soit
élaboré dans la profondeur, puis amené vers la surface
grâce à un véhicule convenable.
La réaction, c'est certainement celle qui prend nais-
sance entre les carbures métalliques et les hydracides ou
l'eau, exceptionnellement par une action métamorphique
intense sur les combustibles minéraux. Quant au véhi-
cule, il consiste bien manifestement en pétrole ;àcet égard
120
LE NATURALISTE
on a tous les inlermédiaires possibles entre les sources
de pétrole limpide presque incolore, c'est-à-dire dépourvu
d'asphalte jusqu'aux points où le sol est encombré de kire
ou pissasphalte dans lesquels le pétrole est au contraire
en déficit.
La solution de l'asphalte dans le pétrole pénètre par
capillarité dans les roches poreuses, sables, grès, cal-
caires et son évaporation les rend bitumineuses. Cette cir-
constance que j'ai imitée par des expériences d'impré-
gnation artificielle de roches très variées, explique, jus-
que dans les détails intimes les particularités des gise-
ments à divers niveaux et tout particulièrement dans l'ur-
gonien de notre région jurassienne.
Stanislas Meunier.
LA COMBUSTION DES CORPS DANS LES INCENDIES
Les catastrophes analogues à celles duBazar de la cha-
rité de la rue Jean-Goujon sont, à Paris, plus fréquentes
qu'on ne le pense, bien qu'il n'y en ait peut-être jamais
eu d'aussi touchante, à cause de son but charitable. Nous
n'avons pas à célébrer le mérite des victimes du devoir;
notre rôle est liien différent. L'histoire naturelle trouve
à glaner dans ces accidents quelque chose de plus maté-
riel qui ne manque pas d'intérêt. L'action du l'eu sur les
corps des humains ou des animaux domestiques se pro-
duit dans une foule de circonstances, dans les construc-
tions en bois, dans les écuries, dans les théâtres, dans
les wagons de chemin de fer et dans les incendies de
toute espèce tant sur mer (jue sur terre. La médecine
a divisé les brûlures en six degrés, qu'il serait troj) long
d'énumérer ici, d'autant plus qu'elle n'a en vue que les
malades, c'est-à-dire les vivants. Nous allons plus loin,
et nous recherchons surtout l'action du feu sur les ca-
davres. On peut diviser cette action comburante en trois
formes carac(éristi(iues, suivant que la combustion a été
plus ou moins intense, et surtout ])lus ou moins prolon-
gée. Le temps est un facteur important, non seulement
en physique et en mathématiques, mais aussi quand il
s'agit de l'action du feu sur les corps vivants ou morts.
1° Le premier degré, c'est la peau de baudruche, pour
traduire par une expression imagée le gonflement singu-
lier déterminé sur les corps par un commencement de
combustion, bien que la peau ne soit pas ordinairement
desséchée mais visqueuse, et qu'elle tende à se dépouil-
ler de son épiderme soulevé, qui se détache alors par
larges lambeaux. En effet les brûlures du dorme pro-
duisent des phlyctènes à sa surface; l'épiderme se bour-
soulle au-dessus de la sérosité qui la distend, comme les
ampoules formées par lasérositéd'unvésicatoire.Mais.en
même temps que se produit ce phénomène superficiel, l'in-
tensité de la chaleur d'un incendie dilate les gaz contenus
dans les viscères, ou produits par la décomposition même
de nos tissus, de sorte que les parois des corps sont dis-
tendues outre mesure, au point de se rompre sous l'in-
fluence des tractions et des pressions de toute nature
auxquelles elles sont exposées. On voit cela souventchez
les chevaux, qui succombent dans les Cirques ou dansles
écuries incendiés. Les cadavres ressemblent alors à ces
animaux en baudruche distendue, que'I'on voit attachés à
la devanture des magasins de jouets d'enfants.
La recherche des cadavres, à la suite d'un incendie, est
plus pénible que l'on ne le croirait tout d'abord. Au lieu
de corps calcinés, desséchés par la chaleur intense du
foyer, qu'on s'attendait à y rencontrer, on recueille des
débris, couverts d'une fange noire et gluante, provenant
moins de la combustion des corps que des décombres
carbonisés et réduits en poussière de charbon, délayée
dans l'eau qui a été projetée par les pompes à vapeur. Ce
bourbier infect sent la peinture brûlée, la laine calcinée
et la fumée ; et on s'explique très bien, d'après ce qui pré-
cède, que certains corps se déchirent et laissent écouler
leurs viscères au dehors, au moment où on les retire de
dessous les décombres. C'est ainsi que des membres épars
sont dispersés çà et là : une tête, une main, un pied, des
bras, des jambes, des entrailles et du sang se retrouvent
isolés des corps auxquels ils appartiennent. C'est un lu-
gubre spectacle, où un étranger ne voit que du noir, du
rouge et du gris de toutes les nuances ternes.
2° Le second degré est la carbonisation. Elle peut offrir
tous les aspects : depuis la chair des animaux irréguliè-
rement rôtie sur un gril, jusqu'à un bloc de charbon qui
prend feu comme une croûte de pain brûlée, en se
réduisant en braise et en cendres si on laisse à la com-
bustion le temps de terminer son œuvre de destruction.
Dans cet état, ce qui frappe le plus l'observateur, c'est
le ratatinement des corps carbonisés, on dirait des petits
enfants amaigris. C'est ce qu'on voit notamment dans
certains incendies de théâtre ou de chemins de fer, dont
les portes sont fermées; et dans ceux qui se déclarent
sur un navire, que l'on a dû abandonner sans pouvoir le
sauver. Comme on le voit, c'est surtout une question de
temps.
3° Enfin un dernier degré de combustion des cadavres,
plus rare dans les incendies ordinaires, que l'on observe
bien dans les fours crématoires, c'est l'incinération. Alors
toute la partie organique des corps est volatilisée, et ré-
duite à l'état de gaz qui se sont dispersés dans l'atmos-
phère. Il ne reste plus que les os, sous la forme d'un
petit tas de fragments fragiles, d'une éclatante blan-
cheur. C'est de la chaux vive, d'autant plus cassante
qu'elle renferme un peu de silice vitrifiée par la chaleur,
dans la proportion de 3 pour lOO à peine. On peut dire
que la nature a bâti notre squelette à chaux et à sable,
pour le renilre jjIus résistant. Il est rare qu'un incendie
se prolonge assez longtemps pour produire cette trans-
formation ultime; surtout dans nos pays civilisés où on
a hâte de le noyer. Cependant c'est là le seul moyen
d'expliquer la disparition des morts dont on ne retrouve
pas les cadavres.
(Jn peut dire, sans la moindre exagération, que c'est
par centaines que l'on compte les incendies dans lesquels
il y a un nombre important de victimes, depuis 87 ans.
En 1810, le premier de ces accidents s'est développé sur
terre, d'une façon à peu près identique à celui de la rue
.lean-Goujon, dans la rue de la Chaussée-d'Antin, lors
du mariage de Napoléon I'"' avec l'impératrice Marie-
Louise, au milieu du bal donné par le prince de Schwar-
zenberg, l'ambassadeur d'Autriche à Paris. C'était une
vaste salle en planches, fraîchement vernie à l'alcool
pour faire sécher les peintures plus vite, surchauff'ée par
les chaleurs de juillet, par l'animation de quinze cents
personnes et par un luminaire gigantesque descendant
du plafnntj, ornée de riches tentures en étoffes légères,
éminemment combustibles. Une lumière quelconque
met le feu à une draperie ; le plafond s'enflamme d'un
LE NATURALISTE
121
])Oul ù rrtutrt' avec la rapidité d'uno fusée d'artifice; en
trois secondes, raconte un des assistants, alors colonel
d'état-major général. Instantanément des centaines de
peisonnes en toilettes légères se trouvent sous un bra-
sier ardent, qui dégage une chaleur intense : on se sent
la tète en feu ! Naturellement c'est un sauve-qui-peut
général; tout le monde se précipite affolé vers les portes
de sortie, toujours mille fois trop étroites pour tant de
monde qui s'échappe à la fois. On marche sur les
longues traînes des dames, elles ne peuvent plus avan-
cer; on les lionscule, elles tombent; ceux qui les suivent
sont poussés iiien davantage encore |)ar les retardataires
qui sentent déjà les atteintes du feu.
Ils tombent à leur tour sur les personnes déjà tom-
bées, et qui n'ont pas le temps de se relever, de sorte que
les portes sont obstruées. Ceux qui restent à l'intérieur
cherchent à s'échapper par toutes les issues possibles.
Bientôt le feu gagne jusqu'à leurs vêtements, en tombant
du plafond. En général les personnes qui sont asphy-
xiées, dans ces circonstances, meurent sans avoir eu le
temps de songer à leurs brûlures. La plupart des cada-
vres ont encore sur eux une partie de leurs vêtements
intacts, si on les arrache à l'incendie avant l'eiVondre-
ment final de la toiture en flammes. Ne dirait-un pas le
récit copié sur une des relations de l'incendie du mois de
mai? Le nombre des personnes est le même, et tous les
détJiils du sinistre sont analogues dans les deux cas.
Ce qu'il y a de particulièrement effrayant, c'est devoir
les collerettes et les ornements légers de la toilette des
femmes prendre feu spontanément à distance, avant
même d'être léchés directement par les flammes. De là,
de si nombreuses brûlures à la joue et aux bras, chez les
personnes q>ii ont ]iu s'échapper au dernier moment;
sans compter les débris enflammés qui tombent sur la
tète, les épaules et les robes des femmes, et qui produi-
sent des brûlures sur tout le corps. Chez les hommes, les
cheveux, les sourcils, les moustaches et la barbe sont
généralement les premières parties du corps qui ont été
brûlées ; puis ce sont les mains, qui ont cherché à éteindre
les vêtements enflammés.
Nous avons la conviction que, si les personnes échap-
pées au sinistre ont beaucoup souffert de leurs brûlures,
il n'en est pas du tout de même pour celles qui y ont péri.
A part un sentiment d'éiiouvante bien compréhensible,
elles n'ont guère eu le temps de se préoccuj)er de leurs
brûlures, et elles sont tombées asphyxiées ou privées de
connaissance, avant d'être dévorées par le feu, lors de
l'effondrement final. Dans ces moments suprêmes, on
s'appelle, on cherche une porte de salut; mais on ne
s'occujie guère de ses brûlures. On se sent la tête en feu,
et bientôt étourdie, on respire un air irrespirable qui de-
vient bien vite toxique, et on est asphyxié avant d'avoir
eu le temps de souffrir. C'est une consolation que nous
pouvons donner aux parents des victimes, avec une con-
viction sincère.
Pendant la désastreuse retraite de llussie, on a vu
maintes et maintes fois des incendies analogues, éclatant
subitement la nuit dans les maisons de bois des Russes,
surchauffées par les feux des bivouacs allumés dans leur
intérieur, ou par les cuissons de pain précipitées que l'on
faisait constamment dans les mêmes fours. Le feu n'é-
tant plus surveillé prenait subitement à la toiture sur-
chauffée, et les imprudents dormeurs étaient asphyxiés,
avant d'avoir eu le temps de se réveiller, de se lever, de
s'habiller, et de sortir. On cite un cas de ce genre où plus
d'un millier d'hommes, entassés dans une grange im-
mense, avaient allumé de nombreux foyers pour se ré-
chauffer la nuit. Ils périrent presque tous, malgré les
héroïques efforts de leurs voisins, réveillés en sursaut
jjar leurs cris de désespoir. On les voyait essayer de se
lever, retombant sur leurs genoux et obligés do s'étendre
par terre. On leur jetait des cordes à no'uds, et ils n'a-
vaient pas la force de les saisir et de se laisser traîner.
Ils se perçaient de leurs sabres et de leurs baïonnettes
tombés sur le sol ! Une langue de feu de plusieurs mètres
de longueur léchait le haut des portes cochères dans toute
leur largeur, en s'allongeant au dehors, et en empêchant
d'entrer ceux qui tentaient de les secourir. Il n'y eut de
sauvés que ceux qui se trouvaient à l'entrée.
D. B.
ANIMAUX
Mythologiques, légendaires, historiques, illustres,
célèbres, curieux par leurs traits d'intelligence,
d'adresse, de courage, de bonté, d'attachement,
de reconnaissance, etc.
Kléptiant. — Qui ne connaît les preuves d'intelli-
gence, d'adresse, d'affection, que donne l'éléphant':' Tous
les auteurs anciens en rapportent des preuves variées :
Justin, Columelle, Polybe, Valère Maxime, Diodore,
Sénéque, Suétone, Vopiseus, Dion Cassius, Bupesquius.
Elien, Pline, etc., sont unanimes sur les nombreuses qua-
lités de ces pachydermes et ne tarissent pas d'éloges, —
ni de fables, surtout Pline, — à leur égard.
Pline déclare que quelques-uns surent écrire en grec
et que l'un d'eux traçait couramment cette phrase :
Cest moi qui ai écrit ces mots. D'après Elien, un autre
écrivait des sentences entières; un jour même, dit-il, un
éléphant parla (on voit, dans Julius Obsequens, qu'un
certain nombre de bœufs parlèrent dans la campagne
romaine et ailleurs). Saint Clément d'Alexandrie, comme
d'ailleurs l'avait déjà dit avant lui Dion Cassius, atfirme
que les éléphants sont très pieux, et qu'ils ne manquent
jamais, le matin, de s'agenouiller et d'adresser leurs
hommages au soleil.
Quant à notre Bufïon, il était bien moins renseigné sur
les uKeurs de l'éléphant que le vieil Aristote lui-même.
Ainsi, d'après lui, cet animal, d'une pudeur facilement
effarouchée, se cache pour caresser sa femelle. Il faut
avouer que ses manières, depuis Buffon, sont devenues
singulièrement libres, car tous les voyageurs — et moi-
même — qui ont pu assister à ses intimes ébats, dé-
clarent qu'il n'a aucun souci de ses voisins, et qu'il sa-
tisfait coram populo, comme le chien et tous les autres
animaux, au vœu de la nature.
Notre triple gascon de Méry a repris pour son propre
compte cette assiduité, et, dans sa Guerre du Nizam, où il
nous décrit les Indes avec une verve et un luxe de dé-
tails d'autant plus extraordinaires qu'il ne savait même
pas dans quelle partie du monde se trouvent ces lointains
pays, il nous apitoie sur les infortunes d'un couple d'élé-
phants cherchatit, mais en vain,
. .... un endroit écarté
Où de s'airaer en paix on ait la liberté.
Une troupe de singes • — race malfaisante, tracassière
122
LE- NATURALISTE
et effrontée — poursuit sans relàcho le couple iiuiliboud
de ses cris sarcasliques, et trouble continuellement sa
« solitude à deux ».
Buffon dit aussi que l'éléphant tette avec sa trompe, et
qu'il porte ensuite dans sa bouche le lait qu'il a ainsi
pompé: autre erreur grossière, car l'éléphanteau tette
avec la bouche, en renversant . sa trompe en arrière ou
de côté. Du reste, s'il faut en croire Cuvier, il arriva
souvent au naturaliste à manchettes de décrire les mœurs
d'un animal étranger sur le vu, seulement, d'une vieille
fourrure mangée aux mites.
Mais je ne parlerai ici de l'éléphant c|u'au point de vue
de la guerre — et de la guerre que l'homme fait à
l'homme, aujourd'hui en utilisant le secours du cheval,
jadis en se servant de l'éléphant; c'est une partie de
l'histoire de cet animal qui a été peu étudiée, si ce n'est
par le général Armandi, (jui a publié, en 1843, une His-
toire miliiaire des Éléphants (Paris, in-8°).
Il est curieux de voir avec quelle souplesse cet animal
se prêtait aux caprices de ses féroces instructeurs, appre-
nait la guerre, et, distinguant les amis des ennemis, ac-
cablait ces derniers de la masse formidable de son corps
lancé au trot ou des coups terribles de sa tromjie et de
ses défenses.
C'est ainsi que les anciens civilisèrent l'éléphant, qu'ils
faisaient également paraître dans les jeux et les mas-
sacres du cirque; qu'ils faisaient, comme nous encore,
danser et marcher sur la corde, manger assis à une
table bien servie, etc., etc. Aujourd'hui même, dans
l'armée anglaise des Indes, il sert au transport de l'artil-
lerie et ci une foule d'autres travaux destructeurs ou
pacifiques.
Chez les Indiens, avant l'arrivée d'Alexandre, ainsi
qu'on le voit dans YAmard-Coclia, la section élémentaire
de leurs anciennes armées se composait de
1 éléphant,
i char de guerre,
3 cavaliers, et
•5 fantassins.
Chaque éléphant était généralement monté par quatre
hommes, et chaque char en portait deux. La section élé-
mentaire dont il s'agit, ou escouade, se composait donc
de quatorze hommes, cinq chevaux et un éléphant. Un
nombre déterminé de ces escouades formait une division,
et un certain nombre de ces divisions composait une
armée. On lit dans le Mahabharat qu'une grande armée
devait comprendre I09,3B0 fantassins, 6b,610 cavaliers,
21,870 chars et de 21,870 éléphants.
La première mention qui soit faite des éléphants de
guerre se trouve dans Diodore de Sicile (liv. II, ch. xvi),
et se rapporte à la reine d'Assyrie Sémiramis.
Mais la première fois qu'une armée européenne eût à
combattre contre les éléphants, ce fut l'an 331 avant
Jésus-Christ, à la bataille d'Arbelles, où Darius avait
rangé quinze de ces animaux devant le centre de ses
troupes : après la bataille, ils tombèrent tous au pouvoir
d'Alexandre. Un souverain indien, Taxile, lui en amena
une quarantaine d'autres en faisant sa soumission, et
Alexandre lui en confia le commandement ;'ces animaux
lui furent très utiles pour le transp-qrt des bagages de
l'armée.
, A la bataille de l'IIydaspe (327" av. J.-C), Porus
opposa à Alexandre 30,000 fantassins, 4,000 cavaliers,
' 300 chars de guerre et 200 éléphants. 80 de ces animaux
furent pris par les Macédeniens; le roi Porus fut pris,
remis en liberté et fort honoré par Alexandre, et l'élé-
phant que montait le roi indien pendant la bataille, ma-
gnifiquement orné et nommé ^;aa; par le conquérant, fut
consacré par lui au Soleil : Alexandre avait fait graver
cette inscription sur des bracelets d'or qui entourait ses
défenses : Alexandre, fils de Jupiter, offre cet élcphant au
Soleil.
Après la mort d'Alexandre, ses principaux généraux
se partagèrent ses conquêtes et ne tardèrent pas à deve-
nir ennemis après avoir été compagnons d'armes.
L'an 301 avant Jésus-Christ, Anligone, le plus vieux
et le plus rusé d'eux tous qui régnait sur l'Asie-Mineure,
la Syrie, une partie de la Grèce et sur les îles, se
vit attaqué par Seleucus , Ptolémée , Lysimaque et
Cassandre.
Les forces réunies de ces quatre rois se montaient à
64,000 fantassins, 10,500 cavaliers, 120 chars de guerre
et 400 éléphants; Autigone n'avait ([ue 75 éléphants seu-
lement, 60,000 fantassins et 6,000 cavaliers.
Il y aurait donc eu en ligne, dans la bataille qui eut
lieu à Ipsus, 475 éléphants.
L'an 275 avant notre ère, Antiochus Soter défit les
Galates sur les confins de la Cappadoce. Les Galates,
outre une formidable infanterie, avaient 20,000 cavaliers
et 200 chars armés de faux ; Antiochus avait une armée
bien inférieure en nombre, mais il possédait 16 éléphants
de guerre, au moment d'en venir aux mains et à l'ins-
tant même où la cavalerie galate se disposait à charger,
Antiochus lança sur elle ses seize éléphants, et en moins
d'une heure, l'ennemi était en complète déroute.
L'an 217 avant Jésus-Christ, Antiochus III (le Grand)
livra au roi d'Egypte Ptolémée Philopator une grande
bataille sous les murs de Raphia, ville de la Palestine
^aujourd'hui Réfah). Ptolémée avait 70,000 fantassins,
5,000 cavaliers et 73 éléphants ; Antiochus avait
71,000 fantassins, 6,000 chevaux et 102 éléphants. Ce fut '
la première fois, du moins d'après les documents histo-
riques que nous possédons, qu'on vit les éléphants se
combattre avant même, pour ainsi dire, que les hommes
n'en vinssent aux mains. Les éléphants du roi d'Egypte,
Ptolémée, étaient d'Afrique, race inférieure à celle des
Indes, que possédait le roi de Syrie, Antiochus.
Ptolémée, d'après Polybe {Hist. XI, 34), en avait placé
33 devant son aile droite et 40 devant sa gauche ; Antio-
chus, 42 sur la gaucho et 40 devant la droite. Ou vit alors
les éléphants s'avancer d'un air menaçant, s'attaquer de
front, entrelacer leurs trompes, et employer chacun toute
sa force et toute son adresse pour rester maître du
terrain et faire rouler son adversaire. Ils luttaient avec
leurs défenses comme les taureaux avec leurs cornes, et .
aussitôt que l'un était forcé de prêter le flanc, l'autre le
transperçait et retendait mort à ses pieds. En même
temps, les soldats jilacés sur les tours que portaient ces
animaux, combattaient à coups de lance et de flèches.
Cette bataille fut néanmoins perdue pour Antiochus parce
que, trop sur de la victoire, il se mit à la poursuite de
l'aile gauche de l'ennemi, que sa droite venait d'enfoncer,
grâce à ses éléphants ; pendant ce temjjs l'aile droite et
le centre de l'ennemi mettaient en déroute son centre et
son aile gauche.
L'an 316 avant Jésus-Christ, à la bataille de la Gabiène,
qui eut lieu entre le vieil Autigone, dont j'ai déjà parlé
plus haut, et Eumène, autre général d'Alexandre, les
LE NATURALISTE
123
deux adversaires avaient, le premier, 65 éléphants et le
second 12i).
La bataille, qui dura toute la journée, resta indécise,
et, le lendemain, Antigone et Eumène battirent en
retraite chacun de son coté.
Quelque temps plus tard eut lieu, entre Antigone et
Eumène, une autre bataille à Gadamarta. Eumène avait
114 éléphants, et Antigone Ci5 seulement; en outre, il
avait une infanterie bien inférieure eu nombre. Eumène,
trahi par un général auxiliaire persan, fut défait et livré
à Antigone par ses propres soldats, irrités du pillage de
leur camp par l'ennemi.
Antipater, régent de la Macédoine, environ quatre ans
après la mort d'Alexandre, avait déjà amené en Grèce un
convoi de 70 éléphants de guerre, auquel succédèrent
plusieurs autres troupes de ces animaux. Polysperchon,
qui succédai Antipater, entra dans l'Attique avec une
armée de 2:>,000 hommes et 65 éléphants; il alla mettre
le siège devant le Pirée, qu'il ne put emporter, et il se
rendit ensuite dans le Péloponèse où il soumit plusieurs
villes rebelles à son autorité; il commença le siège de
Mégalopolis, mais il dut prompteraent l'abandonner, ses
éléphants ayant été cruellement blessés aux pieds par
des poutres garnies d'énormes pointes de fer que les
assiégés avaient 'dissimulées autour de l'enceinte de leur
ville: les animaux, rendus furieux par leurs blessures,
se .ruèrent sur leur propre armée et en détruisirent une
partie.
Avec Pyrrhus, roi d'Epire, les éléphants font leur
apparition en Italie, à la bataille d'Iiéraclée, où, au
nombre de 200, ils mirent en déroute l'armée du consul
Valerius Lan'inus (280 av. J.-C).
Un an après, à la bataille d'Asculum, les éléphants
aidèrent encore puissamment Pyrrhus; mais la victoire
demeura indécise (279 av. J.-C).
A la bataille de Dénévent (275 av. J.-C), Pyrrhus dut
sa défaite à ses propres éléphants. Effrayés par les
flammes des torches que les Romains jetaient sur eux,
ils se retournèrent sur les Epirotes et y semèrent le
désordre et l'elVroi. Cette défaite lui coûta 20.000 hommes
et un grand nombre d'éléphants. Les Romains lui en
prirent 8, dont quatre moururent de leurs blessures, et
les quatre autres furent promenés dans toute la ville de
l'Italie pour familiariser le peuple avec la vue de ces
animaux inconnus.
Carlhage employa aussi les éléphants en nombre con-
sidérable dans les guerres qu'elle soutenait contre les
peuples qui l'entouraient; elle en avait des dépôts consi-
dérables, qui allaient jusqu'au nombre de 300. L'an 256
avant Jésus-Christ, alors que Régulus était presi|ue
maître de Carthage, la faible armée de cette république
offrit la bataille aux Romains près de Tunis. Elle était
commandée par le Lacédémonien Xanthippe, et comptait
13.000 fantassins,4.o00 cavaliers, et environ 100 éléphants.
Les Romains avaient 13.000 hommes et 500 chevaux;
après leur déroute, due eu partie aux éléphants et à la
cavalerie carthaginoise, il ne restait plus de cette armée
que 2.000 liommes^à peine : les Carthaginois n'eurent
que 800 hommes tués. Régulus fut fait prisonnier avec
500 des siens.
{A suivre.)
E. N. S.WTIXI DE RiOLS.
ACADEMIE DES SCIENCES
Dans uno note présentée le 13 avril 189G dans les comptes
rendus de r.Vcadémie, M. R. Quinton soutenait cette théorie
qu'en face du rclVoidissement du globe, les êtres organisés
tendent à maintenir artificiellement ilans leurs tissus la haute
température estérieure primitive. Dans une autre note du
14 décembre 1S9G, il nous montrait comment, suivant sa
théorie, l'évolution de l'appareil reproducteur et corrélative-
ment de l'appareil os.seux serait fonction du refroidissement
du globe. Dans une note nouvelle, M. Quinton soutient
« qu'elle entraine également la modification de tous les autres
appareils organiques et, par conséquent, l'évolution elle-
même. Il Ainsi, pour le système respiratoire, l'animal prc.iente
avec la récence une perfection croissante; or la combustion
est en raison directe de la surface respiratoire. Simple sac
chez le reptile, le poumon est encore caverneux dans l'Aï,
plus ou moins lacuncux dans la Sarigue, il devient de plus en
plus homogène à mesure que l'on étudie des mammifères plus
élevés en organisation.
De même, la surface respiratoire étant fonction de la ri-
chesse vésiculalre, on devait théoriquement voir s'élever cette
richesse du mammifère ancien au mammifère récent; or, de 73
chez l'Ai, de 9S chez la Sarigue par unité de surface, elle s'é-
lève à 300 chez le Rat (températures spécifiques : Ai SI», Sa-
rigue 33°, Rat 38").
D'autre part, comme l'exige la théorie, la supériorité respi-
ratoire de l'oiseau sur lo mammifère est un fait classique trop
reconnu et trop décrit pour qu'il soit besoin de s'y étendre.
On voit ainsi que le système respiratoire animal présente avec
la récence une perfection croissante.
L'origine et la signilication morphologique de l'appareil
sternal des Vertébrés est une question encore non résolue.
Pour les uns (Parker, Gùtte, Kiilliker, Holi'man, Ruge, Gegen-
baur), le sternum provient directement des côtes vertébrales;
pour les autres (Bruch, etc.), le sternum a été d'abord une
formation autonome, qui s'est réunie plus tard aux cotes.
M. Armand Sabatier, en étudiant les pièces sternales des
reptiles et jiarticuiièremont celle des Crocodiliens et du Hat-
teria, a trouvé les éléments d'une solution satisfaisante de la
question de l'origine et de la signification morphologique des
parties du sternum.
Il résulte de cette étude que l'appareil sternal est une trans-
formation de la série des interépincux ventraux qui corres-
pondent soit à toute la longueur de la cavité viscérale, soit
seulement à sa portion antérieure et thoracique. Il n'est doue
pas une dépendance directe des côtes vertébrales, sa forma-
tion est liée à la disposition métamérique du Vertébré et non
à une continuation directe des côtes.
De l'élude do la morphologie de l'appareil digestif des Or-
thoptères, M. L. Bordas pense pouvoir diviser les Orthoptères
en deux sous-ordres caractérisées principalement par la pré-
sence ou l'absence de diverticules intestinaux. Cette classifica-
tion, basée uniquement sur des caractères de morpholo"ie
interne, a, en outre, l'avantage de grouper les Orthoptères
dans un ordre à peu près parallèle à celui de l'apparition de
ces insectes dans les temps géologiques.
M. Pomei, continuant la publication de ses monographies
sur les mammifères fossiles de quaternaires de l'Algérie, dé-
crit l'Ursus libyans, l'Hyiena spelioa et l'Hyœna vulgaris, le
Felis spelsea et. le F. antiqua, un Hcrpestes, un Zorille, enfin
le Canis cureus (Chacal) et diverses races do chiens dômes
tiques (Canis familiaris) qui forment tout le bilan de la faune
des carnassiers fossiles quaternaires de l'Algérie.
Eu botanique, JM. Van Thieghem, continuant la revue des
divers groupes nouveaux qu'il a créés dans sa classification
nouvelle, indique, dans les innucellées ou santalinées, neuf
familles comprenant actuellement 50 genres dont ."i nouveaux.
Los Inséminées n'en comprennent qu'une seule, celle des
Anthobùlinées qui ne compreiid elle-même que 4 genres.
Les Inséminées unitegminées comprennent actuellement
52 genres, dont plusieurs sont nouveaux, répartis en 10 fa-
milles.
Enfin les Inséminées bitegminées comprennent pour le mo-
ment 7 familles et plus de 31.^ genres.
I En géologie, nous signalerons seulement une note de
I M. Maurice Lugeon sar la loi de formation des vallées trans-
versales des Alpes occidentales, qu'il résume ainsi : les val-
124
LE NATURALISTE
lées transversales des Alpes occidpntales occupent l'emplace-
ment d'un synclinal transversal au plissement normal des
régions considérées.
Enfin une intéressante communication de M. Rivière nous
fait connaître les gravures préhistoriques sur roche qu'il a
pu photographier en partie et qu'il présente à l'Académie. Ces
gravures représentent des Bovidés ; un Bison, une sorte de
Daim, une hutte ; d'autres seront photographiées dans une
prochaine campagne. Ces gravures sur roche proviennent de
la grotte de la Mouthe (Dordogne), et elles ont été découvertes
grâce à l'aide généreuse de M. Bischoiïsheim, toujours si dé-
Toué aux intérêts de la science.
A. Eug. Malard.
DESCRIPTION DE CDLEDPTÈRES NDUVEAUX
Les deux espèces décrites ici, par la présence de leur carène
longitudinale latérale prothoracique, me paraissent devoir ren-
trer plus justement dans le groupement des Zygia Fabr. plu-
tôt que dans celui des Melyris Fabr. Ces deux nouvelles espèces,
très voisines de forme, se distinguent de la plup.art des espèces
exotiques décrites comme Melyris par différents auteurs soit
par leur forme allongée, subparalléle, soit par la coloration
entièrement foncée des pattes; elles sont toutes deux décrites
de ma collection.
Zyyia viridipennis n. sp. Modérément allongé, subparalléle,
hérissé de poils dressés obscurs, entièrement d'un beau vert
brillant, moins les derniers arceaux de l'abdomen (excepté
pygidium généralement foncé) plus ou moins rougeàtres ainsi
que les deuxième et troisième articles des antennes; le premier
article des antennes est ordinairement brunâtre. Antennes
courtes et fortes. Tète assez petite, dépourvue de museau ros-
trifère, densémentet finement ruguleuse. Prothorax court, assez
transversal, large en arrière, un peu diminué en avant, légè-
rement sillonné en arrière sur son milieu ; carènes longitudi-
nales fortes, sinueuses et dirigées un peu obliquement en avant.
Elytres allongés, subparallèles, à peine plus larges que le pro-
thorax aux épaules avec trois côtes saillantes, les intervalles
n'étant pas nettement ponctués mais présentant des rides trans-
versales élevées lisses. Dessous du corps verdâtre. Pattes d'un
noir métallique. Abdomen verdâtre et plus ou moins rougeàtre
à l'extrémité avec le pygidium, ordinairement foncé, muni de
longs poils à son extrémité.
2 4
Long. 6 -7- à - 1 mill. Afrique centrale.
D'après les descriptions, cette espèce ne peut se rapprocher
que du Melyris niyripes Harold, mais cette espèce est décrite
comme étant bleu vert et possédant les trois derniers arceaux
de l'abdomen rouges, Z. viridipennis est donc au moins une
variété de cette espèce.
Zyr/ia elonyala n. sp. Bien allongé, subparallèle, hérissé
de longs poils obscurs, d'un bleu violacé ou bleu verdâtre peu
brillant avec les premiers articles des antennes et quelquefois
l'extrémité de l'abdomen avec le pygidium rougeàtres. Antennes
assez longuement dentées. Tête petite, dépourvue de museau
rostrifére, assez fortement ruguleuse. Prothorax court et trans-
versal, large en arrière, un peu diminué en avant, nettement
sillonné sur son milieu; carènes longitudinales fortes,
presque droites, un peu obliquement dirigées en avant. Elytres
bien allongés, subparallèles, à peine plus larges que le pro-
thorax aux épaules avec trois côtes saillantes, les intervalles
étant peu nettement ponctués et ornés de rides transversales
élevées lisses. Dessous du corps, moins quelquefois l'extré-
mité de l'abdomen et le pygidium rougeàtres, entièrement foncé,
généralement noirâtre. Pattes quelquefois vaguement rous-
sâtres.
1
Long. 6 à 7 -^ mill. Benué sur les rives du Niger.
Se dislingue des espèces à coloration générale foncée comme
Melyris lineala F. sulcicollis F., etc., par la forme relative-
ment étroite et allongée, de Sieboldi Gredl. (ex description)
par la tête entièrement foncée, etc.
Maurice Pic
OFFRES ET DEMANDES
M. II. Schimanko à Spitz a/A Donau, Basse-Autriche^
désire entrer en relations d'échange avec des lépidopté-
ristes de la France méridionale, offert surtout des Noc-
tuides et Géométrides de (|ualité supérieure.
— M. S. H. à Marseille. — Les Fils D'Emile Deyrolle,
naturalistes, 46, rue du Bac. Paris, ont dû vous envoyer,
sur votre demande un certain nombre de prospectus con-
cernant les instruments d'histoire naturelle afin de les
distribuer aux personnes de votre entourage que cela
peut intéresser. — A ce sujet. Les Fils D'Emile Deyrolle
nous prient d'informer les lecteurs du Naturaliste qu'ils
se feront un plaisir d'adresser des prospectus (en
nombre) d'instruments d'histoire naturelle à tous les
abonnés qui formuleront le désir de remettre ces
catalogues aux personnes de leur connaissance, sus-
ceptibles de s'intéresser à la recherche et aux collec-
tions des objets d'histoire naturelle.
— M. Lemire... à Rio, n° 612, Le mastic dit de foniai-
nier est composé de neuf parties de brique pilée, une
partie de litharge mélangé, avec de l'huile de lin ; il faut
cinq ou six jours pour le faire prendre. — Pour boucher
ou luter vos bocaux d'alcool, employer le lut à chaud
de la maison Emile Deyrolle, à Paris. Ce lut est inat-
taqualile à l'alcool et aux acides.
A vendre :
— Herbiers do mousses de France, parfaitement déter-
minées. Ces herbiers, destinés à faciliter l'étude si inté-
ressante des mousses, sont le complément indispensable
de la flore de Douin; le plus de genres possibles sont re-
présentés :
25 espèces, 2o genres différents — 10 francs.
dO « 50 « <( — 25 n
100 « 75 « Cl — 65 (I
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silurien, dévonien, carbonifère) parfaitement étiquetéset
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de la Giiyane.
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nommés de l'Equateur.
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partie nommés représentés par 250 exemplaires contenus
dans 4 cartons vitrés grand format.
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Prix 6 francs.
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Prix 3 francs.
S'adresser pour les lots ci-dessus à « Les Fils D'Emile
Deyrolle », 46, rue du Bac, Paris.
Le Gérant: Paul GROULT.
Paris. — Imprimerie K. Levé, rue Cassette, 17.
19» ANNÉE
2' Série
]!«' S-^«
1" JUIN 1897
DISSECTIONS
EMBRANCHEMENT DES ARTICULES OU ARTHROPODES
Classe des Crustacés
1" Type : l'Ecre visse : Astacus fluviatilis. — Ordre des
Décapodes.
L'Ecrevisse est un Crustaco très commun, vivaut dans
l'eau douce, courante et bien aérée.
Extérieur. — Aspect gris verdàtre sale, avec quelques
parties du tégument colorées en rouge.
Le mâle se distingue facilement de la femelle. (Voir
organes génitaux.)
La partie antérieure et dorsale de l'animal présente
un grand céphalothorax, ne portant pas trace de seg-
mentation et recouvrant latéralement les branchies.
L'abdomen est nettement annelé et se termine par une
;t ■'"
Fig. I. — Partie terminale de l'abdomen de l'Ecrovisse :
/, telson, ex et en, exopodite et endopoditc, formant avec le
telson, la queue.
pièce impaire [telson), formant, avec deux paires d'appen-
dices latéraux voisins, une forte nageoire caudale.
Orifices. — Tous à la face ventrale: — i° la bouche,
fente longitudinale entourée de pièces masticatrices ; —
2° orifices de glandes vertes à la base des antennes ; —
3" orifices génitaux mâles à la base de la 5' paire d'ap-
pendices thoraci(iues ; orifices génitaux femelles à la
base de la 3= paire d'appendices thoraciques.
4° Anus. — Fente longitudinale au milieu du telson.
Appendices. — Un anneau étant toujours caractérisé
par la présence d'une paire d'appendices, le nombre de
Fig. 2. — Pédoncule oculaire avec l'œil à son extrémité.
Fig. 3. — 2» Mâchoire de l'Ecrevisse: 6a,ba3ipodite,en, en-
dopodite.
Fig. 4. — Pièce terminant la patte ravisseur de l'Ecrevisse.
paires d'appendices déterminera le nombre de segments
du corps. Nous avons donc :
Le Naturaliste, 46, rue du Bac, Paris.
Une paire de pédoncules oculaires,
Une — d'antennules.
Une — d'antennes.
Une — de mandilmles.
Deux — • de mâchoires.
Trois — do pieds mâchoires ou maxillipèdes.
Une — de pattes ravisseuses ou pinces.
Quatre — de pattes ambulatoires,
Cinq — d'appendices abdominaux,
Une — portant les nageoires caudales,
Telson '! — • sans appendices.
Il y a donc 9 paires d'appendices céphaliques, 5 paires
d'appendices thoraciques, 6 paires d'appendices abdomi-
naux, soit en tout 20 paires d'appendices correspondant
à 20 segments du corps ou 21 si l'on compte le telson
pour un segment véritable.
Chacun de ces appendices est composé suivant le plan
général de ces formations chez les Arthropodes avec des
modifications plus ou moins grandes.
Le troisième maxillipède représente un appendice
typique avec endo-, exo- et épipodite bien caractérisés.
Dans les pinces, c'est la propodite qui poussant un pro-
longement opposable au dactylopodite forme la pince
ravisseuse.
Chambre branchiale. — Passer la pointe fine d'un
ciseau fort sous la partie latérale du céphalo-thorax et
mettre ainsi à nu les branchies qui se divisent en : po-
dobranchies — insérées sur la base des membres ; ar-
throbranchies (externe ou interne) insérées sur la mem-
brane articulaire ; pleurobranchies fixées sur le flanc du
thorax (une seule paire sur 4" paire d'appendices].
La lame attachée au premier maxillipède et le fouet ou
scaphognatite attaché à la dernière paire de mâchoires
ne sont que des branchies modifiées.
Tube digestif [préparation]. — Fixer l'animal sur la
face ventrale au moyen d'épingles placées sur les pinces
ravisseuses et sur l'endo et l'exopodite du 6» anneau
abdominal formant avec le telson la nageoire caudale.
Commencer la dissection par la partie postérieure. Avec
Fig. 5. — Estomac de l'Ecrevisse ouvert ventralement et mon-
tant la pièce impaire chitineuse dorsale et les deux pièces
masticatrices latérales.
Fig. b. — Coupe montrant la forme de la communication
entre les deux chambres, cardiaque et pyloriquo, de l'es-
tomac.
des ciseaux forts inciser les anneaux abdominaux de la
carapace de chaque coté, en faire autant de la carapace
céphalothoracique jusqu'au niveau des yeux. Enlever
la partie dorsale ainsi incisée avec précaution, et le tube
digestif est mis en grande partie à nu. Pour voir l'œso-
phage, échancrer avec les ciseaux la carapace céphalique
assez fortement au niveau de l'estomac. On voit alors :
l'œsophage court et rectiligne débouchant à angle droit
126
LE NATURALISTE
dans l'estomac, masse ovalaire sur laquelle on aper-
çoit quelques formations chitineuses. La partie pos-
térieure se rétrécit, puis s'élargit un peu avant d'arriver
à l'intestin qui devient tout droit et se rétrécit un peu au
rectum. Sur les côtés de l'estomac on trouve une masse
glandulaire de couleur jaune sale, c'est le foie formé de
trois lobes, antérieur, moyen et postérieur. Il déverse ses
produits dans la portion postérieure (pylorique) de
l'estomac par une seule jiaire de conduits excréteurs.
Armature stomacale. — L'estomac présente dans son in-
térieur une série de pièces chitineuses destinées à broyer
les aliments. Les principales sont deux dents latérales et
une forte dent médiane et dorsale contre laquelle les
deux premières viennent moudre. Pour bien les voir, il
faut enlever l'estomac en coupant l'œsophage et l'intestin
à son origine.
On fixe l'estomac ainsi détaché sur le liège de la cu-
vette et, en l'ouvrant par une incision circulaire, on a alors
sous les yeux l'aspect dessiné ci-contre. Les deux por-
tions, cardiaque et pylorique de l'estomac sont parfaite-
ment nettes et l'on peut voir dans cette dernière les
ouvertures des canaux hépatiques.
Une petite valvule pylorique sépare le pylore de l'in-
testin.
Fitr. 7. — Appareil circulatoire artériel de l'Ecrevisse tu de
profil : c, le cœur d'où partent : op, l'artère ophtalmique;
a.l'artère antennaire; h, l'artère hépatique; ai. cl, l'artère
abdominale dorsale; a. «.l'artère sternale qui va se jeter
dans ab. v, l'artère abdominale ventrale. La chaîne nerveuse
est représentée avec ses rapports s. œ, ganglion sous-œso-
phagien.
Fjg. 8. — Cœur dépouillé de son péricarde et montrant ses
valvules, v, et les artères qui en partent.
Les gastrolithes ou pierres de l'estomac n'existent pas
toujours dans cet organe.
Appareil circulatoire. — L'organe central, le cœur est
exactement situé sous la carapace céphalo-thoracique,
dans le petit quadrilatère formé par des sillons posté-
rieurs de cette carapace. Pour le mettre à nu, il faut inci-
ser à droite et à gauche de ce quadrilatère et enlever la
carapace sur une longueur de un centimètre environ. On
crève le plus souvent le péricarde.
L'injection pratiquée à froid ou mieux encore à chaud
montre, si elle est réussie parfaitement, le système
artériel dans son ensemble.
Du cœur partent en avant:
l" Une artère ophtalmique médiane et impaire, très
fine qui se divise au niveau des pédoncules oculaires ;
2' Une paire d'artères antennaires plus en dehors;
3' Une paire d'artères hépatiques un peu plus en de-
hors et plus profondément.
En arrière : 1° Une artère abdominale dorsale qui
envoie des rameaux dans chaque anneau de l'abdomen ;
2° Une artère sternale qui plonge dans les tissus en pas-
sant soit à gauche soit à droite de l'intestin pour aller
rejoindre l'artère ventrale entre les 3'^ et i' ganglions
thoraciques.
Fig. 9. — ' Coupe de la partie antérieure de l'Ecrevisse :
g.v, glande verte ou rein;o. », orifice externe de cette
glande; es, estomac.
Le sang est envoyé du cœur dans les membres, d'où
il retombe dans les lacunes sanguines allant se jeter
dans le sinus abdominal. De là il est apporté aux bran-
chies, d'où il revient au péricarde par les canaux branchio-
cardiaques. Du péricarde il passe dans le cœur par le
jeu de valvules qui permettent au sang de passer du
péricarde dans le cœur, mais non de refluer clu cœur
dans le péricarde.
Appareil respiratoire. — Il est constitué par les bran-
chies dont nous avons déjà parlé.
Appareil excréteur. — Il est formé par deux glandes
situées au-dessous de la portion latérale de l'estomac et
que leur couleur a fait appeler les glandes vertes. Elles
débouchent à la base des antennes.
S^ystème nerveux. — La dissection du système nerveux
doit être commencée par la portion abdominale. Après
s'être débarrassé de la carapace et avoir vu le tube diges-
tif, on l'enlève ainsi que la couche musculaire qui se
trouve au-dessous. En fendant cette masse sur la ligne
médiane, on met à découvert le système nerveux appli-
qué tout au fond, au-dessus de la paroi ventrale. On suit
la chaîne en enlevant les muscles au fur et à mesure.
Quand on arrive à la portion thoracique, la difficulté
augmente, car la chaîne nerveuse se trouve cachée sous
les apodèmes des anneaux thoraciques.
Il faut les inciser à droite et à gauche de la ligne mé-
diane, enlever les débris, et l'on arrive ainsi aux gan-
glions sous-œsophagiens. On voit les connectifs œso-
phagiens se rendant au cerveau situé tout à fait en avant,
exactement entre les deux pédoncules oculaires.
En résumé, le système nerveux se compose :
1" D'une paire de g. cérébroïdes ou sus-œsophagiens
ou cerveau, distribuant les nerfs aux organes des sens
et représentant 3 paires ganglionnaires.
2° D'une paire de^ g. sous-œsophagiens donnant des
LE NATURALISTE
127
nerfs aux pièces de la bouche et représeutant 6 paires
ganglionnaires soudées ^___^
(7
Fig. 10. — Système nerveux de l'Ecrevisse : g. c, cerveau
formé de deux ganglions ; ,9. cv, ganglions connectivaux;
œs, ganglion sous-œsophagien ; a. s, artère sternale ; g. a,
ganglion anal.
3» 4 paires de g. thoraciques dont le dernier est double
et qui donnent des nerfs aux pattes.
Enfin, 4° 6 paires de g. abdominaux, la dernière étant
double.
En tout 21 paires ganglionnaires qui indiqueraient que
le nombre des anneaux du corps est de 21.
Sur les connectifs œsophagiens on trouve deux g.
connectivaux, origines d'une partie du stomato-gastrique
et plus bas tine commissure connectivale.
L'artère sternale passe entre les 3° et 4"= gangl. tho-
raciques.
Organes des sens. — Ce sont : 1° une paire d'yeux com-
posés à facettes ; 2° une paire de sacs auditifs à la base
des antennules.
Oi-ganes génitaux. — Les sexes sont séparés.
Mâles. — Une paire de testicules de couleur blan-
châtre, un peu au-dessous et en arrière du cœur.
Les canaux déférents d'abord très entortillés vont
s'ouvrir à la base de la 0° paire de membres thoraciques.
Les deux premières paires d'appendices abdominaux
sont transformées en un appareil excitateur assez com-
pliqué.
Femelles. — Une paire d'ovaires avec un lobe médian
impair, très visibles quand ils sont gonflés d'œufs
bruns. Les oviductes qui en partent latéralement vont
déboucher a la base de la 3" paire d'appendices thora-
ciques.
Pas d'appareil excitateur comme chez le mâle. La
dissection des organes génitaux est très simjile et doit se
faire en même temps que celle du tube digestif ou du
système nerveux.
Les canaux déférents des testicules sont remarquables
par leur belle couleur blanche.
2"= type, le Crabe {Carcinus Mœnas),
L'Anatomie du Crabe est tellement semblable à celle
de l'Ecrevisse que nous ne ferons qu'en indiquer ici les
différences essentielles.
Au point de vue de l'extérieur, le Crabe est caractérisé
par une réduction considérable de l'abdomen qui se re-
wiM:
Fig. H. — Appareil digestif de l'Ecrevisse : es, estomac avec
ses deux portions cardiaque et pylorique; /", foie; i, intestin;
)', rectum. On voit par transparence les glandes vertes.
Fig. 12. — Appareil digestif du Crabe (mêmes lettres) : a. p,
appendices ou ciscums.
])lie sous le céphalotorax de façon à disparaître complè-
tement à l'état normal.
Il importe donc, pour la dissection, d'étaler l'abdomen
et de le fixer avec une épingle.
Le céphalotorax est beaucoup plus ramassé et plus
large, les antennes sont courtes.
L'apparei/ circulatoire est disposé exactement comme
chez l'Ecrevisse, l'artère sternale passe au centre de la
masse nerveuse abdominale unique.
Les branchies ne sont pas filamenteuses, mais formées
de lamelles juxtaposées, et leur forme rappelle assez
colle d'une pyramide triangulaire à pointe libre.
Dans le tube digestif on trouve en arrière de l'estomac
et situés symétriquement deux ciecums pyloriques très
enroulés. Dans le milieu de l'intestin, un léger renfle-
ment où vient s'ouvrir un troisième cœcum (cujcum rec-
tal). Le foie est très volumineux et de couleur jaune
clair.
Le système nerveux est très condensé dans sa partie
thoraco-abdominale et se réduit à un fort ganglion percé
en son centre d'un orifice par où passe l'artère sternale.
Enfin les organes génitaux sont très semblables à ceux
de l'Ecrevisse. (3n les voit dès que l'on a enlevé le cé-
phalotorax, et ils cachent le cœur et une grande partie
du foie.
128
LE NATURALISTE
^ Les orifices mâles sont à la même place que chez
l'Ecrevisse, c'est-à-dire à la base de la S» paire de pattes
ambulatoires, tandis que les femelles sont situés en face
de la troisième paire de pattes, non pas sur la patte,
mais plus ventralement, sous la carapace vers la ligne
médiane.
Pour la dissection, elle se fait absolument comme pour
l'Ecrevisse. A. Gruvel.
SUR LA MINÉRALOGIE DES CADAVRES
Une circonstance fortuite m'a permis d'étudier, dans
des conditions particulièrement précises, la formation
de produits cristallisés aux dépens d'un cadavre conservé
dans un cercueil de plomb. Des travaux de voirie effec-
tués à Paris, dans la rue de Béarn, sur l'emplacement de
l'église de l'ancien couvent des Minimes, ont mis en effet
à découvert deux cercueils en plomb datant de 1630, que
j'ai pu examiner grâce à l'obligeance de M. le D' Robi-
net.
Le squelette renfermé dans l'un de ces cercueils était
intact, les cheveux abondants n'avaient point été altérés.
L'intérieur du crâne ne renfermait que quelques sphé-
rolites cristallins. Le second cercueil contenait, au con-
traire, un squelette très altéré : plusieurs os longs, un des
os iliaques étaient couverts de paillettes blanches trans-
parentes. La cavité du crâne était transformée en une
magnifique géode (brisée), tapissée d'aiguilles ou de
lames blanches atteignant 8 millimètres de plus grande
dimension. Leur disposition dans le crâne est régulière ;
le plan interne de celui-ci est fissuré, soulevé et c'est sur
ces débris que sont implantés les cristaux. Le diploé est
très altéré, ses larges cellules ayant permis le développe-
ment facile du minéral qui l'imprègne, enfin le plan ex-
terne est, par places, lui-même recouvert de cristaux.
La sul)stance de ceux-ci est un hydrate de phosphate
bicalcique : la métabrushite.
Ce minéral est le même que celui qui a été trouvé une
seule fois à la surface d'os d'une des tombes du gisement
préhistorique de Solutré (Saône-et-Loire).
Il est probablement identique à celui que Fourcroy et
Vauquelin rencontrèrent en 1807 sur un squelette ren-
fermé dans une tombe on pierre datant du xi« siècle,
découverte à Paris dans la vieille église Sainte-Gene-
viève.
On peut se demander quelles sont les réactions qui ont
donné naissance à ce minéral connu dans le guano des
Antilles et dans quelques grottes (en particulier dans
celle de Minerne (Hérault). M. A. Gauthier a expliqué de
la façon suivante la formation de la métabrushite de ce
dernier gisement: sous l'influence de ferments oxydants,
les organes mous des animaux enfouis dans la caverne
auraient donné naissance, entre autres produits, à du
phosphate biammoniacal qui, entraîné par les eaux au
contact du calcaire constituant le substratum de la
caverne, aurait, par substitution, formé du phosphate bi-
calcique.
Il est probable ijue des réactions de ce genre sont inter-
venues pour donner naissance aux cristaux que j'étudie;
mais ici le cadavre, conservé en vase clos, a donné lui-
même tous les éléments nécessaires à la formation, du
minéral. Ce sont ses os qui ont fourni la chaux (et sans
doute aussi une partie de l'acide phosphorique). La con-
centration des cristaux dans la boite crânienne du sque-
lette de la rue de Béarn montre aussi que, dans ce cas,
la matière cérébrale a joué un rôle particulièrement actif
dans leur production.
L'étanchéité du cercueil de plomb rendant possible le
contact longuement prolongé, et sans doute sous pres-
sion du squelette et des produits de la décomposition ca-
davérique, a permis ainsi entre eux de mutuelles réac-
tions chimiques.
Il est probable que ce phénomène d'autominéralisa-
tion n'est pas rare; il m'a' paru utile d'appeler l'atten-
tion, cette note constituant une première contribution à
la minéralogie des cadavres.
A. Lacroix.
(Bulletin du Muséum de Paris.)
ANIMAUX
Mythologiques, légendaires, historiques, illustres,
célèbres, curieux par leurs traits d'intelligence,
d'adresse, de courage, de bonté, d'attachement,
de reconnaissance, etc.
Tout le monde connaît les fables stupides des innom-
brables supplices infligés par les Carthaginois à Ré-
gulus : pour pouvoir les supporter tous, il lui eût fallu
vivre de bien longues années; mais, par contre, les plus
sérieux d'entre les auteurs grecs ou latins qui ont parlé
de Régulus, et qui ont donné sur lui les détails les plus
nombreux et les plus circonstanciés, ne soufflent pas
mot de ces atrocités, écloses dans le cerveau maladif de
quelque ancien compilateur qui écrivait l'histoire comme
on invente un roman.
A la bataille de Palerme (251 av. J.-C), les Cartha-
ginois, commandés par Asdrubal, avaient 30.000 soldats
et 130 éléphants. Métellus les attira jusque sous les murs
de la ville, manœuvra de manière à arrêter leurs
éléphants entre les fortifications et l'infanterie cartha-
ginoise; puis, rendus furieux par les blessures qu'ils rece-
vaient du haut des murailles, les animaux su retour-
nèrent contre l'armée carthaginoise et y portèrent le
désordre et la mort; l'armée romaine fit le reste. Carthage
perdit dans cette bataille 20.000 hommes et tous les
éléphants de l'armée d' Asdrubal : 104 tombèrent au pou-
voir du vainqueur; les autres furent tués. Les 104 élé-
phants vivants ornèrent le triomphe de Métellus, furent
ensuite promenés dans toute l'Italie, puis enfin réunis
dans le cirque et livrés à la canaille romaine, qui les
massacra à coups de traits.
Pendant la Révolte des mercenaires, ce fut encore aux
éléphants que Carthage dut son salut, à la bataille du
Macar.
Quand Amilcar passa en Espagne pour la soumettre à
Carthage, il s'y établit fortement, grâce à ses éléphants,
et il y maintint une armée permanente de 50.000 fan-
tassins, 6.0CO chevaux et 200 éléphants (Diodore de Sicile,
fragm. Liv. XXV, églog. 2). Plus tard, Asdrubal succéda
à Amilcar dans le gouvernement de l'Espagne, et, à son
tour, il eut pour successeur son fils Annibal, qui déclara
bientôt la guerre aux Romains ; et c'est surtout pendant
cette seconde guerre punique que l'on vit les éléphants
LE NATURALISTE
129
jouer un grand rôle dans les mémorables batailles
qu'Annibal livra aux Romains.
A la bataille de la Trébie(219 av. J.-C), les Romains
avaient 30.000 fantassins, 4.000 chevaux et un corps im-
portant d'auxiliaires gaulois; environ 40.000 hommes
d'infanterie italienne et étrangère, en tout. L'armée car-
thaginoise était aussi forte, en infanterie, que celle des
consuls Scipion et Sempronius; mais elle comptait
10.000 chevaux et des éléphants, 20.000 Romains y furent
massacrés, mais Annibal y eut la pkqiart de ses éléphants
tués, ou, du moins, ces animaux étaient déjà extrême-
ment éprouvés par les privations et les froids qu'ils
avaient dû endurer avant d'arriver sur le lieu du combat,
et Annibal en avait perdu en route un grand
nombre. Par conséquent, c'était avec des éléphants ma-
lades et impotents, pour ainsi dire, qu'Annibal avait
combattu.
Aux batailles de Trasimène et de Cannes, où la morgue
et l'orgueil italiens reçurent de si nécessaires leçons,
Annibal n'avait pas d'éléphants; ce furent simplement le
génie, l'habileté du grand général africain qui détermina
l'anéantissement des armées romaines. Mais, en recevant la
nouvelle de la victoire de Cannes, le sénat de Carthage
lui fit immédiatement parvenir des troupes fraîches et des
éléphants.
A l'attaque de la place de Noie, que défendait le préteur
Marcellus, Annibal perdit 6.000 hommes et 6 éléphants.
Six ans après l'ouverture de la guerre, comme il s'ef-
forçait de faire lever le siège de Capoue par les Romains,
il perdit encore 3 éléphants.
Au combat qu'il livra à Marcellus, près du Numislron,
ils lui furent encore très utiles.
Le consul Néron lui en tua 4 et lui en prit 2 au com-
bat de Grumentmn.
A la bataille de Canusium, entre le consul Marcellus et
Aunibal, celui-ci eut environ 8.000 hommes écrasés par
ses propres éléphants terrifiés et affolés, et B de ces ani-
maux restèrent sur le champ de bataille (210 av. J.-C).
A la bataille du Métaure (208 av. J.-C), les Carthagi-
nois en perdirent 15.
A la bataille d'Elinge (206 av. J.-C), en Espagne,
entre les Carthaginois et les Romains, les 32 éléphants
des Carthaginois furent tués, moins 8 qui tombèrent
vivants entre les mains des vainqueurs : et remarquez que
les défaites des Carthaginois étaient presque toujours
occasionnées par ces animaux, qui les chargeaient au
lieu de charger l'ennemi. Cette bataille fut la dernière
que Rome et Carthage se livrèrent en Espagne.
A la bataille de Zama, gagnée par Scipion sur Annibal
(202 av. J.-C), les Carthaginois avaient 80 éléphants :
11 furent ]iris vivants par les Romains; tous les autres
périrent.
Pendant la troisième guerre punique, les Carthaginois
n'eurent pas d'éléphants : en effet, au nombre des clauses
du traité qui avait mis fin à la deuxième, se trouvait pour
eux la défense d'entretenir désormais aucun de ces ani-
maux.
Les rois d'.\fri(jue, alliés ou ennemis de Rome et de
Carthage, eurent aussi, à l'imitation de cette dernière,
des trains d'éléphants. Masinissa en fournit souvent,
dans la suite, aux Romains. Pendant la troisième guerre
punique, Guliissa, fils de ce roi, en amena aux Romains
qui s'en servirent précisément contre les Carthaginois.
Micipsa, autre fils et successeur de Masinissa, en fournit
plusieurs fois aussi aux généraux romains.
Jugurtha s'en servit contre ces mêmes Romains, et
réussit même à faire passer sous le joug ces légions qui
avaient détruit Carthage et les royaumes les plus puis-
sants de la terre. Dans la dernière bataille qu'il livra aux
Romains, sur les bords du Mulliul, et où il fut vaincu, il
eut 40 éléphants tués et plusieurs autres, quatre selon
Salluste, furent pris vivants.
Ce fut pendant cette guerre de Jugurtha qu'eut lieu la
rivalité do Marins et de Sylla. Les deux adversaires
eurent des partisans en Afrique, et l'on y vit des élé-
pluuits dans les deux armées adverses. Pompée, qui
réussit à vaincre pour le compte de Sylla les partisans
de Marins, ramena à Rome un nombre assez considé-
rable de lions et d'éléphants, et il fît atteler quatre de ces
dernier à son char triomphal.
Juba, fils d'ilieinpsal, remis en possession de son
trône de Mauritanie par Pompée, prit naturellement
parti pour ce dernier contre César, pendant la guerre
civile. Il mit sur pied une armée à laquelle était attache
un train de 40 éléphants, et il détruisit à Bagradas deux
légions de César commandées par Curion. Après la
défaite de Pharsale, il aida encore puissamment les par-
tisans de Pompée accourus en Afrique, et il eut dans
son armée jusqu'à 120 éléphants.
A la bataille de Thapsus (47 av. J.-C), gagnée par
César sur Scipion et Juha en Afrique, César avait neuf
légions et Scipion et Juba, environ 80.000 combattants;
César avait donc une armée plus faible environ d'un
tiers que celle de ses adversaires ; et, en outre, l'armée
ennemie avait 64 éléphants, et sa défaite fut occasionnée,
comme tant d'autres, par l'irruption dans ses propres
rangs de ces animaux alfolés. Ces 64 éléphants furent
pris par César, qui les fit amener à Rome pour orner
son triomphe; 40 éléphants, rangés sur deux files, précé-
daient le dictateur avec des flambeaux dans leurs trompes.
L'idée de cette singulière cérémonie avait été prise par
César aux coutumes des rois d'Egypte et de Syrie, qui
se faisaient parfois éclairer ainsi dans leurs promenades
nocturnes, d'où le nom de /uxvo^opoi donné aux éléijhants
dressés à ce service (c'est-à-dire porle-flambeaux). Plus
tard, pour son troisième consulat. César donna au peuple
des jeux dans lesquels on vit, une fois, 20 éléphants com-
battre contre bOO fantassins, et, une autre fois, 20 autres
éléphants portant leurs tours chargées de trois archers,
combattre contre 500 fantassins et 500 cavaliers.
Les Romains se servirent aussi des éléphants, comme
je l'ai dit plus haut en parlant de la troisième guerre
puni(iue. Le consul Sulpicius Galba s'en servit contre
Philippe, roi de Macédoine. Son successeur Quinctius
Flamininus ajouta 10 autres éléphants à ceux de Galba,
et il mit les Macédoniens en complète déroute à la bataille
des Cynocéphales, en Thessalie.
A la bataille de Magnésie (191 ans av. J.-C), Scipion
avait 10 éléphants, et Antiochus le Grand 54 (le livre des
Macchabées porte ce nombre à 120); lu de ces éléphants
furent pris avec leurs conducteurs; les autres furent tués.
Les Romains se servirent aussi des éléphants contre
les Arvernes et les Allobroges (122 à 121 av. J.-C), sous
les ordres du proconsul Domitius Ahenobarbus, un des
ancêtres de l'empereur Néron ; on pense même que ce
sont les deux dernières affaires où les Romains auraient
utilisé la masse et l'aspect de ces animaux, pendant la
République ; plus tard, sous l'empire, et surtout pendant
les guerres continuelles que Rome soutenait contre les
Perses, on revint à l'emploi des éléphants.
130
LE NATURALISTE
Laissons maintenant de côté les milliers d'autres
affaires où l'homme s'est servi de l'éléphant pour essayer
de détruire l'homme, et voyons comment les anciens
parvenaient à dompter ces féroces animaux et d'autres
encore.
Les dompteurs prenaient le nom de mansuetarii ; les
lions, les léopards, les tigres, étaient soumis par eux
comme de jeunes chiens. Dans sa Lettre LXXXV, à la
fin, Sénèque dit : « Certaines gens domptent les hètes
féroces, et amènent à porter le joug les animaux les plus
cruels et dont l'ahord inspire le plus d'épouvante à
l'homme ; non contents d'avoir dompté leur férocité, ils
les apprivoisent au point de les rendre familiers. Le lion
reçoit dans sa gueule le bras de son maître ; le tigre se
laisse embrasser par son gardien; le plus petit Ethiopien
fait mettre à genoux et marcher mer la corde un élé-
phant. »
Dans son Épigramme XVIII, Sur un tigre apprivoise',
redevenu tout à coup féroce à l'aspect d'un lion, Martial
dit:
« Un tigre, la merveille des montagnes de l'IIyrcanie,
accoutumé à lécher la main que lui présentait avec sécu-
rité son maître, a, dans sa fureur, déchiré de sa dent
cruelle un farouche lion. Chose inouïe, dont on n'avait
pas eu d'exemple jusqu'à nos jours : tant qu'il vécut au
fond des forêts, il n'eut jamais une pareille audace; de-
puis qu'il est parmi nous, il a plus de férocité ! »
Dans la VU" Épigramme du livre I, il dit, au sujet d'un
lion de César :
« Un aigle emporta jadis, à travers les airs, un enfant
que ne blessèrent point ses serres timides. Aujourd'hui,
les lions de César se laissent attendrir par leur proie, et
un lièvre se joue sans péril dans l'énorme gueule de l'un
d'eux... »
Même sujet dans VEpigramme XV du même livre :
« Nous avons vu, César, les plaisirs, les jeux et les
divertissements des lions : l'arène t'offre aujourd'hui le
même spectacle. Un lièvre, saisi et lâché tant de fois par
la dent qui le caresse, court en liberté dans cette gueule
ouverte... »
Epigramme XXIll du même livre :
« Lièvre, pourquoi fuis-tu la gueule inoffensive de ce
paisible lion'?... Ses dents n'ont point appris à dévorer
d'aussi chétives bêtes, etc. »
Epigramme XLIX, même livre :
« Les maîtres du combat n'ont pu arracher les tau-
reaux à cette vaste gueule, dans laquelle un lièvre, ti-
mide proie, se promène en tout sens; et, ce qui est plus
étonnant encore, ce lièvre sort plus vif de la gueule
ennemie, et semble rapporter quelque chose d'un si
grand courage. Il n'est pas plus en sûreté lorsqu'il court
seul sur l'arène, et, dans sa tanière même, il est moins à
l'alu-i du danger. Si tu veux, lièvre folâtre, éviter les mor-
sures des chiens, tu as la gueule d'un lion pour refuge. »
Epigramme LU, même livre :
« Il ne faut, aux féroces lions, que des animaux de
la première grosseur. Pourquoi, lièvre ambitieux, fuir
l'approche de ces dents'? Crois-tu qu'ils voudront des
énormes taureaux descendre jusqu'à toi, et dévorer ta
tête, qu'ils aperçoivent à peine? »
Epigramme LXI, même livre :
« Lièvre, quoique tu entres dans la vaste gueule du
terrible lion, il ne te sent pas à côté de sa dent. Où trou-
vera-t-il une croupe, où trouvera-t-il des épaules pour
les profondes morsures qu'il fait aux jeunes taureaux ?
Pourquoi fatigues-tu vainement le maître et le roi des
forêts?... »
Epigramme CV, même livre :
« En voyant le cou tacheté du léopard supporter un
joug fragile ; les tigres féroces endurer patiemment le
fouet, les cerfs mordre le frein doré de leur bride ; les
ours de Libye se montrer dociles au mors ; un sanglier
formidable, tel qu'on nous dit avoir été celui de Calydon,
se laisser conduire avec un licou de pourpre ; les dif-
formes bisons traîner des chariots ; et le pesant éléphant,
ne refusant rien à son noir conducteur, danser avec
grâce lorsque celui-ci le lui commande, qui ne croirait
assister à un spectacle des dieux ?
« Il n'est personne toutefois qui ne détourne les yeux
de ces objets, comme peu dignes d'attention, quand
viennent s'offrir à ses regards les petites chasses des lions
que fatiguent, dans leur épouvante, les lièvres fuyant
avec rapidité. Ces premiers quittent leur proie, la re-
prennent, la flattent, et la tiennent dans leur gueule où
elle ne court nul danger ; ils se plaisent à lui laisser des
issues pour s'échapper, et à contenir leurs dents, qui
craignent de lui faire le moindre mal. »
Marc-Antoine aimait à se promener avec la courtisane
Cythéris dans un char traîné par des lions (Plutarque,
Vie de M. Antoine, ch. 9).
Iléliogabale faisait aussi atteler à son char des cerfs,
des lions ou des tigres (Lampride, Vie d'Héliogabale
ch. 8). Un certain nombre de lions et de léopards, à qui
l'on avait coupé les griffes, étaient devenus si familiers,
que cet empereur les faisait entrer tout à coup dans la
salle des festins, où ils allaient tranquillement s'asseoir
au milieu des convives, au grand effroi de ceux qui
n'étaient pas prévenus de ces terribles visites, et, bien
entendu, à la grande joie du fou couronné.
En l'an de Rome 567, le consulaire M. Pulvius donna
au peuple le spectacle d'une chasse de lions et de pan-
thères ; huit ans après, les édiles firent paraître dans le
cirque 40 ours. 63 léopards et quelques éléphants (Tite-
Live, xx.xix, 22; x'liv, 18).
En l'an 6oo, on vit pour la première fois des éléphants
combattre dans l'arène contre des taureaux (Pline, Hist.
naturelle, viii, 7), et ce spectacle fut encore donné au
peuple vingt ans plus tard par Lucullus.
Sylla fut le premier qui exposa ICO lions lâchés en
liberté dans le cirque ; jusqu'à lui, on avait pris la pré-
caution d'enchaîner ces animaux (Sénèque, Du peu de
durée de la vie, xiii. — Pline, Hist. nat., vu, 30).
Domitius Ahenobardus fit combattre, en 693, cent ours
avec des chasseurs Ethiopiens ; et, trois ans après, Scau-
rus exposa 150 léopards et fit voir aux Romains le pre-
mier hippopotame avec 8 crocodiles (Pline, Hist. nat.,
VIII, 24, 40, 54).
Mais personne ne surpassa Pompée dans ce genre de
magnificence.
Il fit paraître dans l'arène jusqu'à 600 lions, 410 pan-
thères, une vingtaine d'éléphants, un loup-cervier des
Gaules et un rhinocéros (Pline, Hist. nat. viii, 7, 20, 24,
28, 29, 34. — Dion Cassius, xxxix, 38. — Agatharchide,
De la mer rouge, 36).
César exposa, dans les jeux qu'il donna à la fin de la
guerre civile, 400 lions, 40 éléphants et une girafe, ani-
mal que les Romains voyaient pour la première fois.
(Pline, Hist. nat. viii, 20. — Dion Cassius, xliii, 4).
LE NATURALISTE
131
J'arrête ici cette énumération qui, complète, remplirait
au moins huit colonnes de ces pages.
Elien {De la nature des animaux, I cli. xi), parle des éta-
blissements que l'on avait établis à Rome pour l'instruc-
tion des éléphants destinés à paraître aux jeux du
cirque, et où on leur apprenait à danser en cadence, à
faire de l'escrime, à danser sur la corde, à lancer des
traits, etc. (Voyez Armandi, Histoire militaire des élé-
phants, livre II, ch. I, p. 239).
E. N. Santini de Riols.
LE STILBUM BUQUESTI
CHAMPIGNON DÉVELOPPÉ SUE, UNE GUÊPE
M. le D"" Jacobs a communii|ué à la société entomolo-
gique de Belgique une note intéressante sur un champi-
gnon développé sur une guêpe {Vespa germanica), note
que nous reproduisons ci-après, ainsi que la figure qui
l'accompagne.
Beaucou]) d'insectes de tous les ordres sont attaqués
par des parasites végétaux particuliers ou cryptoganiiques,
auxquels on a donné le nom de Torrubia, du nom de
l'auteur qui en fit le premier l'observation. Assez rare-
ment rencontrés en Europe, on les trouve fréquemment
aux Antilles, sur les vespides du genre Polistes, ainsi
que dans d'autres localités de l'Amérique où habitent les
insectes de cette famille.
M. le professeur 'V. Dcspret de Carlsbourg m'a fait
parvenir une variété de 'Vespa germanica Fab., sur
laquelle s'est développé ce singulier végétal. Mme Bommer,
qui a bien voulu l'étudier, l'a désigné sous le nom de
Stilbum Bu(iuesti (M. et Ch. Robin) ; l'exemplaire est
incomplètement développé. Le cryptogame se présente
sous forme de filaments qui sortent d'entre les segments
de l'abdomen, ils y sont très nombreux, le thorax en
émet également; ils partent de l'insertion des deux pre-
mières paires de pattes, notre spécimen en porte à
l'extrémité du premier article d'une antenne et à la partie
postérieure des mandibules.
Cet état est la deu.'cième période de l'existence du para-
site, on l'a désigné sous le nom d'état ascophore, il
comporte des appareils reproducteurs qui terminent les
filaments; ces derniers peuvent atteindre de 3 à 5 centi-
mètres, être simples, filiformes, flexueux et rigides, ou
se bifurquer; à leur extrémité se trouve un renflement
creux irrégulicr, long de 3 à 5 millimètres avec un
diamètre do 2 à 3 millimètres recouvert de petites pustules
finissant par des corpuscules ou concoptacles donnant
naissance aux corjis reproducteurs ou endospores.
La première période de l'existence du parasite est
connue sous le nom d'état conidial, il est dû au dévelop-
pement des spores du cryptogame; ces corps reproduc-
teurs donnent des filaments qui jiénètrent dans l'intérieur
du corps de l'insecte par les parties molles séparant les
segments ; ils se nourrissent aux dépens de la matière
grasse de l'insecte par la production d'un mycélium plus
ou moins abondant.
On croit que l'insecte succombe lorsque le parasite
s'est fait jour au dehors, après l'avoir épuisé (Voir
André, t II, pp. 521-22).
UN NID DE LORIOT
Je vous signale un fait qui me paraît assez curieux et
qui peut-être intéressera les lecteurs du Naturaliste.
J'ai trouvé dans une campagne, aux environs de Lille,
un nid de Loriot entièrement fait de laine blanche et de
bandes de papier provenant du télégraphe système
Morse. Or, le bureau télégraphique le plus proche est à
au moins trois kilomètres de là. Il faut donc que le loriot
ait fait plusieurs fois ce parcours, car la quantité de
papier ainsi transportée est relativement considérable.
Peut-être son instinct lui a-t-il appris que, dans un nid
bâti en papier, ses petits auraient bien chaud. Ne voit-on
pas des gens criblés de rhumatismes étendre un journal
sur leurs genoux glacés et prétendre que ce papier vaut
la meilleure des couvertures ':*
De plus, les caractères de l'alphabet morse sont encore
très visibles. Il serait peut-être intéressant de reconsti-
tuer les diverses dépêches ainsi rassemblées ; mais j'ai
pensé que, dans ce cas, la curiosité serait vraiment un
vilain défaut.
Marcel Plaideau.
Culture et fabrication
HE
LA CHICORÉE A CAFÉ
Sa composition, sa fabrication
Connue depuis cent ans à peine, presque exclusive-
ment employée jadis à falsifier le café véritable, la chi-
corée a reçu aujourd'hui sa consécration définitive. Pure,
elle possède certaines propriétés curatives qui en font
une plante des plus utiles, lorsqu'on en fait un usage
modéré; elle offre en particulier l'avantage de rendre
l'infusion de café moins échauffante, étant elle-même
légèrement laxative. Aussi, est-elle maintenant d'un
usage courant, qui en fait une denrée commerciale des
plus usuelles. Mais les ouvrages de vulgarisation, voire
132
LE NATURALISTE
même les traités techniques, s'en étant encore fort peu
occupés, il n'est pas jusqu'à sa nature même qui ne soit
généralement ignorée.
La chicorée appartient à la famille des composées
{Cichorium intybiis). Cultivée el'abord au siècle dernier en
Hollande, elle fut implantée au commencement de
celui-ci en Allemagne, dans le nord de la France et
en Belgique. On la distingue facilement de la chicorée
sauvage, grâce au grand développement de sa racine, ana-
logue à celle de la betterave, et aux nombreuses décou-
pures de ses larges feuilles.
C'est la Belgique qui détient aujourd'hui le record de
la culture de la betterave : H.OOO hectares de terrain lui
sont consacrés. La France ne lui accorde que 1.200 hec-
tares (dont 500 pour le Nord et 200 pour le Pas-de-
Calais). A la suite de la crise des sucres, les planteurs
ont substitué la culture de la chicorée à celle de la bette-
rave dans les arrondissements de 'Valenciennes, Cambrai,
Lille, Arras et Béthune.
C'est au printemps que se fait l'ensemencement. On
choisit des terres légères de préférence à cause de la
difficulté que présente l'arrachage. On lui fait subir de
nombreux binages et sarclages. La récolte se fait en
octobre et novembre. Le rendement moyen est de 25.000
à 30.000 kilos par hectare, ce qui donne approximative-
ment un bénéfice net de 100 à 200 francs.
Les produits de la récolte sont vendus aux fabricants
soit en racines vertes, effeuillées et décolletées, soit en
cossettes sèches. Celles-ci sont obtenues en fendant les
racines en deux ou en quatre fragments longitudinaux,
qui sont ensuite coupés transversalement en morceaux
de 4 à 5 centimètres de longueur. Ces fragments sont
sèches à 50° ou 55°, soit à l'étuve, soit dans des tourailles
analogues à celles des lirasseurs. On obtient de 30 à
35 kilos de cossettes sèches avec 100 kilos de racines
■vertes.
Dans les fabriques, ces cossettes sont d'abord torré-
fiées dans de grands cylindres tournants, puis on les
additionne de 2 0 0 de leur poids de mélasse ou de
beurre, destinés à donner du brillant au produit. Une
fois le grillage terminé, on procède à la mouture, au
moyen de meules ou de cylindres. Enfin, la poudre
obtenue est soumise à un blutage qui sépare en
quatre sortes la chicorée commerciale : la poudre, le (in
grain, le moyen grain et la semoule ou gros grain.
Ces diverses qualités sont mises en caisses, en barils
ou en paquets, pour être livrées à la consommation.
D'après M. le D'' Riant, c'est le prix exorbitant auquel
était le café au commencement du siècle dernier qui a
conduit le consommateur, habitué à une liqueur noire,
à introduire lui-même dans sa préparation une notable
quantité de chicorée.
Paul J.\cOB.
PRÉCIS D'ANATOMIE ET DE DISSECTIONS
Le « Précis d'Analojnie comparée et de dissections » par
M. A.Gruvel(U, que vient de publier la Maison o Les Fils
D'Emile Deyrolle )),a été conçu dans un plan assez diffé-
rent des publications similaires qui ont paru jusqu'ici.
L'auteur, sans se noyer dans de trop longs détails,
()) i vol. de 258 pages, avec 204 figures dans le texte, prix :
3 fr. 50, franco : 3 fr. 75. (Les lits D'Emile Deyrolle, éditeurs,
46, rue du Bac, Paris).
a su dégager, au point de vue de l'Anatomie comparée,
les types les plus importants à connaître, il a mis en
relief les caractères différentiels de chacun et a montré
comment les organes se modifient progressivement dans
la série animale.
Au lieu de faire une suite d'études d'anatomie descrip-
tive, nettes et tranchées, M. Gruvel s'est attaché jdus'par-
ticulièrement à montrer les liens qui rattachent les
groupes les uns aux autres : cela en termes clairs et
précis, évitant autant que possible les redites, de façon à
ne pas allonger inutilement l'ouvrage.
La partie consacrée à l'étude des principaux types
d'animaux, celle de Dissection proprement dite, est es-
sentiellement écrite dans un but pratique. L'auteur a
essayé de placer un débutant devant un animal à étu-
dier et de le diriger pas à pas, de façon qu'il
puisse de lui-même, avec son livre en mains, faire une
dissection complète et soignée. Les détails de l'organi-
sation générale des différents types sont résumés aussi
succinctement que possible, mais d'une façon suffisam-
ment complète cependant pour que toutes les parties es-
sentielles soient énumérées en même temps que leurs
positions relatives dans le corps, et la façon pratique de
les préparer.
Les dessins sont tous schématiques et destinés à
permettre de saisir facilement les descriptions faites
dans le texte.
Tout en étant écrit pour des étudiants, le livre de
M. Gruvel pourra utilement servir aux personnes, de
jour en jour plus nombreuses, qui s'intéressent à l'étude
de la nature, et qui, ne se contentant plus de la détermi-
nation des espèces, veulent aussi savoir comment sont
constitués les êtres qui les environnent.
POINTS DE CONTACT DES INSECTES
Avec les autres Arthropodes
Eomologies organiques et physiologiques des Arthropodes.
Nous avons montré déjà les analogies qui, en des points
variés de la série, rattachent les autres groupes des
Arthropodes aux Insectes, tout en laissant à ceux-ci une
réelle prééminence qui se traduit par une phase ultime
de développement embryonnaire, leur permettant d'ac-
quérir leur caractère propre et distinctif ; il ne sera sans
doute pas inutile de faire voir que tous les Articulés à
pattes sont construits sur un môme plan, réunion d'un
certain nombre de projets primitifs isolément développés
dans chacune de leurs réalisations, et insensibles ou ru-
dimentaires dans les autres. Il est remarquable, en effet,
que les quatre types généraux des Arthropodes ont cha-
cun une caractéristique spéciale, les Insectes, par
exemple, des appendices alaires, les Arachnides un plas-
tron sternal rigoureusement porteur de huit pattes, mais
qu'en dehors de cette caractéristique, qui se manifeste
d'ordinaire surtout à l'état adulte, ils sont unis, au moins
pour une période de leur existence, par d'intimes rap-
ports morphologiques ou fonctionnels.
Ils ofl'rent pour trait commun, sans exception réelle,
de passer, au moment de l'apparition des aptitudes
sexuelles, par une phase de repos, d'inactivité, quelque-
fois très longue, quelquefois à peine ajipréciable, pen-
dant laquelle s'élaborent les organes et les éléments gé-
LE NATURALISTE
133
nérateurs, et qui est, selon les cas, une mue ou une mé-
tamorphose. Cette pertui-liation normale a]iportée aux
fonctions générales de l'individu quand il devient adulte,
n'est pas, sans doute, limitée aux Arthropodes ; elle se
retrouve, au contraire, presque partout dans la série
zoologique, et elle semble faire partie de droit du plan
initial qui a servi de hase à la réalisation dos animaux;
c'est une loi dont nous pouvons constater les effets par-
tout autour de nous, et à laquelle l'espèce humaine, mal-
gré ses prérogatives, ne laisse pas d'être soumise. Mais
c'est le processus suivant lequel elle s'accomplit chez les
Arthrojiodes qui leur est particulier, parce que la trans-
formation s'y accomi)lit en queliiuo sorte d'emblée et par
un brusque abandon des aptitudes et des organes anté-
rieurs dans ce qu'ils avaient d'incomplet ou d'imparfait.
Chez tous les Arthropodes, jusqu'à l'apparition des élé-
ments sexuels, le dév(doppement individuel ofl're ce point
de contact qu'il s'opère par une série de mues plus ou
moins complètes, la distinction réelle des groupes com-
mençant à la dernière île ces mues, où la sexualité
acquise fixe la forme de l'adulte. Ici la scission, au point
de \Tie de l'évolution ultime de l'organisme, se montre
profonde. Chez les uns, le corps conserve l'aspect exté-
rieur qu'il présentait avant celte dernière étape, avec
quelquefois un nombre plus grand d'appendices, dont la
présence ne change rien à la forme générale. Tels les
Crustacés, les Arachnides, les Myriopodes, les Thysa-
noures. Chez les autres, au contraire, cette forme de-
vient bien dilTércnte de ce qu'elle était, au point qu'on
croirait voir un être nouveau dont la filiation et l'origine
se constatent, mais ne se devinent pas. Tels les Insectes.
Dans ce dernier cas, le phénomène est une véritable
métamorphose, qui ne peut se faire que par une conti-
nuation du travail embryonnaire au sein d'un second
œuf, ou nymphe. En réalité, dans la grande majorité des
Insectes, la métamorphose nymphale se compose de mo-
difications complexes qui ne laissent guère subsister, de
l'état larvaire, que la matière, et qui, au point de vue
morphologique, transforment radicalement les organes.
Que reste-t-il, par exemple, de la chenille à pattes sur-
numéraires et à bouche broyeuse dans le papillon muni
de grêles pattes thoraciques, et d'une longue trompe en-
roulable '? La difl'érence est considérable, essentielle en
quelque sorte, et les faits qui l'ont déterminée n'ont pas
provoqué seulement une acquisition d'ailes, ce qui eût
été peu de chose, mais une régression.d'organes, puisque
l'abdomen du papillon n'a plus d'appendices ambula-
toires, et ime adaptation très spéciale des pièces de la
bouche. De même chez les Diptères, chez les Hyméno-
ptères.
A première vue, la métamorphose substituée, chez les
Insectes, à la dernière mue des autres Arthropodes, pa-
rait donc les isoler, en raison de la complexité des phé-
nomènes dont elle est le produit. Mais, si l'on veut bien
étudier, au double flambeau du raisonnement et des ré-
vélations de la paléontologie, l'évolution probable de
l'immense groupe des Insectes, on arrivera à cette con-
clusion que la métamoriihose aussi complète, aussi ra-
dicale, aussi chargée de détails, n'est qu'une forme plus
parfaite, provoquée par un progrès nécessaire et inces-
sant, du procédé initial de la nymphose, où l'acte s'ac-
complissait, comme pour s'essayer, selon la formule la
plus simple possible, sans repos apparent, sans retour de
la substance à une quasi-homogénéité plastique et façon-
nable, sans second œuf. C'est l'histoire de l'évolution de
toute aptitude : le résultat reste toujours sensiblement
semblable, les phénomènes qui y conduisent varient
seuls en se perfectionnant. Chez les premiers Insectes,
Névroptères déjà orientés vers les Orthoptères, le som-
meil nymphal était inconnu, remplacé par une mue plus
importante que les autres, et à proprement parler la mé-
tamorphose n'a été à l'origine qu'une acquisition d'or-
ganes.
D'où l'on ijcut conclure qu'en principe elle n'est que
cela, parce qu'elle n'a été autorisée que pour cela, et que
si elle est autre chose chez les Insectes des ordres cul-
minants, c'est parce qu'elle a dépassé son but. Si l'on
admet cette proposition, elle di'vient l'analogue de la
dernière mue des Acariens, qui leur donne à la fois des
aptitudes sexuelles et une paire de pattes en plus. Là
encore, ce qui permet de poursuivre l'analogie, le phé-
nomène s'exagère quelquefois, puisque, dans certaines
espèces (Hydrachnidos), à la larve hexapode active suc-
cède une larve parasite immobile, véritable nymphe,
remplacée à son tour par une larve octopode active qui
n'a plus, pour ressembler en entier à l'adulte, qu'à ac-
quérir des organes sexuels. Si donc on réduit la méta-
morphose, provoquée par l'apparition des éléments gé-
nérateurs, à l'acquisition de ces éléments et d'une ou
deux paires d'appendices, ce phénomène cesse de carac-
tériser rigoureusement les Insectes, et sa valeur se trouve
considérablement amoindrie. Car vraisemblablement, il
n'est pas plus difficile à l'Insecte de développer sur ses
segments thoraciques quatre ailes qu'à l'Acarien d'acqué-
rir une nouvelle paire de pattes. Idée que semble prou-
ver d'une manière évidente la faculté qu'ont les pattes de
l'Araignée de repousser quand un accident les a brisées,
et cela à la faveur d'une mue, c'est-à-dire d'un phéno-
mène qui est le point de départ et la représentation ini-
tiale de la nymphose.
Au point do vue physiologique, la valeur de la méta-
morphose considérée comme une faculté propre aux
Insectes se révèle également assez peu importante, si
l'on considère combien, dans la série animale, est rapide
le travail de la différenciation embryonnaire qui, en
quelques semaines, amène un œuf, c'est-à-dire une
simple cellule, à la forme complexe et volumineuse d'un
chien, par exemple, d'un chat, d'un cheval, d'un homme.
Or, la métamorphose n'est, à proprement parler, nous
l'avons déjà dit, qu'une reprise du travail embryonnaire,
et c'est chez les Insectes dont la forme adulte diffère le
plus de la forme larvaire que la période nymphale re-
prend le mieux les caractères de l'œuf, continue par con-
séquent le plus évidemment la différenciation primitive,
interrompue par un accroissement d'un autre ordre, dû
à l'introduction d'aliments étrangers, sans lesquels évi-
demment l'évolution n'aurait pas été possilde. L'impor-
tance des variations de la forme qui s'opèrent en peu de
temps, dans le développement embryonnaire, est un élé-
ment à considérer dans l'étude des relations des types
spécifiques, et les naturalistes qui en tiendront compte,
arriveront sans doute à rattacher à leur souche com-
mune les races ou formes qu'on considère comme des
espèces absolument distinctes, et qui ne diffèrent en réa-
lité à l'état adulte que parce que leur développement lar-
vaire ne s'est point exactement arrêté au même stade,
la différence morphologique étant exagérée par rapport
à la différence de durée de la période embryonnaire.
Abstraction faite de la métamorphose nymphale, mue
complexe provoquée par les aptitudes sexuelles, et dont
134
LE NATURALISTE
l'importanceestmoindrequerapparence ne porte aie pen-
ser, les Arthropodes représentent les divers stades d'un
même progrès morphologique, dont nous retracerons dans
notre prochaine note la marche proljahle. Les analogies
que nous avons déjà étahlies le prouvent, et il est aisé en
outre de trouver çà et là des rapports partiels, isolés,
qui viennent à l'appui de cette manière de voir. L'un des
plus frappants de ces rapports est la ressemblance qui
unit le processus de la fécondation chez les Libelluliens
à l'acte analogue chez les Myriapodes chilognathes. On sait
que chez les Libelluliens l'organe copulateur mâle est
partagé entre les deuxième et neuvième segments abdo-
minaux; le canal éjaculateur, réunion des deux canaux
déférents des testicules, vient déboucher au milieu du
neuvième arceau ventral, tandis que la vésicule séminale
et le pénis se trouvent sous le deuxième; par suite, la
fécondation ne peut s'opérer qu'en tant que le mâle, par
une flexion de son abdomen, emplit sa vésicule de
sperme avant de se livrer à la copulation. La féconda-
tion s'opère par un processus analogue chez les Chilo-
gnathes, dont les mâles portent l'organe copulateur au
niveau du septième anneau, tandis que l'orifice excré-
teur se trouve au niveau des hanches de la deuxième ou
de la troisième paire de pattes.
Quant aux faits qui semblent établir des différences pro-
fondes et infranchissables, il est facile de les interpréter de
manière à rétablir les véritables homologies des organes.
C'est ainsi que la multiplication des pièces de la tcte chez
les Crustacés n'est point suffisante pour les faire sortir du
cadre général des Arthropodes, attendu que le dédouble-
ment des appendices ou même des segments céphaliques
est, héréditaire et constant, le même phénomène que le
dédoublement accidentel des verticilles dans les fleurs
pleines ou doubles, ou que le dédoublement normal des
appendices ambulatoires chez beaucoup de Myriapodes.
C'est ainsi encore que la quatrième jiaire de pattes, si
constante chez les Arachnides, ne constitue pas un ca-
ractère essentiel suffisant pour les supposer construits
sur un plan primordial dilférent de celui des Insectes.
En ellét, tandis que les trois paires postérieures corres-
pondent nettement aux pattes thoraciques des Insectes,
la première paire est due à une adaptation particulière à
la marche des palpes labiaux dont le support médian, ou
lèvre, est nul ou confondu avec la pièce sous-cranienne,
pièce basilaire ou lèvre sternale. Cette homologie paraît
bien établie par ce double fait que souvent, chez les
Insectes, les palpes prennent une api)aronce pédiforme,
et que chez certaines Araignées, les Phrynes, les Ga-
léodes, la paire de pattes antérieures simule des palpes
et même des antennes. Ce qui établit nettement la tran-
sition entre le palpe proprement dit et le palpe devenu
patte ambulatoire et en tout semblable aux six pattes
sternales.
A. ACLOQUE.
ANTIIICIDES EXOTIÛCES NOCYEAE
Formicomus luberculifer 9. Noir brillant avec le prothorax
rougeàtre, les élytres bleuâtres. Tète forte, un peu diminuée
en arrière, à ponctuation presque nulle. Antennes obscurcies,
un peu roussàtres sur leurs premiers articles. Prothorax peu
aUongé, bien dilaté et arrondi en avant, nettement étranglé
à ,1a base qui offre 2 tubercules séparés par une sorte de petit
sillon. Ecusson rougeàtre, étroit. Elytres en ovale assez court,
larges, avec les épaules bien marquées, l'extrémité tronquée
en dedans ; ponctuation peu forte, espacée. Pattes foncées,
roussàtres à la base, fortes avec les cuisses épaissies, les tibias
postérieurs un peu arqués. Long. 4 mill. Colonie du Cap (Raf-
fray in coll. Pic). Tout à fait voisin de bituberculalus Pic (1)
dont il pourrait bien être une variété, même forme, mais pro-
thorax rougeàtre, élytres plus élargis, etc.
Formicomus bispiiifasciaius. D'un brun roussàtre obscurci,
brillant, hérissé de longs poils dressés, avec les antennes et
les élytres simplement d'un brun roussàtre clair, ceux-ci ornés
de bandes transversales blanchâtres. Tète forte, diminuée en
arrière. Antennes courtes, roussàtres, parfois un peu obscur-
cies à l'extrémité. Prothorax peu allongé, dilaté et arrondi en
avant, étranglé près de la base, celle-ci paraissant un peu
élevée sur son mdieu. Ecusson triangulaire. Elytres en ovale
assez court, larges, un peu diminués vers les épaules qui sont
bien marquées, assez arrondis à l'extrémité, d'un brun rous-
sàtre clair, marqués d'une dépression posthumérale transver-
sale sous une fascie de poils blancs, une 2" fascie, parfois peu
marquée, vers le milieu avec quelquefois des taches condensées
pileuses sur les côtés. Pattes fortes, d'un roussàtre plus ou
moins obscurci.
Long. 3 1/2 mill. environ, Obock.
Forme voisine de luberculifer, mais prothorax sans tuber-
cule apparent à la base, les élytres non tronqués avec une co-
loration bien différente, se rapproche davantage de Formico-
mus Gestroi Pic. ; mais ce dernier n'a pas de bandes élytrales
pileuses. M. Pic.
OFFRES ET DEMANDES
-7- A vendre les lots ci-après. S'adresser : à « Les Fils
D'Emile Deyrolle, 46, rue du Bac, Paris ».
1 lot de 28 espèces de Trox européens et exotiques,
38 exemplaires dans un carton. Bonnes espèces.
Prix 10 francs
1 lot de Melolonthides exotiques 59 espèces, 78 exem-
plaires. Ce lot renferme les genres Dicrania à Pachy-
dema inclus. Prix 16 francs
1 lot de Chrysomélides français d'environ 300 es-
pèces, 400 exem'plaires. Grand nombre de bonnes es-
pèces. Excellente occasion. Prix 80 francs
Lot de 110 fossiles des terrains primaires (cambrien,
silurien, dévonien, carbonifère) parfaitement étiquetés
et déterminé. Prix 40 francs
Collection de 75 coquilles nommées comestibles de
Franco avec leurs noms vulgaires et scientifiques.
Prix 25 francs
Lot de 53 espèces de Lépidoptères en partie nom-
més de la Guyane. Prix 20 francs
Lot de 32 espèces de Lépidoptères nocturnes tous
nommés de l'Equateur. Prix 10 francs
Lot de 180 espèces de Coléoptères exotiques, en
grande partie nommés représentés par 240 exemplaires
contenus dans 4 cartons vitrés grand format.
Prix 40 francs
1 lot de coquilles marines et terrestres de Cuba,
plus de 47 espèces, environ 80 exemplaires. Prix 45 francs
1 lot de coquilles du genre Trochida;, contenant
Pharianella, Turbo, Astralium, Pachypoma, Rotella,
Polydonta etc. 88 espèces différentes et environ 19o exem-
plaires. Prix. 55 francs
Lot de fossiles du dévonien de la Sarthe et de la
Mayenne 120 espèces. Quelques-uns représentés par plu-
sieurs exemplaires. Prix 40 francs
— La troisième série de l'Exposition publi(iue des Ac-
tualités géologiques sera inaugurée au Muséum (Gale-
rie de Géologie) le mardi 1"^' juin à 3 heures. Elle res-
tera ouverte les mardis, jeudis, samedis et dimanches de
1 heure à 4 heures.
(1) Décrit in Naturaliste, n" 267, et provenant de Benué, rives
du Niger.
LE NATURALISTE
13S
OISEAUX ACRIDOPHAGES
Les Colins (Orlyx).
La famille dos Colins jiarticulière à l'Amérique sep-
tentrionale y remplace nos Penlrix et nos Cailles. Leur
habitat est très variable; ils préfèrent les champs, mais il
leur faut des buissons, d'épaisses haies où ils puissent se
réfugier; on les trouve même parfois au milieu des fo-
rets. Dans le sud des États-Unis c'est un oiseau séden-
taire ; dans le nord, un oiseau voyageur. Les Colins ont
été introduits et acclimatés en Europe. Les premières
tentatives faites en France sont dues à Florent Prévost.
«A une époque déjà fort éloignée (1816), dit-il, j'ai cher-
ché à acclimater et à propager plusieurs espèces de gal-
linacés, et en [)articulier le Colin ho-lioui, non seule-
ment parce que c'est un excellent gibier, mais encore à
cause de la quantité considérable d'insectes qu'il dé-
truit.
L'importation du Colin en France date de 1832. C'est
M. Deschamps, qui, parti eu 1850 à la recherche de l'or,
en revint avec trois coqs et neuf poules. L'année sui-
vante par reproduction il en posséda une trentaine qui
furent en partie vendus à divers amateurs. En 1854, les
Colins se vendaient 2S0 à 300 francs la paire; ce prix
aujourd'hui est descendu de 10 à 20 francs suivant la
saison. On peut par là a]q)récier combien cet oiseau de
chasse a été largement réjiandu, mais son acclimatation
peut être contestée.
On a reconnu en Europe la disparition de Colins en
liberté et qui semblaient parfaitement acclimatés. Un
instinct irrésistilde les pousse à émigrer vers l'Ouest,
sans aucun doute leurs facultés de vol ne leur permettent
pas d'atteindre les rivages américains, ils doivent de-
venir victimes des flots.
Ces oiseaux sont longuement décrits par Audubon et
Wilson.
1° Le Colix de Virginie {ùrtyx virginianus).
Le Colin de Virginie, particulier aux montagnes Ro-
cheuses des Etats-Unis peut surtout être comparé à
notre Starne européen, L'aire de dispersion de cet
oiseau est limitée au nord par le Canada, à l'est par les
montagnes Rocheuses, au sud par le golfe du Mexique.
2o Le Lophortvx de Californie {Lophortyx
CaUjornianus).
Cette espèce, dénommée aussi Colin de Californie, a les
mêmes mœurs que l'espèce précédente ; mais il est plus
élégant de plumage, la tète est huppée.
Ces deux espèces de Colins, à l'égal du Cupidon, sont
protégés aux Etats-Unis ; ce sont les grands destructeurs
de sauterelles (Caloptenus spretus) des déserts du Colo-
rado et de l'Arizona.
Liste des Oiseaux dont l'acclimatation en Algérie a
été proposée par M. Florent-Prévost, publiée le
30 mars 1855 :
Ganga couronné, Pterocles coronatus (Nubie).
— bibande, — bicinctus Ten.
— quadrubande, — quadricinctus (Sénég.)
— Lichtenstenii, — (Nubie).
Ganga velociferi,
— uniliiindo.
— <no/(j/pe<esrfm.(Cap.B.E).
— arenarhis Tenu. (Af. Aus-
trale).
— cata, — selarius.
— varié, — variegatui<.
— à gouttelettes, — guttatus Lichtens.
— à collier, — gutturalis.
— à ventre brûlé, — exicstus.
Francolin d'Adanson,FrancoKnMs Adansoni (Sénég.).
— à gorge nue, — nudicollis (Cap h.-E.).
— du Cap, — Ctipensis.
— Clapperton,
Pintade mitrèe, Numida mitrata.
— huppée, — cristata.
— à joues
bleues, — Numida.
COLOMiiE rameron, Cotumba arqnulrix. (Cap B.-E.).
— roussard, Guinea. (Nubie, Sénégal.)
Outarde huppée, Otis arabs.
— ■ kori, — kori.
— Cafri, — Cafra.
— d'Arn((ue, — Afra.
— cendrée, — csenilescens .
— Houbara, — Houbura.
— de Vigors, ■ — Vigorsii.
— Afroide, — Afroides,
— à houppe rousse, — ruficristata.
Grue caronculée, Gnts carunculata.
— de paradis, — paradisea.
— de Numidie, — virgo.
— couronnée, — pavonina.
Les Ibis. — Ibidse.
Les Ibidés habitent surtout les régions chaudes de
l'Univers, quelques espèces seulement se trouvent dans
la zone tempérée. On les rencontre dans toutes les par-
ties du monde. Certaines espèces se trouvent dans des
pays très éloignés les uns des autres; d'autres ont une
aire de dispersion plus limitée. Celles qui habitent le
nord ômigrent l'hiver; les autres errent dans des régions
étendues, mais avec une certaine régularité. Tous les
Ibidés vivent dans les marais, les uns près de la côte,
les autres sur les plateaux marécageux des montagnes,
quelques-uns dans les forêts et dans les steppes, mais
toujours dans les lieux où il y a des arbres sur lesquels
ils perchent d'habitude.
Toutes les espèces sont diurnes, elles ne voyagent que
le jour, jamais la nuit, même par clair de lune. Leur
nourriture varie suivant les localités : à l'embouchure
des fleuves, où sur les côtes ils mangent des poissons,
des crustacés, des mollusques ; dans les marais, ils se
nourrissent de poissons, de reptiles, de petits animaux
aquatiques, etc. ; en été, ils mangent des larves, des vers,
des insectes, des sauterelles, des libellules, des coléop-
tères; en hiver, ils ne trouvent que des poissons et
d'autres animaux des marais. Ces oiseaux s'apprivoisent
très rapidement et pourraient rendre de grands services
dans les fermes dans le voisinage des cours d'eau ou des
marais.
Le plumage varie du jeune âge à l'état adulte, la fe-
melle est un peu plus petite et d'un plumage dill'érent
de celui du mâle qui est très métallique de couleur
sombre : toute la gamme du bronze. Une variété austra-
lienne, l'Ibis spinicollis {Carphibis spinicollis) rappelle par
136
LE NATURALISTE
la richesse des tons métalliques bronzés de ses ailes et
couvertures alaires, le lophophore asiatique et les merles
métalliques africains. Les principautés danubiennes et
la Russie méridionale fournissent beaucoup de dépouilles
d'Ibis sur le marché parisien. Ces oiseaux nichent en
quantité dans les marais de la Hongrie et de la Dobrut-
scha, où on les poursuit pour le compte de quelques in-
dustriels ■viennois.
1, — L'Ibis falcinelle. — (Falcinellus igneus.)
(Fig. Temmienk, PL Col. pi. 5H. — Reichenbach,
Grallalores, tab. 139, fig. 521-3, jet lab. 143, fig. 1012-
14.)
L'aire de dispersion du Falcinelle comprend le midi de
l'Europe, une grande partie de l'Asie et du nord de
l'Afrique. Dans ses migrations, il arrive dans le centre
et l'ouest de l'Afrique en suivant le cours du Nil ou les
cotes de la Méditerranée.
2. — L'Ibis rouge. — [Endochnus rubra).
Cette espèce habite l'Amérique centrale et le nord de
l'Amérique du Sud, jusqu'au fleuve des Amazones. Elle
arrive rarement dans les États-Unis, elle est nombreuse
dans la Guyane et aux Antilles.
3. L'Ibis s.\crk. — (Ibis religiosa xthiopicu — Geronticiis
œtidopeus.)
(Fig. Reichenbach, Grallalores, tab. 144, fig. 539 et
540).
Dans l'antiquité, l'Ibis apparaissant en Egypte au
moment do la crue du Nil, annonçait par sa présence
que le dieu allait de nouveau répandre sur le pays sa
corne d'abondance (I). C'est cette espèce que l'on a
trouvé à Saggarah près de Memphis dans le Puits des
Oiseaux à l'état de momies, dans des pots de terre
cuite.
Aujourd'hui, de même que le Lotus bleu (Nelumbium
cxrulea), l'Ibis sacré ne se trouve plus en Egypte ; ce
n'est que dans le sud de la Nubie qu'il se montre, annon-
çant la crue du Nil. Dans le Soudan, il arrive au com-
mencement de la saison des pluies vers le milieu de la
fin de juillet; il y niche et disparaît avec ses petits au
bout de trois ou quatre mois.
Cette espèce existe en Angola, mais n'a jamais été
observée sur la région littorale d'Angola, au nord de
Benguella, ni dans la côte de Loango.
Elle est très commune au sud du Cunène, dans la ré-
gion des lacs et à Ondonga (Andersson). Il est migrateur
dans le Transvaal, où Holub le trouva à dill'érentes épo-
ques de l'année à partir du 22" latitude sud, principale-
ment au lac Ngami et ses affluents, il est très nombreux
au Zambèze. Cet oiseau se distingue des autres Ibis par
sa couleur blanche et par ses remarquables plumes se-
condaires et scapulaires allongées, grises vers le pied, à
barbes décomposées d'un noir violet brillant à l'extré-
mité, du plus bel efl'et.
4. — L'Ibis tantale. — {Tantalus Ibis, Geronticus
hagedash.)
Ce géant do la famille est une espèce spéciale à
l'Afrique. On le trouve à partir du 18° latitude sud, le
long des cours d'eau et lacs toute l'année. Il est très
répandu sur la côte de Loango et en Angola, mais ne
(1) Histoire naturelle
Saviony, Paris, 1805.
et mythologique de l'Ibis, par J. C.
dépasse pas le Zaïre. D'après Andersson, plus au sud et
dans l'intérieur, il est très abondant dans la région des
lacs. Il apparaît en même temps que les Ibis et les Ci-
gognes, dont il a les mœurs et les habitudes.
Les Cigognes. — (Cicojiio.)
Cet oiseau bien connu fréquente, dans ses migrations
annuelles, de préférence les régions richement arrosées
des parties septentrionales de l'Europe.
Dans diverses régions de l'Afrique septentrionale, on
trouve quelques couples sédentaires toute l'année. La
Cigogne est un souvenir du pays natal pour tous les Al-
saciens, émigrés volontaires au service de la France ;
plus d'un, au Dahomey, dans l'Indo-Chine, à Mada-
gascar, ou dans les postes algériens de l'Extrême-sud, a
dû, en voyant l'oiseau voyageur, penser au clocher natal
qui leur sert de nid et de lieu de reproduction. Le petit
couplet de circonstance, fêtant la naissance d'un enfant,
me revenait invariablement en voyant leur manège à
la chasse aux insectes dans les lagunes des environs de
Mogador et de Mazagran.
Papa, mama, der Klapperstorch ist da
Er hat uns in der Nacht
Ein Kleines Kind, gebracht. Etc., etc.
D'après ce couplet, la croyance de la naissance des
enfants dans les choux n'est pas répandue en Alsace, pays
des choux et de la choucroute, c'est la Cigogne qui ap-
porte l'enfant.
La Cigogne blanche ne figure pas dans la nomencla-
ture des oiseaux du Congo de M. Barboza du Bocage.
Holub nous dit que, pendant son séjour de sept ans dans
l'Afrique australe, il ne l'a vue que quelquefois par
petites troupes (jusqu'à dix). Il n'a pas remarqué qu'elle
nichait dans cette contrée ; il croit qu'elle ne vient dans
le Sud africain que comme oiseau de passage et recom-
mandait tout particulièrement la domestication de la
Cigogne aux agriculteurs du Sud africain, en raison de
l'énorme quantitéde sauterelles détruites par les Cigognes
blanches. J. FoREST.
VIENT DE PARAITRE
F-FtECIS
B
11
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15 JUIN 1897
SUR UN POUSSIN MONSTRUEUX
DU GENRE DÉRADELPHE
J'ai ])ul)Ii(' Tan ilcniiiT, ihiiis co jnurrial (numéro du
i"' septeinbro ISOO. p. l'JTi, hi ilcsi-ription et la figure
d'un très jt'uiie porc monstrueux de la famille téralolo-
gique des Moiiocéidialiens et du genre Déradolplie; il
s'agit, dans cet article, d'un ]iuussiii appartenant à ce
même genre.
L'organisation des Déradelphes est très remarquable,
mais bien connue dans ses traits principaux, ce qui me
dispense d'en reproduire ici une description détaillée. Je
me bornerai à rappeler que ces monstres sont constitués
par deux individus séparés dans leur partie sous-ombi-
licale, intimement fusionnés au-dessus de l'ombilic
commun, et possédant chacun deux membres tboraciques
et deux membres alidominaux, les membres tboraciques
étant quelquefois réduits à trois chez ces monstres.
Les individus composant les monstres déradelphes
sont réunis face à face dans leurs parties inférieure et
moyenne; mais, par suite de la déviation, dans leur
moitié supérieure, des deux colonnes vertébrales, qui se
rapprochent di> plus en plus vers leur sommet, la tète
unique du monstre est formée par les moitiés externes
de la tête des deux individus composants : l'une des moi-
tiés longitudinales de cette tête unique, soit une oreille,
un œil, la moitié du nez, etc., appartenant à l'un des
sujets, et l'autre moitié longitudinale à l'autre sujet. Il
Fig. 1. — Poussin monstrueux du genre Déradelplie.
(grandeur naturelle).
résulte de ce mode de fusion que — chose importante à
faire remarquer — la tète des monstres déradelphes pré-
sente une direction latérale. Il est bon d'ajouter que la
base du crâne possède : 1» soit un seul trou occipital,
plus grand que d'iiabitude et manifestement formé par
l.e Xaturalin/p. 46, rue du B.ic, Paris.
la réunion de deux trous occipitaux, où se terminent les
deux colonnes vertébrales; 2» soit de deux trous occipi-
taux distincts, comme c'est le cas pour le monstre ici
représenté.
Le poussin ordinaire en question, cnii m'a été obli-
geamment communiqué par M. René Védie, à Rouen,
est à un état voisin du moment normal do l'éclosion,
ainsi qu'il est facile de s'en rendre compte sur la figure!,
très exactementdessinée par mon ami, M. A. -L. Clément.
L'eiat de conservation des organes internes était trop
défectueux pour me permettre certaines recherches
anatomiques, que j'eusse pu exécuter sur un sujet frais;
aussi, ne l'ai-je pas disséqué, alin de ne point sacrifier,
à peu près en pure perte, ce fort intéressant spécimen
tèratologique.
Un savant très con'-.u dans le monde de la photogra-
phie, et qui poursuit, avec beaucoup de succès, des tra-
vaux radiograp;ii(pies, M. Abel Buguet, (irésident du
Photo-Club rouennais, a fait, de ce poussin, d'excel-
lentes et très intéressantes radiographies, dont l'une
d'elles est représentée par la figure 2. Bien (jue cette
Fig. 2. — Radiographie du Poussin monstrueux.
(Photographie de M. Abel Buguet).
ligure ne soit pas, cela va sans dire, aussi nette que
l'épreuve radiograjibique, encore est-il dit que l'on y
remarque de fort intéressants détails. On y voit, à travers
la masse abdominale, une partie des os constituant les
quatre pattes; de plus, nettement distinct est le sque-
lette de deux des quatre ailes; les deux squelettes les
plus visibles appartenant : l'un au sujet de droite et
l'autre au sujet de gauche. Mais le point particulièrement
intéressant, dans cette radiographie, ce sont les deux co-
lonnes vertébrales qui aboutissent dans la base posté
rieure du crâne — évidemment plus large que d'habi.
tude — à deux trous occipitaux très nettement séparés.
En outre on voit, très facilement sur la radiographie,
moins clairement sur la figure 2, la partie terminale
postérieure de ces deux colonnes qui, par leur position
et leur torsion, jointes à la position du squelette des
i|uatre ailes et des quatre pattes, font bien comprendre,
138
LE NATURALISTE
en l'étudiant un peu, la composition si remarquable des
monstres déradelphes.
Il serait puéril d'insister, tant cela est évident, sur la
considérable utilité de la radiographie dans de fort nom-
breuses études biologiques; aussi, tout renseignement
sur la manière d'opérer pour obtenir les meilleurs résul-
tats mérite, sans nul doute, d'être publié.
Sur ma demande, M. Abel Buguet a eu la grande
obligeance de me donner, à cet égard, des renseigne-
ments précieux que je reproduis intégralement ici, et
pour lesquels je lui exprime ma sincère gratitude :
« J'ai obtenu le cliché radiographitiue en question à
l'aide d'un tube Colardeau dont l'anticathode a été main-
tenue pendant cinq minutes au rouge naissant, à vingt-
deux centimètres de la plaque sensible (Guilleminot)
sur laquelle reposait le poussin. Le développement a été
obtenu, eu quelques minutes, à l'aide du révélateur cris-
tallos, coupé de son volume d'eau.
« De nombreuses expériences antérieures m'avaient
montré qu'il est im])0ssible d'obtenir des radiographies
un peu homogènes d'objets présentant, en divers points,
de très grandes différences d'opacité. C'est, entre autres,
le cas des oiseaux, dont les pattes seront déplorablement
surexposées avant que le tronc laisse voir quelques
détails.
« Parmi les artifices qui permettent d'atténuer cette
excessive différence d'impression, j'ai, dans ce cas,
employé le suivant, (jui m'a toujours réussi.
« Le poussin que M. Henri Gadeau de Kerville m'a
confié était dans l'alcool depuis un certain nombre de
de mois. Après avoir obtenu, avec l'animal imprégné de
liquide, de mauvaises radiographies, je l'ai abandonné
pendant longtemps à la dessiccation spontanée.
« C'est alors seulement que la radiographie m'a donné
des détails suffisants sur la masse du tronc, sans que les
Ijattes eussent complètement disparu par surexposi-
tion.
:< La meilleure méthode pour obtenir assez vivement
ce résultat, est de plonger l'animal frais dans de l'alcool
concentré, jusqu'à déshydratation aussi complète que
possible. Il abandonne ensuite rapidement son alcool à
l'air. C'est alors qu'il se trouve dans les meilleures con-
ditions pour la radiographie, car les différences d'opacité
des diverses régions sont réduites au minimum «.
En terminant, il convient de dire que la Déradelphie,
très rare chez l'homme, est une monstruosité relative-
ment assez fréquente chez certains mammifères domes-
tiques, et qui a été constatée aussi chez des vertébrés non
domestiques. Toutefois, dans son Histoire générale et par-
ticulière des Anomalies de l'organisation chez l'Homme et les
Animaux, Isidore Geoffroy Saint-llilaire ne mentionne
pas d'oiseaux déradeli)hes. Fort probablement, il en a été
décrit depuis la publication, déjà lointaine, de cet
ouvrage célèbre. Quoi qu'il en soit, les oiseaux déradel-
phes sont, à n'en pas douter, de rares spécimens térato-
logiques.
Henri Gade.\u de Kerville.
HISTOIRE GÉNÉRALE DES MAMMIFERES^*)
M. R. Lydekker, le savant paléontologiste anglais,
vient de faire paraître un livre très clair, fort bien illustré,
ayant trait à l'Histoire géographique des Mammifères.
Le grand mérite de cet ouvrage est de tenir compte dans
une large mesure, des données fournies par la paléon-
tologie. L'auteur ne s'est pas borné, comme cela a lieu
généralement, à montrer quelle était la répartition ac-
tuelle des Mammifères à la surface de la terre, il a fait
connaître comment cette distribution résultait de l'évo-
lution du globe et des animaux qui ont vécu à sa surface
durant les temps géologiques.
De même que l'historien ne s'expliquerait guère l'his-
toire des temps actuels s'il ne connaissait les faits qui
l'ont précédée, de même le zoologiste ne peut comprendre
le stade évolutif dans lequel se trouvent actuellement les
Mammifères s'il ne connaît (tant au point de vue de la
filiation, qu'au point de vue géographique) les stades an-
térieurs. L'explication de bien des données zoologiques
ne peut se résoudre que par la paléontologie.
Dans un chapitre préhminaire, M. Lydekker montre
quels sont les facteurs qui ont influé sur la distribution
actuelle des animaux et en particulier des Mammifères.
La chaleur, l'humidité sont des causes ayant agi sur cette
répartition. Mais il en est une autre, dont on a l'habitude
de tenir moins compte et qui est pourtant d'une grande
importance, je veux parler de l'inégalité des âges des diffé-
rents animaux. Les faits, qui concordent avec la théorie
de l'évolution, apprennent que ce sont les Poissons qui
ont apparu les premiers sur la terre, puis les Reptiles, et
en dernier lieu les Mammifères. Et parmi ces derniers,
les plus anciens (Trias) sont également ceux dont l'or-
ganisation est la plus inférieure (Marsupiaux et Mono-
trèmes). Ils ont émigré pendant le Tertiaire dans les
terres australes où ils sont aujourd'hui presque exclu-
sivement cantonnés.
Les formes les plus élevées des Mammifères ne se
montrent guère avant l'Oligocène et le Miocène, quel-
ques-uns même pendant le Pliocène. Leurs mii/rations,
vers le sud, prennent place, par conséquent, à la fin du
Tertiaire ; une des premières est celles des Lémuroïdes,
des Insectivores et do quelques Carnivores, dans le sud
de l'Afrique et à Madagascar. D'autre part, plusieurs
types, tels que l'hippopotame, la girafe, l'antilope, qui
étaient très abondants en Europe et dans le nord de l'Asie
durant le Pliocène, ont seulement quitté, à une époque
très récente, de l'histoire de la terre, les contrées du
nord où ils vivaient, pour trouver une résidence perma-
nente en Afrique.
Après avoir indiqué les barrières qui ont pu s'opposer
à la dispersion des Mammifères, le rôle de l'homme dans
cette distribution, l'auteur fait connaître les centres
d'évolution et établit que la permanence des continents
et des océans a influé fortement sur la répartition des
animaux de ce groupes de vertébrés.
Depuis Sclater, en ISiiS, jusqu'à M. Beddard, en 1898,
plusieurs travaux importants, ayant trait à cette distri-
bution, avaient déjà paru. M. Lydekker les a utilisés
(1) A Geographical Ifistori/ of Matmnals, par M. R. Lydekker,
Un vol. in-S" de 400 pages avec figures et carte. Cambridge,
Univcrsittv Press.
LE NATURALISTE
139
largement. Les royaumes zoologiques distingués par le
savant paléontologisto sont les suivants :
Le premier est le royaume notogi'ique. Il correspond à
la région australienne de Sclater et de Walhice. Son
centre est l'Australie et la Nouvelle-Guinée. Il s'étend au
nord jusqu'aux Célèbes et aux îles Ilawai, au sud jus-
qu'à la Nouvelle-Zélande et il est caractérisé par les
marsupiaux et les Monotrèmex.
Ce premier royaume n'est pas très homogène car les
îles Célèbes, Lombok sont assez pauvres en Marsupiaux
et les provinces polynésiennes et hawaïennes en sont
pres(|ue totalement dépourvues.
D'où vient la forme si spéciale de ce royaume; àqu(^lle
époque s'est-elle dillérenciée'? C'est encore la paléontologie
qui permet de résoudre ces questions. Pendant le Juras-
sique les Marsupiaux étaient largement représentés en
Europe et dans le nord de l'Amérique. A la fin du secon-
daire, la région australienne était en communication avec
le continent situé plus au nord. Elle s'en est séparée au
commencement de l'ère tertiaire et les types (|ui y exis-
taient ont évolué sur place, et n'ayant pas eu à soutenir
la lutte contre des espèces mieux organisées, ont persisté
avec leurs caractères peu modifiés.
Les Mammifères ont eu pour origine les Marsupiaux
polyprotodontes, qui ont survécu dans le sud-est de l'Asie,
jusqu'à la première partie de l'Kocène. On y trouve, en
effet, différenciés les Didelphes et les Dasyurides. Des
formes représentatives de ces groupes ont émigré en
Australie et dans la Nouvelle-Guinée.
La découverte de Dasyures en Fatagonie porte à croire
que ces animaux ont également émigré de la Patagonie
vers l'Australie à travers le continent antarctique, qui
s'étendait du nord de l'Amérique à l'Australie.
Le deuxième royaume ou royaume néogéique, n'oll're
pas les incertitudes du premier, au point de vue de ses
limites. Il s'étend dans toute l'Amérique du sud et l'Amé-
rique centrale à la hauteur du golfe du Mexique et em-
brasse également les Indes occidentales.
Wallace avait déjà, en de fort belles pages, décrit les
richesses fauniques de ce royaume, qui présentait les
particularités les plus curieuses à l'époque Oligocène.
On ne peut séparer son histoire ])aléontologique, connue
surtout par les travaux d'Ameghino, Lydekker, More-
no, etc., de son histoire zoologique. C'est surtout en
Patagonie, à Santa-Cruz, qu'on a recueilli des types
vraiment remarquables ajipartenant aux Marsupiaux,
Edentés {Glyptodontes, Megatherium) et surtout en On-
gulés [Ailropolherium, Toxodonte^, Typutherium, etc.).
Le musée de La Plata renferme des salles entières rem-
plies par les squelettes de ces curieuses formes disparues.
Aujourd'hui le royaume néogéique est caractérisé par
des Edentés (Dasypodes, Myrmécophages), la présence
de quelques Didelphes, une grande richesse en Rongeurs,
dont plusieurs familles sont spéciales à ce royaume,
l'abondance de certaines chauves-souris et, par contre,
la pauvreté en Insectivores et Carnivores. Les Ongulés,
si abondants à l'époque Oligocène et Miocène^ sont rela-
tivement réduits. Par contre les Singes (liapalidés et
Cébidés), qui sont confines dans les i'orèls tropicales, sont
assez caractéristiques de ce royaume que M. Lydekker
a subdivisé en province brésilienne, chilienne, mexicaine
et antilienne.
Le troisième royaume ou royaume arctogéique embrAsse
le reste de l'univers, il a donc une étendue considérable;
malgré son homogénéité et à cause de son extension,
l'auteur l'a divisé en cinq autres régions. Il se différencie
du royaume notogéique par l'absence de Monotrèmes et
de Marsupiaux diiu-otodontes et du royaume néogéique
par l'absence d'Édentès et la spécialisation de ses singes.
Les caractères positifs de ce royaume sont la prédomi-
nance marquée des Mammifères qui ont pris leur essor,
surtout depuis l'époque Oligocène, et ont laissé, depuis
cotte époque, de nombreux restes, tant en Europe que
dans les autres continents. Il suffit de rapiieler les noms
des localités ou des contrées de Pikermi, Saint-Gérand-
le-Puy, Ronzou, Sansan, Perrier, Puerco, delà Nébros-
ka, etc., pour remettre en mémoire les richesses paléon-
tologiques découvertes dans ces points, aujourd'hui
classiques.
Le royaume arctogéique renferme de nos jours de
nombreux Insectivores et un certain nombre de formes
exclusives de Lémuridés, de Carnivores, de Rongeurs et
d'Ongulés.
Cinq grandes divisions sont établies dans ce grand
royaume.
C'est, d'abord, la province holoarctique qui comprend
une grande partie de l'hémisphère boréal : l'Europe,
l'Asie (sauf l'Inde et l'Indo-Chine), le nord de l'Afrique
et une grande partie do l'Amérique du Nord.
Sa faune excessivemoQt riche est bien comme. On doit
surtout signaler, comme particuliers à cette province,
les genres Sorex et Urotnchis, parmi les Insectivores;
Latax, Gulo, parmi les Carnivores ; Arctomys, Spermophi-
lus, Lupus, Lagomys, parmi les Rongeurs, etc.
En Amérique, entre la province holoarctique et le
royaume néogéique, se différencie la province de Sanora
qui comprend sensiblement les États-Unis d'Amérique,
et qui est caractérisée surtout par un grand nombre de
Rongeurs et d'Insectivores.
Il est bon toutefois de remarquer que cette province a
des limites assez peu précises, car les espèces des royau-
mes arctogéique et notogéique devraient nécessairement
rayonner d'un royaume à l'autre.
La troisième province {province orientale) embrasse les
régions de l'Indo-Chine, des Indes, avec les iles de Java,
Roméo et les Philippines. Le nombre des types qui ca-
ractérisent cette région est assez grand. Ils comprennent
des Singes, Semnopithèques, etc. ; des Insectivores, tels
que les Galéopithèques ; plusieurs Viverridés et Ursidés
spéciaux, un grand nombre de Rongeurs et d'Ongulés
assez typiques appartenant aux genres Ilemitragus, Anti-
lope, Cervulus, etc.
La province Malgache qui se rattache à la province
orientale par quelques types, offrait, dans les temps géo-
logiques, beaucoup d'affinité avec elle, au point de vue
faunique, car les deux régions faisaient partie d'un
même continent.
Aujourd'hui, les types zoologiques de chacune de ces
régions sont assez distincts [lour qu'on puisse les consi-
dérer comme formant deux provinces distinctes. Dans la
province malgache dominent les Lémuroïdes (près de
40 espèces) et les Insectivores (12 espèces). Les Carni-
vores et les Rongeurs olïrent également des types spé-
ciaux.
Cette province, la plus petite de celles qui ont été éta-
blies, est cependant une des mieux définies. On devrait
penser de prime abord que les affinités les plus grandes
de cette province devraient être avec la province voisine
(province éthiopienne) : il n'en est rien cependant, car,
sur 28 genres de Mammifères terrestres, cette région
140
LE NATURALISTE
n'en a que 3 de communs avec l'Afriquo, et, sur ces trois,
deux, l'Hippopotame et le Cochon, qui sont tous deux
nageurs, ont pu, à une époque antérieure, traverser le
chenal qui sépare les deux provinces. Le troisième genre
(g. Crocidura) a pu être également introduit par
l'homme.
Il est curieux de constater que la Girafe, le Zèbre, le
Rhinocéros, l'Eléphant, le Lion, le Phagoctère et les
Singes qui peuplent l'Afrique, n'existent pas dans la pro-
vince malgache.
La province éthiopienne (cinquième province) peut se
délimiter au nord par le tropique du Cancer (l'Afrique,
sauf le Sahara, l'Algérie, la Tunisie, le Maroc forment
donc cette province). Nous avons signalé les différences
fauniques qu'elle présente avec la province malgache.
Disons encore que les Carnivores, les Rongeurs et les
Ongulés offrent de nombreux représentants. Le groupe
des Singes présente également des types particuliers
(Gorille Cercopithèque).
Nous avons indiqué très brièvement les grandes divi-
sions zoologiques établies par M. Lydekker. Ces groupe"
ments paraissent bien naturels et seront certainement
adoptés par les savants.
11 faut ajouter que, de même qu'Huxley et Blanford,
M. Lydekker admet trois grands cejitres d'évolution cor-
respondant à trois grandes familles zoologiques : les Mar-
supiaux, les Edentés et enfin les Mammifères placen-
taires supérieurs. Ces trois grands centres peuvent être
mis en parallèle avec les trois régions australienne, sud-
américaine et arctogéique créées jadis par Blanford.
Nous ne pouvons terminer ce rapide aperçu sans dire
une fois de plus que la lumière du passé (paléontologie)
éclaire d'une façon remarquable et rend compréhensible
un grand nombre de faits zoologiques qui seraient inex-
plicables sans son concours.
Il sulDra de lire le livre si intéressant de M. Lydekker
pour en être absolument convaincu.
Ph. Glange.\ud.
et la seconde, membraneuse, sert au vol. Les ailes pro-
tectrices sont les élytres; les secondes peuvent se replier
DISSECTIONS
EMBRANCHEMENT DES ARTHROPODES.
Classe des Insectes.
Type : l'Hydrophile (Hydrophilus Piceus),
Ordre des Coléoptères.
L'Hydrophile est un insecte assez gros, coloré en brun
marron et très facile à trouver dans les mares et les
étangs pendant l'été.
Extérieur. — Corps nettement divisé en trois parties :
la tête, le thorax et l'abdomen.
La tête porte une paire d'antennes. Les pièces de la
bouche sont : 1° une lèvre supérieure ou labre : 2° une
paire de mandibules ; 3° une paire do mâchoires ; 4» une
lèvre inférieure ou labium.
Le thorax porte trois paires de pattes locomotrices,
plus deux paires d'ailes, dont l'une purement protectrice
Fig. 1. — Extrémité de la patte antérieure chez l'Hydrophile
mule.
Fig. 2. — Pénis de l'Hydrophile.
Fig. 3. — Patte postérieure de l'Hydrophile.
sur elles-mêmes et, par conséquent, être complètement
recouvertes par les élytres.
L'abdomen est nettement segmenté et chaque segment
Fig. 4. — Aile membraneuse de l'Hydrophile avec ses ner-
vures n,et son articulation ar.
porte sur la face latero-dorsale une paire d'orifices res-
piratoires ou stigmates. 11 est dépourvu d'appendices.
Orifices. — Les orifices sont : la bouche située à la face
ventrale de la tête sous la forme d'une fente longitudi-
nale bordée par les pièces masticatrices.
L'anus s'ouvre à la face ventrale du corps au dernier
anneau de l'abdomen. L'orifice génital s'ouvre en avant,
mais du cùté de l'anus.
Enfin, sur le coté du corps et dorsalement, sous les
ailes on trouve le stigmate.
Appareil digestif. — Pour disséquer le tube digestif, il
faut placer l'animal sur la face ventrale, le fixer dans la
cuvette avec des épingles fines placées sur les pattes et
inciser la partie latérale de 1 abdomen après avoir enlevé
les ailes ou les avoir écartées et fixées par des épingles.
On se trouve tout d'abord en présence d'une grande
quantité de petites, vésicules aériennes qui ne sont autre
chose que les prolongements variqueux des trachées. 11
fautles enlever avec soin etl'on rencontre alors au-dessous
une masse très contournée qu'il faut déplier avec de
grandes précautions, c'est l'intestin. On continue la dis-
section dans le thorax pour découvrir l'œsophage.
Une fois déplié, on voit que l'intestin se compose d'un
long œsophage qui s'élargit d'une façon lente pour former
un renflement un peu mamelonné : c'est le vtntricide chy-
lifique, hérissé de papilles arrondies, à la limite posté-
rieure duquel débouchent deux longs tubes hyalins très
contournés, ce sont les tubes de Malpigbi qui remplissent
les fonctions de reins, chez les insectes. Au-dessous
LE NATURALISTE
tu
commence l'intestin proprement dit, qui, après s'être
ronflé très légèrement en un point de son trajet, va se
terminer à l'anus.
v.d..
tJÎ^-
Fig. 5. — Appareil digestif de l'Hydrophile : œ«, œsophage;
V. ch, ventricule chylifique ; t. m, tubes de Malpighi ou or-
ganes urinaires; )•, rectum.
Appareil circulatoire. — La partie centrale de la circu-
lation consiste en un long coeur dorsal, divisé en cham-
bres, sortes de ventricules percés d'orifices latéraux
par où le sang peut passer de l'extérieur à l'intérieur.
Des muscles, dits aliformes, mettent en mouvement ce
long organe central. Grâce à un jeu de valvules, le sang
ne peut qu'aller d'arrière en avant, et toujours dans le
même sens.
Appareil respiratoire. — Les trachées, qui constituent
l'appareil respiratoire des Insectes sont constituées par
des tubes extrêmement ramifiés et anastomosés, et for-
mant, à droite et à gauche de l'appareil digestif, deux
^Uj^
J^
Fig. 6. — Système nerveux de l'Hydrophile : y. c, g. cé-
rébroïdc; sœ, ganglion sous-œsophagien; g. a, ganglion
anal.
grosses vésicules aériennes. L'air peut facilement péné-
trer dans l'intérieur de ces tubes, grâce à un épaissis-
sement chitineux en spirale qui en tapisse la cavité.
L'air est donc ainsi porté directement aux organes.
(Voir au microscope la structure des trachées.)
Système nerveu.i\ — Le système nerveux est assez dis-
socié. Il se compose d'une paire de ganglions côrébroïdes
constituant un cerveau d'où partent tous les nerfs se
rendant aux organes des sens, et un collier qui, après
avoir contourné l'œsophage, vascjeter dans une seconde
masse ventrale, le ganglion sous-œsophagien. Le reste
de la chaîne se compose do cinq ganglions qui envoient
des nerfs aux pattes, aux ailes et aux autres organes in-
ternes.
Appareil génital. — Les sexes sont séparés, et le mâle
Fig. 7. — Appareil génital mule de l'Hydrophile : te, testi-
cules; t). a, deux paires de glandes annexes; p. p, poche pé-
niale.
Fig. 8. — Appareil génital femelle : oi\ ovaires en forme de
caecum ; j. a, glandes annexes ; va, vagin copulateur.
ne se distingue de la femelle que par la présence d'une
partie aplatie et portant des griffes à l'article terminal
des pattes antérieures; de plus le pénis est très développé
et formé de trois pièces, deux paires et une impaire,
terminale.
Chez le mâle, il y a deux testicules distincts formés
chacun d'un seul lobe et donnant naissance à un canal
déférent qui s'élargit bientôt et va s'unir sur la ligne
médiane, en un point où viennent également déboucher
deux paires de glandes annexes, les unes allongées, les
autres, au contraire, ne formant que deux petites masses
de chaque côté du canal déférent commun.
Le canal éjaculateur unique est très large et se renfle
à son extrémité terminale en une vaste poche qui reçoit
le pénis, lorsque celui-ci est à l'état de rétraction.
Chez la femelle, on trouve doux otatres formés par deux
Fig. 9. — Un ctecum ovarien grossi.
faisceaux de tubes coniques plus ou moins volumineux
suivant le degré de maturité des œufs. Les deux oviductes
qui en partent se réunissent sur la ligne médiane en
une sorte de long utérus, qui reçoit en outre les produits
de deux glandes annexes, s'ouvrant à son extrémité
A. Gruvel
ii'i
LE NATURALISTE
DESCRIPTION DE CDLÉOPTÈRES NOUVEAUX
Anlhicus (Lappiis) distinctus. Noir brillant àpubescence
d'un gris jaunâtre non condensée en bande nette, membres
obscurcis. Tète très large, triangulaire en arrière, à ponctua-
tion peu forte, espacée, ycus Ijicn saillants. Antennes minces,
foncées. Prothorax assez allongé, plus étroit que la tète ; assez
largement et courtement élargi sur la partie antérieure, droit
sur la base avec une impression latérale forte et longue; ponc-
tuation forte, écartée. Ecusson tri.mgulaire. Elytres à côtés
subparalièles, droits sur les épaules avec une dépression post-
humérale peu marquée, un peu atténués en arrière, à pubes-
cence plus rapprochée sur la partie antérieure, mais non con-
densée en bande ; ponctuation assez forte, espacée. Pattes
minces, d'un roussàtre obscurci.
Long. 3 1/4 mill. Mexique (Flohr in coll. Pic).
Se rapproche de asphaltinus Champ, par la forme de sa téta
bien atténuée en arrière mais celle-ci est plus grosse avec une
ponctuation moins forte et écartée, la coloration des membres
est en outre plus foncée, le prothorax moins élargi en avant.
Anlhicus Flo/iri. Subparallèle, noir peu brillant, pubescent
de gris, antennes et pattes plus ou moins roussâtres, ces der-
nières plus foncées. Tète forte, tronquée en arrière, à ponc-
tuation forte, un peu écartée, avec une ligne longitudinale
élevée lisse sur son milieu. Antennes courtes, à peine épais-
sies à l'extrémité. Prothorax trapéziforme légèrement angulé
et bien arrondi en avant, convexe, rebordé à la base, à ponc-
tuation forte, peu écartée. Ecusson petit. Elytres subparallèles
légèrement tronqué-arrondis à l'extrémité; épaules marquées
avec une très faible dépression transversale post-huraérale;
ponctuation forte, peu écartée. Pattes fortes avec les cuisses
parfois un peu rembrunies, épaisses. Dessous du corps foncé,
pubescent.
Long. 3 mill. Mexique (Flohr in coll. Pic).
A placer près de iiifernus Laf. Rappelle beaucoup notre es-
pèce européenne morio Laf., mais il est plus mat avec des an-
tennes claires. M. Pic.
OISEAUX ACRIDOPHAGES
1. — D'ajjrès Tchihatcheff(l), on rencontre peu de sites
dans l'Asie Mineure, dont l'ensemble ne soit complété
par la svelte silhouette d'une Cigogne se dessinant sur
le sommet d'un arbre ou sur les coupoles d'un minaret;
c'est un de ces traits qu'on ne pourrait effacer du tableau
sans en faire disparaître la teinte locale. Le rôle que cet
échassier joue dans la physionomie du paysage tient par-
ticulièrement au respect dont il est l'objet, respect tel
que sa présence est partout considérée comme invio-
lable et même comme un signe de bon augure. Ce sen-
timent général remonte ù la plus haute antiquité. La
Cigogne est désignée dans la Bible sous le nom de Clia-
sidah ; ce qui signifie pieux, plusieurs écrivains de l'anti-
quité, Aristote, iElien, font ressortir la tendresse de cet
oiseau pour ses petits et la reconnaissance que ceux-ci
témoignent à leurs parents en les nourrissant dans leur
vieillesse. Les Anciens paraissent avoir étendu à la ma-
jorité des volatiles le privilège que les Orientaux accor-
dent à la Cigogne de nicher sur les murs et sur les toits
des édifices consacrés ati culte public, car, dans l'Anti-
quité, on considérait comme un acte d'impiété et de pro-
fanation la destruction des Oiseaux qui s'étaient établis
dans les temples.
2. — Ij.\ Cigogne Abdi.mii. — (Ciconia Abdimii.
Sphenorynchus Abdimii.)
Le Simbil des Arabes et des Abyssins. Au sud du
(1) Asie Mineure, Paris, 1866. 11° partie : Zoologie.
Quanza, les nègres le nomment Humbi-Humbi. Dans
l'Afrique èquatoriale, il se montre surtout pendant la
saison des pluies. Il ne paraît pas se répandre dans la
région littorale. Il couve dans le Soudan égyptien, un
peu avant la saison des pluies, élève ses petits et quitte
le pays. C'est un oiseau migrateur qui a les mœurs et
les habitudes des Cigognes lilanches. A Tombouctou et
dans le Soudan, il est le précurseur de la saison de l'hi-
vernage.
3. — La Cigogne noire. — {Ciconia nigra, episcopns.)
Cette espèce, tout en étant peu nombreuse dans le
Sud africain, est plus commune toutefois que C. alba.
Son utilité est très appréciable, elle est moins oiseau
des marais que les Hérons gris et les Hérons pourpres;
elle se trouve dans les steppes et dans les vallées, à la
recherche des termites et des sauterelles qui forment la
base de sa nourriture habituelle. Au contraire de l'es-
pèce précédente qui ne quitte pas l'Afrique dans ses
migrations, la Cigogne noire vient en Europe .où elle
niche dans les forêts et fuit le voisinage de l'homme. La
Cigogne Abdimii vit en parfaite amitié avec les noirs qui
considèrent cet oiseau comme un être sacré; d'habitude,
on le trouve sur les arbres dans leurs villages. Une
espèce, Cironia leucorcphala, fuit les noirs à l'égal de
Ciconia nigra qui fuit les blancs. Ces contrastes n'ont pas
encore étééclaircis. Le plumage de cet oiseau est très
susceptible à l'action du soleil; vers la fin de l'été, les
belles plumes irisées qui garnissent la tète, le cou et le
dos, deviennent tout à fait fauves.
4. — Le J.\iiinu du Sénégal. — {Mycteria
senegalensis.)
Le Jabiru, le représentant africain de la famille des
Cigognes géantes, a les mœurs et les habitudes de la
Cigogne Abdimii.
On connaît trois espèces de ce genre, l'une d'Afrique,
l'autre d'Amérique, la troisième d'Australie. Sauf la
différence physique, les mœurs et les habitudes sont
semblables.
Les Grues.
Gruidx.
Les Gruidés sont cosmopolites; cependant la zone tem-
pérée doit être regardée comme leur véritable patrie.
Chaque partie du monde a des espèces qui lui sont pro-
pres; l'Asie en possède le plus. Les Gruidés qui vivent
dans le Nord s'avancent, dans leurs voyages jusque sous
les Tropiques, mais ils n'y nichent pas ; l'aire de disper-
sion des espèces méridionales ne s'étend qu'à la zone
èquatoriale, qui sera la limite des espèces australes.
1. — La Grue cendrée (Grus cinerea).
Cet oiseau a pour patrie le nord de l'ancien Continent,
depuis la partie orientale de la Sibérie centrale jusqu'à
la Scandinavie ; de là, elle émigré d'un côté dans l'Afri-
que centrale et occidentale ; de l'autre, aux Indes et dans
l'Indo-Chine.
En été, dans l'Europe, la Grue se nourrit surtout de
matières végétales sans dédaigner les petits reptiles
aquatiques. Elle mange de l'herbe, des fruits, des vers,
les insectes, principalement les coléoptères, les saute-
relles, les grillons, les libellules.
Dans l'Afrique, d'après les observations de Brehm, les
Grues qui passent l'hiver dans le Soudan vont s'abattre
dans les champs de dourah et se remplissent de ses
LE NATURALISTE
143
grainps, vont au bord dus fleuves, lioivont et dip;èrtnit
pendant lu reste de la journée. D'après les estimations
les plus modérées, les Grues qui hivernent sur les bords
du Nil bleu et du Nil blanc détruisent environ 150,000
mesures de céréales. Malgré cotte quantité, personne ne
songe à inquiéter ces oiseaux, il en est autrement aux
Indes où le grain a une valeur plus considéraldo, on les
poursuit et on les détruit de toutes les façons.
2. — La Grue de Numidie {Anthropoïdesvirgo, Grusvirgo).
Cet oiseau aussi dénommé Demoiselle de Numidie a pour
patrie le sud-est de l'iîurope et le centre de l'Asie. Il
habite les bouches du Volga, les cotes de la mer Cas-
pienne, la Tariarie, la Mongolie, et s'avance dans le sud
des Indes et daus le centre de l'Afrique. D'après Alléon,
ellehabite tout l'été la Dobrudja, oii elle arrive en grandes
bandes avec la Grue cendrée. Elle aime les lieux secs et
arides et fait jinucipalement sa nourriture de blaps de
la famille des ténébrionites, de loethrus et autres scara-
béidés, très nombreux au printemps dans les vastes
plaines ensoleillées de ce pays D'après Radde, on la
trouve encore à une altitude de iOO mètres au-dessus du
niveau de la mer. Les mœurs, les habitudes de cet oi-
seau sont celles do la Grue cendrée ; mais cet oiseau est
de forme lieaucoup plus élégante et son plumage est des
plus remarquable. Les jeunes n'ont ni la huppe, ni les
longues plumes du jabot, fort recherchées par les Kir-
ghises de l'Asie centrale, qui s'en font des coiffures en
forme de deux cornes devant conjurer le « mauvais œil ».
Cette Grue a l'habitude de danser à la façon des Autru-
ches, le matin et le soir par beau temps. Elles se réunis-
sent en grandes compagnies pour se livrer à cet exercice
chorégraphique.
3. — L.\ Giu;e de P.\iiadis (Tclrapterijx paradisea).
Cette belle variété d'Echassiers est particulière aux
plateaux herbeux du centre et du nord de la Colonie du
Cap, du Namaqualand, du West-Griqualand, de l'Etat
libre d'Orange, de la partie centrale et méridionale du
Transvaal, du sud du Betcliuanaland et du Kalahari. 8es
séjours préférés sont les prairies her))euses, sans végé-
tation arborescente. Nous avons délimité l'habitat de cet
oiseau dans l'Afrique australe qui est aussi celui de
l'Autruche en demi-liberté. Heuglin trouva cette Grue
en troupes innombrables près du lac Tana (Abyssinie).
A l'état domestique, la Grue est omnivore; cependant
on observe qu'elle préfère la viande hachée, même aux
insectes qui, à leur tour, sont préférés à toute autre
nourriture y compris le pain et le mais. A l'état sauvage,
la nourriture de la Grue de Paradis se compose de larves,
de termites, de reptiles, de mollusques, de poissons, etc.,
mais principalement de sauterelles. Elle mange aussi des
grains, des graines et des baies.
Holub nous dit que, jusque dans ces dernières années,
les guerriers Matébélés portaient comme coiffure de
guerre les longues plumes d'ailes du Tetrapterix. Pour
faire cesser la destruction de cet utile oiseau, leur roi
offrit, en échange d'une plume d'Apterix, une belle plume
blanche d'Autruche; le changement de modes en résul-
tant fut désastreux pour les Autruches dont un grand
nombre paya de la vie cette nouvelle fashion. Au-
jourd'hui beaucoup de tribus africaines reconnaissent les
avantages de la domestication de l'Autruche qu'ils prati-
quent et laissent en paix les rares survivants; également,
ils apprécient l'utilité des oiseaux des marais : leur qua-
lité d'insectivores les protège, on n'en détruit pas.
4. — Les AG.\Mts (Psophia).
Cette famille, composée de trois espèces, est particu-
lière à l'Amérique méridionale; elle est moins propre au
vol que les autres Gruidés, mais mieux faite pour la
course. L'Agami s'apprivoise facilement et rend les ser-
vices d'un chien de garde ; à Cayenne, on lui confie des
troupeaux de jeunes dindons ou de canards. La nourri-
ture de ces oiseaux consiste principalement en insectes,
en graines et en herbes. Ce sont des oiseaux percheurs.
L'oiseau-trompettft est ainsi nommé parce que son cri
ressemble non pas à une trompette de cuivre, mais à
une corne do berger.
L'Agami s'apprivoise très facilement, surtout en
Guyane, et alors il s'attache à son maître, mais d'une
façon excessivement jalouse, et empêche tout autre
animal de s'en approcher. Il garde et défend ce qu'Usait
être sa propriété. On le voit le matin conduisant les ca-
nards à la mare, les poules vers la prairie: quand un des
animaux tente de s'écarter, un vigoureux coup de bec le
ramène dans le droit chemin. Il préside à la rentrée des
troupeaux, et garde les moutons, tout aussi intelligem-
ment qu'un chien. Si un carnassier ou un chien errant
s'approche du troupeau dont il s'est fait le gardien, l'A-
gami n'hésite pas à engager le combat. Il se précipite en
poussant de grands cris sur son adversaire que ses énergi-
ques coups de bec ont bientôt mis en fuite. A l'heure du
repas, il s'installe dans la salle à manger, en ayant grand
soin de chasser le chien ouïe chat qui voudraient l'imiter,
et attend patiemment qu'on songe à lui.
Le D' Crevaux nous dit que lesRoucouyennes ont une
grande quantité d'animaux apprivoisés dans leurs habi-
tations (carbets). Ce sont principalement des Agamis,
des Hocos, des Marayes et des Aras au plumage bleu et
rouge. Un médecin hollandais du siècle dernier, Fermin,
a cru longtemps que l'appareil musical de l'oiseau- trom-
pette n'était autre que l'extrémité du tube digestif. Les
Oyampis partagent complètement cette opinion, parce
qu'en appuyant sur le croupion d'un Agami mort, ils
déterminent un bruit sourd semblable à celui que pro-
duit l'animal pendant la vie. Jamais ils ne tuent un
Mamkali sans répéter cette expérience qui fait toujours
rire l'assistance. CVoir, dans D"' Crevaux, Voyages dam
rAmMque du Sud, diverses gravures très intéressantes
relatives à l'Agami.) L'Agami se mange bouilli avec des
bananes coupées dans l'eau; ce plat additionné de force
piment s'appelle sancocho.
Laiudae
Les oiseaux pélagiens contribuent aussi à l'œuvre
d'extermination des acridiens. Des observations toutes
récentes leur ont fait reconnaître cette qualité. Dans une
étude : les Sauterelles en Irak-Arabi et leur extermina-
tion (i), M. Constantin C. Metaxas nous dit : « Pendant
l'hiver do 1888-1889, grâce à la sécheresse, les sauterelles
n'apparurent que dans les champs irrigués par les canaux
s'alimentant des fleuves; mais elles furent la proie des
Mouettes qui vinrent dans nos contrées par milliers. De
grands espaces furent nettoyés en quelques jours et les
sauterelles, avant d'arriver à leur état parfait, furent dé-
vorées ou tuées par ces oiseaux. Les Mouettes ne vinrent
aussi dans les champs que par le manque de pluies ; pro-
bablement les étangs qu'elles habitent n'ont pas eu la
quantité d'eau nécessaire et elles furent obligées d'émi-
(1) Revue des sciences naturelles appliquées, 1890, t. !,
p. 589.
144
LE NATURALISTE
grer, attirées par les eaux des champs arrosés. » Après
énumération de diverses observations, M. Metaxas con-
clut : « Il résulte que le ramassage des coques ovigères,
l'état météorologique au printemps et les oiseaux, en
général, Mouettes, Etourneaux, Corneilles, Merles, etc.,
sont les moyens les plus efficaces pour l'extermination
des Sauterelles »
Dans la famille des Hirondelles de mer, un observa-
teur très compétent, M. AUéon (1), nous dit qu'elle est
très abondante et niche dans le grand lac Razem (Bul-
garie). Elle fréquente beaucoup les champs et les friches
où elle saisit soit au vol, soit en se promenant, les
lézards et les sauterelles dont elle se nourrit.
Dans le cours de cette étude d'oiseaux acridophages,
nous avons surtout recherché les espèces pouvant, dans
un avenir quelconque, être introduites dans nos colonies
africaines et compléter utilement les espèces qui s'y
trouvent d'habitude : nous reconnaissons qu'il subsiste
des lacunes dans les nomenclatures établies, sous réser-
ves de cette observation, je dois ajouter que j'ai pour-
suivi cette étude aussi loin qu'il m'était possible, et je
souhaite qu'une plume plus autorisée produise le travail
utile et complet de Nos Allièf: en Afrique contre {|s Acri-
diens.
J. FOREST.
INFLUENCE DE LA TAILLE
DANS L'APPRÉCIATION DES DISTANCES
Quand un jeune homme revient dans la maison de ses
parents qu'il a quitté dans son enfance, après une longue
absence de plusieurs années, il trouve le grenier, on il a
joué tout enfant, beaucoup plus petit qu'autrefois. II
en est de même pour la cave, le jardin, le bosquet où
il allait en promenade. En efl'et, nous évaluons les dis-
tances, l'étendue des surfaces, les volumes des bâti-
ments, d'après notre propre taille, sans nous en rendre
bien compte. C'est ainsi que nous avons choisi pour
mesurer la toise ou taille d'un homme idéal, l'aune ou
l'étendue des bras, la coudée, le pied, le pouce. Un
adulte trouve donc nécessairement plus petits qu'autre-
fois le grenier où il s'amusait, la cave où il avait peur,
la maison où il est né , quand il est resté longtemps
sans revoir les lieux dont il a conservé le souvenir, tels
qu'ils lui apparaissaient quand il les avait quittés, parce
que sa taille a doublé pendant ce temps-là. S'il avait
toujours conservé les mêmes dimensions, il ne les trou-
verait pas rapetisses. A bO ans, il trouve au grenier la
même longueur qu'à 20 ans ; fùt-il resté 30 ans sans le
revoir.
De même, si nous étions beaucoup plus grands que
nous ne sommes, si nous avions cent mètres, mille
mètres, une lieue de hauteur, nous trouverions tout
beaucoup plus petit qu'actuellement. Ainsi par exemple,
si l'homme avait mille lieues de hauteur, la terre lui
ferait le même effet que celui produit à un homme ordi-
naire par un piédestal de 4 ou b mètres de hauteur, tout
au plus, sur lequel se dresse une statue de 1 m 60 ou
l m. 80.
(!) Les Oiseaux clans la Dobrudja et la liulgarie. Omis.
Wien. 1»90.
Mais, non seulement les objets uous paraîtraient beau
coup plus petits, mais de plus, le temps lui-même nous
semblerait plus court , comme il nous semble plus court
aujourd'hui que du temps de notre enfance. Ainsi, la
durée du jour, pour le géant de mille lieues de haut,
équivaudrait à peine à une de nos minutes, à 40 ou
50 secondes , de sorte que les jours et les nuits se suc-
céderaient pour lui toutes les 20 secondes, par rapport
à ce que nous éprouvons nous-mêmes. Le soleil lui
ferait l'effet d'un globe brillant, tournant autour de lui
comme une balle suspendue à un long fil, que nous fe-
rions tourner, du haut d'une tour, comme une fronde,
toutes les 40 secondes. Plus rapproché que nous du
soleil et de la lune de mille lioues, il ne verrait pas ces
astres plus gros que nous les voyons ; puisque le plus
rapproché des deux serait encore à 95 mille lieues au
lieu de 96. Il ferait le tour de la terre en quelques pas ;
de sorte qu'il lui serait facile d'avoir toujours le soleil
au-dessus de la tête, s'il le désirait.
En restant toujours à la même place, sa vie se passe-
rait au milieu d'alternatives de jour_et de nuit de 2u se-
condes de durée, comme un vol d'oiseau par exemple.
Ce serait une vie singulière, impossible, faute d'air respi-
rable ; car l'atmosphère ne s'étend guère qu'à cent lieues
au-dessus de la terre ! L'air ne lui monterait pas même
jusqu'aux mollets. Mais ce qu'il y a de plus singulier,
c'est qu'il ne pourrait pas faire un pas sans allumer des
incendies sous ses pieds. En effet, il écraserait tout en
marchant. Et il broierait tous les objets, pierres et
plantes, avec une telle force, à cause du poids gigan-
tesque de sa masse, qu'il développerait une chaleur suffi-
sante pour réduire tout en feu, arbres, maisons et
pierres mêmes. Si un coup de sabot de cheval sur les
pavés fait voler des étincelles, quelles flammes, quel feu
d'artifice ne se développerait-il pas sous l'écrasement
d'un tel colosse ! On frémit rien qu'en y songeant. Il
ne pourrait pas presser délicatement une pincée de terre
sous ses doigts gigantesques, sans l'enflammer comme
de la poudre.
La terre flotte dans l'espace avec une légèreté encore
plus sensible qu'une bulle de savon dans l'air; de sorte,
qu'il ne pourrait faire un saut, sans repousser son petit
globe terrestre à plusieurs milliers de lieues de distance.
Il serait alors bien capable de bondir ainsi en dehors de
la sphère d'attraction de la terre, pour ainsi dire, pour
enî/er dans le domaine de l'attraction de la lune ou du
soleil. Après tout, la lune ne serait qu'à 96 fois sa hau-
teur; et même 95 fois, à partir de sa tète. Il pourrait
bien finir par l'atteindre, et par la repousser de sa chute
jusqu'au soleil, qui ne demanderait qu'à l'attirer jusqu'à
lui. Là, il serait sur une boule de feu 108 fois plus large
que la terre, c'est-à-dire 300 fois plus haute que lui :
digne séjour pour un pareil Titan ! Sa chute sur le soleil
le réduirait en flammes instantanément; mais la tempé-
rature du soleil n'en serait probablement pas augmentée
d'une façon sensible pour nous, bien qu'elle le fut réelle-
ment, au point de vue mathématique. Le soleil est si
chaud, ou du moins il concentre dans sa masse une si
grande quantité de chaleur, que quelques milliers de
degrés de plus ne feraient qu'augmenter sa réserve de
chaleur sans l'échauffer proportionnellement beaucoup.
Quelques milliards de calories de plus ou de moins dans
le soleil ne le rendraient pas sensiblement plus chaud
pour nous, tout en lui permettant une plus longue car-
rière, à l'état d'incandescence lumineuse.
LE NATURALISTE
145
Tout est relatir en ce monde. Quand notre corps
grandit, nous croyons voir se rapetisser le jardin où
s'est élevée notre enfance, et la maison qui l'a abritée.
Le temps aussi nous semble plus court, pour plusieurs
raisons, car la taille de notre corps n'est pas sans in-
fluence sur notre cerveau, et peut-être sur sa manière
de voir et d'apprécier la durée du temps.
Il est bien évident que les 3 heures de l'étude du soir,
dos collégiensde 10 ans paraissent lieauconp plus courtes
qu'autrefois au jeune homme de 21 ans qui fait son
service militaire, et dont la taille a doublé dans l'inter-
valle. Que chacun de nous s'examine consciencieuse-
ment à ce sujet, et il verra que nous n'e-xagérons rien,
en disant que 3 lieures dans notre enfance n'ont plus
guère j)Our l'adulte ipiu la valeur d'une heure et demie.
D'' Bougon.
Les ï^lantes
DANS L'ANTIQUITÉ :
LÉGENDES. POÉSIE. HISTOIRE, ETC , ETC
AMA.IVDIER. — La première mention que fasse la
Bible de l'amandier se trouve dans la. Genèse, chap.XXX,
V. 3743. Jacob servait chez son beau-père Laban, rt il
était convenu entre eux que tous les agneaux et les
chèvres dont la peau présenterait plusieurs couleurs,
seraient pour le patriarche, tandis qu'au contraire tous
les animaux dont la toison ne présenterait qu'une teinte
uniforme appartiendraient à Laban.
Or, Jacob résolut d'aider le hasard, et de faire tout son
possible pour que, désormais, les brebis et les chèvres
ne fissent que des petits multicolores.
«... 37. — Jacob prit des verges vertes do peuplier,
d'amandier et de châtaignier, et il en ôta les écorces, en
découvrant lo blanc qui était aux baguettes.
38. — Et il mit les verges qu'il avait pelées au-devant
des troupeaux, dans les auges et les abreuvoirs où les
brebis venaient boire ; et elles entraient en chaleur
quand elles venaient boire.
39. — Les brebis donc entraient eu chaleur à la vue
des verges, et elles faisaient des petits marquetés, pico-
tés et tachetés.
40. ^ Et Jacob partagea les agneaux, et fit que les
brebis du troupeau de Laban avaient en vue les brebis
marquetées, et tout ce qui était roux; et il mit ses trou-
peaux à part, et ne les mit point auprès des troupeaux
de Laban.
41 . — Et il arrivait que toutes les fois que les brebis
hâtives entraient en chaleur, Jacob mettait les verges
dans les abreuvoirs, devant les yeux du troupeau, afin
qu'elles entrassent en chaleur en regardant les verges.
42. — Mais quand les brebis étaient tardives, il ne les
mettait point. Et les tardives appartenaient à Laban ;
mais les hâtives étaient pour Jacob.
43. — Ainsi cet homme s'accrut fort en biens, et il
eut de grands troupeaux, des servantes et des serviteurs,
des chameaux et des ânes. »
La Bible parle encore cinq fois de l'amandier, de
l'amande ou de la fleur de l'arbre.
1° Quand les enfants d(î cet intelligent Jacoli allèrent
pour la seconde fois en Egypte, avec Benjamin, il les
chargea d'offrir au premier ministre du Pharaon (et qui
n'était autre que son fils Joseph, vendu jadis par ses
frères), les meilleures productions de la terre de Canaan,
entre autres des amandes :
Gencsc, XLÏU, 11. — Alors Jacob, leur père, leur ilit :
Si la chose est ainsi, faites donc. Prenez avec vous les
choses les plus estimées du pays, et portez à cet homme
(Josep/i) un présent ; quelque peu de baume et quelque
peu de miel ; des drogues, de la myrrhe, des dattes et
des amandes (hébreu : shâquédim : Septante : xâpua ; Vul-
gate : amygdalx).
2» Plus tard, lors du soulèvement d'une partie du
peuple, à l'instigation de Coré, Dathan et Abiron, la
verge d'Aaron fleurit dans une nuit et i)0rta môme des
amandes :
... Nombres, XVII, (3. — " Quand Moïse eut parlé aux
enfants d'Israël, tous les principaux d'entre eux lui don-
nèrent, selon la maison de leurs pères, chacun une
verge; ainsi, il y eut douze verges. Or la verge d'Aaron
fut mise avec elles.
7. _ Et Moïse mit les verges devant l'Eternel, dans le
tabernacle du témoignage.
8. — Et il arriva, dès le lendemain, ijuo Moïse étant
entré au tabernacle du témoignage, voici : la verge
d'Aaron avait fleuri pour la maison de Lévi; et elle avait
jeté des fleurs, produit des boutons et mûri des amaiides. »
3» En énumérant les ornements du chandelier à sept
branches, le Pontateuque parle de ciselures en forme
d'amandes ou de Heurs d'amandier [gchi'im) « coupes,
calices de fleurs (d'amandier) ».
Exode, XXXVII, 17. — Il fit aussi le chandelier d'or
pur ; il le fit d'ouvrage façonné au marteau ; sa tige, ses
branches, ses plats, ses pommeaux et ses fleurs étaient
tirés de lui ;
18. — Et six branches sortaient de ses cùtés, trois
branches d'un enté du chandelier, et trois autres de
l'autre côté.
1P_ _ 11 y avait en vue des branches, trois plats en
forme d'amande (1), un pommeau et une fleur; et en
l'autre branche trois plats en forme d'amande, un jiom-
mean et une fleur. Il fit de même aux six ))ranches qui
sortaient du chandelier.
20. — Et il y avait au chandelier lui-même quatre plats
en forme d'amande, ses pommeaux et ses fleurs, etc.
4" Le prophète Jérémie, daus sa première vision (LU),
voit une branche d'amandier :
« La parole de l'Eternel me fut encore adressée, et il
me dit : Que vois-tu, Jérémie? Et je répondis : Je vois
une branche d'amandier. »
5" Dans l'Ecclésiaste, à la célèbre description do la
vieillesse, on lit que « l'amandier fleurira », pour signi-
fier que les cheveux de l'homme blanchiront {Ecclésiastc
XII, 7). — Voyez plus loin, ma citation de Hralian Maur.
Plutarque (50-rJO ap. J.-C), nous parle de l'amande
dans quelques passages de ses livres.
Dans ses Symposiaqucs, livre I, question VI (Sur ceci,
qu'Alexandre élail grand buveur, S 4), il Jit : « Parmi les
familiers de Drusus, fils de l'empereur Tibère, celui qui
défiait tout le monde à boire était un médecin. On surprit
son secret. Il avait la précaution d'avaler chaque fois
(1) Or l'amande n'ayant pas la forme d'un plat, il est éyident
qu'il s'agit ici de la fleur de l'amandier.
146
LE NATURALISTE
cinq ou six amandes amères, afin de ne pas s'enivrer.
Quand on eut empêché ce manège en le surveillant, il ne
fut plus même un seul instant en état de soutenir le
combat.
« Quelques-uns prêtent à ces amandes une propriété
mordante et détersive qui agit sur la peau, de manière à
enlever du visage les taches de rousseur. Ils supposent
donc que, lorsqu'on en prend à l'avance, leur amertume
opère sur les pores un picotement qui les, ouvre, de
manière qu'ils livrent passage aux vapeurs du vin
en les détournant du cerveau. Il nous semble plutôt que
le propre de l'amertume est de dessécher et d'alisorber
l'humidité...
" D'après cela, l'on conçoit que les amandes amères
soient un préservatif contre les effets du vin pur, parce
qu'elles dessèchent l'intérieur du corps et préviennent la
plénitude des vaisseaux qui, trop tendus et trop agités,
déterminent l'ivresse, dit-on.
<c Une preuve frappante de ce que j'avance, c'est ce
qui arrive aux renards : si, quand ils ont mangé des
amandes amères (???), ils ne boivent pas aussitôt, ils
crèvent, parce que toute humidité intérieure leur fait
défaut. »
Quel dommage que La Fontaine n'ait pas connu ce
détail; une fable sur les inconvénients de la gourmandise
était tout indiquée.
Dans ses Apophtegmes divers des Lacédémoniens dont
les noms ne sont pas connus, § 12, Plutarque cite cette
boutade : « Un Lacédémonien voyait les amandes dures
se vendre plus cher que les fraîches : « Les pierres, dit-
« il. sont-elles donc si rares ici '?... »
Dans son traité sur la.matière médicale, livre I,ch. 138,
Dioscoride (ii= siècle apr. J.-C.) parle aussi des vertus de
l'amande :
« La décoction de la racine pilée de l'amandier amer
enlève les taches du visage; il en est de même si les
amandes sont appliquées en forme de Uniment. Mises en
manière de suppositoire dans la nature des femmes, elles
régularisent l'écoulement sanguin. Un emplâtre d'aman-
des amères sur le front et les tempes avec de l'huile rosat
ou du vinaigre calme la migraine; utilisées broyées avec
du vin, elles remédient aux ulcères gangreneux; broyées
avec du miel, elles guérissent les morsures des chiens .
Mangées en certaine quantité, elles allègent les douleurs,
font dormir et provoquent l'urine. Prises avec de la fé-
cule, elles arrêtent le crachement de sang. Leur décoc-
tion, ou bien leur préparation en forme d'électuaire avec
de la résine de térébenthine, sont bonnes pour les mala-
dies des reins et les inflammations des poumons.
« Bue avec du vin cuit, leur eau aide à uriner, et elle
soulage dans les maladies de la gravelle et de la pierre.
Mangées en forme d'électuaire, avec du lait et du miel,
et en boulettes de la grosseur d'une noisette, elles sou-
lagent beaucoup dans la toux, la colique et les maux de
foie.
« Cinq ou six amandes amères mangées avant le re-
pas empêchent l'ivresse. On tue les renards en en met-
tant dans la viande qui leur sert d'appât. La gomme de
l'arbre est échauffante et astringete.
« Les amandes douces sont également bonnes à man-
ger, mais elles ont moins d'efiicacité en médecine;
toutefois, elles aussi dessèchent et provoquent l'urine. »
Athénée fin' siècle ap. J.-C.) n'avait garde, dans les
Deipnosophistes (Banquet des Savants d'omettre les aman-
des, ne fût-ce qu'en raison de ce que, desséchant les mu-
queuses de la bouche, elles poussent à la boisson :
n Les amandes de Naxos, dit-il au chapitre xii du
livre II, ont été renommées chez les anciens; elles sont
réellement excellentes, comme je m'en suis convaincu.
« On lit dans Phrynicus :
(( Il m'a fait sauter toutes les grosses dents, de sorte que
je ne pourrai plus casser une amande de Naxos. »
Il II vient aussi de très bonnes amandes dans l'île de
Chypre; elles sont plus longues que les autres, et se cour-
bent à leur pointe.
« Il n'y a rien qui excite plus à boire que de commen-
cer le repas par des amandes ; aussi Eupolis a dit : « Donne,
que je mange des amandes de Naxos, et verse-moi en même
temps du l'in des vi'jnes de Naxos. »
« Il y avait une vigne qu'on appelait IVaa'i'ejme.
n Plutarque de Chéronée dit que Drusus, fils de l'em-
pereur Tibère, avait un médecin qui l'emportait sur tous
les buveurs. Mais on s'aperçut qu'il mangeait cinq ou six
amandes amères avant de se mettre à table. On l'empê-
cha donc d'en manger, et il ne fut glus en état de soute-
nir une larme de vin. Ainsi, la cause de ses exploits était
la vertu dessiccative du principe amer des amandes :
d'ailleurs, il absorbe aussi les humeurs gastriques...
0 Hérodien d'Alexandrie dit que le mot 'A(iuf6àXYi vient
de ce que le fruit a beaucoup d'aspérités sur la coque,
sous le brou vert qui l'enveloppe; or, cela s'exprime en
grec par 'Aiji'jxii (égratignure, déchirure).
« Heraclite de Tarente demande s'il faut servir les des-
serts (1 ) avant tout, comme on le fait dans quelques endroits
de l'Asie et delà Grèce, ou bien les réserver, au contraire,
pour la fin du repas. Si on les sert après le repas, comme
on a déjà introduit beaucoup d'aliments dans l'estomac et
les intestins, il arrive que les fruits à coquilles qu'on
ajoute pour s'exciter à boire, mêlés avec les aliments,
causent des flatuosités et la putréfaction de ce qu'on a
pris ; de là, des indigestions et des selles copieuses et
réitérées.
« Les amandes, dit Dioclès, sont nourrissantes et
amies de l'estomac; elles échauffent parce qu'elles ont
quelque principe stimulant ; mais les vertes font moins de
mal que les sèches ; celles qui ont trempé dans l'eau,
moins que celles qui n'y ont pas trempé , et les grillées
moins que les crues. »
« Oribase (325-400) nous dit aussi, dans sa Collection
médicide, chap. xxvi, tome I, p. 68 ;
<( Dans les amandes, c'est la faculté atténuante et dé-
tersive qui domine; quelques-unes possèdent à un tel
degré la faculté de diviser les humeurs épaisses et vis-
queuses, qu'on ne saurait les manger, à cause de leur
amertume. Les amandes sont aussi douées d'une propriété
huileuse et grasse, comme les noix; elles donnent peu-
de nourriture au corps. »
Il est, au contraire, reconnu que l'amande, surtout la
douce, est très nourrissante.
Pline nous parle, dans son Histoire naturelle, de di-
verses sortes d'amandes; livre XIII, chap. xx, § 1 : « II
(I) Tpctyriiia (to). Ce mot avait chez les Grecs un sens plus
étendu que notre mot dessert. 11 se disait des hors-d'œuvre et
do tout ce qui n'était regardé que comme un accessoire du re-
pas Ainsi, les Tpa/vi liara, qui étaieni proprement des choses à
gruger, se servaient avant le repas, ou après, et même pen-
dant : nous en avons fait le mot dragées. (Voyez Lefebvre de
Villebrune : Banquet des Savants, traduit d'Athénée, tome I,
p. 199.)
Lli NATURALISTE
147
est reconnu que l;i meilleure gomme provient de l'épine
d'Egypte (acacia nilotica) ; elle est vermicellée, d'une,
couleur glauque, etc. Celle qui provient de l'amandier
iimer et du cerisier est moins lionne; lapins mauvaise
est celle du prunier, u
Livre XV, chap. xxiv, sj t : «... On ne sait si l'aman-
dier était en Italie du temps de Caton; il jiarle bien de
noix grecques, mais i|uel((ues-uns rangent ces noix
grecques parmi les noix ordinaires. Il cite encore les
avcllanos, les galbes, les prônesticus, qu'il loue surtout,
et il rapporte que renfermées dans des pots, on les garde
fraîches en terre (C.a.to.\, De rcruxlicn, ch. cxlv.) Aujour-
d'hui, on vante les amandes de Thasos, celles d'Albe,
deux espèces de Tarente, l'une à coquille fragile, l'autre
à coquille dure : elles sont très grosses et très allon-
gées. }>
Macrobe (.'i70-i-2;>) nous (knine la signillealiou de la
noix grecque du vieux Caton (234-14.') av. .T. C). Dans le
chapitre xiv du livre II de ses Saturnales (Des différentes
espèces de noix) il dit : «... Reste à expliquer ce que c'est
quela noix grecque. (Ce disant, Servius prit une amande
(Amygihdam) sur le plat, et la montra aux convives.)
La noix grecque eH la même chose que V amande ; elle est
encore connue sous le nom do Thasienne; témoin Cloa-
tius, dans le (juatrièmo livre des Mots grecs réguliers :
« Ajoutez-y des noix grecques et du miel à volonté »,
dit-il.
Caton ilit aussi dans sou De re rustica, cap. viii :
«... Près de la ville, vous aurez des jardins de tous les
styles, toutes sortes d'arbres d'agrément...; des noix
nues, des avelines de Prénesto et de Grèce {Avellanas
Prenestinas et Grxcas)... »
Si nous passons aux autres agronomes latins, nous
voyons Columelle (!'='' siècle de notre ère), nous dire {De
rerustica, lib. V, cap. x) : «... Vers les calendes de fé-
vrier, semez l'amande (nucem grxcam), dont l'arbre est le
premier qui bourgeonne. Elle demande un terrain ferme,
chaud et sec, [car, si vous la placez ailleurs, le plus sou-
vent, elle pourrit. Avant de la mettre en terre, faites-la
macérer dans de l'eau miellée, mais qui ne soit pas trop
douce : l'amandier, quand il aura grandi, fournira un
fruit plus agréable au goût, et, en attendant, se couvrira
de feuilles plus promptement.
« Placez trois amandes dans une jietite fosse triangu-
laire, de manière qu'elles soient éloignées l'une de
l'autre d'au moins une palme, et que le sommet du
triangle regarde le {vent) Favonius. Chacun de ces fruits
ne jette qu'une seule racine et qu'une seule tige. Quand
la racine est parvenue au fond de la fosse, arrêtée par la
dureté du sol, elle se recourbe et, de son extrémité re-
tournée, émet deux autres racines bifurquées.
« Vous pouvez obtenir ainsi qu'il suit des amandes
{nuccs Qi'secas) et des avelines de Tarente (noisettes) : dans
la fosse que vous destinez à recevoir ces fruits, établissez
un demi-pied de terre légère sur laquelle vous répandrez
de la graine de férule; lorsque cette plante aura poussé,
vous la fendrez, et vous insérerez dans sa moelle une
amande ou une aveline dépouillées de leur coque; dans
cet état, vous les recouvrirez de terre. Cette opération
devra être faite avant les calendes de mars, ou entre les
nones et les ides de ce mois. »
Palladius (400-bOO'!') dit dans son poème sur la greffe
Deinsiti'jnibus, v. 93-98) ;
Ipsa suos onerat meliori germine ramo.s
Persicus, et prunoscit sociare gcaus
Iiiiponitqiio levés in stipito l'hyllidis umbras,
Et tali discit fortior esse gradu.
« Le pêcher donne lui-même à ses branches un meil-
leur fruit, et il peut s'unir au prunier. II couvre Yaman-
dier de son léger feuillage, et acquiert ainsi lui-même
]j1us de vigueur ».
Il dit dans son De re rustica :
Livre III. — « Le caroubier aime les pays voisins de
la mer, chauds, secs et plats... quelques-uns croient
qu'on peut le greffer, même au mois do février, sur le
prunier et l'amandier... »
«... Grell'er l'amandier, au commencement de ce mois
(înar.s), dans les climats tempérés; et à la fin, dans les
climats froids, pourvu qu'on le fasse avant la germina-
tion des greffes.
Livre VIIÎ. — Maintenant {juillet), les amandes sont
bonnes à cueillir dans les climats tempérés.
Livre XL — {Octobre) Le pistachier se plaît dans un
s(d chaud, mais humide... des auteurs assurent qu'on
peut le greffer sur l'amandier.
Livre II, chapitre xv. — Il y a là une fort longue dis-
sertation sur la culture de l'amande ; sur la manière de
la rendre douce, d'amère qu'elle était; de la blanchir, de
la grell'er, de la conserver, do la rendre fort grosse et
même de lui faire porter des caractères : « Suivant les
Grecs, dit Palladius, pour avoir des amandes qui portent
des caractères, on ouvre la coquille, on enlève l'amande
intacte, et l'on écrit dessus ce qu'on veut; puis, on la
remet à sa place, enduite de boue et de fiente de porc. »
Livre XII, chapitre vu. — « L'amandier donne des
fruits rouges lorsqu'il a été greffé sur le platane, u
Virgile se sert de l'amandier pour pronostiquer les
bonnes ou mauvaises récoltes ;
Contemplatoi' item, quum se nux plurima .sylvis
Induel in florem, et ramos curvabit olentes.
Si superant fétus, etc.
(Géorgigues. I, v. 188 et sqq.)
« Observe lamandier, lorsqu'il se couvre de fleurs et
courbe vers la terre ses branches odorantes. Si les fruits
l'emportent, c'est pour ta récolte un heureux présage, et
de grandes chaleurs amèneront d'abondantes moissons;
mais, s'il n'étale que l'ombre inutile d'un feuillage épais,
le fléau ne battra que de vains chalumeaux. »
L'amandier ne pouvait échapper à la mythologie;
aussi, une jeune et jolie reine fut-elle métarmoriihosée
en cet arbre après s'être volontairement donné la mort
par désespoir d'amour. Il s'agit dePhyllis, dont Palladius,
dans les vers cités plus haut, donne le nom à l'amandier.
Elle était fille de Lycurgue, roi de Daulie, suivant les
uns, et, suivant les autres, de Sithon, roi de Thrace. A
l'âge de vingt ans, elle succéda à son père, et, quelque
temps après, arriva dans son royaume le roi d'Athènes
Démophoon, revenant de la guerre de Troie, c'est-à-dire
de l'un des plus grands actes de piraterie que l'histoire
nous ait conservés, et que la poésie ait immortalisés.
A toutes les époques de l'humanité, le guerrier fut le
chéri des dames ; chez les Dieux mêmes, dans cet Olympe
que les Titans faillirent prendre d'assaut, les intrigues
de Vénus et de Mars firent le scandale que l'on sait.
Phyllis aima donc le fier Démophoon, et l'autorisa promp-
tement à lui adresser ses derniers hommages ; mais bien-
tôt celui-ci, lassatus et satiatus, à l'encoiitro de l'impériale
femme de Claude (rien d'A. Dumas), quitta son amante
désespérée pour retourner à Athènes, tout en lui jurant
148
LE NATURALISTE
sur ce qu'il av:iit de plus sacré, de revenir auprès d'elle
dans le délai d'un mois. Les mois s'écoulèrent, tristes et
monotones, et la jeune reine, ne pouvant survivre à la
banale interruption de son roman, se jeta dans la mer
près du cap Pangée, à l'endroit où fut plus tard bâtie la
ville d'Amphipolis.
Les dieux, qui se connaissaient en amour et passaient
d'ailleurs leur temps à tromper les Grecques séduisantes,
furent émus de pitié devant le trépas prématuré de cette
amante inconsolable, et ils la transformèrent en aman-
dier.
Pourquoi en amandier?... Etait-ce un divin madrigal,
une discrète allusion à la forme de ses beaux yeux'?...
Mvstère.
(A suivre.)
E. N. S.\NTINI DE RiOLS.
OFFRES ET DEMANDES
— M.Messonnier, 97, rue de Belfort, à Bordeaux, offre
des iossiles de la craie de la Dordogne (étage sénonien)
en échange de fossiles d'autres provenances.
— A vendre les lots ci-après. S'adresser : à « Les Fils
D'Emile Deyrolle, 46, rue du Bac, Paris ».
1 lot de 28 espèces de Trox européens et exotiques,
38 exemplaires dans un carton. Bonnes espèces.
Prix : 10 francs.
1 lot de Melolonthidos exotiques 59 espèces, 78 exem-
plaires. Ce lot renferme les genres Dicrania à Pachy-
dema inclus. Prix : d6 francs.
1 lot de Chrysomélides français d'environ 300 es-
pèces, 400 exemplaires. Grand nombre de bonnes es-
pèces. Excellente occasion. Prix : 80 francs.
Lot de 110 fossiles des terrains primaires (cambrien,
silurien, dévonien, carbonifère) parfaitement étiquetés
et déterminés. Prix : 40 francs.
Collection de 75 coquilles comestibles de France avec
leurs noms vulgaires et scientifiques. Prix: 25 francs.
Lot de 53 espèces de Lépidoptères en partie nom-
més de la Guyane. Prix : 20 francs.
Lot de 32 espèces de Lépidoptères nocturnes tous
nommés do l'Equateur. Prix : 10 francs.
Lot de 180 espèces de Coléoptères exotiques, en
grande partie nommés représentés par 240 exemplaires
contenus dans 4 cartons vitrés grand format.
Prix : 40 francs.
1 lot de coquilles marines et terrestres de Cuba,
plus de 47 espèces, environ 80 exemplaires. Prix 45 francs
i lot de coquilles du genre Trochidœ, contenant
Pharianella, Turbo, Astralium, Pachypoma, Rotella,
Polydonta etc. 88 espèces différentes et environ 193 exem-
plaires. Prix : 55 francs.
Lot de fossiles du dévonien de la Sarthe et de la
Mayenne 120 espèces. Quelques-uns représentés par plu-
sieurs exemplaires. Prix : 40 francs.
Un très beau lot de Coléoptères européens comprenant
121 espèces, 236 exemplaires renfermés dans 2 cartons.
Parmi le grand nombre de bonnes espèces que ren-
ferme ce lot, nous pouvons citer les suivantes :
Cicindela paludosa, Aeinopus picipes, Cortica Man-
neirheimi, Acmœsdesira lanuginosa, Clivina ypsilon,
Scaritesplanus, Trechus Simoni,Lœmosthenes oblongus,
Abax contractus, Amara Spreta, Dichirotrichus ruti-
thorax, Chlœius chrysocephalus, Brachinus humeralis,
Ochodœus chrysomelinus, Geotrupes ehloropbanus, Rhi-
zotrogus Falleni; Melolontha discicollis, albida, lugu-
bris; Chrysobothrys Solieri, Aromia ambrosiaca, Anoxia
matutinalis, etc.
Toutes les bonnes espèces sont représentées par deux
exemplaires. Prix : 75 francs.
— M. Stanislas Meunier, professeur au Muséum d'his-
toire naturelle, fera une excusion géologique publique le
dimanche ÎO juin, dans les gisements de fossiles du Parc
de Grignon,où des excavations ont été ouvertes spéciale-
ment ])0ur la circonstance.
Il suffit, pour prendre part à l'excursion, de se trouver
au rendez-vous gare Montparnasse, où l'on prendra à
7 heures précises le train pour Plaisir-Griguon. Pour
profiter de la réduction de 40 p. 100 accordée par le
chemin de fer, il est indispensable de verser le montant
de la place au Laboratoire de Géologie, 61, rue de Buffon,
avant samedi à 4 heures.
— M. Doumergue, 22, boulevard Sébastopol, à Oran
(Algérie) va continuer pendant deux mois l'étude bota-
nique de l'Extrême sud oranais. — Il offre en échange
des spécimens de zoologie de sa région.
— M. G. D..., à Lyon. — Le précis d'anatomie com-
parée et de dissections, par A. Gruvel, comporte bien
294 figures dans le texte. Toutes ces ligures ont été faites
par l'auteur (1 vol., prix: 3 fr. 75, franco).
— M. P. R..., n° 4.317. — Le 4= volume de la flore de
MM. Rouy et Foucault ne tardera pas à paraître. 3 vo-
lumes sont parus déjà. Prix de chaque volumes, 6 francs.
VIENT DE PARAITRE
r^FtEOIS
ET DE
LISSECTIOUS
PAR
A. GRUVEL
Docteur ùs sciences
1 VOL . AVEC 294 FIGURES
Prix 3 fr. 50, Franco 3 fr. T5
LES FILS D'EMILE DEYROLLE, ÉDITEURS
-46, rue du Bac, Paris.
Le Gérant: Paul GROULT.
Paris. — Imprimerie F. Levé, rue Cassette, 17.
19» ANNÉE
2» Sérik — IV" «^S
1" JUILLET 1897
LA CAPTÏÏEE DES &LACIEES
Los glaciers ont laissé sur le sol ([ii'ils oui recouverl
lies traces très spéciales et qui depuis longtemps ont fixé
l'attention des observateurs. Les régions pourvues du
F. 1. — Coupe schématique du lignite L de Wetzikon pincé entre deux
formations moranites, m et M.
caractère glaciaire sont si nombreuses et si étendues que
iieaucoup de personnes en sont arrivées à conclure qu'à
une époque géologique relativement peu ancienne, la
[ilus grande partie de la surface des continents a été re-
couverte d'un manteau glacé plus ou moins comparable
à l'écorce de glace qui recouvre actuellement le Groen-
land.
Cette conception d'une « pé-
riode glaciaire », quelque logique-
ment conclue de l'observation
qu'elle puisse paraître, présente
avant tout ce caractère singulier
de venir rompre la série si conti-
nue, sans cela, des phénomènes
évolutifs qui ont laissé leur em-
preinte dans la substance même
du globe. Et s'il n'y a pas, dans cette
remarque, un motif suffisant pour
repousser la théorie d'un « âge de
glace », elle est cependant de na-
ture à faire réfléchir; c'est-à-dire
à faire e.viger des preuves irrécu-
sables des assertions avancées.
Carte montrant la situation relative du glacier du Brouillard et du glacier du Frcsnay
sur le flanc du Mont Blanc de Cormayeur.
Le Naluralisle, 46, rue du Bac, Paris.
laO
LE NATURALISTE
En oH'ct, dejmit; les temps lointains où la vie a fait son
apparition sur le globe jusqu'à la période présente, les
conditions de la surface se sont manifestement modifiées
d'une manière tout à fait progressive. Par suite d'un con-
flit véritable entre la cbaleur propre des profonileurs
terrestres et la cbaleur émanant du soleil, — conflit terminé
par la prééminence définitive de cette dernière — la sur-
face de la terre, d'abord pourvue d'une température uni-
forme, a vu se dessiner, puis s'accentuer les climats. En
chaque latitude, ces climats sont devenus peu à peu de
moins en moins chauds, et, par exemple dans le nord de
la France, le climat de la craie supérieure a été plus
chaud que le climat éocène, celui-ci plus chaud que le
climat miocène, et le climat pliocène encore comparable
à celui qui régne aujourd'hui dans les régions tropicales.
F. 3. — Carte du 3!acier des Bossons, dans la vallée de Chamonix.
était plus modéré que le précédent. C'est à sa suite, et ve-
nant rompre la chaîne qui l'unit à la météorologie ac-
tuelle que les temps quaternaires auraient favorisé le
développement général des glaciers.
Malgré l'acquiescement de beaucoup de géologues à ce
point de vue, il faut rappeler que la période quaternaire
manifeste en beaucoup de lieux une climature plus
Ehaude que celle qui y règne aujourd'hui: les figuiers de
Moret en seraient un exemple suffisant. D'où la conclu-
sion que le problème n'a peut-être pas été étudié de la
bonne manière.
Il faut remarquer, en effet, que, par une tournure qui
parait naturelle à notre esprit, on s'est laissé aller dans une
foule de cas, à généraliser des observations d'ailleurs bien
faites, mais qui ne concernaient que des localités res-
treintes.On a vu des traces glaciaires en différents points
et on s'est plu à y voir le témoignage de phénomènes
concomitants, quand il est possible (et plus que possible)
qu'il s'agisse en réalité de manifestations successives.
On a vu, dans certains glaciers, des traces do vicissitudes
dans les dimensions, allongements alternant avec des
raccourcissements, et l'on s'est plu à y voir des preuves
de vicissitudes générales dans les causes mêmes du re-
froidissement et du réchauffement delà terre, alors qu'il
se pourrait bien que les alternatives de chaque glacier
n'eussent rien à voir aux changements successifs de
glaciers plus ou moins éloignés et ne dépendissent que de
causes locales.
Ce dernier sujet paraîtra l'un des plus importants à
traiter à cause de la précision au moins relative dont il
est capable, et je demande à y arrêter un moment l'at-
tention de nos lecteurs. On acceptera peut-être même
d'autant plus volontiers quelques détails à cet égard que
le phénomène que je signale et que j'ai découvert il y a
déjà quelque temps rentre dans une catégorie de préoc-
cupations qui, à propos des rivières, a eu la chance de
provoquer l'intérêt du public.
Si l'on compare les principales descriptions de pays
glaciaires par les géologues les plus distingués, on verra
qu'en des localités très différentes les choses se passent
comme si la cause d'où dérivent les fleuves glacés après
s'être atténuée avait subi des renforcements plus ou
moins nombreux et plus ou moins considérables. Pour
citer un exemple tout à fait classique, on peut rappeler
ce que présentent les environs de Zurich sur la rive nord
du lac et spécialement Wetzikon, Durntein, ou Utznach.
Dans ces localités et conformément au schéma reproduit
dans la figure 1 jointe à cet article, on voit une formation
ligniteuse L associée à des argiles intercalées entre deux
moraines m et M parfaitement caractérisée. Le tout est
porté sur un fond rocheux R dont la surface présente
tous les détails de l'érosion glaciaire.
En présence d'une pareille coupe on est bien évidem-
ment autorisé à proclamer qu'un glacier, après avoir dé-
posé la moraine m, s'est retiré (sans doute en conséquence
d'un adoucissement météorologique) et que, sur le terri-
toire qu'il aiiandonnail ainsi, la végétation s'est établie
et peut-être un étang nourrissant des êtres variés. C'est
l'ensemble des vestiges datant de cette période relative-
ment clémente qui constitue la couche L où les arbres
se sont lignitifiés et les mollusques d'eau douce plus ou
moins fossilisés. Mais la moraine M superposée à cet
ensemble jirouve que le glacier a repris les dimensions
qu'il avait précédemment perdues; il est monté ])ar-
dessus la zone envahie par les arbres, il a recouvert
l'étang et le tout a été saupoudré des matériaux de sa
moraine.
Tout cela est incontestable; mais la question est de savoir
s'il est licite d'attribuer le retour glaciaire à une reproduc-
tion des conditions météorologiques du début. Si on trouve
deux ou plusieurs intercalations de lignites, comme cela
se montre en plusieurs points, faudra-t-il répéter la même
hypothèse'? Bien plus, aura-t-on le droit de poser le fait
que des glaciers à moraine double, avec lignite inter-
calé, ont subi leur raccourcissement et leur allongement
en même temps les uns que les autres'?
L'observation des faits actuellement en cours se charge
de nous procurer la réponse demandée et celle-ci est
LE NATURALISTE
151
bien différente de celle qu'on a généralement acceptée.
Les glaciers en effet, et quoi qu'on aient dit des f;éolo-
gues à la vue courte, ont une histoire <|ui est calquée de
tous points sur celle des cours d'eau. Non seulement ils
se déplacent comme ceux-ci, avec une distribution sem-
idable de vitesses relatives; non seulement ils transpor-
tent des matériaux de tous genres et les déposent comme
les rivières font les leurs; mais ils déterminent à la sur-
l'ace du sol, directement ou médiatement, suivant les cas,
des phénomènes do di'uudatiou ijui luodilieut continuel-
lement le relief du sol.
A l'élargissement et à l'approfondissenieut de leurs
vallées, il faut joindre comme elVet mécaniiiue i|u'ils dé-
lorminent/a régression dcleur iafsin supérieur de tout point
comparable à la régression des sources des torrents et
des rivières. Seulement, à cause de l'état solide de la
glace et de sa fusion à des niveaux déterminés, cette ré-
gression a chez les glaciers cette conséquence qu'elle ne
présente pas pour le cours liquide d'intéresser à la fois
la terminaison inférieure qui recule en même temps
que la source, sans que le glacier change de longueur
totale au moins tant que son alimentation n'est pas
diminuée.
.l'ai insisté sur ce point il y a déjà plusieurs années
dans le Naturaliste, et je ne reviens pas sur les détails du
phénomène. Mais il importe d'ajouter que cette régres-
sion no peut pas se faire indéliniment sans que, de temps
en temps, la créto rocheuse de partage entre deux glaciers
M.
M
jV'3
--,i>?;9s^fi^^i^i^^^!V^^'^^^s:s:^^
Fig. 1. — Fi<»ure tliéoriiiue montrant les phases de la capture
de W
mitoyens ne soit attaquée et rompue. Voici deux figures
ijui paraissent intéressantes à. cet égard et à côté des-
([uelles on pourrait en mettre d'autres en nombre infini
empruntées à toutes les régions glaciaires. La première
concerne deux glaciers descendant du Mont Blanc de
(Jormayeur dans la [vallée de la Doire : le glacier de
Fresnay et 1(! glacier du Brouillard. On voit l'étroite
crête longitudinale qui les sépare et qui ne saurait durer
toujours, alimentant comme elle fait de blocs de toutes
tailles les moraines qui s'en vont au fil des deux fleuves
solides. l,a seconde figure reproduit la forme du glacier
des Bossons et de son compagnon le glacier de Taconnaz.
des glaciers, expliquant la disposition représentée dans la coupe
clzikon.
C'est la répétition de la première, avec des pentes plus
accentuées et le phénomène déjà fortement commencé.
Au moment de la rupture de la cloison rocheuse mi-
toyenne et dans le cas oii les pentes des deux glaciers
seront suffisamment différentes, il se fera pour la glace
une capture toute pareille à celle qui se fait pour l'eau
liquide dans les torrents et dans les rivières. De la glace
s'engage en surplus dans une vallée où elle ne pou-
vait pénétrer et, comme compensation, uue vallée oti se
trouvait un glacier d'un volume donné, est subitement
privée d'une partie de sa glace.
Or, la coupe de notre figure 1, si singulièrement in-
152
LE NATURALISTE
terprétée jusqu'ici, reçoit de ce phénomène de capture
une explication tout a fait complète. La moraine M vient
d'un glacier qui, en conséquence même de la physiologie
glaciaire,?!, régressé peu à peu (voyez la figure 4); devant
lui les végétations se sont produites; mais, kun certain
moment le phénomène de la capture a eu lieu, un
nouvel afQux de glace s'est produit et la seconde exten-
sion glaciaire en est la conséquence.
Je suis convaincu qu'une foule de variations dos gla-
ciers, comme celui des Bossons, par exemple, en amontré
dans ces derniers temps, proviennent pour une bonne
part de captures tantôt au profit, tantôt au détriment des
glaciers considérés.
Dans tous les cas il faut remarquer que la seconde
extension glaciaire constatée ]iar les coupes dos environs
de Zurich, quoique correspondant dans le point considéré
à une augmentation de glace, est cependant consécutive
à la diminution progressive du phénomène glaciaire
dans la région considérée.
Stanislas Meunier.
lOTES SïïR L'APPAREIL YOCAL
DU Coucou [Cuculus Canorus, L.) —
Métis pe la 'I'oubterelle vulgaire {Tiirtiir Aurilus, Say.)
ET DE LA Tourterelle a collier [Columha risoria, L.) —
Colombe Bisst {Columba Livia, Briss.) —
CoLO.MBE Colo.mbin {Columba Œnas, L.) —
Colombe P\.mi!ek [Columba Palinnbus, L.)
Quand vient l'époque de la reproduction, il s'opère
dans tout l'organisme des oiseaux des phénomènes très
remarquables, aussi bien dans les parties externes que
dans les parties internes; c'est au point que, chez cer-
taines espèces, les sujets en plumage de printemps ne
ressemblent en rien à ce qu'ils étaient quehjue temps
auparavant.
Ces changements extérieurs ont naturellement été les
mieux observés, et cependant ils sont devenus parfois la
cause de bien des erreurs. Les organes internes subissent
de non moindres modifications dont les plus importantes
sont bien connues, mais il en est encore qui ont échappé
à l'observation.
Une des manifestations les plus frappantes de ces
phénomènes, est le changement qui s'opère dans la voix
des oiseaux dès les premiers beaux jours. Parmi les
chanteurs des champs et des bois, comme les appelle
Champfleury, il en est un dont l'organe a fixé l'attention
de tout le monde, c'est le coucou. Son chant est devenu
légendaire : chacun l'imite ou cherche à l'imiter et l'in-
terprète de diverses façons ; les horloges suisses nous en
répètent le monotone accent, jour et nuit, aux heures et
aux demies; enfin le chant du coucou, dans toute sa sim-
plicité musicale, a toujours su captiver l'inte'rèt de ses
auditeurs. C'est qu'en effet il possède quelque chose de
particulier, une sonorité, une étendue surprenantes, et
l'on se demande à quelle organisation singulière il faut
l'attribuer.
C'est à la puissance de tout l'ensemble de son appareil
respiratoire qu'il doit la faculté de prolonger pour ainsi
dire indéfiniment son chant d'une étendue étonnante.
Tous les os de son squelette sont pneumatiques (à l'ex-
ception des fémurs.)
Des sacs aériens spacieux lui permettent d'accumuler
et de renouveler sans cesse à l'intérieur du corps une
grande quantité d'air, et ces organes, agissant comme le
soufflet d'un orgue ou le sac d'une cornemuse, lui four-
nissent l'élément nécessaire à la production du son dont
l'ampleur nous surprend. L'air poussé de ses réservoirs
aériens vers la trachée, qui joue le rôle d'une flûte ou
d'un tuyau d'orgue, passe d'abord par le larynx inférieur
qui donne la note du chant ; cet organe n'a qu'un muscle
moteur, le chant du coucou ne se compose donc que
d'une note, mais il peut la répéter plus ou moins vite,
avec plus ou moins de force et sur divers tons, grâce au
jeu d'autres parties de son appareil vocal.
En effet, la trachée, arrivée à la hauteur des clavicules,
est d'abord intimimement liée par un ligament muscu-
laire à la peau du cou, puis ensuite par une fine mem-
brane, jusqu'à son orifice ou larynx supérieur. Elle se
trouve ainsi comprise entre la peau du cou et l'œsophage
que l'oiseau peut gonfler et dégonfler à volonté comme
la peau de bouc d'un biniou. Les vibrations de l'air dans
la trachée, produites par la note donnée par le larynx
inférieur, vient résonner sur ce sac aérien comme sur un
tambour; mais la peau du cou, d'abord revêtue deplu'mes
à l'extérieur et tapissée à l'intérieur par une matière
toute particulière, vient amortir l'acuité du son et lui
donner le ton d'une douceur étrange et si remarquable.
Cette cavité sonore, le coucou ne la possède que pen-
dant la saison où il chante, c'est seulement alors que la
peau du cou possède cette faculté de dilatation extraor-
dinaire et qu'elle est garnie de cette tunique acoustique,
qui jusqu'ici a été confondue avec la graisse qui garnit les
autres parties de la peau.
Cependant elle en difl'ère beaucoup et, par sa nature,
elle se rapproche plutôt des tissus qui garnissent le des-
sous de la peau du ventre et de la poitrine des femelles
à l'époque où elles se livrent aux soins de l'incubation ;
d'un jaune citron, elle est visqueuse à sa surface en con-
tact avec l'œsophage pour faciliter les mouvements pro-
duits par le gonflement et le dégonflement alternatif de
la cavité sonore.
Cette tunique (ou tissus acoustiques) s'observe même chez
les sujets d'une maigreur légendaire; son étendue et son
épaisseur sont moindres chez les jeunes d'un an ou deux
que chez les sujets plus âgés; il en est de même de la
dilatation de la peau du cou, qui n'est pas aussi consi-
dérable chez les jeunes que chez les vieux; aussi le
chant des jeunes coucous ne possède-t-il ni l'ampleur,
ni la sonorité, ni la netteté de celui des vieux, l'étendue
et le timbre de la voix de l'oiseau dépendent donc du plus
ou moins de développement de ces jiarties de son appa-
reil vocal que seul le mâle possède momentanément.
Chez les pigeons et les tourterelles, la peau du cou et
l'œsophage se dilatent comme chez le coucou pour for-
mer une cavité sonore dont les vibrations produisent le
roucoulement. La peau du cou est également tapissée
d'une couche de tissus acoustiques, matière molle et vis-
queuse à sa surface en contact avec l'œsophage, mais
dont la coloration diffère ; au lieu d'être d'un jaune
citron, comme chez le coucou, ces tissus sont d'un violet
rougeàtre et d'une teinte plus foncée sur la partie de la
peau correspondant au collier de plumes qui orne le cou
— l'épaisseur de ces tissus est beaucoup moindre chez
les pigeons et les tourterelles que chez le coucou. La
huppe présente aussi, mais à un bien moindre degré
une dilatation delà peau du cou qui à l'époque où l'animal
chante est garnie d'une mince couche de tissus acous-
LE NATURALISTE
133
/iV/Hcs d'une teinte vineuse plus ou moins foncée selon
l'âge lies sujets. En écoutant attentivement le chant de
ces divers oiseaux, on retrouve chez tous le même son,
le même timbre de voix, et cette similitude est due cer-
tainement à la résonance de la cavité sonore adoucie
sous l'influence des tissus acoustiques, particularités de
leur aijpart'il vocal qui leur sont communes.
Tous ces oiseaux font aussi entendre, à certains mo-
ments, une sorte de cri sourd, de hoquet, qui présente
le même caractère et pour le même motif, comme nous
venons de le dire, c'est-à-dire à cause de la similitude de
certaines parties de leur appareil vocal que nous avons
signalées.
Pendant plusieurs années j'ai obtenu des métis de la
tourterelle à collier et de la tourterelle vulgaire. Le
couple qui m'a donné ces produits était formé par un
mâle C. Risoria et une femelle C. Auritus en liberté
dans uiH? volière placée en plein air sur une pelouse. Au
milieu de la volière se trouvait un arbre vert sur lequel
elles nichaient deux et même trois fois dans la saison de
la reproduction. Les œufs ne présentaient rien de parti-
culier, mais le plumage des jeunes offrait les variétés
suivantes : à la première et à la troisième couvée de
l'année, il se trouvait toujours un sujet absolument blanc
et l'autre à plumage foncé ; à la seconde couvée, les
deux jeunes étaient toujours à plumage foncé et présen-
taient presque les mêmes dispositions de coloration dans
leur plumage.
Les sujets à plumage blanc, provenant de plusieurs
couvées, avaient tous les pattes roses, le bec d'un blanc
rosé et l'iris rougeàtre : c'étaient des femelles. Ces sujets
à plumage foncé rappelaient beaucoup leur mère C. Au-
ritus dans les dispositions et la coloration de leur livrée;
la tête, le cou et tout le dessous du corps ainsi que la
queue avaient la même teinte, les mômes taches, etc.;
quant au dessus du corps, c'était un mélange des teintes
ilu plumage du père et de la mère d'un fauve foncé plus
ou moins marqué de taches de diverses nuances, n'offrant
jamais exactement les teintes et les dispositions du plu-
mage de leurs parents; les pattes étaient d'un rose vio-
lacé, le bec d'un brun livide, l'iris d'un rouge presque
cerise, les sujets à plumage foncé étaient presque tous
des mâles. Tous ces métis sont d'un caractère farouche,
surtout les sujets à plumage foncé; ceux à plumage
blanc sont plus familiers; en somme, la nature de la
mère C. Auritus directement issue de parents à l'état
sauvage, prédomine sur toute la lignée, le mâle C. Ri-
soria est d'un naturel très familier.
Jusqu'à présent, je n'ai obtenu aucun produit des
nombreux coujdes de métis C. Auritus et C. Risoria;
pourtant M. Gerbe avance que le fait se produit parfois;
j'ai essayé d'isoler plusieurs couples, mais toujours avec
le même insuccès. Le chant de ces métis est fort singu-
lier, il se compose de passages qui ont tantôt les notes
du chant de C. Risoria, tantôt les notes de C. Auri-
tus, mais nullement le ton du chant de ces deux espèces ;
le ton de leur chant est sourd, de très peu d'étendue, et
rappelle beaucou|) celui du ramier, C. Palumbus.
Comme je l'ai déjà dit, le couple C. Auritus et C. Ri-
soria, ainsi que leurs métis, sont en liberté dans une
vaste volière située sur une pelouse dans un parc et ces
oiseaux sont exposés à tous les temps. Ils ont supporté
l'hiver 1804-1893 si rigoureux en Bretagne, péniblement
il est vrai, et l'épreuve était d'autant plus dure que c'est
en hiver que C. .Vuritus opère sa mue, détail à noter pour
cette espèce qui émigré et doit opérer son (■hangement
de plumage dans les pays chauds.
Dans le courant de janvier 1890, une petite troupe de
pigeons bisets (C. Livia) était venue s'établir momenta-
nément dans la forêt de la Ilunandaye (Côtes-du-Nord),
chaque soir en revenant de chasser la bécasse, je faisais
lever ces pigeons qui venaient coucher sur une rangée
de sajuns isolée au milieu des landes de la forêt ; je pus
en abattre quelques-uns, au clair de la lune, car dans le
jour ils étaient inabordables. Parmi les sujets que j'ai
examinés, les uns appartenaient à la race ou espèce à
croupion gris-bleu C. Saxatilis, Briss. ou à C. Turricola
de Ch. Bonaparte, et c'était le plus grand nombre ; les
autres avaient le croupion blanc ou d'un gris bleu très
pâle. Les bisets, qui autrefois étaient assez nombreux et
communs en Bretagne, y deviennent de plus en plus
rares, du moins dans le département des Cotes-du-Nord.
Il en est de même du colonibin C. O'Inas, qui se montre
encore parfois en troupes assez nombreuses et de com-
pagnie avec les ramiers.
Les ramiers, C. Palumbus, arrivent quelquefois l'hiver
en troupes très considérables, et, pendant l'hiver 1894-
I89S, j'ai assisté, dans la forêt de la Ilunandaye, au cou-
cher d'une bande extraordinairement nombreuse. C'était
à la tombée de la nuit vers cinq heures un quart du
soir : j'entendis tout à coup un bruit formidable, comme
celui qui se produirait par un écroulement ou un trem-
blement de terre, je crus même un instant au déraille-
ment du train qui traversait à ce moment la forêt, c'était
une bande de ramiers qui s'abattait sur le;-, arbres, dans
les taillis, partout enfin, et occupait un espace de cinq à
six cents hectares. Le lendemain tous avaient disparu,
mais le sol était couvert des plumes que ces oiseaux y
avaient laissées tomber en se débattant dans les branches
sur lesquelles ils avaient peine à trouver une place pour
se coucher, tant ils étaient nombreux ! Aux environs de
Paris, j'ai vu autrefois des troupes de ramiers, très
nombreuses aussi et assez considérables pour faire trem-
bler la terre au moment où ils partaient tous ensemble du
sommet de quatre peupliers gigantesques isolés dans le
parc de Garges (Seine-et-Oisc). Ce bouquet d'arbres sé-
culaires, dont l'orage avait labouré l'écorce et brûlé la
cime sans pouvoir la détruire, est tombé sous la hache
de l'ennemi en 1870. Il fut certainement, pendant une
longue suite d'années, un point de repère, une station
pour les oiseaux de passage et notamment les pigeons
ramiers.
Allicrt C'itETTÉ DE PALt.UEL.
Culture et fabrication
LA CHICORÉE A CAFÉ
Sa composition, sa falsification
{Suite et fin).
La racine de chicorée est aujourd'hui tellement re-
cherchée que la France n'en produit plus assez pour sa
propre consommation; elle doit avoir recours à la culture
étrangère qui, en 1894, a importé chez nous 77.538 kilo-
grammes de racines vertes et 32.180.000 kilogrammes de
134
LE NATURALISTE
racines sèches ou cossettes; le tout représentant une
"valeur de 8.046.000 francs environ. C'est la Belgique qui
prend la plus grande part à ces importations. Si on se
place au point de vue industriel, c'est alors la France qui
tient la tête ; sa production annuelle dépasse en effet
35.000.000 de kilogrammes, et plus de l.OOOouvriersy sont
employés dans nos fabriques. La chicorée française est
surtout exportée en Algérie, en Suisse, en Espagne, en
Italie et en Angleterre.
Malheureusement, le commerce s'est livré sur la chi-
corée comme surtant d'autres denrées, à toutes sortes
de falsifications : il nous la livre souvent mélangée avec
des pulpes de betteraves, des marcs de café, de la sciure
de bois, des glands de chênes, des tourteaux, etc., qui
ont été torréfiés et enduits de mélasse. On a même trouvé
jusqu'à des cendres de houille, du tan, de l'argile et de la
tourbe !
Heureusement, les procédés chimiques permettent de
discerner facilement la chicorée de bonne qualité, sa com-
position étant parfaitement déterminée. La teneur en
glucose et en matières minérales doit être particulière-
ment constante. Voici la composition de deux échantil-
lons de chicorée pure, déduite des analyses de M. Peter-
mann, directeur de la station agronomique de Gembloux
(Belgique).
EN SEMOULE
EN POUDRE
iEau(ilOD" c.)
Sucre (glucosej
Dextrine, gommes, etc.
Matières albuminoïdes
— minérales. . . .
— colorantes...
Matières
insolubles
albuminoïdes
minérales . . .
grasses
cellulose ....
16.2sJ
26.12/
9.63
3.231
2.S8
16.40
.97%
3.1a
4.58,
3.-31>25.76%
12.32
lO.OUOi
16.96)
23. -yf
9.31)56.00»
3.661
2.531
n.59,'
2. 981
5.87(26.14%
3.92(
13.37)
100.00'
En examinant lapartie soluble dans l'eau, on voit (jue
la valeur nutritive de cet aliment est beaucoup plus élevée
qu'on ne pourrait être tenté de le croire. Ces échantil-
lons donnent 8,42 et 7,16% de cendres ou matières mi-
nérales. Or, toute chicorée contenant plus de 6 % de
cendres doit être considérée comme falsifiée, d'après les
circulaires ministérielles de 1853 et 1854. Ilnefautdonc
rien conclure, en matière d'analyse'quantitative, d'un seul
chiffre s'écartant tant soit peu du titre normal, quand
tous les autres sont concordants avec la composition
moyenne d'un produit de bonne qualité, et, dans une
analyse de chicorée, on ne devra jamais prendre le do-
sage des cendres comme critérium permettant à lui seul
d'apprécier la valeur du jjroduit.
Le glucose doit entrer dans la composition de la chi-
corée, au titre de 9 à 12 %, d'après Graham ; mais il faut
encore bien se garder de se baser sur cet unique carac-
tère.
De tous les procédés d'analyse tentés jusqu'ici sur la
chicorée, le meilleur semble encore l'examen microsco-
pique, grâce aux caractères très nets que présente la
chicorée, et, particulièrement, la présence des vaisseaux
rayés ou ponctués.
Lachicorée, déjà si falsifiée elle-même, joue encore
souvent le rôle d'agent falsificateur, notamment pour les
cafés en poudre. Cette fraude ayant atteint des propor-
tions démesurées en Angleterre, on dut prendre, en 1852,
un arrêt spécial pour la réprimer.
Le microscope dévoile facilement cette fraude, car la
substance du café n'offre ([ue des cellules irrêgulières et
peu de vaisseaux, tout au contraire de la chicorée. A dé-
faut de microscope, on peut encore presser fortement la
poudre entre deux feuilles de papier : le café pur ne doit
pas se prendre en masse, alors qu'on voit la chicorée
s'agglomérer. Mais comme reconnaître la fraude n'est pas
l'éviter, le mieux eslencore d'acheter son café en grains...
Paul .l.\C0B.
Nos Rêves
Il serait facile d'écrire des volumes sur les rêves.
Peut-être en trouverait-on quelques-uns en librairie. On
y verrait sans doute bien des choses intéressantes et
peut-être bien des appréciations plus ou moins sus-
pectes.
Le rêve est une idée qui passe dans notre tête pendant
que nous sommes endormis. C'est le cerveau qui fonc-
tionne, alors qu'il devrait se reposer. Le rêve est donc
un état anormal dans l'exercice du cerveau, c'est-à-dire
une maladie au même titre que tout ce qui ne s'exerce
pas régulièrement. Ce n'est pas une folie comme les
cauchemars par exemple ; mais c'est une déviation de
nos fonctions comme une crampe. Ce n'est pas une dou-
leur, bien qu'il y ait des rêves pénibles et affreusement
douloureux ; mais c'est une aberration dans le fonction-
nement du cerveau. Il peut fonctionner plus ou moins
m.al ; de là tant de rêves qui n'ont pas de sens. On a cru
que le rêve pouvait être une manifestation divine, une
apparition par exemple. Il est au contraire bien plus
naturel de ne voir dans nos rêves qu'une perturbation de
notre sommeil, et non pas une exaltation de puissance
de nos fonctions intellectuelles. Quand on dort, le cer-
veau doit dormir aussi, et ne doit pas fonctionner. Or,
le rêve est une idée, c'est-à-dire un fonctionnement dé-
placé de notre esprit. Cependant, il jieut y avoir des
rêves très intéressants, et d'aussi sérieux que tout ce
que nous pourrions imaginer à l'état de veille.
Les causes de nos rêves sont de différents ordres,
comme les causes de nos impressions cérébrales elles-
mêmes. Une personne dort accablée de sommeil, sans
penser absolument à rien. Elle est sujette à éprouver
des crampes très douloureuses dans les jambes ; ce sont
des contractures localisées dans les muscles fléchisseurs
ou extenseurs des orteils. Un faux mouvement, une
simple pensée ou même sans cause : Crac! une crampe.
Elle disparait seulement quand le malade se lève et met
le pied par terre en faisant quelques pas. Un jour, une
crampe le saisit au milieu de son sommeil et le réveille.
Il s'aperçoit qu'il venait de faire un rêve très court,
d'une seconde à peine de durée; parce que la sensation
de crampe a mis un temps très court pour devenir suffi-
sante à réveiller le dormeur. Elle a provoqué le curieux
rêve suivant :
Je marchais, dit le malade, sur une place publique,
où je vis instantanément un tramway bousculant des
voitures arrêtées par un encombrement. Une de ces
dernières renversa un homme à terre et en blessa plu-
sieurs autres. L'homme renversé fut relevé sans con-
LE NATURALISTE
13:;
naissance par les passants. Tous ces faits s'accorn-
pliipnt dans la même seconde, bien qu'ils fussent suc-
sifs. Or, c'est Inoii une crampe qui fut la cause de ce
rêve; car le malade se réveilla alors avec une douleur à
la jambe qu'il attribuait tout d'abord à la contusion
imaginaire de son rêve, mais qui allait toujours en aug-
mentant avec tous les caractères d'une crampe réelle.
Telle est une des causes les plus remarquables de nos
rêves : une action pbysi(]U(! sur nos organes. Aussi
jieut on provoijucr des rêves chez les jeunes gens par
excitations e.\térieures durant leur sommeil. C(!s phé-
nomènes confinent alors à l'hypnotisme, et nous n'en
dirons rien, parce que le sujet est trop vaste.
On comprend ([ue la durée d'un rêve peut être réelle-
ment très courte; mais elle peut cire aussi bcaucouii
plus longue. Kn effet, j'ai vu une jeune fille jjarler en
rêve pendant une bonne minute. Quand elle se réveilla,
elle nous raconta que son rêve durait déjà depuis long-
temps; quand elle prononça les paroles que j'avais en-
tendues et qui la minuit sur la voie deson rêve, il sembla
que son rêve avait duré plus de ciu(j minutes, et p(!ut-élre
plusieurs (luarts d'heure. En effet, les phrases parlées ne
représentaient qu'une période très minime du rêve en-
tier. Il y a donc des rêves très courts et des rêves plus
longs. En général, je pense qu'ils sont plus courts qu'on
ne croit; mais c'est une affaire de personnes; chacun a
sa constitution jiropre : Unicuique suum. Il en est des
rêves comme de nos idées, c'est-à-dire comme du travail
de notre imagination ; puisque le rêve n'est qu'une idée
comme les autres, mais qui se développe à l'état de
sommeil au lieu de l'état de veille.
Une autre cause fréquente de nos rêves, c'est le sou-
venir de ce que nous avons appris dans la journée, soit
en lisant un livre, soit dans la conversation, soitenvoyant
des faits se passer sous nos yeux. Ainsi un enfant voit
un livre d'images représentant les aventures de Pierrot
et d'Arle([uin, l'assassinat des gendarmes et la pendaison
de l'assassin. Il éprouve une violente émotion, ïl pleure,
sa mère le couche, et il se réveille en sursaut deux heures
après; il a vu le meurtrier se débattre dans les flammes
de l'enfer, avec le diable à ses trousses. Evidemment,
sans son album, l'enfant n'aurait pas eu ce rêve affreux.
Les rêves peuvent no se produire que fort longtemps
après l'événement qui leur a donné naissance. Ainsi,
dans mon enfance, j'ai connu un revenant de la fameuse
retraite de Russie sous Napoléon ï". Cet ancien soldat
s'y voyait encore dans ses rêves quarante ans jdus tard :
son fusil lui-même se congelait, et la balh; ne jiartail
pas! On voit que les rêves peuvent être raisonnables ou
déraisonnables, intéressants ou stupides ; et que le sou-
venir d'un fait très ancien nous ramène des rêves
comme celui d'une lecture récente.
Un rêve singulièrement effrayant et d'une durée de
quelques minutes peut-être, c'est le suivant. Le père de
famille (|ui fit ce rêve tremblait encore en me le racon-
tant. 11 i)0ussa un cri tellement déchirant, ([u'il réveilla
plusieurs personnes dans les cliamlires voisines. Sa
femme, couchée à ses cotés, confirma l'épouvante qui
troublait encore son mari, quand il se réveilla et revint
à lui : Orna chérie, c'est un rêve épouvantable, disait-il
d'une voix larmoyante et entrecoupée par l'émotion, en
frissonnant de tous ses membres. QuV'tait-ce donc? Il
se promenait avec un de ses amis dans le .Jardin des
plantes, en marchant à reculons. Au bout du jardin.
un professeur faisait avec un employé une expérience
sur un serpent fort dangereux, le fer-de-lance de la Mar-
tini([uo. En reculant toujours, le promeneur finit, par
mettre le pied par mégarde sur le reptile étendu à terre.
Celui-ci se redressa aussitôt, et le picjua dans les reins.
Mais alors, chose inattendue et qui montre bien la nature
si souvent biscornue de nos rêves, au lieu de lâcher sa
]iroie, le serpent se mit à sucer raiiidement le sang
comme une sangsue, en se repliant sur lui-même et en
prenant un volume de plus en plus considérable. En
quelques secondes, il avait quadruplé de volume, au dé-
triment du malheureux qui se rapetissait de plus en plus
et perdait ses forces. Le professeur atterré n'osait bou-
ger ni lui porter secours; bien ([u'il U: priât de fra]ip(!r
à coups de canne sur la tête du serpent, qu'il ne iiouvait
atteiniln^ lui-même : on no peut pas soi-mêm(! frapper
sur un objet inséré au milieu de son dos! On voit com-
bien nos rêves peuvent être absurdes et peu conformes à
la réalité. Le liothriocéphale fer-de-lance ou Bothrops
lancéolé ne suce ]]as le sang comme une ventouse, bien
entendu : Un serpent n'est pas une sangsue ni un vam-
pire.
Certaines personnes ne rêvent jjour ainsi dire jamais;
d'autres, au contraire, ont plusieurs rêves différents dans
la même nuit. Elles se demandent même si le sommeil
ne se passe pas tout entier dans dill'érents rêves, dont on
ne garde le souvenir que de qu(dques-uns seubmient. Ce
n'est pas probable. Nous considérons le rêve comme une
anomalie : le cerveau se fatigue au lieu de dormir. C'est
pourquoi nous le considérons comme un état anormal,
comme la transpiration ])ar exemple. Quand riiommc
dort, il doit dormir et non pas rêver. Aussi bien des
rêves sont pénibles et fatigants ; tandis qu'un sommeil
naturel doit reposer et être réparateur. On connaît l'im-
portance absurde que les anciens attribuaient aux
songes ! Il est étonnant de voir combien l'homme est
obligé de passer par une quantité infinie d'errcîurs, avant
de se rendre coiniite de la vérité. L'histoire di^s anciens
n'est qu'un tissu d'erreurs. C'est à nous demander si
nous n'en commettons [las d'autres à la place. N'esl-il
pas bien surprenant, jiar exemjile, que le nombre îles
personnes qui meurent chaque annéi! de la rage, soit
lilus considérable aujourd'hui qu'autrefois, après les
grandes découvertes de Pasteur'^ Est-ce parce que les
statistiques étaient mal faites 'i Est-ce parce qu'il y a
plus d'enragés qu'autrefois? C'est fort probable; puis-
qu'il y a aujourd'hui moins de cas de diphthéric qu'a-
vant la bulle découverte du docteur lloux, cela montre
une chose que nous savons tous : les années se suivent
et ne se ressemblent pas. On ne peut cependant pas dire
([ue les microbes sont de la blague comme de l'astrolo-
gie et l'alchimie des anciens , puisque la chirurgie et la
médecine ont l'ait tant de progrès réels, depuis les im-
mortelles découvertes de notre illustre l'asteur. Cejieii-
dant, les erreurs prodigieuses de nos devanciers doivent
nous rendre [irodigieusement prudents et réservés. Er-
rarc humanum est, nous sommes des hommes, par con-
séi[uciit nous devons nous tromper encore, plus souvent
([uc nous ne voulons bien l'admettre. L'expérience
montre à l'homme qui avance en âge combien il doit
être modeste ! Le véritable savant est celui qui se rend
bien compte qu'il sait fort peu de chose, qu'il s'est déjà
trompé beaucoup, et doit probablement se tromper plus
d'une fois encore. D'' Bougon.
156
LE NATURALISTE
LE PHYLLOXERA DE LA MŒ
Le phylloxéra de la vigne a éveillé récemment en
France de grandes inquiétudes, par les importants dé-
gâts qu'il a produits parmi nos vignobles.
Comme depuis longtemps dans le nouveau monde, un
entomologiste américain, Asa Fitch, en faisait un véri-
table puceron ; ce fut en 1868 que M. Planchon rectifia
cette erreur et nomma cet insecte encore mal connu
phylloxéra vastatrix. Après lui, M.Laliman,de Bordeaux,
puis M. Cornu et surtout M. Riley firent sur ces insectes
les études les plus approfondies.
L'introduction du phylloxéra en France a été due à
l'importation de ceps américains dont les racines, con-
trairement à celles de pieds français, peuvent résister au
rostre puissant de ces terribles petits animaux.
Le phylloxéra vit d'abord à l'état aptère sous le sol :
les femelles aptères parthénogénésiques pondent des
oeufs qui ne sont pas fécondés et éclosent souterraine-
ment avant l'arrivée de l'hiver que ces insectes nou-
veau-nés passent dans une fente de la racine.
Au retour de la chaleur, ils quittent leur premier té-
gument pourun plus délicat d'une couleur jaune clair;
c'est après cette mue qu'ils s'attaquent aux racines et les
sucent.
Au bout de peu de temps, ces parasites qui sont tous
femelles, pondent, chacun, environ trente œufs qui, si
la température est favorable, doivent éclore en huit ou
dix jours.
Le phylloxéra nouveau-né se fixe sur une partie de la
racine, la suce et, après trois mues successives en l'inter-
valle d'environ deux semaines, est capable de reproduire
quatre ou cinq œufs par jour tant que la température du
sol lui sera favorable.
Dans les dernières générations, le phylloxéra est un
peu difl'érent, il subit quatre mues alors, sa face dorsale
porte des rangées de verrucosités, la tète est plus petite,
le quatrième article des antemnes est plus long; on dis-
tingue en outre sur cet insecte des ailes rudimentaires,
il vit moins profondément dans le sol, il ne tardera d'ail-
leurs pas à sortir de terre et à subir une cinquième mé-
tamorphose pour devenir alors un phylloxéra avec (juatre
ailes plus longues que le corps et posées à plat sur
celui-ci.
La reproduction chez ces derniers est moins féconde
que chez les précédents, mais leur dissémination est
plus facile et ils peuvent aller faire des dégâts en des
points considérablement éloignés du lieu de leur nais-
sance.
Le phylloxéra ailé a été remarqué seulement en 1875
par M. Boiteau, M. Balbiani a pu l'étudier.
Cet animal encore parthénogénésique pond trois ou
quatre œufs sous l'écorce d'un pied de vigne, puis meurt.
Ces œufs jjeuvent être de deux tailles et donnent nais-
sance à des individus sexués, les plus petits fournissent
les mâles aptères qui, dépourvus de rostre et d'organes
digestifs, possèdent des organes générateurs très déve-
loppés; les plus grands donnent naissance à des femelles
aptères dont le rostre et l'appareil digestif sont considé-
rablement atrophiés, leur abdomen suffisant à peine à
renfermer l'œuf d'hiver qu'elles pondent sous l'écorce
delà vigne; cet œuf d'abord d'un beau jaune devient
/ vert, il donnera naissance au pliylloxera aptère parthé-
nogénésique des racines et le cycle va recommencer.
Quand une vigne est atteinte du phylloxéra au bout de
vingt mois à peu près, les feuilles jaunissent et tombent,
les grappes du raisin sont plus petites, ses graines ont
une saveur peu agréable, et, si on examine les racines,
elles offrent des renflements radicellaires irré guliers ;
c'est alors que ces parties si nécessaires à la nutrition
de la plante commencent à pourrir : pourriture qui, en
peu de temps, a gagné toute la racine.
Il suffît de quatre ou cinq ans au phylloxéra pour
ruiner un vignoble tout entier. Que les terrains soit argi-
leux, calcaires ou granitiques, ils sont susceptibles d'être
envahis par le phylloxéra; seul, le terrain sablonneux
arrête infailliblement le terrible ravageur.
M. Faucon a imaginé pour sauver ses vignobles atta-
qués, de les submerger, le procédé a pleinement réussi,
il est même encore employé dans les cultures de vignes
situées en plaine basse.
M. Thénard proposa d'injecter du sulfure de carbone
dans le sol avec le pal Gastine, au pied des ceps attèi.nts;
ce moyen, généralement excellent, présente néanmoins
un inconvénient, qui est que le pal ne peut être enfoncé
dans un sol pierreux, c'est alors que M. Dumas a indi-
qué le sulfo-carbonate de potasse mêlé à l'eau qui est
beaucoup moins volatil que le sulfure de carbone et est
par conséquent utilisable à l'air libre.
Le docteur Mandon a imaginé dernièrement un pro-
cédé peu coûteux et qui semble vouloir donner d'excel-
lents résultats : il consiste à perforer obliquement avec
une vrille le cep sans toutefois atteindre la moelle et à
injecter dans ce trou, devenu ainsi une sorte de chambre
d'absorption, une certaine quantité d'eau phéniquée; au
bout de quarante-huit heures le pied étant complètement
phénolé le phyllo.xera périt empoisonné.
Différents procédés sont en outre en usage, spéciale-
ment pour la destruction de l'œuf d'hiver, ce sont : un
mélange d'eau et d'huile lourde ou une dissolution de
sulfo-carbonate de potasse, ou mieux encore un mélange
de goudron, de houille et d'huile lourde dont on badi-
geonne la tige.
Les procédés sont multiples, mais les moyens de des-
truction ne sont jamais trop nombreux pour un être
aussi nuisilde que celui qui nous occupe et dont il est
nécessaire de se débarrasser à tout prix.
Léon Fl.^meng.
DESCfilPTION OE COLEOPTERES NOUVEAUX
Anlkicus (Acanthinus) nitidiceps n. sp. Très allongé, ferru-
gineux, hérissé à l'état frais de longs poils dressés, élylres
bifascics, prolhorax seulement opaque. Tète presque lisse, di-
minuée en arrière. Antennes assez minces, plus ou moins
claires avec leur milieu parfois obscurci. Prothorax allongé,
étroit, opaque, à ponctuation granuleuse dçnse, un peu étran-
glé avant la base. Ecusson triangulaire. Elj'tres relativement
élroits, allongés, bien atténués en arrière, à ponctuation dis-
posée en lignes, forte, et dépression post-humérale bien mar-
quée avec 2 fascies peu accentuées rembrunies, un peu obli-
ques, la l™ sur la dépression, 1» 2° vers le milieu; extrémité
parfois un peu rembrunie. Pattes minces, longues. Dessous du
corps de la coloration du dessus, un peu pubescent.
Long. 3-3 1/4 mill. Brésil (reçu du D'' Staudinger).
A placer près de hislrio Laf. mais taille plus grande avec le
prothorax épineux.
LE NATURALISTE
IST
Aiil/iictis (Acanthinus) 3-fasciatus F. v.iiis Irinoldliis. Taille
avantageuse, tète et prothorax fonces, clytres présentant
2 bauiles brunes nettes et l'extrémité largement de la même
coloration. Antennes foncées avec les 2 derniers articles
jaunes.
Long. 3 mill. environ. Brésil (reçu du D'' Staudingeri.
AnI/ncus {Acanthinim} slriutnpunctalus Laf. var. discolov.
Modilic.ilion par décoloration de la forme type présentant
une seule bande médiane brune et une coloration générale
plus pile avec généralement le prothorax clair.
Long. 2 1/2 à 2 2/3 mill. Brésil (Gounelle in coll. Gounelle
et Pic types!).
Anlliiciis (lilaticeps. Petit, peu brillant, rougeàtre avec les
élytrcs foncés, membres testacés. Tête très grosse, carrée en
arriére, nettement tronquée, rougeàtre, un peu rembrunie, à
ponctuation très forte, espacée. Antennes testacées, à derniers
articles globuleux avec le terminal en pointe émoussée. Pro-
thorax rougeàtre, trapéziforme, plus large que la tète et légè-
rement anguleux en avant, bombé, bien rétréci en arrière,
rebordé, à ponctuation peu forte, espacée. Ecusson testacé,
petit. Elytres courts, subovalaires, plus larges que la base du
prothorax aux épaules, arrondis à l'extrémité, à ponctuation
peu forte et peu écartée et pubescence grisâtre mi-dressée,
peu longue. Pattes minces, testacées, dessous du corps testacé
rougeàtre.
Rappelle un peu de forme notre Atilliiciis européen Genei
Laf., mais avec un prothorax bien plus large, plus trapézi-
forme.
Long. 1 1/2 mill. Afrique Australe : Vryburg (E. Simon,
communiqué par le D' Martin.
M. Pic.
ERRATA
Do grosses erreurs typographiques, que nos lecteurs
ont certainement relevées eux-mêmes, ont été laissées
dans le dernier article de notre distingué collaborateur
M. Glangeaud. Le titre même de l'article était erroné.
Titre : au lieu de Histoire générale lire Histoire géo-
graphique.
p. 139, col. 1, ligne 13 au lieu de /'orme lire faune.
139, — 2, — 11 — Nébroska — Nébraska.
— — 2, — 41 — Roméo — Bornéo.
140, — 1, — 8 — Pliagoctère — Phacochère.
OFFRES ET DEMANDES
— M. Gaurand, 8, place des Acacias, à Royan (Charente-
Inférieure), désire se mettre en relations avec des ama-
teurs d'histoire naturelle collectionnant les Reptiles et
les Batraciens.
— M. G., M... n° 7932. — Le procédé de coller les
coquilles ou les œufs en collection sur des cartes est en
tous points nuisible ; la coquille ou l'œuf sont abîmés
par la colle, ils risquent beaucoup d'être brisés lorsque
l'on manie la collection, ils ne peuvent- être e.xaminés
convenablement et, en un mot, il faut abandonner ce
système antique et auquel depuis longtemps on a
renoncé. Les coquilles, œufs, fossiles, minéraux, etc.,
doivent se mettre en cuvettes, de grandeur proportionnée
à l'échantillon.
— Thermomètre à maxima et à minima (ihermomo-
trographe), à guérite métal, avec aimant. Prix 9 fr.îiO.
(S'adresser aux bureaux du journal.)
— A échanger une série d(! fossiles de l'Oxfordien,
Corallien, Calcaire à Astarie, Kumméridgien, Portlan-
diers, Néocomien du département de l'Aube et de la
Haute-Marne. S'adresser à M. C. Margaime à Bar-sur-
Aubo (Aube).
— A vendre les lots suivants (s'adresser an Los Fils
D'Emile Deyrolle, 46, rue du Bac, Paris):
1 lot de 28 espèces de Trox européens et exotiiiues,
38 exemplaires dans un carton. Bonnes espèces. Prix :
10 francs.
1 lot do Mélolonthides exotiques, 59 espèces, 78 exem-
plaires. Ce lot renferme les genres Dicrania ;ï Pachy-
dema inclus. Prix : l'j francs.
1 lot de Chrysomélides français d'environ 300 espèces,
400 exemplaires. Grand nombre de bonnes espèces.
Excellente occasion. Prix : 80 francs.
Lot de fossiles du dévonien de la Sartlie et de la
Mayenne 120 espèces. Quelques-uns représentés par
plusieurs exemplaires. Prix : 40 francs.
Collection de 210 espèces de Coléoptères de France
représentées par 40o exemplaires contenus dans 6 car-
tons vitrés grand format. Cette collection renferme les
familles suivantes: Cicindélides à Clavicornes inclus.
L'étiquetage des insectes est fait au moyen d'étiquettes
imprimées; de nombreuses places sont réservées aux
espèces manquantes. Prix : 35 francs.
— Collection de 262 espèces de Lépidoptères de France
représentées par 369 exemplaires renfermés dans 8 car-
tons vitrés grand format. Parmi les bonnes espèces que
contient cette collection nous citerons les suivantes :
Leucophatia dimensis ; Apatura iris (f ilia, clytie;
Lurienitis populi 2 o'', 1 ? , ab. tremuhc ; Sesia scolii-
formis, cephiformis, mutillœformis, formiciformis, phi-
lanthiformis, speciformis, conopiformis, ichnoumoni-
formis, chrysidiformis, empiformis ; Zeuzera tcsculi;
Orgya gonostigma? ; Acronycta euphrosiœ, alni ; Plusia
festucaî; Maina maura; Abraxassylvata. Prix : 75 francs.
— L'excursion de l'École d'Anthropologie, cours de
M. A. de Mortillet, aura lieu cette année aux dates ci-
après :
Dimanche 4 juillet.
Dreux : 'Visite de la Collection Doré-Delente. — Mon-
treuil : Dolmen de Cocherelle. — Sorel : Dolmen et po-
lissoir de la Ferme-Brulée. — É/,y : Les Caves et leurs
habitants. (Rendez-vous à la gare Montparnasse, à 8h.lO
du matin. Départ à 8 h. 30.)
Dimanche 18 juillet.
Pontoise : Musée. — Menhir de Jancy. — Dolmen de
Vauréat. (Rendez-vous à la gare Saint-Lazare, à 8 heures
du matin. Départ à 8 h. 20.)
Dimanche l" et lundi 2 amU.
Bruxelles : Visite de l'Exposition, des Musées et de la
Ville. (Rendez-vous à la gare du Nord, le dimanche à
7 h. 50 du matin. Départ à 8 h. 20.)
158
LE NATURALISTE
ACADÉMIE DES SCIENCES
M. Louis Roule (1) a entrepris, sur la faune des étangs de
la côte orientale de la Corse, des études analogues à celles
poursuivies depuis de longues années par M. Marion sur l'é-
tang de Besse.
Les étangs les plus vastes et les plus importants de la côte
Est sont au nombre de trois : celui de Biguglia non loin de
Bastia, (profondeur 1 m 50); ceux de Diana et d'Urbino dans
la région d'Aleria (profondeurs atteignant 12 à H mètres) ; on
y observe une faune riche et variée en outre des animaux
erratiques ou migrateurs (surtout des Poissons muges,
loups, anguilles, dorades, sardines, anchois etc.), espèces lit-
torales ou de plus grande profondeur qui s'introduisent dans
l'étang par le goulet de communication avec la mer et sta-
tionnent dans les points où la salure est la plus forte.
Les animaux vivants d'une manière constante dans ces
étangs sont nombreux et appartiennent à tous les groupes
principaux, depuis les poissons jusqu'aux spongiaires : (Mé-
duses Rhizostoma Cuvieri) Gardium, Vénus Ostrca, etc.
Une telle richesse de la faune est d'autant plus remar-
quable que les conditions de milieu et notamment le degré
de salure, changent beaucoup suivant les saisons. La plupart
des animaux continuent à vivre ijourtant et ne disparaissent
pas. Il leur faut donc une grande plasticité pour résister à de
pareilles alternatives, auxquelles les animaux marins, et ceux
de.s eaux douces, sont soustraits. 11 serait naturellement inté-
ressant d'étudier à ce sujet la résistance vitale comparative des
espèces trop délicates éliminées à mesure que le golfe se barrait
et se transformait en étang.
On connaît déjà les remarques intéressantes que l'étude de
la faune de la mer Caspienne a permis de faire dans ce sens,
les observations de \V. A. Herdman sur les Harpacticus et
celles de Sclimankewitsch sur les Artemia ne peuvent qu'en-
gager à entreprendre l'étude de ces étangs à conditions va-
riables où la faune marine se transforme en une faune d'é-
tangs ou saumàtres ou sursalés.
Les recherches de M. F. Bernard (2) sur la coquille em-
bryonnaire ou prodissoconquedcs lamellibranches l'amènent à
ramener à ce stade l'animal à un type très simple et très
schématique. Cette larve est pourvue de deux muscles adduc-
cteurs, de muscles pédieux, de trois paires de ganglions,
d'un pied propre à la reptation, d'un manteau à lobe libre
sans siphon ; de branchies situées très en arrière et en outre
du Vélum caractéristique de toute larve de mollusque. C'est de
ce stade qu'il faudrait partir suivant M. Bernard pour re-
constituer la philogénic des lamellibranches.
D'un travail de M. Armand Sabatier (3) sur la signification
morphologique des os en V, ou en chevron des vertèbres cau-
dales, on peut conclure que le système des os intérépineux,
qui, au niveau de la cavité viscérale, a fourni les ceintures,
les memores, le sternum et la clavicule, fournil dans bien des
cas, en arrière de la cavité viscérale, une série d'os en V qui
représentent les intérépineux do la région caudale de la co-
lonne vertébrale.
Dans la classilication végétale telle qu'elle est actuellement
admise, les caractères tirés de la conformation de la corolle
et des rapports du pistil avec les A'erticilles externes de la
fleur sont invoqués trop tùt. M. Ph. van Thieghem (4) propose
une nouvelle classification des Phanérogames, fondée sur l'o-
vule et la graine. Suivant la classification nouvelle proposée,
ces caractères secondaires tirés des verticilles floraux ne se-
raient invoqués que plus tard après avoir d'abord employé
des caractères plus importants, parmi lesquels se placent en
première ligne, d'abord la nature du fruit, suivant qu'il est ou
non pourvu de graines ; ensuite l'absence ou la présence et,
dans ce dernier cas, la conformation plus ou moins compliquée
de l'ovule.
Pour ne parler que des seules plantes qui composent la di-
vision des inséminées, le travail de M. van Thieghem porte
de 6 à 36 le nombre des familles reconnues, et le nombre des
(1) Séance du 10 mai.
(2) Séance du 24 mai.
(3) Séance du 3 mai. .
(4) Séance du 3 mai.
genres de 120 à 260, on voit par là, le progrès réalisé sous ce
rapport par le travail actuel.
Comme pour l'axe dont il a fait précédemment l'étude,
M. A. Chatin (5), montre la signification de l'existence et de
la symétrie des appendices dans la mesure de la gradation des
espèces végétales.
M. Claude Gaillard (6) décrit sous le nom de Plesiodimyius
(Nov. Gen.) un nouveau genre d'insectivores du Miocène moyen
de la Grive Saint- Alban (Isère).
M. B. Renault (7)qui a déjà décrit jadis des Bactériacées de
la houille, étudie également celles des Bogheads auxquelles on
peut également peut-être attribuer leur Houillification.
En géologie, citons, pour terminer, une note de M. Du-
règne (9) sur le mode de formation des Dunes de Gascogne et
une de M. Stanislas Meunier (10) sur l'allure générale de la
dénudation glaciaire.
Enfin la tectonique de la chaîne Nivollet Revard située à
l'est de Chambéry et d'Aix-les-Bains et celle du massif du
Mont-Blanc forment le sujet de deux notes de M. J. Rpvil et
et J. Vivien (11) d'une part et de M. J. Vallot (12) de l'autre.
A.-Eug. M.tLARD.
Répertoire étïmoiogiiiue des noms français ,
ET DES DÉNOMINATIONS VULGAIRES DES OISEAUX
(Siiile et an)
Vanneau -Suisse. — Surnom donné au Pluvier varié {Plu-
vialis varius), probablement à cause de son plumage noir et
blanc. « La dénomination de Vanneau-Suisse pourrait venir de
cet habillement mi-parti; cette étymologie est peut-être aussi
plausible que celle de Vanneau de Suisse, car cet Oiseau ne se
trouve point exclusivement en Suisse. » (Bulïon.)
Vautonr. — Ce mot a été formé du nom latin de ces Ra-
paces iVullur), qui exprimait la lenteur de leur vol. « Nous
avons approuvé telles paroles escrites en un livret dont l'au-
theur ne s'est pas nommé : VuUur à volalu tarda nominaliis
pulatur: maqniludine quippe corporis prœcipites volalus non
habei. » (Belon.)
Vaulonr-il'Ésypte. — (Voyez le mot Oricou.)
Vanlour-iIes-Agneaux. — (Voyez le mot Gypacle.)
Venlre-Oraiige. — Surnom donné par les oiseliers à un
Astrild [Esirilda subflava), à cause de la couleur d'un beau
jaune orangé rèi)andue sur la poitrine et l'abdomen de cet
Oiseau.
Ventnron. — Surnom provençal conservé par Bufl'on à un
Passereau voisin du Tarin (CHrinella serinus).
Verderolle. — Nom donné par Temminck à une Fauvette
de roseaux (Calamoherpe paluslris), par allusion à son plu-
mage vcrdàtre.
Verdier. — Nom tiré de verd, ancienne forme de vert, et
donné à cet Oiseau [Lif/urinus chloris), à cause de la couleur
de son plumage. « Le seul nom de Verdier indique assez que
le vert est la couleur dominante do son plumage. » (BulTon.)
Dans plusieurs parties de la France, on confond le Verdier
avec le Bruant. (Voyez ce mot.)
A'orclicr de la Louisiane. — Surnom improprement
donné au Pape {Cyanospiza cii'is); cet Oiseau habite la Loui-
siane, mais il n'a aucun rapport avec le Verdier, le bleu et le
rouge étant les couleurs dominantes de son plumage.
Verdin. — Nom donné à un Oiseau de la famille des Méli-
phagînés {l'Iiyltnrnis), parce qu'il a la partie supérieure du
corps vert-pré. Buffon a décrit cet Oiseau sous le nom de
Verdin de Cochinchine.
(5) Séance du il mai.
(6) Séance du 31 mai.
(7) Séance du 8 juin.
(9) Séance eu 10 mai.
(10) Séance du 10 mai.
(U) Séance du 3 mai.
(12) Séance du 3 mai.
LE NATURALISTE
159
Verl-Doré. — Nom donne par Burfon au Jlcrle à longue
quciR- (lu Sénégal (Lamprofoniis œneii). Le nom de Verl-Doré
lui a été donné pai- allusion aux reflets de son plumage. « Sui-
te ventre et les jambes, c'est un vert changeant en une cou-
leur do cuivre de rosette; dans presque tout le reste, c'est un
beau vert doré, comme indi(iuc le nom que j'ai donné à cet
Oiseau, en attendant que l'on sache celui sous lequel il est
connu dans son pays. » (Bul'fon.)
Veuve. — Ces Oiseaux {Vidiui: sont remarquables par la
longueur de leur queue jiendant la saison des amours. « Celte
saison i).issée, ils perdent leur parure et n'ont plus qu'un [ilu-
ma^e très ordinaire. Est-ce pour ce motif, est-ce à cause de
leur plumage généralement noir qu'on leur a donné, dans
toutes les langues de l'Kuropc, le nom de Veuves? Quelques
naturalistes croient que ce nom ne leur est venu que par cor-
ruption. Les premières Veuves furent amenées en Europe par
les Portugais de AVhydah, sur la cote occidentale d'Afrique :
on les appela donc Oiseuii.r de Whi/dali, et, dans ce nom, on
voulut retrouver le mot latin Vidiia. Quoi qu'il en soit de cette
ctymologie, les Oiseaux qui composent ce groupe ont et
gardent le nom de Veuves, d'où ont été tirés ceux do Viduœ,
Vidiittlés, Viduinés, que porte la famille. » (Brehm.)
Voyageur. — Nom donné à un genre de Pigeon [Erlu-
ptstes mii/rutorius), célèbre dans tous les Etats de l'Amérique
du Nord par ses voyages on bandes innombrables.
W
Wi'hons- — (Voyez le mot Oonacole.]
Worabce. — Surnom indigène conservé par les oiseliers
à un Passereau d'Afrique [Euplecles melaiwfjiisler). « La déuo
minatiou qu'il a dans le commerce allemand {Napoleoiis-Vof/cl,
Oi.seau-de-Napoléon) lui vient de ce qu'il a clé importé en
France précisément à l'époque où Napoléon 111 était à l'apogée
de sa puissance et de sa gloire; maintes nouveautés rece-
vaient alors son nom. » (D' Russ, Moiwijraphle des Oiseaux
de chambre erotiques.)
Yapon. — Nom indigène, qui signifie mensonge, donné
par les Guaranis à un Cassique {Cassicus cristatus) et con-
servé par les ornithologistes pour désigner cette espèce.
Z
/izî. — Nom donné pai- BulTou au Bruant de liaie [Embe-
riza cirlus). « Je donne à cet Oiseau le nom de Zizi, d'après
son cri ordinaire. » (Bufi'on.)
Albert Gbakger.
ANIMAUX
Mythologiques, légendaires, historiques, illustres,
célèbres, curieux par leurs traits d'intelligence,
d adresse, de courage, de bonté, d'attachement,
de reconnaissance, etc.
Foui-iuî.
La Bible parle deux fois de la fourmi :
Proverbes, Y 1,6 : — Va à la fourmi, paresseux, con-
sidère sa conduite, et apjjrends la sagesse ;
7. — Car n'ayant ni chef; ni maître, ni prince,
8. — Elle fait néanmoins les provisions pendant l'été,
et, pendant la moisson, amasse de quoi se nourrir.
XXX, 2i : — Il y a quatre choses sur la terre qui sont
très petites, et qui sont plus sages que les sages mêmes:
23. — Les fourmis, ce petit peujjle, qui fait ses provi-
sions pendant la moisson ;
26. — les/api)!s, cette troupe craintive, qui établit ses
demeures dans les rochers ;
2". — les sauterelles, qui n'ont pas de roi, et qui néan-
moins marchent toujours par bandes :
28. — et le lézard qui se soutient sur les mains, et
habite la maison du Roi.
Isidore de Séville nous donne de la manière suivante
l'élymologie du mot formica (fourmi) : « La formica est
ainsi nommée parce qu'elle porte des parcelles de blé
[micas farris] ». Sonintelligeiicecsttrésgrande,ajoute-l-il ;
elle; prévoit l'avenir, et prépare, en été, ce qu'elle doit
manger en hiver. Dans les moissons, elle choisit le blé
et laisse l'orge. S'il pleut sur ses provisions, elle les sort
aussitôt, etc. » (Ilraban Maur et Hugo de Saint- Victor
répètent mot à mot le passage de l'évèque de Séville
cité ci-dessus).
Cicéron {De naturà deoritm. lib. III, caii ix) fait dire à
un interlocuteur :
« Il n'y a sur terre rien de supérieur à Rome ! penses^
tu qu'il faille pour cela lui attribuer la raison, la pensée,
l'intelligence'^ Ou, puisque cela ne se peut pas, iras-tu
préférer une fourmi à cette lielle cité, parce que celle-ci
n'est pas même douée de sentiment, tandis que celle-là
joint au sentiment l'intelligence, la raison et la nn'moire'?
Virgile parle souvent de cet intelligent insecte ;
Populatque ingentem farris acervum
Curculio, atque inopis melueus formica seneeta?.
(GiionoiQUES, I, 187.)
« Souvent un monceau de blé devient la proie du cha-
rançon ou de la fourmi, si prévoyante pour les besoins de
vieillesse. »
Sa^pius et tectis pcnetralibus extulit ova
Angustum formica terens iter....
(Géohg, I, 179.)
0 (Quand l'orage approche), souvent, cheminant le long
d'un étroit sentier, la fourmi transporte ailleurs ses
œufs... »
Migrantes cernas, totâque ex urbe ruentes :
Ac veluti ingentem formica? farris acervum
Quum populant, byemis memores, toctoque reponuut ;
It nigrum canipis agmen, praîdamque par lierbas
Convectant calle angusio ; pars grandia truduni
Obnixœ frumenta humeris ; pars agniina cogunt,
Castigantque moras ; opère omnis seniita fervel.
(Enéide, iv, 402.)
<( On les voit (les Troyens) de tous les cotés de la ville
accourir vers le port. Ainsi, quand, prévoyant l'iiiver,
]es fourmis pillent dans un tas de blé, et portent leur bu-
tin sous leurs toits souterrains, le noir bataillon traverse
la plaine, et par un étroit sentier sous l'herbe, voiture
son fardeau : les unes, le dos chargé d'un grain énorme,
s'avancent avec effort; les autres ferment la marche,
rallient les traînards, gourmandant leur paresse, et tout
le sentier s'anime d'un travail diligent. »
Pline en parle de la manière suivante {Hisl. naturelle,
liv. XI. ch. xxxvi): « Les fourmis font, au printemps,
un vermisseau semblable à un œuf. Elles travaillent en
commun, comme les abeilles, mais celles-ci fabriquent
des aliments utiles, tandisque les fourmis les enfouissent.
« Si l'on compare à la taille des fourmis les fardeaux
dont elles se chargent, on conviendra qu'aucun animal
n'a proportionnellement autant de force. Elles les portent
avec leur bouche ; les fardeaux plus lourds, elles les
poussent à reculons avec leurs pattes de derrière, en ap-
puyant sur les épaules. Elles ont une société politique,
I de la mémoire, de la prévoyance : avant d'enfouir les
I graines, elles les rongent, de peur qu'elles ne germent en
[ terre ; les graines trop grosses pour entrer, elles les di-
160
LE NATURALISTE
visent; celles qui sont mouillées par la pluie, elles les
tirent dehors et les font sécher. Elles travaillent même de
nuit pendant la pleine lune ; elles se reposent quand il
n'y a pas de lune. Dans le travail, quelle ardeur ! quelle
exactitude ! Et comme elles font leurs provisions en di-
vers lieux, sans se voiries unes lesaulres, certains jours
sont fixés, espèces de foires, où l'on passe mutuellement
en revue cequi a été apporté. Alors, quel concours ! avec
quelle sollicitude elles s'entretiennent pour ainsi dire en-
semble, et paraissent s'interroger ! Nous voyons les cailloux
usëspar leur passage, des sentiers frayés par leurs tra-
vaux ; tant il est vrai qu'en toute chose il n'est rien que
ne puisse faire la continuité du plus petit effort ! Seules
de tous les êtres vivants, avec l'homme, elles donnent
la sépulture aux morts. »
L'archevêque de Tours Hildebert, en donnant, dans
son livre intitulé Physiologus une monographie de la
fourmi, en vers léonins, la présente aux fidèles comme un
modèle à imiter :
Exemplum nobis prœbet formica lahoris
Quando suo soVUum portât iii ore ciburn,
Inque suis factis res monstrat spirituaies,
Quas quia iudaeiis non aniat, inde reus.
Ut valeat brumas fieri secura futuj-œ,
Est caler; interea non requiescit ea, etc.
Il y a ainsi dix-huit vers, dont la césure rime avec le
dernier pied :
« La fourmi nous donne l'exemple du travail lors-
qu'elle porte dans sa bouche sa nourriture accoutumée
et que. dans ses actes, elle indique les choses spirituelles
que n'aime pas le Juif, coupable par cela même. Pour
se mettre à l'abri des soucis de l'hiver futur, elle tra-
vaille sans discontinuer pendant tout l'été.
« Travaillons, nous aussi, mes frères, pendant que
nous en avons le temps, à nous mettre à l'abri des soucis
du jugement dernier.
(c Elle prend le blé, quand elle on trouve, et rejette
dédaigneusement l'orge : ainsi moi-même, je suis la loi
nouvelle, et je rejette l'ancienne.
« Mais, de peur que le grain, mouillé par les pluies,
ne vienne à germer, et qu'elle-même ne périsse, la
prudente fourmi le divise en deux parts; de même,
la loi aussi possède deux voies: l'une qui nous montre la
vie terrestre, l'autre qui nous désigne la vie céleste. Notre
esprit, aussi bien que notre corps, y trouveront leur
nourriture; faisons en sorte de suivre ces deux indications,
])Our écarter de nous toute crainte de disette au temps
du jugement, qui est semblable à l'hiver pour la fourmi. »
Hugo de Saint- Victor (De besliis et aliis rébus, lib. H,
cap. XXIX; de formicœ naturâ) fait un autre rapproche-
ment : il compare les vertus des fourmis, qui toutes
travaillent à ramasser du grain, aux vierges folles {Mat-
thieu, XXV) qui, ayant négligé de mettre de l'huile dans
leurs lampes, en demandent ensuite aux vierges sages :
Date nobis deoleo vesti-o, etc.
Mais les anciens connaissaient aussi une fourmi mi-
neuse, une fourmi qui exploitait, dans les Indes, les
mines d'or, et dont la taille était à peu près celle d'un
renard; fourmi violente, terrible, douée d'une vitesse
prodigieuse et massacrant sans pitié tout individu qui
cherchait à s'emparer de son or. ^lais à malin, malin et
demi, et les hommes trouvaient quand même le moyen
de s'enrichir à ses dépens.
Écoutons d'abord Strabon {Géographie, livre II,
chap. IX) (I Nous ferons remarquer que, s'il est vrai,
en thèse générale, que les auteurs qui ont écrit sur l'Inde
n'ont fait, la plupart, que mentir, Déimaque les surpasse
tous à cet égard, et que Mégasthène vient tout de suite
après lui Ce sont eux, en efl'et, qui ont parlé des
Enotocétes, des Astômes, des Arrhines, des Monophtalmes,
des Macroscèles, des Opistodaclyles; eux aussi qui ont
renouvelé la fable homérique du combat des grues et des
pygmées, eux encore qui ont fait mention de ces fourmis
chercheuses ou fouilleuses d'or, de ces Pans sphénocéphales
et de ces serpents capables d'avaler cerf et bœufs avec
leurs cornes, etc.
(Livre XV, chap. xliv) « Revenons aux fourmis cher-
cheuses d'or. Néarque prétend avoir vu de leurs peaux,
qui ressemblaient tout à fait à des peaux de léopards.
Mégasthène, de son côté, nous fournit, à leur sujet, les
détails suivants : « Il existe, dit-il, dans le pays des
Derdes (on nomme ainsi l'un des principaux peuples de
la partie orientale et montagneuse de l'Inde), un haut
plateau de 3000 stades de tour environ, au pied duquel
sont des mines d'or fouillées uniquement par des fourmis
monstrueuses, aussi grosses, pour le moins, que des
renards, et qui, douées d'une vitesse extraordinaire, ne
vivent que de chasse. C'est eu hiver qu'elles creusent
la terre. Comme les taupes, elles forment avec les déblais
de petits monticules à l'ouverture de chaque trou. Ces
déblais ne sont, à proprement parler, que de la poudre
d'or, laquelle n'a besoin, pour être purifiée, que d'être
passée très légèrement au feu. Aussi, les habitants du
voisinage en enlèvent-ils le plus ([u'ils peuvent à dos de
mulet, mais en se cachant soigneusement, car, s'ils le
faisaient ouvertement, ils seraient attaqués par les
fourmis, mis en fuite et poursuivis, voire même, si les
fourmis les atteignaient, étranglés eux et leurs mulets.
Pour tromper la surveillance des fourmis, les Derdes
exposent de côté et d'autre des morceaux de viande, et,
quand les fourmis se sont dispersées, ils enlèvent à leur
aise la poudre d'or, u
Théocrite fait allusion à ces fourmis dans ces vers
{Idylle XVII, v. 106) :
Où pàv à-/pEï6; ye 56[iw évi Tttovt -/puaô;
M'jpîxaxfov aie ti).o'jto; à;t xl-/UTai (jLoysQVTwv.
« Cependant ses richesses ne sont pas oisives, comme
cet or qu'accumule dans l'Inde l'avare fourmi. »
Quant à Hérodote, qui raconte aussi comment on
s'empare de l'or de ces fourmis monstrueuses, il emploie
un autre moyen que celui qu'indique Strabon, et qui est
autrement compliqué. {Histoire, livre III, ch. cil) :
« Dans oc désert de sable {voisin de la ville de
Caspatyre), naissent des fourmis d'une taille extraordi-
naire moindre que celle d'un chien, mais plus grande
que celle d'un renard (le roi de Perse en l'ait nourrir
quelques-unes qui ont été capturées). Ces fourmis, pour
se construire leur habitation souterraine, soulèvent le
sable, de la même manière que les fourmis ordinaires,
auxi]uelles elles ressemblent tout à fait par la figure,
ont coutume de le faire dans la Grèce; mais le sable
qu'elles retournent est aurifère. Quand les Indiens veu-
lent iiénétrer dans le désert, cha(iue homme de la troupe
attache ensemble trois chameaux, un mâle de chaque
côté, une femelle au milieu, et monte sur celle-ci, qu'il
a l'attention de choisir lorsqu'elle vient de mettre bas,
ayant encore des petits extrêmement jeunes...
(.1 suivre.) E. Saxtini de Iîiols.
Le Gérant: Paul GROULT.
Paris. — Imprimerie K. Levé, rue Cassette, n.
19« ANNÉE
2' Série — !«• »-4«
15 JUILLET 1897
SUR L'ARBRE AFRICAIN QUI DONNE
LE BEURRE DE GALAM
ou DE
KiRITE, ET SUR SON PRODUIT
Le sol africain, comme celui de l'Inde, possède des
Bassia donnant des corps gras utiles à l'industrie et qu'on
pourrait désigner aussi sous le nom de beurres à'Illipés.
L'Illipé africain le plus commun est le Butyrospermwn
(Bassia) Parkii Kolscliy, et le beurre que ces graines
fournissent porle les noms vulgaires de beurre de Galam,
beurre de Bamboiick, beurre de Ghi ou mieux de beurre de
Karité ; le végétal lui-même est appelé arbre de Karité,
Ghi. Cette plante et le produit gras qu'elle donne avaient
été, avant ce travail, l'objet d'un examen sommaire di'i
à Guibourt, puis à Baucher, mais ces observateurs ont
laissé glisser dans ces études beaucoup d'inexactitudes
et de nombreuses lacunes. Je crois donc devoir donner
une description plus complète de ce végétal.
Le Butyrospermum Parkii est un bel arbre atteignant
la bauteur de iii'uf à dix mètres et l"'50 à l^SO de dia-
Fis
1. — Aspect d'un pied de liulyrospennum Parkii abritant
des cases nètrres au Soudan français.
mètre au tronc, ramilié comme un chêne (Fiy. 1) et don-
nant, suivant la variété à laquelle on s'adresse, ou ne
donnant pas uu suc laiteux qui se coagule en une gutta-
percha. Condensées au sommet de rameau.x forts,
glabres et rugueux (Fig. 2), les feuilles sont entières,
Le Naturaliste, 46, rue du Bac, Paris.
coriaces, pétiolées et stipulées. Les pétioles, mesurant
de 0™0S à Q^ifi'6 de long, sont glabres (mais d'abord pu-
iiescents); stipules lancéolées, subpersistantes, longues
de 0'°012 environ, soyeuses sur le dos : limbe oblong et
lancéolé mesurant O^lo à O^SO de long et 0">07a à O^IO
de large, fortement cunéiforme ou arrondi à la base,
subcoriace, glabre à la face supèrii'ure quand l'organe
Fig. 2. — Rameau l'euillé de Butyrospermum Parkii Kotschy.
est complètement développé, fortement pubescent en
dessous, pourvu de 20 à 25 nervures primaires.
Fleurs en ombelle, naissent en mars à l'aisselle des
feuilles au sommet des rameaux; pédoncules de 0'°012
à 0°'025 ou plus, longs, fortement recouverts dans leur
jeune âge d'un duvet ferrugineux. Calice campanule,
coriace, avec un court tube et habituellement huit seg-
ments oblongs lancéolés ; les quatre extérieurs, recou-
verts d'un tomentum ferrugineux dense. Corolle aussi
longue que le calice avec segments oblongs glabre et
imbriqués (Fig. 3, n" 6). Étamines opposées aux segments
de la corolle et insérées à leur base ; anthères oblongues
lancéolées, mesurant O^OOS, c'est-à-dire ayant la moitié
de la longueur des filets glabres et subulés, pollen sphé-
rique présentant quatre pores. Staminodes larges,
oblongs, pointus et dentés en scie sur leurs bords, plus
courts que les étamines, alternant avec les filets stami-
naux (Fiy. 3, n" 7). Ovaire globuleux, soyeux, à huit ou
dix loges renfermant chacune un ovule anatrope ; style
grêle, variable en longueur, quelquefois exsert, d'autre
fois inclus dans la corolle : forme hétérostylée dimorphe
{Fig. 3, n" 8). Fruit ellipsoïde (baie) avec un péricarpe
mince, solide et contenant habituellement une seule
semence ellipsoïde ou ronde, suivant la variété envisagée,
pourvue de cotylédons très péais. Ce fruit est de la
163
LE NATURALISTE
grosseur d'une noix ordinaire, il est pour\Ti d'un sarco-
carpe savoureux, succulent et excellent au goût {Fig. 3,
K» 12). La graine, sur laquelle nous reviendrons à propos
de son emploi dans les usages domestiques, est recou-
verte d'un épisperme lisse, crustacé, de couleur marron,
qui enveloppe un embryon très volumineux sans endo-
sperme (Fig. 6, n<" 1 et 2). Le végétal qui nous occupe
est encore connu sous le nom de Bassia Parkii G. Don
(A. de Candolle, Prod. xiii, 199; Oliver. Transactions
Lthn. Soc. XXIX, 104, t. LXXIII) ; Butyrospemium niloticum
Kotschy, Plant. Knoblecher, t. I.
D'après Oliver {Flora of tropical Africa, t. III, p. 332).
il habite la Gu née supérieure, le royaume de Bambara où
il a été découvert par Mongo Park; dans la contrée du
Niger ; à Nupe Jeba, etc., Abbeakuta (Barter et D' Irving);
dans le pays du Nil ; le Nil Blanc, Gondo-Koro, Djur,
Kosanga, et la contrée des Niams-lSiams, Madi.
A ces localités ou stations, nous pouvons ajouter les
suivantes qui sont plus nombreuses et plus précises :
« Le Karité est très commun dans la vallée du haut
Niger et dans celles du Bakoy, du Baoulé et de leurs
affluents ; on en rencontre de véritables forêts dans le
Bélédougou, le Fouladougou, le Manding, le Guéniéka-
laris, etc. » {Tour du monde. Exploration du haut Niger
par le commandant Galliéni, numéro du 31 mars 1883.)
D'autre part, nous devons à M. Baucher {Archives de
médecine navale. 1884) les notions suivantes sur le même
arbre : « Il croit spontanément dans les terrains argilo-
siliceux, ferrugineux, rocailleux et crevassés qu'on ren-
contre le plus souvent dans les plaines du haut Sénégal,
lorsqu'on fait route sur le Niger. D'une manière géné-
rale, on peut dire qu'il existe dans toute la vallée supé.
rieure du Niger, c'est-à-dire dans tous les pays situés à
l'Est de nos anciennes possessions sénégalaises avant
notre pénétration dans le Soudan. Il est surtout commun
chez les Bambaras, où il joue un rôle très important
dans l'alimentation, la médication, etc., de ces peuplades
du Haut-Fleuve.
« On le signale également dans le Bouré et dans l'est
du Fouta-Djallon, où il est plus connu sous le nom de
Karé que sous celui de Karité.
0 II est tout à fait inconnu sur la côte et dans nos
comptoirs du Sud, et même sur tout le parcours du
Sénégal compris entre Médina et Saint-Louis ; il faut
remonter jusqu'à Boccaria ou Boukaria, petit poste situé
entre Médine et Bafoulabé, pour en rencontrer quelques
pieds vigoureux réunis par petits groupes; il devient de
plus en plus répandu à mesure qu'on s'avance vers Kita
et très abondant à Bamakou, point fortifié sur le Niger.
(( Des renseignements puisés à diverses sources^ nous
permettent également d'affirmer qu'il est très commun à
Ségou et à Tombouctou. »
M. Corre avait exprimé, touchant le grand éloignement
du Karité des zones littorales africaines, la même opi-
nion dans sa Faune et Flore du Rio-Nunez {Archives de
médecine navale, 1869), en disant : « L'on croit, à Saint-
Louis, que cet arbre est commun dans le Rio-Nunez ; il
n'en est rien. Le beurre de Karité ne se rencontre qu'à
plus de vingt journées de marche, et au delà du terri-
toire du Cercle, en plein Fouta ; les graines qui arrivent
quelquefois à Boké, et toujours en petit nombre, n'y
sont guère considérées que comme des objets de curio-
sité. »
Si maintenant nous passons dans la région du Nil,
voici ce que nous révèle G. Schweinfurtli, concernant
les localités les plus importantes de ce végétal. On le
trouve chez les Bongos, chez les Mittous et chez les
Niams-Niams (Au cœur de l' Afrique, tra.d. Moreau, 1886).
D'autre part, le D' Rançon s'exprime ainsi dans son
remarquable Voyage d'exploration scientifique en haute
Gambie {Annales de l'Institut colonial de Marseille, pp. 24b,
435 et 483 — année 1893), au sujet du végétal et du pro-
duit qui nous occupent :
« Dans la haute Gambie, je n'ai trouvé le Karité,
depuis Nétéboulou jusqu'à Damentan qu'entre le mari-
got de Boulodiaroto et celui de Damentan, et encore
n'en ai-je vu là que quelques rares pieds. Je l'ai retrouvé
dans le Niocùlo, particulièrement le long de la route
entre Tomborocoto et Dikhoy où il est commun, mais
il abonde dans tout le Niocolo. J'ai pu le voir aux envi-
rons de Sillakounda, Diengui, Dikhoy. Toute la plaine
de Sillakounda en est littéralement couverte et nous en
avons vu là des pieds qui atteignent une taille fort res-
pectable. Le Karité, dans cette région du moins, ne
pousse pas en forêts compactes. Les pieds sont distants
les uns des autres d'environ 60 mètres. Il y aurait là
matière à une véritable exploitation agricole.
« Il existe au Soudan deux variétés bien tranchées de
Butyrospermum Parkii : le Mana et le Shee. C'est cette
dernière qui est de beaucoup la plus commune et elle est
facile à distinguer de sa congénère, le Mana. 'Voici, du
reste, leurs caractères principaux : à première vue, on
pourrait aisément les confondre, mais un examen atten-
tif permet de les discerner aisément. L'écorce du Mana
est blanc grisâtre , ses feuilles sont moins vertes que
celles du Shee, son bois est moins rouge, sa couleur se
rapproche plutôt du jaune. Son fruit a bien la même
forme que celle du Shee, mais sa graine, au lieu d'être
ovale, est ronde, enfin, caractère distinctif capital, à
l'incision du tronc ou des rameaux, il ne laisse dégout-
ter aucun latex en quelque saison et en quelque circons-
tance que ce soit.
0 L'écorce du Shee est, au contraire, noirâtre et pro-
fondément fendillée. Son bois est d'un rouge vif à la
périphérie et le cœur en est d'un rouge tendre veiné de
blanc et de jaune. Son feuillage est relativement abon-
dant. Ses fleurs sout blanches, portées à l'extrémité d'un
long pédoncule; le fruit est une baie à pulpe savou-
reuse. La graine est ovale. La floraison a lieu du milieu
de janvier à fin février et les fruits sont murs en juin
ou juillet, selon les régions. Ils tombent quand ils sont
arrivés à maturité complète, et, sous les arbres, le sol
est jonché de graines. Ces graines rancissent vite et
perdent leur faculté germinative par ce rancissement.
« Pour les faire germer, il faut avoir le soin de les
recueillir à l'état de fruit sur l'arbre et de les mettre
immédiatement en terre.
« Le Shee, aussi bien que le Mana du reste, se déve-
loppe très lentement et c'est à peine si, au bout de 20 ans
environ, son tronc acquiert un diamètre de 0'»20.
« On trouve le Karité, d'une façon générale, dans tout
le Soudan français, mais, comme je l'ai dit, le Shee est
plus commun. On ne trouve guère le Mana que dans les
régions méridionales de notre Soudan et encore y est-il
assez rare.
« Le Karité habite de préférence les terrains à latérite
et les roches ferrugineuses ; il est rare d'en trouver dans
les argiles compactes. Nous avons, à ce point de vue,
remarqué que le Mana affectionne spécialement ces
derniers terrains, tandis que les premiers sont surtout
LE NATURALISTE
163
recherchés par le Shee. On ne trouve que rarement l'une
ou l'antre variété sur les bords des marigots. Elles fuient
les terrains vaseux et marécageux. Il n'est pas rare de
voir de beaux échantillons se développer parfois vigou-
lousement entre des rochers où la terre végétale semble
faire complètement défaut. En général, les Karités qui
poussent dans de semblables conditions atteignent de
faibles proportions et afl'ectent des formes bizarres qui
frappent )Kir leur étrangeté et leur monstrueux aspect.
Les Karités qui se développent, au contraire, dans les
terrains riches en latérite, sont de beaux végétaux, à
tiges absolument droites et à ramure et feuillage bien
fournis. De ce qui précède, on peut conclure que l'aire
d'extension du Karité est considérable au Soudan. Mais
on ne le trouve ni dans le Baol, ni dans le Saloum, le
Sine, le Foutah, le Oulé, le Sandougou, le Niani, le
Bondou, c'est-à-dire dans aucun des pays dont le sol est
formé de sables ou d'argiles. Par contre, on le trouve
dans tout le Soudan et le Foutah-Djallon : à l'Ouest, il
commence à apparaître vers lb''lO' de long. Ouest et au
Nord, vers 1C"22' de latitude. On ne trouve plus ati Sud,
ni Mana, ni Shee, au-dessous de la lalilU(l<' de la Mella-
corée. »
M. G. Borelly me signale la présence du Karité dans
le Dahomey, à Savalou, où il commence à devenir com-
mun, et à Carnotville, où il vient en îlots ; sur le 9° paral-
lèle, en allant de Carnotville vers le Niger, il serait très
abondant d'après le commandant Toutée ; à l'ouest, de
Carnotville, il serait aussi commun d'après le R. P.
Jeankel. Dans la 'Volta, M. G. Borelly a constaté qu'il
paraît à la hauteur de Annoum, et il devient abondant à
Kratchi.
Enfin, M. Dibowsky le signale dans le haut Congo
français : il existerait dans l'Oubanghi et la Sanglia.
Après cette extension donnée aux diverses stations de
cet arbre précieux, après cette description rectificative
du végétal rendue nécessaire par les erreurs et les
inexactitudes qui en obscurcissaient la connaissance,
Kig. 3. — hutyrospermum Païkii Kotschy (variété Shee à graine ovale).
1, Graine entière pourvue de son spermoderme ; — 2, La même dépouillée de son spcrmoderme crustacé ; — 3, Coupe
longitudinale de la graine grasse; i, Coupe transversale d'un rameau âgé; — 5, Coupe transversale d'un rameau
jeune; 6, Fleur entière; 7, Fleur tendue et ouverte; 8, Ovaire, style et stigmate; 9, Coupe transversale d'un l'ruit
jeune, 10, Grain de pollen; U, Coupe transversale du spermoderme crustacé ; 12, Fruit jeune.
nous nous occuperons de ses parties utiles. « Les fruits
sont consommés sur place par les indigènes (1); au
nombre de 6 à 8 par rameaux sur les plants vigoureux
et en plein rapport, ils arrivent à complète maturité en
juillet et août. Ils sont de la grosseur d'une de nos fortes
prunes de France et forment des drupes à épicarpe d'un
vert noirâtre à maturité. Le sarcocarpe est charnu, ver-
dâtre, comestible... » (Baucher).
Certains auteurs rapprochent sa saveur de celle de
nos sorbes blettes, mais M. Baucher déclare qu'il est
1.1) M. Baucher dit à propos do la récolte : « On ne fait pas
la cueillette de ce fruit à proprement parler, mais chaque
matin les femmes et les enfants vont ramasser ceux qui sont
tombés. »
difficile d'en comparer le goût à celui de nos fruits de
France ; cependant, ajoute-t-il, à ce point de vue, il se
rapprocherait assez du prunier sauvage. La mission Gal-
liéni {loc. cit.) déclare, par contre, que cette chair est
savoureuse et excellente au goût. Quoi qu'il en soit de
la valeur de cette pulpe qui est sans intérêt pour nous,
le fruit de la variété Shee, dépouillé de son sarcocarpe
de l cent, d'épaisseur au plus, livre une graine ovoïde
recouverte d'un spermoderne dur, corné, lisse, luisant,
de couleur Isabelle. Mais cette coque n'est pas uniformé-
ment lisse et luisante sur toute son étendue ; elle pré-
sente une surface rugueuse, en forme de cœur allongé et
portant à son sommet un pinceau de fibres (faisceaux
fibro-vasculaires nutritifs de la graine) qui constituent
164
LE NATURALISTE
I _ ►-> a> "^
P- S o
fTc-S"
3 V 2 ™
les traces du trophosperme (cordon ombilical) : c'est la
surface hilaire (Fig. 3, 11° i). Le volume et le poids de
cette graine sont éminemment variables. Sur un total de
50 kilogr. environ de ces graines sèches, j'ai pu trouver
les trois catégories indiquées dans le tableau ci-dessous
avec leurs poids relatifs d'embryon et de spermoderme :
Graine tri's petite pesant j Spermoderme. dgr.riO
4 gr. 80 donne I Embryon 3gr.50
Graine moyenne pesant ( Spermoderme. i gr.90 '
8 gr. 30 donne t Embryon 6 gr.40
Graine grosse pesant j Spermoderme. 3 gr.90
U gr. 10 donne I Kmbryon 7gr.30
Une coupe transversale du spermoderme m'a donné
les couches suivantes. On trouve en strates très serrées,
et sans méat entre elles, des cellules ligneuses à parois
très épaisses et présentant une lumière linéaire (Flg. 3,
n» 11).
Cette enveloppe crustacée est sans intérêt d'applica-
tion, mais il n'en est pas de même de la graine formée
entièrement par l'embryon et par une enveloppe (teg-
men) très mince, de couleur brune et veinée de blanc.
De consistance ferme et cireuse, de couleur blanche
quand elle est fraîche, la graine devient brun rougeâtre
quand elle a vieilli et qu'elle a perdu son eau de végéta-
tion. Son odeur est aromatique et agréable ; on retrouve
cette odeur, du reste, dans le corps gras, quand ce der-
nier a été séparé de la graine par des dissolvants appro-
priés. Sur une coupe longitudinale de cette graine, on
trouve, en allant de l'extérieur vers l'intérieur : l" une
couche Iprotectrice appartenant au tegmen ; 2" un épi-
derme à une couche de cellules plates ; 3" des cellules
vides de grande dimension disposées en séries longitu-
dinales ou éparses dans des cellules plus petites formant
le fond constitutif de l'embryon ; ces grandes cellules
n'ont pas de contenu; 4° des cellules plus petites pleines
ou vides. Les cellules pleines ont un contenu gras coloré
en jaune et renfermant de l'aleurone, les autres petites
cellules sont entièrement vides (Fig. 3. n" 3).
D'- E. Heckel.
LA LÉGENDE DE ROMULUS
EXPLIQUÉE PAR L'HISTOIRE NATURELLE
Nous avons tous appris dans notre enfance la légende
de Romulus et de Rémus allaités par une louve, légende
qui a toujours passé pour une fable. Pourtant divers
faits, recueillis par les naturalistes, tendraient à lui don-
ner une certaine véracité.
S'il faut en croire le D'' Jonathan Franklin, on aurait
trouvé à différentes reprises, aux Indes, des enfants sau-
vages vivant parmi les loups. Il cite d'abord (Vie des ani-
maux) l'histoire d'un petit garçon de neuf à dix ans, vu
par des chasseurs près de la rivière Goumti, en compa-
gnie d'une louve et de trois louveteaux, et capturé au mo-'
ment où il rentraitavec eux dans la tanière, tn 18i3, un
enfant de trois ans, marqué d'un signe et d'une brûlure
au genou gauche, fut enlevé par un loup, dans les envi-
rons de Sultanpoor. Six ans après, il fut retrouvé avec
trois louveteaux. Capturé et reconnu quelque temps
après par sa mère, grâce au signe et à la brûlure, il resta
tout à fait sauvage, rôdant dans le village pendant le jour,
se sauvant dans la jungle à la tombée de la nuit pour y
rejoindre les loups, ses amis d'enfance.
Le troisième cas est celui d'un petit sauvage vivant
avec deux louveteaux [et capturé par un soldat du rajah
Hurdut. Il fut conduit à Bondée où un domestique, nom-
mé Janoo, l'adopta et le dressa à lui rendre quelques ser-
vices. La nuit, les jeunes loups venaient le voir et jouer
avec lui. Un soir il s'échappa et on ne le revit jamais.
Enfin la Revue scientifique a signalé, il y a quelque
temps, la mort d'un homme sauvage d'une quarantaine
d'années, capturé en 1867 dans la province d'Agra, en
compagnie d'une louve.
A l'instar des loups, les orangs-outangs enlèveraient
aussi parfois de jeunes enfants, et, les transportant dans
leurs forêts, s'y affectionneraient et leur feraient partager
leur vie sauvage. Elie Berthet a écrit sur cette donnée
un intéressant roman, irtlitulé l'Homme des bois. Ces
faits ne paraîtront pas impossibles si l'on connaît les
fréquentes anomalies des sentiments affectifs chez les
animaux. On a observé, par exemple, des cas de vive af-
fection entre un singe et un chien, un pécari et un chien,
un phoque et un chien, un pigeon et une poule, un ter-
rier et un hérisson, un cheval et un cochon, un cheval et
une poule, un chat et une souris, un renardet un basset,
un caïman et un chat. Il n'est pas rare de voir des che-
vaux s'affectionner à des chiens et des chats, et contents
de les porter sur leur dos à l'écurie. Le D' Jonathan
Franklin éleva ensemble un ours du Bengale, un chat,
un chien, un petit oiseau bleu de l'Inde et un loup, et
tous vécurent en bonne harmonie, mangeant au même
plat. L'ours était tout particulièrement le favori du chien.
Rapi)elons aussi le terrier, cité par Cuvier, qui dépérit et
mourut de douleur de la perte d'un lion captif, son com-
pagnon chéri.
Dans son beau livre sur l'évolution mentale chez les
animaux, Romanes a recueilli de nombreux exemples
sur cet intéressant sujet. Un mareca, blessé et soigné
par lui, conçut une véritable passion pour le paon de la
basse-cour qu'il suivait pas à pas, sans que l'autre y fit
du reste la moindre attention. La nuit, le paon perchait
sur le toit et le mareca, ne pouvant y voler, s'accroupis-
sait à terre le plus près possible. Autre exemple fort cu-
rieux, fourni par le colonel Montagu : Un pointer fut sé-
vèrement châtié pour avoir tué un jars chinois dont on
lui suspendit les restes autour du cou. L'oie veuve, très
affectée de la perte de son mari, et attirée probablement
par la vue du cadavre, poursuivit sans relâche le meur-
trier de ses vociférations. Mais ]ieu à peu une amitié
étroite s'établit entre les deux animaux, et lorsque le
chien était à la chasse, les lamentations de l'oie ne ces-
saient pas.
Une affection maternelle peut aussi apparaître entre
animaux de races différentes et même ennemies. L'ex-
périence suivante a été faite par Romanes. Il donna
trois jeunes furets à une poule de Brahma très jeune
et n'ayant encore jamais élevé de couvée. Elle les
adopta presque immédiatement et les couva pendant plus
d'une quinzaine. Deux ou trois fois par jour elle quittait
le nid, invitant les petits à la suivre ; mais les entendant
crier à cause du froid, elle revenait sur eux pour six ou
sept heures encore. En un jour, elle apprit la signification
de leurs cris de détresse, et dès le deuxième jour, elle
courait avec grande agitation vers l'endroit où on les ca-
LE NATURALISTE
165
chait. Ellfi lissiiit U'ur poil avec son boc, commp les
poules les plumes de leurs poussins, l'arfois elle s'arrê-
tait et regardait avec étonnement son étrange nichée.
Lorsque les furets la mordaient, elle s'envolait en criant.
Quand on les prenait, elle montrait beaucoup d'inquié-
tude et il fallut les nourrir dans le nid même. Dès qu'elle
voyait arriver leur lait, elle gloussait, puis surveillait
leur repas avec satisfaction.
Depuis .Jupiter qui fut nourri par la chèvre Amalthée,
bien des enfants ont tété des clièvres. Les exemples de
chiens nourris par des chattes ne manquent pas non
plus. Une fois même une chatte fut nourrice d'un petit
levraut. Mais, dira-t-on, toutes ces adoptions avaient été
suggérées par l'homme. En voici une autre plus curieuse
parce qu'elle dépend entièrement de la volonté de l'ani-
mal.
Une chatte, domiciliée dans l'écurie de Marmaduke
Maxwell, ayant eu cinq
petits, on lui en enleva
trois peu après leur nais-
sance. Le lendemain, on
s'aperçut qu'elle avait
remplacé ses petits perdus
par trois jeunes rats,
qu'elle soignait avec les
deux chats restants. Quel-
ques jours après, on lui
enlevait les deux derniers
chats, qu'elle remplaçait
rapidement par deux au-
tres ratons. Enfermés
dans une stalle vide, ils
couraient hientot agile-
ment de tous côtés, mais
revenaient vers elle pour
téter.
Le désir de jjrogéniture
peut pousser aussi les
oiseaux libres à adopter
les petits d'autresespèces.
En juillet 1878, un obser-
vateur consciencieux
trouvait un nid conte-
nant des jeunes, nourris à la fois par un roitelet etun moi-
neau. Les |)etits étaient des roitelets, et le moineau
continua à les nourrir lorsiju'ils eurent quitté le nid. Le
roitelet venait hardiment et constamment au nid; le
moineau très timide apparaissait moins souvent.
Il ne faut donc pas se hâter de juger les faits d'après
une loi absolue et invariable, quand il s'agit des mœurs
des animaux, susceptibles de capricieuses variations
tout comme les nôtres; et si les loups mangent d'ordinaire
les enfants, ils sont peut-être capables parfois de s'y
attacher, comme les chiens, leurs proches parents.
Regnault.
Production spontanée de gypse cristallisé sur un échantillon Je cal-
caire conservé depuis "mgt an« dans un tiroir de la collection de
géologie au Muséum de Paris. Grandeur naturelle.
CRISTALLISATION SPONTANÉE OU GÏPSE
En faisant récemment au Muséum quelques rangements
dans la belle collection géologi(iue rapportée d'Asie-Mi-
neure par M. Albert Gaudry en 1834, je fus frappé de l'as-
pect de plusieurs échantillons recouverts d'une admirable
toison de longs cheveux incolores, transparents, donnant
l'idée du verre filé, mais évidemment cristallin. Un essai
rapide montra (pie ces cristaux consistent en gypse, et il
fut facile de reconnaître à la loupe la forme prismatique
normale et seulement allongée il'une manière exagérée.
Ce qui rend ces prismes de gypse intéressants, c'est
qu'ils se sont produits depuis que les échantillons qui les
portent sont renfermés dans nos tiroirs du Muséum. La
roche qu'ils sont venus agrémenter d'une façon si no-
table et dont ils masquent maintenant les caractères pro-
pres, est un calcaire fragmentaire jaunâtre et rougeàtre,
affleurant à Kan, entre Jérusalem et .Jéricho, et où l'a-
nalyse décèle la présence de sels divers et surtout d'alun,
c'est-à-dire de sulfate d'alumine.
Il est facil(! de comprendre que ces substances salines
ont pu réagir sur le carbonate de chaux pour amener la
constitution du gypse ; mais ce qu'on s'explique moins
vite, c'est que cette réaction, déjà pou facilitée parla sé-
cheresse des spécimens, .ait pu se manifester par la pro-
duction de fines aiguilles
dépassant souvent de
beaucoup 1 centimètre
et atteignant parfois 2
centimètres de longueur.
Que devient dans cette
production , d'ailleurs
fréquente dans les collec-
tions, le fameux axiome
classique : « Corpora non
agunt nhi solula » '! Et
que devient surtout la
vieille opinion de l'iner-
tie des [lierres'?
Quand M. Gaudry a
recueilli les échantillons
de calcaire, quand ils
les a étudiés plus tard
pour les introduire dans
la collection de géologie
du Muséum, il n'y avait
à leur surface aucune
trace de la belle végéta-
tion cristalline dont nos
lecteurs ont le portrait
sons les yeux. Si celle-
ci s'est produite dans le silence des tiroirs, c'est que
les molécules constituantes des spécimens emprisonnés
sont en mouvement continuel. Les particules de même
nature s'attirent réciproquement au milieu des autres,
elles se groupent, elles s'allongent en cristaux et une
croissance mystérieuse s'accomplit.
C'est la reproduction, sur une très petite échelle, de
phénomènes à chaque instant en cours dans le grand La-
boratoire de la Nature. Partout, on voit la matière s'ar-
ranger, se chercher, se grouper et se manifester en tissus
plus ou moins volumineux et parfois cristallins, jusque
dans l'épaisseur des roches les plus compactes. Cette
mobilité témoigne d'un fait dominateur de toute la géo-
logie, qu'on a complètement méconnu pendant très
longtemps et auquel, encore aujourd'hui, on n'accorde
pas toute l'importance qu'il mérite.
Il résulte en effet des observations les plus diverses
que le milieu géologique est le théâtre de véritables
fonctions physiologiques cjui le rendent très comparable
aux profondeurs des organismes vivants. Des circula-
tions incessantes de hquide et de gaz y déterminent des
rapprochements et des séparations de matière, des réac-
166
LE NATURALISTE
lions chimiques extraordinairement variées, une trans-
formation jamais finie des roches et des terrains. Les
progrès du refroidissement spontané de la terre y déve-
loppent aussi des appels vers le centre des matériaux d'a-
bord retenus dans les zones périphériques et qui, pro-
gressivement, sont ravis aux couches fluides pour s'in-
corporer dans la croûte solide. La contraction du noyau
développe, dans l'écorce superposée, des pressions qui se
traduisent par dos déplacements dont la surrection des
montagnes est l'apogée et qui a son contre-coup comme
son correctif, au point de vue de l'équilibre tellurique,
dans l'émoussement des reliefs et dans le comblement
des abîmes par les phénomènes superficiels de dénuda-
tion et de sédimentation.
On est quelquefois porté à faire une grande différence
entre une pierre et un être organisé au point de vue de
son activité propre et à comparer la pierre à un objet
essentiellement mort. Il est de fait que dans nos collec-
tions les pierres, en général, ne manifestent rien qui res-
semble à de la vitalité; mais il en est de même des
plantes dans les herbiers, des oiseaux empaillés ou des
papillons piqués et desséchés. Dans la nature les roches
sont toutes différentes, et nous voyons, par l'échantillon
dessiné, qu'il leur arrive à l'occasion de continuer à vivre
dans nos cartons comme bourgeonnent d'ailleurs et mû-
rissent quelquefois des plantes entre les papiers à filtre,
comme pondent des insecteSj des jours après qu'ils ont
été transpercés par les épingles.
Le tableau des phénomènes vraiment physiologiques
qui se manifestent dans le tissu des roches est fait pour
intéresser tous les amis de l'histoire naturelle. J'ai es-
sayé de le tracer dans un ouvrage que la librairie Colin
publie en ce moment, sous ce titre Nos terrains et qui,
accessible même aux personnes les plus étrangères à la
science, constituera une sorte d'introduction à tous les
traités de géologie.
Stanislas Meunier.
ANIMAUX
Mythologiques, légendaires, historiques, illustres,
célèbres, curieux par leurs traits d'intelligence,
d'adresse, de courage, de bonté, d'attachement,
de reconnaissance, etc.
Ln Foui-mi [Suite]
cm... — d'y. — C'est sur cette monture, et avec
des attelages ainsi disposés, que les Indiens vont à la
recherche de l'or, en prenant soin de choisir, pour s'en
emparer, l'époque de la plus grande chaleur, pendant
laquelle les fourmis se tiennent ordinairement sous
terre
CV. — Les Indiens arrivent dans le désert munis de
sacs qu'ils se hâtent de remplir de ce sable aurifère, et
reviennent promptement sur leurs pas, car les fourmis,
excitées, à ce que disent les Perses, par l'odeur, se n-et-
tent à leur poursuite; et la rapidité de ces animaux est
telle que si, pendant le temps que les fourmis mettent à
se rassembler, les Indiens ne prenaient l'avance, aucun
d'eux ne pourrait échapper.
Il arrive même souvent qu'ils sont obligés de lâcher,
non pas à la fois, mais l'un après l'autre, les deux cha-
meaux mâles, qui vont moins vite que les femelles.
Mais celles-ci, animées par le désir de revoir leurs petits,
ne faililissent pas et soutiennent la course. C'est de cette
manière, suivant les Perses, que les Indiens se procurent
la plus grande partie de l'or qu'ils possèdent. Celui qui
provient de l'exploitation des mines du pays est beau-
coup plus rare.
Pline n'aurait eu garde d'oublier ce> étranges fourmis
dans son Histoire nnturelU'. Aussi, lisons-nous au cha-
pitre XXXVI du livre XI : « Les cornes d'une fourmi in-
dienne attachées dans le temple d'Hercule, à Erythres,
ont excité l'étonnement. Cette fourmi tire l'or des ca-
vernes, dans le pays des Indiens septentrionaux appelés
Dardes. Elle a la couleur du chat et la taille du loup
d'Egypte. Cet or, qu'elle extrait durant l'hiver, est dé-
robé par les Indiens pendant les chaleurs de l'été, dont
l'ardeur fait cacher les fourmis dans leurs terriers. Ce-
pendant, mises en émoi par l'odeur, elles accourent et
souvent déchirent les voleurs, bien qu'ils s'enfuient sur
des chevaux très rapides, tant sont grandes leur agilité
et leur férocité, jointes à la passion de l'or. » . -
Dans son Êléyie xiii du livre III, sur l'Avarice des
femmes, Properce fait aussi allusion à ces fourmis :
« Vous demandez pourquoi une avide beauté nous
vend si cher une de ses nuits, et pourquoi l'on accuse
l'amour d'avoir épuisé tant de patrimoines? Il n'est que
trop facile, hélas! de dire la cause de ces désastres! un
luxe que rien n'arrête envahit Rome de toutes parts :
Inda cavis aurum mittit formica metallis.
Et venit e rubro conclia Erycina salo;
Et Tyrus ostrinos praebet Cadmea colores,
Cinnamon et multi pastor odoris Arabs, etc.
« C'est pour nous que la fourmi indienne arrache l'or
à ses mines profondes; que la mer Rouge abandonne
ses coquillages précieux; que Tyr, patrie de Cadmus,
envoie sa pourpre et ses riches couleurs: que le berger
d'Arabie cultive ses herbes odorantes, etc. »
Le chanoine Hugo de Saint- Victor (De bestiis et aliis
rébus, lib. II, cap. xxix) raconte aussi la fable des four-
mis mineuses, mais d'une toute autre façon que Strabon
et Hérodote :
«... On dit qu'il y a ou, on Ethiopie, des fourmis
grosses comme des chiens, qui extraient avec leurs
pattes des sables d'or et les gardent contre les voleurs,
tuant même ces derniers. Mais ceux qui veulent s'em-
parer de cet or agissent de la manière suivante : ils
prennent des juments qu'ils font jeûner pendant trois
jours ; puis, ils attachent leurs poulains au bord du fleuve
qui les sépare du domaine des fourmis, et ils poussent
les juments à l'eau, après les avoir chargées de bâts.
Celles-ci, voyant les herbages de la rive opposée, se
jettent à la nage et y abordent bientôt. Alors les fourmis,
voyant les paniers des bâts sur le dos des juments, y
portent leur or pour le mettre plus en sûreté. Mais, dès le
soir, quand les juments sont rassasiées et chargées d'or,
elles entendent hennir leurs poulains affamés, et elles les
rejoignent aussitôt avec leur précieux chargement. »
Et l'on s'extasie sur l'imagination des conteurs des
Mille et une nuits !
Si nous en croyons un fait rapporté par Plutarque,
l'institution des Pompes funèbres étaient connue des
fourmis : elles transportaient, moyennant salaire, les
morts à domicile. Dans son traité intitulé : « Quels ani-
maux sont tes plus intelligents, des terrestres ou des aqua-
tiques'! » chap. XI, il dit: «... Cléanthe racontait, et
LE NATURALISTE
167
pourtant il refusait la raison aux animaux, avoir été té-
moin du spectacle suivant : Des fourmis étaient allées à
une autre fourmilière, portant le corps d'uneautre fourmi
qu'elles avaient rencontrée morte. De cette fourmilière
quelques-unes sortirent, comme pour conférer; après
quoi, celles-ci descendirent de nouveau, et le même ma-
nège se réitéra deux ou trois fois ;;ï la fin elles reparurent,
et, comme rançon du corps mort, elles apportaient un
ver. Les autres le reçurent, donnèrent en échange le ca-
davre, puis s'en allèrent, etc. »
Martial a fait une jolie épigramme « Sur une fourmi
enfermée dans un morceau d'ambre :
Dum Phaetontea formica vagalur in umbra
Implicuit tenueni succina gutla feram.
Sic modo qua^ fuerat vita contempta manente,
Funerilnis facta est nunc pretiosa suis.
« Pendant (ju'une fourmi s'égare à l'ombre de l'arbre
de Phaéton, ime goutte de succin enveloppe l'insecte
minuscule. Pendant sa vie, tout ;i l'heure encore, il était
considéré avec déilain, et son tombeau en a fait mainte-
nant un objet précieux. »
Les poètes ont, du reste, souvent pris la fourmi pour
terme de comparaison. Dans son ProméiMe, vers 4o3,
Eschyle dit :
('ott' àVjaypoi
MûpiiTixeç avTpwv èv [J.uX'^'î àvT,),['nt;.
« (les premiers hommes habitaient), comme les agiles
fourmis, dans les ténébreuses profondeurs des ca-
vernes. 1)
Théocrite (Idylle i.x, v. 31) :
TÉTTtÇ (lÈv TÉTTlYt <piXoç, (JLÛp|xaXl 5è liûpjjiotï,
'IpaKs; 5 'îpaltv, èijl^v 3a te Môida xa'i wSa.
« La cigale est l'amie de la cigale ; la fourmi l'est de
la fourmi; l'épervier, de l'épervier ; moi, je n'aime que
la Muse et les chansons. »
~Q Oéoi, ôaaoi o'x^oç ' itw; xai Jtôxa toûto itepâffai
Xp-?^ To xaxôv ; (jLijp{/.axEç àvâpiO(jLot xat â[j.eTpot.
{Idylle XV, v. 44).
« Grands dieux, quelle foule! Comment traverser tout
ce tumulte ? C'est une vraie fourmilière ! (Ce sonldes four-
mis innombrables et immenses). »
Dans ses Métamorphoses (livre VII, v. 622 et suiv.),
Ovide fait un magnifique tableau delapeste d'Egine etde
la métamorphose des fourmis en nouveaux habitants de
la ville dépeuplée, à la prière du sage roi Eaque, aimé
des dieux :
Forte fuitjuxta patulis rarissima ramis,
Sacra Jovi, quercus de semine Dodona?o.
Hic nos frugilegas adspeximus agmine longo
Grande onus exiguo formicas ore gérantes,
Rugosoque suum servantes cortice callem.
Etc., etc.
a Près de là s'élevait un chêne consacré à Jupiter : un
rare feuillage couvrait ses vastes rameaux; il était né
d'un gland de Dodone. Là, nous voyons s'avancer de
nombreuses troupes de fourmis chargées de grains, et
transportant des fardeaux bien lourds pour leur faible
bouche : elles suivent fidèlement la même route dans les
rides profondes du chêne. Frappé de leur nombre : « O
mon père, dont rien n'égale la bonté, m'écriai-je, donne-
moi autant de citoyens pour repeupler ma ville déserte ! »
« L'arbre immense frémit, etc. "
Ces nouveaux habitants durent à leur origine le nom
de « iV/j/rmirfons; Pindare y faitallusion dans ses Néméennes
(III, à Aristoclide, d'Egine, vainqueur au pancrace, v. 21) :
« ma voix, s'unissant à celle des citoyens d'Egine,
chantera dignement les louanges d'Aristoclide, l'orne-
ment de cette île, jadis habitée par les Myrmidons. »
Au II" chant de l'Enéide, vers 6, Virgile fait dire à
Enée, invité par Didon, à raconter la prise de Troie :
Quis, talia fando,
Myrmidonnm, Dolopumve, aut duri mile.s Ulyxei,
Temperet à lacrymis ?
(( En écoutant ces choses, quel soldat des Myrmidons,
des Dolopes ou du cruel Ulysse ne laisserait couler ses
larmes? u
Benserade, qui a traduit en rondeaux les Métamorphoses
d'Ovide (Paris, 1676, in-4°) nous donne ainsi l'histoire
des Myrmidons :
Les Myrmidons.
Du petit peuple et des Grands le trépas
Avait d'Eaque affligé les Etats,
La peste ayant tous mis à la renverse.
En quelque lieu qu'un tel fléau s'exerce.
Les plus puissans ne s'en exemtent pas.
Au creux d'un chesne Eaque observe un tas
Noir de Fourmis, admire leur tracas.
Avec plaisir void fleurir le commerce
Du petit peuple.
Les Dieux, voulans réparer les dégâts,
De ces Fourmis font autant de soldats
Que leur bonté dans ces Places disperse.
Et l'abondance avec eux elle y verse.
Un sage Roy doit toujours faire cas
Du petit peuple.
Minerve fit tout le contraire ; d'une femme elle fit une
fourmi. La mythologie nous apprend, en effet, qu'une
jeune fille ayant prétendu avoir inventé la charrue, à
laquelle elle n'avait fait qu'ajouter un versoir, la déesse,
irritée de ce... plagiat, la transforma en cet insecte. Ce
serait même cette infortunée fourmi qui aurait engendré
la multitude de celles qui, métamorphosées en hommes
par Jupiter, repeuplèrent la ville d'Egine.
Les Thessaliens honoraient fort les fourmis, parce
qu'ils prétendaient descendre de celles d'Egine.
Si nous passons à un autre genre de superstition —
dont ne furent pas exempts les plus grands esprits de
l'antiquité — nous verrons qu'autrefois les fourmis ser-
virent à pronostiquer l'avenir.
Dans son traité De la divination (livre I, ch. xxxvi),
Cicéron nous dit :
« On ne saurait douter que les hommes habiles ne doi-
vent à leurs conjectures la connaissance de l'avenir.
Lorsque le Phrygien Midas était enfant, il arriva que,
pendant son sommeil, les fourmis apportèrent dans sa
bouche des grains de froment; on prédit qu'il devien-
drait fort riche, et cette prédiction s'accomplit. »
Nous voyons également dans Suétone (Vie de Néron,
chap. XLVi) : « ... Lui, qui ordinairement ne rêvait pas,
eut, après avoir assassiné sa mère, un songe dans lequel
... il lui sembla qu'il était couvert par une nuée de four-
mis volantes... »
Et dans la Vie de Tibère, du même auteur (ch. lxxii) :
c< ... Il avait, pour son amusement, un grand serpent; et
comme il allait, suivant son habitude, lui donner à man-
168
LE NATURALISTE
ger de sa main, il le trouva entièrement rongé par les
fourmis... »
Dans son livre : De la nature des animaux, Elien parle
souvent des fourmis :
Livre l, chap. xxii. — « Les Chaldéens et les Baby-
loniens sont célèbres par leur habileté àconnaitrele cours
des astres. Or les fourmis ne regardent jamais le ciel,
et ne savent pas compter sur leurs doigts (o-JSÈ ïàç toO (itîvôç
:îl(iépaç iiîi SaxTij>.Mv àpiejjisîv ë^ovreç) les jours du mois; ad-
mirable talent dont la nature les a pourtant doués, tous
les premiers jours du mois, elles rentrent dans leurs de-
meures, et s'y tiennent closes et tranquilles ! «
Livre H, chap. xxv. — Industrie des fourmis ; leur
intelligence dans le choix et l'emmagasinage de leurs
provisions.
Livre IV, ch. xliii. — De leur assiduité au travail.
Livre V, ch. XLix. — Les fourmis ont horreur des ca-
davres des leurs. Dès qu'une d'elles meurt, les autres
portent aussitôt son corps au dehors (ce qui ne cadre
guère avec le récit de Plutarque rapporté plus haut, de
fourmis achetant le cadavre de l'une des leurs que d'au-
tres leur rapportent).
Livre VL ch. m. — L'ours quimangedes fourmis s'af-
faiblit considérablement (ce qui ne cadre pas le moins du
monde avec ce qu'on lira plus bas, de l'ours se médi-
camentant en absorbant des fourmis).
Livre VI, ch. xliii. — De leur gouvernement, de leurs
fourmilières et de leurs magasins.
Livre X, ch. XLii. — Il existe un certain genre de
fourmis léthifères ; on les appelle aussi guêpes.
Livre XVI, ch. xv. — Comment les fourmis indiennes
construisent leur nid; avec quel art elles savent le pré-
server des inondations, etc.
Livre XVII, ch. xlii. — H y a, dans les terres baby-
loniennes, des fourmis cujus génitale membrum rétro
aversiimest, au contraire de ce qui a lieu chez les autres.
Les agriculteurs, les horticulteurs, etc., ont toujours
cherché à se débarrasser de ces encombrantes et voraces
bestioles. Columelle (De re rustica, lib. II, cap. xx)
dit : « Pour que l'aire qu'on forme sur le sol soit propre
au battage, il faut préalablement enlever l'herbe qui
couvre sa superficie, puis le défoncer, y mêler de la
paille et de la lie d'huile non salée, et rendre la place
nette. Par ce moyen, on garantira le grain des ravages
des rats et des fourmis. »
[De arborihus, cap. XIV). — « Ecrasez du lupin que
vous mélangerez avec du marc d'olives, et frottez-en
circulairement le pied des vignes ; ou bien faites bouillir
du bitume avec de l'huile, et enduisez de cette prépara-
tion la base des ceps; vos vignobles seront ainsi préser-
vés des fourmis. >>
Palladius (De re rustica) indique encore d'autres
moyens :
Livre I, chap. xxxv. — » Pour détruire les fourmis, si
la fourmilière est dans le jardin, mettez auprès un cœur
de chouette. Si les fourmis viennent du dehors, tracez
une ligne autour du jardin avec des cendres ou de la
craie. » — « On chasse encore les fourmis en répandant
autour de leur trou de l'origan et du soufre broyés en-
semble ; mais ce moyen nuit aussi aux abeilles. On peut
également calciner des coquilles d'escargots vides, et
boucher leur trou avec les cendres. »
Livre IV, chap. x. — « Si les fourmis incommodent le
néflier, détruisez-les avec de la terre rouge mêlée de vi-
naigre et de cendre. » — « Si le figuier est infecté par des
fourmis, enduisez le tronc d'un mélange de terre rouge,
de beurre et de poix liquide. D'autres prétendent que,
pour le préserver de ces insectes, il faut suspendre à ses
branches un poisson appelé corbeau. »
Livre XI, chap. xii. — Si le cerisier est infecté par
des fourmis, versez autour du tronc du jus de pourpier
mêlé, à parties égales, avec du vinaigre ; ou bien frottez
le tronc avec de la lie de vin lorsque l'arbre est en
fleurs. »
La médecine, pour les hommes comme pour les bêtes,
utilisait les fourmis.
D'après Pline {Hist. nat. livre XXIX, chap. xxxix),
« on remédie à la dureté de l'ouïe par une application
d'œufs de fourmis ; cet insecte, en effet, a aussi des pro-
priétés médicinales, et il est certain que les ours malades
se guérissent en en mangeant. »
Livre VIII, chap. xli. — Les ours, quand ils ontgoùté
du fruit de la mandragore, lèchent les fourmilières. »
Plutarque (question XXVI des Causes naturelles) :
« Lorsque l'ours se sent trop plein de nourriture, il avale
des fourmis et se trouve bientôt soulagé. »
Et plus loin (Quels animaux aont les plus intelligents, des
terrestres ou des aquatiques, chap. xx) : « Quand l'ours
sort de sa tanière, la première chose qu'il fait, c'est de
manger de l'arum sauvage, dont la saveur acre lui ouvre
les intestins, repliés sur eux-mêmes. En d'autres occa-
eions, quand il est dégoûté, il se dirige vers une fourmi-
lière. Il se couche, allongeant sa langue graisseuse et
mollement tapissée d'une humeur douce et gluante, puis
il attend qu'elle soit pleine de fourmis : il avale les in-
sectes, et le voilà 'soulagé. »
L'abbesse sainte Ilildegarde (Physica, lib. VII, de
Animalibus, caput xliii, de Formica), dit à son tour :
<( La fourmi est chaude, et il s'exhale d'elle une humeur
aromatique; on ditâussi qu'elleproduitdes œufs volatils.
Si un homme a beaucoup de flegme dans la tête, la poi-
trine ou l'estomac, qu'il prenne une fourmilière avec les
fourmis, elles fasse cuire dans l'eau; qu'il répande cette
eau sur une pierre rougie au feu, et qu'il aspire dix ou
quinze fois les vapeurs produites : son flegme dimi-
nuera.
« Que celui qui souffre d'un excès de mauvaises hu-
meur prenne un nid avec les fourmis, fasse cuire le
tout, et avec cette eau se prépare un bain dans lequel il
entrera et se tiendra quelque temps, la tête couverte
d'un linge mouillé dans cette eau, car la force de cette
dernière pourrait occasionner des douleurs. Qu'il prenne
souvent un bain semblable, et son mal cessera.
« Que celui qui soutTre de la lèpre, de quelque genre
que ce soit, prenne de la terre où se trouve un nid de
fourmis, mais principalement de la terre imprégnée de
la liqueur des fourmis {acide formique), et qu'il en mette
sur des cendres de hêtre, de manière qu'il y ait plus de
terre que de cendres : qu'il prenne ensuite de l'eau
chaude et la passe neuf fois au travers de cette terre
brûlante, comme on fait pour la lessive ; puis, qu'il
prenne de la graisse de bouc, et un peu plus de graisse
de vieux porc, les mélange, et les mette dans la lessive ;
et lorsque le corps gras se sera agglutiné, qu'il le retire
de l'eau et y ajoute de la poudre d' habischwamp et de
celle de meter (I) un peu moins que de celle de violettes.
(1) Le latin de sainte Hildegarde, abesse de Saint-Rupert de
Binghcn (xi° siècle), est d'une traduction laborieuse ; il est con-
tinuellement farci de vieux mots allemands dont on ignore au-
LE NATURALISTE
169
Il en composera ainsi un onguent dont il se frottera pen-
dant neuf mois ou plus devant le feu. Il sera infaillible-
ment guéri par ce moyen, si (ô sainte ndiveté!) la lèpre
ne doit pas amener sa mort, ou si Dieu ne veut pas qu'il
guérisse,
c< Et pendant qu'il s'oindra ainsi, qu'il prenne garde
de s'approcher d'un homme ([uelconque ou d'un cochon,
de peur que la vapeur de la lèpre qui sort de lui ne les
atteigne, car ils la prendraient très facilement. »
J'ajouterai qu'aujourd'hi encore, une chirurgie sommaire
utilise une sorte de fourmis, ÏOEcodoma cephalotes (La-
treille), dévastant souvent la Guyane et le Brésil par ses
colonnes en quête de nourriture. Cet insecte mord avec
une telle rage et une force si considérable, qu'on peut lui
arracher le corps sans faire lâcher prise aux mandibules ;
aussi, les naturels de ces pays s'en servent-ils en guise
de scire-fines, pour les sutures chirurgicales : « Les sau-
vages, dit Reiche, emploient cette espèce pour tenir rap-
prochés les bords d'une plaie. Ils font mordre par cet
insecte les deux bords, puis lui arrachent l'abdomen et le
thorax, et ne laissent, par conséquent, que la tête, qui
maintient ainsi les lèvres de la plaie rapprochées. Il n'est
pas rare de voir des Brésiliens indigènes quiontainsi une
plaie en voie de cicatrisation au moyen de sept à huit
têtes de cettefourmi. » {Annalcsde la Société entomologique
de France, 2' série, tome II, bull.p. LXVI).
Autrefois, dans les contrées méridionales encore à l'état
sauvage, comme d'ailleurs jadis chez les Perses très ci-
vilisés, certains condamnés à mort étaient enterrés nus
jusqu'à la ceinture, puis enduits de miel, et exposés ainsi
à une mort affreuse et lente sous la morsure de milliards
de fourmis.
Notre La Fontaine, imitant en cela ses prédécesseurs,
a fait parler la fourrai dans ses fables :
Livre I, fable i : — La Cigale et la Fourmi. Avant lui, ce
sujet avaitété traité par Esope (fab. 134) ;Gabrias(f. 41);
saint Cyrille (liv.I, f. 4) ; Aphtonius (f. 1) jAvienus (f.34};
l'Anonyme (f. 56) ; Faerne (f. 7) et Burmann (f. 28).
Livre II, fable 12 : — La Colombe et la Fourmi. Esope
l'avait aussi traitée avant lui.
Livre l'V, fable 2 : — La Mouche et la Fourmi. Sujet
traité avant lui par Phèdre (liv. IV, f. 23) ; l'Anonyme
(f. 37) ; Marie de France ; Ysopet (/'Afcei/^e et la Mouche).
Benserade, qui a aussi traduit les Fables d'Esope en
quatrains (Paris, 1678, in-t2),nous donne ainsi la Cigale
et la Fourmi :
On connoist les amis dans les occasions;
— Cliére Fourmj, d'un grain soyez-moy libérale ;
J'av chanté tout l'esté — Tant pis pour vous, Cigale;
Et moy, j'ai tout l'esté fait mes provisions !
Voyez, dans les Trois règnes de la nature, chant VII, le
portrait que fait Delille de diverses sortes de fourmis.
Cet insecte a donné lieu à divers proverbes et dictons :
Celuy qui est trop endormy
Doibt prendre garde à la fourmy
(Gab. Meurier, Trésor des sentences, xv\'sièc\e.)
Se faire plus petit qu'une fourmi devant quelqu'un.
(Dict. de l'Académie, édition de 1835.)
Avoir des fourmis dans les jambes.
Cette femme est très laborieuse : c'est une vraie fourmi.
E. Santini de Riols.
N. B. — Deux articles parus précédemment sur l'Elé-
jourd'hui la signification : les annotateurs de ses ouvrages sont
dans l'impossibilité, presque toujours, de donner l'équivalent
latin du terme vuleaire.
S. DE R.
phant et sur l'Amandier ont été, par inadvertance
tronqués ; nous donnerons dans le prochain numéro la
suite et la fin de ces deux articles.
NOTICE SUR LE PARNASSIUSNORDfflÂNNUoRDMANN
ET SUR SA VARIÉTÉ MINIMA. HONRATH
Le véritable Parnassius Nordmanni, malgré la date déjà
ancienne de sa découverte qui remonte à près d'un demi-
siécle en arrière, est encore aujourd'hui une de nos plus
grandes raretés entomologiques. Bien peu de Lépidoptéristes
connaissent ce précieux papillon ; aussi n'hésitons-nous pas a
rééditer sa description, d'après un exemplaire mAlc que nous
avons eu la bonne fortune de nous procurer après de patients
ctïorts.
Ce Parnassius est à peu près do la taille de nos grands
exemplaires de Dclius; il mesure exactement 12 millimètres
d'envergure; ses quatre ailes sont en dessus d'un blanc jau-
nâtre ocracé, analogue à celui qui caractérise la femelle de
Mnemosque, variété Ochracca. Ni la côte, ni la base des an-
tennes ne sont bien sensiblement [rembrunies par le semis
atomique noirâtre qui couvre habituellement ces espaces. Par
contre, le bord exlome est occupé par une large tache formant
bande d'un gris noirâtre, subdiaphane, très élargie à l'apex,
amincie en pointe vers l'angle opposé et dont le contour in-
térieur affecte une forme presque rectiligne. Les deux taches
discoidales, assez petites, sont d'un noir profond. Celle qui
clôt la cellule est semilunaire ; l'autre qui n'aboutit pas à beau-
coup près au bord inférieur de cette cellule est en forme d'o-
vale. La tache costale est à peine indiquée, et celle dite in-
terne fait complètement défaut.
Les ailes postérieures sont d'un blanc ocracé uniforme, y
compris le limbe qui est vierge de tout dessin. On y distingue
d'abord les deux ocelles d'un beau jaune d'ocre vif, finenient en-
tourées denoirdontlautérieureesttransversalementréniforme;
et dont l'autre, plus petite, affecte l'apparence d'un carré irré-
gulier, puis la tache basilaire gris noirâtre qui s'étend le long
du bord abdominal, depuis la base proprement dite jusqu a
une petite macule transverse anale et sans former du crochet
sous la cellule. Le dessous reproduit exactement les dessins
du dessus; mais cette face do l'insecte, étant pour ainsi dire
dégarnie d'écaillés, offre un aspect luisant particulier, com-
parable à celui qui est propre à Clodius. Il convient d'ajouter
que les antennes, les pattes do Nordmanni sont noires, de
même que le corps tout entier; mais que ce dernier est re-
vêtu d'une pilosité jaunâtre qui devient ocracée en dessous de
l'abdomen et sur le collier.
Il résulte de cette description, si on compare avec la ligure
de la variété Minima, ou mieux encore avec l'insecte lui-
même, que les deux Parnassiens ainsi mis en parallèle oflrent
un aspect bien tranché. Non seulement cette variété est beau-
coup plus petite que le type, mais ses ailes sont en proportion
plus allongées, leur teinte est plus blanche et leurs dessins
montrent plus d'ampleur. Ainsi les deux discoidales sont
grosses et arrondies, les ocelles plus petites sont encadrées
d'un large cercle noir et la plus basse des deux comporte en-
core une macule noire adjacente. La tache basilaire fait un
crochet aigu sous la cellule ; et le limbe de l'aile inférieure est
entouré, depuis l'angle anal jusque vers le milieu du bord,
d'une bande marginale grisâtre et continue.
Enfin la vestiture du corps, de même que le collier, sont-
d'un gris plutôt cendré. Nous avons dit que le Parnassius
Nordmanni, forma typica ou liera, est encore une grande ra-
reté. En effet, très peu de collections le possèdent en exem-
plaires bien authentiques. Ceux qu'on y conserve sous ce nom
appartiennent pour la plupart par leurs caractères à la va-
riété Minima, bien que leur taille soit un peu plus grande que
celle de la race que M. Honrath nous a fait connaître, la-
quelle est de dimension très exiguë. La patrie exacte de cet
insecte nous semble mémo encore entourée de quelque incer-
titude. M. Standinger, dans son grand catalogue méthodique
do 1871, nous indique comme lieu d'origine les Alpes de l'Ar-
ménie occidentale et le Caucase, mais ce dernier avec doute.
Ménétriès attribue pour patrie à Nordmanni l'Awasie, c'est-a-
dire cette partie du Caucase qui est située entre l'Elbrous et
la mer Noire, et l'exemplaire que nous avons sous les yeux
170
LE NATURALISTE
porte sur son étiquette la mention générale de Caucase, sans
désignation précise de localité. Enfin un entomologiste alle-
mand, personnellement très au courant de tout ce qui regarde
la faune des Lépidoptères de l'Arménie, assure que la station
la plus certaine du Parnassius qui nous occupe est située dans
les Hautes-Alpes de la région arménienne de Somlia où il n'a
été capturé que très rarement et en un petit nombre d'exem-
pVires. L'insecte habite à plus de 4000 mètres d'altitude, sur
certains éboulis rocheux d'un accès presque impraticable qui
garnissent la base des pitons les plus élevés et où on ne le
voit voler que très isolément.
La variété Minima, soit la forme réduite de M. Honrath,
soit la race plus grande que nous avons signalée plus haut
comme appartenant à cette variété, habite les Alpes du Da-
ghestan, c'est-à-dire la partie orientale de la chaîne du Cau-
case. Elle a été découverte à Bazardjusi d'où sont originaires
les exemplaires de notre collection et retrouvée plusieurs fois
sur différents autres points de cette région.
Ce Parnassius vit également à une très grande hauteur à
l'état solitaire; mais il est cependant beaucoup moins loca-
lisé que le vrai Nordmanni, qui restera sans doute longtemps
encore un de nos lépidoptères les plus rares et les plus dif-
ficiles à obtenir.
J. L. AUSTAUT.
DESCRIPTION DE CDLÉDPTÈRES NOUVEAUX
Anthicus (Aulacoderus) MaHini. Entièrement testacc rou-
geâtre (avec ordinairement la tête obscurcie) moins une fascie
élytrale noirâtre transversale post-médiane prolongée étroite-
ment en arrière sur la suture etles côtés, et ayant la tendance
de s'étendre en arrière pour enclore une tache claire de la
couleur du fond. Tête d'un testacé rougeâtre, ordinairement
obscurcie, arrondie en arc en arrière, un peu plus large que
le prothorax, à ponctuation forte, écartée avec les yeux foncés,
gros. Antennes testacées (ayant le dernier article généralement
obscurci,) grêles et non sensiblement épaissis à l'extrémité.
Prothorax d'un testacé rougeâtre, peu long, modérément di-
laté, arrondi en avant, à sillon bien marqué éloigné de la base
et flanqué de chaque coté d'une sorte de fossette nettement
pileuse. Ecusson petit, triangulaire. Elytres un peu ovalaircs,
arrondis à l'extrémité, de coloration un peu plus pâle que le
prothorax, bien plus larges que cet organe, ornés d'un dessin
postérieur foncé, à ponctuation espacée, fine et pubescence
grisâtre fine, espacée. Pattes minces, testacées. Espèce à part
dans le groupe par son dessin, qui copie celui de A. poslicalus
Pic d'Obock. Peut se placer à cùté de flavopiclus Laf. Dédié
au Dr Martin qui a rapporté cette jolie espèce de son dernier
voyage africain et à qui je dois la connaissance de plusieurs
races et nouvelles espèces d'Anthicides.
_ Long. 2-2 1/2 mill. Afrique Australe. Beaufort "W. (D' Mar-
tin), Hebron (E. Simon), communique et cédé par le D' Martin.
Anthicvs (Aulacoderus) flavopiclus Laf.? var. ornalipetuiis.
Très voisin de flavopiclus Laf. et probablement variété seule-
ment de cette espèce présentant une coloration générale plus
foncée, le prolhorax très large en avant, légèrement angu-
leux et arrondi sur cette partie. Antennes testacées, parfois
rembrunies à l'extrémité qui n'est pas nettement épaissie. Tète
un peu moins large que le prothorax, foncée, arrondie en arc
en arrière. Prothorax foncé, parfois un peu rougeâtre à la
base, très dilaté et anguleusement arrondi en avant, sillon pu-
besccnt peu profond éloigné de la base. Elytres foncés avec
une large bande médiane jaunâtre et une tache postérieure
variable de même coloration sur chaque élytre atteignant ou
non l'extrémité. Pattes grêles plus ou moins roussâtres avec
les cuisses plus ou moins obscurcies.
Long. 3-3 1/2 mill. Afrique Australe : Port EUsabeth
(D' Martin, in coll. Martin et Pic types!).
Aulacoderus Mutalus Gem. {Iransvevsalis Laf.) v. Irans-
versus Pic. Sous ce nom déjà imprimé (Mise. Ent. III, 95,
p. 106) j'ai séparé un exemplaire reçu de M. Raffray, qui pos-
sède seulementune seule bande élytrale foncée, nette, médiane
étroite. Cet insecte est entièrement testacé, les 3 derniers ar-
ticles des antennes très épaissis et noirs; quelques longs poils
clairs dressés sur le corps. Vient du Cap.
Ochleiioiiius elotigatus Pic var. nigriceps.Vn peu plus grand
que la forme type à coloration d'un testacé roux avec les pattes
et antennes testacées, la tète noirâtre, forte.
Long. 3 mill. environ. Afrique Australe : Hebron (E. Simon
in coll. D'' Martin et Pic types!)
Ochlenomus elongatus Pic présente la tête de la même colo-
ration que le corps et semble présenter- cet organe un peu
moins large.
Maurice Pic.
Lies bois de Oonsti^ixotion
ET LES BOIS UTILES
DÉTERMINATION DE l'ÉPOQUE DE LA COUPE
PROCÉDÉS DE SÉCHAGE
A quel moment faut-il abattre les arbres? Voilà une
question que bien des propriétaires de bois se posent
sou'vent, sans pouvoir se donner une réponse en con-
naissance de cause. C'est pour leur venir en aide que la
Société économique de Westpbalie s'est proposa, il y a
un peu plus d'un an, de déterminer expérimentalement
l'époque la plus propice pourl'abatage des bois.
A cet effet, on abattit, entre décembre et mars, à un
mois d'intervalle chaque, quatre superbes sapins rouges,
de même âge, ayant poussé dans le même sol, et tous
parfaitement sains. Une poutre fut débitée dans chacun
d'eux, et ces poutres furent chargées de poids égaux.
Ces essais démontrèrent que la résistance à la charge
était maxima pour le bois abattu en décembre; pour
celui abattu en janvier, elle éprouvait une perte de 12 0/0;
elle en éprouvait une de 20 0/0 pour celui abattu en fé-
vrier, et une de 30 0/0 pour celui abattu en mars.
Deux sapins de même grosseur avait été enterrés
dans un sol humide. L'un d'eux avaient été abattu au
mois de février : huit ans après, il était pourri ; l'autre
avait été abattu au mois de décembre : son bois, après
seize années de séjour dans le sol, avait conservé toute
sa dureté.
■Voici un autre exemple non moins concluant. Deux
roues de voiture avaient été débitées dans deux bouleaux
différents, abattus respectivement en décembre et en fé-
vrier. La roue débitée dans le mois de décembre résista
pendant six ans ; l'autre était hors de service au bout de
deux ans.
La conclusion bien nette à tirer de tous ces faits, est
que la seule véritable époque pour l'abatage des bois 'de
construction et des bois utiles est le mois de décembre,
et qu'il faut, autant que possible, éviter de prolonger
cette période en janvier.
Une autre question, non moins importante, et qui
préoccupe aussi à juste titre tous ceux qui font usage
des bois utiles, est celle de leur séchage. La plupart dû.
temps, on se borne à laisser le temps lui-même faire
son œuvre. Mais on a souvent besoin de procédés plus
rapides.
Pour obtenir ce résultat, ou a essayé de l'étuvage, de
l'immersion du bois dans l'eau courante, du percement
des arbres abattus, etc. Mais un fait d'expérience a sug-
géré une méthode plus pratique à un sagace o})servateur.
Voici ce qu'il avait remarqué : un certain nombre de
poteaux de chêne avaient été emmagasinés dans un han-
gar, et, pour ménager la place, on les avait disposés ver-
ticalement le long du mur, le bout du côté de la racine se
trouvant en haut.
LE NATURALISTE
171
Lorsqu'on enleva ces poteaux, le sol sur lequel ils repo-
saient était couvert d'une matière vis(iueuse, analogue à
du jus de tabac. Quant au bois, il était sensiblement plus
sec que son âge ne pouvait permettre de l'espérer : il
avait une très belle appareuce et ne présentait aucune
tache. Cet observateur en conclut donc que pour sécher
bien et rapidement les bois, le procédé le plus simple et
le meilleur est de les disposer verticalement. Il a mis,
pour son propre compte, ce procédé en pratique et s'en
trouve fort bien. Il l'a toutefois légèrement perfectionné
en faisant reposer les bouts inférieurs sur des tringles,
pour éviter le collage et permettre l'écoulement de la
sève.
Paul Jacob.
ESSAI MONOGRAPHIQUE
SIR
les Coléoptères des Genres Pseudolucane et Lucane
LUCANUS ORIENT.\LIS, Var. CURTULUS-MofSc/tu/sAl/.
Syn. Luc. cuRTULUS-itfo<sc/(.
MOTSCHULSKY. — Bull. MOSCOU ISili, p. 00, n" 170,
et id. 1870, p. 40-41, jil. 2fig. 12.
Malgré sou iusuffisance, la figure que Motschulsky
donne du L. curtulus permet de se faire une idée géné-
rale de cet insecte ; aussi est-ce eu tenant compte de cette
figure et de la description rappelée ci-après que je crois
pouvoir ramener au L. curtulus un L. orientalis de ma
collection dont je donne ci-joint le dessin (fig. 1).
Comme on le voit, ce lucane se distingue nettement
du L. orientalis type et du L. ibericus (fig. 2) par ses man-
dibules presque droites (le texte de Motschulsky porte
Fig. ). — Luc. orienlalis var.
curtulus o' Motschulsky.
Collect. de lauteur.
Fig. 3. — Luc. orientalis q-' a
mandibules terminées en
pointe simple (Arménie).
CoUect.de Marseul. Muséum
de Paris.
sub-arcuatis), par sa tête plus étroite, par sou prothorax
coupé beaucoup plus carrément et très rétréci en avant
etenfin par ses élytres remarquablement amples et élargies
au milieu.
Sa couleur est d'un marron foncé uniforme, d'aspect
soyeux, très luisaut sur les mandibules, sur les carènes
céphaliques et sur le disque du prothorax.
Deux autres spécimens semhlables comme forme, mais
de taille plus petite et à mandibules un peu plus courtes
me sont connus : ils faisaient partie, comme le précédent,
de l'ancienne collection DeyroUe ; l'un d'eux, qui est
devenu la propriété de M. Boiloau, est un peu plus foncé
f^iK- -. — Luc. orientalis vai-.
ibericus ? Motscli. CoUect.
de l'auteur.
Fig. 4. — Luc. orientalis c'
aberrant. Coll. H. Boileau.
que les deux autres. Malheureusement, je ne connais la
provenance exacte d'aucun de ces trois insectes.
Voici, au reste, telles qu'elles ont été données par
Motschulsky, la diagnose et la description du L. curtulus.
DiAGNOSE.
« Lucanus curtulus, &". — Il n'a que 12-13 lignes de
« longueur jusqu'au bout des mandibules, mais il est
« proportionnellement beaucoup plus large que le L. cer-
« «JUS et même que le L. tetravdon. Les mandibules sont
« très courtes, la massue des antennes avec six articles.
« Le corselet est plus large que la tête, transversal et
« convexe. Les élytres sont plus larges que le corselet,
« un peu dilatées vers le milieu et d'un ovale court. La
« couleur de l'insecte est un noir faiblement noirâtre. Il
« vient du Caucase. »
Descriptio.n.
« a' uigro-subpiceus, mandibulis, elylrorum margine
« subtus tibiisque rufescentibus ; capite thoraceque niti-
« dis, punctatis. interstitiis vix rugulosis, elytris subo-
« pacis corporeque subtus confertim punctulatis, pectore
« cinereo puberulo; capite quadrangulato, transverso,
« subeonve.xo, postice lougitudinaliter impresso,ad basin
« in medio glabrato, lateraliter antice paulo marginato,
« angulis anticis oblique truncatis, obtusis, non promi-
« nulis, clypeo medio lato sinuato;thorace capite latiore,
« valde transverso, longitudine plus duplolatiore, antice
« distincte attenuato, lateribus postice oblique angus-
« tatis, angulis postice obtusis, vix prominulis, linea
« média vix distincta, punctura dorso sparsiore; elytris
« thorace latioribus et 2/3 longioribus, convexis ovatis,
« medio paulo dilatatis; mandibulis capitis longitudine,
« exsertis, subarcuatis, 3-4 dentatis, dente postico paulo
« majore; antennarum articulis 1 sequentibus conjuncto
« breviore, 2-4 brevissimis, subtransversis, fere sequali-
« bus, clavae lamellis subelongatis ; tibiis anticis 4, pos-
« ticis 3 dentatis. Long. 11-13 1/2 1. — lat. cap. 2 3/4-
« 3 1/3 1. — lat. elytr. 4 1/2-5 1/2 1.
<( Cette espèce est plus courte et plus large que le
« L. ibericus ; son corselet est distinctement atténué en
172
LE NATURALISTE
« avant, ses angles postérieurs plus obtus, lamassuedes
« antennes plus allongée.
n Elle se trouve rarement au Caucase, mais plus com-
(( munément dans l' Asie-Mineure, notamment aux en-
« virons de Diarbekir. »
Exemples de Luc. orientalis a mandibules
terminées en pointe simple.
Nous avons vu que, chez certains très petits spécimens,
la dent inférieure de la fourche terminale est atténuée
ou confondue avec la dent supérieure, de telle sorte que
la mandibule se trouve presque terminée en pointe simple.
Néanmoins cette dent inférieure ne disparait pas d'une
façon complète, et il ne s'agit là que d'une modi-
fication normale, résultant du développement minime
de l'insecte, se rattachant au type par des exemplaires
plus grands formant le passage et susceptible, par consé-
quent, de se produire chez tous les individus de taille
aussi petite.
Mais, en dehors de ces petits individus correspondant
à ceux de la forme minima du L. cervus, var. capra, il
existe des Luc. orientalis qui, tout en ayant un dévelop-
jjement assez avantageux, possèdent des mandibules
terminées nettement en pointe simple ou ayant la dent
subapicale tellement courte ou rejetée en arrière que
Fig. 5. — Luc. orien-
talis de Perse.
Dessin extrait de la
monogr. du D' Kraatz
Fig. T. — Luc. orien-
talis? de Syrie. Des-
sin extrait de la mo-
nograp.duD'Kraatz.
Fig. 6. — Luc. oriental! o"
de Perse. Exemplaire de
laCollcct.du muséum d'his-
toire naturelle de Paris.
l'aspect de la mandibule se trouve modifié d'une façon
assez sensible.
Comme exemple de cette disposition, je figure ici deux
curieux spécimens qui me sont connus en nature.
Le premier (fig. 3) se trouve dans la collection de Mar-.
seul (au Muséum d'Histoire naturelle de Paris), où il est
noté comme provenant d'Arménie.
Il a toute l'apparence de structure et de contexture
d'un petit L. orientalis, mais s'en distingue par la tête
assez petite et surtout par les mandibules très grêles
depuis la dent médiane jusqu'à l'extrémité, laquelle est
terminée en pointe simple. Le deu.xième m'a été commu-
niqué par M. Boileau. Il a bien le faciès général d'un
L. orientalis, mais s'écarte assez notablement du type
par un certain nombre de caractères très dignes de
remarque :
Comme on peut le voir, en effet, en consultant le des-
sin ci-joint (fig. 4), la dent inférieure de la fourche ter-
minale est fort petite et située tout à fait en arrière de la
dent supérieure, bien que l'insecte soit d'assez grande
taille; la tête, très large et très robuste, est sensiblement
rétrécie à sa partie postérieure, et lexorselet a son con-
tour encore plus arrondi que chez le type ; en outre le
labre est remarquablement plus long et surtout plus
large que d'habitude ; ses cotés sont plus évasés vers leur
sommet et son bord antérieur est entièrement rectiligne.
La ponctuation et la couleur sont, d'ailleurs, celles d'un
L. orientalis et les cuisses, à toutes les paires de pattes,
sont nettement rougeâtres en leur milieu.
La provenance exacte de cetinsecte ne m'est pas con-
nue. L'indication de « Espagne méridionale » qu'il portait
dans la Collection Gambey dont il faisait autrefois jjartie,
n'a pas plus de signification que la dénomination de
L. ibericus qui lui avait été assignée.
Nous avons vu précédemment ce qu'est le L. ibericus et
ce (ju'il faut penser de la tendance qu'ont certaines per-
sonnes à croire ([ue le nom de ibericus signifie que le
L. orientalis se trouve en Espagne.
Comme on le voit par ce qui précède, ces deux Lijcanes,
liien qu'aberrants, se rattachent incontestablement au
Luc. orientalis. Il me parait plus difficile de se prononcer
sur les affinités réelles des trois Lucanes de Perse à
mandibules non bifurquées cités par le D'' Kraatz.
Les deux premiers (fig. 27 et 28 de l'ouvrage de Kraatz
et fig. 5 ci-jointe) faisaient partie de la Collection de
Reiche. Ils ne me sont pas connus en nature, mais j'ai eu
en mains le troisième qui se trouve dans la Collection du
Jardin des Plantes et qui, au dire de Kraatz, est sem-
blable aux deux premiers. Or, comme on peut s'en rendre
compte d'après la figure très exacte que j'en donne ci-
joint (fig. 6) cet insecte est très sensiblement différent du
L. orientalis type. J'appellerai tout particulièrement
l'attention : 1° Sur ses mandibules qui, non seulement ne
sont pas bifides, mais sont proportionnellement bien plus
courtes et plus larges sur toute leur longueur. 2° Sur le
corselet qui est très arrondi et à bord postérieur bien
relevé. 3° Sur la forme des élytres qui se rapproche bien
davantage de celle des élytres du L. cervus et surtout
4° sur la massue antennaire qui est fort courte et rappelle
beaucoup celle de l'IIexaphyllus Pontbrianti. Enfin,
détail que le dessin ne peut rendre, les mandibules et lés
élytres ont la même coloration luisante et carminée qui
existe chez le L. cervus et surtout chez sa variété penta-
phyllus. D'autre part, il est certain que si l'on considère
la rondeur de la tète, la forme du labre, la brièveté et la
structure des pattes, cet insecte se rapproche d'une façon
évidente du L. orientalis.
Je tiens à rappeler que ces remarques concordent en
tous points avec celles faites parle D"" Krautz sur les deux
Lucanes de la Collection Reiche ; aussi me semble-
t-il que l'on peut en conclure qu'il existe en Perse
une forme de Lucane probablement affine au Luc. orien-
talis, mais en tous cas assez tranchée et remarquable,
entre autres caractères, par l'absence de fourche aux
mandibules, par sa brièveté antennaire, et par sa colora-
tion voisine de celle du L. cervus.
En plus de ces trois Lucanes de Perse, le D' Kraatz
signale un petit Lucane de Syrie qui, d'après lui, ne dif-
férerait absolument du Luc. orientalis que par ses mandi-
bules non bifides. C'est ce Lucane qui est figuré ici fig. 7
et dont Motschulsky a fait son L. syriacus.
Le Gérant: Paul GROULT.
Palis. — Imprimerie F. Levé, rue Cassette, 17.
19* ANNÉE
2« Sérik — IV «KO
1" AOUT 1897
Le Droséra
Et
Il est peu de plantes qui aient autant fait parler d'elles
que les Drosera : la siugularité de leur structure, les
merveilleuses propriétés qu'on leur a attribuées, tout s'est
•éuni pour en faire des végétaux à nuls autres pareils.
2t d'abord, comment est fait uu Droséra'? Prenons l'es-
pèce la plus commune, le Droséra à feuilles rondes, que
l'on rencontre dans presque toute la France, un peu par-
tout où l'on trouve des Sphatjnwn.
Les feuilles sont en rosette, appli-
quées sur la terre, à limbe arrondi,
très entières, brusquement rétrè-
cies en un long pétiole, non cilié,
mais un peu velu en dessus. La
face supérieure est chargée de fila-
ments surmontés d'une glande
ovciide; les filaments, qui sont des
sortes de gros poils glandulifères,
se retrouvent également sur les
bords. Du centre de cette rosette
de feuilles s'élève une hampe dres
sée, assez longue, qui porte de pe-
tites fleurs blanches. Dans une autre
espèce, les feuilles sont allongées,
c'est le Droséra Umijifolia; dans une
troisième, elles sont obovées, mais
avec la tige florale courbée à la base
et dépassant à peine les feuilles. On
a alors affaire au Droséra intermedia.
Ce qui a rendule Droséra célèbre,
ce sont les mouvementsdes feuilles,
mouvements signalés par Rotli dès
1782, et qui auraient pour but de per-
mettre la capture des insectes et des
petits animaux. Le limbe de la feuille
et les filaments, dont
nous avons parlé plus
haut, peuvent être irri-
tés àlafois par les mou-
vements d'un insecte :
quand la chose a lieu, '^^"
les filaments s'inclinent,
se !-ecourbent à iioiut
pour que le petit animal
reste pris ; puis le limbe
se replie également du
sommet à la base, de ,
telle sorte que la cap-
ture est complète et dé-
finitive.Ces faits ont été
observés en Allemagne
par Roth et par Nitzs-
chke.aux États-unis par
Mlle Mary Treat, en
Angleterre par Darwin.
Le temps nécessaire à l'action conip
Druscra peut être plus ou moins long. Mlle Treat expéri-
mentant avec les Droséra rotundifulin et lo7U/ifolia ainsi
qu'avec une autre espèce américaine, le Droséra filifolia,
a vu un petit morceau de viande enveloppé en 2 heures
environ, et une mouche vivante, une
une autre fois en 3 heures.
I.e Snluralisle, 4G, rue du 1 ac, Paris.
le te des feuilles du
fois en 1 h. ISmiii,,
Rappelons cependant que ces mouvements ont été niés
en Allemagne par Treviranus, en France par Trécul qui
s'est beaucoup occupé de la structure de ces plantes.
Quoi qu'il en soit, il paraît nettement prouvé que les
feuilles de Drosei-a sont irritables, en proportion de l'ac-
tivité avec laquelle s'opère, dans l'appareil glandulifère,
la sécrétion du liquide visqueux qu'il produit.
Mais le Droséra est-il Carnivore'? Faut-il le placer au
rang de ces plantes curieuses : la Dionée, les Nepenthes,
les Sairacenia, VUtriculaire, dont quelques-unes ont déjà
été étudiées dans cette Revue ? —
C'est à Darwin que l'on doit les
expériences les plus intéressantes
faites à ce sujet. L'illustre observa-
teur se trouvant, dans l'été de l'an-
née 1860, dans les landes du comté
de Sussex, remarqua avec la plus
grande surprise que les feuilles du
Droséra rotundifoUa avaient capturé
un grand nombre d'insectes. Une
seule feuille portait les restes de
treize insectes différents, et particu-
lièrement de mouches qui sont acca-
parées en plus grand nombre que
tout autre. Les papillonseux-mômes
se laissent prendre ainsi que de
grosses libellules. Les recherches de
Darwin lui ont permis d'observer
des résultats très remarquables, tels
que : la sensibilité extraordinaire
des glandes quand on les presse
légèrement ou quand on les soumet
à des doses infinitésimales de cer-
tains liquides azotés ; la faculté que
possèdent les feuilles de rendre
solubles et même de digérer les
substances azotées qu'elles finissent
par absorber; les chan-
gements qui ont lieu
dans l'intérieur des cel-
lules des filaments
quand on les excite.
Si l'on place un corps
quelconque sur les
glandes placées au cen-
tre d'une feuille, ces
glandes transmettent
une impulsion aux fila-
ments qui occupent les
bords. Ils s'inclinent
vers le centre de la
feuille, en un temps
très variable, qui varie
~ " de 1 heure à b heures
et même plus, dépen-
dant de la grosseur et
objet, de la vigueur et de l'âge de la
feuille, du temps qui s'est écoulé depuis qu'elle a précé-
demment agi, de la température. La lumière ne semble
pas agir. Mais les insectes vivants amènent une irrita-
bilité plus profonde qu'un insecte mort; il en est de
même d'une mouche, qui cause une inflexion plus pro-
lonaée des tentacules qu'un insecte à ailes épaisses et
coriaces tel qu'un scarabée.
la nature de
174
LE NATURALISTE
Si l'on place sur les glandes du centre, des gouttelettes de
salive ou d'un sel d'ammoniaque, l'extension se fait rapi-
dement, quelquefois même en moins d'une demi-heure.
Si l'on plonge une feuille dans une infusion de viande
crue ou dans une solution peu concentrée d'ammoniaque,
les filaments de la marge s'infléchissent vers le centre,
sauf ceux situés près du centre qui restent droits. Il
arrive même que la feuille elle-même se recourhe ; c'est
ce qu'on peut observer en déposant sur le disque une
goutte de lait ou une solution d'azotate de potasse ou de
soude. En plaçant des parcelles d'œuf dur sur des feuilles,
on verra que le sommet, dans certains cas, s'incline vers
la base; que, dans d'autres cas, les bords s'infléchissent
profondément de façon à rendre la feuille presque trian-
gulaire ; qu'enfin, et c'est le cas le plus commun, les
filaments seuls sont irrités sans que le limbe s'en res-
sente. En même temps, la feuille se soulève en formant
avec la tige un angle plus faible qu'auparavant.
La température, l'âge et la vigueur de la feuille agis-
sent puissamment sur la durée de l'inflexion. Pendant
l'hiver la position normale est rapidement reprise. Les
matières azotées maintiennent l'inflexion beaucoup plus
longtemps, pendant près de sept jours. La feuille peut
s'infléchir une seconde et même une troisième fois sans
intervalle de temps.
Pendant que se passe ce curieux phénomène, les glan-
des sécrètent un liquide visqueux incolore, qui peut
s'étirer en longs fils. La sécrétion est abondante avec le
sucre, le carbonate et le phosphate d'ammoniaque, le
sulfate de zinc. Les acides, le chlorure d'or agissent de
même. D'autres sels tels que le tartrate d'antimoine
l'empêchent complètement.
Ce qu'il faut surtout remarquer, c'est que, quand on
place sur le disque d'une feuille un insecte ou un mor-
ceau de viande, la sécrétion devient plus abondante dans
les filaments environnants, dès (ju'ils sont très infléchis.
Avant même d'avoir touché la viande, les gouttes sécré-
tées étaient beaucoup plus grosses. Darwin concluait de
ce fait que les glandes centrales excitées transmettaient
quelque chose de leur irritation aux glandes de la circon-
férence, en augmentant chez elles l'abondance de leur
sécrétion. En même temps, le produit sécrété devient
acide.
Les liquides ainsi produits seraient antiseptiques ;
ainsi, au bout de 48 heures, un fragment de viande placé
sur une feuille de Droséra, par un temps très chaud, de
petits cubes d'albumine et de fromage ne sont pas in-
fluencés, tandis que, dans le voisinage, des substances
analogues et déposés sur de la mousse humide mois-
sissaient rapidement et subissaient la putréfaction.
Quand les tentacules se redressent, la sécrétion dimi-
nue et finit par cesser en même temps que les glandes
restent sèches. Quand le redressement est complet, la sé-
crétion recommence et les glandes s'apprêtent à capturer
de nouveaux objets. L'odeur aurait un certain r61e dans
le phénomène, d'après ce que Darwin a pu observer sur
quelques espèces européennes de Drosera et sur d'autres
exotiques, qui se coniportentdifl'éremment. Dans un cas,
on pouvait comparer les feuilles à un piège amorcé; dans
l'autre, à un piège placé sur une route fréquentée par
beaucoup de gibier, mais n'ayant subi aucune prépara-
tion spéciale.
Ce qui prouverait la faculté d'absorption, c'est que les
glandes changent de couleur en présence de certains
corps : avec le carbonate d'ammoniaque elles deviennent
plus foncées, avec d'autres liquides elles sont rosées.
Mais les résultats sont très divers, selon que l'on opère
avec des liquides azotés ou non azotés. L'absorption des
substances animales expliquerait, d'après Darwin, com-
ment les Droséras peuvent vivre dans des terrains tour-
beux très pauvres, dans des localités où ne croissent que
des mousses, dans un sol où ils ne peuvent se procurer
qu'une faible quantité d'azote. On a aussi l'explication
de ce fait que les racines de ces plantes sont peu déve-
loppées, ne consistant habituellement qu'en deux ou
trois radicelles à peine divisées.
Somme toute, un pied de Droséra serait, d'après le
grand naturaliste anglais, comparable à un « estomac
temporaire dans lequel les glandes déchargent leurs sé-
crétions acides qui dissolvent les substances animales
pour les absorber ensuite ». Il se nourrirait exactement
comme un animal. Les racines peu nombreuses, comme
nous l'avons dit plus haut, ne serviraient qu'à absorber
l'humidité. Le Droséra, « au contraire d'un animal, boit
par ses racines, et il doit boire beaucoup pour' pouvoir
former autant de gouttes de liquide visqueux autour des
glandes. » Ces curieux végétaux vivraient donc à la fois
de la vie animale et de la vie végétale.
Faut-il appliquer, c'est ce que nous devons nous de-
mander, aux filaments glanduiifères, le terme sensitifoxi
le terme irritable? Darwin n'hésite pas à adopter le pre-
mier ; il implique, il est vrai, la conscience de l'acte ac-
compli, mais il est plus commode.
Les ])hénomènes si curieux auxquels donne lieu le
Droséra, n'ont pas été sans provoquer des recherches de
la ])art d'autres physiologistes qui sont arrivés à des résul-
tats contradictoires. Si MM. Rees et Will ont vu de la
fibrine bien lavée absorbée en 24 heures par des feuilles
de Droséra, ce qui leur a permis de dire que « l'action
digestive delà sécrétion opérée jjar les glandes du i)j'osem
est maintenant hors de doute », il n'en est pas de même
de M. Ed. Morren.qui déclare que la destruction des ma-
tières animales est due à la présence de bactéries qui
provoquent le phénomène général de la putréfaction. Le
savant botaniste belge n'a pu voir ni digestion, ni absor-
ption. Déplus, il n'y aurait aucune relation entre la nutri-
tion des plantes elle nombre des insectes capturés, puis-
que des pieds de Droséra très bien portants n'ont donné
lieu qu'à une chasse peu productive, tandis que des spé-
cimens chétifs étaient recouverts de dépouilles animales.
Enfin, M. Nordstedt est arrivé à des résultats analogues,
et les expériences de M. Batalin ne semblent pas plus
favorables à l'idée de l'absorption des substances anima-
les par les plantes carnivores.
P. IIaiuut.
L'AGE DU RENNE
Dans des articles précédents (1) j'ai fait connaître les
faits se rapportant à l'extension des anciens glaciers, et
j'ai décrit les instruments en silex que l'homme intergla-
ciaire façonnait pour se défendre et pour chasser les
animaux. C'est au moment où les glaciers de la pre-
mière extension quaternaire reculaient, que ces premiers
hommes, contemporains i\'Elephas nntiquus, s'établirent
sur notre sol, et ils s'y maintinrent pendant toute la
période interglaciaire.
(1) Le naturaliste : Les anciens ;/laciers, 1''' feviier IKU?. —
L'/iumine inleri/laciaire, 15 mars ISItl.
LE NATURALISTE
17£
Ijorsque les glaciers s'avancùrent de nouveau l
(deuxième extension quaternaire), un régime froid et
humide provoqua l'apparition d'une faune nouvelle,
caractérisée surtout par le mammouth et le renne; cette
l'aune semble être venue du nord-ouest. Avec elle se
montrent des silex taillés, des instruments façonnés jiar
des hommes qui poursuivaient ces animaux pour leur
nouriiture. Ces chasseurs de rennes étaient-ils les des-
cendants des hommes interglaciaires'^ S'agit-il de races
humaines nouvelles, ayant évolué sur d'autres points du
globe, et arrivant avec les animaux caractéristiques de
cette époque '? Le rapprochement des industries semble
montrer une évolution sur place, une transformation des
ustensiles primitivement si grossiers, et la majorité des
anthropologistes considère les chasseurs de rennes
comme les descendants directs des hommes intergla-
ciaires.
J'ai fait avec mon ami Elle Massénat, de Brive, de
longues et patientes recherches sur l'âge du renne ; je
n'ai qu'à résumer le grand ouvrage (1) que nous publions
en ce moment sur cette question.
C'est dans les belles vallées de l'Aquitaine, entre les
glaciers des Pyrénées et ceux du Plateau central, que
les chasseurs de rennes semblent avoir trouvé les meil-
leurs conditions pour leur installation. La Dordogne, la
Vézèro, la Corrèze et d'autres affluents coulent entre de
hautes falaises calcaires, entamées par des grottes ou par
de larges galeries ouvertes, protégées par des couches en
surplomb. C'est sous ces abris naturels que les chasseurs
ont établi leurs campements ; les fouilles mettent à nu
les couches archéologiques où sont enfouis les débris
abandonnés par ces antiques habitants.
Cette couche caractéristique se retrouve sur de nom-
breux points du territoire français ; tous les bassins con-
tiennent des stations de l'âge du renne. On en signale en
Belgique et en Angleterre, en Espagne et en Italie. Vers
l'est, les stations touchent aux dépôts glaciaires qui
tracent la ligne extrême où les chasseurs de rennes sont
parvenus. La présence des glaciers s'opposait aux incur-
sions de ces sauvages sur les territoires qu'ils recou-
vraient. C'est pour cette raison que la Suisse monta-
gneuse n'a pas fourni de stations, le bassin du lac de
Constance a donné le remarquable abri de Thayngen,
canton de Schaffouse. La caverne du Mammouth, dans
la Pologne autrichienne, est le gisement le plus oriental
de l'Europe centrale.
La couche archéologique est formée, dans toute son
étendue, par un sol rempli d'ossements brisés et de silex,
mais de richesse variée, suivant les points considérés.
En certains endroits, qu'on désigne plus particulièrement
sous le nom de foyers, on rencontre de véritables accu-
mulations d'objets de choix. Ces points marquent les
centres autour desquels se sont groupés, pendant un
temps plus ou moins long, les membres de la famille ou
de la petite association de chasseurs. Aussi, il est naturel
de concevoir que c'est sur ce point que sont réunis les
matériaux intéressants, affirmant la façon de vivre des
habitants de l'abri.
Des charbons, des cendres plus ou moins grossières,
des fragments d'os calcinés, incrustés dans la gangne,
des phalanges de renne carbonisées, donnent à l'assise du
foyer sa teinte noire caractéristique. C'est au pourtour
(1) D' Paul Girod et Elle Massénat. — Les slalions de l'dge
du renne, avec 100 pi. hors texte.
de cette zone que sont accumulés les débris de toutes
sortes, restes des repas jetés sur le sol de la caverne.
Au retour de la chasse, on apportait à la station ce qui
était transportable : les membres avec leur chair succu-
lente, les filets épais, les crânes remplis de cervelle déli-
cate. Il est remarquable que tous les ossements trouvés
dans les foyers soient brisés, les crânes largement
ouverts. Un coup bien appliqué rompait les os longs plus
ou moins obliquement cl permettait l'extraction facile de
la moelle ; quant à la cervelle, elle présentait un mets
fort apprécié, puisque le chasseur s'imposait le transport
d'une tête volumineuse pour recueillir ce produit. Il
n'est pas douteux que la moelle et la cervelle formaient
des aliments de choix; mais il est possible que la pre-
mière, chargée de graisse, ait pu servir à d'autres usages,
à amollir les peaux et à préparer des onguents pour la
toilette .
Ces ossements permettent d'établir avec certitude la
faune contemporaine de l'homme des cavernes. On y
trouve le mammouth, le rhinocéros, surtout le renne,
le cheval, l'aurochs ou bison, le bœuf primitif, mais
aussi des débris d'oiseaux et des arêtes de poissons, ce
qui permettait à ces sauvages de varier leur alimenta-
tion suivant les saisons et l'abondance de tel et tel gi-
bier.
Les os des cavernes ont toujours leurs épiphyses in-
tactes. Ce fait permet d'affirmer que la station était à
l'abri des incursions des carnassiers, qui auraient laissé
des traces de leur passage en attaquant les épiphyses
gorgées de graisse, des os abandonnés. Comment luttait-
on contre les incursions de ces redoutables voisins ? En
élevant, sans doute, des palissades autour des abris.
D'autre part, il n'existait pas, dans la station, d'ani-
maux domestiqués carnivores, comme le chien, par
exemple, car les épiphyses auraient disparu sous sa
dent vorace. Du moment où le chien a été domestiqué,
il est devenu l'hote de la maison, et dès lors, il a fait ce
qu'il fait encore, cherchant, parmi les reliefs de nos re-
pas, les vieux os imprégnés de graisse pour les briser
entre ses puissantes mâchoires.
Cette question de la domestication des animaux est
une des plus intéressantes qui puisse se poser dans l'é-
tude d'une association humaine, comme celle que nous
avons en vue.
On peut affirmer que les chasseurs de rennes n'ont pas
possédé de troupeaux. Le hasard de la chasse peut seul
mêler dans les foyers les restes d'individus d'âges si di-
vers, de rennes, de chevaux et de bœufs. Du reste, les
parties du corps qui abondent dans les foyers sont les os
des membres et les crânes défoncés. Le dépècement de
la bête était dicté parles difficultés du retour à la station
lointaine. On choisissait le meilleur et on abandonnait
la carcasse là où était tombé l'animal. Pourquoi n'au-
raient-ils pas conduit à la station les animaux domes-
tiques, s'ils en avaient eu, pour les abattre à leur aise
dans leurs habitations? L'absence du chien est, dans
l'espèce, une indication précieuse, car il semble que le
chien soit un aide nécessaire pour la domestication des
autres animaux. Il apparaît plus tard, comme animal
domestique, avec les premières populations de la pierre
polie, et ces hommes nouveaux ont avec eux les animaux
domestiques, les plantes cultivées et la poterie, choses
inconnues des chasseurs de rennes.
Rien ne nous autorise à voir dans les habitants des
cavernes, des pasteurs ou des agriculteurs ; c'étaient des
17Ô
LE NATURALISTE
chasseurs qui poursuivaient au lionl des cours d'eau et
dans les forêts les animaux même les plus féroces, et qui
arrivaient à les frapper à mort.
Avec quelles armes ces hommes audacieux s'atta-
quaient-ils aux mammouths, aux ours des cavernes, aux
bisons'? Avec quelles flèches atteignaient-ils les chevaux,
les rennes et les antilopes agiles'? La réponse se trouve
dans la couche archéologique, à côté des ossements bri-
sés des animaux vaincus.
A ce point de vue, la grotte et les abris de l'Aquitaine
sont loin de présenter une uniformité absolue ; il y a
d'une grotte à l'autre, des différences profondes dans la
forme des armes et dans la matière première utilisée.
En comparant ces industries variées, il est possible de
les placer en série ascendante et de suivre le perfection-
nement graduel du travail humain.
Le silex est d'abord seul employé; les premiers ins-
truments sont lourds et grossiers, rappelant les haches
intcrglaciaires; mais peu à peu la fabrication devient
meilleure et l'industrie du silex atteint une perfection
remarquable. Bientôt une matière première nouvelle se
substitue au silex, c'est l'os et le bois du renne.
Cette découverte a été, pour cette époque lointaine,
aussi importante que la découverte des métaux, pendant
la pierre polie. Désormais, avec cette substance jikis ma-
niable, les instruments se multiplient à l'infini dans leurs
formes et dans leur allure, et le silex, perd peu à peu
de son importance n'étant plus utilisé que pour de ro-
bustes outils.
En se basant sur cette transformation de l'industrie,
M. G. de Mortillet a tracé des coupures dans l'âge du
Renne et a établi trois époques : Moustérienne, Solutréenne,
Magdalénienne, qui sont généralement acceptées par les
préhistoriens.
Nous consacrerons à l'étude successive de ces époques,
les développements nécessaires pour faire comprendre
les caractères propres à leur industrie.
L">' Paul GiROD,
Professeur à l'Université de Clermont-Ferrand.
LA SYMPHONIE DU PRINTEMPS
L'oiseau partage avec l'homme le privilège du chant.
Les insectes ont des bruits, le monde des eaux est muet,
les mammifèi'es poussent des cris, seul l'oiseau chante.
Ses accents animent la plaine et la montagne, la forêt
et la prairie, ils sont la joie de la nature où sans eux
tout ne serait que silence et tristesse. L'oiseau est sans
contredit l'être qui nous manquerait le plus. Figurez-
vous la campagne sans oiseaux, sans chansons mélanco-
liques ou joyeuses, sans bruits d'ailes, sans amours dans
les branches. Je ne sais rien de triste comme certains
cantons brûlés des ardeurs du midi, dont l'oiseau ne fait
que traverser en hiver les immuables verdures d'oliviers,
où il ne s'arrête pas au printemps, où sans nid dans les
feuilles, il ne fait entendre aucune chanson.
Dans nos pays privilégiés, les oiseaux sont partout et
partout ils chantent. Même pendant l'assoupissement de
l'hiver, ces charmants musiciens ne se taisent pas tous
d'une façon absolue. Le Rouge-gorge chante encore
lorsque le givre argenté la liranche, que les buissons
sont blancs et que la neige couvre au loin la terre d'un
épais linceul. Un pâle rayon de soleil suffit pour lui faire
redire en janvier la chanson d'avril. Sa voix douce et
voilée retrouvera au printemps des notes plus éclatantes,
plus gracieuses et plus tendres : dans la dure saison des
jours brefs et glacés, elle semble une protestation de la
vie contre la mort apparente de la nature. Elle n'est pas
seule à protester, du fourré poudré à blanc une autre voix
lui répond en un gazouillis menu et délié. C'est celle
d'un petit oiseau gros comme une noix, une pincée de
plumes, le Troglodyte alerte et intrépide qui visite les
souches moussues pour y chercher des chrysalides et
glisse prestement au milieu des brindilles des piles de
fagots.
Puis quand l'hiver va finir, à travers le ruissellement
des giboulées de mars, s'élèvent joyeux le sifflement du
Merle, les accents sonores et vibrants de la Grive, les
premières modulations de l'air de bravoure du Pinson,
le timbre argentin de la Mésange charbonnière. Dans les
journées encore douteuses du commencement d'avril, la
Fauvette à tête noire salue le renouveau d'un vif et gai
refrain de son gosier de cristal. Le chantre des oseraies,
le svelte Fitis, récite sa strophe ondoyante, pareille à des
sons mélancoliques de liarpe éolienne effleurée par la
brise parmi les osiers et les saules. La Sitelle au manteau
bleu commence à faire tapage et, de ses tu tu retentis-
sants et répétés, anime à elle seule tout un coin de la
forêt. Caché dans les fourrés, l'invisible Coucou jette ses
deux notes éclatantes et prolongées (I), étrange refrain
qui se déplace sans cesse, voix errante qui sonne à tous
les échos du pays le retour du printemps.
Mais le roi des chanteurs entre en scène. Le Rossi-
gnol tout nouvellement revenu prélude à ses concerts (2).
A peine arrivé, il se met à chanter; sa voix semble d'abord
un peu hésitante, il a l'air de chercher, de tâcher de se
ressouvenir. L'épanouissement de mai lui donne toute
sa maîtrise. Le poète inspiré réserve pour les journées
fleuries et l'enchantement des nuits tièdes et parfumées
ses mélodies les plus puissantes. Longs soupirs, modu-
lations plaintives, appels passionnés, interruptions, si-
lences, reprises! Quelle variété! quelle force! quelle plé-
nitude! Les sons tendres et mélancoliques alternent avec
les explosions de joie et de triomphe, les phrases douces
succèdent aux roulades entraînantes; le rythme, la ca-
dence, en sont incomparables et les pauses viennent
encore en faire ressortir la beauté. C'est bien le chant
décrit par Pline, il y a dix-huit siècles; les épithètes
sont toujours applicables, plein, grave, aigu, fréquent,
étendu, puis encore vibrant, haut, moyen, bas; plcnus,
gravis, acutus, creber, extensus; ubi visum est, vibrans,
siimrmis, médius, imus (3).
Chez les oiseaux comme chez les humains, l'art a
besoin d'exercice pour se développer. Le prix du chant
appartient aux vieux mâles qui font école. Les jeunes
doivent suivre leurs leçons et ne parviennent à les imiter
qu'à force de travail. Une oreille exercée reconnaîtra
toujours un débutant. Il en est qui ne chantent que le
jour, d'autres ne se font entendre que la nuit : ces der-
niers sont réputés les meilleurs chanteurs. A l'exemple
(1) Ré, si bémol (clarinette), dans la Symphonie pastorale
de Bethoven. Cette année, j'ai entendu le premier Coucou le
15 avril, dans le Pas-de-Calais, à Yerton, près de Berck-sur-
Mer.
(2) J'ai entendu chanter le premier Rossignol, à Yerton, le
10 avril.
(3) Hist. Nat., L, X, c. 43.
LE NATURALISTE
m
de beaucoup de grands artistes, le Rossifinol est jaloux et
sa jalousie lui insi)irc peut-être ses plus beaux chants;
il déploie alors, dans toute leur plénitude, ses facultés
musicales pour éclipser ses rivaux. Selon Brehm, un
Rossignol n'est un véritable virtuose que lorsqu'il pos-
sède dans son répertoire do vingt à vingt-quatre phrases,
mais beaucoup, ajoute-t-il, ont un champ do variations
moins étendu (1). Barington, au siècle dernier, a observé
seize préludes difl'érents et autant de finales (2). Il pen-
sait que le Rossignol a été, à l'origine des temps, le pre-
mier instituteur des oiseaux chanteurs et qu'ils se sont
tous formés à ses leçons. Cent ans plus tard, Henri
Heine, subissant la même fascination, s'écriait : « Au
commencement fut le Rossignol. » (3). C'est aussi la
pensée de Buffon qui veut que chacune des chansons
entières des autres oiseaux ne soit qu'un couplet de celle
du Rossignol. Ne serait-ce pas, au contraire, que, paru
le dernier, il a fonilu dans son chant le plus grand
nombre des notes et des motifs partagés entre les autres
espèces?
Bethoven a noté heureusement, dans la Symphonie
pastorale, le chant du Rossignol, en même temps que
celui de la Caille et du Coucou (4). L'ornithologiste
Bechstein a tenté une notation syllabique. Il prétendait
que, articulées dans un sifllet, en observant des temps de
repos indiqués par des barres, cette série de syllabes
reproduit fidèlement l'allure et les détails des mélodies
du Rossignol. Tour de force un peu puéril d'Allemand
enthousiaste et patient. Dupont de Nemours, qui avait
déjà composé le « Dictionnaire des Corbeaux », n'a pas
mieux réussi quand il a voulu traduire des onomatopées
en paroles. La poésie est médiocre, mais l'intention est
curieuse. Ce petit poème très peu connu mérite peut-être,
à ce titre, d'être tiré, pour un instant, de l'oubli.
Chanson du Rossignol pendant la couvaison :
« Dors, dors, dors, dors, dors, dors, ma douce amie,
<( Amie, amie,
« Si belle et si chérie:
« Dors en aimant,
« Dors en couvant,
« Ma belle amie
(1 Nos jolis entants :
« Nos jolis, jolis, jolis, jolis, jolis
« Si jolis, si jolis, si jolis
« Petits enfants.
{Un petit silence.)
« Mon amie.
Il Ma belle amie,
» A l'amour,
« A l'amour ils doivent la vie.
Il A tes soins ils devront le jour.
Il Dors, dors, dors, dors, dors, dors, ma douce amie,
Il Auprès de toi veille l'amour.
Il L'amour,
« Auprès de toi veille l'amour (5). »
(1) Oiseaux, t. I, p. 637.
(2) ETperimenIs and observations on the singing of Birds
(1773), p. 280 ^Trausact. pinlosop/i.). Barington, vice-prési-
dent de la Société Royale de Londres, est le naturaliste qui a
le mieux étudié cette question.
(3) Heine a été un admirateur passionné du Rossignol. On
connaît les belles strophes du prélude de l'Intermezzo. Dans
celte œuvre, le chant du Rossignol revient presque à chaque
page.
(4) Pour flùle. La Caille, hautbois.
(5) Quelques mémoires sur différents sujets... etc., p. 236.
Dupont de Nemours, membre de l'Institut et économiste de
valeur, était pénétré d'un ardent amour de la nature et a beau-
coup étudié, quelquefois d'une manière ingénieuse, les facultés
morales des animaux.
Le coryphée du printemps a donné le signal ; de tous
côtés, les chansons se croisent et se confondent. Sur les
lisières du bois, au fond du bocage, dans le verger ou la
haie, dans les herbes de la prairie, ce n'est plus qu'amour
et chant. Chardonnerets, Linottes, Bruants, Babillardes,
Fauvettes des roseaux, Traquets, se livrent à des con-
certs sans fin. Le Grimpereau murmure au long des
arbres. Le Pic jette aux échos son cri éclatant et, ro-
buste charpentier, ausculte les troncs à coups redoublés.
La Nonnette tourne autour des branches en susurant,
et le Loriot dont le nid se balance en hamac sur la
branche fourchue, mêle à toutes ces mélodies les sons de
sa flûte printanière. La Huppe, abaissant et relevant son
diadème de plumes noires et rousses, lance par saccades
ses trois notes veloutées et précipitées, pendant que
l'Alouette s'élevant sur le sillon où repose son nid,
adresse vers les cieux les fusées de ses trilles. Vers le
soir, la Caille amoureuse, courant dans les blés verts,
pousse son cri retentissant et la Perdrix mâle, aux bor-
dures des luzernes, veillant, sentinelle dévouée, sur le
nid où couve sa compagne, laisse échapper de temps à
autre de petits cris de tendresse, comme une réponse
aux derniers gémissements d'amour de la Tourterelle
dans les bois. Tous aiment et le disent et tous font leur
partie dans cet hymne de la nature que l'ordonnateur de
toutes choses règle et dirige. Concert charmant qui ras-
sérène et apaise. Le cœur ulcéré de Rousseau trouvait
un soulagement h écouter ces virtuoses et son esprit
douloureux revenait à des pensées moins amères sous
la douce influence do la symphonie du printemps. L'au-
teur du Devin du village prêtait une oreille attendrie aux
musiciens de la nature.
« Nous nous arrêtions quelquefois avec délices pour
entendre le Rossignol, rapporte Bernardin de Saint-
Pierre, confident des impressions de son ami et le com-
pagnon habituel de ses promenades dans la campagne
parisienne; nos musiciens, me faisait-il observer, ont
tous imité ses hauts et ses bas, ses roulades et ses ca-
prices; mais ce qui le caractérise, ces piou, piou prolon-
gés, ces sanglots, ces sons gémissants, qui vont à l'âme
et qui traversent tout son chant, c'est ce qu'aucun d'eux
n'a pu encore exprimer. Il n'y avait point d'oiseau dont
la musique ne le rendît attentif. Les airs de l'Alouette
qu'on entend dans la prairie, tandis qu'elle échappe à la
vue, le ramage du Pinson dans les bosquets, le gazouille-
ment de l'Hirondelle sur les toits des villages, les plaintes
de la Tourterelle dans les bois, le chant de la Fauvette
qu'il comparait à celui dune bergère par son irrégularité
et par je ne sais quoi de villageois, lui faisaient naître
les plus douces images. Quels effets chrmants, disait-il,
on en pourrait tirer pour nos opéras où l'on représente
des scènes champêtres (1) ! » .
La période artistique du chant de nos musiciens ailés
est celle de leurs amours. Leurs doux concerts deviennent
de plus en plus rares à mesure que les nids sont déser-
tés. Les voix s'enrouent peu à peu aux soleils qui
déclinent, aux premières feuilles qui se détachent des
arbres, les unes un peu plus tôt, les autres un peu plus
tard : le sentiment musical ne survit guère à la passion
qui l'a fait naître. Déjà, à la fin de juin, le Rossignol se
tait, son inspiration ne dure que le temps d'aimer.
Magaud d'Aubusson.
(1) Essai sur J.-J. Rousseau, f. 64.
178
LE NATURALISTE
DESCRIPTION
DE DEUX NOUVELLES ESPÈCES DE HOLLUSQUES
(ACHATINELLID^)
Amaslra Diirandi, Ane, n. sp.
Testa imperforata aut fere imperforata, conoideo-oblonga,
solida, sub epidermide es parte decidua atrofusca, interdum
superne fulminatim disposita carneo-albida, nitidula, leviter
striatula, apice nudo, atropurpureo. Spira conico-turrita,
acuta. Anfractus 7, primi argute confertimque striati, pia-
niusculi, sequentes convexi, sutura exili simplicique separati,
ultimus oblongus rotundatus. Apertura subobliqua, sinuato-
semiovalis, superne angulata, pariete cum columella nitide ru-
bella, cœterum concolor, intus pallide roseo-alba. Columella
plicis 2 obliquis acutis et œqualibus superne instructa. Peris-
toma acutum.
Long. 15 1/2, lat. 8, ait. apert. 6 miU.
Waian*, oahu (teste E. Durand).
Cette espèce intéressante est incontestablement très voisine
de VA. biplicata, qui est propre à l'ile de Lanai, et doit en
être considérée comme une forme dérivée qui, dans une île
différente, a acquis un développement indépendant. Elle
est remarquable par ses deux plis columellaires bien égaux,
tandis que, chez sa congénère, ils sont légèrement inégaux,
sa taille inférieure à colle de la biplicata et la coloration plus
vive de son ouverture. Il existe d'autres caractères reproduits
dans 11 diagnose qui précède et qui permettent de distinguer
sans trop de difficulté cette coquille dont je dois la connais-
sance à M. Emile Durand, à qui je me fais un plaisir de la
dédier.
C.-F. Ancey.
Les ï^lantes
DANS L'ANTIQUITÉ :
LÉGENDES, POÉSIE. HISTOIRE, ETC , ETC
l'AMANDIER (suite)
Ovide, qui ne parle jjus une seule fois de Phyllis dans
ses Métamorphoses, lui consacre, dans ses Héroides,
l'Epitre II tout entière ; c'est une lettre de 148 vers que
la malheureuse jeune reine écrit à son oublieux séduc-
teur :
« Ta Phyllis du mont Rhodope, celle qui t'accueillit,
Démophoon, se plaint de ton absence prolongée au delà
du terme fixé. Après que la lune aura quatre fois rap-
proché ses croissants et rempli son disque, ton ancre fut
promise à nos bords. Quatre fois la lune a disparu, quatre
fois elle a complété son disque, et l'onde de 6ithonie ne
ramène pas les navires de l'Attique. Situ comptes les
instants, — et les amants savent compter, etc., etc.
Suivent des plaintes, des malédictions et des prières
comme Ovide sait les interpréter.
Saint Isidore, évèque de Séville (b70-636), dans ses
Etymologies IliheTXyil, cap. vu : de propriU nominibus
arborum, 23), dit de l'amandier :
«... L'amandier ('AnuyôàXyi, Amygdala) vient d'un nom
grec, et les Latins le nomment noix longue {nux longa)
d'autres l'appellent petite noix (nucicla), et c'est d'elle
que parle Virgile dans ces vers :
Induit in âorem.
..Quum se nux plurima sylvis
« C'est l'arbre qui, le premier, se couvre de fleurs, et il
devante tous les autres pour produire des fruits. C'est
pour cela qu'il est la signification de la primitive Eglise
dont Salomon a dit « l'amandier fleurira » (I), sentence
qui peut s'entendre de cette allégorie ainsi que
d'autres. »
Ilraban Maur (786-836), archevêque de Mayence, dans
son livre .sur /'(/nw'ers (De Universo, lili. XIX, cap. VI :
de propriis nominibus arborum), a copié mot à mot
l'évêque de Séville. Je reprends son texte à partir de
celui de saint Isidore, pour l'explication de l'Ecclésiaste :
«... ainsi que d'autres. En effet, l'Ecclésiaste a dit
(xii, ")... florebit amygdalus, impinguabilur locustn, et
dissipabitur capparis : quoniam ihit homo in domum aster-
nitatis suse, et circuibunt in plateaplangentes... — l'aman-
dier fleurira, la sauterelle deviendra pesante, et l'appétit
s'en ira, car l'homme ira à la maison où il demeurera à
jamais, et ceux qui pleurent feront le tour par les rues...
« On dit que cela est une allusion aux membres hu-
mains, car, dans la fleur de l'amandier, on peut voir les
cheveux blancs ; dans l'engraissement et l'alourdisse-
ment des sauterelles, l'enflure des pieds; et dans la dis-
parition des câpres (2), l'extinction de toute concupis-
cence, accidents habitueles à ceux qui arrivent aux
limites de la vieillesse ; et alors il leur faut retourner dans
la terre, c'est-à-dire «dans la maison où ils demeureront
à jamais ».
Hugo, moine de Saint-'Victor (I097-H40), dans son
ouvrage De hestiis et aliis rébus, lih. III, cap. LVI, De arbo-
ribus, nous donne simplement sur l'amande quatre ou
cinq lignes prises directement de saint Isidore de Sé-
ville, ou indirectement à son copiste Ilraban Maur. Com-
parez :
« ''Amygdala, iii'jySâXov, grœcum nomen est, quod
latine L0NG.4 NUX vocatur. Cunctis autem arhorihiis priiis se
flore vestit, et ad ferenda puma arbusla scquentia prxve-
nit »
Sainte Ilildegarde, extatique allemande, abbesse du
monastère de Saint-Rupert de Binghen (1098-H80), écrit,
dans son ouvrage sur la Physique (Livre III, Des arbres,
chap. X, De l'amandier) :
« L'amandier est très chaud et possède en lui un peu
d'humidité; ni son écorce, ni ses feuilles, ni son suc ne
valent grana'chose en médecine, parce que toute sa vertu
réside dans son fruit. Si quelqu'un se sent le cerveau
vide, s'il a le visage altéré (est et faciès mali coloris], s'il
soufl're de la tète, qu'il mange souvent des amandes :
son cerveau se remplira et les couleurs reviendront à son
visage.
0 De même, que celui qui souffre des poumons et du
foie mange de ces mêmes fruits, cuits ou crus : ses pou-
mons et son foie reprendront leurs forces, parce que
jamais les amandes ne nuisent à l'homme ni ne le des-
sèchent; au contraire, elles le rendent fort. »
L'amande, pourquoi ne pas le mentionner ici? sert à
l'un de ces jeux dits « innocents », et qui sont bien sou-
vent recueil de l'innocence, jeu auquel on a donné le
nom de philippine. On sait en quoi il consiste : à table, au
dessert, si une personne trouve une amande double, elle
demande aussitôt qui veut faire pliilippine ! Il se trouve
(1) Voyez au commencement de cet article où il est question
l'e VEcclésiasle.
(2) Le texte de la Vulgate porte capparis, qui signifie à la
fois câprier et câpre; certains traducteurs (Osterwald entre
autres) veulent y voir une allusion à l'appétit.
Lb: NATURALISTE
179
toujours plusieurs personnes pour s'offrir, et l'élu prenil
une des doux amandes jumelles. Le premier des deux
contractants qui, rencontrant l'autre, un ou plusieurs
jours après, lui montre son amande en disant ; Bonjour,
PUitippine! a gagné et a droit à un gage. Inutile d'ajouter
que l'un des deux contractants appartient toujours au
sexe pervers, et que — naturellement — le gage exigé
consiste toujours en une osctthtion, s'il est permis de
donner à ce mot, exclusivement géométrique, une sem-
blable acception.
Si l'on en croit de sérieux étymologistes — de ceux
qui font descendre Alfana ^Vequuii — ce mot « philip-
pine '), dans l'expression de « bonjour, Philippine «, sorte
d'interpellation populaire, disent-ils, usitée pour solli-
citer un petit cadeau, viendrait de l'allemand Vielliebchen,
bien-aimée, dont on aurait fait Philippchen, Philippine.
Je ne m'y oppose pas.
Une mention encore pour les quatre mendiants, ce des-
sert d'anachorète où figurent simplement dos fruits secs :
figues, raisins, noisettes et amandes,
E. Santini de Riols.
DESCRIPTIONS
QUELQUES LUCANUS NOUVEAUX
M. R. Oberthùr, qui m'a déjà fourni tant de matériaux
intéressants pour ce travail, m'ayant communiqué tout
récemment un certain nombre d'espèces complètement
nouvelles de Lucanus asiatiques, j'ai pensé qu'il serait
indispensable d'interrompre momentanément l'ordre
normal de cette étude pour donner immédiatement la
description et les figures de ces nouvelles espèces.
La description du L. tetraodon qui devait clore la
première partie de cet essai monographique se trouvera
donc reportée aune date ultérieure.
1° — Lucanus Oberthuri — Louis Planet.
(nova species)
Siao-Lou-Lou-Chan [Thibet).
Belle et curieuse espèce, très voisine du L. Delavayi
Fairm., dont elle possède, à peu de chose près, la forme
et la couleur, mais beaucoup plus grande et robuste et
possédant en outre, par rapport à sa taille qui est plutôt
moyenne, un très grand développement mandibulaire et
céphalique.
C0L0R.4TI0N
Mandibules, tête et prothorax du même brun carminé
que chez le L. Delavayi mais très notablement plus
foncés. Élytres d'un jaune d'ocre assez foncé et mat,
complètement entourées d'une large bordure d'un noir
mat. Ecusson rouge à la base, noir à l'extrémité. Palpes
et antennes noirâtres. Tarses d'un brun rouge obscur,
presque noir. Cuisses rouge cerise foncé, un peu noi-
râtres à leur naissance et à leur extrémité. Pattes de
même couleur mais plus noirâtres à leur base et forte-
ment entourées de noir sur toute leur longueur. En
dessous elles sont noires presque jusqu'à l'extrémité ;
griffes et épines noires. Dessous du corps brun rouge
très foncé, un peu plus clair sous la tête.
structure
Le dessin, d'après nature, qui accompagne cette des-
cription étant très exact, il me parait superflu d'entrer
dans de grands détails. J'appellerai simplement l'attention
sur les ditl'èrents points les plus importants.
Maiuliliulos robustes, larges à la base, à dent médiane
Lucanus Oberthuri (n. sp.)
triangulaire, épaisse et fortement dirigée en avant.
Partie comprise entre cette dent et la fourche terminale
courte, médiocrement inclinée en avant et ne comprenant
que deux denticules arrondis, très rapprochés l'un de
l'autre et dont l'inférieur est plus court que celui qui lui
fait suite. Dent supérieure de la fourche coudée à son
sommet, puis dirigée horizontalement. Denticules com-
pris entre la base de la mandibule et la dent médiane, à
contours bien arrondis. Dent infra-mandibulaire courte
et noirâtre. Antennes longues, élégantes, à massue
composée de quatre feuillets proportionnellement plus
courts et moins épais, surtout le dernier, que chez le
L. Delavayi. Palpes très grêles. Labre court, large, sub-
droit, à bords légèrement relevés; épistome court, en
ogive large. Tête grande, large, robuste, subcarrée, à
carènes bien visibles mais peu élevées. La carène
antérieure est nulle mais tout le bord antérieur est
légèrement saillant et arrondi. Cou assez étroit et élégant,
rempli de points espacés. Yeux gros et saillants. Pro-
thorax élégant, suhconiquo, finement mais visiblement
rebordé, surtout à son bord postérieur, dont la bordure
est rendue très agréable à l'œil par un léger sillon inter-
rompu qui la parcourt d'une extrémité à l'autre et qui
est formé par de gros points plus ou moins espacés.
Écusson finement et régulièrement ponctué. Elytres
médiocrement convexes, assez parallèles, fortement
rebordées. Leur bord humerai est fortement relevé
depuis l'écusson jusqu'aux épaules. La ponctuation, très
espacée et presque nulle sur les élytres, est plus serrée
et plus accentuée sur les autres parties du corps et prin-
cipalement sur le prothorax, mais elle est plus faible et
surtout bien moins régulière que chez le L. Delavayi.
Par contre les pattes sont fortement ponctuées. Pubes-
cence nulle à moins que l'insecte ait été frotté, ce qui
])araît peu vraisemblable étant donné son parfait état de
conservation. Epipleures noirs. Dessous du corps irré-
gulièrement et faiblement ponctué, ponctuation des
180
LE NATURALISTE
hanches et des parties de la tête qui avoisinent la pièce
hasilaire plus forte et plus régulière. Pubescence du
dessous du corps courte et rare, plus fournie sur les
côtés du thorax et sur l'abdomen.
Femelle inconnue.
Le mâle qui a servi à cette description, seul exemplaire
connu, a été capturé en 1896 à Siao-Lou-Lou-Chan par
des chasseurs thibétains.
Je dédie cette belle espèce à M. R. Oberthiir qui a eu
l'obligeance de me la communiquer aussitôt reçue.
{A suivre.)
Louis Planet.
SUR L'ARBRE AFRICAIN QUI DONNE
LE BEURRE DE GALAM
ou DE
KARITE, ET SÏÏB, SON PRODUIT
PREPAR.4TI0N' DU BEURRE DE KARITE
{Voir au Musée colonial de Marseille, vitrine Soudan, mission
Rançon, n" 1, un pain naturel indigène de ce beurre enve-
loppé de feuilles.)
Les graines de Butyrospermuni Parkii servent à la pré-
paration du beurre de Karité. Voici comment y procèdent
les nègres africains. « La récolte commence à la fin de
mai et finit aux derniers jours de septembre. Les femmes,
les enfants, sont journellement dans la forêt, surtout
après les orages ou les tornades, et rapportent au village
de grands paniers ou calebasses remplis des fruits que le
vent a fait tomber. Ils les versent dans des trous cylin-
driques que l'on rencontre çà et là dans les villages
bambaras, au milieu même des rues et des places. Les
fruits perdent dans ces trous leur chair qui pourrit; on
les y laisse généralement plusieurs mois, souvent même
tout l'hivernage ; on place ensuite les noix dans une
sorte de four vertical en terre, élevé dans l'intérieur des
cases ; un feu de bois, entretenu dans le four, leur per-
met de se dépouiller de leur humidité. Dès qu'elles sont
bien sêchées, on casse les coques, on pèle la chair
blanche intérieure, que l'on fait griller, puis on l'écrase
bien au moyen d'une pierre, de manière à en former une
pâte homogène. Cette pâte est alors portée dans de l'eau
maintenue à l'ébullition. Le corps gras vient nager à la
surface et les impuretés gagnent le fond. On met alors
le beurre dans une jarre remplie d'eau froide et on le bat
vivement; on le bat encore après qu'on l'a sorti de la
jarre pour en chasser l'eau emprisonnée par ce traitement.
Ce procédé primitif laisse dans les résidus 8 à 10 pour
cent de beurre, et on ne peut guère en retirer que 10 à
12 pour cent. On forme avec ce beurre des pains de 1 à
2 kilogrammes qu'on entoure de feuilles et auxquels on
donne à peu près la forme et la dimension de nos pains
de munition. Toutes ces opérations assez longues et
très imparfaites, se font généralement à la saison sèche.
Le beurre ainsi obtenu présente une consistance grenue
comme celle du suif et une couleur blanc sale, quelque-
fois rougeàtre. Son odeur est spéciale, peu accusée à la
température ordinaire, se développant surtout par la
cuisson, ce qui cause parfois une certaine répugnance
aux Européens appelés à s'en servir (1).
Ce beurre offre l'avantage très appréciable de se con-
server presque indéfiniment sans rancir. Le beurre de
Karité est d'un usage constant parmi les populations
Bambaras et Malinkés des régions nigériennes; il sert
pour la cuisine, pour l'alimentation des grossières
lampes du pays, pour la confection du savon, pour grais-
ser les cheveux des femmes, pour panser les plaies. Les
Dioulas en exportent de petites quantités vers les rivières
du sud, surtout vers les rivières anglaises. Les beurres
préparés par les Foulahs, et qui arrivent dans nos comp-
toirs du sud et à Sierra-Leone par les caravanes Piaka-
kanyes, sont plus estimés que ceux qui viennent du
haut Sénégal (2). Cette différence dans la qualité doit
être attribuée à une fermentation moins longue des
fruits et à un traitement moins prolongé par l'eau
bouillante. On gagne donc en qualité ce qu'on perd en
quantité (3) »
D'après M. Corre, il règne, sur le beurre de Galam,
une erreur singulière et depuis longtemps accréditée par
les classiques. Il y aurait sous ce nom, en Afrique, un
beurre végétal produit par Bassia Parkii (4) et un beurre
animal préparé dans le Galam avec le lait de vache ; ce
dernier est appelé Diou par les Woloffs ; il ne rancit que
fort difficilement.
L'analyse du beurre de Kan^e a été donnée parM.Bau-
cher, mais nous avons cru devoir la refaire et il y a, en
effet, entre nos résultats, quelques ditférences sensibles.
Chauffé à 120° C, il donne 0,0b pour cent d'eau et 0,10
de brut obtenu par décantation du beurre fondu. Le
brut consiste en poussières et matières ligneuses. Sapo-
nifié par l'hydrate de baryte cristallisé, le beurre de Ga-
lam donne un déchet de 8,1!) pour cent, soit un rende-
ment en acide gras de 94,85 pour cent; les acides gras
ont un point de solidification de 53°. La pression de ces
acides gras a fourni, d'une part, 48 pour cent d'acide
stéarique et 57 pour cent d'acide oléique, d'autre part.
Purifié par l'alcool à 95°, l'acide stéarique a un point de
solidification de 67°. La glycérine a été extraite des eaux
de lavage du savon de baryte; le rendement est de 10,25
pour cent à 30° Baume, soit 10,96 pour cent à 28°. C'est
à 28° que la glycérine brute est livrée au commerce.
Il est inutile, après cette analyse, d'insister sur les
nombreuses et importantes applications que pourrait
recevoir ce produit dans notre industrie française, si le
prix pouvait en être réduit, si sa préparation pouvait,
sur place même, devenir possible et d'un rendement
plus fructueux (3).
(i) On arrive à. faire disparaître cette odeur désagréable en
projetant de l'eau froide dans le beurre en fusion. L'eau se
vaporise et entraîne les acides gras volatils qui en sont la
cause.
(2) A propos du beurre de cette provenance, feu le D'' de
Lessard, médecin de la marine, qui a séjourné longtemps dans
lo haut fleuve du Sénégal, me disait que le produit arrive au
Sénégal seulement par les caravanes de Toucouleurs qui
y apportent en même temps l'or et le gourou (ou Cola) du
Bouré, du Bendougou et du Fouta-Djalon.
(3) Baucher et Mission Galliéni (loc. cit.).
(4) Quelques auteurs, M. Baucher {loc. cit.), et antérieure-
ment Château {Guide pratique de la con/iaissance et de l'ex-
ploitation des corps gras industriels, Paris 1863), attribuent
fautivement ce produit à un Luciima.
(5) D'après le Dictionnaire de cliimie de Wurtz (article
huile signé J. Bonis) le beurre de Shea du Sénégal aurait
donné les résultats suivants : Perte en eau à 100", 5,92; cen-
dres, pour cent 2.32; matière grasse en poids pour cent de
LE NATURALISTE
181
Les graines déjà anciennes, que j ai traitées par l'étlier
suifnrii[nc, m'ont donné constaniniont de 20 à 2o pour
cent (In poids total de la f;i'aine, d'un corjis gras d'as-
pect verdàtre et d'odeur agréaljle. Par la pression, entre
des plaques cliaufl'ées, je n'ai jamais pu en olilenir plus
de 10 pour cent.
(_)l)tenu ainsi de graines l'raiches, ce beuri-e a une
odeur aromatique très agréalile que l'on ne reirouve plus
dans le corps gras tid ipi'il nous arrive d'Afrique pour
les besoins de l'industrie. Il esi aussi pourvu, qn.iinl il
est frais, d'un goût très agréable qui en justiliorait lar-
gement l'emploi en France pour les usages culinaires.
S'il devenait possible d'obtenir facilement dans nos hui-
leries des graines fraîches (de 1 mois de date), ce qui
n'est pas actuellement réalisable, étant donnée la distance
considérable qui sépare les forets de Karité des points
de la côte, l'exploitation pourrait être entreprise. Du
reste, je dois dire ijue, si ces graines n'ont point fait
encore leur apparition Sur les marchés de Marseille et
des grands ports de commerce, du moins le beurre de
Karité a été importé à Marseille en quantité assez con-
sidérable, pour que les usines à stéarine l'aient employé
pendant un certain temps, avec un grand succès je dois
le dire.
L'arbre Karité est encore intéressant par la giitta qu'il
donne assez abondamment quoi qu'on en ait dit. Une
exploitation peut être aujourd'hui considérée comme j)0s-
sible, au moins sur l'une des variétés de ce végétal. C'est
ce que démontre surabondamment une lettre adressée
récemment à "SI. le Président de la Chambre de com-
merce de Marseille, par M. le Lieutenant Gouverneur du
Soudan, qui s'enquiert des débouchés possibles et de la
valeur industrielle de ce produit dont un échantillon très
beau accompagnait la lettre du Gouverneur. Je revien-
drai sur cette question dont j'ai été le premier à m'occuper
dans un article paru en 1883 dans le journal La Nature
et qui a servi à l'initiation des administrateurs du Soudan
français. J'ai le premier appelé l'attention sur ce pro-
duit (gutta) du Karité et cependant on continue à dire que
ce végétal, malgré ce que j'ai aiïirmé depuis près de
quinze ans, ne donne pas de latex.
Étude chi.mique.
Je donne ici l'étude chimique de la graine telle
qu'elle a été faite par le professeur Schlagdenhauffen.
1. La graine râpée est exposée à l'étuve à 110°, pen-
dant quatre heures, jusqu'à ce que deux pesées succes-
sives n'accusent plus de différences. On obtient de la
sorte la quantité d'eau d'hydratation.
2. On l'épuisé ensuite par l'éther de pétrole pour en-
lever la matière grasse, et l'on cesse de faire fonctionner
l'appareil quand le liquide provenant de l'allonge est en-
tièrement décoloré. La solution pétroléique du ballon est
jaune paille. Evaporée au bain marie, elle se colore da-
ventage, mais fournit après refroidissement une masse
solide, légèrement ambrée. Le poids du corps gras est
donc le deuxième résultat de l'analyse.
3. A cet épuisement par l'éther de pétrole, on en fait
suivre un deuxième par l'alcool. Le liquide fourni par
graines naturelles 49.14; mat. grasse pour cent de graines des-
séchées 52.232; densité 0,9:i8. — Ces chifl'res ne concordent
pas avec les miens, au moins pour ce qui touche au rende-
ment des graines en corps gras; ils sont de beaucoup au-des-
sus de la réalité.
cette opi'ration est rouge brun et contient du tanin
en grande partie ainsi que du sucre réducteur, il ne ren-
ferme pas de produits alcaloidiques.
En effet, les iodures doubles n'y produisent jias de
précipité, le phosphomolybdate de sodium et le cyanofer-
ride de fer fournissent, le premier, une coloration bleu
viM'l très foncé, le second un précipité bleu intense,
réactions qui permettent de soupçonner la présence du
tanin, et qui corroborent les suivantes : réduction im-
médiate du permanganate de potasse, réduction lente du
nitrate d'argent seul et rapide quand il est additionné
d'une trace d'ammoniaque, réduction immédiate du
chlorure d'or, et précipité aliondant par les sels plom-
biques. Cet extrait alcoolique repris par l'eau, traité par
l'acétate triplombique, fournit un précipité qui est jeté
sur fdtre. On ajoute au liquide de filtralion du sulfate
de soude, et l'on examine la solution au moyen du réac-
tif de Bareswill. Le ]irécipité rouge indique la présence
du sucre.
Nous n'avons pas cherché, dans ce résidu de l'épuise-
ment par l'alcool, d'autres principes de constitution.
Qu'il nous suffise donc d'indiquer que le poids de l'ex-
trait alcoolique comprend du tanin, du sucre et d'autres
principes restés indéterminés.
4. En faisant bouillir dans l'eau le résidu de l'opéra-
tion précédente, ou obtient un liquide plus foncé que le
précédent. Ce liquide ne renferme ni tanin, ni sucre,
ni principes protéiques, mais seulement de la gomme et
de la matière colorante.
5. Le produit d'épuisement encore brun, mais ne cé-
dant plus rien à l'eau, est consacré à deux opérations :
l'une pour y déceler la présence de matières albumi-
noides, et l'autre pour connaître le poids des sels fixes
et les matières ligneuses par différence.
L'ensemble de nos déterminations quantitatives nous
permet donc d'étaldir de la façon suivante, la composi-
tion immédiate de la graine.
Eau hygroscopique 6.72
Épuisement par l'éther de pétrole : corps gras. 45.36
Épuis. par l'alcool: Tanin, sucre, mat. indit.... 12. (JO
■ . „ imat.gommeuse color. et autres 13.58
Epuis. par l'eau :j^^,^ fixes 1.82
Trait, par chaux iodé: matières album, insol.., 10.25
Incinération: sels fixes 0.18
Par dilTèrence : ligneux et pertes 9.49
iao.Û!,'0
RÉSUMÉ ET CONCLUSION.
Ainsi que le démontre le tableau ci-dessus, la graine
est très riche en matière grasse ; mais, en raison de sa
grande dureté, il serait peut-être difficile de l'épuiser
complètement au moyen de la presse. Le rendement de
45.36 % ne pourra donc pas être atteint industriellement
à moins de faire suivre la pression d'un épuisement par
un véhicule appro]jrié : sulfure de carbone ou autre, ce
(|ui ne serait pas pratiquement irréalisable.
Dans le tourteau privé de corps gras, nous trouvons
tout d'abord un mélange de tanin, de sucre et d'autres
produits qui ne sont pas azotés ; de plus, nous ne trou-
vons pas de matières albuminoïdes solubles dans le pro-
duit d'extraction par l'eau ; ce ne sont, comme l'indique
le tableau, que des matières gommeuses colorantes ou
autres, non azotées.
Enfin, comme produits azotés insolubles qui nous
permettent de calculer le poids des matières protéiques,
182
LE NATURALISTE
nous ne trouvons que 10 gr, 2o %. De sorte qu'en résu-
mé, nous ne constatons, dans ce tourteau, que très peu
d'hydrocarbonés et une quantité faible de matières pro-
téiques. Il ne saurait donc convenir à l'alimentation du
bétail comme d'autres tourteaux de graines oléagineuses.
Nous avons pensé que l'étude des sels fixes nous per-
mettrait de résoudre le problème à un autre point de
vue : utiliser le résidu de l'incinération comme engrais,
mais la quantité de phosphate est trop faible pour arri-
ver à un résultat rémunérateur. D'une part, il n'en existe
pas dans les 0.18 0/0 qui proviennent de la dernière opé-
ration, etd'autre part, on n'en trouve pas beaucoup dans
les 1.82 % du résidu de l'extrait aqueux.
Par conséquent, on ne saurait employer le tourteau à
cet usage. A notre avis, le seul moyen pratique de se
débarrasser de ce déchet de fabrication, consisterait à le
mêler à d'autres tourteaux plus riches que celui-ci en
principes albuminoides ; ou bien encore d'assurer son
écoulement tel quel, mais en faisant remarquer aux in-
téressés que sa valeur nutritive est inférieure à celle du
tourteau de lin ou d'autre graine.
Tel est, dans l'état actuel de nos connaissances,
l'histoire du corps gras industriel fourni par la graine de
Bulyrospermum Parkii. Il est très probable que cette
graine, quand la pénétration commerciale du Congo et
de notre Sénégal (Soudan) aura été réalisée par une
voie ferrée, arrivera abondamment sur les marchés eu-
ropéens où elle recevra, j'en ai l'assurance, le meilleur
accueil. C'est une question de temps. J'ai appris, du
reste, récemment par le commandant Hourst, l'explo-
rateur célèbre du cours entier du Niger, que la
graine de Karité fait l'objet d'un grand commerce de la
part des Anglais dans le bas de ce fleuve et qu'ils achè-
tent cette graine, sur place, 250 francs la tonne pour
l'expédier aux fabricants de chocolat en Angleterre.
D"' E. IIeckel,
Professeur, Directeur-Fondateur
de l'Institut colonial de Marseille.
DESCBIPTION DE COLÉOPTÈRES NOUVEAUX
Macratria nigripennis. Peu allongé, rougeâtre avec les ély-
tres noirs, le dessous du corps en majeure partie foncé; quel-
ques poils courts dressés en dessus de la pubescence mi-cou-
chée, jaunâtre, peu rapprochée. Tête non diminuée en arriére,
en arc de cercle, d'un rougeâtre brillant, ù ponctuation forte
écartée, jeui noirs bien écartés, gros. Antennes courtes,
grêles, claires avec le dernier article assez long. Prothorax
rougeâtre, modérément allongé, peu diminué en avant, à peine
déprimé sur son milieu, à ponctuation dense, forte. Elytres
foncés, parallèles, bien arrondis à l'extrémité, à stries presque
nulles et ponctuation irrégulière assez forte. Pattes robustes,
rougeâtres avec les 6 genoux, les postérieurs surtout, un peu
rembrunis. Partie postérieure du dessous du corps foncée avec
les arceaux de l'abdomen bordés de jaune, le pygidium rou-
geâtre en dessous â son extrémité.
Long. 5 1/2 mill. Kandy dans l'île de Ceylan (E. Simon) ac-
quis par moi de la coll. Hénon.
A placer près de pallipes Mots., espèce particulière par sa
coloration.
Macratria m"jor. Assez allongé, roux fauve, assez dense-
ment revêtu d'une pubescence jaune couchée, rarement avec
quelques poils redressés. Tête bien diminuée en arrière, par-
fois un peu rougeâtre ; nettement impressionnée sur son mi-
lieu, pubescente, à ponctuation peu forte, écartée; yeux bien
écartés, grands. Antennes courtes, minces à dernier article un
peu plus long que le précédent. Prothorax modérément
allongé, bien diminué en avant et présentant une légère dé-
pression médiane, à ponctuation assez forte voilée par la pu-
bescence. Elytres presque parallèles, à peine atténués et bien
arrondis à l'extrcmité, à stries presque nulles et ponctuation
pas très forte. Paltes robustes, plus claires que la coloration
générale, d'un fauve testacé variable avec tous les genoux, ou
au moins les 4 postérieurs, un peu obscurcis. Dessous du corps
de la couleur du dessus.
Long. 5-7 mill. Nord de Bornéo (reçu du D' Staudinger).
Grande espèce rappelant un peu de forme robtista Mots., et
caractérisée par sa pubescence assez dense jointe à sa forme.
Macratria crassipes. Légèrement atténué en arrière, foncée,
un peu pubescent de jaunâtre avec les antennes entièrement
et les pattes en partie d'un fauve testacé. Tête à peine dimi-
nuée et arrondie en arc en arriére, marquée d'une impression
postérieure peu forte, parfois un peu roussâtre, à ponctuation
peu forte; yeux assez écartés, gros. Antennes claires, le der-
nier article long. Prothorax peu allongé, nettement élargi vers
le milieu, non sensiblement déprimé sur le disque, à ponctua-
tion assez forte. Elytres peu longs, nettement atténués en ar-
rière avec l'extrémité assez arrondie, ornés de lignes pileuses
jaunâtres ordinairement assez nettes. Pattes d'un fauve testacé
(moins les 4 genoux antérieurs et les tibias et tarses posté-
rieurs plus ou moins obscurcis), robustes avec les tibias plus
ou moins épaissis. Dessous du corps foncé.
Long. 4-4 1/4 mill. Nord de Bornéo (reçu du D'' Staudin-
ger).
Très voisin de Bang-Haasi Pic, mais moins pubescent et
plus grand.
Maurice Pic.
Corrigenda
248, page 157. 1'» ligne : lire v. bistrinotatus au lieu de
V. bis Vrinotatus.
CHRONIQUE
Effet de la température sur les Lépidoptères. —
Parmi les spécimens exposés par le D' Standfuss dans la galerie
des insectes au Musée d'histoire naturelle, South Kensington,
il y a quelques remarquables aberrations de Vanessa Poly-
chloros, V. Urticx, V. Cardui, V. Atalanta, V. lo et de V. An-
liopa. Un spécimen particulièrement curieux do V. Anliopa
a toutes les ailes marquées de bleu ; un autre exemplaire de la
même espèce a également de grandes taches bleues; dans
d'autres les bords jaunes sont considérablement obscurcis,
particuKèrement sur les ailes antérieures, d'autres montrent
quelques modifications dans la bande du bord; dans quelques-
uns il est très large, et cache plus ou moins les points bleus
ordinaires, ce dernier cas est souvent visible dans la variété
hygicea.
Dans l'aberration des V. Atalanta les principales remarques
à faire sont l'absence de points blancs sur le bord costal, et le
développement de deux des taches des séries du bord extérieur
au-dessus de la bande rouge. En plus, les résultats de l'effet
de la température artificielle exposés par le D'' Standfuss, il y
a une série de types choisis obtenus par M. Merrifield, qui a
consacré beaucoup de temps à ces recherches. Si quelqu'un
est encore sceptique à l'égard des etfets de la température dans
la coloration des Lépidoptères, il devrait étudier la série des
l'. Urticae et des V. Levana.
Des espèces nommées en premier lieu il y a six exemples
qui viennent de chrysalides qui ont été glacées et refroidies.
Des six chrysalides qui ont été soumises à une température
élevée, cinq des premières laissent voir un obscurcissement gé-
néral des points noirs et un épanchement noirâtre des secon-
daires, tandis que le sixième a la couleur plus foncée que d'or-
dinaire, et les points jaunes sont absents.
Les chrysalides d'hiver des \ . I.evana soumises à ce procédé
forcé ont produit des spécimens comme ceux provenant des
chrysalides d'été, qui ont été d'abord refroidis puis forcés.
D'autre part, les chrysalides d'été glacées et refroidies produi-
sant des formes, quoique plus grandes, sont presque identi-
ques en couleurs avec les chrysalides d'hiver venant dans des
conditions normales. {The eritomologist.)
Iiianguration du jardin botanique an mont Saint-
Bernard. — Le )"' août aura lieu une curieuse inauguration.
LE NATURALISTE
183
celle d'un jardin botanique sur une des cimes les plus élevées
du mont Saint-Bernard.
Jusqu'à ce jour le mont Saint-Bernard ne s'était révélé que
par sa race do chiens et le couvent-hospice qui y est placé
pour donnfr asile aux voyageurs et aux touristes. Désormais,
les naturalistes auront à visiter un jardin botanique d'une su-
perficie de 1,000 mrtres carrés qui sera situé à 2,100 mètres
d'altitude, où seront spécialement cultivées les plantes origi-
naires des principales régions montagneuses du globe.
Ce jardin alpin est du à l'initiative du supérieur du couvent
et directeur de l'hospice, M. l'abbé Chanoux, grand amateur et
protecteur de la flore alpine.
OFFRES ET DEMANDES
A vendre des collections et lots suivants de coléop-
tères :
— Belle collection de Coccinellides, composée en grande
partie d'espèces européennes. 47 espèces, 559 exem-
plaires, 2 cartons petit format. Outre le nombre d'es-
pèces annoncées, la collection renferme de nombreuses
variétés. Pri.x : 30 francs.
— Un beau lot de Coccinellides européennes, compre-
les genres Scymnus à Litophihis inclus. 47 espèces,
332 exemplaires, 1 carton petit format. Ce lot provient
de la célèbre collection Reiche. Prix : 20 francs.
— Bonne collection de Coccinellides de France. 47
espèces, 123 exemplaires, 1 carton petit format. Prix :
15 francs.
— Collection de Mordellides et Rhipiphorides euro-
péens comprenant 58 espèces, 131 exemplaires renfer-
més dans un carton petit format. Bon état de conserva-
tion, bonnes espèces. Prix : 20 francs.
— Très belle collection d'Apions européens. 122 espèces,
315 exemplaires, 1 carton petit format. Cette collection
renferme de bonnes espèces, la conservation est excel-
lente. Prix : 25 francs.
— Collection de Clavicornes européens composée des
genres Xrmotoma à Telmatophilus inclus. 98 espèces,
• 236 exemplaires, 1 carton petit format. Bonne suite d'es-
pèces parmi lesquelles plusieurs rares. Prix : 22 francs.
— Bon lot de Curculionides européens, comprenant les
genres Lepyrus à Braclionyx inclus et Mononychus à
Scleropternus inclus. 171 espèces. 375 exemplaires,
2 cartons petit format. Tous les genres sont convenable-
ment représentés, détermination et conservation excel-
lentes. Prix : 30 francs.
— Lot de Psélaphideset Apatides. 33 espèces, 81 exem-
plaires, 2 cartons petit format. Prix 10 francs.
S'adressera « Les Fils D'Emile DeyroUes, 46, rue du Bac,
Paris.
LES SCIENCES NATURELLES
AUX SALONS DE 1897
Il y a fort longtemps que l'idée me vint de faire aux
salons annuels le relevé des principaux tableaux qui, à
des titres divers, pouvaient intéresser les savant. .Jusqu'à
ce jour, pourtant, des circonstances imprévues ne
m'avaient jamais permis de mener à bien ce projet, un
peu téméraire; j'avais dû me borner, continuant la tra-
dition d'écrivains de valeur, — quoique d'ordre scienti-
fique ! — à des Salons mi'dicaux, que le Progrès médical a
accueillis depuis près de dix ans, avec une bienveillance
qui m'en rend tout confus. Tout ceci jiour montrer com-
bien les idées les plus simples mettent de temps à ger-
mer et à prendre corps.
Dans cet amoncellement d'ceuvres d'art, d'inégale va-
leur et de sujets variés, qui constituent nos deux Salons
des Champs-Elysées et du Champs de Mars, il me fau-
dra mettre quelque ordre pour permettre au lecteur,
toujours novice en ces matières, de ne point s'égarer
dans ce dédale, aux longs détours si captivants. Aussi
bien ai-je eu moi-même une peine infinie (Je demande
pardon d'avouer ces efTorts) à rapprocher par la pensée
les toiles et les marbres qui nous sont chers. Nous dé-
buterons, en bonne logique, par la sculpture. Il est ra-
tionnel en effet de ne pas commencer par la difficulté !
En science, aussi bien qu'en art l'entraînement rend les
services les plus signalés ; je ne m'aventurerai donc chez
les peintres que si ce vague oh ! très vague essai n'a pas
fait perdre pied au critique, pourtant accoutumé au feu.
I. — La sculpture au.x champs élvsées et
AU CHAMP DÉ MARS.
Les sujets plus ou moins scientifiques, que peuvent
aborder les sculpteurs, sont très limités. Il est assez ma-
laisé, cela va sans dire, de tailler en plein marbre autre
chose que des objets matériels, êtres vivants ou natures
mortes. Il est assez difficile, d'autre part, d'ébaucher en
plâtre quelque théorème de géométrie ou de traduire, à
la glaise, une manipulation de physique ou de chimie.
Il ne faut donc point s'étonner de voir les professionnels
de l'ébauchoir se cantonner presque exclusivement dans
le domaine des sciences biologiques. Xe doivent-ils pas,
à l'instar des autres artistes, se borner à contempler, à
reproduire et à enj cliver, si possible, bonne dame Na-
ture '?
Les fleurs, aux vives couleurs, et les fossiles, peu ap-
préciés de la foule, ne sauraient d'ailleurs fixer leur at-
tention, laissant volontiers les blanches corolles et les
sépales monotones aux peintres du sexe faible, et les
trilobites à leurs voisins les architectes. Et les plus
belles feuilles d'acanthe n'ont guère séduit jusqu'ici que
des mouleurs. Aussi le sculpteur s'adresse-t-il de préfé-
rence au règne animal. Ceux qui semblent se localiseren
ces études ont même reçu le surnom d'animaliers. D'or-
dinaire ce sont les femmes, y compris Rosa-Bonheur
(car l'habit ne fait pas le sexe) que la zoologie tente,
sans doute parce que l'homme n'est qu'un simple... ani-
mal lui-même : mais je me hâte pourtant d'ajouter que
quel(iues-uus des spécialistes pour animaux sont des ar-
tistes de grand talent. Parfois même, le génie ne craint
pas de les effleurer de son aile au choc vivifiant. Témoin
le maître Frémiet, devenu de dessinateur animalier, ti-
tulaire d'un fauteuil — qui n'est pas l'un des moindres —
a l'Institut de France ! Il est vrai qu'il débuta par la li-
thographie scientifique et par la place encore recherchée
de peintre de la Morgue ! Témoins Gardet et tant d'autres,
dont Barye parmi les morts. Le muséum est une bonne
école ; on y fait, artiste ou savant, son chemin, même en
passant par le Jardin où mugit... l'ours Martin...
Nous voilà donc obligés de nous en tenir aux espèces
animales, et encore aux types les plus élevés dans la
série! Parmi les Invertébrés, le sculpteur en effet, ne pa-
rait pas vouloir descendre au-dessous du Crustacé. Les
Protozaires ne le tentent pas ; ce qui se comprend. L'in-
secte lui-même, si cher aux décorateurs, n'a pas pour
lui une taille sullisante ; c'est à peine si son image pour-
rait faire hernie hors la pierre et arriver à l'œil du pas-
sant. Parmiles Vertébrés, les Poissons n'ont, auxSalons,
cette année du moins, que quelques représentants. Vi-
184
LE NATURALISTE
vant au fond des eaux, ils échappent d'ordinaire aux
regards peu curieux des artistes. Mais, dès les Batra-
ciens et les Reptiles, nous rentrons dansnotre domaine.
S'il est vrai que les Oiseaux sont en petit nombre, même
y compris la section des Arts décoratifs, par contre, avec
les Mammifères, nous arrivons aux plats de résistance,
que, après ce long préambule très technique, il nous faut
déguster.
Comme bien on pense, ce sont les pauvres bêtes que
l'homme exploite chaque jour auxquelles les sculpteurs
élèvent le plus de statues. Triste ironie du sort! Mais la
vie n'est-elle pas toujours ainsi faite. Et est-il rien de
plus doux que d'adorer ce que l'on a brûlé ! Avouons
pourtant qu'à coté de cette profusion de chevaux, hale-
tants ou caracolants, et de chiens au repos ou en chasse,
on doit noter une abondance, véritablement effrayante,
de lions et de lionne.^ sans compter les autres animaux
féroces qui dorment tout proche des meilleurs amis de
l'humanité. Serait-ce parce que la force brutale, que le
citoyen le plus civilisé a toujours su apprécier à son juste
mérite a pour symbole le majestueux roi du monde zoo-
logique.
Chassez le naturel, il revient au galop.
Mais trêve à ces sombres réflexions et passons la
revue des Mammifères pétrifiés, immobiles en leurs
poses plastiques, qui peuplent — sans en rendre la fré-
quentation dangereuse — les allées poussiéreuses des
jardins des Palais de l'Industrie et du Champ de Mars,
sur le point, eux aussi, à l'instar de leurs hôtes de pierre,
de devenir fossiles. Hâtons-nous, car tout passe, casse et
lasse vite en ce siècle pressé : dans quelques jours, les
'salons seront fermés...
Nous devrions commencer — à tout seigneur tout
honneur — par le morceau de grande allure, le clou des
salons de sculpture de 1897 qu'a signé Fremiet. Pour
rester dans le plan que nous nous sommes tracé et de-
meurer un véritable Curieux de la Nature, un savant
à lunettes, dans ce temple élevé en l'honneur de la pure
Imagination créatrice, nous piocéderons cependant, au
risque d'encourir les foudres des artistes, avec la plus
rigoureuse méthode scientifique. Qu'ils nous pardonnent,
si nous prenons ainsi plaisir à regarder leurs œuvres si
calmes par le gros bout de notre terrible lorgnette!
Cette manière a parfois du bon. En l'espèce, grâce à ce
subterfuge, les qualités artistiques s'éloignent et s'es-
tompent; le savant les voit à peine et reconnaît plus
facilement, sous les apparences volontairement trom-
peuses, la Nature elle-même, avec toutes ses imper-
fections. Les grandes lignes de l'interprétation n'en
demeurent pas moins intactes. Aussi bien, sur cette
terre, tout ne dépend-il pas de l'angle, plus ou moins
aigu, sous lequel l'on regarde se dérouler les plaques
sensibilisées du cinématographe, enregistrant le perpétuel
mouvement des choses !
*
En commençant par le bas de l'échelle animale,
remarquons cet Hexapode, à la trompe déroulée, pro-
bablement un Lcpidopf&re aux larges ailes, sur lequel
s'est tranquillement assise une élégante Psyché. Il faut
en conclure que l'Amour de Mlle Marie Ducoudray est
bien léger, puisqu'il n'écrase pas une bestiole aussi
grêle (2.Ç)L'Î. E.) (1). En cherchant bien, au 3.159 (E.^ on
(1) Lesnuiaéros accompagnés de la lettre E ont trait au .Salon
des Champs-Elysées ; ceux qui sont suivis de M se rapportent
à la sculpture du Champ-de-.Mars.
découvrira, sous une roche, la moitié d'un crabe, de
détermination précise trop délicate, qui darde ses deux
pattes vers le museau d'un chien, sans doute égaré sur
une plage. L'air étonné du petit bulldog fait honneur à
M. Loyseau, dont nous reverrons les bassets au 3.158 (E.)
Aux Reptiles, plusieurs couleuvres et vipères, en
travail dans divers groupes et occupées à braver le sein
de quelques (Méopatres ou de divers animaux. Parmi les
plus importantes, signalons le serpent du PMloctètt
(3280, E.) à Vile de Lemmos de M. Perron. Philoctète, on
le conçoit, relègue ici au dernier plan son désagréable
voisin. C'est encore une femme, Mlle Ida Matton, qui,
dans le Supplice de Loke, a intercalé une vipère à la
gueule ouverte (3192, E). Deux autres serpents, de
taille respectable, au3394(E.), n'hésitent pas à s'attaquer
à des lions; on voit que M. SoLiv.\ aie courage d'aborder
des problèmes difficiles.
En remontant la série, nous arrivons aux crocodiles,
dont l'un, au 3240 (E.) est sur le point de croquer la
jambe d'un éléphant. Il nous semble à nous — -sinon à
M. Navellier — que, d'un simple coup de sa patte
puissante, le Proboscidien aurait pu, sans la moindre
peine, écraser le Reptile; mais, si l'auteur avait ainsi
raisonné, nous aurions eu une sculpture de moins, ce
qui évidemment aurait été regrettable. Non loin, au
2869 (E.), encore un combat de même nature. Cette fois
c'est un Caïman, que M. Delabrierre met aux prises avec
une panthère.
Comme nous l'avons fait remarquer les Poissons sont
rares. Ils ne sont guère représentés que par des espèces
fantastiques, en dehors de deux vrais Hippocampes,
attelés à un char, sans caractères bien nets. Tels les
chevaux marins aux saliots palmés ou crochus (2865E.),
beau groupe en jibitre lironzé de M. Debrie, destiné à la
ville de Bordeaux ; tel le Dauphin du 226o (E.), aux
formes classiques et conventionnelles, empruntées
mi-parties au marsouin, mi-parties aux grondins. Il serait
intéressant de savoir comment les sculpteurs, et en
particulier M. Badin, comprennent l'ostéologie d'un
crâne de cette nature.
Les Volatiles communs ont presque seuls, parmi les
Oiseaux, les honneurs de nos deux expositions. Tels les
coqs et les poules, seuls ou mélangés avec un mammifère,
le renard, qui ne les respecte guère, mais ne les en aime
pas moins à la folie, puisqu'il a l'habitude désastreuse de
les dévorer. Au milieu de cette basse-cour, nous dis-
tinguons tout d'abord, et pour cause, la poule de Fremiet
(n° 2936, E.). Ce n'est qu'une pauvre bête ; mais c'est un
chef-d'œuvre. Elle n'est, elle, qu'en bronze; mais ses"
œufs sont d'or : aussi attire-t-elle l'attention de la foule.
Ladite poule fort belle, qui serait certes mieux placée
dans le salon que dans les communs d'un château, à
une histoire zoologique et littéraire très connue ; nous
n'insistons pas ; mais pourquoi en vils poussins l'or pur
des œufs s'est-il changé'? Au 3456 (E.), une autre grosse
poule Si été commandée par l'État à un céramiste connu,
M. Virion. Elle défend ses petits contre une couleuvre.
Ce groupe de faïence, exécuté par M. Lachcnal, est d'un
animalier qui connaît son métier et dont le talent s'étale
avec grâce des Reptiles aux Mammifères, comme nous le
verrons bientôt.
(.1 suivre.)
Marcel Baudouin.
Le Gérant: Paul GROULT.
Paris. — Imprimerie F. Levé, rue Cassette il.
19' ANNÉE
2" SÉRIE
:%• Tint
15 AOUT 1897
CROCHOAS EXPEHniEATAlJX
Le nom de a-ochons a été donné depuis bien longtemps
par les mineurs aux parties des couches du sol hrusijue-
ment repliées sur elles-mêmes et occupant par consé-
Fig. 1. — Crochon en U recueilli dans le terrain liasitiue des
environs de Brent, au-dessus de Clarens, canton de Vaud
(Suisse) — 1/2 de la grandeur naturelle.
qncnt le sommet des plis. Cette appellation a été adoptée
par les géologues et elle est maintenant tout à fait cou-
rante pour la science. Les figures 1 et 2 jointes à cet
article représentent des types do crochons, la première
en U et la seconde en S. Ce sont de vraies miniatures
des grands accidents mécaniques visibles à chaque pas
dans les pays disloqués. On en recueille par exemple en
très grand nombre dans les .schistes associés aux couches
de houille dans notre bassin du Nord. On en trouve de
très beaux dans les parties contournées des phyllades
cambriens des Ardennes, par exemple auprès de Revin ;
ceux que nous avons représentés viennent du lias alpin
du canton de Vaud; nous les avons recueillis au cours
d'une excursion faite avec M. le pasteur Afred Cérésole,
dans le lit de la baie de Clarens, au-dessus du petit
hameau de Brent ; les localités qui en fourniraient au
besoin sont innombrables.
L'examen de ces crochons a un grand intérêt, car on
trouve dan§.leur structure des traces de toutes les actions
mécaniques, ' même les plus légères, qui ont contribué à
déterminer la tectonique des régions où on les ren-
contre. Je les ai examinés sur des surfaces polies et ce
sont elles qui ont été dessinées; je les ai étudiées en
lames minces au microscope; enfin j'ai fait, pour les
imiter, des expériences variées avec un appareil parti-
culier.
Tout d'abord, sur la surface polie et sans grossisse-
ment, on voit que la roche tordue est réduite en feuil-
lets grossièrement parallèles entre eux et dont chacun
est tordu comme l'ensemble. Il en résulte une espèce de
schistosité très accusée dans certaine roche et qui est le
résultat évident de la torsion.
Les feuillets ne sont d'ailleurs pas indéfiniment con-
tinus : ils ne tardent pas, en général, à se finir en biseau
et s'associent par chevauchement avec des feuillets voi-
sins. On voit se dessiner au travers des échantillons des
systèmes de cassures qui rendent plus évidents encore
les substances, quartz ou calcite, suivant les cas, qui s'y
sont concrétionnées et on constate alors que ces solutions
Fi". 2— Crochon en S recueilli dans le terrain liasique des environs de Brent, au-dessus de Clarens, canton de Vaud (Suisse).
"^ 2y 3 de la grandeur naturelle.
180
LE NATURALISTE
de continuité se répartissent en plusieurs groupes. Dans
cet examen rapide, nous en mentionnons seulement trois.
Les plus fréquentes quand on regarde une section per-
pendiculaire à la génératrice du crochon, constituent
comme une espèce d'éventail incomplet dont le centre
coïnciderait avec le centre de la torsion. On le voit sur
la figure 1 représenté par des tronçons de rayons qui se
détachent en blanc sur le fond gris de la roclie. Ces cas-
sures se multiplient quand on fait varier l'inclinaison de
la surface polie par rapport à la lumière incidente ; on en
voit alors de très fines, de très longues qui comblent
bien des lacunes de l'ensemble tout d'abord visible. Il est
clair que ces cassures maintenant remplies par des
minéraux de ségrégation, témoignent de l'extensibilité
très imparfaite de la pâte rocheuse soumise à la traction
sur la périphérie des plis. On en est d'autant plus sur que
ïeur largeur va d'ordinaire en augmentant du centre
vers l'extérieur au travers de certains feuillets, et
l'on en a des exemples aussi dans les deux figures. On
voit des cassures rectilignes, appartenant toujours au
même type et qui manifestent d'une far-on spéciale l'éli-
rement dont il s'agit. Malgré la forme cylindrique prise
par le feuillet considéré, elles rappellent exactement les
cassures parallèles des schistes à bélemnites tronçonnés
et étirés, depuis si longtemps oliservées par exemple dans
les schistes liasiques du mont Lâchât en Haute-Savoie.
Une deuxième catégorie de fissures, en gros perpendi-
culaires au premier système, se signale selon la surface
de contact des feuillets superposés. Certaines d'entre
elles, par exemple dans la figure 2, sont de largeur relati-
vement considérable et par conséquent facilement vi-
sibles. Elles peuvent être fort longues et il leur arrive de
s'associer avec des cassures du premier type, de façon
qu'elles passent d'une face à l'autre d'un même feuillet.
Ces cassures de décollement se rattachent à la loupe
et même au microscope à des petites fissures qui passent
aux joints de schistosité. Quand on examine une surface
on constate qu'elle est polie et striée dans le plan des
feuillets, et, quand on attaque un crochon à coups de mar-
teau, ces surfaces déterminent certaines des cassures
Fig. 3. — Appareil employé pour l'étude oxpérimenlale des Crochons.
selon lesquelles se séparent les échantillons. On peut
supposer que ces cassures liées à la production de la
schistosité se rattachent comme à leur cause génératrice
aux glissements qui se sont produits dans la masse
rocheuse hétérogène lors de la torsion.
Enfin, quelques grandes cassures traversent les cro-
chons dans des directions qui ne sont pas directement rat-
tachées à celles des contournements. On en voit dans la
figure 2 et il parait légitime de les attribuer suivant les
cas soit à des actions mécaniques développées après la
constitution des crochons par les compressions subies
par le terrain, soit à des contractions internes et spécia-
lement à la suite de la dessiccation des roches.
Les expériences que j'ai réalisées pour compléter l'étude
des crochons ont été tentées avec l'appareil très simple
de la figure 3. Il se compose de deux lames de plomb
planes et rectangulaires, rattachées ensemble par un sys-
tème d'armature qui ne les empêche pas de glisser l'une
par rajqiort à l'autre. Entre ces deux lames on dispose
une plaque plus ou moins épaisse homogène ou hété-
rogène et de consistance variable d'un cas à l'autre ;
puis on soumet le tout à une torsion dont la figure
indique le résultat. Alors on voit les diverses pâtes em-
ployées se comporter de façons diverses suivant leur plas-
ticité ou leur compacité, suivant aussi leur épaisseur. En
opérant convenablement on voit tous les accidents des
crochons naturels se reproduire. Avec du plâtre on déve-
loppe très aisément les cassures en éventails ; avec du
plâtre associé à de la cire dans des proportions variées,
on voit se faire la schistosité avec les cassures parallèles
aux surfaces cylindroïdes.
En poursuivant les recherches on voit se produire tant
de détails analogues à ceux des crochons naturels qu'il
en résulte sur la genèse de ceux-ci une lumière directe.
Il faut remarquer, en effet, qu'à la vue de grands con-
tournements de roches comme on en rencontre à chaque
LE NATURALISTE
187
■pas dans les montagnes, on est foit perplexe de savoir
comment des strates, déposées d'abord avec une forme
plane et composées de substances aussi peu plastiques
que des calcaires ou des grès, ont pu changer si complète-
mont di' forme sans perdre leurs mutuels rapports de
situation.
On reconnaît, par l'allure générale du phénomène
comparée à celle des expériences, que la plasticité n'in-
tervient guère et qu'elle est même complètement inutile.
La confirmation de cette manière do voir, qui d'ailleurs a
déjà été émise, est aussi complète que possible et, pour
citer le cas extrême, on peut réaliser artificiellement la
torsion d'une mince feuille de marbre. Celle-ci étant prise
entre les plombs, on soumet celle-ci à la torsion et on
obtient des cassures le plus souvent dirigées parallèlement
aux génératrices. Ou coule alors entre les fragments
séparés du ciment très solide préparé à l'avance, puis
quand la prise est tout à fait complète, après un jour ou
deux, on accentue la courbure déjà commencée. De nou-
velles cassures se produisent alors qu'on recolle de la
môme manière, et on peut continuer ainsi pendant plus
ou moins longtemps. .V la fin, on a un vrai crochon par-
faitement soliile où la feuille de marbre est parfaitement
tordue sans avoir jamais eu la moindre plasticité, et ce
produit manifeste l'allure des crochons naturels d'une
manière intéressante.
On ne peut nier en eflet que la matière cristalline,
calcaire ou quartzeuze, qui incruste les cassures n'ait
joué dans la nature le rôle exact de notre ciment. Elle a
rendu à chaque instant à la roche la forme relative à la
torsion au'eile avait subie.
Mal^'ré des différences qui sautent aux yeux et sur
les'iuelles je n'ai pas à insister, j'ajouterai en terminant
qui! cette fausse plasticité des roches présente de
glandes analogies avec la fausse plasticité de la glace,
grâce à laquelle les glaciers s'écoulent dans les vallées qui
les contiennent et en épousent constamment les formes.
Au lieu du phénomène de regel étudié par Tyndall, nous
avons ici le phénomèue de ségrégation qui vient combler
les fissures et cimente les fragments. Le mécanisme est
différent, mais le résultat est le même.
Stanislas Meunier.
DIMINUTION DE LA CHALEUR DANS NOS PAYS
Quand on étudie de près les vieux manuscrits du
moyen âge, on voit que Noyon, par exemple, était un
pays où on récoltait considérablement de vin. A chaque
instant, il est question de queux de vin, c'est-à-dire de
charges de vin de 30 à 50 hectolitres, si ce n'est plus,
que l'on offrait en présent aux officiers royaux. La ré-
colte moyenne n'était certainement pas inférieure à
10,000 hectolitres, sur le terroir de Noyon et des villages
voisins. Or, aujourd'hui, on n'en tire pas en moyenne la
centième partie, et on n'a que de la piquette! Les vignes
n'y mûrissent qu'une fois sur 3 ou 4 ans; si on peut ap-
peler cela mûrir. La vigne y est cultivée d'après le pro-
cédé lombard ; tandis qu'autrefois, on plantait certaine-
ment des échalas. Aujourd'hui, pour avoir une vigne, on
commence d'abord par planter des pruniers plus ou
moins sauvages, à petites feuilles, afin que ces arbres,
servant de support à la vigne sarmenteuse, projettent
moins d'ombre. Puis, quand ces plants de pruniers sont
assez forts, on y fait monter un cep de vigne, à grain
noir, gris, rose ou blanc, pour ne pas dire vert. On ob»
tient ainsi autant de pieds de vigne qu'il y a de pruniers.
Ces prunes sont plus ou moins acerbes, jaunâtres ou
noirâtres. Les grappes do raisin sont toutes petites, à
grains petits et très serrés les uns contre les autres. Le
vin qu'on en obtient est de la piquette, très riche en tar-
trate de potasse, et très faible en sucre et en alcool. Bref,
on en tire presque autant do lie que de vin.. Jadis, certains
vieux pieds de vigne nous ilonnaient presque du bon vin.
Aujourd'hui, cette piquette ne vaut pas la bière; tant
s'en faut.
Il est très remarquable de voir cette dégénérescence si
grande des vignobles de Noyon. Comment se fait-il
qu'autrefois on y récoltait du vin suffisamment buvable,
en quantité assez grande pour nourrir les habitants, tandis
qu'aujourd'hui on n'en retire qu'un liquide impropre
à la consommation et insuffisant pour subvenir à l'ali-
mentation de dix familles'? Ce n'est certainement pas la
vigne qui a dégénéré; au contraire : les variétés de raisins
se sont multipliées, et on n'a que l'embarras du choix.
Il est vrai que des maladies innombrables se sont déve-
loppées sur cette plante, depuis 50 ans; mais on a, dans
le soufre et d'autres antiseptiques analogues, des remèdes
suffisants pour y porter remède. Il faut donc croire que
c'est leclimat, et notamment la température de la région,
qui se sont modifiés sensiljlement, depuis 7 ou 800 ans
et moins. C'est sur ce point que nous désirerions appeler
l'attention des lecteurs de cette revue qui intéresse les
naturalistes.
La géologie est un livre ouvert, dont les pages sont les
couches successives de terrains, sur lesquelles sont ins-
crites en caractères indélébiles les indications les plus
précises à ce sujet. Dans nos pays, là où la température
moyenne est de 10 degrés, elle était de 15 degrés à telle
époque, de 20 degrés à telle autre époque, et de 2a de-
grés à telle époque plus ancienne encore. Là où il pousse
des betteraves et des chênes aujourd'hui, on voyait au-
trefois pousser des vignes, des palmiers et même des
cryptogames arborescents, tels que des Lepidodendron
elegans. Des fougères et des prêles en arbres ont produit
des couches de charbons, aujourd'hui extraits dans nos
pays tempérés. Il est donc de toute évidence que la tem-
pérature de nos climats diminue. Même à l'époque gla-
ciaire, il poussait des palmiers dans nos pays, absolument
comme il en pousse encore aujourd'hui au pied des im-
menses glaciers de la Nouvelle-Zélande. La période gla-
ciaire correspondait donc chez nous à un climat plus chaud
que le notre. Il était seulement plus humide. D'ailleurs
nos montagnes étaient alors plus élevées du double qu'au-
jourd'hui. Les éboulements, qui se produisent chaque
siècle, en sont une preuve certaine, absolument convain-
cante. Si nos petites montagnes s'éboulent, même au-
jourd'hui encore, quels éboulements devaient donc pro-
duire les hautes montagnes escarpées d'autrefois? Si elles
s'éboulaient plus souvent et bien davantage qu'aujour-
d'hui, quelle hauteur devaient-elles donc avoir? Certes il
n'est pas téméraire d'affirmer qu'elles devaient avoir le
double de leur altitude actuelle, au-dessus du niveau de
la mer; c'est-à-dire trois ou quatre fois l'altitude qu'elles
ont actuellement, par rapport à la région qui les envi-
ronne. Quoi d'étonnant alors, avec des Alpes de 10.000
mètres au moins de hauteur, que les glaciers fussent
188
LE NATURALISTE
plus étendus que de nos jours; malgré la douceur rela-
tive de la température, dans les plaines et sur le bord
des fleuves et des grandes rivières, avec un air saturé
d'humidité, et des fleuves d'autant plus larges que leurs
sources étaient alimentées par de plus vastes glaciers, et
que les pluies étaient beaucoup plus abondantes et plus
fréquentes que de nos jours ? D. Bougon.
LES SCIENCES NATURELLES
AUX SALONS DE 1897
Aux deux .Salons, nous trouvons la même poule, accom-
pagnée ou non d'un superbe coq à la crête vibrante, en
lutte avec des Renards. Le 3422 (E.) de Mme Matliilde
Thomas-Soyer, qui n'est qu'un plâtre assez maigre, con-
tient plus de renards que d'oiseaux ; mais le 3 (M.) est de
facture plus solide. Il est vrai qu'il est en bronze et de
M. Aubert, un Russe de Moscou.
Arrivons aux Canards, autres habitants de basse-cour.
Ils sont moins fréquents. Au 3636 (E.), M. A. Paris les a
fait lutter, mère et petits, avec une grenouille : ce n'est
encore qu'un projet de jet d'eau, en plâtre. Ailleurs
(3163, E.), c'est un gamin qui attaque une cane. Cet ani-
mal qui n'est pourtant pas méchant, défend sa progéni-
ture avec conviction. Encore un projet de fontaine, mais
pour Brooklyn, aux Etats-Unis. Parmi les cygnes, plu-
sieurs accompagnent, d'une façon monotone, des Leda
classiques; mais, au 3120 (E.), ils se livrent bataille, en
un plâtre de M. Prosper Lecourtier.
C'est sans doute à de petits passereaux que le chat du
n» 2791 (E.) en veut à mort; d'où la légende : De$ affamés.
Ce marbre, d'un animalier en voie de devenir célèbre,
M. Carvin, mérite un coup d'œil d'artiste. A noter, encore,
quelques pigeons, au 3170 (E.), avalant mélancoliquement
quelques graines aux pieds d'un haut philosophe. Pour
terminer cette classe, extrayons un Vautour de l'Étemel
supplice de M. Loys-Potet, un sculpteur qui promet.
Armand Sylvestre en a établi ainsi la diagnose :
<c Vautour, tombeau vivant, qui vivant m'engloutit,
i( Lugubre oiseau de proie, ami des funérailles...
Il faut en rapprocher l'oiseau de proie du 3148 (E.), un
faucon, chassant le lièvre, et, détail curieux, le saisissant
de son bec acéré par le rebord de l'orljite. L'oiseau est-il
dressé à ne pas crever l'œil '?
La moisson va être plus riche en passant aux Mammi-
fères. Les animaux féroces sont largement représentés.
Le Lion domme,en compagnie de la lionne, aux Champs-
Elysées. 11 y en a au moins une demi-douzaine d'exem-
plaires, dont quel(iues-uns de premier ordre. Tantôt (c'est
une esquisse en cire dénommée: Aua; artnes (de Ilermau:)
l'une de ces superbes bêtes dévore à belles dents un
homme conaamné à mort. Tantôt, au contraire, c'est
Orphée de M. Melin, qui charme une lionne de marbre
et la plonge dans une sorte de sommeil hypnotique. Ail-
leurs (3394). c'est la mère qui défend son lionceau contre
une famille de serpents. M. Duveau (276*) a représenté la
sieste d'un lion et d'une lionne d'Abyssinie. Ce groupe de
terre cuite n'a pas la valeur du Lion de Gardet (2965),
marbre d'ailleurs inachevé et pourtant d'une parfaite
venue; mais il peut être rapproché du lion et de la lionne
de M. Harwey (3038 et 3039). Nous avons relevé un léo-
pard, un tigre et une panthère, aux Champs-Elysées ;
mais plusieurs sangliers, deux en lutte avec des tigres
(3261 et 2869), et l'autre en lutte avec un braconnier (3363).
Il faut en rapprocher un magnifique puma, au Champ de
Mars (n° H6), qui s'avance à longs pas et semble ne
pas vouloir perdre son temps. On voit qu'il est Améri-
cain : times is sinon moncy, du moins food. L'auteur
M. Proctor a un nom prédestiné pour un sculpteur ani-
malier. Chez les Ours deux superbes morceaux.
L'un estdeM. Riche, élève de Gardet; c'est la querelle
entre ours des cocotiers. L'autre, le chef du genre aux
salons de 1897, est sorti du ciseau de Frémiet. Ce bas-
relief a été commandé par la direction des Beaux-Arts
pour le Muséum d'Histoire naturelle de Paris. Il repré-
sente r homme de l'âge de la pierre venant de deux ours des
Cavernes {Ursus Spelseus). Ce magnifique morceau, vul-
garisé par tous les journaux, est trop connu aujourd'hui
pour qu'il soit nécessaire d'en détailler les mérites. Nous
citerons seulement, pour être complet, l'ours du Champ
de Mars, bronze de M. Dixon. Dans l'Homme au Loup,
trois de ces animaux pourchassent un homme des temps
préhistoriques (3071 de M. Jacquot). Les chiens sont
aussi très nombreux. A côté des beaux lévriers (2964 E.)
de M. Gaillard Sansonetti (le mâle et la femelle se lè-
chent et se disent des douceurs), à noter le combat d'un
chien foxhund et d'un renard (3130) de Mme Églantine
Lemaître, née Robert-Houdin; un chien en arrêt devant
une tortue; le groupe de Bassets de M. Loyseau, etc.
Parmi les chats, au 3206, plusieurs types bigarrés qui se
disputent. Au Champ de Mars une tête seulement (39), et
un chat de bronze faisant des exercices d'équilibre sur
une tortue de marbre. Non loin une famille de lapins,
deux renards, une chèvre, un furet pour la chasse en
terrier.
Parmi les grandes espèces, l'éléphant, en triple exem-
plaire; le cerf qu'on rencontre aux deux Salons; un
âne, dans le Triomphe de Silène de Dalou, et une multi-
tude considérable de chevaux, à toute allure, en diverses
positions, en train de combattre ou de mourir de la corne
d'un taureau, avec ou sans cavaliers. Les plus remar-
qués sont ceux de Debrie dans Un coup de collier et ceux
dn Jeu de polo SI intelligents, de I. Bonheur. Enfin le
Pégase de Falguière, cheval ailé qui porte aux cieux le
Poète. Il serait intéressant de rechercher d'où peuvent
venir ces ailes puisque les membres antérieurs de l'ani-
mal persistent. Mais évidemment, il ne faut pas deman-
der à la mythologie d'avoir inventé le transformisme.
Enfin, le proche parent de l'homme, le singe. Il n'est
guère représenté que par des terres cuites aux Champs-
Elysées. Celui du Champ-de-Mars (n» 96), en bronze, est
assis sur une tête de mort et sa propre tête, dans sa patte
droite, semble livré aux plus tristes réflexions. Cette
année pas d'anthropoïdes.
Nous arrêtons là cette énumération, car, en passant à
l'homme, il nous serait difficile de ne pas sortir du cadre
de cette revue et de ne pas empiéter sur la critique d'art,
qui est loin d'être de notre ressort. Mais, en réfléchissant
un peu aux tendances des artistes qui s'intéressent vo-
lontiers au Monde zoologique, il est facile de dégager les
idées générales qui les guident dans cette représentation
des espèces animales. Ils ne se bornent pas, en effet, à
tailler dans le marbre ou façonner à la glaise des types
au repos. Ils veulent qu'à leur manière du moins, ils ex-
priment une pensée. Deux sentiments dominent surtout.
Sur vingt sculptures de ce genre, on peut dire que dix se
LE NATURALISTE
189
rafiporlcnt au Strugle for life, à la lutte pour la vie. Et
sinon à enteiulre les artistes, du moins à voir leurs œu-
vres, on apprend donc, si on ne le sait à l'avance, que
les animaux passent leur temps à si; combattre les uns
les autres, à s'entre-dévorer : ce qui d'ailleurs ne suffit
pas pour les dilTérencier des hommes les plus civilisés.
C'est là d'ailleurs la princijjale préoccupation des espèces
zooiofjiiiues et il n'y a rien d'extraordinaire à ce que les
sculpteurs, comme les savants, aient été frappés par
l'importance de ce trait de caractère. Aussi, aux Salons,
ne rencontre-t-on que des scènes de combat entre es-
pèces différentes, voire même entre types de même genre.
Les artistes n'ont pas oublié, d'autre part, un antre ins-
tinct presque aussi impérieux, celui de la conservation
de l'espèce, car tout le temps que les animaux ne passent
pas à manger ou à dormir, ils l'emploient à se caresser ou
à élever et à défendre leurs petits. Thème aussi drama-
tique, aussi artistique par conséquent que le précédent,
mais corde sur laipielle on parait de nos jours jouer
moins souvent que jadis et qui parait un peu trop usée.
Ce qui prouve Lien que, pour être de sou époque et se
conformer à la mode, l'artiste, qui n'est qu'un homme,
doit aujourd'hui, comme le vulgiimpeciis, s'occuper, avant
tout, de tout ce qui touche à la lutte pour la vie. Darwin
n'avait pas du prévoir que ses idées prendraient jamais
une telle importance dans le monde des Arts!
Marcel Baudouin.
La Dionée
Les particularités qui caractérisent la Dionée ou Attra-
pe-Mouche (Dionwa Muscipitla EUis) ont depuis jilus d'un
siècle attiré l'attention des observateurs. Darwin n'hésite
pas à dire de cette plante qu'elle est une des plus éton-
nantes qui soient au monde. La i'euille de cotte singu-
lière Dracénacée est composée d'une partie inférieure au
pétiole dilaté en larges ailes et échancrée en cœur au
sommet, d'une autre partie supérieure qui peut être
considérée comme le limbe, arrondie, munie de deux
larges échancrures, l'une à la base, l'autre au sommet.
Des bords de ce limbe partent de larges dents, pointues
et raides, dans la partie médiane existe une ligne longi-
tudinale comparable à une charnière et qui en remplit
l'office.
On admet généralement aujourd'hui rinter]prétation
que nous venons de donner des deux parties qui consti-
tuent la feuille. Mayen autrefois proposait une autre
manière de voir : il regardait la portion ailée infé-
rieure comme constituant la feuille proprement dite,
tandis que ce que nous considérions comme le limbe
n'était qu'un appendice déforme spéciale. Dassus ]iensait
que les deux moitiés du disque terminal étaient les
rudiments de deux folioles distinctes.
Quoi qu'il en soit de l'interprétation que l'on admette,
c'est en 1765 qu'Ellis signalait à Linné la Dionœaque son
ami Peter Collinson lui avait envoyée de Philadelphie.
Cette plante fleurissait quelques années plus tard en An-
gleterre et alors Ellis écrivait à Linné dans les termes sui-
vants : « La jjlante dont cette lettre contient une figure
avec des échantillons des fleurs et des feuilles montre
que la nature semble l'avoir douée d'un mode de nutrition
spécial, car le limbe de la feuille offre une articulation
médiane qui lui permet de saisir une proie ; le dard qui
perce le malheureux insecte se trouve au milieu. De
petites glandes rouges couvrent sa surface et sécrètent
peut-être un liquide sucré qui attire le pauvre animal.
A peine a t-il goûté la perfide liqueur que les deux lobes,
garnis de deux rangs de poils, se rapprochent et l'écra-
sent. S'il fait des efforts pour s'échapper, trois épines
droites sortant du milieu de chaque lobe le transpercent
et mettent fin à ses convulsions. Les lol)es ne s'écartent
pas tant que le cadavre de l'animal git entre eux. Il est
certain néanmoins que la plante ne sait pas distinguer
une substance animale d'une substance minérale ou vé-
gétale; car si l'on introduit une épingle ou une paille
entre les deux lobes, ils se referment comme si c'était
un insecte. » Linné émerveillé du récit ([ue lui avait
fait Ellis, appelait la Dionée un « miracuhtm naturœ ».
Malgré cela il ne considérait pas cette plante comme in-
'*..^«S
La Dionce.
sectivore, mais il supposait que la capture de l'insecte
était purement accidentelle, par suite d'un phénomène
d'irritabilité analogue à celui de la sensitive.
Le terme de plantes ca)-nivûres a été pour la pre-
mière fois expliqué par le grand philosophe Diderot qui,
ayant entendu parler probablement de la Dionée, en lut
frappé et prévit les conséquences qu'on tirerait plus
tard de ses singulières propriétés. Diderot y voyait
l'indice d'une « contiguïté du règne végétal et du règne
animal. » Si une mouche, disait-il, se place sur la feuille,
cette feuille et sa compagne se ferment comme l'huitre,
190
LE NATURALISTE
sentent et gardent leur proie, la sucent et ne la rejettent
que quand elle est épuisée de sucs. Voici une plante pres-
que Carnivore. Je ne doute pas que la Musciptila ne donne
à l'analyse de l'alcali volatil, produit caractéristique du
règne animal. »
En 1804, Edward, dessinateur du Botanical Magazin,
remarque le premier que les organes pilipares dont nous
parlerons plus loin, qui se trouvent sur le limbe même de
la feuille, sont le siège de l'irritabilité et que ce sont eux
qui président au rapprochement des deux lobes. En 1834,
Curtis lit connaître ses observations relatives à cette
plante, observations qu'avait faites en 1803, aux Etats-
Unis, R. Delille, mais qui n'avaient pas été publiées. Il y
est constaté, comme par Edward, que ce sont les organes pili-
pares de la feuille qui agissent, tandis qu'on peut «toucher
et presser toute autre partie de la feuille sans déterminer
la contraction.» Pour Curtis, ladigestionetl'absorption du
corps des insectes capturés étaient entre\'ues. Déjà en 1818,
Knight avait vu que des feuilles sur lesquelles on avait
placé des petits morceaux de viande étaient plus vigou-
reux que les autres. Erasme Darwin, qui avait antérieure-
ment cherché à expliquer les mouvements de la Dionée,
ne pensait pas à la carnivorité ; il croyait qu'elle était
entourée de pièges chargés de préserver les fleurs des
déprédations causées par les insectes.
De nouvelles expériences faites en 1868 par un bota-
niste américain, M. Camby, ont révélé de singulières
préférences de la part de cette plante : elle aime la viande
de bœuf qui est complètement dissoute et absorbée, tan-
dis que le fromage ne lui convient pas. Après un premier
repas la feuille s'ouvre de nouveau et réclame de nou-
velle nourriture.
Enfin Darwin applique à la Dionée ses merveilleux ta-
lents d'observation. Il remarque tout d'abord que les
organes pilipares et filaments sont certainement sensibles
à un attouchement momentané, pourvu qu'on le fasse avec
un objet sulîisamment dur. Un fil de coton provoque par
exemple la fermeture des lobes, tandis qu'un cheveu très
fin, suspendu au-dessus d'un filament et disposé de façon
à le toucher, ne provoque aucun mouvement. Il en est de
même d'une pincée de farine jetée de haut.
Malgré tout, cette sensibilité n'est pas comparable à
celle des glandes du Drosera : on peut placer avec pré-
caution des morceaux de cheveux sur l'extrémité d'un
filament sans provoquer aucun mouvement, ce qui n'a
pas lieu chez le Drosera. D'autre part, chez cette der-
nière plante, on peut frapper les glandes avec un corps
dur et avec force sans causer aucune irritation. Cette
difl'érence de sensibilité ne peut provenir bien certaine-
ment que d'une différence dans les habitudes des deux plan-
tes. De plus les filaments de la Dionée ne sécrètent pas
et n'absorbent pas, ce qui est en opposition absolue avec
ce qui se passe chez le Drosera.
Pour amener le mouvement, il semble que l'atiouche-
ment doit être exercé par un corps solide. En efl'et on
ne provoque pas la fermeture des lobes en laissant tom-
ber des gouttes d'eau d'une certaine hauteur sur les fila-
ments, non plus qu'en dirigeant sur eux un souffle éner-
gique avec un chalumeau. Il n'en est pas de même d'une
immersion de peu de durée dans l'eau, qui peut provoquer
la fermeture, sans qu'on puisse faire entrer en ligne de
compte la température du liquide.
Quand on plonge les feuilles dans une solution de
sucre, on les voit toujours se fermer par suite probable
d'un phénomène d'immersion dans les plantes sur le
siège. L'effet produit est même prolongé : la réouverture
peut ne se faire qu'au bout de neuf jours et au minimum
seulement après deux jours. La chaleur des rayons so-
laires concentrée au moyen d'une lentille et l'immersion
soudaine dans l'eau bouillante ne paraissent pas agir. Ici
comme chez le Drosera la chaleur parait être trop consi-
dérable et appliquée trop brusquement. Mais les lobes se
ferment toujours quand on pique ou quand on coupe la
tête qui les supporte.
Il existe également une différence considérable entre
l'action produite sur les feuilles par des corps inorgani-
ques et organiques parfaitement secs et d'autres de même
nature à un certain degré d'humidité. Il ne se passe rien
dans le premier cas, tandis que dans le second, la ferme-
ture se fait lentement et graduellement, mais pas de la
même manière que quand il y a eu attouchement
d'un de ces filaments. La tige n'est jamais sensible.
Quant aux glandes pourprées qui recouvrent la face eu-
périeure des feuilles, elles ne reculent qu'autant qu'elles
ont été excitées par l'absorption de matières azotées. Les
matières inorganiques ne produisent aucun effet sur
elles.
Il y a donc sécrétion des glandes au contact d'un mor-
ceau de viande ou d'un insecte quand on fait refermer les
lobes des feuilles sur ces objets. L'action s'étend de
proche en proche aux glandes voisines de celles qui sont
pressées. La sécrétion est incolore ; elle est tellement
abondante qu'on l'a vue durer pendant neuf jours sous
forme de gouttelettesliquides.EUe est plusacide que dans
le Drosera et dénature mucilagineuse. Darwin, résumant
les nombreuses observations qu'il a faites sur la puissance
digestive de la Dionée, a cru pouvoir dire que « la feuille
se transforme en un estomac temjioraire ». Les glandes
versent leurs sécrétions acides qui agissent comme le
suc gastrique des animaux, tandis que les matières orga-
niques font fonction de peptogènes.
Par suite de la sécrétion des glandes de la Dionée,
l'albumine, la gélatine et la viande sont dissoutes, à condi-
tion qu'elles ne soient pas en morceaux trop gros ; la
graisse n'est pas digérée pas plus que le fromage.
Nous avons vu que la capture des insectes était opé-
rée par la fermeture des lobes sous l'influence de l'irrita-
bilité des filaments qui se rabattent; les poils marginaux
y aident également en se croisant entre eux. Tant que
le croisement n'est pas complet, il reste de petits
espaces par lesquels les insectes peuvent s'échapper. Il
peut même arriver que de gros insectes puissent forcer
les barreaux de leur cage.
Le redressement des feuilles est tel habituellement que
les deux lobes se relèvent en même temps; il peut arri-
ver cependant qu'ils se redressent indépendamment l'un
de l'autre.
P. Hariot.
LA CHRYSIS ENFLAMMEE
Quoique bien connu des entomologistes, cet intéres-
sant insecte est encore ignoré par bien des naturalistes.
C'est une mouche à quatre ailes, que Réaumur et ses
contemporains désignaient sous le nom de guêpe dorée :
il est de l'ordre des Hyménoptères et appartient à la
famille des chrysides (I).
(1) Du grec xpùmoç {chrusios) : doré.
LE NATURALISTE
191
Leurs formes sont bien plus ramassées que celles des
autres Hyménoptères, et ne sont nullement disgracieuses.
Leurs antennes sont composées de treize articles dans
les deux sexes, et légèrement coudées et amincies à leurs
extrémités ; elles sont vibratiles. Les jambes antérieures
sont armées d'épines. Les ailes inférieures ne sont pas
veinées. L'abdomen, convexe en dessus, concave en des-
sous, tronqué à sa base et dentelé à sa partie postérieure,
est terminé, chez les femelles, par une tarière en forme
d'aiguillon. Il est relié au corselet par un jiédicule très
court. Les anneaux peuvent rentrer les uns dans les
autres à la manière des tubes d'une longue-vue.
Les chrysis sont toutes de petite taille; elles sont agiles
et brillantes comme les oiseaux-mouches. Elles mènent
une existence vagabonde, se posent sur un objet quel-
conque, pour le quitter aussitôt en sifllant dans l'air em-
brasé.
Elles n'ont pas d'industrie particulière. Elles choisissent
pour abris les trous qu'elles rencontrent. Dans ces con-
ditions, la reproduction de ces insectes pourrait être
compromise si les femelles n'avaient recours à la ruse pour
placer leur progéniture dans des conditions favorables à
son développement.
Chose curieuse, ces insectes, ainsi que quelques autres
espèces d'Hyménoptères, appartenant à des ordres dif-
férents, qui, à l'état parfait, se nourrissent de végétaux,
donnent naissance à des larves carnassières.
Certains auteurs ont cru que les femelles déposaient
leurs œufs dans le corps des larves d'autres insectes, dont
elles perçaient les téguments à l'aide de leur tarière ;
Lepelletier de Saint-Fargoau dit avoir observé des chrysis
entrant dans la demeure de certaines Tenthrèdes, et atta-
quant les larves k coups d'aiguillon. Des observations
plus récentes ont fait rectifier certaines assertions er-
ronées.
Les larves des chrysis se nourrissent bien de proie
vivante, mais la tarière de la mère est trop faible pour
perforer la peau des larves.
La femelle choisit souvent pour déposer ses œufs les
nids des Hyménoplèi-es fouisseurs. Elle observe attentive-
ment les allures des habitants du nid qu'elle convoite, et
profite pour, s'y introduire, du moment où ils sont oc-
cupés au dehors. Elle peut parfois opérer sa ponte sans
être inquiétée, mais lorsqu'elle est surprise par la rentrée
du légitime propriétaire, elle soutient une lutte acharnée.
Elle est, de suite, attaquée avec impétuosité, et l'Hymé-
noptère fouisseur ne cesse de la menacer de son terrible
aiguillon ; à cette arme meurtrière la chrysis n'oppose
qu'une résistance passive qui lui permet presque toujours
d'échapper à son adversaire. La nature a doté les chrysis
de téguments extrêmement durs ; elles jouissent aussi
d'une propriété dont on ne retrouve d'exemple chez
aucun autre Hyménoptère; elles peuvent, à volonté, se
rouler en boule, en ramenant leur abdomen contre leur
tête, et leurs pattes sous leur ventre. Dans cette position,
elles présentent à leur agresseur une cuirasse qui défie
les aiguillons les mieux acérés.
Les larves des chrysis sont blanchâtres et privées de
pattes; elles ne viennent au monde que lorsque les larves
de leurs hôtes ont acquis nn certain développement.
Aussitôt nées, elles s'attachent aux flancs de ces dernières
et les dévorent vivantes, petit à petit, prenant chaque
jour à leur victime ce qu'il leur faut pour se nourrir et
grandir. Le terme de leur croissance arrive lorsqu'elles
se sont approprié la substance entière de leur nourrice,
qui, épuisée, ne tarde pas à succomber. Elles se filent
une coque où elles se transforment en nymphe pour en
sortir à l'état parfait.
La chrysis enflammée {nhri/sis ignila S.) est un joli in-
secte, commun dans les environs de Paris. Son corps,
long de près d'un centimètre, ne dépasse pas trois milli-
mètres en largeur. La tète est d'un vert doré, tournant
au bleu sur la nuque, avec les antennes noires. Le cor-
selet est azuré, et terminé de chaque coté par des pointes
épineuses; les ailes transparentes, légèrement brunâtres,
les pattes vertes. L'abdomen, dont le dernier segment se
termine par quatre dentelures bien marquées, est d'un
rouge cuivreux très brillant. C'est à ce dernier caractère
que l'espèce doit son nom, comme il a été dit plus haut.
L'insecte tout entier est recouvert de points enfoncés,
plus accentués sur le corselet que sur le reste du corps.
La chrysis enflammée se rencontre le long des murs;
elle voltige aussi autour des fleurs. Cette espèce dépose
ses œufs dans les nids des Crabrons, des Cerceris et des
Odnères, hyménoptères qui se creusent des galeries
souterraines.
Parmi les autres espèces du genrechrysis,on peut citer
la chrysis mipartie (C. dimidiata Mtr.), qui est d'un beau
vert, avec les deux premiers anneaux de l'abdomen
rouge. La chrysis pourpre (C. purpurata Latr.), insecte
vert doré, avec l'extrémité de l'abdomen fortement den-
telée et d'un beau rouge ; enfin la chrysis bandée
(C. fasciata Latr.), dont le corps est d'un vert bleuâtre
avec des anneaux bleu indigo et dont le dernier segment
abdominal présente six dentelures.
Les autres espèces habitent presque toutes l'Europe et
ont des mœurs analogues ; elles en diffèrent par la
taille et par les couleurs.
Paul Jacob.
DESCRIPTION D'UN LUCANIDE NOUVEAU
EURY^BACHELUS Rama n. sp.
Longueur totale, mandibules incluses : 62 mm.
Longueur des mandibules, 18 mm.
Largeur maxima au prothorax : 22 mm.
Enticrcmont noir, této et protliorax très finement ponctués,
dépolis, élytres brillantes.
Tête quadrangulaire, un peu élargie antérieurement, assez
bombée supérieurement, entièrement couverte d'une granula-
tion fine et dense. La partie frontale, nettement définie, est
limitée postérieurement par une ligne arquée au milieu, dou-
blement infléchie ensuite, le long de laquelle existe, sur la
partie supérieure, un espace plan, triangulaire et fortement
ponctué. La saillie intermandibulairc est excavée supérieure-
ment, échancrée en croissant, et présente deux pointes laté-
rales assez aiguës.
Mandibules aussi longues que la tête et les deux tiers du
prothorax, entièrement et très finement ponctuées, régulière-
ment arquées. Elles portent, au tiers à partir de la base, une
dent perpendiculaire, forte et aiguë, suivie d'une carène bi- ou
tridenticulée limitée par une petite dent. La partie apicale,
plus fortement arquée, est munie d'une petite dent immédia-
tement avant l'extrémité, elle se termine par un biseau ver-
tical. En dessous, les mandibules sont arrondies et portent
une bande soyeuse qui s'étend depuis leur base interne jusqu'à
la grande dent.
Antennes dépourvues de pinceaux soyeux sur les articles
j et 7 et portant seulement des poils épars, plus nombreux sur
le septième article, qui n'est pas prolongé en forme de doigt.
Menton en trapèze, arrondi sur les angles antérieurs, cou-
192
LE NATURALISTE
vert d'une ponctuation ti-6s dense, avec des points enfoncés
plus gros, épars, plus nombreux vers la base. 11 ne porte des
soies que le long du bord antérieur.
Dessous de la tète et gorge finement ponctués, et présentant
à partir de l'angle d'articulation de chaque mandibule une
série de gros points enfoncés.
Prothorax finement ponctué, transverse; son bord antérieur
est légèrement saillant au milieu, concave ensuite et se relie
aux côtés par une forte saillie arrondie emboîtant la tête. Les
côtés présentent une dent assez aiguë à mi-distance des angles
antérieurs et postérieurs; le bord postérieur est coupé droit
en arrière et s'arrondit vers les angles qui sont armés d'une
dent.
Ecusson en ogive, aussi long que large, peu ponctué.
Elytres d'un noir brillant, couvertes de fines strioles qui
leur donnent un aspect soyeux. Epaules bien marquées, por-
tant une légère saillie épineuse, une ligne opaque superficielle
part de chaque épaule et se prolonge jusqu'à la pointe. La
forme des élytres est un ovale allongé régulièrement arrondi.
En dessous, les épipleures des élytres sont canaliculées et
couvertes de points confluents le long de leur marge inférieure;
les pièces thoraciques sont ponctuées; les segments abdomi-
naux sont plissés en long; les pattes, très robustes, ont leurs
fémurs munis de deux lignes sétigères peu fournies, les tibias
antérieurs sont mullidentés, les intermédiaires portent une
dent assez forte au tiers inférieur et deux dents très petites
au-dessus, les postérieurs sont unidentés. Les tarses des deux
dernières paires sont revêtus en dessous desoies assez courtes.
L'exemplaire unique que je possède est un màlc bien déve-
loppé qui provient, selon toutes probabilités, de Sumatra.
L'espèce à laquelle il sert de type est certainement voisine
des E. Eurycephalus, Burm. et Alcides. Voll., mais elle s'en
distingue par de nombreux caractères et principalement par
la forme des mandibules, de la partie frontale et du menton.
H. BoiLEAU.
DISSECTIONS
EMBRANCHEMENT DES MOLLUSQUES
1"=' Type : la Moule {Mytitus edulis)
Ordre des Lamellibranches ou Acéphales.
Cet animal est très facile à se procurer et d'une dissec-
tion assez simple, au moins en ce qui regarde les princi-
paux organes.
Il est bon quelquefois de les laisser macérer dans l'al-
cool fort, (70") avant de les donner à la dissection, car les
tissus sont plus fermes et permettent mieux de se rendre
compte de la structure anatomique.
La coquille est formée de deu.\ valves. L'extrémité an-,
térieure est presque pointue et renferme la bouche et les
palpes laliiaux, l'extrémité postérieure est arrondie. La
charnière est antérieure et dorsale, elle ne porte pas de
dents, mais un simple ligament.
Une cuticule jaunâtre recouvre la coijuille (periostra-
cum).
Il faut faire pénétrer avec précaution le manche du
scalpel entre les valves de la coquille, le passer, entre
celle-ci elle manteau que l'on détache ainsi avec précaution
en coupant le muscle adducteur postérieur; on refait la
même opération de 1 autre coté et l'animal se trouve
ainsi complètement séparé de sa coquille.
On étudie d'abord la partie interne de la valve gauche
par exemple et l'on y voit sur la charnière l'impression
musculaire inférieure qui se poursuit un peu du côté
dorsal, car il s'insère là des ligaments destinés à rerrforcer
l'occlusion; enfin tout le tour excepté du côté de la char-
nière et à quelques millimètres du limbe, l'impression
palléale.
Le manteau a les bords lisses en avant, frangés en ar-
rière. Ils se réunissent sur une faible largeur et déli-
mitent ainsi deux ouvertures fort inégales de dimensions;
en avant l'orifice branchial très grand, en arrière l'orifice
anal très petit. Souvent la partie libre du pied sort entre
les deux lobes palléaux.
Prcpiiration. — (Jn fixe l'animal sur la face dorsale en
rabattant de chaque côté les deux lolies du manteau et
les maintenant par des épingles.
Entre le manteau et la masse viscérale centrale on
trouve les hranchus formées de chaque côté par deux
lames, non continues ; elles sont fonuées de filaments
parallèles munis de cils vibratiles dont il est très facile
de voir le mouvement sur des animaux frais et à l'aide
du microscope.
Tout lifaità la partie antérieure, on trouve deux paires
Fig. 1. — Valve gauche de la coquille de la Moule, montrant
la face interne avec : ch, la charnière; m, les impressions
musculaires: /}, 1 impression palléale.
Fig. "J. — Moule enlevée de ses valves et laissant voir le man-
teau, ma; les muscles, m; le pied, ^ji, passant entre les
deux lobes du manteau et o. e l'orifice expirateur par oii
sort l'eau entrainaul les résidus de la digestion.
de longs paipcs Uibimix au point de convergence desquels
est placée la bouc/te. En arrière est placé un organe brun
LE NATURALISTE
193
très sailhint, c'ost le pied, à la base duquel une toute
petite proéminence présente une] sorte de cupule, c'est
l'orifice de la glande du bijssiis, qui sécrète de longs fila-
ments, à l'aide desquels l'animal se fixe. Enfin, plus en
arrière encore, une autre partie saillante, en forme de
liosse do iiolichinelle, (lui se continue jusqu'au niveau du
muscle adducteur inférieur.
Derrière le muscle se trouve l'orifice anal sur la ligne
médiane.
Enfin, à la partie antérieure, en avant du pied, on
trouve deux masses musculaires divergentes, ce sont les
musclea rétracteurs antérieurs du pied. Ils vont s'attacher
dans la région antérieure des valves.
Orifices. — Nous avons vu où sont placés la bouche et
l'anus, on trouve encore de chaque côté delà bosse vis-
céral deux orifices, dont les deux externes au sommet
d'une papille : ce sont les orifices des organes (jénitaux, et
en face d'eux mais du cùté interne les orifices des organes
de Bojanus.
Tube digestif . — Cet appareil est assez difficile à suivre
dans toute sa longueur.
Il faut enlever le pied et ses muscles rétracteurs et on
arrive sur l'œsophage, de là dans un estomac spacieux où
viennent s'ouvrir deux canaux hépatiques. Du côté pos-
térieur on voit partir un canal large et qui se termine
en cul-de-sac; il renferme un axe hyalin, la tige cristal-
line que l'on pense être un organe de réserve. A côté de
lui prend naissance l'intestin, qui revient jusqu'en avant
de l'estomac, puis se replie du côté dorsal et arrive au
cœur, il traverse le péricarde et le ventricule, passe der-
rière le muscle adducteur inférieur et se termine à
Yanus.
Appareilciixulaloire. — Le cœur est situé du côté dorsal,
il est formé d'un ventricule (traversé par le rectum) et
de deux oreillettes, enveloppés dans un péricarde.
Du ventricule partent deux troncs aortiques, l'un anté-
rieur, l'autre postérieur, qui se répandent dans tous les
organes et suivent d'abord le côté dorsal de l'animal. Ils
aboutissent dans un système de lacunes interorganiques.
De là le sang est conduit aux organes respiratoires et
ramené au cœur par dos vaisseaux particuliers, appelés
vaisseaux hranchio-cardiaques.
Appareil respiratoire. — Il est formé par deux paires de
branchies lamelleuses, ce qui a valu à l'ensemble du
groupe le nom de Lamellibranches. Ici chacune est formée
par un feuillet direct etunfeuilb^t réfléchi, unis entre eux
par de nombreux tractus; le tout recouvert de cellules
ciliées.
Appareil excréteur. — Il est annexé à l'organe circula-
toire, au cœur. Il est formé de deux sacs unis sur la ligne
médiane, et communiquant chacun avec le péricarde.
Chacun d'eux porte un canal excréteur, dont nous avons
vu l'orifice. Il prend le nom d'organe de Bojanus.
Système nerveux. — Cet appareil est relativement
Fig. 3. —Appareil digestif de la Moule: p. Z,palpes laljiaux;
6, bouche; es, estomac avec t. c, le ciecum contenant la tige
cristalline; i, intestin; )•, rectum traversant le cœur, co;
m, muscle adducteur des valves; a, anus.
Fig. 4. — Comme dans les figures 21G et 217 : is, byssus; br,
branchies; o. i), orifice génital; o. u, orifice urinaire.
Fig. 5. — Système nerveux de la Moule : g, e, ganglions cé-
rébroides; g. p, ganglions pédieus; g. v, ganglion viscéral.
Fig. 6. — Deux lamelles branchiales montrant leurs cils vi-
bratiles, c, v.
facile à voir chez la moule. Il se compose de trois paires
de ganglions unis entre eux deux à deux par des commis-
sures et des connectifs : deux ganglions cérébroides, deux
pédieux et deux viscéraux. Chaque ganglion cérébroide
est uni au ganglion pédieux correspondant, par un con-
nectif cérébro-pédieux, et aussi au ganglion viscéral
par un autre connectif cérébro-viscéral, ces deux connec-
tifs sont soudés sur une toute petite partie de leur trajet
à partir du ganglion cérébroide.
Pour la dissection, il est bon d'opérer comme suit :
l'animal ayant été placé sur le dos comme nous l'avons
indiqué.
On verra sans dissection, sur la partie antérieure du
muscle adducteur inférieur, deux petites masses oran-
gées, reliées par une commisssure, ce sont les ganglions
i;îscémw3;;à partir d'eux on suit également sans dîssecd'on les
connectifs cérébro-viscéraux, jusque vers la partie posté-
rieure de la bosse de polichinelle, là ils plongent oblique-
mentdansla masse viscérale, et c'est à cet endroit précis
indiqué par M. de Lacaze-Duthiers que l'on trouve les
deux orifices : de Bojanus du côté externe et génital du
côté interne.
Il faut alors disséquer avec soin sous la loupe et l'on
remonte ainsi facilement aux ganglions cérébroïdes.
On coupe le pied presque à sa base ainsi que ses muscles
rétracteurs, et c'est exactement sous ces muscles et à
leur point de convergence dans le pied que l'on trouve
194
LE NATURALISTE
les ganglions pédieux, presque fusionnés en un seul. On
voit sans autre dissection les connectifs cérébro-pédieux.
Organes génitaux. — Les sexes sont séparés : les glandes
génitales sont très volumineuses, surtout les femelles, et
présentent le même aspect. Souvent, elles se répandent
jusque dans le manteau. Elles s'ouvrent, mâles comme
femelles, au sommet de la papille dont nous avons déjà
parlé.
BIBLIOGRAPHIE
— M. Marcel Causard, agrégé de l'Université, a sou-
tenu avec succès, dans le courant de cette année, sa thèse
pour l'obtention du grade de Docteur es sciences natu-
relles. La thèse choisie par l'auteur était « Recherches sur
l'appareil circulatoire des Aranéides.Cette thèse accom-
pagnée de 6 planches en lithographie est d'un grand in-
térêt pour tous ceux qui s'occupent de ces questions d'a-
natomie chez les articulés ; elle est bourrée de faits nou-
veaux, quoique des recherches semblables aient été déjà
faites avant ce mémoire.
— Vers le commencement de cette année, M. E. Aubert,
professeur au lycée Charlemagne, a publié le 2" tome
de son Histoire naturelle des êtres vivants et qui comporte
les classifications zoologique et botanique. Ce volume,
qui complète bien cette belle publication, est destiné aux
candidats au certificat PCN et à la licence es sciences
naturelles. Plus de 1.300 figures accompagnent le texte
de l'ouvrage complet. Un fascicule appendice du S" tome,
traite de la reproduction chez les animaux.
— Le Beurre et les Fromages, fabrications du lait, écré-
mage, travail delà crème, étude des principaux types
de fromages, par D. Allard, professeur départemental
d'agriculture (prix br. 3,50franco. Les fils d'Emile Dey-
rolle, 46, rue du Bac. Paris).
Ce nouvel ouvrage est absolument pratique en même
temps que théorique ; il est écrit dans un style simple, et
renferme l'indication de tous les procédés les plus ré-
cents et les meilleurs pour la fabrication du beurre et des
fromages.
Les Triantes
DANS L'ANTIQUITÉ :
LÉGENDES, POÉSIE, HISTOIRE, ETC , ETC
AUBÉPINE. — L'aubépine (.\Eu/.àxavOa, 'PoiJ.vos
Tpayeïa ou ).Euxri, cratœgus oxyacantha, Alba spina; Epine
blanche, buisson blanc, etc.), se rencontre souvent chez
les auteurs anciens, qui lui donnent indifféremment les
noms ci-dessus, et traduisent même lettre à lettre le
XeuxâxavOa grec en latin :
« La leucacantha, appelée aussi phyllos, ischios, polygo-
natos, a la racine du cyperus. Cette racine, mâchée,
calme les douleurs de dents. D'après Hicésius, la graine
ou le suc, pris à la dose de huit drachmes, guérit les
douleurs de côté et celles des lombes. Cette plante est
employée dans les ruptures et les spasmes » (Pline, His-
toire naturelle, XX, xvii).
Littré veut que le leucacantha de Pline soit la centaurea
dalmatica.
Le polygraphe romain dit encore (XXIV, ch. lxxvi) :
« Parmi les ronces, on range le rhamnos des Grecs. L'un
est plus blanc et a plus de tiges; en fleurissant, il jette'
des rameaux dont les piquants sont droits, et non pas
courbés comme ceux des autres espèces ; il a les feuilles
plus grandes. »
Dans sa Culture des Jarlins, Columelle dit :
Lubrica jàm Lapathos, jàm Rhamni sponte virescunt.
(i Déjà la patience diurétique, déjà Vnubépine se char-
gent de feuilles. »
Louis du Bois, dans sa traduction de cet auteur pour
la belle édition Panckoucke, traduit Rhamni par ner-
pruns (1); mais la citation suivante, comme bien d'autres
d'ailleurs, lui donne tort :
Et Rhamnus, Spinœ nomen cui contigit albse...
« Et le Rhamnus, à qui l'on a donné le nom d'épine
blanche... »
(Rapin, Poème des jardins, livre II, v. 633).
En parlant de l'aubépine, Théocrite dit :
Eîç Spoç Sx-/' É'pTtetç, |j.T] àvâXtito; "tpyto, Botte"
'Ev yàp ôpei 'Pd([iVoi xo[Ji6wvTt.
{Idylle IV, V. 36).
« Ne sois pas sans chaussure, Battus, quand tu vas
dans la montagne : on n'y trouve que des aubépines «.
Autre nom encore de l'aubépine ; Nicandre, dans ses
Thériaques (v. 630 et sq.), dit :
"AypEt [xàv *Pc([j.vov
"Ep(70|i.£vviv, àYp7|T'. S' àù ■ntçmhfofiv âvOer
TriV TiXOi <î*iX£Tatpov £7itx).-^(7iv xaXéoufftv.
et Prends l'aubépine, dont le feuillage semble toujours
couvert de rosée, et qui s'orne, chaque année, de fleurs
blanches : on l'appelle aussi Philctéros ».
Orphée dit encore :
BôDpov xptCTToi^ov opu^a
4'iTpoùç t' '.\pxeû6oio xai àÇaXéï]; àjto KéSpo'j
*Pâ[j.vou t' Ô?-JT£pOtO,
"iixa çÉpuv, vvîriCra TtuprjV é'vTocjOe p66po!0.
n Je creusai dans le sol une large fosse: j'y mis des
troncs de genévrier, des branches mortes de cèdre, des
aubépines aux dards aigus, et je fis ainsi un bûcher dans
cette fosse ».
Pline nous apprend (liv. XXI, ch. xx.'iix) que « les
« fabricants de couronnes emploient même la fleur de
« l'épine; » — « on confit bien, ajoute-t-il, pour flatter
le palais, les pousses de l'épine blanche (spinx albse).
En traitant des cochons, dans son Ce- re rusticà ■
(lib. VII, cap. ix), Columelle déclare que : « les forêts
sont ce qui leur convient le mieux, quand elles sont cou-
vertes de chênes, de hêtres, de lièges, de cerres, d'yeuses,
d'oliviers sauvages, de tamarix, et d'autres portant des
fruits sauvages, tels que les aubépines (albx spinse). »
Nous avons vu plus haut que, d'après Pline, en
mâchant les racines de la leucacantha, on calmait les
odoutalgies; l'aubépine servait encore dans d'autres cas.
Le même Pline dit, en effet (XXIV, LXVi) : « la graine
de l'épine blanche est un remède contre la piqùie des
(i) Le nom de nerprun, ou noir prun (prunier noir), ne se
donnait jadis qu'au prunellier.
LE NATURALISTE
195
scorpions. Une couronne de cette plante, mise sur la
tète, diminue la céphalalgie. »
De son côté, Dioscoriile {Les six livres de la matière
médicale, liv. I, ch. 101) nous dit :
« Le Rliamnus est un arbrisseau qui nait dans les
haies, et produit des branches droites et épineuses ; il
produit des feuilles petites, tendres, un peu longues, lui-
santes en dessous et non épaisses. Outre cette espèce, il
y en a une autre plus blanche ; il en existe enfin une
troisième, aux feuilles plus foncées et plus larges, etc., etc.
Les feuilles de toutes ces espèces, appliquées en forme
de Uniment, remédient au feu sacré et autres ulcères qui
vont en rampant. On dit que les branches, attachées
aux portes et aux fenêtres des maisons, en chassent les
maléfices et les enchantements u.
Ce feu sacré, ou feu Saint- Antoine, feu Saint- Marcel, les
Ardents, etc., était connu des anciens et fit de grands
ravages en France, du x' au xiv siècle, principalement
dans la Lorraine et le Dauphiné. C'était une maladie
gangreneuse très redoutable, et sur le caractère de
laquelle, malgré de nombreux travaux d'éminents savants,
la science n'est pas encore fixée; on suppose néanmoins,
avec Fuchs, Hœser, et les auteurs des Mémoires de l'Aca-
démie royale de médecine, que le feu sacré, ou feu Saint-
Antoine, doit être assimilé à Vergotisme gangreneux.
Divers auteurs nient pourtant que les anciens aient pu
connaître cette maladie qui, d'après eux, aurait sévi,
pour la première fois, en France et ailleurs, au x° siècle
de notre ère ; mais, d'un autre côté, le mot grec dont se
sort Dioscoride, 'EpuaÎTtsXa;, appelle tout naturellement
la traduction erysipèle, et il faudrait nous en tenir là
pour couper court à toute discussion. Seulement, si nous
ouvrons le Thésaurus grxcx linguse d'Estienne au mot
'Ep\ia'ms.la;, nous y voyons que les Latins appellent aussi
cette inflammation douloureuse feu sacré, ignis sacer...
Aussi, André Mathiolus ne se gêne-t-il pas, dans les Corn'
mentaires sur les six livres de la matière médicale de Diosco-
ride (1), pour traduire le mot grec par feu Saint Antoine.
Que saint Antoine (251-336) ait lu Dioscoride : à cela
rien d'étonnant; il était né d'une riche famille et avait
étudié; il était plus lettré, certes, que son compagnon ;
mais que Dioscoride (i"'-ii<' siècle) ait soupçonné que sou
èpuffineXa; serait traduit par feu Saint- Antoine, dans une
langue qui n'existait d'ailleurs pas encore, c'est roide ; et
la traduction de l'illustre docteur naturaliste Mathiolus
(Mailioli, 1500-1577) vous fait, de prime abord, l'effet
d'une <i main de serpent » rencontrée par hasard..., un
désagréable saisissement.
Mais l'aubépine n'était pas seulement utile aux
hommes; elle exerçait aussi son efficacité sur les ani-
maux :
Columelle, trois fois nommé, dans son De re rustica
(lib. Vn, cap. vil) déclare que « si les chèvres souf-
frent d'un autre mal quelconque, on les traitera avec du
roseau et des racines d'aubépine {albse spinae radicibus)
soigneusement écrasés avec des pilons de fer et mêlés
avec de l'eau de pluie, la seule qu'alors on devra leur
permettre de boire ».
Dans son beau poème sur l'Economie rurale (Praedium
rusticum, lib. IV, v. 298 et sq.), le P. 'Vanière dit :
« Si la peste infecte un canton, cette contagion
est moins à craindre pour vos brebis que pour vos
(1) Lyon, 1572, in-folio. ~~
chèvres, à moins que vous ne teniez à l'écart celles qui
sont atteintes, et que vous ne leur donniez des racines
de rosoau et A'Épine Idanche écrasées et délayées dans
l'eau. >•
C'est absolument le précopte do Columelle.
Si nous passons maintenant aux mythologues, nous
voyons Ovide, leur maître à tous, nous dire une bien
jolie fable : Janus, ayant réussi à se rendre favorable la
belle nymphe Grané, lui accorde la puissance d'éloigner
des maisons tous les maléfices au moyen d'une branche
d'aubépine (de là la phrase de Dioscoride, citée plus
haut) :
Jus pro concubitu nostro tibi cardinis esto;
Hoc pretiu'm positse virginitatis habe.
Sic fatus, virgam qui tristes pellere posset
A foribus nosas, hœc erat alba, dédit.
« Pour prix du bonheur goûté dans tes bras, pour prix
de ta virginité perdue, je soumets les gonds à ton pou-
voir. — A ces mots, il lui donne une branche d'aubépine
dont la vertu put éloigner des portes les accidents fâ-
cheux. »
Plus tard, le jeune Procas, âgé de cinq jours, était dans
son berceau la proie d'oiseaux maléficieux qui venaient
épuiser sa poitrine. La nymphe Grané l'apprend par la
nourrice de l'enfant, et elle débarrasse à jamais ce der-
nier des atteintes de la démoniaque volaille :
Virga Janalis de spina ponitur alba,
Qua lumen thalamis parva fenestra dabat,
Post illud nec aves cunas violasse ferunlur;
Et rediit puero, qui fuit anté, color.
« Elle pose la branche d'aubépine, présent de Janus,
sur la petite fenêtre qui donne du jour au berceau. On
dit que, depuis lors, les oiseaux respectèrent le lit de
l'enfant, et que son teint reprit sa première fraîcheur. »
Dans son Églogue V, vers 23, le P. Mambrun dit :
Veriim alias inter tantùm supereminet Umbra;
Quantum infelices superant Violaria Rhamnos.
« Mais Ombra l'emporte autant sur les autres que les
Violiers l'emportent sur les pauvres aubépines. »
Dans son poème de Jésus enfant (liv. I, v. 405), Céva
mentionne aussi l'aubépine :
Hei mihi! Rhamnus
Vestibus implicilus
« Hélas! un buisson (haie d'aubépine) accroché à mes
vêtements »
D'après l'abbé Banier, de l'Institut {Dissertation sur
les Furies; mémoires de l'Académie des Inscriptions et
Belles-Lettres, tome V, 1723, page 47), l'aubépine était
au nombre des attributs des trois sœurs infernales :
(( Outre le narcisse, qui leur était consacré, on se
servait aussi, dans leurs sacrifices, de branches de cèdre,
d'aulne et d'aubépine, du safran et du genièvre. »
Diogène Laerce, dans sa Vie de Bioji (sect. X, §§ 36,
57), fait allusion à l'influence de l'aubépine attachée à
une porte :
Kai YP*' Swxev eùiiapûç TÇiâyrilùy ti; èit(o5r|V,
Ka"t (jxuTtfftv ppax'ova; neneiafiévo; y ' ëSrjffe ■
'P(i[ivov Te v.ai xXâSov Aà^yr,i ûîtèp Oûpviv ëOrixsv,
* '.\7ta^''ca [iâXXov r^ 6av£Îv ëTOt[jLo; wv ÛTroupytïv.
« On le vit ajouter foi aux enchantements d'une vieille
femme, se laisser attacher des amulettes au cou et aux
bras, et suspendre de l'aubépine à sa porte, avec du lau«
rier, aimant mieux supporter tout que de mourir. »
196
LE NATURALISTE
« Les légendes chrétiennes, dit Gubernatis dans sii
Mythologie des Plantes, racontent que Joseph d'Arima-
thie, ce membre du sanhédrin de Jérusalem qui embauma
le corps du Christ etle déposa dans un tombeau neuf(l).
ayant, la veille de Noël, planté son bâton sur le sol, il
en sortit une aubépine en tteur. En Angleterre, jusqu'au
temps de Charles I". on apportait en procession, comme
cadeau de Noël, une branche de l'aubépine de Glasten-
bury, que l'on prétendait descendre en ligne droite du
bâton de Joseph d'Arimathie. On croyait que l'aubépine
fleurissait toujours la veille de Noël, et, en l'année 1733,
à Quainton, en Buckingbamsbire, la floraison ayant
manqué, le peuple préféra renvoyer la fête de Noël jus-
qu'à l'apparition des fleurs, qui eut lieu le 3 janvier, plu-
tôt que de mettre en doute l'infaillibilité de l'aubépine. »
On le voit, les superstitions chrétiennes ont largement
remplacé les ancinnnes.
En Normandie, on croit que la foudre ne frappe jamais
l'aubépine, parce qu'on suppose que ses branches ser-
■virent à former la couronne d'épines de Jésus-Christ :
« Dans le département de Saône-et-Loire, dit Roujoux
dans la Statistique de Saône-et-Loire, il n'est pas rare de
rencontrer au printemps une mère en pleurs agenouillée
auprès d'une aubépine, priant avec ardeur pour un enfant
-fiévreux qu'elle tient dans ses bras. Elle est sure de sa
guérison : les vents portent au ciel ses vœux avec la
donce exhalaison des fleurs de l'aubépine. On dit que les
branches de cet arbrisseau formèrent la couronne du
Christ; et cet acte de religion, fait avec ferveur, résultat
d'une foi sincère, aurait droit au respect des hommes,
s'il ne s'adressait pas à l'image matérielle dont ces gens
simples ne séparent aucune idée. »
Ce qui me surprend, dans nos habitudes de gens ex-
cessivement civilisés, c'est devoir combien nous sommes
impitoyables pour les superstitions .les peuples dits « sau-
vages», et combien nous nous gard. ns de faire un retour
sur nous-mêmes! Pourquoi donc l'acte de religion de
cette mère en pleurs, — pleurant sur son petit qui va
mourir, — sur la chair de sa chair qui va peut-être dis-
paraître à jamais, — n'aurait-il pas droit au respect des
hommes?...
Et qui sait si nous-mêmes,— religion à part, — chétifs
bébés tremblants de fièvre dans notre berceau, nous
n'avons pas dû la vie à ces effluves pieusement magné-
tiques de notie mère, dont les yeux, où s'étaient con-
centrées toutes ses forces vitales, ne quittaient pas nos
pauvres veux clos'.'... Qu'en savez-vous'.' La science ne
nous mo"ntre-t-elle pas tous les jours de ces miracles de
volonté intense ? un organisme souffreteux et étiolé ne
subit-il pas souvent l'influence mystérieuse d'un orga-
nisme puissant, d'un cerveau voul.a.nt avec ténacité'?...
■Cessons donc de nous moquer des habitudes des autres
pour penser un peu aux nôtres. Tout le monde con-
naît le fameux verset de l'évangile de saint >Latthieu
(VIII V. 5) : « Hypocrite, enlève d'abord la poutre qui
est dans ton œil ; et tu verras alors à extraire la paille
qui embarrasse celui de ton frère... » Pétrone qui vivait
au premier siècle (il mourut volontairement en 66), a dit
cela autrement , mais c'est la même chose :
In alio pediculum vides; in te ricinum non vides.
[Satyricon, | LVII.)
« Tu vois un pou sur ton voisin, mais tu ne vois pas
un scorpion sur toi-même. »
" (1) Malhieu, xxvii, 57. — Marc, xv, 43. — Luc, xxiii, 30. —
Jeun, XIX, 38.
Enfin, nous trouvons encore le 'Pâjjivo; dans la Bible
(traduction des Septante), rendu par Rhamnus dans la
Vulgate. Nous lisons dans le Psaume LVH, v. iO :
Priiisquam intelligerint spinse vestrœ rhamnum : siciit in-
ventes, sic in ira absorbet cos. — « Avant que les épines
aient pu connaître le rhamnus {aubépine) qui les porte, il
les engloutira tout vivants dans sa colère. »
Mais où l'aubépine joue un rôle actif, c'est dans/n plus
ancienne fable du monde, fable biblique, qui se trouve au
livre IX, versets 7-15, des Juges.
Les chefs de Sichem avaient établi comme roi Abimelec
qui avait massacré tous les fils de Gédéon, juge d'Israël,
à l'exception toutefois de l'un d'eux, Jotham, qui avait
pu éviter la mort donnée à ses soixante-neuf frères :
<i 7. — Et on le rapporta- à Joatham, qui s'en alla, et se
tint au haut de la montagne de Guérizim ; et élevant la
voix, il cria et leur dit : Ecoutez-moi, chefs de Sichem,
et Dieu vous écoutera.
« 8. — Lesarbres allèrent un jour avec empressement
pour oindre un roi sur eux, et ils dirent à l'olivier :-Règne
sur nous.
0 9. — Mais l'olivier leur répondit : Me ferait-on quit-
ter mon huile, dont Dieu et les hommes sont honorés,
afin que j'aille çà et là, pour être au-dessus des autres
arbres ?
« 10. — Puis les arbres dirent au figuier : Viens, et
règne sur nous.
(I 11. ^ Et le figuier leur répondit : Me ferait-on quit-
ter ma douceur, mon bon fruit, afin que j'aille çà et là,
pour être au-dessus des autres arbres ?
<i 12. — Puis les arbres dirent à la vigne : Viens, et
règne sur nous.
(c 13. — Et la vigne répondit : Me ferait-on quittermon
bon vin, cjui réjouit Dieu et les hommes, afin que j'aille
çà et là, pour être au-dessus des autres arbres '?
« 14. — Alors tous les arbres dirent à l'aubépine
[Rhamnus) : Viens, toi, et règne sur nous.
« lo. — Et l'aubépine répondit aux arbres : Si c'est
sincèrement que vous m'oignez pour roi sur vous, ve-
nez et retirez-vous sous mon ombre ; mais si ce n'estpas
sincèrement, que le feu sorte de l'aubépine et qu'il dé-
vore les cèdres du Liban.
« 16. — Maintenant donc, avez-vous agi en sincérité et
intégrité, en établissant Abimelec pour roi? etc., etc. »
E. S.^NTINI DE RlOLS.
OFFRES ET DEMANDES
— A vendre :
Bon lot de Chrysomélides européennes et exotiques,
comprenant environ 272 espèces, 356 exemplaires ren-
fermés dans 8 boites en bois verni. Prix : 50 francs.
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exotiques. 117 espèces, 324 exemplaires contenus dans
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ques. 78 espèces, 246 exemplaires,! boite en bois vernis.
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Bonne détermination. Prix : 28 francs.
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115 espèces, 400 exemplaires, 3 cartons viires petit for-'
mat. Cette collection renferme quebjues espèces e.xotiques
non comptées dans les chiffres annoncés. Prix : 40 francs.
Le Gérant: Paul GROULT.
Paris. — Imprimerie F. Levé, rue Cassette, 17.
19» ANNÉE
2» SÉRIE
1%°
fK»
1" SEPTEMBRE 1897
ANIMAUX
Mythologiques, légendaires, historiques, illustres,
célèbres, curieux par leurs traits d'intelligence,
d'adresse, de courage, de bonté, d'attachement,
de reconnaissance, etc.
Cii-illon. — Dans son IIiEuozoïcoN, sive de animnli-
biis Siinctx Scriplurœ. Samuel Bochard fait une longue
dissertation île (iuati-e-vini;t-ilix-neuf pages in-4'' sur les
insectes que rKcriture désigne sous le nom général de
locuslx. Sans parler du Talmud, où les différents noms
d'insectes de ce genre sont extrêmement nombreux, on
en trouve dix dans les Prophètes seulement. {Arbê, gob
ou gobni, gazam, chagab, rhanainal, chazil. chargal, jelck.
soltim, tsalatsal}.
Dans liien des passages des livres saints, de savants
commentateurs traduisent par grylhif. l'un ou plusieurs
des nombreux noms d'insectes dont il s'agit : Pocockius,
Œdmann, Tychsen, Forskalius, etc. Celui-ci dit:
« Grytluin gregarium Arabes ubique vocant Djerad, et
JudaM, in '\enien babitanles, larlé) ». Il est donc clair
que l'urbe' de l'hébreu signifierait plutùl grillon que sau-
terelle, etc.
C'est encore l'avis des commentateurs au sujet du
verset 4 du chapitre i de Joël : « ...ce que laisse la sau-
terelle, le grillon le dévorera. » D'autres interprètes tra-
duisent par taupe-grillon, courtilière {gryllo-tdlpa).
Pline parle plusieurs fois du grillon, et d'abord au
livre XI, chapitre .x.xxiv: « D'autres {insectes) creusent
des trous nombreux dans les foyers , et, la nuit, font
entendre un cri aigu. »
Estienne. au mot rj;'jX),o;, ne parli' du grillon qu'inci-
demment, il y cite simplement deux personnages de l'an-
tiquité ayant porté ce nom (qui signifie réellement
cochon) ; néanmoins, il donne le véritable nom du grillon :
Tp(o$a>).\;. lit sitnt enicx et aliœ bestiolœ a qiiibus olerii
amtduntur et depascuntiir » (comme sont les chenilles et
autres petites bétes qui rongent et dévorent les lé-
gumes.)
Isidore de Séville (Etymologianini lili. XII, cap. iii,
lie minutis animantibiis) dit que n le grillon tire son
nom du son de sa voix. Il marche à reculons, troue
la tci're, et chante (stvidet) pendant la nuit. On le chasse
avec une fourmi attachée à un cheveu, et que l'on intro-
duit dans son trou après en avoir préalablement soufflé
la poussièie, pour qu'elle ne puisse s'y cacher ; elle le
saisit et on le tire dehors. »
Le docte é\è(iue de Séville a copié cela — et bien d'au-
tres choses.— dans Pline (XXIX, xxxix, § o), comme nous
le verrons tout à l'heure; il s'est borné à mettre au plu-
riel le mot complexiis, qui est au singulier chez le po-
lygraphe romain.
Dans le fameux poème intitulé Philometa, où les divers
cris d'animaux sont ingénieusement imités, poème qui
fut attribué à tort, et pendant fort longtemps, à l'auteur
des Mttamotphuses, mais (jui ne date réellement que de la
décadence des lettres latines et appartient à un certain
Albus Ovidiua Juventinus, le bruissement du grillon n'est
pas désigné i)ar le mot stridct, mais par celui de grillât,
qui se rapproche un peu, comme harmonie imitative, de
notre mot cri-cri:
Le Saluralisle, S6, rue du Bac, Paris.
Mus avidus minli-at, vflos inustelaque dintrel,
Kt tjnjllus grillât, desticat indo sorex
lo rat avide
Ripe au fond de son trou ; la belette rapide
Grince; le noir grillon cricrite, et la souris
Ticotc
On sait que, comme chez la cigale, le mâle seul pro-
duit au moyen de ses ailes ce que l'on appelle le chant du
grillon ; un poète comique du nom de Xénarque, qui flo-
rissait à Athènes l'an 330 avant J.-C, prit occasion de
cette particularité pour donner un poétique coup de bou-
toir au sexe féminin. Dans une de ses pièces intitulée
<i te Sommeil », il dit aux grillons : « Que vous êtes heu-
reux, vous qui avez des femmes silencieuses! »
Les femmes! leur langue! éternel sujet de sarcasmes
et de plaisanteries pour le sexe fort, — aussi bavard,
d'ailleurs, que le sexe pervers.
Mais le mot grillon avait encore une autre acception
chez les anciens. Pline (XXXV, xxxvii, § 3) dit qu'on
appelait grytli des peintures mal faites, grotesques, — ce
que nous désignons aujourd'hui par le mot de crotUes:
« d'un autre côté, dit-il, il a peint (Antiphilr) une
figure habillée ridiculement, à laquelle il donne le nom
plaisant de Gryllus, ce qui lit appeler grille ces sortes do
l)eintures. »
Forcellini (Totius latinitatis lexicon, 10 vol. in-4"'), après
avoir cité ce passage de Pline, traduit grylli par les mots
italiens « grotteschi, caricature. »
Les païens, dit le Magasin pittoresque (tome XX, 1852,
p. 59), avaient donné beaucoup de surnoms aux premiers
chrétiens, entre autres celui do grillons de la nuit, parce
que, toutes les fois qu'il leur arrivait de se réveiller, ils
faisaient aussitôt une prière à haute voix.
Le grillon, naturellement, devait trouver place dans la
médecine des anciens.
Serenus Sammonicus, médecin poète qui vivait au
commencement du iii° siècle, dit dans son De Mr.Dir.iN.i
l'R.KCEPT.v, cap. XVI, de rigore cervicis ;du torticolis) :
Quos auteni vocitant toiles, attingei-e destrà
Debebis, quà jrrillus erit premenle pereniptus.
<i 11 sera bon aussi de toucher les amygdales avec les
doigts mêmes dont on vient d'écraser un grillon. »
Pline (XXIX, xxxix, § 5) dit aussi: « On emploie pour
les oreilles le grillon tiré de son trou avec la terre,
en topique. Une grande puissance est attribuée à cet in-
secte par Nigidius, et une jilus grande par les mages,
parce qu'il marche à reculons, perce la terre, et jette, la
nuit, un cri aigu ; on se le procure en introduisant une
fourmi, retenue à l'aide d'un cheveu, dans son trou,
après en avoir auparavant soufflé la poussière pour qu'elle
ne s'y cache pas. Elle saisit le grillon, et on les retire
tous les deux (ita formiciP complexu extrahitur). u Isi-
dore de Séville, en copiant, met comple.vibus
L'un des érudits annotateurs de l'édition Panckoucke
de l'Histoire naturelle de Pline (ils sont trente, bien
comptés, et tous célèbres par leur profond savoir; mais
ils ne signent pas leurs commentau-os), dit à ce sujet :
« C'est la charge la plus intrépide que Pline ait jus-
qu'ici consignée dans son encyclopédie. Nous engageons
ceux qui composeront à l'avenir un traité des chasses, à
joindre aux faits connus de temps immémorial sur le
chien, le furet, le chat, le faucon, le secrétaire et autres
animaux dont nous avons mis à profit les instincts carni-
198
LE NATURALISTE
vores, ce que notre auteur rapporte ici des fourmis du
pays de Zoroastre. Il est étonnant qu'on ait laissé pen-
dant dix-sept siècles enseveli dans le livre XXIX de
Pline ce précieux renseignement de Grilloceptologie. «
On ne pense pas à tout, cher maître.
Dioscorides (Les sir livres de la matière médicale, livre II.
chapitre xxxiv) déclare, de son côté, que « les entrailles
des grillons de moulins, pilées et cuites dans l'huile et
introduites dans les oreilles, en calment les douleurs».
Ibn-el-Beîthar (1), célèbre médecin hispano-arabe du
XII* siècle (H97-1248), parle ainsi du grillon dans son
Traité des simples (chapitres 361 et 1396) : Le grillon et
la blatte, triturés avec de l'huile et injectés dans l'oreille,
en calment les souffrances. Avicenne dit qu'ils sont
utiles contre les douleurs de reins, quand on a neutra-
lisé leurs propriétés résolutives avec de l'huile, du meum(?)
et du jaune d'oeuf, et qu'on les a ramollis. Ils provo-
quent l'écoulement des urines ; avec le cardamome, ils
sont utiles contre les hémorrhoides, les fièvres intermit-
tentes et le venin des animaux. Pulvérisés, ils peuvent
également s'appliquer sur les ulcères des jambes, qu'ils
contribuent à guérir. »
Il s'est trouvé un grillon qui, fort sans doute des bien-
veillantes appréciations de Nigidius, des Mages, de
Pline, de Dioscorides, d' Avicenne et d'Ibn-el-Beïthar, se
figura que, de son vivant, il pouvait impunément, — et
même charitablement, — s'introduire dans les oreilles
humaines, ne fût-ce que pour s'y livrer à une préalable
exploration; mais mal lui en prit.
Nous lisons, en etTet, dans les mémoires de l'Académie
des sciences {Collection académique, tome III, 1755, in-4'',
p. 209) : (i Observation sur un grillon qui était entré dans
l'oreille d'un homme pendant qu'il dormait, par André
Cnoefl'elius, secrétaire et médecin du roi de Pologne. —
Un villageois dormant sur un )janc, près d'un poêle, un
grillon lui entra dans l'oreille, et cet homme s'éveilla
aussitôt, crojant, à ce qu'il disait, avoir ouï un grand
bruit. N'ayant pu par aucun moyen faire mourir cet
insecte, ni le faire sortir, prêt à en perdre l'esprit, il
s'adressa à moi ; je lui fis distiller dans l'oreille de l'huile
de scorpion, mais qui ne lui procura aucun soulagement.
Je me fis ensuite apporter un grillon, que je jetai dans
de l'huile d'olive, et y étant mort sur-le-champ, je fis
couler encore dans l'oreille de cet homme dix ou douze
gouttes de cette même huile, qui firent périr le grillon,
mais qui fit auparavant un mouvement en arrière dont
le malade s'aperçut. I! le rendit ensuite par la bouche
en morceaux avec beaucoup de pus, et il ne ressentit
plus, depuis, aucune incommodité. »
Tout autre fut l'acte, méritoire, certes, d'un autre
grillon : il sauva une flotte d'une perte certaine.
En l'année lb41, l'amiral Cabeça de Vaca, qui s'était
illustré dans la Floride sous les ordres de Pamfilo de
Narvaës, commandait une expédition composée de cinq
navires pour aller explorer les rives encore peu connues
baignées par les eaux du fleuve de la Plata. Arrivé au
delà des îles du Cap-Vert, voici ce qui lui advint, d'après
son propre récit (2) :
(1) Son véritable nom était Dhija ed-Din Abou M'Itammed
Abd Allah ben Ahmed; on lui avait donné le surnom d'Ibn-el-
Belthar (fils du vétérinaire) en raison de la profession que son
père avait brillamment exercée.
(2) Commentaires d'Alvar Nunez Cabeça de Vaca. Valla-
dolid, lo53, dans la collection de Ternaux-Compans. — Ma-
gasin pittoresque, tome XLII, page 135, année 1874.
« Nous passâmes la ligne équinoxiale ; après un cer-
tain temps, le commandant s'informa de la quantité
d'eau que portait le vaisseau amiral. De cent tonneaux
qu'on avait chargés, on n'en trouva plus que trois, qui
devaient servir à 400 hommes et à 30 chevaux.
« Le gouverneur ordonna de prendre terre; on fut
trois jours à la chercher; le quatrième, une heure avant
le coucher du soleil, il arriva une aventure surprenante,
et comme il n'est pas hors de saison d'en parler.
« Les bâtiments étant sur le point de toucher sur des
rochers très élevés, sans que personne des équipages
s'en fut aperçu, un grillon, qui avait été apporté dans un
navire par un soldat malade qui voulait entendre le
chant de cet insecte, se mit tout à coup à chanter. Deux
mois et demi s'étaient écoulés depuis que nous étions en
mer, et nous ne l'avions pas entendu, ce qui contrariait
beaucoup celui qui l'avait apporté. Dès que ce petit
animal sentit la terre, il recommença son chant. Cette
musique inattendue excita l'attention de l'équipage, et
l'on découvrit les rochers qui n'étaient plus qu'à une
portée d'arquebuse. Aussitôt l'on cria de jeter les ancres,
car nous allions droit sur les écueils; on le fit à l'ins-
tant, ce qui nous empêcha de couler à fond.
« II est certain que, si le grillon n'avait pas chanté,
nous aurions tous péri, les 400 hommes et les 30 che-
vaux, et c'est par un miracle de Dieu en notre faveur
que cet insecte se trouva avec nous. Depuis lors, pen-
dant plus de cent lieues que nous fimes le long des
côtes, toute la nuit le grillon répétait sa chanson. »
Aux petites causes les grands effets.
Ce chant du grillon plaisait aux anciens, comme il
plaît encore aux modernes. Le poète Valerius Caton,
dans ses Dira; (Imprécations contre Battarus, vers 74),
dit :
Occupet arguti grylli cava garrula rana.
(( Que la grenouille importune occupe l'asile du joyeux grillon. »
Beaucoup de personnes sont persuadées que la pré-
sence de ces insectes porte bonheur, et qno, si on les
éloignait ou si on les tuait, il arriverait inl'uilliblement
quelque malheur dans la famille.
Le D"' Emmanuel Konig rapporte, dans les Ephémérides
d'Allemagne, qu'en Afrique on nourrit des grillons dans
de petites cages de fer, et qu'ils s'y vendent à un prix
élevé, parce que leur chant procure un doux sommeil; il
ajoute que les habitants de Fez sont très curieux de cette
musique.
Le savant Scaliger se plaisait particulièrement à l'en-
tendre, et il conservait soigneusement plusieurs de ces
insectes dans une boîte placée dans un endroit chaud.
Mais, si bien des personnes aiment le chant du grillon,
il jiaraitrait que ces petites bêtes ne sont pas friandes de
notre musique. Antoine raconte dans ies Animaux ctirieux ■
(tome II, p. 40), d'après Ledel, qu'une dame, fort incom-
modée de leurs appels continuels, et (|ui avait essayé en
vain de tous les moyens en son pouvoir pour les bannir
de sa maison, y réussit enfin par hasard. Ayant fait une
noce chez elle, le bruit du violon et des trompettes
effraya sans doute à tel point les grillons, qu'ils aban-
donnèrent leurs retraites et ils disparurent pour toujours.
(I Dans beaucoup de villages, dit Charles Dickens
(Le Grillon du foyer, conte de Noël), et surtout en An-
gleterre, on regarde les grillons qui animent le foyer à
la campagne, et qui chantent si joyeusement la nuit,
comme de petits esprits familiers d'une nature bienveil-
LE NATURALISTE
199
lanlc, ([ui emiiruntent leur forme exiguë pour échapper
aux malices humaines. Beaucoup de villageois se figu-
rent que leur présence porte honheur dans la famille, et
qu'on ne les tue pas impunément. Aussi, en général, ne
voit-on pas d'un bon œil le pied brutal qui les écrase.
<c Toute la tribu des grillons se compose do puissants
esprits, bien que cela soit ignoré des gens qui ont affaire
à eux; et il n'est pas dans le monde invisible de voix
plus gentilles et plus sincères, à qui on puisse se fier
davantage, ou dont les conseils soient plus dévoués et
plus si'irs, ((ue les voix qu'empruntent ces esprits de
râtre et du foyer pour s'adresser à l'espèce humaine. »
Mais toute médaille a son revers; tout être a ses amis
et ses ennemis, — même au paradis : saint Grat, évéque
d'Aoste (viii" et ix° siècles', est invoqué contre les
lociistœ (insectes, grillons), les bruchi (sauterelles) et les
erucx (chenilles), qui portent préjudice aux biens de la
terre. Voyez les cérémonies usitées dans l'Eglise pour
la bénédiction de l'eau et des champs, sous l'invocation
de ce saint, dans les Saints Patrons des Corporations, etc.,
par Du Broc de Segange, tome II, page 236.
Saint Grégoire, cardinal et évéque d'Qstie (x' siècle),
jouit du même pouvoir sur les insectes; un cantique
castillan (yozo) s'exprime ainsi à ce sujet :
Quando acaba con las bienes
Y todo su campo agosta
Aquella mala langosta,
La ira de Dios detienes.
« Quand la méchante sauterelle détruit les récoltes et
dévaste les champs, vous arrêtez la colère de Dieu
(Bollandistes). »
Qui l'eût cru? A Java, où les combats de coq, de
cailles, etc., sont fort en honneur, on fait aussi com-
battre des grillons. On place deux de ces insectes en
présence, et l'on parvient à les mettre aux prises en les
agarant avec un brin d'herbe ou de paille; c'est souvent
sur le courage et la force de semblables gladiateurs que
ces insulaires ne craignent pas de risquer des sommes
considérables.
Je dirai encore, pour mémoire, que les anciens, séduits
par le chant du grillon et de la cigale, représentaient ces
insectes jouant d'un instrument de musique. On voit, au
musée de Florence, une pierre gravée représentant un
grillon jouant de la flûte de Pan ; sur une autre pierre
figure un grillon, marchant debout sur les deux pattes
de derrière, et portant deux paniers à l'aide d'une perche
minuscule placée sur l'épaule. La représentation de ces
deux pierres an tiques se trou veau tome XVI, pages 237-238,
de la Gazette des Beaux-Arts.
E. S.WTINI DE RiOLS.
DISSECTIONS
2« Type : l'Escargot {Hélix Pomatia)
Ordre des Gastéropodes.
Cet animal appartient au groupe des Gastéropodes Pul-
monés. Il a le corps mou, mais protégé par une coquille
spiralée. Cette coquille fait quatre tours et demi de spire,
qui se produisent autour d'un axe central, la. columelle.
Pour pouvoir facilement disséquer l'Escargot, il faut
le faire mourir parfaitement étalé, et pour cela le moyen
le plus simple et le plus sur est de l'asphyxier par im-
mersion dans l'eau, dépouillée d'air par ébullition préa-
lable.
L'animal ainsi tué est débarrassé de sa coquille, que
l'on enlève morceau par morceau, à l'aide de pinces
introduites entre le manteau et la coquille ellc-mêiue, le
long du sillon des tours de spire. Senli; la columelle pré-
sente quelque difficulté, attachée qu'elle est au muscle
columellaire qui sert à l'animal à se rétracter dans sa
carapace.
Extérieur. Téguments. — A la partie inférieure se trouve
une grosse masse musculaire, sur laquelle l'animal se
Fig. 1. — Coquille d'Escargot ouverte pour montrer : ap,
l'apex ou sommet; co, la columelle.
déplace, c'est le pied. En avant de petits tentacules, puis
une paire de grands qui [lortent les yeux [tentacules ocu
laires). Le manteau qui recouvre l'animal tout entier,
porte, du côté du bord libre de la coquille, un épaississe-
ment considérable, qui sécrète une mucosité très abon-
dante : c'est le bourrelet. Il est percé à droite d'un orifice
(pneumostome) : c'est l'orifice pulmonaire qui conduit dans
une cavité palléale visible à travers la paroi du manteau
et qui représente la cavité respiratoire ou poumon.
Par transparence, on peut distinguer quelques organes:
le cœur à gauche, blanchâtre, le rem jaunâtre, et dans le
tortillon le foie brun et enfin la ijlande de l'albumine
blanche.
Orifices. — En avant et ventralement, la bouche sous
la forme d'une fente quadrangulaire, limitée par des
lèvres plus ou moins épaisses. A droite, à côté et en
arrière des tentacules oculaires, l'orifice génital herma-
phrodite. Enfin, à droite encore, sous le bourrelet, le
Fig. 2. — Extérieur de l'Escargot dépourvu de sa coquille :
pi, le pied; jr. t et p. l, les grands et les petits tentacules;
0. g, l'orifice génital hermaphrodite; ma, le manteau avec
bo le bourrelet; pn, le pneumostome et /, le tortillon; c, le
cœur et o. B, l'organe de Bojanus vu par transparence à
travers le manteau.
pneumostome ; à côté de lui débouchent à la fois le rec-
tum et le canal bojanien.
Préparation des organes internes. — L'étude des organes
internes est assez difficile à cause de la torsion de ces or-
ganes; onpeut éviter en partie ces difficultés en : 1° in-
cisant la peau suivant une ligne passant par le côté droit
200
LE NATURALISTE
interne du tortillon, ce qui permet de découvrir le canal
hermaphrodite et la glande de l'albumine sans les en-
dommager ; 2'' en sectionnant le muscle columellaire ;
Fig. 3. — Appareil digestif de l'Escargot: bu, bulbo; œs,
œsophage; g. s, glandes salivaires avec leurs canaux c.s;
i, intestin; f, le foie; r, rectum; o. B, organe de Bojanus,
avec son canal, c. B, accolé au rectum: f, foie.
Fig. 4. — Dents de la radula do l'Escargot.
3° en enlevant la peau dans le voisinage de l'incision
pour montrer l'estomac et les lobes hépatiques; 4» ouvrant
la cavité i)alléale le long de son bord gauche, en respec-
tant le camr, continuant l'incision le long du sillon ((ui
sépare le bourrelet du manteau et du corps, et rabattant
à droite le manteau avec le corps de bojanus et le cœur ;
5" enfin en fendant les téguments sur la ligne médiane.
On peut, par cette série d'opérations, apercevoir l'en-
semlde des organes.
Appareil digestif. — La bouche bordée de lèvres dont
nous avons parlé, est placée à l'extrémité antérieure du
corps. Elle conduit dans une bulbe buccal extrêmement
musculeux, qui renferme en avant et dorsalement une
mâchoire cornée, et, sur son plancher très anfractueux,
un organe, la mdula, servanlà la mastication et à la pro-
gression des aliments. Cette radula (fig. 4) est une lame
chitineuse, portant des dents très nombreuses à droite et à
gauche de la ligne médiane. Elle est à dessiner et, pour
la préparer, on fait bouillir les téguments avec la radula
dans une solution de potasse et on l'examine au mi-
croscope. Deux glandes salivaires, placées sur l'estomac,
viennent s'ouvrir dans ce bullie.
L'œsophage, d'abord élargi, se rétrécitetconduit dans un
estomac piriforme qui reçoit à sa terminaison les deux
canaux hépatiques provenant du lobe droit et du lobe
gauche du foie.
Après quelques circonvolutions dans la masse droite
hépatique, l'intestin arrive sur le plafond de la cavité
palléale et va s'ouvrir à côté du pneumostome,
Appareil circulatoire. — Le cœur est formé par une
oreillette et un ventricule contenus dans un péricarde,
sorte de sac à parois minces.
Du ventricule part un gros tronc qui, dès son origine,
détache une petite artère hépatique {aorte postérieure), et
Fig. 5. — Portion plus grosse du commencement de l'intes-
tin, pour montrer les canaux hépatiques, c /(, s'ouvrant dans
le cœcum, cœ; f, foie; i, intestin.
Fig. 6. — Appareil artériel de l'Escargot, dcmi-schématisé :
c, cœur d'où partent ao. a, l'artère antérieure donnant a. h,
l'artère hépatique et les autres artères viscérales; a. o. p,
aorte postérieure ; v. p, veine pulmonaire qui ramène le
sang du poumon.
dont le i)lus gros tronc se porte en avant {aorte anté-
rieure) , distribue des ramifications à l'estomac, aux glandes
salivaires, aux organes génitaux et aux tentacules. Arrivée
au niveau de la masse ganglionnaire sous-œsophagienne,
elle la contourne en avant et revient sur elle-même dans
le pied {ao7'te récurrente), après avoir envoyé un rameau
dans le bulbe. Le sang veineux arrive par la veine qui
court le long du 6oun'e/e( palléal, se ramifie sur le plafond
de la cavité palléale qui fait office de poumon. Le sang
revivifié est repris par la grande veine pulmonaire et ra-
mené par elle à l'oreillette.
Appareil respiratoire. — Il est localisé dans le Pou-
mon dont nous venons de parler.
Appai'eil excréteur. — Le rein ou organe de Bojanus est
un sac en contact intime avec le péricarde. Le canal
excréteur qui en part, longe le bord gauche du rectum
et va s'ouvrir à côté de l'anus et à gauche.
Appareil reproducteur. — L'Escargot est herma-
phrodite. La glande hermaphrodite est intimement
soudée au lolie gauche du foie et assez difficile à
isoler. Elle produit à la fois les œufs et les spermato-
zoïdes qui sont évacués par le canal hermaphrodite. Ce
canal se termine au point oîi s'ouvre une glande blan-
châtre (glande de l'albumine); il est continué par un con-
duit séparé par un étranglement longitudinal, en
deux canaux incomplets, Voviducte plus gros, où s'en-
gagent les œufs, et le canal déférent qui reçoit les sper-
matozoïdes. Plus loin, ces deux canaux se séparent
complètement : l'oviducte après avoir reçu un canal
venant de la vésicule séminale ou poche copulatrice, dé-
bouche dans le vestibule génital, qui s'ouvre au dehors par
l'orifice génital. Le canal déférent aboutit au pénis qui
LE NATURALISTE
201
possède un muscle rétracteur et s'ouvre dans le vestibule
où s'ouvrent également le sac du diwd contenant un
organe pointu et chitincux, qui est unorgane excitateur, et
les glandes multifîdes, à fonctions assez mal déterminées.
Enfin un long tube glandulaire, le flagellum, s'ouvre
dans le canal déférent.
Système nerveux et organes des sens. — Le système ner-
veux central forme un anneau tout autour de l'œ-
sopbage et placé normalement en arrière du bulbe buc-
cal ; mais quelquefois celui-ci est rétracté et le collier
semble alors placé en avant. Les glanglions sont très
concentrés cliez l'Escargot. On trouve d'abord une masse
céri'broide formée de deux ganglions unis par une com-
missure entre eux. Deux paires de connectifslesimissent
L.-S (C
Fig. 1. — Système nerveux central do l'Escargot: j. c, gan-
glions cérébroides; m. s. os, masse sous-œsophagienne d'où
partent les nerfs viscéraux pédieux; œ, œsophage.
Fig. S. — Le même schématisé pour montrer les différents
ganglions qui le forment; g. c, ganglions cérébroides; g. p,
ganglions pédieux; g. v, ganglions viscéraux, au nombre de
cinq; no, aorte antérieure; ol, otocyste relié au cerveau par
un petit filet nerveux.
à la masse sous-œsophagienne formée de sept ganglions
(deux ganglions pédicu.ï, et cinq viscéro-paltéaux qui sont
réunis directement au cerveau par des connectifs (céré-
bro-viscéraux). Entre les connectifs cérébro-viscéraux et
cérébro-pédieux, passe un nerf qui relie Votocyste placé
sur le ganglion pédieux, au cerveau. L'aorte antérieure
passe entre la masse pédieuse et la masse viscérale.
Les organes des sens sont exercés : le toucher par les
tentacules, la vue par les yeux portés à l'extrémité des
tentacules oculaires et l'ouïe par les deux otocystes placés
sur les ganglions pédieux et renfermant des otulithes.
A. Gruvel.
LES OISEAUX
AU POINT DE VUE INDUSTRIEL
La répartition du Monde des Oiseaux, sur notre globe,
forme une des parties les plus intéressantes de la zoo-
géograpbie. La nomenclature bibliographique suivante,
d'ipuvros purement scientiliques, dans notre siècle utili-
taire, doit être complétée par un travail condensant le rôle
de l'oiseau dans l'alimentation, le sport et enfin dans
l'Industrie, cette mère nourricière du budget des Etats
civilisés et même dans les pays réputés sauvages. L'é-
tude suivante est le canevas d'après lequel j'ai préparé
un gros ouvrage qui verra le jour bich Allah, plus tard.
1 . ScLATER. A Ireatise on the Oeography and Classification
of animais, in Lardncr's Cabinet Cyclopedia 1835.
2. W.vLLACE. The Geographical Distribution of Animais.
2 vol. in-S" avec cartes et planches 1876.
'i. PucHKRAN. Sur les indications que peut fournir la géolo-
gie, etc. Revue et Magasin de Zoologie, 1865.
■4. A. MiLNE Edwards. Recherches sur la faune des Régions
australes (Annales des Sciences Naturelles et Bibl. des Hautes
Études, 1819-82).
5. G. Palacky. Die Verbreitung der Vôc/el anf der Erde
Wien. 1885.
6. Heilprin. The Geographical and Geological Distribution
of Animais, l&m.
7. A. Reichenow. Die Zoogeographische Regionen vom
Ornithologischen Standpunkt (,Zooi. Jahrbuch 111 Abtheil I.
Systemat 1887 mit Karlu.
8. Reichenow et J. Hartlaub. Verbreitung der Vôgel, in Rer-
ghaus Physikalisclier Attas, 1886.
9. D' Trouessart. LuGéographie Zoologique, 1890.
La division du globe en cinq continents adoptée par
les géographes ne coïncide pas exactement avec celle de
la distribution des espèces zoologiques. Chaque conti-
nent, chaque région géographique bien délimitée possède,
en partie, une faune et une flore qui leur sont particu-
lières et qui précisent le caractère local. Si la Faune des
régions polaires arctique et antarctique sont sensible-
ment similaires, celles des régions septentrionales de
l'Ancien et du Nouveau Monde ont beaucoup d'analogies.
La Faune du Midi de l'Europe se retrouve au Nord de
l'Atlas, et c'est le Sahara qui limite la Faune véritable-
ment africaine ou éthiopienne ; la ligne de séparation de
la Faune européenne et de la Faune asiatique se rencon-
trera dans les déserts d'Arabie, de Perse et de l'Asie cen-
trale et dans le massif montagneux du Thibet. La limite
entre la Faune , Indo-Malaise et la Faune Australienne
passe au milieu des lies de la Sonde ; la séparation entre
la Faune Sud-Américaine et celle du Nord ne s'observe
pas à l'isthme de Panama, mais dans les zones désertes
du Nord du Mexique. La zone intertropicale maritime
des deux hémisplières possède une Faune ornithologique
qui lui est propre ; elle n'a pas de représentants nulle
part ailleurs.
On constate aussi une certaine analogie entre la di-
versité des climats et des faunes, mais la migration
bi-annuellede nombreuses espèces d'oiseaux, d'autre part
certains groupes d'oiseaux bons voiliers qui ont des par-
cours illimités, fournissent des observations contradic-
toires ne permettant pas de fixer d'une manière défini-
tive, sinon la patrie, bien moins l'origine de nombre d'oi-
seaux utilisés dans le commerce et l'industrie.
Cette esquisse, sans prétention scientifique, pourrait
combler avec utilité une lacune dans les travaux spé-
ciaux d'Histoire Naturelle et de Zoogéographie; elle ser-
virait, à l'occasion, à quelque explorateur, obligé par né-
cessité « Struggle for life » de trouver des ressources
dans la chasse des Oiseaux qu'il rencontre sur sa route ;
le but alimentaire serait complété par un produit utili-
sable dans le commerce et dans l'industrie, la chair et la
dépouille seraient également utilisés.
Faire connaître les sortes d'oiseaux recherchés pour
leur parure,éviter le massacre inutile, tel est l'objectif dé-
siré. Avec nos indications on pourra récolter des dépouilles
avec discernement, sans gaspillage de temps, de peines
et de tracas. Les beaux travaux de MM. Sclater, Wal-
lace, Pucheran, A. Milne Edwards, Heilprin, Reichenow,
Trouessart etc., exclusivement scientifiques, laissent de
coté la contribution des oiseaux de l'univers dans le
commerce de la literie et des parures qui représente an-
nuellement un chiffre d'affaires de plus de cent millions de
francs et fournissent aux besoins de l'existence de plu-
sieurs milliers de personnes. On constatera que les
202
LE NATURALISTE
plumages les plus vulgaires de nos contrées, tels que
ceux de l'oie, du coq, du paon, ont leur application dans
l'industrie, à l'égal de ceux des contrées plus lointaines,
les Paradisiers, les Aigrettes, les plumes d'Autruche, etc.
Les grandes facilités modernes des communications
universelles ont amené une progression très remar-
quable dans la fabrication des parures, en dépouilles
d'oiseaux de toutes sortes. Les productions du plumas-
sier moderne complètent celles du plumassier d'autre-
fois, tout en renouvelant la mode ancienne avec les per-
fectionnements industriels du siècle présent, facilités en
outre par la concurrence dans la production universelle
ornithologique. Le renouvellement des modes se base
sur des traditions certaines. Une chaîne imperceptible
rattache nos élégantes à celles d'autrefois. Nous emprun-
tons à chacune des époques célèbres où brille la Vieille-
France, le charme, le goût qui furent la gloire de nos
prédécesseurs. Malgré le développement à l'étranger de
l'industrie plumassière, toutes les nations sont d'accord
pour nous accorder une réputation justement acquise de
supériorité incontestée dans l'art d'apprêter, de teindre
les plumes de grand luxe comme celles plus modestes
qui s'adressent, à la grande consommation, dans l'uni-
vers entier.
Il est une déesse inconstante, incommode .
Bizarre dans ses goûts, folle en ses ornements.
Qui parait, fuit, revient et nait dans tous les temps ;
Protée était son père, et son nom c'est la Mode.
Voltaire.
Durant nombre de siècles en Europe, le Paon, le Coq,
les Aigrettes, l'Oie, le Cygne; en Asie, l'Oiseau de para-
dis; en Afrique, l'Autruche ont défrayé, pour le vieux
monde, tout ce qu'on pouvait dire touchant la parure
tirée de celle des oiseaux. L'art de la taxydermie était
inconnu en Europe jusqu'au îvi' siècle, l'industrie de la
parure en plumes fut l'étonnement des Conquistadores
espagnols du Mexique. Non seulement on y savait con-
server la dépouille des oiseaux, mais ce qui fait de nos
jours une fabrication d'une réelle importance se prati-
quait avec une perfection non surpassée aujourd'hui, on
vendait du drap de plume. Il est regrettable que les pro-
cédés de travail ne nous soient pas parvenus, ce serait,
certes, de la nouveauté que d'olfrir à la fin du xix" siècle
des étoffes en plume comme on en faisait au Mexique et
en Californie avant le xvi" siècle.
Depuis quelques années, les toilettes féminines ont
toujours, comme complément, soit des plumes en aigrette
de gouras, de hérons crosse et aigrette; de paradisiers,
sifilets, lophorines, épimaques, etc. ; ce sont des accessoires
légers, élégants, gracieux, complétés quelques-uns par
leur imitation, grâce aux procédés chimiques utilisant
des plumes sous-alaires de cygne, d'oie, de nandou, des
grandes plumes à œil de paon, etc. L'autruche fournit la
plus grande partie du surplus des emplois somptuaires. Il
est admis que c'est la plume d'autruche, par son bon
marché surprenant, qui fournit la parure la plus écono-
mique et la plus pratique; la ménagère prévoyante fera
plusieurs civets de ce lièvre « autruche », car la durée
d'une plume d'autruche non décolorée chimiquement est
fortlongue; elle permet d'être présentée sous des aspects
neufs, par un renouvellement de teinture; une averse
intempestive est facilement réparable par une nouvelle
frisure dont le prix d'ailleurs est peu élevé. Les emplois
d'ailes d'oiseaux quelconques teints ou modifiés par
d'autres préparations complètent cette nomenclature in-
dustrielle.
On constate aussi une importante accalmie dans la
production des nombreux oiseaux, d'un emploi somp-
tuaire, fournis par l'univers entier. La défaveur présente
des parures en oiseaux et l'ancienne surproduction de
dépouilles quelconques, encombrant le stock commercial,
ne modifiera pas cette situation dans un avenir prochain.
Le répit accidentel du à des circonstances non prévues
par les législateurs permettra la reconstitution de nom-
breuses familles d'oiseaux, l'équilibre se rétablira natu-
rellement par la reproduction paisible des espèces utiles
comme insectivores, trop longtemps persécutées et dé-
cimées.
Les rapaces nocturnes, qui ont eu une grande vogue
pendant quelques années, tant pour leur tête si originale
que pour leurs ailes aux coloris sobres et harmonieux,
grâce à leur défaveur présente, pourront, je le souhaite,
compléter les vides que leur a causés la mode. Certaine-
ment leur destruction doit produire un manque sensible
parmi ces auxiliaires de l'Agriculture.
En reconnaissance des services que nous rendent les
chouettes par la destruction des petits mammifères ron-
geurs, etc., nous recommandons ces oiseaux utiles à la
sollicitude des amis de l'Agriculture; leur paisible repro-
duction assurée pendant une période d'années suc-
cessives, constituera une réserve qui permettra, dans un
avenir que nous souhaitons très éloigné, de répéter,
malgré le proverbe « non bis in idem ». le renouvellement
de la mode des ornements en hibou, souvenir imitatif
des parures de quelques grandes dames chasseresses, nos
« Dianes » modernes.
En Europe, les principaux centres de production in-
dustrielle d'oiseaux pour la parure sont au nord la
Russie et au sud l'Espagne. L'Europe centrale contribue
médiocrement dans l'industrie de la parure, sa produc-
tion principale est l'oiseau gibier et la plume de literie.
L''Europe septentrionale et l'Europe centrale, où se
trouvent de grandes étendues forestières, fournit les
hulottes et les grands-ducs; les pays aux plaines boisées
et humides fournissent les hrachyotes et quelques moyens-
ducs. Les parties méridionales de l'Europe ont surtout
été décimées par leur contribution en effraies et scops,
oiseaux presque domestiques dans les régions où on ne
les chasse pas.
La Suède, la Norwège, les régions boréales de la
Russie, nous fournissent les lagopèdes, les plectro-
phanes, les harfangs, les queues et cous de coq de
bruyère, de tétras, les peaux de cormorans, goélands, etc.
et surtout le duvet de l'Eider, ce canard au riche plu-^
mage d'un emploi varié. Les parties de l'Europe baignées
par la mer du Nord sont visitées chaque année par d'in-
nombrables palmipèdes qui fournissent un contingent
important dans l'alimentation et pour la parure. Un oi-
seau à la livrée bien modeste, cependant, l'oie, contribue
dans une proportion énorme dans les emplois industriels
à bon marché ; son duvet, sans égaliser celui de l'Eider,
forme l'objet d'un commerce très important. Le Dane-
mark contribue principalement par la production duduvet
de l'Eider, qui est fourni par l'Islande et ses dépen-
dances.
Une famille des plus décimées dans l'Europe septen-
LE NATURALISTE
203
trionalo est celle dos vanneaux ilont les ailes, ainsi que
l'oiseau entier, sont utilisées dans la parure selon les
modes du jour. La huppe est recherchée coinme amorce
de pèche à l'hameron. Les vanneaux ont surtout le privi-
lège d'être particulièrement féconds, leurs qualités proli-
fiques assurent la reproduction do l'espèce. Une industrie
locale : le pillage eft'rené de leurs nids au moment des
pontes se pratique dans les dunes de sable qui bordent
la mer du Nord dans les Pays-Bas et l'Allemagne. On
vante la délicatesse; d'une omelette d'ieufs de vanneau ;
l)eut-étre le gourmet européen qui se délecte de cotte
friandise s'en passerait, si, mieux instruit, il savait l'uti-
lité de ces oiseaux qui détruisent les tarets, rongeurs
des bois servant dans la construction dos digues protec-
trices de la Hollande et assurent leur conservation. Ces
œufs sont aussi recherchés dans un emploi qui semble
localisé en Hollande : le blanc d'œuf de vanneau, durci,
et verni, sert à la fabrication de bijoux pour dames et
aussi à la fabrication de pipes et de porte-cigares; ces
objets imitent l'écume de mer, ils sont plus fragiles : ce
sont des réminiscences de l'âge de la pierre dontl'ethno-
logue rencontre des souvenirs dans les contrées les
plus diverses de l'Univers.
L'Angleterre fournit presque la majeure partie des
dépouilles et du plumage des faisans communs et des
grouses (ou gelinottes). Les grives et alouettes en chair
complètent cette provenance.
Les productions indigènes de l'Angleterre sont de mi-
nime importance, parallèlement Londres est surtout
l'emporium des productions ornithologiques universelles.
Des ventes publiques, tous les deux mois, mettent en
circulation jiresque tous les oiseaux et plumages exo-
tiques usités dans la parure. Les plumes d'autruche du
Cap ont leur jour de vente spécial (1).
L'Allemagne fournit considérablement sinon exclusi-
vement les grives venant aux Halles de Paris et les per-
drix grises ou starnes ; le plumage et les ailes de ces
oiseaux ont un emploi courant dans la fabrication d'ar-
ticles bon marché, complétée par la plumée de l'oie dont
nous avons déjà parlé. L'Allemagne est aussi un pays
producteur d'une grande quantité de plumes de coq, d'un
emploi très courant et de plumes de literie. '
L'Autriche-Hongrie fournit à peu près les mêmes
dépouilles d'oiseaux cités précédemment; dans ce pays les
plumes caudales du coq sont très employées dans la coif-
fure militaire, les chasseurs tyroliens et de la Styrie
ornent leur chapeau d'une queue de tétras ; en Bohême
la plume d'aigle est le signe de ralliement du parti des
jeunes Tchèques, « les Sokols ». Le chasseur se donne
l'oeil perçant et du courage dans le danger quand il porte
à son chapeau des plumes d'aigle, dont deux doivent être
prises sous la queue de l'animal ; aussi celles-ci sont-elles
très chères.
Porter des plumes au chapeau est devenu un simple
ornement dans les pays de montagne (Tyrol), mais on
voit par là (|u'à l'origine la plume était une amulette.
On sait que les marais de la Hongrie, ([ui abritaient de
nombreuses colonies de hérons-aigrettes, en sont dépeu-
plés aujourd'hui. Diverses sociétés protectrices des
oiseaux, en Autriche-Hongrie, cherchent à réparer le
mal peut-être irrémédialde, nos souhaits de réussite
s'adressent aux promoteurs de cette œuvre réparatrice.
(1) Voir : Commerce. Industrie. Production des plumes
d'autruche DE Barbarie. Paris, 1895. Libr. africaiae ei coloniale.
En Gallicie, la ville de Brody est le centre de com-
merce et de préparation des plumes de coq pour la pa-
rure et la literie. Toute la population et celle dos locali-
tés voisines s'adonnent à cette industrie spéciale.
Los productions de la Suisse consistent surtout en
lilumcs do literie. Lorsque la mode des mouettes et des
hirondelles de mer suscite leur recherche, on en récolte
un certain nombre à leurs passages bi-annuels et pen-
dant leur séjour, ainsi que des grèbes, très estimés, sur
les lacs de l'Helvétie.
En France, le Poitou, Marseille, l'ilhiviers et ses en-
virons, le iLans, Valence d'Agen, sont les centres de
liroduction dos dépouilles d'oie, d'alouettes, de dindes,
de coqs, etc., etc. L'estuaire de la Somme et la Camargue
sont un grand champ de massacre fournissant des
hirondelles de mer, de cheminée, etc.; la mésange à
moustache, un des plus charmants oiseaux européens,
qui était autrefois assez abondante en Camargue, a com-
plètement disparu... Ce sont surtout les régions à pro-
duction de volailles et les Halles de Paris qui fournissent
en énorme quantité la dépouille de toutes sortes d'oi-
seaux dont le plumage du corps est en partie employé
dans la literie. Les Halles fournissent des ailes de Canards
sauvages, pilets, siffleurs, sarcelles, vanneaux, pintades,
faisans, mauviettes, etc., etc., en telle quantité qu'elles
occupent un groupe spécial d'ouvrières qui les apprêtent
pour le commerce sans les décharner, ni les arseniquer,
en les séchant à l'air uniquement.
Depuis quelques années, les productions italiennes,
presque exclusivement fournies par un naturaliste de la
Vénétie, consistent en sternes, principalement en épou-
vantails; des hirondelles de cheminée, des étourneaux,
des effraies, complètent cette production. La chasse
aux hirondelles pour l'alimentation humaine se pra-
tique en Italie de temps immémorial; la dépouille pré-
parée pour la mode donnait une valeur marchande à
l'oiseau, qui n'a plus aujourd'hui que celle insignifiante
de sa chair (1).
Une des curiosités artistiques des plus intéressantes
de l'Ars plumaria se trouve à Milan, dont la cathédrale
possède la belle mitre de saint Charles Borromée, d'une
ornementation remarquable. Ce travail en plumes re-
monte au XVI'' siècle ; sans doute cette pièce provient du
Mexique. On sait que les papes recevaient, dès la con-
quête par les Espagnols, de cette sorte d'objets d'art et
de curiosité.
L'Espagne fournit des tourterelles, des ramiers, des
étourneaux, des hirondelles de cheminée, la jolie petite
pie bleue qui se trouve aussi dans le nord de la Chine et
du Japon etc., etc., et une assez grande quantité de
plumages de perdrix rouge, de canepetière, etc.
Des offres d'alouettes-calaadres de plusieurs wagons
par jour, ont été faites d'une seule localité : Valence.
Les marais près de Cadix sont le refuge d'innombrables
hirondelles de mer et de mouettes, d'étourneaux et d'hi-
rondelles ordinaires. Ou y trouve en petite quantité des
aigrettes et des hérons-crosses très recherchées.
Les productions du Portugal ne figurent que par l'im-
portation des dépouilles d'oiseaux africains en prove-
(1) Dans la passe de .Montegrade, passage favori des oiseaux
migrateurs, trois hommes ont pris, l'automne de 1896, en un
seul jour, au filet, 300 kilogs d'hirondelles. Les oiseaux ont été
tués de suite et vendus au marché public de Gènes, pour l'ali-
mentation, laissant un beau profit aux gens engagés dans cette
néfaste tuerie.
20't
LE NATURALISTE
nance d'Angola, de Mozambique, dont il sera parlé dans
rénumération générale des productions d'Afrique.
Les productions de l'Europe orientale dans la Grèce
sont insignifiantes; ce sont surtout des guêpiers qui ont
été fournis on quantité par quelques naturalistes alle-
mands fixés dans ce pays.
La Turquie fournit principalement des pélicans fort
nombreux aux embouchures du Danube et près de la
mer Noire. Les marais de la Dobrodja sont le refuge des
rares aigrettes que nous trouverons encore dans cette
partie de l'Europe où elles étaient fort nombreuses au-
trefois, avant l'emploi des armes à feu perfectionnées.
La Russie fournit des quantités importantes de dé-
pouilles de rapaces diurnes et nocturnes, de corbeaux,
de pies, de lagopèdes, de tétras, de coqs de bruyère ; des
plectrophanes, des jaseurs, des gros-becs; divers oiseaux
pélagiques : pélicans, cormorans, mouettes, goélands,
grèbes, etc. Les foires de Nijni-Novgorod sont le marcbé
de toutes ces productions, auxquelles s'ajoutent une
quantité notable de plumes, d'aigrettes et de crosses de
qualité inférieure provenant de la Perse, du Turkestan
et des régions caspiennes, et, surtout la majeure partie
des plumes de coq d'un emploi régulier dans diverses in-
dustries.
L'immense continent asiatique contribue par un con-
tingent très important. Les productions principales sont
les lophophores, les satyres, les argus, les éperonniers,
les perrucbes, les syrrhaptes, etc., et nombre de passe-
reaux; les plumes de parure des hérons de toutes
sortes, etc. Cette production aujourd'hui réglementée
par les autorités anglaises aux Indes et dans la pres-
qu'île de Malacca, maintient et assure l'existence de
nombreuses espèces par trop décimées il y a quelques
années telles que : coucous, coqs verdurins {calyptomena
Vïn'di's), phyllornis, argus, éperonniers, etc., etc.
La Chine contriljue très peu dans ce contingent, mal-
gré ses richesses oruithologiques. L'année 1896 a vu
plusieurs nouveautés en plumages provenant de Canton
et de Shangaï. Les plumes dénommées palettes de condor,
fournies par les Kirghises et les Mongols de la Jland-
chourie, sont les scapulaires de la grande outarde, très
commune dans la steppe asiatique. Les pennes d'aigles,
de marabout, de grues, de faucons concolor, d'ar-
gus, etc., etc., nous parviennent en sortes très bien
classées, encartonnées avec une minutie chinoise. Des
plumes de coq et de literie complètent ce commerce
nouveau.
L'Indo-Chine fournit d'innombrables quantités do
plumes de paon : dans ce pays le massacre des nom-
breuses aigrettes organisé régulièrement (surtout de
l'aigrette garzette), qui peuplent les rizières de l'Extrême-
Orient sera fatale à l'espèce. Une poursuite effrénée au
moment des couvées, époque de la parure parfaite « le
plumage de noces », aura ce pitoyable résultat : l'extinc-
tion des aigrettes. Il serait désirable que des essais
intelligents et persévérants de domestication de la
Garzette assurent l'existence de ce beau volatile dans
les diverses contrées de son habitat.
Dans ce but, la Société nationale d'Acclimatation de
France a décidé la fondation d'un prix de mille francs
en faveur de l'éleveur qui aura fait reproduire la Garzette
en domesticité soit en Franco ou dans les colonies fran-
çaises.
Les oiseaux du Japon sont principalement l'objet
d'une chasse industrielle pour l'exportation. En faisant
diverses recherches sur la faune ornithologique pendant
l'Exposition universelle de 1889, exceptionnellement fa-
cilitées par l'importante collection exposée, après rensei-
gnements, l'extrême bon marché de cette provenance,
très bien préparée d'ailleurs, me fut expliqué par ceci :
les élèves des écoles japonaises font la mise en peau
dont le produit des ventes alimente le budget des écoles.
Au Japon, l'opinion publique réclame l'assistance du
gouvernement en faveur des oiseaux insectivores, et
l'adoption des mesures restrictives limitant cette pro-
duction ; les dégâts résultant de l'accroissement des in-
sectes nuisibles auront amené ce résultat de préserva-
tion internationale.
L'Amérique du Nord est entrée dans cette voie, d'ail-
leurs on y importe tous les insectivores susceptibles de
s'y acclimater. Ce pays, aujourd'hui, fournit peu de dé-
pouilles au commerce extérieur ; l'industrie plumassière
locale consomme la majeure partie des productions in-
digènes. La plus grande partie des plumes de dindon
sauvage employées en fourrure ou boa vient des États-
Unis, branche d'industrie imitée d'ailleurs des ' Peaux-
Rouges, dont les femmes étaient très habiles dans l'em-
ploi de ce plumage pour leurs vêtements d'hiver. Les ai-
grettes, autrefois fort nombreuses dans les marais de la
Floride et des Carolines, ont disparu. Ce sont les lieux
de production des innombrables hirondelles de mer qui
ornent les chapeaux, même pendant l'hiver de 1896,
alors que les sternes ne servaient d'habitude que pour les
chapeaux de bains de mer ou de voyage. L'abondance et
le bon marché ont produit cette aberration de goût déco-
ratif. Ce sont les Nègres américains qui alimentent cette
production. Arriveront-ils à devenir éleveurs d'aigrettes?
That is the Question, now. Le grand AuK {Alca impennis),
pingouin autrefois assez commun sur les côtes améri-
caines, doit être considéré comme espèce éteinte ; les
rares œufs qui sont offerts pour les collections des
Musées zoologiques atteignent des prix fantastiques.
« En 1880, deux œufs achetés autrefois pour 37 francs
furent vendus 527o francs. Un autre œuf payé 480 francs
en 1831 fut revendu à Londres en 1888 pour 6625 francs.
Le cupido des prairies ne se trouve presque plus dans
l'étendue des États-Unis; au fur et mesure de la mise
en exploitation des immenses régions de ce vaste pays,
nous voyous disparaître les dindons sauvages, les cupidos,
les pigeons migrateurs [ectopistes), etc., qui y ont existé
en quantité prodigieuse jusque dans la moitié du siècle.
Un essai des plus intéressants d'acclimatation d'Au-
truches africaines a été commencé dans la Californie
orientale : il y a une dizaine d'années on y importa à
grands frais 32 autruches du Natal. L'augmentation
progressive de ce troupeau n'a pas dû répondre aux
espérances des promoteurs de cette industrie aux
États-Unis ; le nombre total aujourd'hui atteint environ
300 oiseaux, alors que dans l'Afrique australe dans une
période d'environ dix ans, de 1865 à 1873, M. Arthur
Douglass vit s'élever à ne«^ce)î(s le nombre dos autruches
produites par onze autruches représentant son troupeau
initial (t). Le résultat américain néanmoins doit être
considéré comme un succès, étant donné les différences
climatériques qu'ont dû supporter des oiseaux de l'Afrique
australe dans leur nouvelle patrie, la Californie. Les
espérances présomptueuses de produire en territoire
américain les plumes d'Autruche destinées à l'industrie
(1) Yoiv : L'Autruche, son utilité', son étevage. Paris, 189-4,
les fils d'Emile Deyrolle.
LE NATURALISTE
205
indigène ne seront pas encore de longtem})s réalisées, au
grand avantage des éleveurs du Cap et des fabricants
plumassiers européens.
Depuis quelques années les importations de la Cali-
fornie à Paris, consistant en beaux colibris, pics à
baguettes {colaptes nuratus), des têtes de colins, des ailes
de canards sidleurs, etc., ont cessé. Il est probable que
cette ]iroduclion est employée à New-York où depuis
une dizaine d'années l'industrie plumassière autre que
celle de plumes d'Autruche s'est développée assez gran-
dement, mais en fabrication très inférieure à tout ce qui
se produit à Paris ou même à Berlin, malgré les tarifs
protecteurs ipii frappent nos jiroduits à l'entrée, de droits
exagérés et ju-ohibilifs. (Plus de bO 0/0 ad valorem.)
Les productions du Canada dans ses régions boréales
sont pareilles à celles fournies dans les mêmes régions
européennes. Les dépouilles indigènes les plus remar-
quables sont des peaux de cygnes, d'oies, de pélicans, etc.
Les productions mexicaines sont devenues fort rares.
Le splendide dindon ocellé du Yucatan, aujourd'hui
introuvable, pourrait être mis au nombre des espèces
éteintes.
(.4 suivre.)
Jules FonEST aîné.
LES BOSQUETS DE SAINT-PAUL
Saint-Paul-aux-Bnis est ua village du canton de Coucy-le-
Chàteau, dans le département de l'.iisne. Comme son nom
l'indique, c'est un terrain qui convient à la pous.'ie des arbres;
aussi trouve-t-on sur son terroir beaucoup de bois ou de
grands bosquets. Il y en a même de très beaux dans les com-
munes voisines qui l'entourent, notamment à Blérancourt,
dans le bois des Penthiévres. Généralement à Saint-Paul les
arbres ne s'élèvent pas très haut ; bien qu'on y rencontre
exceptionnellement des arbres d'une belle venue. A quoi cela
tient-il? Pourquoi y a-t-il ici des grands arbres, et là des ar-
bres plus petits? Notez que les jeunes bois sont généralement
magnifiques, et poussent avec vigueur durant les premières
années. On diiait qu'il y a quelque chose qui arrête la poussée
des arbres à une certaine hauteur. En effet, ils peuvent encore
grossir plus ou moins, mais ils ne grandissent plus. Plus loin,
on verra des arbres s'élever plus haut et même des arbres
s'élever très haut; ailleurs ils pousseront nioins haut encore.
Pour répondre à ces questions, il suffit de creuser le sol.
C'est un terrain sablonneux, malgré la terre végétale qui le
recouvre. C'est une terre de bruyère, sous laquelle apparais-
sent des couches profondes d'argile, qui entrecoupent ces sa-
bles plus ou moins près de la surface du sol. Creusez un fossé,
son fond est de la terre glaise, de l'argile qui retient les eaux.
Là où la couche d'argile est plus profondément située, là où la
couche de sable superficielle est plus épaisse, les racines ont
plus de place pour se développer de haut en bas, et les arbres
atteignent de plus grandes dimensions. Au contraire, là où la
couche d'argile est plus voisine do la surface du sol, là où la
couche de sable a peu de développement, les racines ne peu-
vent plus pivoter, arrêtées qu'elles sont par l'argile infran-
chissable, et les arbres sont moins élevés. Chose bien remar-
quable, ce sont précisément ces petits arbres qui sont le plus
souvent renversés par le vent, bien qu'ils lui offrent moins de
prise! En effet leurs racines s'enfoncent trop peu dans la
terre, pour leur donner une assiette solide et pour les main-
tenir fermement fixés dans le sol.
Il semble donc, d'après l'étude même du terrain, que, pour
avoir de grands arbres à Saint-Paul, il suffirait d'y rapporter
1 ou 2 mètres de terre perméable. On pourrait encore obtenir
le même résultat en creusant une large cuvette dans la couche
d'argile; assez profonde, pour qu'en la remplissant ensuite de
terre de bruyère, on donne aux racines quelques mètres de
terre perméable à traverser, avant de rencontrer la couche
imperméable d'argile qui forme le fond de la cuvette. A dé-
faut de terre de bruyère, on remplira ces cavités du sable que
l'on en a extrait, en remplaçant l'argile que l'on en a tirée par
du terreau et des détritus de tout genre : feuilles, brindilles,
terre gazonueuse du bord des routes, mauvaises herbes, etc., etc.,
décombres, calcaire et pierres réduites en miettes. On voit
que la cause du mal est facile à réparer, du moins en théorio.
Le mieux est do faire choix des arbres dont les racines ne pé-
nètrent pas trop profondément dans le sol. On sait en clïet
qu'il y a des essences, comme le châtaignier, par exemple,
dont les racines pivotent très profondément. 11 est évident que
c'est là le dernier des arbres qu'il faille planter dans ces terres
qui m.anquent de profondeur, parce que la couche d'argile est
trop ])rès de la surface.
On comprend ainsi pourquoi Saint-Paul est une véritable
terre à bois. En effet cette couche sous-jacento d'argile a le
très grand mérite de retenir les eaux de pluie, qui ont tra-
versé la couche sablonneuse superficielle, là où s'étendent les
racines des arbres. Or tout le monde a remarqué que les ar-
bres poussent à merveille partout où il y a une source, c'est-
à-dire partout où il y a de l'eau pour baigner leurs racines.
C'est qu'en ell'et leur gigantesque frondaison exhale une im-
mense quantité d'eau, sous l'influence de la chaleur du jour.
Il faut donc donner de l'eau aux racines, et il en faut beau-
coup aux grands arbres. Bien que peu profonde, la couche
d'argile forme un plancher imperméable, qui retient l'eau à sa
surface pour la fournir aux racines. Voilà pourquoi les jeunes
arbres poussent si bien à Saint-Paul, tandis que les vieux ar-
bres y poussent moins bien. Ce n'est pas l'eau qui leur
manque, mais c'estunecouche suHisanle de terrain perméable,
qui leur permette de développer aisément leurs racines en
profondeur. Les cuvettes que nous proposons de creuser dans
l'argile, si cette couche est sufiisamment épaisse, auraient
donc à la fois le double avantage d'amasser beaucoup d'eau
au pied des grands arbres et de fournir, grâce à la terre sa-
blonneuse qui les remplirait, une couche facilement traversée
par les racines, ayant une épaisseur sufiisanle pour leur per-
mettre de pivoter. On pourrait résumer l'enseignement qui
précède par le dicton suivant : Aux grands arbres, il faut de
grandes racines, c'est-à-dire de la profondeur du terrain. 11
faut donner au terrain perméable une profondeur suffisante,
pour que les racines puissent y pénétrer sur une grande lon-
gueur.
Si au contraire la couche d'argile était siluéo trop profon-
dément, c'est le jeune bois qui souffrirait de la sécheresse;
parce qu'il n'aurait pas tout d'abord des racines assez longues,
pour atteindre la couche humide de terre qui recouvre immé-
diatement le banc d'argile. Il faut donc avoir soin de no pas
tomber dans l'excès contraire : »i medio slat tiirlii.i; en toute
chose, on doit savoir se tenir dans le juste milieu.
D'' Bougon.
DESCBIPTION DE COLÉOPTÈRES NOUVEAUX
LUCANUS BOILEAVI Louis Planet
NOVA SPECIES
THIBET
Du même groupe que les L. Maculifemoratus-Motsch., et
L. Dybowskii-Parry et très voisin de ce dernier, mais possé-
dant également beaucoup de points de contact avec le L. Ma-
culifemoratus.
COLORATION
Mâle. — Mandibules de même couleur que celles du L. Dy-
bowskii, mais sensiblement plus luisantes et moins rugueuses.
Tête et corselet do la même couleur que chez le L. cervus,
mais un peu plus clairs et luisants. Elytres comme chez ce
dernier insecte, mais moins ponctuées et bien plus luisantes.
Antennes et palpes noirs.
Cuisses antérieures complètement noires et luisantes, pré-
sentant soit en leur milieu, soit tout près de leur bord mfé-
rieur, une tache linéaire jaune qui n'atteint pas leur extré-
mité. En dessous, à leur bord inférieur, elles possèdent une
tache de même couleur, moins étroite et un peu plus longue
et, par suite, bien plus visible, qui n'atteint pas davantage
leur extrémité, mais qui rejoint quelquefois la tache linéaire
206
LE NATURALISTE
jaune de la panie supérieure, ce qui est le cas du plus petit
des deui exemplaires figurés ici. Pattes antérieures d'un beau
jaune, cerclées de noir très étroitement à leur bord eiterne,
plus largement à leur bord interne. La coloration noire em-
piète légèrement sur le jaune à la base de la patte. Epines
noires ou entourées de noir. Dessous semblable. Cuisses in-
termédiaires et postérieures en dessus et en dessous d'un beau
jaune clair et luisant, mais largement cerclées de noir luisant
à leur bord postérieur et à leur eitrémité. Pattes de la
deuxième et de la troisième paire du même jaune, très fine-
ment Userées de noir à leur bord interne. Elles sont égale-
ment noires à leur naissance et vers leur eitrémité. \ noter
que le fin liséré noir qui longe leur bord interne s'élargit
brusquement à angle droit vers leur extrémité. Tarses en en-
tier d'un brun noir luisant aux trois paires de pattes.
STRICTTRE
Structure en entier très voisine de celle du Luc. Dybonrskii,
mais cependant bien distincte. Mandibules bien plus courtes,
plus voisines comme forme générale de celles du L. macnlife-
moratus. Grosse dent inférieure assez longue placée aussi
haut que chez le L. maculiiomoratus. mais bien plus grêle que
chez les deux espèces précédentes. Elle est rondement bifide
chez le plus grand spécimen reproduit ici (fig. i). Les detu
Fig. 1.— Lucanus Boileavi q-» Louis Planet. iNova species;.
Mou-Tin iThibet) CoUect. du Muséum de Paris.
Fig. 2. — Lucanus Boileavi c^ Louis Planet (Nova species).
Exemp. de taille movenne de Pin-Lou-Chan.
CoU. R.'Oberlhur.
dents de la fourche terminale sont encore plus longues et
plus nettement aiguës que chez le L. Dybowskii. Feuillets des
antennes très courts. Tète non seulement sans carène frontale
coihme chez cette dernière espèce, mais encore sans aucune
ëchaocrure aux carènes latérales, à la hauteur des yeux. Bord
postérieur de ces mêmes carènes encore plus arrondi que chez
les deux espèces voisines. Corselet et èlytres sensiblement
plus amples. Pattes postérieures ayant leurs épines remarqua-
blement peu accentuées chez les deux seuls individus mâles
qui me soient connus voir fig. 1 et 2}. Tarses robustes aux
trois paires de pattes.
Ces deux individus font partie : le plus grand de la collec-
tion du Muséum de Paris où il est noté comme rapporté de
Mou-Pin (Thibet), par M. l'abbé David, le plus petit, de la
collection de M. R. Oberthur, où il porte l'indication : 5e-
Pin-Lou Chan Va Tcheou) [^chasseurs indigènes, 1893].
Le spécimen du Muséum m'avait déjà paru très différent du
L. Dybowskii de Sibérie et je me proposais de l'étudier d'une
façon plus approfondie en arrivant au groupe du L. maculife-
moratus, lorsque M. R. Oberthur me le signala d'une façon
toute spéciale et me communiqua, à l'appui de son dire, le
spécimen de sa collection qui est identique à la taille près et
i la coloration qui est tant soit peu plus foncée.
Je dédie celte intéressante espèce <i mon collègue et ami,
M. H. Boileau en remerciment de l'obligeance avec laquelle il
a bien voulu mettre à ma disposition son intéressante collec-
tion de Lucanides. {A suivre.) Louis Planet.
GÉOGKAPIIIE BOTANIQUE
L'AIRE DHABITAT DU PALMIER NAIN
(fihamxrops humilis)
L'importance de la GeoLiraphie Botanique, présentée
par Tournefort, Linné, Bufl'on, Bernardin de Saint-
Pierre, a été mise hors ae doute par Humboldt. et les
principes de cette science, établis successivement par
de Candolle, Grisebach, etc., ont été en dernier lieu
réunis en corps de doctrine par Drude (I)
Toutefois, comme la répartition des végétaux à la sur-
face du globe dépend d'un grand nombre de facteurs
dont quelques-uns encore peu ou point connus, il reste
beaucoup à faire dans cette branche de connaissances
humaines.
Les ^^les d'ensemble exposées dans les ouvrages de
géographie botanique ont certes leur utilité, comme
indications théoriques, mais des lois précises ne pour-
ront être formulées qu'au fur et à mesure de Vintigralion
des détails recueillis sur l'aire d'habitat de chaque espèce
végétale.
Dans cet ordre d'idées, les botanistes répandus partout,
— soit qu'ils limitent leurs recherches à une localité,
soit qu'ils voyagent — peuvent rendre à la science de
signalés services, en s'attachant à recueillir les observa-
tions relatives à la géographie botanique.
Les lecteurs du ^iaturalisle, en particulier, pourraient
utilement collaborer à celte œuvre, à laquelle nous nous
sommes nous-mêmes adonné depuis plus de vingt-cinq
ans, et que de nombreux voyages nous ont permis de
rendre fructueuse. Cette tâche est des plus intéressantes ;
car, au charme des études botaniques, elle ajoute celui
de découvertes réellement utiles à la science. Une excur-
sion botanique n'enrichit pas seulement l'herbier ; en
signalant tel végétal, sur tel point, dans telle station,
on apporte, en outre, un document nouveau à la connais-
sance de son aire d'habitat.
■ Illustrons » cette argumentation par un exemple,
emprunté à l'aire d'habitat du palmier nain (ChamiFrops
kumilis), en partant de ce principe directeur : L'aire
d'habitat d'un végétal est la résultante des antécédents géo-
logiques, des modes de dispersion et des eirtonslances cli-
matériques qui ont affecté ce végétal jusqu'au moment où on
Cobserce.
En ce qui concerne le palmier nain. Charles Martins,
frappé de la coïncidence de son aire d'habitat avec celle
d'autres végétaux tels que le caroubier, le myrte, le
laurier-rose, le figuier, le grenadier, l'olivier, etc., le
considérait avec raison, ainsi que ces végétaux, comme
un survivant d'une flore antérieure. Il a écrit à ce sujet:
« Il est probable qu'on retrouvera le palmier nain à
l'état fossile dans les couches tertiaires, où l'on a déjà
trouvé les restes d'autres palmiers qui n'ont pas survécu
comme celui-ci aux vicissitudes climatériques (2). »
Effectivement, des restes fossiles de palmier nain
ont été trouvés dans les grès de la molasse inférieure
miocène, sur les bords du lac de Zurich. L'aire de ce
végétal s'étendait donc au moins jusqu'à cette latitude
vers le milieu de l'époque tertiaire.
(i; Drude, Handbuch des Pflanzen Géographie (IS90;.
(2) Charles Martins, Les migi-alions végétales [Retue des
Deux Mondes, I, 85, p. 636. — 1870).
LE NATURALISTE
20-;
Depuis lors, elle a rétrogradé progressivement vers
le Sud. Il y a quelques années, on trouvait encore le
palmier naio à l'état spontané aux environs de Nice et
de G^nes, et il fallait qu'il fut assez abondant, puisque
ses feuilles servaient à faire des balais.
J'ai parcouru toute celte plage en J89I et je n'en ai pu
trouver un seul. Charles Martins attribue leur disparition
au « zèle intempérant des botanistes collectionneurs ».
Peut-être la détérioration du climat, qui fait reculer
annuellement l'aire d'habitat de l'olivier, ainsi que je
l'ai constaté moi-même de tisu dans la Montagne Noire
(Aude), y est-elle aussi pour quelque chose.
Quoi qu'il en soit la station la plus septentrionale du
palmier nain, signalée par M. F. SaJvet il), se trouve
actuellement sur la c<lte toscane, par -iâ^âS' de latitude
nord, au Monte-Arpentario, qui s'élève à 32"; mètres, et
forme une petite presqu'île en face de la Corse. De là,
l'aire du palmier nain descend en Italie, sur tout le
Tersant oriental de l'Apennin, dans les plaines peu
étendues de l'Apulie, des Abruzzes, le long des côtes de
la Sicile, et s'étend, vers l'Orient, jusqu'en Gréca.
Vers l'Occident, elle englolje la Corse, la Sardaigne,
les Baléares. J'ai pu observer moi-même le palmier nain
dan? ces dernières iles, mais je l'ai trouvé surtout com-
mun en Andalousie, où il couvre parfois, à l'e-xclusion de
toute autre plante, de très vastes espaces, notamment
aux environs d'Alcala de Quadaira, près de Séville. On
pourrait dire qu'il constitue en Espagne de véritables
forêts, s'il ne s'agissait d'une espèce le plus souvent
dépourvue de liges, et, en tout cas, ne dépassant jamais
40 centimètres de hauteur (2). Il est si abondant que j'ai
TU vendre couramment, sur le marché d'Alcala, sa
racine charnue, qui est comestible et présente un goût
analogue à celui du Sagou.
On trouve enfin le palmier nain sur tout le littoral de
l'Algérie.
L'aire d'habitat actuelle de ce végétal résulte donc
principalement des antécédents géologiques et des modi-
fications climatériqups survenues depuis.
C'est l'ancienne liaison continentale qui existait entre
l'Europe et l'Afrique par l'intermédiaire des [«éninsules
et des fles méditerranéennes, qui explique la présence
simultanée du Ckamxrops humilis en Grèce, en Italie, en
Corse, en Sardaigne, en Sicile, aux Baléares, en Espa-
. r:e et sur la cote de Barbarie.
C'est la dégradation du climat depuis l'époque tertiaire
qui explique la rétrogradation de sa limite septentrionale
depuis les bords du lac de Zurich jusqu'en Toscane.
Quant à son mode de dispersion, il est des plus
limités. En effet : i' sur certains pieds, les organes
femelles de la fleur avortent, et on ne trouve que les
organes mâles: 2» chez les fleurs complètes deux des
trois ovaires avortent atissi ordinairement ; Z' enfin, les
rares fruits qui arrivent à maturité se dispersent dans
une aire des plus réduites.
Il en résulte qu'il faut longtemps au palmier nain pour
arriver à couvrir de proche en proche des espaces consi-
dérables, — et c'est probablement ainsi qu'il a acquis
son aire d'habitat actuelle, du tertiaire au quaternaire.
(Il 1^ lac Majeur et les iles Borromée. p. 61 Is83).
•i) C'esi an Teritable phénomène botanique qoe présentent
les deni célèbres palmiers nains caltiTés an Jardin des
PUntes depuis L,oai5 XIV, et qui se sont élevés à prés de
9 métrés de haaiear.
.Son peu de fécor. : ije aussi qu'il puisse dispa-
raître rapidement et -ment de certaines localités,
telles que la Ritiera de Nice et de Gènes.
Cet exemple, pris au hasard, montre quel est l'intérêt
des études de géographie botanique, et limportance de
l'œuvre à laquelle noixs invitons les lecteurs du Satura-
liste à collaborer. Paul Combes.
OFFRES ET DE.M.\M)ES
A céder les lots et collections de Coléoptères ci-après
désignés. S'adresser à < Les Fils D'Emile Deyrolle »,
46, rue du Bac, Paris.
Lot de Clavicomes, 98 espèces, 236 exempl., 1 car-
ton. Prix : 22 fr.
Lot de Curculionides, 171 espèces, 373 exempl.,
2 cartons. Prix : 23 fr.
Collection de Dytiscides et Gyrinides, 192 espèces,
792 exemplaires, 3 cartons. Prix : 50 £r.
Collection de Térédiles, '148 espèces, 545 exempl.,
5 cartons. Prix : 40 fr.
Lot de Clavicomes, 132 espèces, 368 exempl., 4 car-
tons. Prix : 32 fr.
Lot de Chrvsomélides, 294 espèces, 1.374 exempl.,
8 cartons. Prix : 50 fr.
Collection de Coccinellides europ. et e.votiques,
155 espèces, 502 exempl., 3 cartons. Prix : 40 fr.
Lot de Coccinellides de France, 47 espèces, 123 exem-
plaires, i carton. Prix : 10 fr.
Collection de Bruchides européens et exotiques^
192 espèces, 576 exempl., 3 boîtes. Prix : 70 fr.
Collection de Lucanides et Lamellicornes de France,
1 15 espèces, 400 exempl., 3 cartons. Prix : 33 fr.
Collection de Coccinellides, 47 espèces, 539 exempl.,
2 cartons. Prix : 30 fr.
Lot de Chrysomélides europ. et exotiques, environ
272 espèces, 556 exempl., 8 boîtes. Prix : 50 fr.
Lot d'.Apion, 122 espèces, 313 exempl., I canon.
Prix : 25 fr.
Lot de Scymnus à Litophilus inclus, 47 espèces,
3.32 exempl., 1 carton. Prix : 20 fr.
Collection de Scolytides, 83 espèces, 674 exempl.,
3 boîtes. Prix : 40 fr.
Doubles de la collection Lervoiturier, environ 15 à
16.000 Coléoptères. Prix : 300 fr.
Collection de Carabides (les Carabes vrais man-
quent), 816 espèces, 2.896 exempl., 25 cartons. Prix :
123 fr.
Collection de Coléoptères (presque tous de France),
2.300 espèces environ, 12 à 13.000 exempl., 44 boîtes.
Prix : 450 fr.
Collection de Clavicomes, 724 espèces, 3.391 exem-
plaires, 22 cartons. Prix : 150 fr.
Collection de Longicoraes, 425 espèces. 1.294 exem-
plaires, 14 cartons. Prix : 250 fr.
Collection de Palpicoraes, 107 espèces, 560 exempl.,
3 cartons. Prix : 30 fr.
Collection de Staphilinides, 713 espèces, 2.965
exempl , 18 cartons. Prix: 125 fr.
Collection de Ténébrionides et vésicants, 86S esp.,
2.484 exempl., 25 cartons. Prix : 125 fr.
Collection de Buprestides, 185 espèces ,633 exempl.,
6 cartons. Prix : 80 fr.
Collection de Throscides, Eucménides et Elaterides,
190 espèces, 600 exempl., 6 cartons. Prix : 65 fr.
208
LE NATURALISTE
Collection de Malacodermes, 171 esp., 678 exempl.,
7 cartons. Prix : 4d fr.
Collection de Curculionides et Xylophages, 880 esjK,
3.416 exempl., 27 cartons. Prix : 173 fr.
Lot de Curculionides, 96 espèces, 383 exempl., 4 car-
tons. Prix : 30 fr.
Lot de Coccinellides ourop. et exotiques. 78 espèces,
240 exempl., 1 boite, l'rix : 20 fr.
Lot de Dytiscides, Gyrinides europ. et e.xotiques,
78 espèces, 246 exempl., 1 boite. Prix : 20 fr.
S'adresser pour les lots et collections ci-dessus à o Les
Fils D'Emile Deyrolle », 46, rue du Bac, Paris.
— M. LouisLardenas, 14, quai Choiseul àNancy (Mme
et Mlle), offre : Saturnia Carpino çf et 9 , Aglia Tau o"
et Liménétis Populi çf, en échange contre autres Lépi-
doptères, de préférence méridionaux.
LIVRE NOUVEAU
Catalogne des Mamiuifèrcs
Vivants et Fossiles {Deuxième édition).
par le D"' E. Trouessart.
(l^r fascicule •.Primates, l'rosimiie. Chiroplera, Insectivora).
2" fasc. : Carnivore, l'innipediœ, Hodentia (1™ partie) 1897,
12 Ir. 50, franco 12fr.9Û.
Cette nouvelle édition du Catalogue des Mammifères est ré-
digée en latin, suivant la coutume adoptée depuis longtemps
pour les Catalogues d'Insectes. Il n'est plus besoin, à notre
époque, de mettre on évidence l'utilité de ces Catalogues pour
tous ceux qui s'occupent d'un groupe quelconque du Régne
animal ; les Catalogues d'espèces sont des livres de chevet que
l'on a besoin d'avoir sans cesse sous la main, et qui restent
encore utiles même lorsqu'ils ont vieilli jiar suite des progrès
de la science, ou qu'ils paraissent avoir été remplacés par des
publications plus récentes.
En veut-on un exemple bien démonstratif? Do 1869 à 1871,
c'est-à-dire il y a plus de 26 ans, G. R. Gray, publiait le Hand-
Lis of Birds en trois volumes, qui n'est qu'une liste systéma-
tique, synonymique et géographique de tous les Oiseaux con-
nus à cette époque, sans autre indication biljliographique que
celle des planches où ces oiseaux sont figurés. Depuis celte
époque le ISritisli Muséum a publié un grand Cataloçiue of
liirds qui comprend déjà plus de 2.j volumes et donne la des-
cription do toutes les espèces. Malgré cela les ornithologistes
ne semblent pas avoir renoncé au lland-List. sans doute plus
commode et plus maniable : c.-ir cet ouvrage, épuisé depuis
lono-temps, est tout aussi dilllcile à se procurer qu'il y a
quinze ans. Les exemplaires d'occasion que l'on rencontre de
temps en temps dans le commerce sont cotés 60 francs, c'est-
à-dire le double du prix de publication.
Pour en revenir aux Mammifères, on sait que depuis les
Synopsis de Schinz, de Wagner et de Giebel, tous antérieurs
à 1855, il n'avait été publié aucun travail d'ensemble permet-
tant d'arriver rapidement à la connaissance des espèces, car
l'excellent manuel de MM. Flower et Lydekker [Manmials
Living and Extinct, 1891) s'arrête aux genres.
La ]>remière édition du Calaloijue des Mammifères vivants et
fossiles, publiée de 1879 à. 1885, n'avait été qu'un premier
essai; elle était restée incomplète par suite de la dépense
considérable que nécessite l'impression d'un travail de ce
<»enre. En outre, les tirages à part des parties, publiées suc-
cessivemeni par la ilei'we et Magasin de zoologie, puis par le
Bulletin de la Société d'Etudes scientifiques d'Angers, étaient
devenus introuvables. Enfin, la science avait marché pendant
les quinze ans écoulés :une nouvelle édition était nécessaire et
les Mammalogistes la réclamaient depuis longtemps.
Un livre de ce genre n'est utile qu'à condition d'être publié
rapidement. L'auteur et l'éditeur se sont engagés à l'achever
en un an, et nous savons qu'ils tiendront parole. Le premier
fascicule contenant les Primates, Prosimise, Cliiroptern et In-
sectioo)'a, a paru en janvier 1897 : le second vient de paraître
(mai 1897) ; c'est déjà la moitié de l'ouvrage, qui sera publié
en quatre fascicules et formera un volume compact de
800 pages, complété par une table alphabétique de tous les
noms de genres et d'espèces.
Dans une courte introduction, l'auteur indique le plan qu'il
a suivi pour faciliter les recherches bibliographiques, tout en
réduisant les indications au strict nécessaire. .Sous le numéro
de chaque espèce on trouve d'abord l'indication de la descrip-
tion primitive donnée par le créateur de l'espèce ; puis l'jndi-
calion des travaux qui ont modifié la place de cette espèce
dans le système ou qui sont accompagnés de figures origi-
nales, et enfin celle des Monographies les plus récentes qui
ont servi de guide à l'auteur dans la rédaction du Catalogue.
Un Catalogue n'est pas un ouvrage de critique; aussi l'au-
teur s'est-il abstenu de modifier en quoi que ce soit les résul-
tats auxquels sont arrivés, relativement à la valeur des es-
pèces, les travaux les plus récents. Dans les cas très rares où
il a cru devoir donner son opinion basée sur des recherches
personnelles encore inédites, il a eu soin de l'indiquer dans
une note placée au bas de la page. Quelques espèces nou-
velles ou mal connues sont également caractérisées dans ces
notes (1).
(1) Voici l'indicalion de ces changements. Deux espèces sont
nouvelles ou caractérisées pour la première fois : Cercocebus
agilis (A. M. Edvv.) du Congo (p. 24), et Macacus Harmandi
(A. M. Edw.), du Siam (p. 29) : ces deux espèces" sont dé-
crites plus en détail dans le yaturalisie du 1<^'' janvier 1897,
p. 9. — Le nom de Vespertilio Dobsoni, Anderson, est changé
en 1 . Andersoni (Sp. 745, p. 129), le premier nom étant
préoccupé. — Le genre fossile Ec/iinogale Pomel, 1848, est
changé pour la même raison en scaptooai.e (p. 204). — Un
genre nouveau prosinopa est créé pour l'espèce SUnopa eximia
(p. 68), qui ne peut rester dans le genre Sinopa, Leidy, 1S71 '
et qui n'est entrée dans ce genre qu'en 1873. Le nom de Si-
7iopa a la priorité pour le genre de Créodontes désigné précé-
demment sous le nom de Stypolop/ius,Copc. 1872.
Les sous-espèces et les variétés sont uniformément dési-
gnées par des lettres (o. A, c, etc.), à la suite du numéro de
chaque espèce. Les naturalistes modernes, et particulièrement
les Américains, ont une tendance peut-être excessive à multi-
plier ces (I sous-espèces », pour lesquelles on a créé la nomen-
clature trinominule. et qui no sont que des variétés locales.
Cependant dans un Catalogue comme celui-ci, on ne peut se
dispenser de les noter avec soin.
Une innovation qui sera certainement bien accueillie, et qui
constitue un progrès sur la première édition, consiste à placer
en vedette, en tête de chaque groupe (Ordre, Famille ou
Genre) l'indication bibliographique des Monographies ou des
Revisions récentes qui se rajjportent à ce groupe.
L'intercalation des espèces fossiles au milieu des espèces
vivantes n'est pas toujours très facile : elle est cependant
nécessaire, car les paléontologistes ne peuvent se passer de
r élude de ces dernières qu'ils doivent sans cesse comparer aux
espèces éteintes dont ils ont entrepris l'étude. Sous ce rap-
port, le Catalogue est aussi indispensable aux paléontologistes
qu'aux zoologistes, et c'est surtout dans la classe des Mammi-
fères que ce rapprochement des deux sciences sœurs apparaît
nettement comme éminemment i^rofitablo à toutes deux.
Faut-il rappeler l'exemple ancien du Palœospalax nuigna
décrit en 1845, par Owen, comme un Insectivore complètement
éteint, et reconnu seulement en 1863, par Lartet, comme
identique au Desman de Russie, Mgogale moscliata? Plus ré-
cemment M. 0. Thomas n'a-t-il pas démontré que le type
ancien des Epanortliidse, Didelphes très abondants dans le
teitiaire de Patagonie et décrits, en 1893, par Ameghino qui
les supposait complètement éteints, était encore vivant dans
l'Amérique du Sud'i' Le Caenolesles, décrit primitivement sous
le nom d'IIyracodon par Fraser, et dont on connaît mainte-
nant deux espèces originaires de l'Equateur, diffère beaucoup
des autres Didelphes américains et doit être placé dans la
famille des Epanortliiday, beaucoup plus voisine des Phalan-
gers australiens.
Disons en terminant que l'éditeur n'a rien épargné pour
que cette nouvelle édition du Catalogue soit aussi parfaite que
possible. La disposition typographique est très nette et le
papier, soigneusement collé, pour permettre les annotations
manuscrites, est de première qualité. Enfin la correction du
texte, œuvre toujours délicate dans un livre entièrement com-
posé de chifl'res'et d'abréviations, ne laisse rien à désirer.
Le Gérant: Paul GROULT.
PARIS. — IMPRIMERIR F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17.
19" ANNÉE
2» Série
!%• «ÎÎ3
15 SEPTKMBRli: 1897
NOTES SÏÏR LES BOGHEADS,
et les Bactériacées qu'ils contiennent
Les Bogheads sont des combustibles anciens fort
rechcrcbés, dont la valeur est plus considérable que celle
de la houille, à cause des huiles, des ijarallines, qu'ils
produisent en abondance par distillation ; on s'en sert
fréquemment ])0ur obtenir des gaz riches, d'un pouvoir
éclairant près de trois fois plus grand que celui du gaz
de la houille.
Les Bogheads se rencontrent dans les terrains per-
mien, liouiller, authracifére. Dans tous les gisements ils
paraissent formés par l'accumulation d'Algues microsco-
piques, qui, ayant vécu à la surface de lacs peu agités,
sont descendues les unes après les autres et ont formé,
en se suj)erposant, des couches dont l'épaisseur actuelle
varie entre 20 centimèttes et lm,30. Il est clair iju'en
même temps que ces Algues gagnaient le fond, les autres
matières solides en suspension dans les eaux, grains de
poussières minérales, fragments de plantes diverses,
spores, microspores, niacrospores, grains de pollen, Bac-
tériacées, sulistances organiques rendues insolubles par
la houillification, etc., entraînées dans ce mouvement
descendant, ont formé une sorte de substratum, que nous
avons désigné sous le nom de matière fondamentale
plus ou moins abondante séparant les lits d'algues. Les
couches stratifiées, dont on reconnaît facilement l'impor-
tance et la direction, sont visibles sur les cassures.
Nous pouvons prendre comme exemple, pour les décrire,
l'un des Bogheads les plus connus en France, celui
d'Autun.
Le Boghead d'Autun est un combustible solide, homo-
gène, élastique sous le marteau comme un bloc de jiois,
se cassant difficilement dans le sens perpendiculaire à la
stratification ; la cassure est conchoidale, brillante, pré-
sentant des traces de stratificatioa très évidente comme
à Margenne, tantôt moins apparentes à cause d'une plus
grande pureté, comme aux Thélots (I).
L'as])ect est résinoide; à la loupe on reconnaît, avec la
plus grande facilité, des sections lenticulaires brillantes,
séparées par de mirices filets plus ternes; ces sections
correspondent à celles des thalles d'Algues houillifiés, les
filets ternes à de la matière non organisée ou matière
fondamentale déposée en même temps que les Algues.
Fréquemment on distingue des bandes assez étendues et
d'une épaisseur variable, parfaitement brillantes ; l'étude
microscopique de ces bandes a montré qu'elles étaient
formées tantôt par l'agglomération de thalles non séparés
par des déjiots de matières étrangères, tantôt, mais plus
rarement, par des fragments de végétaux supérieurs,
débris de bois, d'écorces, de feuilles.
Le Boghead est très dilBcile à pulvériser, il donne une
poudre jaune brun ; chaufl'é vers 400°, en vase clos, il se
ramollit et reste pendant quelque temps élastique ; il
est décomposé à une température plus élevée en donnant
de nombreux carbures d'hj'drogène. L'étude particulière
1) Ces deux localités sont les centres d'exploitation du Bo-
ghead dans les environs d'Autun.
Le Xaluraliste, 46, rue du Bac, Paris.
du gisement d'Autun a montré que la couche do Boghead-
épaisse de 25 à 27 centimètres s'est faite, c'est-à-dire a
acquis ses propriétés physiques et chimiques, avec une
rapidilé que l'on ne soupçonnaitpas.
Le Boghead d'Autun contient une .seule espèce
d'Algue, le Pila hilirnctfmia primitivement sphérique,
mesurant à l'état adulte 170 à I80(i de diamètre, qui, sous
l'influence do la pression s'est déformée plus ou moins,
est devenue lenticulaire, quelquefois ellipsoïdale. Le
thalle était formé d'une seule couche de cellules prisma-
tiques à section transversale ]iolygonale, limitant une
cavité relativement considérable. En même temps que le
thalle s'aplatissait, la cavité changeait de forme, le côté
supérieur pouvait même venir en contact avec le côté
inférieur. Dans un thalle adulte, on peut compter de 400
à 300 cellules.
Aux Thélots, la couche de Boghead, épaisse de 23 cen-
timètres,peut contenir L700 à L800 lits de thalles super-
posés. Dans les endroits où les Pilas sont abondants,
ils forment les 773 millièmes de la masse et peuvent
atteindre le nombre de 250.000 par centimètre cube.
On peut comparer les Algues du Boghead d'Autun à
certaines Protococcacées qui contribuent encore actuel-
lement à la formation du phénomène connu sous le nom
de fleurs d'eaux. A certains jours d'été, les mares ou les
étangs se couvrent en quelques heures d'une abondante
végétation d'Algues que le moindre vent submerge; les
Fig. 1.
Pila bibractensis, envahi par les Bactériacées. a, portion du
thalle où les parois des cellules sont indiquées par des lignes
polygonales de Microcoques, M. peirolei. Var. A. — b, ré-
gion où la désorganisation est plus complote et où les Cocci
sont disséminés au hasard.
Noï.i. — Toutes nos figures sont faites scrupuleusement d'après
d'excellentes photographies.
thalles gagnent lentement le fond et, le phénomène se
répétant plusieurs jours de suite, on conçoit qu'il pour-
rait s'y accumuler une certaine quantité de lits d'Algues
superposés.
Al'époquede la Houille, il est possible que l'apjjarition,
un peu capricieuse de nos jours, de ces fleurs d'eau fût
210
LE NATURALISTE
plus fréquente, favorisée par un climat uniforme, chaud
et humide.
Les Bogheads s'étant formés dans des lacs de petite
étendue et sous un régime de tranquillité relativq, il était
permis de supposer que l'on pourrait constater la présence
des Bactcriacées dans les Algues fossiles.
Les comhustibles que nous avons examinés à ce point
de vue sont des Bogheads des terrains perniiens de France
et d'Australie, du terrain houiller moyen d'Angleterre et
d'Ecosse, du Culm de Russie.
Les thalles qui composent la, masse des Bogheads se
trouvent à des stades divers de décomposition ; tantôt ce
sont des corps d'aspect gélatineux ou iloconneux sans
structure apparente, de couleur jaune clair; tantôt on y
distingue, plus ou moins nettement, les cellules qui les
composent.
Dans le premier cas, les Bactériacées, qui toutes affec-
tent la forme coccoide, sont dissiminées sans ordre dans
le milieu amorphe, et souvent fort difficiles à mettre en
évidence, (]uand il ne s'est pas établi une légère différence
de coloration entre elles et la masse environnante, 6, fîg. 1.
Dans le second cas, au contraire, les Bactériacées sont
rangées suivant les parois des cellules, dont elles mar-
quent exactement la forme et la disposition, a, iig. 1.
La plupart occupent la place delamemhrane moyenne,
quelques-unes se sont un peu écartées; mais le iréseau
polygonal est néanmoins d'une grande régularité.
Sur des coupes intéressant la longueur des cellules et
non plus leur largeur, les parois sont dessinées par des
bandes rayonnantes de Microcoi|ues, tantôt linéaires,
quand elles passent par les parois latérales, tantôt plus
ou moins élargies quand la section rencontre la surface
supérieure ou inférieure des cellules. Les Coccisont donc
restés en place dans beaucoup de cas, malgré la défor-
mation des thalles qui se sont aplatis.
Nous avons donné le nom de Micrococcufi petriiln{i) aux
Fig. 2
Reinschia auslralis envahi par les Bactériacées et complète-
ment désorganisé 1200/1. — «, Micrococcus petrolei.\ài: A'
disséminés. — b, Micrococci disposés en chaînette.
(t) Le nom spécifique petrolei doit rappeler seulement que
les Microcoques en question se trouvent en abondance dans
un combustible produisant, quand on le distille, des huiles
analogues aux pétroles.
différents microcoques des Bogheads, les distinguant
d'après l'âge des terrains où on les rencontre par les
lettres, A, B , C, etc. ; ces variétés peuvent, d'après leur
taille et leurs fonctions, se subdiviser ensous-variétés(l).
La diagnose de l'espèce, un peu élargie par nos recher-
ches récentes, serait : « Cellules sphériques à membrane
extrêmement mince, visible sous un grossissement de
1.000 à 1.200 diamètres, incolores ou faiblement colorées,
quand elles n'ont pas fixé quelques matières étrangères (2),
apparaissant souvent comme de petites sphères brillantes,
plus réfringentes que le milieu environnant, ou bien, par
une mise au point un peu différente, comme une cavité
hémisj)héri([ue de même diamètre; celui-ci peut varier de
0|i,3 à 0|J-,7 soit que cette variation provienne des diffé-
rences de taille d'individus pris à des âges divers, soit
que l'on soit en présence de plusieurs variétés, les plus
petites s'attaquant aux membranes moyennes des
cellules, les plus grosses à leurs épaississements. Les
Microcoques sont tantôt isolés, tantôt contigus, réunis par
deux ou en chaînettes a et 6, fig. 2. Il n'est pa« rare de
les voir entourés d'une sorte d'auréole plus foncée.
Il y avait un certain intérêt à rechercher le mode de
pénétration des Bactériacées à l'intérieur des thalles. En
Fig. 3.
Thylax brilannicus. Algues du Boghead anglais Armadale,
occupées par le Micrococcus petrolei. Var. C 3Û0/1. — a,b,
deux thalles coupés transversalement montrant la cavité
centrale, elles méats mettant celte cavité en communication
avec l'extérieur.
même temps que les Algues se déposaient, comme nous
l'avons dit, les débris divers de végétaux tenus en sus-
pension dans les eaux, ces matériaux ont produit la
matière fondamentale de couleur plus foncée qui entoure
les Algues, l'examen microscopique y montre une grande
variété de formes coccoïdes, la surface des thalles est
(1) La lettre B est réservée aux Microcoques des Cannels-
Bogheadsdu terrain houiller supérieur, Commentry,Montram-
bert, Sainl-Éloi et Monlceau que nous avons signalés ail-
leurs.
[i) La matière du milieu où les Cocci se trouvenl peut les
avoir pénétrés et changé leur aspect primitif.
LE NATURALISTE
2H
('gnlomont recouverte de nombreux Cocci. Il est évident
que l'invasion microbienne se faisait de la périphérie
vers le centre.
Dans les Pilas, le tballi' spliérique étant compose d'une
couche de cellules iirismaliques disposées sur un seul
rang et dont le grand axe est dirigé suivant un rayon de
la sphère, les Micrococcus petrolei pénétraient en suivant
les arêtes longitudinales communes à ])lusieurs cellules
conligues, et, par leurs divisions successives, formaient
bientôt des lignes rayonnantes continues de microcoques
allant de la périphérie au centre du thalle; mais pendant
que cette i)rogression centripète s'effectuait, une autre
dirigée suivant la circonférence se produisait également :
certains microcoques se séparaient dans une direction
perpendiculaire aux arêtes des cellules, mais en se main-
tenant dans l'épaisseur de la membrane moyenne et
Ijroduisaient ainsi des lignes transversales allantrejoindre
l'arrête opposée et donnant aux parois des cellules une
sorte d'aspect scalariforme.
Ces bandes transversales d'ailleurs se résolvent sou-
souvont que la compression sul.iie par les cellules des
thalles ont confondu les lignes et les lames régulières de
Microcoques, et que ceux-ci soient disséminés sans au-
cun onh-e dans la masse d'aspect gélatineux (pii en pro-
vient (fig. 2 et 4.)
Nous n'avons pas à insister sur le mode ilc pénétration
des Bactériacées dans les autres espèces do Pilas, le Pila
.scoO'ca qui caractérise le Boghead Russel, la Torbanite,
le Pila Karpinskyi que l'on rencontre fréquemment dans
les Cannels-Boghoads du Bassin de Moscou, ces difl'é-
rentes espèces, ayant la même organisation, ont été en-
vahies sans aucun doute de la même façon que l(!s
Boghead d'Autun et de l'Esterol.
11 en est de même pour les Thyhi.v britannicux (lig. 3
Fig. 4
T/iyla-r britannicus grossi 900 fois, coupé tangentiellement et
montrant de nombreux Microcoques disséminés dans le tissu
désorganisé. — w, uiéats ouverts entre la cavité centrale et
l'extérieur. — 6, tissu désorganisé contenant de nombreux
Microcoques.
\ent avec un grossissement suffisant, 12 à l.") cents
<liam. en chaînettes, de microcotjues mesurant 0(1 3
à 0|i D entourés quelquefois d'une étroite auréole foncée.
Ils rentrent dans la section des Hyménophagus.
On distingue en outre de nombreuses sculptures sem-
blables à celles produites parmi travail micr(d)ien.
Ce sont ces bandes transversales qui, sur les sections
tangentielles, donnent naissance au réseau (jolygonal que
nous avons mentionné ligure i a.
Il est intéressant de constater que pendant la transfor-
mation chimique des parois, les ^licrocoques ont con-
servé sensiblement leur position initiale, l'envahissement
s'effectuant par la multiplication des Micrococjues dans
le plan des membranes moyennes. Mais il est arrivé
Fig. 0.
Cladiscothallus Keppeni. Algue du Cannel-Boghead de
Kourakino, Culm, du bassin liouiller de .Moscou. Gr. OOO/i.
— «, rameaux dichotomcs du thalle. — i, partie centrale
du thalle discoïde d'où semblent partir les ramules dicho-
tomes.
et 4) dont le thalle si)liérique, composé d'une rangée de
cellules, entourait une cavité centrale volumineuse com-
muniquant avec le milieu extérieur par un certain
nombre de méats, ces ouvertures les éloignent des Pila
et des Reinschia, les rapprochent davantage de certains
genres vivants de la famille des Protococcacées tels que
les Cœlaslrum par exemple. Dans le genre Thylax, l'en-
vahissement cependant a pu se faire, comme dans les
Pilas en suivant les arêtes communes à plusieurs cellules
voisines, mais en se propageant tout aussi bien du centre
à la périphérie que de la périphérie vers le centre, les
Bactériacées pouvaient en effet attaquer les thalles par
leur extérieur et par leur intérieur.
L'organisation des thalles est tout autre dans le genre
Cladkcothalliis dont les représentants sont fort répandus
dans les Canncis-Bogheads du Bassin de Moscou.
Dans les Cladiscuthdllus (lig. 5 et 6;, le thalle est profon-
dément ramifié, discoide large de deux ou trois dixièmes
de millimètre ; les rameaux plusieurs fois dichotomes longs
de 130 à 140 (i, partent d'un centre commun et forment
212
LE NATURALISTE
plusieurs couches superposées ; il est possible, qu'avant
leur aplatissement, ils aient produit un thalle hémisphé-
rique ou même globuleux ; les rameaux et ramules sont
formés de cellules un peu plus larges que hautes placées
bout à bout.
A chaque cloisou commune des cellules on remarque
des bandes transversales fig. 6 b, c, formées par des cha-
Fig. 6
Cladiscolhalli/s Keppenî. Un rameau du thalle détaché et
grossi 1200 fois. — a, point d'attache du rameau. — c, pre-
mière dichotomie, la base de l'un des rameaux est indiquée
par une ligne de Microcoques placée sur une cloison com-
mune. — b, autre dichotomie d'un ordre plus élevé indiquée
également par une ligne de Microcoques. M. petrolei. Var. D.
pelets de Microcoques occupant la place des membranes
moyennes le long des parois extérieures des cellules ; on
voit également de nombreux Microcoques qui tantôt se
montrent comme de petites sphères brillantes, tantôt
comme des points noirs simulant des perforations.
Dans les CladUcolhallus l'invasion a du se faire d'abord
par les membranes moyennes séparant les cellules
placées bout à bout et de là gagner leurs parois laté-
rales.
D'après les faits que nous venons d'exposer succinc-
tement on voit donc :
1° Que les Bogheads, qu'ils appartiennent aux terrains
permiens comme ceux d'Autun, de l'Estérel ou de la
Nouvelle-Galles-du-Sud, ou bien, qu'ils datent du Culm
comme ceux de Kourakino, d'Alexandrewski, etc., du
bassin houiller de Moscou, renferment un nombre consi-
dérable de Bactériacées.
2° Ces Bactériacées de tailles diverses ont eu sans
doute des fonctions différentes, celles que nous avons
rencontrées encore en place, occupant l'épaisseur des
membranes moyennes, et mesurant On, 3 à 0ii,5 semblent
avoir eu pour rôle de transformer ces membranes et
rentrent dans la section des Hyménophagus.
3° La présence constante des Bactériacées dans la
Houille, les Bogheads, et les Cannels également, comme
nous le démontrerons sous peu, ne peut pas être consi-
dérée comme un fait fortuit et sans importance ; aussi
nous terminerons par le rapprochement suivant :
Les Analyses du Boghead d'Autun et de la Nouvelle-
Galles-du-Sud conduisent, pour la composition de la ma-
tière organique, à la formule approchée C^HS; or la com-
position chimique de la cellulose est exprimée par
C '2 H 20 0*"; on peut donc écrire l'équation chimique
suivante :
C12H20C10 = C2H3 -I- 5C0'2 -I- 3CH' + 2H
(jui exprime ^que la cellulose pourrait passer à la compo-
sition de la matière organique |du Boghead en perdant
3 molécules d'acide carbonique, 3 molécules deméthane
et 2 molécules d'hydrogène.
Ces dégagements gazeux s'effectuent dans un certain
nombre de fermentations microbiennes actuelles ; par
conséquent si les Microcoques anaérobies que nous trou-
vons en abondance dans les Algues des Bogheads ont pu
provoquer, dans des conditions particulières, des dégage-
ments gazeux analogues, l'origine de ces combustibles
s'expliquerait d'une façon très simple et toute n^aturelle.
B. Renault,
Correspondant du Ministère de l'Instruction publique.
LES NIDS DE NOS OISEAUX
Une collection de nids est l'une des plus intéressantes
que l'on puisse former. J'en connais de très belles où
l'on suit de la vue et du toucher les diverses industries
em]iloyées par l'oiseau pour créer sa demeure d'amour.
Cette étude est, au plus haut degré, attrayante et ins-
tructive. Ce qui surprend tout d'abord, c'est la perfection
du travail, comparée à l'insuffisance apparente des
instruments dont dispose l'ouvrier. Comme outils, l'oi-
seau n'a que le bec et la patte, etil semble, pour quelques-
unes au moins de ces merveilles, qu'une main, et une
main délicate et habile, fût nécessaire. On conçoit encore
que la forme générale du nid puisse être donnée par le
corps même de l'ingénieux constructeur , tournant
comme sur un pivot, pour presser les matériaux et les
assujettir autour de soi en les comprimant ; mais com-
ment expliquer ces enchevêtrements solides, ces tissu&
résistants, ces feutrages serrés, ces coutures habiles, et
l'art du maçon, du mineur, du potier, du menuisier, du
charpentier? Que sais-je encore? On dirait que tous les
corps de métiers sont représentés dans le monde des
oiseaux. Quelle simplicité de moyens et quel admirable
résultat ! Avec un peu de mousse, quelques radicelles,,
quelques petites branches flexibles, quelques filaments
de végétaux, des feuilles, des plumes, des crins ou un
peu de laine recueillis çà et là, les oiseaux élèvent de
petits palais et composent des œuvres d'art que l'homme,
avec toute sa science et le secours de sa main, aurait de
la peine à imiter.
Il semble que la nature ait voulu arriver comme par
degrés à la perfection de l'art des nids. Plusieurs espèces
d'oiseaux, en effet, se contentent de déposer leurs œufs
sur le sol dur, tout au plus quelques-unes y creusent-
elles une légère excavation. Un petit progrès s'opère,
petit en apparence, grand par l'intention prévoyante :
des matières molles tapissent la cavité. D'autres s'éta-
LE NATURALISTE
213
blissent dans des trous; là, encore, il en est qui pondent
sans prendre aucune précaution préalable pour assurer
le bien-être futur de la couvée, et il en est, au contraire,
<|ui lui façonnent une couchette souple et chaude,
l'armi celles qui nichent sur les arbres, les unes ne font
guère qu'amasser un tas grossier de branches sèches,
tandis que d'autres disposent une véritable charpente.
A plusieurs, l'art du matelassier est encore inconnu; il
commence avec les espèces qui déposent au fond du nid
des herbes, de fines racines, du poil, des plumes. A ces
demeures aériennes, lourdement construites comme un
château fort, leurs habitants ajoutent parfois une sorte
de dôme à claire-voie, et ménagent une entrée étroite et
latérale pour se défendre contre les atta(iues (]ui vien-
draient par le haut. C'est déjà de l'architecture, l'archi-
tecture militaire. I^es Oiseaux de proie, les Corbeaux, la
Pie, tout ce qui vit de hautes et basses rapines, adoptent,
dans l'ensemble, ce genre de constructions. Un art ])lus
raffiné préside à celles d'oiseaux de plus humble enver-
gure. Parmi eux, on constate également de grandes
différences. Les architectes, plus artistes, ont toutefois
des mérites très inégaux. On n'arrive pas de prime saut
à confectionner un nid de Tisserin, de Nélicourvi baya
ou de Baltimore, et même, sans aller chercher si loin de
nous, uu nid d'Orite à longue queue, de Rémiz pendu-
line ou simplement les gracieuses barcelonnettes du
Chardonneret et du Pinson.
A l'examiner de tout près, le nid de notre Pinson est
une merveille. Pendant que j'écris, j'en ai un devant
moi, enlevé avec la branche de pommier sur laquelle il
repose. Un vrai chef-d'œuvre de grâce et de dextérité !
Élégante sphère tronquée par le haut, au rebord douil-
lettement épais, les assises en sont posées dans l'enfour-
chure de la branche. Les parois formées de mousse, de
radicelles, de chaumes, s'infléchissent mollement pour
creuser un berceau profond garni avec soin d'un doux
matelas de plumes, de laine, de poils, de duvet végétal.
Des toiles d'araignées semblent relier tous ces maté-
riaux ; mais, ce qui me ravit, c'est le revêtement exté-
rieur du petit édifice. La tendresse maternelle, désireuse
avant tout d'assurer la sécurité de la jeune progéniture,
inspire à l'inquiète femelle une précaution touchante. Le
prudent architecte lentement, patiemment, plaque sur
toute la surface extérieure du nid de la mousse jaunâtre,
du lichen argenté, détachés du tronc même de l'arbre et
la soudure du nid et de la branche est faite avec tant
d'habileté qu'il est presque impossible de distinguer l'en-
droit où l'un commence et où l'autre finit. N'est-ce pas
admirable ?
Un peu plus loin, sur le même rayon, j'ai un nid de
■yerdier. Je l'ai pris dans une haie d'aubépines. Ce n'est
certes pas un modèle d'architecture, mais c'est déjà une
œuvre d'art et l'on peut l'admirer même à côté de celui
du Pinson. Il n'est ni très solide ni très épais, mais les
matériaux sont utilement agencés. La charpente est faite
de ramilles sèches, de racines, de chaumes; des matières
semblables la recouvrent, plus fines et entremêlées de
mousse, de lichen et d'un peu de laine ; des poils, des
crins, des brins d'herbe entrelacés, de la laine en tapis-
sent le fond. Sa forme est à peu près celle d'une demi-
sphère et ne manque pas d'élégance. A côté, sur une
branche de buis, un nid de Bouvreuil construit modeste-
ment de brins de bois recouverts de mousse avec l'inté-
rieur revêtu de crins de cheval. Puis un nid de Bruant
jaune, enlevé d'un buisson, formé à l'extérieur de brins
de paille entrelacés et garni à l'intérieur de crins et de
poils. Le mignon berceau du Tarin encore fixé à la fine
extrémité d'une branche de sapin à l'aide de toiles
d'araignées, de cocons d'insectes et do lichen ; l'extérieur
est façonné avec de la ramille et l'intérieur matelassé
avec de menues racines, de la mousse et du duvet végé-
tal. Ce joli petit oiseau sait si biini cacher son nid que
l'on a de la peine à le découvrir, et le soin qu'il met à le
dérober à tous les regards, a donné naissance à la
croyance populaire que ce nid renferme de petites pierres
qui le rendent invisible. Le Gros-bec, dont le nid est
voisin, malgré son apparence lourde et maladroite, tra-
vaille néanmoins avec un certain art. Il se sert pour la
charpente de branches sèches, de tiges d'herbe, de
racines, sur lesquelles il étend une couche de mousse et
de lichen et compose un élastique matelas de radicelles,
de poils, de crins et de flocons de laine. Facilement
reconnaissable à sa grande largeur, on pourrait seule-
ment reprocher à ce nid le peu d'é]]aisseur de ses parois
qui nuit à sa solidité.
Cette architecture, encore imparfaite, est surpassée
de beaucoup par l'élégant hamac du Loriot. J'en ai un
suspendu à l'extrémité fourchue d'une branche flexible
d'azerolier, où il se balançait mollement au gré de la
brise printanière. La jolie corbeille à deux anses que je
possède est curieuse à plus d'un titre. Elle est entière-
ment composée de très minces lanières d'aubier, étroi-
tement entrelacées et solidement fixées par un ingénieux
système d'attaches aux deux branches de la fourche
entre lesquelles elle tlotte, pour ainsi dire. Mais ce qui
est surtout remarquable, c'est que l'oiseau, qui ne s'est
servi pour construire que d'une seule sorte de matériaux,
a glissé, entre les lanières de la partie inférieure et exté-
rieure de la nacelle, une dizaine de petits morceaux de
papier multicolore et deux fils de laine à tapisserie, l'un
rouge et l'autre bleu. L'introduction d'éléments nou-
veaux, dans la construction ou la décoration du nid du
Loriot, est d'ailleurs assez fréquente. Dans une notice
très intéressante sur les mœurs de cet oiseau, M. Albert
Cretté de Palluel rappelle un certain nombre d'obser-
vations de ce genre : « Le Loriot, dit-il, recherche
ardemment les morceaux d'étofl'e pour attacher son nid
aux deux branches qui le supportent; aussi trouve-t-on
souvent dans son nid des choses qui ne laissent pas de
surprendre. Moquin-Tandon cite deux nids de Loriots
dans lesquels on avait trouvé : dans l'un, un ruban et
une belle manchette de dentelle ; dans l'autre, une man-
chette brodée que l'oiseau avait prise dans un jardin sur
un arbuste où elle avait été mise à sécher. Florent Pré-
vost, connaissant cette particularité des mœurs du
Loriot, était arrivé à faire prendre à des Loriots, au
moment où ils faisaient leur nid, des morceaux d'étoffe
de diverses couleurs qu'il avait placés à dessein sur un
buisson. Le Loriot recherche aussi les morceaux de
papier blanc ou colorié qu'il peut rencontrer. M. Tra-
verse, préparateur à la faculté des sciences de Toulouse,
a trouvé dans la charpente d'un nid de Loriot une lettre
chiffonnée (I). » L'abbé 'Vincelot cite un autre nid
tapissé extérieurement d'images coloriées, représentant
des soldats, et contenant à l'intérieur un bulletin
oui, ramassé au moment du plébiscite (2). Le Naturaliste
(1) Note sur le Loriot jaune, in Revue des Sciences natu-
relles appliquées, 1891, p. 134.
(2) Les noms des oiseaux expliqués par leurs mœurs, l,p. .20b.
214
LE NATURALISTE
signalait dernièrement, d'après l'un de ses correspon-
dants, un nid de Loriot dans la construction duquel
entrent, pour la plus grande partie, des rubans de papier
d'un appareil télégraphique Morse.
Ce n'est pas la première fois, au surplus, que je ren-
contre, dans la confection des nids d'oiseaux, des modi-
fications souvent profondes, apportées à l'impulsion soi-
disant aveugle, nécessaire et invariable de l'instinct.
Pour ne citer qu'un exemple, j'ai vu, il y a plusieurs
années, dans le jardin de l'Hùtel-Dieu de Clermont-Fer-
rand, un nid de pinson presque entièrement formé avec
de la charpie
Le papier, notamment, parait avoir été adopté par un
assez grand nomlu'e d'oiseaux. On peut voir, au musée
d'Histoire naturelle de Mons,un nid d'Hypolais construit
extérieurement avec des bandelettes de papier adroite-
ment entrelacées dans la charpente. Au mois de mai,
au moment de la construction, un Paper hunt fut couru
dans les environs : suivant l'usage, le cavalier figurant
la béte sema sur son passage, pour marquer la piste,
des bandelettes de papier qui, recueillies par l'oiseau, lui
servirent à constituer l'enveloppe de son nid.
Un garde-chaa,se m'a montré récemment un nid de
Corneille bâti sur un arbre voisin d'une école de village,
dans l'intérieur duquel se trouvaient un feuillet entier
in-octavo d'un livre d'Evangiles et deux fragments d'un
cahier d'écriture.
■Voici maintenant une série de nids de Troglodytes.
Ils sont très grands relativement à la taille de leur mi-
gnon architecte. Parmi les matériaux qui entrent dans
leur construction, la mousse est le plus employé. Il en
est qui en sont presque exclusivement formés. Trois de
ces nids pris dans un pavillon servant d'orangerie, avaient
été établis entre une poutrelle et le plancher du grenier.
La base reposait sur la poutrelle, et les parois se rele-
vaient pour s'appliquer de chaque coté au plancher, qui
fermait ainsi la partie supérieure du nid où l'oiseiiU s'in-
troduisait par une ouverture arrondie sur le devant.
Ces nids ont tous les trois la même composition; ils
sont formés de feuilles mortes aux pédoncules entrelacés
avec des brindilles. Cette première couche très volumi-
neuse est doublée d'une seconde très mince, en mousse,
et tout l'intérieur est garni d'une épaisse couche de
plumes de poule. Un autre nid est tout entier en mousse,
à peine s'y mèle-t-il quelques feuilles sèches. J'ai trouvé
du reste des feuilles mortes, en plus ou moins grande
quantité, dans presque tous les nids de Troglodytes que
j'ai pu recueillir. Il y en avait dans un nid fait presque
tout entier en mousse, que j'ai découvert cette année, au
mois d'avril, et dout l'emplacement était remarquable
par sa singularité. L'oiseau l'avait construit dans le
corps d'une pompe, oi'i il entrait par le tuyau. Un autre
que j'ai trouvé aussi cette année, à la même époque,
était placé sous l'auvent d'une porte, et appliqué verti-
calement au mur contre lequel il était retenu par les
branches d'un lierre, où l'oiseau l'avait pour ainsi dire
enchevêtré.
L'emplacement des nids de Troglodytes varie d'ailleurs
beaucoup. On en a trouvé sur la cime d'un arbre et sur
le sol, dans des troncs d'arbres creux, dans les crevasses
d'un mur ou d'un rocher, sous des toits, dans des buis-
sons, sous des racines, dans des piles de bois. J'en ai vu
un dans un nid abandonné d'Hirondelle rustique, sous
le toit d'une remise.
L'Orite ou Mésange à longue queue fait son nid avec
plus d'art encore. Il est soutenu par la base et non sus-
pendu comme celui de la Rémiz ou Mésange penduline ;
il est aussi formé d'autres matériaux, mais non moins
élégant. Il a la forme d'une bourse ouverte sur le cùté et
vers le haut. Il existe quelquefois, sur les deux faces
opposées, deux ouvertures qui se correspondent de telle
façon que l'oiseau puisse entrer dans le nid et en sortir
sans être obligé de se retourner. Celui que je possède
n'a qu'une ouverture, ses parois externes sont faites de
mousse reliée au moyen de toiles d'araignées et recou-
verte de lichen, l'intérieur est tapissé d'une grande
quantité de plumes. Il est remarquable que l'Orite à
longue queue choisit toujours, pour construire son nid,
la mousse et le lichen qui croissent sur l'arbre où il
est établi, et les dispose de telle manière que le nid se
confond avec ce qui l'entoure, et peut échapper facile-
ment aux regards.
Mais, de tous les oiseaux de nos contrées, celui qui
construit le nid peut-être le plus curieux est sans con-
tredit la Rémiz ou Mésange penduline.
Ce charmant oiseau ne niche guère en France que
dans quelques-uns de nos 'départements méridionaux,-
celui de l'Hérault en particulier, et l'on cite les environs
de Pézenas comme les lieux où il se montre communé-
ment en été. Ce tisseur émérite suspend son nid au bord
de l'eau, à l'extrémité d'un rameau flexible, et le tisse
avec le duvet des peupliers et des saules, y ajoutant,
pour le fixer à la bifurcation des branches, de la laine,
des poils ou des filaments d'écorce, et agglutinant le
tout à l'aide de sa salive. Une petite ouverture latérale
circulaire donne accès dans le nid au moyen d'un cou-
loir. Une autre ouverture que l'on remarque au moment
de la construction du nid, est ordinairement fermée plus
tard. Le fond est tapissé d'une couche épaisse de duvet
végétal. Beaucoup d'auteurs ont décrit et figuré ce nid
admirable, et tous sont restés émerveillés à la vue d'une
œuvre pareille, que ce petit oiseau achève en moins de
quinze jours. Le mâle et la femelle y travaillent et dé-
ploient à construire cette jolie demeure une ardeur in-
comparable. Quand elle est terminée, elle rappelle ]iar sa
forme une cornemuse.
Si l'on rapproche ce nid de celui du Baltimore de
l'Amérique du Nord {Hiphan'es baltimore) ou du Loxia
philippina de l'île Luçon, on reconnaîtra que, dans la sé-
rie animale, l'industrie du tissage compte parmi les
oiseaux ses artisans les plus experts, dont les œuvres
peuvent rivaliser avec les œuvres similaires que produit
l'industrie compliquée de l'homme.
On remarquera, en outre, que le choix des matières
employées par les oiseaux pour construire leurs nids,
n'est pas constant pour tous les individus d'une même
espèce. Ils n'usent donc pas de moyens toujours les
mêmes, sans jamais chercher à s'en créer d'autres, sans
jamais être influencés par les circonstances qui les sol-
licitent et le milieu dans lequel ils se meuvent. D'incal-
culables générations de Loriots vécurent dans des âges
où l'on ne fabriquait ni papier, ni manchettes de dentelle,
et au temps des premiers Pinsons, la charpie d'hôpital
était inconnue.
Magaud d'AuBUSSON.
LE NATURALISTE
215
ETYIOLO&IES BOTAHQÏÏES
La plupart des noms botanirpif s que l'on a ilonnés aux pha-
nérogames et aai cryptojrames diirivenl du grec. En général,
il est facile de remonter à leur origine, à l'aide des racines
grecques. Il y en a cependant quelques-uns dont l'ctymologie
présente une certaine dillicultc, surtout quand le nom de la
plante dérive d'une autre langue que le grec. Il nous a paru
intéressant de relever quelques noms celtiques en particulier.
Ainsi le chou, Brassica, dérive de Brésic, chou en celtique.
Pavot, papaver, vient de papa, bouillie, parce qu'on .ajoutait
un peu do suc de cette plante à la bouillie des enfants, pour
le-i faire dormir. On voit que cotte mauvaise habitude des
nourrices date de loin! TroUe, trolUus, sorte de gros bouton
d'or à corolle sphérique, vient du mot germanique trol, rond.
Lunaire, lunaria, vient de luna, lune, du celtique Lèn briller,
d'où les mots hin, luna et lune.
Poirier, pirus. vient du celtique péren, poire. Malus, pom-
mier, vient de rael, pomme.
Néflier, nèfle, vient de naff tronqué, à cause de la forme de
ce fruit, ou cul-de-chien.
Sorbier, sorbus, vient de sormel. sorbe, qui dérive du cel-
tique sor, âpre. Genêt, genista, vient de gen, buisson. Erable,
acer, vient de ac, aigu, à cause de ses feuilles qui rappellent
une pointe de hallebarde, ou encore parce que son bois était
utilisé pour les piques et les lances.
Pin, pinus, vient du celtique pén, tète, à cause de son feuil-
lage toufl'u, qui forme une tête au-dessus de sa longue tige
droite.
Blithuni, Blite ou blette, vient de blith, insipide, à cause de
sa saveur fade
Bette, Beta, vient de bett, rouge, à cause de la couleur de sa
racine sauvage, ou cultivée : betterave rouge.
Laurier, laurus, vient du celtique blaur, toujours vert. Le
mot celtique cucc, vase, a formé les mots cucumis, concombre
et cucurbita, courge; comme ac, aigu, a donné les mots acer ,
érable, aux feuilles aiguës, et acetosa, oseille, aux feuilles
acides. Ac, eg, aigu, acide, a cette expression au propre et a u
figuré, car il signifie aussi subtil, rusé, dans les noms propres
qui en dérivent: Egbert, brillant et rusé, par exemple.
Le chanvre, cannabis, vient de canab, nom de la plante en
celtique. De mémo bouleau, betula, de bétu; orme, ulmus, de
Elm; buis, busus, de béus.
Morus, mûrier, vient de môr, noir, à cause de la couleur
des mures. C'est pour cela qu'on a donné ce nom aux fruits
noirs de la ronce, en même temps qu'aux fruits du mûrier.
Genévrier, juniperus, vient de jénéprus, âpre.
Mélèze, larix, vient de lar, gras, à cause de la poix grasse
que l'on en obtient.
Saule, salix, vient du celtique alis, eau, qui a formé aussi le
mot alisma, plante aquatique. Aune, alnus i)0ur allanus, vient
de al-lan, voisin des rivières; arbre poussant dans les endroits
humides. Chêne, quercus, vient de Kaer-Quoz, bel arbre.
Charme, carpinus, vient de car-pén, bois de tète, parce que
son bois servait à faire le joug sur la tête des bœufs.
Le lis, lilium, vient de li. blanc, répété deux fois.
Ail, allium, vient de ail, chaud, brûlant, à cause de la sa-
veur de son ognon.
Houx, Hei, se disait Kélenn. en celtique.
Scirpe, scirpus, vient de scir jonc.
Roseau, arundo, vient de aru, eau du ruisseau.
Fétuque, festuca, vient de fest, pâture, festin, d'où notre
mot fête; même racine que estia en grec; avec l'esprit rude,
traduit ici par f.
Ivraie, lolium, vient de loloa, ivresse, gaîtê.
Seigle, secale, vient du celtique ségal, de séga, faux.
De là tiges, segetum, les moissons. Quant au mot céréales,
U vient de Cérès à qui les moissons étaient dédiées.
Decaisne, dans la flore de Le Maout et Decaisne, fait re-
marquer à ce propos que, parmi les récoltes, on distinguait
celles qui se fauchent, segetes, et celles qui se cueillent à la
main, Icgumen, du mot latin ler/ere, choisir, cueillir.
L'Osmonde. Osmonda, la fougère dédiée à Osmonde, tire
son nom de Osmunder, qui signifie protégé par les dieux Ases,
de la mythologie Scandinave. Osmunder est d'ailleurs l'un des
noms de Thor, dieu de la force et de la vigueur, divinité cel-
tique.
Le Cochlearia, armoriaca, d'Armoriquo ou Bretagne, doit
son nom aux mots celtiques ar-mor, qui signifient pays au
bord de la mer.
Sureau, sambucus, vient du celtique sambuké, flûte, dont
on a tiré en Picardie le mot bucquoy, sarbacane.
Un nombre considérable de mots botaniques viennent do
noms propres, et généralement de noms de botanistes, parfois
de souverains, comme la Victoria, l'Eugenia, le Napoleone, etc.
Ainsi le Corcharus, Kerria japonica, doit son nom i Ker Bel-
lendcn, botaniste anglais. Ou bien, c'est un nom de ville ou
de contrée où pousse la plante, comme Cydonia, Cognassier,
de Cydon dans l'île de Crète; Persica, pécher, de Persicus
Persan ; abricotier, prunus armeniaca. ou prune d'Arménie ;
cerisier, cerasus, originaire de Cérasonte en Asie Mineure.
En général, on peut aflirmer que tous les noms propres,
d'hommes et de pays ont une étymologie plus ou moins diffi-
cile à reconnaître, mais qu'il est très intéressant de découvrir.
Ainsi Ethiopica, d'Ethiopie, dérive de deux mots grecs, qui
signifient visage brûlé par le soleil. C'est, du reste, le même
sens qu'a le mot More ou Maure, Mauritanie en Espagnol,
Moro brun, noir. Hellespont vient de deux mots grecs, qui
signifient mer des Hellènes ou des Grecs, fils d'Hélénus. Ce
mot lui-même, comme Hélène d'ailleurs, dérive du grec élé ou
eilè, qui signifie éclat lumineux; d'où élios le soleil et lên
briller; d'où Séléni la lune. Le Dieu Soleil Hélé ou Hellen a
donné : El, Dieu en hébreu, al, alal, allah en Arabie, et Bel,
Bélus, Bal, Baal en Assyrie ou en Babylonie. De là les noms
de plantes Helenium, Helianthemum.Helianthus, Helichrysum,
Heliophila, Heliotropium, etc. De là même Bellis, la pâque-
rette, qui dérive du néo-latin bellus, qui dérive du grec i^Jt]
ou eilè, éclatant et par suite beau.
Les mots botaniques dérivés du latin ont aussi un sens
qu'il n'est pas toujours facile de découvrir, et qui souvent se
reconnaît de suite. Exemple : urtica, ortie, de urere brûler ;
parietaria, pariétaire, de paries, muraille : allusion au suc brû-
lant des poils de l'ortie, ou à la localité où pousse la plante,
comme la pariétaire qui pousse entre les pierres des mu-
railles.
Enfin un certain nombre de plantes doivent leur nom à
d'autres langues vivantes, qui sont parlées dans les localités
où on les a rencontrées pour la première fois. Ainsi legingko,
biloba, dont le nom est japonais; le thé, thea viridis, dont le
nom est chinois ; Jucca, nom caraïbe de la plante ; saccharum,
canne à sucre, de l'arabe soukar, sucre ; oryza, riz, de e'ruz,
nom arabe, dont les Grecs ont fait orudza. D'autres sont dé-
diées à des personnages de l'antiquité, célèbres à divers ti-
tres : le Nénufar blanc, Nymphœa alba, dédié aux nymphes ;
le bananier, dédié à Musa, médecin grec, affranchi d'Auguste;
l'igname, Dioscorea, dédiée à Dioscoride, médecin grec du
temps de Néron, l'auteur du traité de botanique le plus ancien
que l'on connaisse après celui de Théophraste.
D' Bougon.
LES OISEAUX
AU POINT DE VUE INDUSTRIEL
Les oiseaux du Guatemala sont d'une grande beauté;
le couroucou resplendissant, le Quetzal, le dindoT ocellé,
sont d'un plumage splendide, malheureusement, des
vides nombreux produits par leur chasse effrénée sont
constatés. Le dindon sauvage, que l'on suppose parti-
culier au Honduras, a été trouvé à Verapaz Guale. Les
toucans, les perroquets dont entre autres le guacamayo
(Psittacus macao) et d'innombrables variétés de colibris
fréquentent les bords des rivières, les palomas, espèces
de tourterelles sont nombreuses sur les arbres, les
aigrettes et les pélicans fréquentent les marécages, le
catharte doré nettoie de leurs immondices les rues des
localités habitées; les hiboux, les faucons, les aigles
sont nombreux dans la faune ornithologique de cet inté-
ressant pays.
L'Amérique centrale, durant ces dernières années,
a produit la majeure partie des plumes d'aigrettes
216
LE NATURALISTE
employées dans la mode. Il est venu à Paris du Vene-
zuela des lots de quelques centaines de kilogrammes de
parures dorsales d'aigrettes (à raison de cinq grammes
maxima pour un oiseau, on aura une idée de ce massacre!
L'Amérique méridionale fournit les colibris, les cou-
roucous resplendissants, les coqs de roche, les savacous,
les grèbes etc., etc. Vers la fin du règne de l'empereur
Dom Pedro, des lois de protection devant restreindre la
destruction furent promulguées ; nous croyons qu'elles
n'ont jamais eu d'application. Les Guyanes fournissent
les beaux cotingas célestes, des coqs de roche et surtout
les parures d'aigrettes leuce et de l'aigrette-garzette. La
domestication de Yardea garzetta me parait particulière-
ment facilitée dans les Guyanes, en raison des circons-
tances climatériques et d'alimentation exceptionnellement
favorables se trouvant dans cette immense contrée.
La république Argentine, le Paraguay, l'Uruguay ainsi
que le Brésil fournissent une grande quantité d'aigrettes
et les plumes de Nandou employées dans l'industrie des
plumeaux. Les plumes duveteuses du corps du Nandou
s'emploient dans la garniture de la toilette féminine, les
plus estimées proviennent du Chaco austral et de la
Patagonie, ces contrées ont été enrichies de quelques
élevages d'autruches assez prospères, les plumes sont
de qualité égale à celles expédiées du cap de Bonne-Espé-
rance. On nous signale la réussite de la domestication
de la grande Aigrette A. leuce dans les pampas de
l'Argentine (1).
L'Australie et la Nouvelle-Zélande fournissent une
assez grande quantité d'oiseaux de volière et de parure.
Les épimaques, le loriot Prince régent, le satin-bird sont
les plus belles espèces fournies par l'Australie. C'est
aussi la patrie des perruches au riche coloris et du
casoar émeu qui habite le Sahara australien, dont le plu-
mage est employé comme parure. Les Moluques, la
Nouvelle-Guinée fournissent les merveilleux oiseaux de
paradis, les pigeons métalliques, les gouras, les brèves,
etc.. Depuis une dizaine d'années la grande destruction
dont ces oiseaux sont victimes doit avoir produit des
vides sensibles dans cette contrée encore en majeure
partie teira incognîta. Les mégapodes et les talégalles, ces
gallinacés qui empilent la terre en monticules et y cachent
leurs œufs, que le soleil fait éclore, dont la dimension à
Somerset (cap York) atteint le volume de dix-huit pieds
de hauteur sur quatre-vingt-sept de pourtour sont parti-
culiers à la Papouasie (D'Albertis).
Les Papous de l'île Jule portent un diadème de plumes
de casoar, parure utilitaire s'il s'en fut, car les parasites
qui pullulent sous leur plantureuse chevelure s'y logent
de préférence ; le Papou l'ôte de temps à autre, en passe
la revue et croque son gibier séance tenante.
Dans la Nouvelle-Guinée allemande, depuis le !<"■ jan-
vier 1892, des règlements de protection en faveur des
oiseaux de paradis sont entrés en vigueur. Une nouvelle
loi formulée dans cinq articles exige une autorisation
spéciale pour la chasse de ces oiseaux splendides, il
faut espérer que, grâce à une protection raisonnée, on
réussiraà empêcher leur destruction complète. L'adoption
de ces mesures de conservation doit devenir générale,
c'est par elles seulement qu'on évitera à nos successeurs
dans l'industrie des plumes pour parures la disparition
d'un des éléments les plus importants de leur commerce.
C'est aux gouvernements anglais et hollandais qui se
(I) Voir Bull. S. N. d'Acclim. de F., juin 1897, p. 270.
partagent la souveraineté des autres parties de la Nou-
velle-Guinée, qu'incombe la tâche de prendre d'accord
des mesures de prévoyance. Il y a urgence, car le mal
sera bientôt sans remède, si l'on en juge par les quantités
innombrables de spécimens que les importateurs livrent
depuis plusieurs années au commerce. Une expérience
personnelle de vingt années m'a mis à même de cons-
tater que, s'il y a eu accroissement quant à la quantité,
il y a eu diminution constante quant à la qualité. L'avi-
dité sans limite des traitants métis-hollandais de Ternate,
l'absence de tout contrôle sont les causes réelles de cette
exploitation déraisonnable dont les résultats funestes
sont trop appréciables.
On ne peut plus aujourd'hui se procurer ces beaux
sujets adultes, au plumage parfait, qu'on rencontrait en-
core il y a dix ans, et bientôt nos musées ne sauront où
s'adresser pour remplacer leurs exemplaires détériorés.
Les oiseaux qui, actuellement, inondent le marché de
Paris, sont surtout des jeunes revêtus encore de leur
première livrée, sans éclat et, par suite, sans grande va-
leur industrielle. Le plumage parfait chez l'oiseau est le
signe caractéristique de son aptitude à la reproduction;
or, si on tue les mâles avant qu'ils aient pu remplir le
rôle de reproducteurs, on arrivera forcément à l'anéan-
tissement de l'espèce, quand même on admettrait que
le mâle étant polygame, un seul suffirait à la féconda-
tion de plusieurs femelles.
Puisse donc notre appel être entendu de tous ceux qui,
à des points de vue différents, s'intéressent à la conser-
vation de l'Oiseau de Paradis, une des merveilles de la
nature! Que l'industriel et le savant, les agents consulai-
res et les sociétés zoologiques s'unissent pour réclamer
une législation protectrice.
Dans cet ordre d'idées, j'ai fait les recommandations
les plus expresses à un grand négociant de Ternate,
M. Renesse van Duivenbode, pour l'inciter à faire l'éle-
vage en domesticité des pigeons gouras, massacrés pour
leur aigrette, principalement. Il serait désirable que cet
appel désintéressé, produise les suites désirables : la do-
mestication des gouras etleur exploitation raisonnable (1).
La Nouvelle-Calédonie contribue très peu ou pas dans
les productions d'oiseaux industriels de l'Océanie.
Notre voyage circulaire autour du monde des oiseaux
nous amène enfin en Afrique, pays pour lequel nous
avons une prédilection particulière. Une partie du Con-
tinent africain étant la prolongation de notre patrie,
n une nouvelle France », ce sentiment est tout naturel.
La majeure partie des oiseaux européens échappés au
massacre pendant leurs migrations bi-annuelles hiver-
nent en Afrique ; quelques espèces restent dans l'Afrique
septentrionale, d'autres vont dans l'Afrique centrale,
d'autres enfin traversent toute l'Afrique. Chaque région
de l'Afrique a des habitudes de chasses particulières.
Dans les pays mahométans de race blanche, très peu,
d'indigènes poursuivent les oiseaux, l'exception se trou-
vera à l'instigation de quelques Européens. C'est ce que
nous avons pu constater au Maroc, en Algérie, en Tuni-
sie ; c'est aussi le cas en Tripolitaine et en Egypte. Les
Juifs, fort nombreux dans ces divers pays, ne sont ni
chasseurs, ni consommateurs de gibier. La loi mosaïque
défend de tuer sans nécessité ; le petit nombre servant à
l'alimentation ne peut être saigné que d'après le rituel ;
(1) Ce souhait, aujourd'hui, est réalisé, la majeure partie des
dépouilles de Gouras offertes au commerce sont celles d'oi-
seaux domestiques.
LE NATURALISTE
217
aussi la chasse fournit iieu à l'aliminitatioii. Cette expli-
cation donne la raison d'une bienveillance envers les
oiseaux particulière aux Sémites arabes et juifs dans
tous les pays où ils vivent en Orient et en Afrique.
L'Egypte, depuis une dizaine d'années, a fourni une
grande quantité de mouettes, d'hirondelles de mer, d'ai-
grettes, recueillies principalement autour du lac Menza-
leh; des pluviers, des court- vite, des f;hiréoles, des guê-
piers, des pangas, etc., forment le contingent égyptien.
La mauvaise préparation a mis un terme provisoire à
cette production. Malheureusement, de nomlireux hé-
rons garde-bœufs ont payé de leur existence la res-
semblance qui les a fait confondre par la catégorie des
trop nombreux chasseurs ignorants, traqueurs impi-
toyables des aigrettes. L'Egypte fournit aussi, en vie, les
llamanls (phœnicoptéres), ornement des jardins zoolo-
giques.
Avant l'insurrection du Soudan égyptien, le Caire
était un marché important de plumes d'autruches de la
Nubie, du Darfour, du Cordofan et du Wadaï; aujour-
d'hui, ce commerce s'est (bqjlace. L'autruche sauvage a
presque totalement disparu des déserts égyptiens ; un
élevage d'autrucbes domestiquées, assez important,
existe à Matarieh, près du Caire. La production des
plumes de Matarieh, en 1806, a atteint le poids d'environ
1000 kilos. Cette quantité pourrait être doublée pro-
chainement, grâce au déplacement de l'établissement,
dans les environs des Lacs Amers, et par les importantes
ressources que fournirait la vente des terrains de l'éta-
blissement du Caire.
La Tripolitaine, en dehors des plumes d'autruche, ne
fournit pas d'autres dépouilles d'oiseaux. Ces plumes,
comme on le sait, proviennent du Soudan central, du
Bornou, du Wadaï, etc., leur qualité est bien supérieure
à celles produites par les autruches australe et orientale ;
mais les habitudes commerciales surannées des négo-
ciants tripolitains font donner la préférence aux plumes
produites au Cap, la conséquence inéluctable, à bref
délai, sera la ruine de Tripoli!
Depuis l'existence du protectorat français en Tunisie,
ce pays a fourni nombre d'oiseaux dont l'aire d'expan-
sion s'étend en Algérie et au Maroc : des tourterelles,
des huppes, des gangas, des cailles, des perdrix, des ca-
nepetières, des outardes, des guêpiers, des mouettes, des
hirondelles de mer, de cheminée et des martinets, des
grèbes, des flamants, peu ou pas de hérons-aigrettes,
malgré leur recherche persévérante. Un essai très inté-
ressant de domestication des Aigrettes-Parzettes dans
les environs do Tunis a été couronné de succès en
1896 (I).
Jules FOREST aîné.
{A suivre.)
la cavité interne n'est pas en communication avec la ca-
vité centrale du bras. Ces huit bras entourent un orifice
dont sort un bec de couleur foncée, ressemblant à
DISSECTIONS
EMBRANCHEMENT DES MOLLUSQUES
LA Seiche {Sepia officinalis)
Ordre des Céphalopodes.
Extérieur. — Orifices. Ce qui frappe au premier abord
chez cet animal, c'est la présence de huit bras courts et
robustes munis de ventouses en cscum, c'est-à-dire dont
()) Voir Bull. Soc. .Y. d'Acclim. de F., mai 189). —Bull, du
comité de l'A/'rigue française. Supplément, juillet 1897.
Fig. 1. — Le miimo tu de profil.
un bec de perroquet, avec cette différence qu'ici c'est la
mandibule ventrale ou inférieure qui recouvre la supé-
rieure.
Si l'on regarde attentivement, on voit, dans la ceinture
des bras, à la base, deux cavités dans lesquelles se trou-
vent souvent logés deux bras beaucoup plus longs que les
autres qui sont les bras préhenseurs par excellence.
L'animal peut les projeter au dehors très vigoureusement
et saisir sa proie à l'aide des nomlu-euses petites ventouses
qui arment leurs extrémités libres.
En arrière des bras, on aperçoit la tête avec deux gros
yeux latéraux et, au-dessous, le corps pro]}rement dit de
l'animal, rigide sur la face dorsale. Cette rigidité est due à
une coquille (sépion, os de seiche) contenue dans l'épais-
seur de la peau et analogue, au point de vue du dévelop-
pement, à celle des autres Mollusques. Cette coquille,
en donnant plus de rigidité au corps de l'animal, lui
Fig. 2. — Figure.montrant les deux différentes sortes
ûe bras de la Seiche.
permet d'acquérir une vitesse de déplacement beaucoup
plus grande.
Sur la face ventrale, on voit que le manteau, fixé au
reste du corps sur la partie dorsale, est ici à peu près
libre et forme une sorte de sac, contenant le corps de
l'animal et dont il est séparé par un espace vide. Ces deux
parties sont seulement unies ensemble par une bande
médiane longitudinale.
Entre le bord libre du manteau et la tête, on trouve un
appareil particulier ayant la forme d'un cône tronqué au
sommet, c'est Ventonnoir.
La cavité comprise entre le corps véritable de l'animal
et le manteau en avant prend le nom de cavité branchiale
oupoi/éa/e; elle communique avec le dehors soit direc-
tement du côté de la tète, soit par l'entonnoir.
C'est là tout ce que l'on peut voir à l'extérieur.
Il faut maintenant fendre le manteau sur la ligne mé-
diane ventrale pour étudier les organes contenus dans la
cavité pallêale.
218
LE NATURALISTE
On trouve alors tout à fait au fond les deux branchies,
à droite et à gauche, au sommet d'une grosse papille,près
de la hranchie gauche, Voiifice génital. Sur la ligne mé-
diane et suivant la ligne de suture, on trouve, au sommet,
un orifice entouré d'expansions aliformes : c'est l'anus
derrière lequel se trouve l'orifice de la poche à encre.
Au milieu du trajet rectal et de chaque côté, on trouve
deux pores urinaires et, si l'individu examiné esi une fe-
melle, deux grosses glandes symétriques, les glandes
nidamentaires et, entre les deux en arrière, rovaire.
Sur les Jèvres qui forment la base de l'entonnoir on
trouve deux sortes de boutonnières chitineuses latérales ; en
face d'elles, sur la paroi intérieure du manteau, on aper-
çoit deux sortes de crochets également chitineux, qui
pénètrent dans Its boutonnières et augmentent l'adhé-
rence entre l'entonnoir et le manteau, de sorte que l'eau
qui est chassée de la cavité palléale,ne pouvant sortir que
par l'entonnoir, augmente ainsi la force de propulsion de
l'animal.
Tout le manteau est parsemé de cellules colorées ou
chromatophores qui, par leur jeu permettent à l'animal
d'adapter la teinte de son corps à celle du milieu sur lequel
il repose. C'est un excellent exemple de mimétisme.
Tube digestif. — La bouche, placée au centre des dix
bras, est armée du bec corné signalé plus haut, enchâssé
dans un bulbe pharyngien très musculeux, et qui porte
une radula et une petite langue gustative du côté ven-
tral. Laradula présente sept rangées de dents chitineuses.
L'œsophage est long, il traverse la région hépatique
et le cartilage crânien, et vient s'ouvrir lîans un estomac
globuleux à parois membraneuses : le cardia et le pyloie
sont très rapprochés. Au point où le pylore s'ouvre dans
l'intestin, un trouve un çsecum contourné en spirale
^...&
Fig. 3. — Appareil digestif du même Mollusque ■ bu, bulbe;
œs, œsophage; g. s, glandes salivaires ; f, foie ; si, estomac ;
st. s, estomac spiral ; ;', intestin ; pa, pancréas.
(estomac spiral). L'intestin se dirige alors directement
d'arrière en avant et se termine à l'anus, à côté de l'ori-
fice de la. poché à encre.
Cet organe consiste en une poche divisée en deux par-
ties ou chambres, l'inférieure seule est glandulaire et à
nombreux feuillets, elle communique avec la supérieure
par un orifice. Elle sécrète une substance noire, très co-
lorante, connue dans le commerce sous le nom de sépia.
et que l'animal peut rejeter à volonté pour troubler l'eau
([ui l'environne afin de se dérober par la fuite à ses
ennemis.
Il y a deux glandes salivaires situées près de l'œso-
phage et dont les deux canaux excréteurs se réunissent
en un seul qui va s'ouvrir à la partie ventrale du bulbe.
Le foie est une masse brunâtre, formée de deux lobes
auxquels se rattachent deux petites glandes blanches
pancréatiques, qui empruntent les canaux hépatiques pour
l'excrétion de leurs produits.
Ces canaux vont s'ouvrir près du point d'où se détache
l'estomac spiral.
Appareil circulatoire. — Quoique lacunaire, il est
beaucoup mieux indiqué que chez les autres mollusques.
Il se compose d'un organe central de propulsion situé
au fond de la cavité palléale, etduquel arrivent deux veines
venantdes branchies, ces veines se dilatent à leur arrivée
dans le ventricule pour former deux oreillettes. Leur ca-
vité est séparée de celle du ventricule par deux valvules
qui empêchent le sang do refluer dans les branchies.
Du ventricule partent : une aorte antérieure qui distri-
bue le sang à tous les organes de la partie antérieure du
corps (art. palléale, a. céphalique, a. brachiales, etc.);
une aorte postérieure qui se distriiiue à l'intestin et aux
organes génitaux. Le sang, après avoir circulé dans les
organes, continue par des capillaires; mais il tombe néan-
moins dans des espaces lacunaires, d'où il est repris par
des veines qui se réunissent pour former un grand
vaisseau ventral (veine céphalique). Ce vaisseau se divise
au niveau des branchies en deux troncs qui se dilatent et
forment des cœurs branchiaux, avant de pénétrer dans les
organes respiratoires, sous le nom d'artères branchiales.
Sur les troncs veineux qui se rendent aux branchies.
Fig. 4. — Système nerveux de la Seiche : g. c, cerveau ; n. b,
nerfs des bras; g. op, ganglions optiques; oc, yeux; g. et,
ganglions étoiles ; n. p, nerfs palléaux ; n. v, nerfs viscéraux;
c. an, commissure anastomotique.
on remarque des amas glandulaires (orgones spongieux ou
glandes péricardiques) que l'on considère comme des
LE NATURALISTE
219
appareils urinai ves. Ils vont, d'autiT part, déboucher aux
pores urinaircs signalés précédemment.
Appareil respiratoire. — Les branchies, au nombre de
doux, sont des sortes de panaches pyramidaux, formés de
lamelles membraneuses, qui s'insèrent, latéralement sur
un axe parcouru par deux vaisseaux sanguins, l'un
afférent, l'autre efTérent. Il n'existe pas de cils vibratiles
à la surface de l'appareil respiratoire.
Système nerveux. — Cet appareil est très développé. Il
est formé d'une masse centrale considérable, enfermée
dans une sorte de boîte crânienne cartilagineuse (carti-
lage céphaliijue). Les ganglions cérébroides, pédieux et
visi'Àraux, sont comme fusionnés en une seule masse ;
mais l'œsophage qui la traverse, sépare nettement les g.
cérébroïdes, de la masse viscéro-pédieuse située ventrale-
ment.
Les ganglions cérébroïdes fournissent deux masses ner-
veuses latérales (ganglions optiques), et deux petits nerfs
qui vont aux otoctjstes situés dans le cartilage céphalique
(n. acoustiques).
La masse pédieuse fournit les dix nerfs qui vont chacun
dans un bras, et la masse viscérale donne deux grands
nerfs (n. palléaux) qui vont former un ganglion étoile
énorme {g. étoile de Cuvier), placé à la face interne du
manteau et à la base des branchies. Enfin, deux nerfs
viscéraux qui, d'abord accolés, se séparent et sont unis à
la partie postérieure du corps par une anse anastomotique.
Pour la dissection de cet appareil, il est quelquefois bon
de partir du ganglion étoile, de suivre le nerf palléal jus-
qu'aux centres nerveux, d'où l'on peut ensuite rayonner
dans toutes les directions.
Organes génitaux. — Les sexes sont toujours séparés
chez les Céijhalopodes. La glande génitale, qu'elle soit
mâle ou femelle, est placée au fond du sac viscéral. Les
produits génitaux tombent directement dans une dépen-
dance de la cavité générale, d'où ils sont repris pour être
évacués au dehors soit par le canal déférent, soit par
l'oviducte.
Chez le mâle, on trouve d'abord un testicule contenu
dans un sac de forme sphéroîdale plus ou moins régu-
lière. Il donne naissance à un canal déférent qui bientôt
'■3
..-V.
y
Fig. 5. — Appareil génital mâle : /, testicule unique ; c. ci,
canal déférent ; v. s. vésicule séminale ; pr, prostate ; v. X,
vésicule de Needham : o. g, orifice génital.
se renfle en plusieurs glandes ou vésicules annexes.
D'abord une vésicule tiiple à parois glandulaires qui sert
de vésicule séminale; puis viennent deux appendices en
forme de caecum comparés à une prostate, enfin, un grand
réceptacle très dilaté, c'est le réceptacle de Needham qui
contient les .spe»-nîa(op/to»-es dont nous allons parler. Ce
réceptacle se continue, par un catial éj aculateur tiui va. s'ou-
vrir dans la cavité branchiale à la base de l'entonnoir
sur une saillie papilleuse.
Les spermatophores découverts par Stuammcrdaîn et étu-
diés beaucouj) plus à fond par Milne-Edwards, ne sont
aulre chose qu'une sorte de réservoir spermatique entouré
d'une enveloppe extérieure plus ou moins elhlée et cou-
tournée à son extrémité.
Le mâle nous montre une particularité intéressante. Le
A iï
Fig. 6. — Organes génitaux femelles de la Seiche : ov, l'o-
vaire ;. 7. h/, glandes nidamentaircs ; ni. a, glandes nida-
mentaires accessoires ; o, oviducte ; 0. g, orifice génital ;
g. a, giandes annexes; p. n, poche du noir; 0. u, orifices
urinai res.
bras ventral gauche présente à sa hase des ventouses
peu nombreuses et plus petites qu'aux autres bras. Il
porte également une série de replis transversaux irrégu-
liers. Ce bras différencié en vue de l'accouplement est
dit hectocotylisé. Il sert à l'animal à recueillir les sper-
matophores et à les jiorter dans la cavité branchiale de
Fig- 1. — Ponte de Seicho attachée à une branche .
la femelle. Souvent à ce moment ce bras particulier se
rompt et reste engagé dans la cavité branchiale où il a
été pris pour un parasite décrit par Cuvier sous le nom
220
LE NATURALISTE
d'Hectocotyle, nom qui lui est resté attaché, en établis-
sant, toutefois, son origine.
Chez la femelle, l'ovaire est logé dans une poche for-
mée par le péritoine. C'est de cette poche que part l'ovi-
ducte qui ne se continue pas directement avec la glande.
L'ovJducte débouche à gauche du rectum ainsi que
cela a été décrit plus haut. Il présente sur son trajet des
glandes accessoires consistant en éléments glanduleux
disséminés sur les parois.
De plus, il existe une paire de glandes à structure la-
melleusè, qui s'ouvrent directement dans la cavité pal-
léale et très actives au moment de la ponte : ce sont les
glandes nidatnentaires.
Elles fournissent une matière visqueuse qui entoure
les œufs et sert à les unir ensemble sous forme de
grappes noires, qui ont fait donner à la ponte des seiches
le nom de raisins de mer. A. Gruvel.
OFFRES ET DEMANDES
— A céder les lots etcollections de Coléoptères ci-après
désignés. S'adresser à « Les Fils D'Emile Deyrolle »,
46, rue du Bac, Paris.
t,ot df Clavieornes, 98 espèces, 236 exempl.,
1 carton. Prix : '2-2 fr.
' LottleCurcMlionîdes, 171 espèces, 37oexempl.,
2 cartons. Prix : 2j fr.
Collection «le Oysticides et Gyi-înides,
192 espèces, "92 exemplaires, 5 cartons. Prix : 50 fr.
Collection «le Téi-^diles, 148 espèces, 54b
exempl., o cartons. Prix : 40 fr.
Lot de CInvicoi'nes, 132 espèces, 368 exempl.,
4 co.rtons. Prix : 32 fr.
t,ot de CUrysomélides, 294 espèces, 1.374
exem]il., 8 cartons. Prix : KO fr.
Collection de Coccînellldes, europ. et exoti-
ques, liJo espèces, 502 exempl., 3 cartons. Prix : 40 fr.
I..ot de Coecinellides do France, 47 espèces,
123 exempl., 1 carton. Prix : 10 fr.
Collection de Liucanides et I..anielli-
cocnes de France, M5 espèces, 400 exempl., 3 car-
tons. Prix : 3b fr.
Collection de Coecinellides, 47 espèces,
bo9 exempl. ,2 cartons. Prix : 30 fr.
I.,ot de Chrysomélides europ. et exotiques,
environ 272 espèces, 556 exempl., 8 boites. Prix : 50 fr.
t,ot d'Apîon, 122 espèces, 315 exempl., 1 carton.
Pi ix : 2b fr.
!Lot de Scymnus à I^itophilus inclus,
47esiièces, 332 exempl., 1 carton. Prix: 20 fr.
C:<>lle«-8ion de Scolyti«leB, 83 espèces, 674
exempl , 3 boites. Prix ; 40 fr.
D«nibles de la collection lL.evoiturîer, en-
viron 15 a 16.000 Coléoptères. Prix : 300 fr.
Collection «le Coléoptères (presque tous de
France). 2.;00 csiièces environ, 12 à Ib.OUO exempl.,
44 Ijoites. Prix : 450 fr.
Collection de Cl!ivîc<»i'nes, 724 espèces,
3.391 exempl., 22 cartons. Prix : 150 fr.
Collection de I>on};icoi-nes, 423 espèces,
1.294 exempl., 14 cartons. Prix : '.'bO fr.
Collection de Palpicoi-nes, 107 espèces, b60
exemplaires, 3 cartons. Prix : ;tO fr.
Collection de Stapliilintdes, 713 espèces,
2.965 exemiil , 18 cartons. Prix : 160 fr.
Collecti<»n de »I«lacodei-nies, 171 espèces,
678exemi)l., 7 carions. Prix : 4.'i fr.
Collection de Cui-culîonîdes et Xylo-
phages, 880 espèces, 3.416 exempl., 27 cartons.
Prix : 175 fr.
Lot de Curculionides, 95 espèces, 383 exempl.,
4 cartons. Prix 30 fr.
L.ot de Coecinellides européens et exotiques.
78 espèces, 246 exempl., 1 lioite. Prix : 20 fr.
I..ot de Dytisci«le8, Gyrinîdes europ. et
exotiques, 78 espèces, 246 exempl., i boite. Prix : 20 fr,
Lot de Cleindèles, 39 espèces, 118 exempl.,
i carton. Prix : 3b fr.
Lot de Curculionides, 171 espèces, 375 exempl.,
2 cartons. Prix : 30 fr.
Lot «le Malacoi-dermes europ. et exotiques,
344 espèces, 700 exempl.. 9 cartons, 16 type» de
^Vollestou. ^ types d«"; Solier. Prix 80 fr.
Collecti«>n de Leptodérides, mécropho-
rldes, MiphiUIes europ. et exotiques. 96 espèces.
778 exempl., 4 boites. Nombreuses variétés et exem-
plaires de provenances diverses. Prix : 70 fr.
Collection de Coecinellides, 110 espèces,
329 exempl., 2 cartons doubles. Prix : 28 fr.
Collection de Staphylinî«les europ. et exoti-
ques. 1068 espèces. 2284 exempl., 34 cartons. lO types
de $<oliei-. Prix': 250 fr.
Lot de Cryptophagitles, 50 espèces, 172
exemplaires, 1 carton. Prix : 15 fr.
Lot de Claphyi-itles europ. et exot. 44 espèces
et variétés, t5 exemplaires, 1 carton. Prix : 15 fr.
Collection de IVitidulides, environ 130 es-
pèces, 400 exempl., 3 cartons. Prix : 40 fr.
Collection de Staphylinides europ. et exoti-
ques, 780 espèces, 10 cartons. Prix : 80 fr.
Lot de Stapliylinides, Ci*ypt«>phagides,
Latliritlîides, Anisotonii«les,Scy«lniéni«les,
Cissides, etc. Environ 400 espèces, 1200 exempl.,
16 cartons. Prix : bOfr.
Deaux exemplaires de Polyphylla Ra-
gusse o'. 1 fr. i)ièce.
Lot «le CoI«?optères d«» ma«lagascai-, 49 es-
pèces, 101 exempl., 1 carton. Prix 2(1 fr.
Lot de Coli'optères «le Aladagascar, 62 es-
pèces, 120 exempl., 1 boite. Prix 25 fr.
Lot tle Coléoptères «le France, 400 espèces,
1 boite. Prix : 40 fr.
Lot de Coléoptères de France, 300 espèces,
1 boîte. Prix : 28 fr.
Lot d'Hispides, exotiques, 60 espèces, 65 exempl. .
1 carton. Prix 15 fr.
Lot «le Cliry8oniélî«le8 europ. et exotiques,
2.308 espèces, 2.875 exempl., 58 cartons. Un bon
nombres d'espèces africaines sont typiques et ont servi
à Vogel pour faire sa monographie. Prix : 450 fr.
S'adresser pour les lots et collections ci-dessus à « Les
Fils D'iimile Deyrolle », 46, rue du Bac, Paris.
— A vendre les lots ci-après de Coquilles et Fossiles,
(même adresse que ci-dessus.)
Un lot de Coquilles marines et terrestres de Maurice,
environ 128 espèces et 277 exemplaires. — 00 fr.
Un lot de Coquilles de Cuba (terrestres) comprenant
ue nombreuses Hélix, Strophia, Choanopama, Chondro-
poma, Ilelicina, 48 espèces, 65 exemplaires. — 5b fr.
Une collection de Fossiles du dévonien du Pas-de-
Calais, 25 espèces, 38 exemplaires. — 20 fr.
Une collection Bulimus de Nouvelle-Calédonie, 12 es-
pèces, 15 exemplaires, parmi lesquelles Bulimus Ma-
riei. — 12 fr.
Le Gérant: Paul GROULT.
P.VRIS. — IMPRI.MERIR F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17.
19" ANNÉE
2" SÉRIE
!^° »2;4
1" OCTOBRE 1897
LES MARNES INTRAGYPSEUSES
DANS LES QUARTIERS NORD DE PARIS
Lct; excursions géolugwiues devieiment de plus en
plus dilliciles aux environs de Paris, par suite de l'aban-
don des anciennes carrières et de l'extension toujours
croissautc des habitations ; mais on a quelquefois la
bonne fortune de faire, dans les fouilles nécessitées par
ces constructions, des observations intéressantes.
A Paris même, si connu que soit le sous-sol, il ne, fant
pas négliger l'examen des moindres excavations qui don-
nent souvent lieu à des observations d'autant plus cu-
rieuses ([u'elles ne peuvent être faites que pendant le
temps fort court des travaux. C'est ainsi que, l'année
dernière, le quartier de la gare du Nord a été le centre
d'un ensemble de terrassements importants pour cons-
tructions d'égouts, fondations diverses, culées de ponts,
extension de la gare, etc. Pour ces derniers travaux en
particulier, j'ai pu suivre toutes les fouilles, grâce à M.
l'Ingénieur des ponis et chaussées Rossignol, qui a bien
voulu me signaler les points intéressants et me com-
muniquer les coupes pétrographiques pratiques qu'il
avait fait relever par son service de construction de
chemin de fer.
Les points explorés, tous situés entre les deux collines
gypseuses de Montmartn' et des Buttes- Cliaumout, inté-
ressaient les couches inférieures du gypse, les forma-
tions intra-gypseuses et les couches supérieures du tra-
vertin de Saint-Ouen.
Ces dernières, les plus anciennes de la série examinée
ont été mises à jour dans les tranchées de l'égout de la
rue des Messageries, au coin du faubourg Poissonnière.
Les marnes de cet étage étaient très calcaires et absolu,
ment pétries de bithinies.
Dans la forniation gypseuse, les niveaux exacts sont
assez souvent difficiles à déterminer dans les excavations
autres que les carrières ; les marnes intercalées facili-
tent les glissements et rendent les éboulements très
fréquents; on est obligé d'attaquer ces couches par puits
et tranchées successivement murailles; il devient alors
impossible de suivre les lits sur une grande étendue, et
les déterminations no peuvent généralement être eîfec-
Pholadomya ludcnsis et Macropneustes Prevosti.
tuées en l'absence de fossiles que d'après les caractères
pétrographiques des roches extraites.
Fort heureusement, dans le cas particulier qui nous
occupe, le niveau inférieur du gypse, caractérisé par les
marnes à Pholadomya ludcnsis (tig. ci-dessus), a pu être
reconnu exactement et suivi en un certain nombre de
points au-dessous des petits bancs de gypse saccharoide
(le la 4= masse.
Parmi les points étudiés, il faut tout d'abord citer
d'une façon spéciale la grande tranchée fait£ pour la
construction du passage souterrain qui relie la gare du
Nord à la nouvelle gare de ceinture, au coin du faubourg
Saint-Denis et de la rue de Dunkerque.
Cette tranchée, faite par tronçons successifs, a re-
coupé la base de la masse du gypse, les marnes infra-
gypseuses et le gypse saccharoide de la i" masse; le tout
fortement ondulé, éboulé et souvent même raviné par
des poches. L'examen successif des diverses parties a
pu me permettre de relever la coupe géologique moyenne
suivante, pour la partie centrale du souterrain, soit à en-
Le Naturaliste, 46, rue du Bac, Paris.
viron 20 mètres de l'angle S.-E. du bâtiment principal
de la grande gare, dans la cour des arrivées.
Altitude du sol de la cour b.3" 38 ■
1 . — Remblai et gypse remanié I" 00.
2- — Argile jaune, verdâtre, feuilletée 0™ 23.
3. — Marnes jaunes feuilletées, très fossili-
fères (Pholadomya ludensis), avec gypse
niviforme, en masses sphériques de
0 5 à 1 décimètre cube O™ 60 .
4 . — Argile noire 0"° 05 .
b. — Marne carton, magnésienne 0™ 30.
6. — Argile jaune très feuilletée 0°" 08.
" . — Gypse saccharoide très pur 0" 60 .
8. — Argile brune en plaquettes 0™ 13.
9. — Marne calcaire compacte, très dure
avec cérithes et bithinies 0™ 13.
10. — Marne argileuse avec cristaux de gypse
en fer de lance et bithinies 0" 70
Le fond de cette fouille intéresse la base extrême de
222
LE NATURALISTE
la formaXion gypseuse, qui n'a été dépassée en aucun
point des travaux de chemin de fer, même dans les puits
profonds des fondations de la gare de ceinture ; là, ainsi
que dans les égouts de la rue de Dunkerque, on est en
pleine troisième masse du gypse. En certains points, on
a recoupé d'anciennes galeries d'exploitation.
La faune des marnes (couche 3 de la coupe ci-dessus)
est très riche, on peut y signaler : Pholadomya liidensis,
Macropneustes Prevosti, Cerithium Iricarinatum, Volula,
Fabrei, Lucina Heberti, etc.
Les deux premières espèces étaient particulièrement
abondantes presque partout, mais principalement dans
une fouille faite sous les voies de ceinture, à 300 mètres
au nord du souterrain, et à l'altitude de 32. Là un seul
échantillon de 1 décimètre cu'oe contenait à la surface
4 Pholadomyas, 3 oursins, 3 cérithes, 1 pince de crustacé,
etc.
La Pholadomya ludensis a aussi été retrouvée sur la cote
50, dans les fondations du pont du boulevard de la Cha-
pelle, et dans les puits à béton de la culée ouest du nou-
veau pont de la rue J. François-Lépine. En ce point, au
croisement delà rue Stephenson, le gypse delà 3" masse
avec ses marnes a été recoupé sur toute sa hauteur.
A partir de ce point, la formation gypseuse plonge
vers le nord et est très fortement ravinée par des puits
naturels, remplis de diluvium ou de sables et grès ferru-
gineux de Fontainebleau. Lessables, en lambeau éboulé
très puissant, formaient un placage épais sur le flanc E.
d'un contrefort de la butte Montmartre, derrière l'église
Saint-Bernard. Ce sable raviné, qu'on peut suivre sur
une grande distance, recouvre dans ce quartier tout le
gypse supérieur.
IL B0URS.4.ULT.
lESCEIPTIOIf D'ÏÏI MOLLÏÏSQÏÏE NOÏÏYEAÏÏ
LES CAUSES DES BRUITS OU CŒUR
Leplachatina approxbnans, auc, nov. sp.
Testa oblongo-turrita, imperforatn, tcnuis, oleoso-micans,
impei'forata, glabra sed sublenle confertim et obsolète stria-
tula fulvo-cornea, linea inl'ra suturain rubi-o-fusca cingulata.
Spira turrita, rcgulariter conoidea, vix subconvexa vel rectili-
nearis, subclavata, obtura. Anfractus 8 lente crescentes, con-
vexiusculi, sutura leviler impressa. Ultimus oblongus, rotun- '
datus. Plica columellaris valida, contorta, sordide albicans.
Perisloma obtusiusculum.
Long. 12 1/2, 13 1/4; lat. 6, 6 1/2; ait. apert 5, 5 /12 Mill.
Waianœ Ouhu (teste E. Durand).
Malgré ses allinités manifestes avec la Lepl. vilrea, New-
comb, également d'Oahu, il ne m'est pas possible de lui réu-
nir l'espèce qui vient d'être décrite. La Lept. appro.rimans est,
en effet, moins écourtée. Sa spire est plus élancée, conique, et
possède 8 tours au lieu de 6. La coloration est sensiblement la
même et, chez l'un des sujets que m'a communiqués M. Emile
Durand, on observe, outre la ligne suturale brune, un semblant
de fascie à la périphérie du dernier tour. Par ses caractères,
cette nouvelle espèce est intermédiaire entre la L. vitiea,
Newcomb, et la pyramis, laquelle est d'ailleurs beaucoup plus
allongée, etqui provient de l'île de Kanai.
Dra-el-Mizan, le 30 mai 1897. C, Fancey.
Quand on applique l'oreille sur la poitrine d'une per-
sonne, soit directement, soit indirectement par l'intermé-
diaire d'un stéthoscope, on entend un double bruit,
appelé bruits du cœur, à chaque contraction de cet
organe. Un long silence s'écoule dans l'intervalle, de ce
tic tac au tic tac suivant,' eu égard au court silence qui
sépare les deux bruits du cœur, tic et tac. Généralement
on a le grand tort d'attribuée ce liruit au claquement des
valvules, que l'on compare au clapotement d'un drapeau
agité par le vent, qui donne un double bruit en se pliant
et se dépliant en sens inverse. Mais, ici, ce n'est pas cela
du tout !
Sans doute, ce bruit varie beaucoup quand les val-
vules sont atteintes de maladies qui modifient leur
forme, leur consistance, etc.; mais, ce n'est pas le cla-
quement des valvules qui produit les bruits du cœur. Il
est facile de le démontrer par des raisons péremptoires :
1° Les valvules se contractent comme les muscles,
mais ne battent pas comme un drapeau. Or le bruit de
la contraction musculaire est tout autre que celui des
bruits du cœur : il n'est connu que de rares initiés, tan-
dis que l'autre est connu de tout le monde. Car les bruits
du cœur s'entendent à distance, surtout quand on est un
peu essoufflé, à la suite d'une course, par exemple.
2° Si on enlève le cœur d'un chien pour le mettre sur
une soucoupe, on le voit se contracter énergiquement
pendant quelques minutes encore, bien qu'il se soit vidé
de son sang instantanément, et qu'il se contracte à vide :
mais on n'entend plus du tout les bruits du cœur.
3° Les animaux qui n'ont que des valvules insigni-
fiantes, tels que les Pythons et les Kangourous, donnent
les mêmes bruits du cceur que les animaux qui ont des
valvules bien développées, comme le chien, le chat, le
cheval par exemple.
4° On peut faire contracter artificiellement un cœur,
en remplaçant le sang par de l'eau, si on veut éviter
qu'il ne se contracte à vide. Dans ce dernier cas, il n'y a
pas de bruits, tandis que les bruits se manifestent dès
que le liquide arrive au cœur.
On a récemment attribué les bruits du cœur au choc
du sang des ventricules contre celui qui afflue par les
valvules semi-lunaires; mais ce n'est là qu'une des
causes accessoires des bruits du cœur. Comment un
homme intelligent comme Sir Richard ne comprend-il
pas cela?
La cause générale des bruits du cœur, c'est le frotte-
ment du liquide, non seulement contre ses diverses mo-
lécules animées de mouvements en sens opposés, mais
encore contre tous les obstacles qu'il rencontre dans son
parcours : frottement contre les parois, passage à travers
les orifices et à travers toutes les variations dans la capa-
cité des cavités successives : ventricules, orifices étroits,
vaisseaux dilatés. Que d'inégalités dans tous ces ca-
libres! Pour celui qui s'est amusé à regarder au micros-
cope la circulation des globules sanguins dans les petits
vaisseaux de la membrane interdigitale de la grenouille,
il est clair que la circulation du sang dans le cœur doit
lui apjiar^iitre comme un tourbillon de globules agités
d'une infinité de mouvements propres, dans une immense
quantité de directions différentes : de là des millions de
chocs à un instant donné, et un vaste ensemble de bruits
de toute espèce, qui se confondent en un murmure
appelé les bruits du co-ur.
En un mol les bruits du cœur sont produits par le
frottement du liquide contre tous les obstacles qui s'op-
posent à sa libre expansion dans l'espace. Il coule dans
un espace limité par des parois, contre lesquelles
viennent se heurter toutes ses moléeules, en buttant les
unes contre les autres. Il est bien évident que, si les ori-
LE NATURALISTE
223
lices sont dilatés ou rétrécis, les bruits ne seront pas les
mêmes que si ces orifices avaient leurs dimensions nor-
males. De même encore si les valvules sont saines ou si
elles sont malades, elles peuvent perdre leur souplesse
et présenter des saillies, qui exagèrent encore les frotte-
ments et dénaturent les bruits nouveaux du cœur. De là
une inlinité de liruits différents, pour une oreille exercée :
liruits sourds, bruits clairs, bruits de râpe, bruits de sif-
flement, bruits confus, bruits distincts, bruits de toute
sorte, suivant les cas pathologiques, ou même selon les
variations physiologiques d'un sujet bien portant. Tout
le monde sait que les bruits du cœur, chez un homme
«Midormi, ne sont pas les mêmes que chez celui qui vient
de monter |irécipitaninient un escalier. Ils sont bien plus
forts et bien plus précipités dans ce dernier cas que dans
le précédent.
La cause des bruits du cœur est donc fort variable
comme ces bruits eux-mêmes. En définitive, c'est une
question de frottement du liquide, non seulement contre
les parois du cœur, les valvules, les vaisseaux, mais
encore contre ses propres globules agités de courants
variés, à travers des passages tantôt rétrécis et tantôt
dilatés, soit aux orifices, soit dans les cavités du cœur et
(les gros vaisseaux qui en sortent. Du reste ces bruits se
propagent très loin, et se produisent encore sur place
dans les vaisseaux eux-mêmes. Tous les médecins ont
entendu les bruits qui se produisent au niveau des dila-
tations anévrysmales des vaisseaux. Les bruits du cœur
sont produits par une série de causes mécaniques com-
plexes, de sorte ([u'on aurait bien tort de vouloir tous les
rapporter à une cause unique, plus ou moins légitime.
On voit donc ce qu'il faut penser du claquement des val-
vules, ou de la théorie trop exclusive du choc contre
l'afllux sanguin. Ce n'est pas la contraction musculaire
<|ui produit directement les bruits du cœur. Cette con-
traction produit un mouvement rapide du sang; et c'est
ce mouvement du liquide qui produit les bruits en ques-
tion, à cause de son frottement contre tous les obstacles
qui s'opposent à sa libre expansion dans tous les sens,
pour lui faire suivre une direction déterminée, à travers
des cavités inégalement calibrées. Ajoutons à cela le
choc des globules entre eux, car ils sont animés de mou-
vements très variables en passant d'une partie dilatée à
un orifice étroit, et même de mouvements en sens
inverse, au niveau des valvules semi-lunaires.
D' Bougon.
La Grrassette
La Grassetle ou Pinguicula vulgaris, quoique appartenant
au groupe des plantes dites carnivoi-es, ne présente pas
extérieurement ces caractères singuliers qui attirent de
suite l'attention sur la Dionée et sur le Drosera. Comme
cesderniers, elle appartientàla famille des Lentibulariées.
On la reconnaîtra facilement au signalement suivant :
corolle plus longue que large, violette, à lèvre supérieure,
formée de deux lobes oblongs, arrondis au sommet, con-
tigus par leur bord interne, à lèvre inférieure constituée
également par deux lobes allongés, écartés l'un de l'autre,
à éperon linéaire, obtus, égalant moitié de la longueur
de la corolle ; pédoncules floraux au nombre de !-'»•,
glanduleux au sommet; feuilles disposées en rosette ra-
dicale, entières, charnues, glabres, recouvertes d'un en-
duit visqueux et gluant. La Grassetle commune se ren-
contre dans les lieux humides et tourbeux de toute la
France, principalement dans la région montagneuse oi'i
elle abonde.
Le genre Pinguicula ne se borne pas à cette seule
espèce. Dans l'ouest et le centre de la France, la Nor-
mandie, la Bretagne, la Sologne, existe une autre plante
de taille plus petite en toutes ses parties, à Heurs jaunes
avec le tube rayé de pourpre, ne dépassant guère 6 à
7 millimètres de longueur, ù pédoncules capillaires, à
feuilles luisantes et vert-jaunàtre. C'est le Pinguicula
lusilanica.
Sur les hautes cimes du Jura, dans les rochers humides
des Alpes, des Pyrénées, on rencontre le Pinguicula
aipina: dans les mêmes régions ainsi qu'au Mont-Dore,
au Plomb du Cantal, c'est le Pinguicula grandiftora qui
apparaît. Le premier se distingue à ses fleurs blanches
marquées à la gorge de deux taches jaunes, à son éperon
très court, aussi large que long, le second à ses fleurs
violettes ou roses dont l'éperon dépasse plus d'un cen-
timètre. Les montagnes de Corse sont l'huliitat d'une
espèce spéciale, le Pinguicula corsica, à fleurs blanchâtres,
jaunes ou roses, à éperon égalant environ le tiers de la
corolle.
Les feuilles sont à peu près les mêmes dans toutes ces
plantes, dont quelques-unes sont assez, voisines pour
qu'on les ait considérées comme les formes d'une même
espèce. Quant au nom de Grassette, la consistance char-
nue et grasse de la feuille indique assez la raison qui l'a
fait donner. Examinons ces feuilles de plus près : les plus
âgées sont plates ou convexes, et reposent sur le sol;
quant aux jeunes qui sont au centre de la plante, elles
sont verticales et très concaves. Les bords sont recour-
bés. La surface supérieure est couverte de poils glandu-
laires de deux sortes, différents entre eux parla longueur
des pédicelles et le volume des glandes. Les plus grosses
glandes paraissent rondes, sont formées de 16 cellules
disposées en rayonnant et contiennent un liquide vert
clair. Les autres sont moitié plus petites, renfermant un
liquide plus clairet moins longuementpédonculés. Quelle
que soit la dimension des glandes, le liquide qu'elles secrè-
ment est tellement visqueux qu'il peut être facilement
étiré. Quant au bord de la feuille, il ne porte pas de glandes
et, de plus, il est transparent.
Darwin a été amené à étudier le Pinguicula sur l'ob-
servation qui lui avait été communiquée, qu'on rencontrait
fréquemment des insectes adhérents aux feuilles. Sur
39 feuilles provenantdu pays de Galles, 32 avaient cap-
turé 142 insectes, ainsi que de petites feuilles d'autres vé-
gétaux, entre autres de ÏErica tetralix, des hmls de Carex,
de joncs, des fragments de mousses. D'autres feuilles
portaient également des insectes ; l'une d'entre elles n'en
avait pas accaparé moins de 30. L'époque favorable parait
être le mois de juillet; au commencement de l'automne
les captures sont moins nombreuses. En général, ce sont
les diptères qui dominent; on trouve, quelquefois, de
petites hyménoptères et, de plus, des fourmis, des arai-
gnées, de petits papillons.
Quels sont les phénomènes provoqués par cette capture
de petits animaux'? Il ressort des observations de Darwin
que les matières azotées provoquent chez la grassette
une augmentation de sécrétion acide qui jouit de la
facilité de digérer les substances animales.
En outre, ces dernières sont absorbées par les glandes.
Il v a donc digestion et absorption.
224
LE NATURALISTE
Mais comment fonctionnent les feuilles'? D'abord, il
faut remarquer que les vieilles feuilles fonctionnent mal
et ne peuvent pas servir pour l'expérimentation, car elles
sont habituellement profondément recourbées, et ne sont
capables de se mouvoir que lentement et difQcilement.
Si, au contraire, on choisit une jeune feuille et qu'on
place sur un de ses bords une rangée de mouches, on
constate, au bout de quinze heures environ, que ce bord
est recourlié, de façon à recouvrir les mouches en partie,
tandis que l'autre bord n'a pas bougé. Toutes les glandes
en contact avec les bestioles avaient abondamment sé-
crété. Dans une autre expérience faite avec une feuille
plus vieille, la sécrétion avait été tellement considérable
que la partie repliée de la feuille en était littéralement
remplie.
En ])laçant un fragment de mouche sur le milieu d'une
feuille, un peu au-dessus même, on amène les bords à se
recourber énergiquement en embrassant le fragment par
les deux bouts. On provoque également le recourbement
desbords en se servant de petits morceaux de viande rôtie;
de même avec des cubes d'épongé imbibés d'une forte
infusion de viande crue, avec des graines de choux qui
cèdent des matières solubles aux glandes. Dans toutes
ces conditions, l'infexion des feuilles vers l'objet déposé
à leur surface a lieu avec plus ou moins d'énergie, mais
au bout d'un temps également plus ou moins long, le
redressement des bords a toujours lieu.
Des fragments de verre n'excitent tout au plus qu'une
augmentation passagère de la sécrétion. L'inflexion a
lieu, mais dans de faibles proportions, quand on dépose
aux bords des feuilles des gouttes d'infusion de viande ;
elle ne se manifeste pas, mais alors il y a une sécrétion
des plus abondantes, avec des gouttelettes d'une solution
de carbonate d'ammoniaque. La titillation avec une ai-
guille émoussée et avec l'extrémité d'une soie de porc,
au-dessous d'une goutte d'infusion de viande, ne produit
rien de spécial. Le même résultat est obtenu avec des
gouttes d'eau, de solution de sucre ou de gomme.
Il semble résulter de ces faits que le mouvement des
feuilles peut être provoqué par deux causes : une poussée
légère et continue, ainsi que l'absorption de matières
azotées. Dans tous les cas, les bords seuls s'infléchissent,
le sommet ne s'inclinant jamais et les pédicelles des
glandes n'opérant aucun mouvement. L'action ne com-
mence à se manifester qu'au bout de 2 heures 17 minutes.
L'inflexion dure habituellement peu de temps; le redres-
sement se fait, dans la plupart des cas, au bout de
24 heures. Quand une feuille s'est infléchie, puis re-
dressée, elle ne se soumet plus de longtemps à de nou-
velles excitations.
Quel service l'inflexion peut-elle rendre à la plante?
C'est d'abord de presser les objets contre les glandes et
de favoriser la sécrétion. Mais le service le plus impor-
tant qu'elle parait rendre est le suivant : quand une
substance quelconque, vivante ou non, et placée sur la
feuille, ne peut pas être enveloppée complètement par
les bords recourbés,il s'établit sous l'influence de l'inflexion
une poussée très lente, il est vrai, mais réelle et mani-
feste, qui l'amène vers le centre de la feuille. L'objet est
ainsi placé en contact avec un bien plus grand nombre
de glandes et, par suite, la sécrétion est plus abondam-
ment provoquée. Darwin a pu dire pour résumer : « Les
services rendus à la plante par cette poussée, aussi bien
que celui rendu par le contact, quelque court qu'il soit,
des glandes marginales avec la surface supérieure des
petits insectes capturés, suffisent peut-être à expliquer le
mouvement particulier des feuilles du Pinguicula; autre-
ment il faut regarder ces mouvements comme le reste de
facultés plus développées que possédaient autrefois les
ancêtres du genre. »
Ce mouvement des feuilles peut se manifester encore
dans d'autres circonstances. Ainsi, lorsqu'on arrache
une plante, les feuilles s'inclinent de manière à recouvrir
les racines, probablement en raison de cette tendance
qui fait que les feuilles extérieures âgées se couchent sur
le sol. De plus, il paraîtrait que les tiges florales sont
irritables et s'inclinent en arrière quand on les saisit.
Comme effet final de l'absorption, on constate que les
glandes, d'abord limpidesetverdâtres, deviennent bleuâtres
et se remplissent de matières granuleuses qui se com-
posent de protoplasma. La digestion et l'absorption se
font aussi en présence du pollen, de feuilles de plantes;
de sorte qu'on peut dire avec justesse que la Grassette est
à la fois Carnivore et herbivore.
Comme le Pinguicula vulgaris, se comportent, d'après les
expériences et les observations de Darviin, les Pinguicula
Imilanica et grandiflora.
Dans la première de ces espèces, l'inflexion pro-
voquée par les corps organiques est beaucoup plus
marquée et dure plus longtemps ; les glandes sécréte-
raient également davantage sous l'action de substances
ne contenant pas de matières azotées solubles.
Morren s'est aussi occupé des propriétés insecticides
des Pinguicula. Les Pinguicula alpina et longifolia ont
fait l'objet de ses recherches. Il est arrivé à une expli-
cation toute différente de celle de Darwin. Ce serait,
d'après lui, les bactériacées qui seraient la cause de la
prétendue digestion des insectes et des matières azotées,
en provoquant la fermentation et la putréfaction. Il est
j)robable que Morren a raison et que la séduisante théorie
de Darwin ne sera jamais qu'une vue de l'esprit, bien
faite, il est vrai, pour captiver et pour plaire.
P. Hariot.
LES OISEAUX
AU POINT DE VUE INDUSTRIEL
Au Maroc, les oiseaux sont préparés par quelques rares
naturalistes européens fixés sur le littoral; dans l'inté-
rieur on ne chasse ])as l'oiseau, quel qu'il soit.
L'Afrique occidentale, deimis le Maroc jusqu'au Séné-
gal, ne contribue pas aux productions ornithologiques.
L'autruche, autrefois assez commune dans le Sahara
occidental, y est devenue fort rare. Les plumes d'autruche
autrefois expédiées de Mogador à Londres jjrovenaient
du Soudan occidental et de la Sénégambie.
Celles qui viennent par Tripoli, mélangées avec celles
de toute provenance, ont aussi cette origine en par-
tie, leur désignation spécifique générale est : plumes
d'autruches de Barbarie, saiivages, privées. Au Soudan
français, dans tout le Macina. les Songhois qui y habitent
possèdent de grands troupeaux de bœufs et élèvent des
autruches qui fournissent au commerce nombre de
plumes généralement défectueuses désignées « plumes
d'autruches de Barbarie privées ». Dans la Douwentza
on élève les autruches comme les poules dans d'autres
jiays, chaque chef de case et chaque famille en possèdent
dont ils tirent profit. L'industrie de l'élevage des au-
LE NATURALISTE
225
t ruches dans les pays Haoussas, favorables à cette
iiiilustrie, est pratiquée d'une façon iirimitive, on général
les produits sont défectueux, mais la qualité du duvet
ferme et nourri est bien supérieure aux productions des
espèces Somalie et australe.
Une faune particulière à son airo d'expansion depuis
le fleuve Sénégal jusqu'à l'Afrique équatoriale, quelques
espèces équatoriales font leurs migrations de la mer
Uouge à l'Atlantique. Cette faune diffère de celle plus
septentrionale et saharienne par des couleurs plus vives
et plus brillantes; pour cette raison elle est plus décimée.
Les productions ornithologiques de l'Afrique centrale
se bornent aux dépouilles d'autruches encore assez nom-
breuses dans la région des steppes du Baghirmi autour du
lac Tchad; l'e.vportation des plumes est pratiquée comme
dans l'antiquité par caravanes allant à Tripoli et à Ben-
ghazi ou à Souakim (1). Avant la conquête d'Alger, cette
ville était l'entrepôt des jilurnes d'autruches du Soudan
central et occidental, Le Caire celui du Soudan oriental.
L'interdiction du commerce d'esclaves en Algérie déplaça
le commerce des plumes d'autruches. Tunis devint
l'entrepôt, Livourne fut le marché qui à son tour émigra
à Tripoli. Le déplacement de ce commerce qui, avec
l'ivoire, prend la voie du Niger et de l'Atlantique, est un
fait accompli en grande partie. La récente prise de pos-
session de Tombùuctou nous fait espérer que le com-
merce des plumes, autrefois monopolisé à Tombouctou,
se reconstituera à l'ombre de notre drapeau et que, à
l'exemple du Cap, l'industrie de l'élevage en domesticité
deviendra la grande ressource du Soudan français !...
Sans conteste, l'autruche pourrait devenir notre auxi-
liaire le plus important pour le développement de notre
influence civilisatrice et la prospérité de nos sujets sou-
danais.
En 1896, le ministère des Colonies a donné satisfac-
tion aux vœux du commerce parisien, en décidant à
Gombou, cercle de Nioro, Soudan français, la création
du haras de repeuplement d'autruches du Soudan fran-
çais. Tous nos souhaits de réussite s'adressent à cette
intéressante tentative.
L'Afrique équatoriale fournit au commerce une
grande quantité de petits passereaux vivants, de perru-
ches et de perroquets jackos, ornement des volières
européennes. Les oiseaux de parure très nombreux
paient un grand' tribut au Moloch « la mode » : les petits
coucous bronzés, dont une variété, le foliotocole surpasse
en beauté les plus belles productions de l'Ancien et du
Nouveau Monde; les merles métalliques, les sucriers,
les martins-pécheurs, les rolliers, les touracos, les
hérons, les aigrettes, les pélicans, etc., etc. ; l'Afrique
équatoriale fournit aussi les i)lumes sous-caudales
blanches du Marabout.
L'Africjue équatoriale est exploitée par les Anglais de
l'Afrique australe, les Allemands des Cameroons et du
Zanguebar, les Belges du Congo, les Français du Gabon,
de la Guinée, les Portugais dans leurs possessions d'An-
gola. Ce sont surtout les touracos, les merles métal-
liques, les coucous, les sucriers, les guêpiers, les ai-
grettes, etc., qui sont fournis par cette immense contrée.
(1) Les Anglais viennent de trouver un nouveau moyen de
se procurer des ressources pour la campagne du Soudan. Ils
viennent de décréter que le trafic de l'ivoire, des plumes d'au-
truche, de la gomme, de la poudre cl du salpêtre constitue
un monopole au profit du ministère de la guerre, dans toute
ta région située au sud de Wady-Halfa.
La contriliution de Mailagascar, qui a. \iuc faune orni-
thcjlogique si remarquable, est encore de nos jours de
minime importance. Lorsque notre domination sera
l)lus ]>répondérante dans l'immense île africaine, les
chasseurs industriels trouveront une large rémunération
pour leurs peines. La partie occidentale de l'ile serait
particulièrement favorable à l'élevage de l'Autruche. Des
plaines immenses se trouvent dans cette région, d'ail-
leurs l'élevage du bœuf s'y pratique avec succès. Les la-
gunes et marécages qui forment une ceinture à l'île con-
viendraient à l'élevage des Aigrettes, encore très abon-
dantes.
L'Afrique orientale fournit peu ou pas d'oiseaux pour
la parure, c'est des pays somalis que viennent les
plumes d'autruche dénommées Yamaniet plus impropre-
ment « Sénégal » ; cette sorte de qualité inférieure est
fournie par une variété d'autruches nègres {struthio molyb-
dophancs) de taille gigantesque, qui parfaitement do-
mestiquées vivent complètement libres avec leurs sau-
vages projjriétaires, les Somalis et les Gallas qui les
plument régulièrement d'une façon barbare.
Chez les Gallas, on décore le meurtrier : celui qui a
tué porte dans les cheveux une plume d'Autruche,
blanche si le sang est récent, noire s'il est plus ancien (1).
J'ai cité l'exemple de la plume portée au chapeau comme
amulette au Tyrol, en Styrie, ici elle a une signification
qui parait résulter d'une convention sociale : la décora-
tion est née.
L'emploi de la plume d'autruche dans la coiffure
humaine remonte à la plus haute antiquité ; comme
garniture de vêtement il est fort ancien. Nous trouvons
une description très explicite dans le Roman du petit
Jehan de Saintré qui vivait à la cour du duc de Bour-
gogne sous le règne de Charles 'VU vers 1423. La dési-
gnation de la façon des plumes et de leurs coloris dénote
des procédés de fabrication très perfectionnés. On ne
ferait pas mieux aujourd'hui.
On sait que les nègres de l'Afrique orientale prati-
quent l'incubation artificielle des œufs d'autruche, qu'ils
enfouissent dans un tas de paille de dourah sorgho; il
est singulier de retrouver en Australie ce mode d'incu-
bation des Gallinacés spéciaux à ce pays.
La région des grands lacs africains dont la richesse
ornithologique est bien connue, contribue peu dans l'in-
dustrie, la difficulté des préparations est cause de la
pénurie des dépouilles d'oiseaux du commerce. Ces
régions sont la patrie des baheniceps fort rares dans les
collections et dont la recherche d'ailleurs dans ce but est
fort active.
Au cap de Bonne-Espérance et dans l'.Vfrique australe,
l'Européen ne pratique pas la chasse des petits oiseaux;
tout au plus, au moment des récoltes, les poursnivra-t-on,
mais sans se servir d'armes à feu. Les services rendus
à l'agriculture par la destruction des insectes nuisibles
innombrables, font tolérer les légers dégâts qu'ils
peuvent faire. Les nègres de l'Afrique australe, peu
difficiles, consommant les aliments les plus hétéroclites,
dédaignent la chasse des petits oiseaux, à l'exception de
certaines espèces recherchées par la mode, soit les merles
métalliques, évêques, coucous bronzés, sucriers, tou-
racos, aigrettes, etc. et quelques espèces d'oiseaux de
volière envoyées en Europe ; ils donnent ainsi un bel
exemple à suivre aux Nemrods européens qui habitent
(1) AuBRY. Comptes-Rendus S. d. g. Paris 1886, n'Il.p.SSl.
220
LE NATURALISTE
toutes les parties de l'Afrique. Généralement, tout oiseau
insectivore est protégé et respecté par des lois ou par
l'usage. Dans quelques régions, des croyances supers-
titieuses protègent l'engoulevent, les hirondelles et les
veuves. Puisse cette leçon donnée par des nègres servir
d'exemple à nombre de blancs grands destructeurs d'oi-
seaux.
Jusque dans ces dernières années, la grue de Paradis
-{Tetrapterix paradisea) un des plus beaux et des plus
utiles oiseaux de l'Afrique australe, était sacrifiée dans un
but somptuaire assez particulier. Les guerriers Maté-
bélés portaient comme coifl'ure de guerre les longues
plumes d'ailes du tetrapterix. Pour faire cesser la des-
truction de cet utile oiseau, leur roi si prestement sup-
primé par les Anglais de la Rhodesia, offrit en échange
d'une plume d'apterix une belle plume blanche d'au-
truche ; le changement de modes en résultant fut désas-
treux pour les autruches, dont un grand nombre payèrent
de la vie cette nouvelle fashion. Aujourd'hui beaucoup de
tribus africaines reconnaissent les avantages de la
domestication de l'autruche qu'ils pratiquent, et laissent
en paix les rares survivants; également, ils apprécient
l'utilité des oiseaux des marais, leur qualité d'insecti-
vores les protège, on n'en détruit pas.
La production des plumes d'autruches au Cap. très
considérable aujourd'hui, remplace celle des autres oi-
seaux, au grand profit des colons et de l'agriculture.
On évalue le stock d'oiseaux vivant à ce jour au
nombre fantastique de plus de 500.000 autruches. La
production des plumes atteint environ 800.000 kilog. par
année, du prix approximatif de lOOfrancsparkilogramme :
ce qui enrichit annuellement la colonie d'au moins cin-
quante millions de francs, valeur marchande bien supé-
rieure en Europe.
Quand aurons-nous la satisfaction patriotique de cons-
tater une industrie rivale en Algérie, au Soudan, à Mada-
gascar, dans les régions favorables de l'Afrique française':*
Jules FOREST aine.
DESCRIPTIONS
DE QUELQUES LUCANUS NOUVEAUX
Luc.A.NL'S BoiLEAVi-Louis Plauet
(Nova species)
Description de la femelle.
Femelle. Ressemble beaucoup à la femelle du
L. Dybowskyi-Parry ; mais, à taille égale, a les mandi-
bules plus robustes et la tète plus large et plus fortement
en même temps que plus régulièrement granuleuse.
Corselet moins convexe, plus fortement déprimé sur les
côtés, à contours un peu moins arrondis. Elytres un peu
plus rétrécies à leur extrémité. Pour le reste, la structure
est sensiblement la même.
Coloration.
Mandibules, tète et corselet noirs; élytres d'un brun
rougeàtre très foncé, presque noir et luisant, prenant un
aspect submétallique chez le plus petit des deux exem-
plaires figurés ici.
Corselet lisse et très luisant sur son disque, finement
granuleux sur les côtés. Si on l'examine à la loupe, on
constate que le disque est très finement ponctué et que
cette ponctuation se serre et s'élargit depuis le milieu
jusque vers les côtés qui finissent par être légèrement
subrugueux.
Examinées de la même façon, les élytres présentent, en
même temps que des points espacés d'une extrême
finesse, quelques stries longitudinales, et de nombreuses
rides transversales, les unes et les autres également très
fines.
Dessous noir et ponctué, recouvert de poils couchés,
de couleur rousse, plus longs sur la poitrine que sur
l'abdomen. Ce revêtement doit être variable selon les
localités ou peut-être même les individus, car chez
l'exemplaire de la collection du ^Muséum de Paris (fig. 2),
qui est pourtant d'une très grande fraîcheur, il n'est
visible que de profil.
Cuisses et pattes antérieures entièrement noires.
Cuisses médianes et postérieures ayant leur pourtour
seul entièrement noir, leur milieu étant en dessus et
en dessous d'un beau jaune im peu plus foncé que chez le
mâle.
Tarses noirs aux trois paires de pattes.
Chez le plus grand des deux exemplaires figurés ici,
la bordure noire de la tranche supérieure des cuisses de
la dernière paire est réduite à un fin liséré qui va en
s'aniincissant depuis la base jusque vers l'extrémité où
il s'interrompt presque entièrement, n'étant remplacé
que par une légère ombre linéaire de teinte brunâtre.
Fémurs très granuleux aux trois paires de pattes.
Je connais deux femelles de cette espèce dont la struc-
ture est tant soit peu dilVérente, comme l'indique nette-
ment le dessin, qui sont, l'une et l'autre, figurées ici
(voir fig. 1 et 2).
La plus grosse, qui appartient à M. R. Oberthûr,
1 2
Fig. 1 et 2. — Lucanus Boileavi 2 Louis Planet.
(Nova species)
Fig. 1. Exemp. de la collect. R. Oberthiir.— Fig 2. Spécimen
du Muséum de Paris.
accompagnait le plus petit des deux màlcs figurés précé-
demment (I) ; elle est notée de Siaô-Lou (1893).
La plus petite fait partie de la Collection du Muséum
de Paris, où sa provenance n'est pas indiquée; mais
comme elle y était èpinglèe, sous le nom de L. Dybows-
kyi, à côté du grand mâle (également mal dénommé
L. Dybowskyi), il est probable qu'elle vient de Mou-Pin,
de même que ce dernier insecte.
(Il 'Voir Xahiralisle du t" septembre 1897.
LE NATURALISTE
227
PSEUDOLUCANUS Groulti — Louis Planet.
{Xova species)
(Inde).
Ce Pseudo-lucane s'écarte assez sensiblement, ù pre-
mière vue, des autres espèces connues du genre, mais à
l'examiner avec soin, on remarque qu'il se rapproche des
Pseudo lucanes asiatiques: Pseudol. atratusliope el Pseu-
dol.Oberthiiifi — Louis Planet : l°par son système anten-
naire très voisin de celui de cette dernière espèce; 2° par
la forme parallèle et convexe des élytres du mâle et,
enfin, 3» par l'ensemble de la structure de sa femelle qui
rappelle à un très haut point celle des femelles des deux
espèces dont il s'agit.
MALE
Coloration
Mandibules, pièces de la bouche, antennes, tète et
thorax en entier d'un rouge brunâtre très foncé, presque
noirâtre.
Ecusson et élytres de même couleur, mais bien plus
clairs. Tète et mandibules fortement granuleuses. Cor-
selet également granuleux, mais sa granulation est for-
mée par des points enfoncés plus petits et plus régu-
liers.
Elytres très luisantes, apparemment lisses, mais cri-
blées, quand on les regarde à la loupe, de points très
fins, serrés et réguliers. La bande suturale est saillante
et un peu renflée en son milieu.
Dessous du corps ponctué, ayant la même coloration
que la tête et le corselet.
Cuisses aux trois paires de pattes d'un brun rouge
franc et vif en leur milieu, cerclées de noir sur tout leur
pourtour. La bordure noire est notablement plus large à
leur partie inférieure qu'à leur partie supérieure.
Pattes du même rouge et cerclées également de noir,
mais leur coloration rouge, qui est nettement la même
que celle des cuisses à leur face inférieure, est sensible-
ment plus foncée à leur face supérieure.
Tarses d'un rougeâtre obscur à toutes les paires de
pattes.
Structure.
Mandibules nettement en arc de cercle ; elles sont
plates, étroites, très visiblement taillées en biseau
allongé à leur extrémité. Chez l'exemplaire figuré ici,
(voir fig. 3), le seul que je connaisse, la dent médiane
est courte et proportionnellement assez large. Elle est
non pas pointue, mais coupée en biais sur la mandibule
gauche et brièvement bifide sur la mandibule droite.
Tête étroite, carrée, à carènes latérales tranchantes et
très minces, mais visibles: carène antérieure nulle; épis-
tome pour ainsi dire nul. Labre à côtés parallèles, à
bord antérieur droit, mais présentant en son milieu un
court et étroit prolongement triangulaire situé exacte-
ment sur le même plan. Canthus oculaires grêles, très
légèrement saillants.
Antennes très voisines comme structure de celles du
Pseudol. 06c»7/i«i-i-mihi — ; scape assez grêle; articles 2 et
3 de la tige subégaux, un peu plus longs et plus larges que
le premier, article 4 de même longueur que le premier,
mais plus large; article o présentant un prolongement
très court et très grêle, presque filiforme: massue anten-
naire proprement dite composée de quatre feuillets courts,
dont le premier très grêle.
Prothorax très étroitement rebordé, très convexe.
présentant en outre deux ou trois dépressions plus ou
moins visibles selon le jour sous lequel on e.xamine
l'insecte. Elytres très parallèles, assez fortement con-
vexes et bien arrondies à leur extrémité. Pattes anté-
rieures présentant plusieurs épines aiguës et tran-
chantes.
Dessous : Côté de la tête et prothorax ponctués, men-
ton à ponctuation plus fine saillie ; sternale presque nulle,
ne dépassant pas les hanches. Poitrine couverte d'assez
longs poils couchés. Épipleures noirs finementridés trans-
versalement. Abdomen ridé, très finement ponctué. Le
dernier arceau porte en son milieu une très étroite ligne
d'une courte pubescence serrée aboutissant à une fine
et étroite touffe de poils.
FEMELLE
Coloi-ation.
Même coloration générale que le mâle, mais mandi-
bules, tête et corselet plus franchement noirs. Élytres
un peu plus foncées que chez le mâle. Pattes en entier
d'un brun noirâtre foncé, ne présentant pas en leur
Fig. 3 et 4. — Pseudolucanus Groulti c' et i Louis Planet,
milieu la coloration d'un rouge brunâtre qui se remarque
chez l'autre sexe. Antennes, pièces de la bouche et
tarses du même brun noirâtre obscur.
Structure.
Structure très voisine de celle des femelles des Pseu-
dolucanus atratus et Oberthûri. Mandibules longues, ro-
bustes, très déprimées à leur face supérieure, à bord
externe nettement courbé en arc de cercle; elles sont
larges à la base, et creusées en gouttière depuis leur
naissance jusqu'à leur extrémité, qui est très plate et
tranchante à son bord interne et se termine en peinte
excessivement aiguë. Partie interne de la mandibule
déclive.
Tête petite, étroite, grossement ponctuée, ayant le
bord frontal un peu saillant. Antennes comme chez le
mâle, mais beaucoup plus courtes. Thorax large, court,
médiocrement convexe, à contours très arrondis; toute
sa surface est visiblement couverte d'une fine ponctua-
tion qui se serre et s'accentue très sensiblement sur les
côtés où elle devient subrugueuse. Malgré cette ponc-
tuation le dique proprement dit, c'est-à-dire la majeure
partie du prothorax, présente un aspect assez luisant.
Élytres larges, très parallèles, ponctuées sur toute
leur surface et présentant, en outre de cette ponctuation,
quelques fines lignes longitudinales et de fines strioles
transversales inclinées de trois quarts et très visibles à
228
LE NATURALISTE
l'œil nu. Pattes très rugueuses, voisines comme forme
de celles des Pseudol. atratu» et Obcrthiiri.
Dessous comme chez le mâle, moins la touffe de poils
du dernier arceau abdominal. Saillie sternale un peu
pltis carénique et saillante. Dessous des cuisses assez
fortement ponctué, surtout à sa moitié inférieure.
De même que chez les deux Pseudolucanes asiatiques
rappelés ci-dessus, le dessous du Pseudolucanus Groulti
donne un peu l'impression de l'abdomen d'une femelle
de Prionus coriarius.
Je ne connais de cette espèce que les deux exemplaires
figurés ici. Ces deux insectes qui sont originaires de
l'Inde, sans indication quelconque de localité, ni même
de région, provenaient de la collection Mniszech où, ils
étaient faussement annotés, le mâle sous le nom de
L. villosus et la femelle sous le nom de L. Wester-
manni.
Cette dernière dénomination ne doit pas surprendre
outre mesure, car il est certain qu'à première vue cette
femelle, par sa couleur et sa forme générale, rappelle à
un assez haut point la femelle du Luc. Westermanni.
Je dédie cette intéressante espèce à JL Paul Groult
en remerciement du bienveillant accueil qu'il a ménagé
dans le Naturaliste à cet essai monographique.
Louis Planet.
Les râlantes
DANS L'ANTIQUITÉ :
LÉGENDES, POÉSIE, HISTOIRE, ETC , ETC-
<.:hou. — Pompeius Festus, qui vivait entre le IF et
le IV' siècle, donne ainsi l'origine du mot latin brassica
tphou) dans son ouvrage Sur la signification des mots,
réduction de celui de Verrius Flaccus, précepteur des
enfants d'Auguste : « Brassica a prxsecando est dicta »
— « Brassica vient du verbe prœsccarc » (couper par le
bout).
Or les Grecs avaient déjà ppadffixn, pour désigner le
chou ; ce mot, quoique peu usité, est donc plutôt l'éty-
mologie, ou mieux l'origine de brassica, qui n'est plus
qu'une traduction lettre à lettre, une latinisation.
Le mot ordinaire grec était xpâtjiSïi, comme jadis (voyez
plus loin ce que "dit Athénée), il avait été payâvoç. L'éty-
mologie de ce mot xpâjig-/] est singulièrement tirée aux
cheveux : le chou, ainsi qu'on le verra tout à l'heure,
passait pour être nuisible à la vue, et cela tient, sans
doute, d'après le sentiment du savant Sichel, à cette
même étymologie absurde qui (de même qu'alfana vient
à'equus) fait dériver xpâjjiêTi de xôpr,. pupille, vue, et d'àti-
é'/Ovw, j'obscurcis. C'est, du reste, ce que dit Suidas dans
son Lexique, au mot dont il s'agit : Kpoi[igïi • xopâpig^ri tiç
o5<ra, >] à|jL6Wvou<7a tô Stopatixév, xtX. — « Crambe, dit aussi
corambte, parce qu'il obscurcit les yeux de celui qui
voit, etc. (tome H, p. 390). Le scholiaste d'Aristophane
dit, lui aussi, que les Attiques écrivaient xopàiiëX-;) : Ilapà
5s Tolç 'Attixoîç xopc<(J.ê),r,, Sià t'o tàc xôpac pXànreiv. — « Chez
les Attiques on dit que le chou obscurcit les yeux. »
Ce mot passa même chez les Laiins, car Columelle dit,
au X' livre de son De re rusticd (vers 178) :
Nunc veniat, quamyis oculis inimica, corambte.
« Et maintenant, quoiiju'il soit l'ennemi des yeux, que
le chou vienne. » D'un autre côté, c'est peut-être aussi
le préjugé qui a donné naissance à l'étymologie.
Macer Floridus {De viribus herbarum) consacre au chou
un chapitre de 63 hexamètres, dans lequel il reproduit
tout ce qui a été dit avant lui sur ce légume :
Caulis romana, Gr:eoorum brassica lingua
Dicitur ; hic quamvis passim nascitur in hortis.
Est tamen illius ad multa salutifer usus, etc.
« Le chou romain s'appelle en grec brassica. Quoique
ce soit dans nos jardins une plante commune, elle a
néanmoins un grand nombre de vertus salutaires ; etc. »
Nous verrons plus loin que les anciens Ioniens avaient
pour cette plante une si grande vénération, qu'ils ju-
raient par son nom. Une légende grecque disait que le
chou était né des larmes de Lycurgue, prince de la
Thrace, que Bacchus avait attaché à un cep pour le
punir d'avoir détruit les vignes du pays : cela expliquait
simplement que la vigne dépérit si l'on y entremêle des
choux, ainsi que l'attestent tous les agronomes de l'anti-
quité, et Cicéron lui-même (voir plus loin). Mais Lu-
cien donne au chou une autre origine, plus illustre
encore: il le fait naître de la sueur de Jupiter. Derniè-
rement, à l'Académie des Sciences, un savant nous
entretenait de la nocuité de la sueur humaine sur divers
animaux : celle des dieux nous est plus favorable,
parait-il.
Aristote (Problèmes, section III, § 17) pose et résout la
question suivante :
« Pourquoi le chou apaise-t-il les effets de l'ivresse?
— N'est-ce pas parce qu'il a un suc doux et détergent ;
ce qui fait que les médecins l'emploient en clystères
jiour relâcher le ventre '? Par lui-même, le chou est
froid; et ce qui le ]irouve, c'estque, dans les violents dé-
rangements d'entrailles, les médecins le recommandent,
en le faisant bien cuire, en lui ôtant les parties ligneuses
et en l'administrant à froid. Lorsqu'on est ivre, le suc de
chou, pénétrant dans le ventre, en détache toutes les
parties du vin qui s'y trouvent imparfaitement digérées
et mal cuites, et, restant lui-même dans le ventre supé-
rieur, il refroidit le corps. Le corps se refroidissant, tous
les liquides légers se rendent dans la vessie, etc., etc.
Hippocrate (V. la traduction de Littré, tome VI,
pages 267 et 563) emploie souvent le chou dans ses pres-
criptions médicales, mais il ne parle pas de son action
contre l'ivresse.
Quant à Pline (Livre XX, chap. xxxiii), il s'étend fort
longuement sur les propriétés de cette plante : « Il serait
trop long, dit-il, d'énumérer les mérites du chou ; le mé-
decin Chrysippe lui a consacré un volume tout entier,
divisé selon les différentes parties du corps ; Dieuchèsen-
a fait autant; mais Pythagore, avant tous, et Caton
n'ont pas moins céléliré cette plante. »
Suit une interminable nomenclature des cas où cette
panacée universelle agit avec une infaillible efBcacité.
Caton l'ancien, dans son Traité d'agriculture (De re
rustica, cap. clvi et clvii), énumère une longue variété
de médicaments tirés du chou (medicamenta brassicai).
Columelle (De re rustica) consacre également au chou
de nombreux articles de son traité :
Livre XI, chap. m : « Quand le chou a six feuilles,
on doit le transplanter, en observant toutefois d'enduire
d'abord la racine de fumier liquide, puis de l'entourer
de trois petites bandes d'algue: cette pratique rend ce
LE NATURALISTE
229
légume plus tendre à la cuisson, et lui conserve sa cou-
leur verte sans le secours du nitre. » — ■ (Voyez, plus
loin, ce que dit Martial).
Livre VI, ch. vi : Des remùdcs à administrer à un bœuf
souffrant d'indigestion. — Les syni])tijni('s de l'indigestion
sont des éructations fréquentes, des borborygmes, le dé-
goût pour les aliments, la tension des nerfs, le trouble
de la vue. Il en résulte que le bœuf ne rumine plus et
cesse do se lécher. Pour remède, on lui donne deux
congés d'eau chaude, et, aussitôt après, trente feuilles
de chou médiocrement cuites etassaisonnées de vinaigre.
Le malade devra, un jour entier, être privé de toute autre
nourriture.
Au livré X, vers 127 et suivants :
Tum quoque conseritur, toto qufe plurima terrje
Orbe virens paritor plebi, regique superbo,
Frigoribus caules, et veri cymata mittit...
« Alors on sème aussi les choux, qui, abondants sur
toute la surface du globe, n'y verdissent pas moins pour
le monarque superbe que pour le plébéien, donnant
leurs tiges eu hiver et leurs tendrons au printemps... »
Palladius aussi parle du chou dans divers passages de
son Dere rustica : il dit notamment (lib. I, cap. vi) que,
« suivant les Grecs, un terrain peut de trois en trois ans
tout recevoir, excepté des choux; et (lib. III, c. xxiv)
que « la graine du chou, quand elle devient vieille, pro-
duit des raves. »
Athénée est précieux à consulter. Dans son Banquet
des savants, livre I, chap. xv, in fine, il dit:
« Les Egyptiens ont toujours aimé le vin : ce qui le
prouve, c'est qu'il n'y a que chez eux où ce soit comme
une loi de manger, avant tout autre aliment, des choux
bouillis ; or, la même coutume s'observe encore actuel-
lement chez eux : c'est d'après cet usage que bien
des gens commencent par avaler de la graine de chou
pour se garantir de l'ivresse. »
Qui dit Egyptien ancien dit Israélite, car la vie de
ces deux peuples fut intimement liée ; or, le chou ne se
rencontre pas une seule fois dans la Bible ; et pourtant les
Hébreux aimaient le vin, et possédaient des vignobles
extrêmement estimés.
Athénée continue : « On a aussi remarqué que le vin
des vignobles où l'on plante des choux est moins liquo-
reux. C'était aussi pour se garantir de l'ivresse que les
Sybarites mangeaient des choux avant de boire, selon
Timée.
i< Alexis a dit: — Tu bus bien, hier ; aujourd'hui tu as
la tête lourde ; va faire un somme, cela te reposera; et
qu'on te donne ensuite un chou bouilli. »
« Eubule a dit quelque part : — Femme, sers-moi un
chou ('paîdivo;); il me semble que tu me feras ainsi
passer mon mal de tête. »
« Apollodore de Cariste nous fait voir que les anciens
appelaient le chou rhaphanos : — Je sais que nous appe-
lons 'payivo; ce que VOUS autres, étrangers, vous appelez
xpâ|iP7) ; mais, dites-moi, qu'est-ce que cela fait à nos
femmes ? »
« Alexandride a dit : « Si vous vous baignez mainte-
nant et mangez beaucoup de chou, vous ferez cesser
cette pesanteur de tête, et vous dissiperez ce nuage qui
vous offusque »
Théophrasle (Histoire des plantes, livre VIII) parleaussi
de cette vertu du chou ; il déclare également que l'odeur
^eule de ce crucifère fait périr la vigne dés qu'elle com-
mence à pousser. C'est ce que dit Cicéron {De naturâ Deo-
n(m, lib. II, cap. xlvii) : quinetiam a caulibus, si pi-opter
sati sint, ut a pestiferis et nocenlibiis refvi/ere dicuntur,
nec eos tdla ex parte contingere. — « On dit même -
qu'elle {la vigne] s'éloigne des choux qu'on plant(^ dans
son voisinage, comme d'une chose pernicieuse et nui-
sible, et qu'elle ne les touche d'aucun cùté.
Dans son livre IX, chap. il. Athénée dit encore:
« Eudème d'Athènes a écrit, dans son Traité des her-
bages, qu'il y a trois sortes do choux, etc., etc. Néandre
en parle ainsi dans ses Géorgiqucs : — « On rencontre
quelquefois dans les campagnes le chou à feuilles lisses.
Si on le sème dans les planches du jardin, il se pare
d'un feuillage épais. Il y a aussi le chou frisé, qui prend
la forme d'un thyrse, et devient par son feuillage une
espèce do buisson. Il en est une autre espèce tirant sur
la couleur rouge et semblable aux kalmyris, ou choux
marins. Une autre, de couleur sale de grenouille, telle
que celle du choudeCumes, ressemble par sa feuille aux
semelles qu'on met à des pantoufles. C'est cet herbage
que les anciens appelaient chou proph'tique.
« Nicandre n'aurait-il pas appelé prophétique le chou
(xpàfiPïi) qui passe pour sacré ? En effet, on trouve quel-
ques termes analogues à cela dans les ïambes d'Hippo-
nax : « Mais, échappé au danger, il fit sa prière au chou à
sept feuilles, auquel Pandore offrait l'hommage d'un [letit
gâteau coulé en moule, le jour des Thargêlies, avant l'ex-
piation, u
« Je t'aime plus que nombre d'autres personnes, dit
Ananios : j'en jure par le chou !
« Téléclide a dit aussi, dans ses Prytanées : « Par les
choux !... »
« Epicharme, dans la Terre et la Mer, jure aussi par le
chou, comme le fait Eupolis dans ses Baptes.
n II parai tque cejurementvientdesIoniens;maisilnedoit
pas paraître étrange que l'on ait juré par le chou, puisque
Zenon de Citium, fondateur de la secte stoïque, voulant
imiter le serment de Socrate, qui jurait par le chien, fai-
sait serment par la câpre, selon ce que rapporte Empode
dans ses Dits mémorables.
« On présentait du chou aux accouchées, à Athènes, '
comme un antidote alimentaire. C'est àcesujetqu'Ephippe
parle ainsi: «Et quoi donc ! il n'y a aucune couronne devant
la porte ? Aucune odeur appétissante ne vient frapper les
narines, tandis que c'est le jour des Amphidromies, où il
est d'usage de faire griller des tranches de fromage de
Chersonèse; de faire cuire un chou dans de l'huile qui le
couvre tout entier ; de servir une daube de jioitrines d'a-
gneaux bien gras; de plumer des ramiers, des grives et
des pinsons; de gruger des seiches, des calmars; d'em-
piler force bras de polypes ; enfin de vider nombre de
rasades plus pures qu'à l'ordinaire?... »
Mnésithée de Cyzique, d'après Oribase(liv. IV, ch. iv)
donnait ainsi la manière de préparer le chou, — médica-
lement :
« Il faut hacher le chou avec un fer aussi tranchant
que possible ; ensuite le laver et le bien égoutter. On
hachera en même temps avec lui de la coriandre et de la
rue en quantité suffisante ; puis on l'arrosera d'oxymel et
on y ajoutera au moins une petite quantité de silphium
râpé. Si vous voulez prendre une jatte de ce chou, il ne
se formera rien de mauvais dans votre corps ; et même,
si préalablement il y existait déjà quelque chose de mau-
vais, le chou le poussera dehors; si un obscursissement
survient aux yeux, il le dissipe; comme aussi les étouf-
230
LE NATURALISTE
enients et les accidents malencontreux qui pourraient
exister dans la région du diaphragme et des hypochon-
dres, ainsi que les affections de la rate, etc., etc.
Isidore de Séville et l'abbesse sainte Hildegarde par-
ent également de notre crucifère : cette dernière, sur-
tout, lui trouve d'excellentes vertus médicales.
Dans son immense compilation médicale, Oribase aussi
]iarle du chou et vante ses nombreuses propriétés (Livres
-H , chap. V; XV, X, etc.)
Serenus Sammonicus {De medicina prœcepta, cap. xv,
vers. 278), nous dit : « Si vous voulez remédier à la
chute de la luette, tenez-vous couché sur le ventre pen-
dant quelques heures. La cendre d'aneth ou de coquilles
de limaçon, ou de choa, sera un remède non moins effi-
cace. »
.... Proderit et caules assumere Siepe madentes.
(V. 290-291)
n (Les personne!: loiii-menlées par les r/lnires) se trouveront
bien de manger souvent du chou bouilli. »
Sfepe etenini nimio cursu fluit impetus alvi :
Frenat commixto quum fervet brassica vino.
(I On souffre souvent d'un ffux Je ventre très violent,
on peut l'arrêter avec une décoction de chou dans du vin.
(Ghap. XXIX, V. S38). »
(Chap. xx.xvii, V. 702) : « C -ntre la coxalgie, il con-
vient de manger des choux vinaigrés. »
(Chap. xiii, V. 197) : « (Contre les maux d'yeux) vous
pouvez encore vous servir de cendres de feuilles de chou
et d'encens, broyées dans du vin et du lait d'une chèvre
qui vient de mettre bas. »
Le célèbre médecin hisjiano-arabe, Jbn-el-Beithar,
infatigable et érudit compilateur, comme le médecin
grec Oribase, nous donne, dans son Traité des simples
(où, entre parenthèse, il n'oublie pas un seul animal, un
seul insecte), une prodigieuse quantité d'extraits de tous
les auteurs grecs, latins, juifs, arabes, turcs, etc., qui ont
parlé du chou. J'en prends une poignée :
« El-Israïli : Le véritable chou est le chou nabathéen,
qui ressemble à la bette et a le cœur peu développé. —
Galien (VII); DioscoRiDEs (liv. II): Le chou médiocre-
ment cuit relâche le ventre. — Massih : Il est chaud au
premier degré et sec au second. — Archigènes : Il est
chaud et sec, et sa graine est plus chaude. — Costus,
dans le Livre de l'Agriculture romaine : Le chou est salu-
taire contre la toux chronique, contre la goutte, en affu-
sions de sa décoction sur les jointures. Donné aux en-
fants, il les fait marcher de bonne heure. Son suc, pris
avec du vin, pendant plusieurs jours, fait cesser les dou-
leurs spléniques. Ses cendres guérissent les brûlures, le
prurit et la gale ; mélangées avec du vitriol (1) et du
vinaigre, on en fait des frictions efficaces contre la lèpre
et la gale ; mélangées avec du blanc d'œuf, elles guéris-
sent les brûlures. Son usage procure le sommeil et éclair-
cit la voix. Le chou est utile aussi contre les morsures
de chien enragé, et l'on en fait, avec avantage, des appli-
cations sur la rate. — Razè.s : Le bouillon de choux est
utile contre la toux, les douleurs dorsales chroniques et
les rhumatismes des genoux. — Rufus : L'usage du
chou embellit le teint. — Mesaous : Si l'on fait bouillir
le chou à deux reprises, puis qu'on l'assaisonne avec du
cumin, de l'huile d'olive, du sel et du poivre, et qu'on le
(1) Par le mot vitriol, les Arabes entendaient les sulfates
de fer, de cuivre et de zinc.
fasse cuire de nouveau, il convient aux sujets affectés
d'engorgements ganglionnaires des intestins. — Ibx-
Massouih : Le chou engendre de l'atrabile et du sang
imjmr; on atténue ces inconvénients en le faisant cuire
avec de la viande grasse. — Et-Tabary : Cuit et mangé,
le chou est un résolutif à l'intérieur. Dans l'usage ex-
terne, c'est un résolutif des tumeurs. Il jouit de proprié-
tés détersives. Sa racine et sa tige sont plus actives que
les graines et les feuilles. Etc., etc.
La fameuse Ecole de Salerne, dont la renommée fut
universelle, et qui publia ses consultations en vers léo-
nins, pour qu'ils se gravassent mieux dans la mémoire,
n'aurait eu garde d'oublier le chou :
Jus caulis solvit, cujus substantia stringit;
Utraque quando datur, venter laxare paratur.
Ce que M. Meaux Saint-Marc traduit en vers :
Le jus du chou relâche, et la plante resserre;
Mais sa décoction le (?) relâche au contraire.
Un anonyme, peu ferré sur la rime, traduit par_ :
Les choux sont astringents, leur jus est laxatif;
Un bon potage aux choux est un doux laxatif.
Le bon abbé Ancelin, qui vivait, il y a tantôt 300 ans,
nous dit :
Le jus du chou donne le bénéfice (?),
Et la substance amène l'obstruction;
Prends tous les deux, n'en fais distinction :
Ils te feront d'un clystère l'office.
Dans son beau poème, Prœdium rusticum, le père 'Va-
nière s'exprime ainsi au sujet du chou :
Grandia si virides quis in oppida transférât hortos,
Tonsilibus distincta pyris majora viarum
Intervalla satis circum undique floribus omet;
Indecores ne seu porri, caiilesque videntum
Protinus objiciant oculi.
{Chant VI, v. 70-74.)
« Si quelqu'un veut avoir un jardin à la ville, que les
bords des allées soient ornés de poiriers taillés en buis-
son, et qu'il y ait de longues plates-bandes, garnies de
fleurs, afin que les yeux des visiteurs ne soient pas d'a-
bord offusqués par la vue des poireaux et des choux mi-
sérables. »
Plus loin, vers 170-176, il dit :
Quid memorem quanti jactet se brassica laude,
Sive volubilibus redit in se frondibus, jrbesque
Orbibus agglomerans capitis sub mole laborat;
Etc., etc.
« Dirai-je en combien de façons merveilleuses le chou
varie sa figure, soit qu'il entasse circulairement ses
feuilles, repliées les unes sur les autres, et que le poids
de sa tète fasse pencher sa tige; soit qu'il pousse des
fleurs qui imitent la blancheur de l'ivoire travaillé ; soit
qu'élevé en forme de cône, comme le cyprès, et replié
sur ses feuilles, il se termine en pointe blanche et fasse
le bon plat d'une table frugale ; soit que, toujours vert,
même dans la plus rude saison, où tout se ressent du
froid, il brave la fureur des aquilons et règne seul dans
les jardins '? »
Martial, Horace, Properce, etc., ont aussi quelquefois
parlé du chou:
Ne tibi pallentes moveant fastidia caules,
Nitrata viridis brassica fiât aqua.
« Les tendrons de chou. — De peur que la pâleur
LE NATURALISTE
231
de ces tendrons de chou ne te répugne, arrosp-Ios d'eau
nitrée ; ils se coloreront en vert. »
(Martial, livre XIII, épig. xvil.)
et
Cujus odorcm olei nequeas pei-rerrc licebit
lUc repolia, natales, aliosTc dienim
Festos albatus celebret, cornu ipse bilibri
Caiilibiis instillât, veteris non parcus aceti.
{Ilorat. lib. 111, sat. ii, v. (il.)
n L'odeur de l'huilo ([u'il oniploie vous dégoûterait
prol'ondénient : fût-ce un lendemain de noces, un jour
natal, ou quelque l'été qu'il célèbre, on le voit vêtu de
blanc arroser ses choux de cette huile rance que contient
une corne de deux livres; mais le vieux vinaigre, il ne
l'épargne pas. »
Coule suburbano, qui siccis crevit in agris,
Dulcior; irriguo nihil est elutius horto.
(/d. lib II, sat.' IV, v, l.'j.)
« Le chou maraîcher a moins de saveur que celui qui
croit en pleine terre: rien de plus fade que les produits
d'un jardin trop arrosé. »
Quantulum enim summa? curtabit quisque dierum,
Ungflre si coules oleo meliore caputque
Cœperis impexa fœdum porrigine'î...
(/(/. lib. III, sat. ui, V. 126).
« De combien peu, chaque jour, diminuerait ton tré-
sor, si tu essayais d'employer une huile meilleure pour
assaisonner tes choux, et pour oindre ton front souillé
d'une crasse impure... »
junco brassica finota levi
(l'roperce, IV, élégie ii, v. 44.)
n le chou, que retient un jonc léger... »
. . . .' . quum furem nemo timeret
Caulibus et pomis, et aperto viveret horto.
(juvénal, sat. VI, v. 17).
(( lorsqu'on ne craignait le voleur ni pour les
choux ni pour les fruits, et qu'il était inutile d'enclore
son jardin >>.
Culinairement parlant, le chou a été surtout vanté ou
décrié par les modernes, et nous nous souvenons tous de
ces lapins de Boileau,
Qui, dès leurs tendres ans élevés dans Paris
Sentaient cncor le chou dont ils furent nourris.
Le grand Alexandre Dumas, ce diable d'homme dont
l'orgueil n'égalait que son talent, voulait briller partout,
même auprès des casseroles, et il se donnait volontiers
comme inventeur d'une foule de plats couramment
connus — et bien avant lui — ■ par le plus vulgaire mar-
miton. C'est ainsi qu'il fut naturellement porté à signer
un Grand Dictionnaire de cuisine (Paris, A. Lemerre, 1873,
grand in-S") où l'on peut lire ceci à la page 861 :
« POT.\r.E AV\ CHOUX. — Il y a plusieurs manières de
faire le potage aux choux. La plus simple de toutes est
de mettre un chou de bonne odeur et de bon aspect dans
le pot au feu, de le retirer quand vous le croyez cuit, et
de le servir avec le potage,
0 Nous allons indiquer les amélioratlms que nous
AVONS F.\ITES à ce potage, un peu trop simple SELON
NOUS. (On va voir comment il a fait pour corser celte sim-
plicité.)
« Prenez un chou pommé ; faites un hachis de tous les
restes de volaille et de gibier que vous aurez ; ayez un
bon bouillon de la veille que vous versez, au lieu d'eau or-
dinaire, sur le bœuf destina à faire le bouillon du jour.
Arrivé là, foncez une casserole de bon jambon fumé, Bor-
deaux, Strasbourg, Mayence ; écartez les feuilles de votre
chou; introduisez-y votre hachis; liez vos feuilles de
manière à ce qu'on ne s'aperçoive pas de l'intercalation ;
mettez votre chou garni {oii?); laissez bouillir deux
heures; remplacez avec du bouillon de pot-au-feu le
bouillon qui s'épuise. Après deux heures de cuisson,
votre bouillon sera fait. Tirez votre bouillon du feu ;
laissez mijoter trois quarts d'heure tout ensemble, chou,
hachis, jambon, bœuf, dans la casserole; donnez une
dernière poussée au bouillon; servez votre chou bien
ficelé dans la soupière; laissez refroidir un instant et
servez.
« Vous aurez le choix alors de numger votre chou en
potage (!...), ou do tremper du pain dans votre bouillon
{il nous semble que le potage, c'est cela même), et de faire
même de votre chou un relevé de potage. Cuit ainsi, le
chou, le bouillon et la viande, s'empruntant chacun leur
suc, ont atteint la plus grande sapidité à. laquelle ils
puissent parvenir. »
Je t'écoute ! mais je ne vois pas bien un chou tout seul,
bien ficelé dans une soupière, et sans bouillon, servant
de potage, comme l'indique l'illustre auteur des Trois
Mousquetaires. A part ça, le premier ouvrier venu, dispo-
sant d'un bon louis, peut se confectionner la Soupe aux
Choux d'Alexandre Dumas.
Mais ce qui est un peu plus curieux, c'est une recette
donnée par un petit livre intitulé : le Festin joyeux ou la
Cuisine en musique.^ par J. Lebas (Paris, 1738, in-12). Le
chou ne fait, dans cet opuscule, l'objet que d'une seule
chanson que voici :
POTAGE DE PIGEONS, PERDRIX OU CAILLES,
AUX CHOUX
(Sur l'air de : Vous qui vous mocquez par vos ris, etc.)
1
Blanchissez des choux verds ou blancs,
Avec quelque racine.
Oignons et navets excellens
Que l'on met en terrine.
Dans un roux des plus succulens
Fait de bonne farine.
Il
Les choux se lient par paquets
Quand vous les mettez cuire ;
Les roux de farine sont faits
En la faisant bien frire,
Et du bouillon gras, du plus frais,
Ajoutez sans rien dire.
III
Du petit lard maigre on en met
Pour garnir le bordage :
Dépouillez vos choux tout à fait.
Qu'ils plaisent davantage ;
De jus de veau clair et parfait
Arrosez ce potage.
IV
Si c'est des caiUes, garnissez
De ris de veau, de crête,
De champignons qu'arrangerez
Lorsque la soupe est prête ;
Culs d'artichaux aussi mettrez
Dessus le plat en tcto.
Décidément, pas plus que celle de Dumas, la soupe
aux choux de J. Lebas, même confectionnée sur l'air :
232
LE NATURALISTE
« Vous quivous mocquezpar vos ris, etc. », n'est à la por-
tée du prolétaire. Je leur préfère tout bonnement celle
que j'ai mangée pendant la dernière guerre — sans
romance — dans le Jura et les Vosges, où elle est excel-
lente.
L'on sait que certains mots, dépourvus de noblesse, ne
pouvaient entrer dans les vers : le cochon n'y était admis
que sous le noble déguisement de l'animal qui se nour-
rit de glands, et ainsi pour une foule de mots de la
langue française. Pourtant, dès -1738, le cuisinier-poète
J. Lebas parlait dans ses vers du porc, du cochon et de
tous les légumes eu général. Dans son poème des
Plantes (chant III), Castel revendique avec éclat, pour
tous les légumes, le droit de cité dans la poésie, et il le
fait en excellents termes :
Jadis d'un vain dégoût nos poètes esclaves
N'entraient dans les jardins qu'embarrassés d'entraves.
Phœbus ne nommait pas, sans un tour recherché,
Le haricot grimpant à la rame attaché ;
La carotte dorée et les bettes vermeilles
En flattant le palais ofl'ensaient les oreilles.
Ce temps n'est plus. Le c/iou, dont Milan s'applaudit
Quand sa feuille frisée en pomme s'arrondit,
Sans dégrader les vers ose aujourd'hui paraître
Dans les chants élégants de la muse champêtre.
Du reste, avant Castel encore, La Fontaine n'avait-il
pas parlé du chou dans ses fables, — chants élégants de
sa muse champêtre?
Le lièvre était gité dessous un maître chou.
(Le Jardinier et sott seif/neur, liv. IV, fab. iv.)
J'ai vu, dit-il, un chou plus grand qu'une maison
— Et moi, dit l'autre, un pot aussi grand qu'une église.
Le premier se moquant, l'autre reprit: — Tout doux :
On le fit jtour cuire vos choux.
[Le dépositaire infidèle, livre IX, fable i.)
{Ce diable) Simple, ignorant, à tromper très facile.
Bon gentilhomme, et qui, dans son courroux
N'avait encore lonné que sur les choux.
(Le diable de l'apefiguière, conte v de la IV' partie).
Berchoux dit plus tard :
Gigot! recevez mon hommage.
Souvent j'ai dédaigné pour vous
La poularde la plus exquise,
Et souvent la perdrix aux choux !
J'en passe, — et des meilleurs, — pour dire que cet
excellent légume a pris dans notre langage courant
une importance jjIus grande qu'on ne le pense généra-
lement, et que les dictons et proverbes où il entre sont
fort nombreux ; nous parlons du chou inconsciemment,
sans nous en douter, dans une foule d'occasions :
Mon petit chou, mon chou chéri; — naître sous un chou;
— son journal n'est qu'une sale feuille de chou; — chou
pour chou; — envoyer quelqu'un p/jnïeî' des choux; —
s'y entendre comme à ramer des choux; — ménager la
chèvre et le chou; ■ — la gelée n'est lionne que pour les
choux; — eu faire des choux ou des raves ; — faire chou
blanc; — manger les choux par le trognon (ou les salsifis
par la racine), etc.
Ce crucifère entre même dans les armoiries : les Jouard
de Bouchevannes, les Chauvelin de Beauséjour, les
Boucy, les Ducos, etc., etc., portent un ou plusieurs
choux sur leur écu.
Tout le monde connaît enfin les difficultés qu'éprouve
un brave homme à transporter dans sa barque, d'une rive
à l'autre el successivement, un loup, une chèvre et un chou,
de façon que le loup ne puisse dévorer la chèvre, ni bi
«lièvre manger le chou. E. 8.4NTINI de Riols.
OFFRES ET DEMANDES
— A céder les lots et collections de Coléoptères ci-après
désignés. S'adresser à « Les Fils D'Emile Deyrolle »,
46, rue du Bac, Paris.
Collection de Dytiscidea et Gyrinides,
192 espèces, '92 exemplaires, 5 cartons. Prix : 50 fr.
Collection de Stapliylinides europ. et exoti-
ques. 1008 espèces, 2284 exempl., 34 cartons. lO types
de Soller. Prix : 230 fr.
Collection de Staphylinidee europ. et exoti-
ques, 780 espèces, 10 cartons. Prix : 80 fr.
Lot de Stapliyllnides, Cryptopliagides,
LiSitliridlides, Anisotoiuides,Scydniénides,
Cissides, etc. Environ 400 espèces, 1200 exempl.,
12 cartons. Prix: 80 fr.
Collection de Leptodéfîdes, IVêcropho-
ridee. S*iplilldes europ. et exotiques. 96 espèces.
778 exempl., 4 boîtes. Nombreuses variétés et exem-
plaires de provenances diverses. Prix : 70 fr.
Collection de L.ucanidee et Lanielli-
eoi-nos de France, M5 espèces, 400 exempl., 3 car-
tons. Prix : 35 fr.
Lot de Glaphynîdes europ. et exot. 44 espèces
et variétés, t5 exemplaires, 1 carton. Prix : 12 fr.
Collection de Xérédîles, 148 espèces, 54b
exempl., 5 cartons. Prix : 40 fr.
Lot deCurculîonîdes, 171 espèces, 375 exempl.,
2 cartons. Prix : 30 fr.
Lot de Cnrctilionides, 171 espèces, 37Sexempl.,
2 cartons. Prix : 2j fr.
Lot de Clii-ysoiu^lides europ. et exotiques,
2.308 espèces, 2.875 exempl., 58 cartons. Un bon
nombres d'espèces africaines sont typiques et ont servi
à 'Vogel pour faire sa monographie. Prix : 430 fr.
Lot d'Hispides, exotiques, 60 espèces, 65 exempl.
1 carton. Prix 15 fr.
Collection de Coccinellîdes, 110 espèces,
329 exempl., 2 cartons doubles. Prix : 28 fr.
Collection de Coceînellide», 47 espèces,
5o9 exempl. ,2 cartons. Prix : 30 fr.
Lot de Scynjnus à Litopliilus inclus,
47 espèces, 332 exempl., 1 carton. Prix : 20 fr.
Collection de Cui-culionides et Xylo-
phages, 880 espèces, 3.416 exempl., 27 cartons.
Prix : 175 fr.
Lot de Curculionldee, 93 espèces, 383 exempl.,
4 cartons. Prix 30 fr.
Lot de Coccinellîdes européens et exotiques.
78 espèces, 246 exempl., 1 boite. Prix : 20 fr.
Lot de Dytiscides, Gyrinides europ. et
exotiques, 78 espèces, 246 exempl., 1 boite. Prix :20fr.
Collection de Scolytidee, 83 espèces, 674
exempl., 3 boites. Prix ; 40 fr.
Beanx. exemplaires de Polypbylla Ra-
gusse o^. 1 fr. pièce.
Lot €le Coléoptères de Madagascar, 49 es-
pèces, 101 exempl., 1 carton. Prix 20 fr.
Lot de Coléoptères de Madagascar, 62 es-
pèces, 120 exempl., I boîte. Prix 25 fr.
Lot de Coléoptères de France, 400 espèces,
1 boite. Prix : 40 fr.
Lot de Coléoptères de France, 300 espèces,
1 boite. Prix : 28 fr.
S'adresser pour les lots et collections ci-dessus à « Les
Fils D'jimile Deyrolle », 46, rue du Bac, Paris.
Le Gérant: Paul GHOULT.
PAUIS. — IMPRIMERIE F. LEVÉ, P.UE CASSETTE, 17.
19° ANNÉE
2« Série
IV «Kt;
15 OCTOBRE 1897
TVOTE
POUR SERVIR A L ÉTUDE DE
LA MOUCHE DES ORCHIDEES
ISOSOMA ORCHID/EARUM (Westwood)
Depuis une dizaine d'années, les liortieulteurs français,
s'occupant de l'intéressante et riche culture de^à Orchidées,
ont constaté, i)lus ou moins, dans leurs serres, que les
tiges et pseudo-bulbes de certaines plantes, plus parlicu-
lièrement des };enres Catlleya et Lœlia, dépérissent et ne
donnent pas de fleurs; en ouvrant les pseudo-bulbes
malades, on remarque une ou plusieurs cavités dans les-
quelles se trouvent ou des larves, ou des nymphes, ou
des insectes prêts à s'échapper; cet ennemi des orchi-
dées est un ]]elitliyménoptére de provenance américaine,
et sa présence dans les serres est considérée comme une
véritable calamité par les orchidophiles.
Plusieurs de mes collègues de la Société nationale
d'Horticulture de France, ayant mis gracieusement leurs
serres à ma disposition pour étudier les mœurs de cet
insecte, je profite de l'occasion qui m'est offerte ici pour
les en remercier d'autant plus vivement que je n'ignore
pas le dommage que leur occasionnerait la moindre
indiscrétion de ma part. En efîet, la peur de la Mouche
est telle qu'aucun amateur ne voudrait acheter des orchi-
dées provenant d'une serre que Ton sait contaminée par
cet insecte.
N'ayant trouvé dans aucune publication française la
description de cette mouche, ic crois utile de faire connaître
ses principaux caractères scientifiques ainsi que ceux de
la larve et de la nymphe (probablement inédits).
La Mouche des Orchidées est un petit hyménoptère de la
famille des Eurytomides, tribu des Chalcididx, du genre
Isûsoma.
IsosovKi orchidxaru7H Westw. Femelle. — Long, du
La Mouche des Orchidées.
i et 2. Bourgeon attaque. — 3. Larve (grossie). — 4. Isoso7na orchidasariim femelle (grossie). — 5. Nymphe.
6. Antenne de la femelle. — 7. Antenne du mâle.
cor|is 4 à o mill. ; ailes [déployées 6 à 7 mill. )/2,
noire, tête et thorax rugueusement ponctués (fig. 0,;
antennes de dix articles, le premier très grand, le deuxiè-
me court, le troisième formant anneau, les six suivants
presque égaux, subovales, le dernier plus long; abdomen
brillant, pointu, en forme de fuseau, porté par un pédi-
cule court (2 mill.); cuisses noires, tibias et. tarses rou-
geàtres ; ailes pâles, sans tache, fortement irisées.
Mâle. — Il diffère de la femelle par sa taille sen-
siblement plus petite, ses antennes (fig. 7) plus lon-
gues de neuf articles, dont les cinq intermédiaires plus
épais à extrémité étranglée, descjucls émergent des poils
longs; son abdomen à extrémité ovale, arrondie, porté
par un pédicule près de deux fois jjIus long que celui de
la femelle.
Larve. — Long. 4 à b mill., blanche, molle, apode,
formée de onze anneaux (non compris la tète), plus ou
moins renflés et susceptibles de dilatation.
Nymphe. — ^ Blanc sale, enfermée dans une pupe rou-
geàtre, présentant à l'état embryonnaire tous les carac-
tères de l'insecte parfait.
Le I^aluralisle. 46, rue du Bac, Paris.
Il m'a paru intéressant de rechercher et faire con-
naître ce qui a été dit de plus saillant sur les mœurs de
cet insecte : en France, en Angleterre et aux Etats-Unis
d'Amérique.
Les premiers renseignements publies sur l'apparition
de ïlsosoma Orchidsearum en Europe sont dus à M. le
])rofesseur Westwood, entomologiste anglais des plus
distingués (Gardeners Chronicle, 27 novembre 1869, p.
230).
« L'attention des membres du comité scientifique de la
Société d'Horticulture de Londres, dit cet auteur, a été
attirée par M. Batoman, le 2 mars 1869, sur les dégâts
commis par des insectes sur le bourgeon d'une espèce
exotique d'orchidée, sous les feuilles duquel étaient ca-
chées en siirelé deux larves blanches et charnues (évi-
demment de curculionides et ressemblant tout à fait au
ver commun qu'on trouve dans les noix) (l),qui s'étaient
(1) 11 y a là une confusion que nous ne nous expliquons pas
de la part de M. le professeur Westwod : le ver des noix est
une chenille qui ne peut être confondue avec la larve d'un
curculionide.
234
LE NATURALISTE
nourries de la substance épaisse des feuilles dont la sur-
face avait été rongée, en partie, sans qu'aucun trou ait
été creusé à travers la feuille. Dans le voisinage immé-
diat de ces larves on trouvait aussi plusieurs pupes très
petites, gisant dans une masse de particules dures, sèches,
noirâtres ; sans doute les excréments des larves qui
avaient produit ces pupes. Ces pupes étaient celles d'un
hyménoptère, et en écaillant avec soin la pellicule
externe, mince et calleuse sous le microscope, on fut
certain qu'elles appartenaient à la famille des Chalcididie
et au genre Isosoma dont les deux sexes étaient obtenus
ainsi vivants. Dans ce cas, il était évident que les grosses
larves n'étaient pas attaquées et que les Isosomas
n'étaient pas leurs parasites. Par identification, je pro-
posai le nom de Isosoma Orchidœantm. »
Deux notes du même auteur doivent être citées : « En
avril ISSd, je reçus d'un correspondant plusieurs bour-
geons d'une espèce de Cattleya, genre d'orchidée du Bré-
sil et du Mexique, qui avaient été atta(iués par les larves
d'un petit insecte hyménoptère. >>
« D'un autre correspondant, je reçus aussi plusieurs
bourgeons de Cattleya qui avaient des trous percés dans
l'intérieur, dans lesquels je trouvai quelques spécimens
de l'Isosoma orchidtearum des deux sexes à l'état ailé. "
{Gavdennrs Chronide, avril et octobre 1881).
L'apparition de cet insecte en France parait avoir été
signalée pour la première fois dans les serres de M. de
Rothschild, par MM. Kùnckel d'Llerculais et Gazagnaire.
(Bull, de la Soc. Entom. de France, 8 janvier, 1888, p. 22.)
M. Scheider, chef de l'établissement de M. Veitch, en
Angleterre, dit {Gard. Chronide, 1888) :
<c J'ai eu maintes fois l'occasion de voir cet insecte. Il
sort de son gite vers dix heures du soir(l) pour se répan-
dre dans la serre, et c'est alors qu'il pond ses œufs dans
les écailles, qui se trouvent à la base des jeunes bour-
geons, lesquels œufs se transforment en larves qui creu-
sent des galeries, et déterminent la mort des bourgeons.
n L'Isosoma Cattleya a déjà progressé d'une manière
effrayante danslesserrres où elle a causé de sérieux dom-
mages sur les Cattleya.
(1 J'em])loie les insecticides sous les deux formes habi-
tuelles : fumigations ou aspersions réitérées à dilféren-
tes heures afin d'atteindre les insectes soit à l'état parfait,
soit à l'état de larves. »
M. Albert Morse, South Natich. Mass., dans une lettre
adressée à M. le jjrofesseur Riley et reproduite dans
« Insect Life», Washington, 1890, p. 2;>0, s'exprime ainsi:
« Pendant la saison de repos des Cattleya trianse, eldorado
et gigas, le pseudo-bulbe est soudain mis en activité,
augmentant rapidement en taille et devenant sphérique.
En examinant cet élargissement on trouve qu'il contient
une cavité dans laquelle se trouvent plusieurs insectes
(de 3 à 8). Ceux que j'ai eu l'occasion d'étudier étaient
dansle dernierétat de développement; l'insecte s'échappe
en perçant un trou rond, assez large, pour lui permettre
de sortir. Mon correspondant les a trouvés dans des plan-
tes nouvellement importées de la Nouvelle-Grenade et
conservant les signes indiscutables de leur première pré-
sence.
« Leurs déprédations sont suivies de résultats désas-
(1) D'après nos observations en France, l'insecte vole et
s'accouple le jour, de 10 heures i i heures. Les larves, abri-
tées dans l'intérieur des tiges, résistent aux fumigations et aux
aspersions.
treux. Naturellement, on ne pourra espérer aucune fleur
des bulbes attaqués et cette croissance anormale pendant
la saison de repos anime la vitalité de la plante comme
si elle était atteinte d'une consomption lente; les feuilles
perdent leur vigueur et leur consistance, se flétrissent et
graduellement meurent une année ou deux après avoir
été attaquées. »
Dans une autre lettre de M. P. Morse {InseclLife, 1891,
p. 22), nous trouvons la note suivante :
n Des racines deCattteya giyas affectées de galles conte-
naient de une à plusieurs larves ou petits vers séparés les uns
des autres par la substance de la racine. La maladie semble
avoir été introduite, l'an dernier, par une plante provenant
d'Angleterre, et s'être propagée aux quelques plantes les
plus voisines. »
M. le docteur Riley, consulté, répond que ces larves
appartiennent à une espèce de Cecidomyia ou genre voisin
Diptosis , (jue c'est par erreur que les Isosoma orclddxa-
rum rencontrés sur les mêmes plantes ont été considérés
par les entomologistes anglais comme vivant en parasite
de ces diptères. La larve d'isosoma orchidxaruin se nour-
rit de la substance de l'orchidée et subit toutes ses méta-
morphoses dans la cavité qu'elle a creusée. »
Il existe, en outre, dans Gardeners Chronide, Insect Life,
pour l'Etranger, et dans la Chronique horticole et autres
puldications françaises, un assez grand nombre de notes
ou extraits d'articles déjà publiés ; comme ils n'ajoutent
rien de nouveau aux observations des savants entomo-
logistes que nous avons cités, nous nous abstiendrons de
les reproduire.
Remarquons en passant que la tribu des Chalcididx
dont Is. orchidgearum fait i)artie est composée d'insectes
unanimement reconnus comme vivant en parasite aux
dépens d'autres insectes. Dès lors, il est tout naturel que
les entomologistes anglais, trouvant dans les serres des
orchidées attaquées, en même temps, par des Cecidamyia
et des Is. orchidœarum, aient supposé à priori que ce
dernier était un parasite itirn et non le destructeur de la
plante. Je dois avouer que la première fois que j'ai
obtenu Is. orchidxarum d'éclosion, en captivité, j'ai, été
fort étonné de ne pas obtenir l'insecte dont je le suppo-
sais parasite, mais en suivant toutes ses métamorphoses,
sur une ponte en captivité, depuis l'œuf jusqu'à la sortie
de l'insecte parfait; je n'eus plus de doute : Is. orchidœa-
rum fait exception à la règle générale, sa larve creuse
les tiges et pseudo-bulbes des orchidées pour se nourrir,
et l'éminent entomologiste américain a eu raison de dire
« que cet insecte n'est pas parasite d'autres insectes ».
On peut se rendre compte, par le résumé des observa-
tions que nous venons d'indiquer, que leurs auteurs ont
eu pour objectif principal : 1° de démontrer qu'/s. orchi-
dxaruin a été introduit d'abord en Angleterre (vers 1868
ou 1869), avec des Cattleya exotiques, provenant du Bré-
sil et du Mexique; puis eu France (vers 1887) avec des
orchidées venant d'Angleterre (1) et que c'est vers la
même époque que les horticulteurs des États-Unis ont
constaté sa présence sur des Cattleya provenant d'An-
gleterre ; 2° que la découverte en Angleterre et en Amé-
rique de Cattleya attaqués en même temps, par des
Cecidomyia et des Isosoma orchidsearum, ne prouve pas que
ce dernier insecte soit parasite du premier, il est bien
reconnu aujourd'hui que la manière de vivre de la larve
d'/s. orchidœarum est la même en Angleterre, en
(1) Peut-être bien aussi avec dos Cattleya exotiiiues?
LE NATURALISTE
235
France et aux États-Unis; ([uelle s'attaquo aux tiges et
aux psoudo-liulbcs de la plante ; qu'elle creuse toujours
une cavité dans l'intérieur et y accom|ilit tnutes ses mé-
tamorphoses.
Kn lii'liors de ces faits qni sont incouti'staldcment
acquis à la science, nous n'avons trouvé aucun ren-
seipncnient précis, en France et à l'Ktranper, soit sur les
mœurs de cet insecte funeste, soit sur les procédés jira-
tiques à employer pour arrêter sa propagation. En elVet,
on ne connaît pas le temps nécessaire à l'insecte pour
accomplir toutes ses métamorphoses, depuis la ponte
jus(]u'à sa sortie de la plante; combien il a de généra-
tions dans une année; comment et où s'opère l'accou-
plement et la ponte; s'il est diurne ou nocturne ; le
nombre des mâles par rapport aux femelles; si leur acti-
vité se continue pendant l'hiver, etc.; observations qui
nous paraissent d'une importance considérable, pour
combattre Is. ori'hidxarum, d'une manière raisonnée, soit
par l'emploi des insecticides, à des époques propices,
soit i)ar tout autre moyen.
Désirant venir en aide aux orchidophiles, si éprouvés
par la Mouche des Orchidées (comme ils désignent leur
ennemi). i|ui s'attaque indistinctement aux Cattleya et
Lirlia communs, comme aux espèces les [dus rares, dé-
truisant en (jnelques semaines des plantes obtenues
avec peine de semis, après 7 et 10 ans de soins assidus ;
nous allons faire connaître ce que nous avons surpris
des mœurs d7.<. orcfndicarum, par des observations minu-
tieuses, poursuivies simultanément depuis ]ilusieurs
années, en captivité dans nos boites d'élevage et en
liberté dans les serres mises à notre disposition ; nous
indiquerons ensuite les moyens que nous avons expéri-
mentés pour arrêter la propagation de cet insecte.
MOEins.
Après plusieurs essais infructueux, en captivité et en
liberté, pour observer l'accouplement et la ponte d'Is.
orchidsearum, nous avons enfin réussi, de la façon sui-
vante : Deux couples de ces insectes (obtenus par éclo-
sion dans nos boites d'élevage) furent abandonnés,
le il juillet, sur un Cattleya lahiata, recouvert d'une
cloche en gaze disposée de façon à pouvoir suivre ce qui
allait se passer. Le lendemain, vers une heure, au mo-
ment le plus chaud de la journée, nous avons aperçu un
mâle voltigeant en tout sens, se posant à peine sur les
feuilles, puis reprenant son vol ; après 4 à b minutes de
ce manège, il vint s'abattre sur l'extrémité d'une feuille
et se mit à courir autour d'un point noir, le touchant
avec ses antennes par des mouvements vifs et répétés.
Un examen minutieux nous fit reconnaître que ce que
nous prenious pour une tache noire était une femelle
tout à fait immobile. Le rapprochement des sexes eut
lieu presque immédiatement, le mâle étroitement serré
sur le dos de la femelle.
Le travail de la ponte est assez long et doit durer plu-
sieurs jours; pour cette opération, la tarière qui en
temps ordinaire est cachée dans l'extrémité de l'abdo-
men, est susceptilde d'extension et fait saillie en pointe
aiguë de plusieurs millimètres. C'est à l'aide de cet ovi-
ducte ou tarière enfoncé dans l'épiderme de la tige ou
du pseudo-bulbe que la femelle introduit le plus souvent
2 ou 3, quelquefois jusqu'à 5 et 7 œufs dans un même
trou, puis elle recommence l'opération sur la même tige
espaçant cette nouvelle ponte d'environ un à deux cen-
timètres de la première ; généralement elle passe ensuite
sur une autre tige, lorsqu'elle a le choix, pour continuer
sa ponte jusqu'à épuisement. Les diverses jiontes que j'ai
observées en liberté et en captivité ont été faites pen-
dant le moment le plus chaud delà journée, de 10 heures
à 4 heures, surtout au printemps et à l'automne. Les
leufs éclosent 6 à 8 jours après la ponte, les petites larves
creusent pour se nourrir une petite cavité dans l'inté-
rieur de la tige ou du pseudo-bulbe qu'elles agrandissent
au fur et à mesure de leur croissance, sans creuser de
galeries longitudinales ou transversales plus ou moins
longues dans la plante ; les diverses cavités d'une même
tige contenant des pontes séparées ne se rejoignent pas
et restent toujours séparées par une partie plus ou
moins épaisse de tissu cellulaire; la nymphose s'accom-
plit dans cette cavité, et l'insecte parfait s'echapiie par un
petit trou rond, en perçant l'épiderme.
La blessure faite à la tige ou au pseudo-bulbe au mo-
ment de la ponte et les premières érosions faites au
tissu interne, par les petites larves, aussitôt après leur
naissance, amènent un afllux de sève, qui le plus sou-
vent se traduit par un gonflement de la ])artie de la
plante contaminée, et qui aide à faire reconnaître les
tiges ou pseudo-bulbes attaqués. Cependant cette loi
générale a de nombreuses exceptions ; si l'expérience a
démontré que les tiges de Cattleya prenant un aspect
bulbiforme sont presque toujours haliitées par des larves,
il arrive souvent que des tiges malades n'oft'rent aucune
déformation extérieure qui les distingue des plantes
saines.
La larve peut arriver à son complet développement en
moins de quatre semaines ; ayant ouvert une cavité, le
19 août fponte du 13 juillet), j'ai trouvé deux larves com-
plètement développées et une nymphe en formation. La
première éclosion a donné une femelle le 23 août, puis
une autre le 27 août, enfin les éclosions se sont suc-
cédé jusqu'au 10 septembre (dix-neuf insectes), ce qui
indiquerait que tous les insectes d'une même ponte
n'arrivent pas à l'état parfait en même temps. Cette
remarque peut expliquer pourquoi on trouve des Is.
orcMdxarnm dans les serres infestées, pendant toute la
saison active, c'est-à-dire de la fin de mars jusqu'en
novembre ; pendant les mois d'hiver, il y a repos, les
larves provenant des pontes de la fin d'octobre et de
novembre passent la mauvaise saison à l'état de
nymphes; le plus souvent, l'insecte parfait s'échappe en
mars ou avril ; cependant on rencontre quelquefois dans
les serres, en décembre, janvier et février, quelques
Isosoma égarés, ce sont de rares exceptions. Nous avons
remarqué deux périodes d'éclosion bien marquées : en
avril et en septembre; puis deux autres de moindre
importance : en juin-juillet et en octobre-novembre. Ce
qui ferait supposer quatre générations par année (?).
Si l'on s'en rajjporte à ce que j'ai observé en captivité
(dans les serres, en liberté, les conditions sont à peu
près les mêmes'?), on peut admettre que les œufs éclo-
sent 6 à 8 jours après la ponte, que la larve peut arriver
à son complet développement en 27 ou 30 jours au plus,
et que la nymphose demande 1!) à 20 jours pour donner
l'insecte parfait; c'est-à-dire (|ue toutes les métamor-
phoses depuis la jionie exigent de 50 à 60 jours en
moyenne. En tenant compte de l'observation que nous
avons faite, que les éclosions d'une même ponte peu-
vent se prolonger pendant 13 à 20 jours, le noml)re de
quatre générations par an ne me paraît pas devoir être
dépassé (?).
236
LE NATURALISTE
Le nombre des femelles trouvées par nous, dans les
serres en lilierté, a été dans la proportion de trois
femelles pour un mâle: en captivité, pour les éclosions
provenant de tiges ou pseudo-bulbes mis en observation
dans nos boîtes d'élevage, la proportion a été de sept
femelles pour 2 mâles, et enfin, dans la ponte en capti-
vité, sur 19 insectes obtenus vivants, il y avait 13 femelles
et 6 mâles.
Dans les serres Is. Orchidwarum femelle se tient géné-
ralement au repos, sous les feuilles, quelquefois dessus;
elle est peu active, vole lourdement pendant la journée,
probablement à la recherche d'une plante pour déposer
sa ponte? Le mâle, beaucoup plus léger, vole aux
mêmes heures, avec assez de facilité à la recherche d'une
compagne. Nous avons visité assez souvent des serres
infestées, le soir avec une lanterne, nous n'avons jamais
surpris Isosnma, mâle ou femelle, au vol ; cet insecte est
si petit, qu'il peut bien avoir échappé à notre attention.
Les dégâts causés par ces insectes sont désastreux :
non seulement les pseudo-bxtlbes attaqués ne donnent pas
de fleurs de l'année, mais les plantes, dont plusieurs
tiges sont contaminées, perdent de leur vigueur, dépé-
rissent graduellement et finissent souvent par mourir
une année ou deux après avoir été contaminées.
^^OYE^•s de destruction.
Le procédé le plus connu des orchidophiles consiste
à supprimer les tiges et les pseudo-bulbes contaminés
(qu'il faut brûler). Ce moyen radical peut retarder la pro-
pagation, mais il a l'inconvénient de ne pas être écono-
mique, surtout lorsqu'il s'agit de plantes de choix.
Nous nous sommes demandés s'il n'y aurait pas possi-
bilité de tuer les larves dans la tige, sans détruire cette
dernière'? A cet effet, nous avons entrepris un certain
nombre d'expériences, qui permettent d'espérer des
résultats satisfaisants.
Dans une première expérience, sur des tiges contami-
nées de Catttei/a labiatn, nous avons enfoncé, dix ou
douze fois, une aiguille fine dans les diverses parties où
nous supposions la présence des larves (en prenant soin
de ne pas traverser la tige de part en part) ; la tige n'a
nullement souffert de cette opération et a continué à
pousser; mise en observation sous une cloche en gaze,
il en est sorti un seul insecte, et en ouvrant la jeune
pousse, nous avons con--taté la présence de trois larves
mortes dans leur cavité.
Dans une autre expérience, désirant nous rendre
compte du degré de résistance de ces plantes, nous avons
fortement incisé deux tiges contaminées avec une
aiguille à dissection (en prenant soin de ne pas traverser
les tiges de part en part, car, dans ce cas, le pseudo-
bulbe paraît mal supporter l'opération), les larves ont été
atteintes et aucune éclosion ne s'est produite. La plante
a bien supporté cette opération, mais elle conserve des
cicatrices qui en diminuent la valeur marchande.
Ces exjjériences me paraissent probantes ; elles per-
mettent d'espérer que les piqûres répétées simplement
avec une aiguille fine, ou trempée dans de la nicotine
pure, pourraient détruire une forte partie des larves
dans leurs cavités, sans inconvénient pour la vitalité de
la tige ou du jiseudo-bulhe attaqué.
Nous ferons remarquer cependant qu'avec ces procé-
dés, il ne meurt que les larves blessées, dans leur cavité,
par les piqûres répétées au hasard ; les autres continuent
leur croissance et échappent au remède.
Une injection de nicotine ]iure (0,50 centigrammes)
faite avec une seringue de Pravaz, dans la partie attaquée
]iar les larves, les a fait périr dans une première expé-
rience ; mais, dans une seconde expérience, l'injection
n'ayant probablement pas pénétré dans la cavité habitée
par les larves, celles-ci ont continué à vivre, se sont
métamorphosées et l'insecte est sorti.
On réussirait plus sûrement en injectant quarante ou
cinquante centigrammes de sulfure de carbone dans la
tige malade, en prenant soin de boucher, le plus prompte-
ment possible, le trou fait par la seringue de Pravaz,
avec un peu d'argile ou un mastic quelconque, pour
empêcher les vapeurs de s'échapper au dehors. Les
vapeurs toxiques dégagées par le sulfure de carbone péné-
treront au travers des cloisons de la tige contaminée et
feront périr les larves dans leurs diverses cavités. Je
n'ai pu tenter qu'une seule expérience, faute de tiges
contaminées en nombre suffisant. Les orchidophiles
agiront sagement en essayant ce procédé. Je leur serais
obligé de vouloir bien noter ce qui arrivera pour la santé
de la plante expérimentée et de le faire connaître au
Comité scientifique de la Société nationale d^ Horticulture de
France. On sait que le sulfure de carbone attaque forte-
ment la chlorophylle des plantes, mais à cette dose
minime en est-il ainsi?
L'unique pseudo-bulbe qui a servi pour cette expé-
rience a bien supporté l'opération, nous n'avons rien
remarqué d'anormal dans la végétation de la plante. En
ouvrant la partie traitée, quinze jours après, nous avons
trouvé dans une cavité quatre larves mortes. Nous ne
saurions trop insister sur ce résultat ; si, en multipliant
les expériences, il est démontré par la suite que la
plante, à cette faible dose, n'a rien à craindre du sul-
fure de carbone. Ce procédé pourrait rendre de grands
services avec quelques précautions, du reste assez
simples.
Les vapeurs de sulfure de carbone font explosion au
contact du feu ; on fera bien de porter les plantes à trai-
ter dans un endroit spécial, bien aéré, d'opérer le jour,
de ne pas fumer pendant les manipulations. Au bout de
vingt-quatre heures, il n'y a aucun danger à replacer les
plantes traitées dans leur serre habituelle.
On peut détruire un grand nombre A'h. Orchidsearum,
au moment des éclosions (mars à novembre), en suspen-
dant dans les serres infestées, des planches recoxivertes
d'une couche liquide de mélasse, ou de miel commun.
Ces insectes attirés par ces matières sucrées, viendront
s'engluer sur ces pièges, qu'il est facile de maintenir
gluants. Il est bon de faire observer qu'une femelle
détruite avant la ponte, c'est toute une colonie de larves
supprimées du même coup.
L'immersion complète des Cattleya contaminées pen-
dant 24 à 48 heures fait périr les larves d'/s. Orchidsea-
rum; la seule expérience qu'il m'a été possible de faire,
faute de plantes à ma disposition, n'a pas paru nuisible-
à la plante, qui une fois égouttée a continué sa végéta-
tion. C'est un moyen qu'on pourrait essayer avec pré-
caution, en choisissant d'abord des Cattleya d'espèces
communes, et si, comme je le suppose, les plantes
supportent bien l'immersion, l'application de ce pro-
cédé est facile.
Je voudrais espérer que mes patientes observations
des mœurs d'/s. Orchidsearum , et mes expériences de
destruction, bien qu'incomplètes, pourront aider les.
LE NATURALISTE
237
hcirticiilteiirs à comlialtre, ou tout au moins à dimiimer
les (l''pàts causés par celte maudite besliolo.
Dans une autre étude, je ferai connaître les mieurs de
deux autres ennemis des orchidées : le Diaxenes Dendrobii
(Grahan) et le Xyleborus perforans, importés dans les
serres avec des Dendrobium exotiques et qui menacent
de s'y propager.
Decaux.
L'ESPRIT DES BETES
Les causes des actes sont variées chez les animaux.
Les actes sont très souvent instinctifs; et, par leur par-
faite a])proiirialion au but, ils simulent l'intelligence.
Ils en diflëreiioieront en ce que, dans l'inslinct, l'animal
accomplit toujours la même action de la même façon
spontanée et machinale ; l'acte intelligent au contraire
varie et s'adapte aux circonstances.
Les actes d'imitation sont également nombreux chez
les animaux vivant en société ou en contact avec
l'homme. Eux aussi peuvent sembler intelligents. Ainsi,
les prodiges qu'accomplissent les animaux dressés sont
obtenus par l'imitation et une patiente répétition. L'acte
imité est répété toujours sous la même forme, il ne va-
rie pas et ne s'adapte point aux circonstances.
Les naturalistes (]ui ont étudié l'intelligence des ani-
maux ont trop souvent pris pour intelligents des actes
soit purement instinctifs, soit plus souvent imités. Des
exemples feront mieux comprendre la difficulté qui
existe à en trouver la cause.
Le fait de varier ses actes pour les adapter au ehan-
gement des circonstances se note dans les mouvements
appropriés à des difficultés survenant pour la première
fois. Les animaux les plus inférieurs semblent adapter
leurs mouvements aux circonstances. Tel l'exemple de
l'escargot cité par Darwin. Un de ces animaux, enfoncé
la bouche en l'air dans une fente de rocher, prit point
d'appui en haut, chercha à tirer sa coquille dans la
direction verticale ; puis fit les mêmes efforts à droite,
■enfin à gauche.
JL Gruvel a signalé ici même {Naturaliste, 1" fé-
vrier 189,')) un fait analogue chez la balave. Un mâle, ne
pouvant atteindre une femelle voisine avec son llagellum
reproducteur, se retourna dans sa loge des trois quarts
environ et rapprocha l'extrémité postérieure de son
corps qui porte le ûagellum de l'orifice de la coquille
voisine, gagnant ainsi toute la longueur de l'ouverture
<le la sienne propre, c'est-à-dire environ 5 ou 6 mm.
Ucs mouvements divers et appropries offrent bien la
marque de l'intelligence (1). Quand bien même l'animal
les [aurait déjà exécutés et les accomplirait de mé-
moire, il n'en aurait pas moins été intelligent la pre-
mière fois qu'il les a exécutés.
Chez les animaux plus avancés en organisation, l'ada])-
1,1) Les mouvements des rotitéres dépourvus d» système
nenreuï ne semblent point par contre intelligents. Un rolifère
saisi par la pince d'un autre, nous dit Lubbocti, s'élance de
droite et de gauche avec son ennemi, tinit par rencontrer un
brin d'herbe, l'empoigne avec sa pince et se livre à toute une
série de mouvements pour se débarrasser. Ces mouvements
désordonnés sont simplement des contractions protoplas-
miques sous l'influence de l'e.xcitation produite par la mor-
sure.
tation des actes aux circonstances est plus évidente
encore.
Les abeilles, d'après Iluber. ferment l'entrée de leur
ruche au moyen d'une barrière de cire et de propolis ne
laissant qu'un trou troj! petil pour laisser passer le
sphinx à tète de mort. Les années oit il n'y a point de
sjjhinx, les abeilles enlèvent leur barrière.
Le même auteur les vit renforcer les attaches de tous
leurs rayons parce qu'un fragment s'était détaclu' d'un
seul rayon : elles avaient donc jieiisé que le même acci-
dent pouvait arriver aux autres.
Quand sa proie est trop lourde, la guêpe la divise et
en emporte successivement les morceaux. On l'a vue
encore laisser cette proie trop pesante en haul d'un
arbre pour pouvoir s'élancer de là et l'emporter.
Les actes intelligents de la fourmi paraissent nom-
breux ; mais quand on y regarde de plus près, la plupart
sont en réalité des actes instinctifs ou sui'tout imités.
L'éducation a en effet une grande importance chez la
jeune fourmi. Les anciennes lui montrent la fourmilière
et lui donnent des leçons de choses. Aug. Forel ( i ) a
justement noté que, prise individuellement, une fourmi
est incapable de réflexion tant soit jieu complexe. Ses
actes sont automatiques et aveugles, bien ([u'ils contre-
fassent la sagacité raisonnée. Aussi cet auteur admet
que le cerveau de la fourmi préside à des actes automa-
tiques et, par suite,' possède un nombre de neurones infi-
niment plus restreint que celui exigé par le" raisonne-
ment ou faculté plastique d'adaptation individuelle.
Il ne faudrait pourtant pas refuser à la fourmi tout
raisonnement. Les actes raisonnes se manifestent dans
maintes circonstances imprévues et nouvelles, et même,
si la mémoire et l'imitation leur permettent d'agir auto-
matiquement dans les circonstances ordinaires, encore
ces actes ont-ils à l'origine été raisonnes.
Examinons en effet les modifications qu'une fourmi
apporte à ses actes haliituels, quand les circonstances
changent.
S'agit-il de porter un fardeau, la fourmi variera sa
méthode suivant la forme et le volume du faix.
Une tige de bois est portée transversalement. Si, à un
moment donné, le chemin trop étroit fait obstacle, elle
prendra sa charge longitudinalement.
Pour hisser un morceau de bois, elles se mettent à plu-
sieurs, les unes tirent, les autres soutiennent par en
bas.
Une chenille se débattait, elles n'en iiouvaient avoir
raison, elles la mirent sur le dos.
Un ver était trop lourd, elles le coupèrent. Un autre
tenait encore à son trou par la moitié de son corps, elles
enlevèrent la terre grain à grain pour le déterrer.
Quand les fourmis construisent leur nid, elles s'adap-
tent aux circonstances, chacune travaille suivant son
idée, et c'est celle qui a découvert le système le plus
avantageux qui finit par convertir les autres.
Dans ces travaux, les fourmis peuvent profiter de l'ex-
périence des adultes qu'elles ont vus dans leur jeunesse
et de leur expérience propre ou même héréditaire. Mais
la variété que chacune apporte à sa tâche prouve que le
facteur intellectuel entre en jeu.
Les naturalistes, surtout John Lubbock, ont l'ait des
il) .\ug. Forel. Un aperçu de psycholo.i;ie comparée. A.'ajinée
psijchuloijique, Beaunis et Binet, 2° année.
238
LE NATURALISTE
expériences en mettant les fourmis vis-à-vis d'un acte
d'une ditïîculté nouvelle pour elles.
Tantôt, les fourmis surmontaient la difficulté, tantôt
n'y parvenaient point.
Ainsi, ayant introduit des fourmis (lasius niger) dans
une boite contenant des provisions et munie d'un trou,
quand la circulation entre la boite et la fourmilière se fut
établie il boucha ce trou. Les fourmis venues du dehors
firent plusieurs fois le tour de la boite pour voir s'il n'y
avait pas d'autre ouverture, puis se mirent à creuser
juste au-dessus du trou et en déblayèrent l'entrée.
Le Naturaliste {l" mai 1897) rapporte l'expérience sui-
vante :
Lubbock habitua des fourmis à traverser l'eau sur un
pont de papier jiour aller chercher de la nourriture. L'ha-
bitude prise, il dérangea un peu le pont. Les fourmis cher-
chèrent en vain à gagner la plaque pleine de nourriture,
mais entourée d'eau. Finalement, l'une d'elles eut l'idée
de pousser le brin de papier et le pont fut rétabli.
Léon Plumency (même journal) plaça une fourmi sur
un jilateau, isolée. Ses camarades l'entourèrent et, après
plusieurs tentatives, une d'elles se leva sur ses pattes de
derrière, appuya ses pattes antérieures sur le plateau et
fornia ainsi un chemin par où la prisonnière put s'échap-
per.
Les fourmis, dans ces expériences, se livrent à une
série de recherches; finalement, une trouve le moyen
approprié et toutes en usent. Ce n'est point par un rai-
sonnement logique qu'elles arrivent à trouver, mais par
une série d'essais.
Aussi, certaines fourmis peuvent-elles ne pas arriver
au but. J. Lubbock cite des exemples de sottise chez les
fourmis. Il n'a jamais pu arriver à faire tomber une
lasius niger pour atteindre l'endroit aux provisions, si
petite que fût le vide vertical, de sorte qu'il pouvait tou-
cher l'autre bord avec les antennes, elle ne se décidait
pas à tomlier, ni pour monter à entasser quelques grains
de sable répandus par terre. Elle préférait faire un dé-
tour énorme pour arriver au but. Et pourtant rien n'est
plus simple que de sauter ou faire des. ponts pour d'au-
tres espèces de fourmis : pour passer au delà d'un obs-
tacle formé de glu, elles font une chaussée avec de la
terre des grains de sable; pour traverser l'eau, elles em-
ploient comme pont un brin de paille qu'elles remettent
si on le déplace. Sous les tropiques, elles traversent les
rivières au moyen d'un brin de bois.
Ces divers travaux doivent être, chez les fourmis,
facilités par la mémoire. Elles se sont souvent trouvées
en face de difficultés semblables.
Si on note que les instincts des fourmis sont extrême-
ment variés suivant les races, à l'inverse des autres ani-
maux qui ont tous le même instinct dans la même es-
pèce, on est forcé d'admettre un instinct très modifiable
par l'intelligence.
Parmi les fourmis, les unes sont esclavagistes; d'au-
tres élèvent les pucerons et d'autres insectes peu connus,
parfois dans leurs galeries même (pucerons des racines).
Certaines récoltent les grains, les empêchant de germer
jusqu'à ce qu'elles en usent.
D'autres, au Mexique, cultivent ces graines. Enfin, on
a même cité des fourmis champignonnistes (1).
(1) Ces fourmis réduisent en fragments microscopiques les
feuilles qu'elles apportent à leur nid, puis elles les pétrissent,
en forment des boulettes et les entassent à côté les unes des
Si on les compare aux abeilles qui toutes construisent
leurs ruches de même façon et toutes ont mêmes
mœurs, on verra dans les fourmis une grande plasticité
de l'intelligence. Au début, en effet, ces actes ont été
intelligents, avant de se fixer par répétition et hérédité.
Mais il ne faut pas croire que cette intelligence a
consisté en un raisonnement théorique ayant abouti
d'emblée au résultat.
L'acte utile ne s'est fixé que par une longue suite
d'expériences collectives, l'acte couronné de succès fut
immédiatement imité par tous.
Le nombre des individus dans une société facilite en
effet le progrès. Chaque individu pris isolément est peu
intelligent. Mais mettez la collectivité aux prises avec
une difficulté, chacun apportera une solution et, parmi
toutes, il y a des chances qu'une soit juste et réussisse.
Le succès fera adopter l'acte et le fera répéter par
tous.
Ainsi, quand les fourmis bâtissent leur nid, chacune
travaille isolément, puis elles finissent par se ranger à
l'opinion de celle dont le plan est le meilleur.
Forel. en montrant la stupidité de chaque fourmi,
prise isolément, prouve que la mémoire et l'imitation
peuvent faire profiter la société de la faculté plastique
d'adaptation individuelle pourtant très restreinte chez
chaque sujet.
Les tentatives répétées en sens variés (1) par tous les
membres de la société expliquent le succès final que
l'imitation et la mémoire tendent, à la prochaine occa-
sion semblable, à transformer en acte automobile.
Les mêmes observations peuvent se faire chez des
animaux d'ordre plus élevé, chez les mammifères, par
exemple chez les castors.
Ils savent varier la direction de leurs digues suivant la
force du courant : si ce dernier est paresseux, la digue
s'élèvera presque en ligne droite ; si le courant est ra-
pide, ils fortifieront la digue en lui donnant la forme
courbe. Une longue expérience seule a pu leur ensei-
gner l'art de l'ingénieur, chaque progrès étant acquis
par l'imitation, la répétition et l'hérédité.
Chez les animaux domestiques, il faut se méfier que
les actes dits intelligents soient simplement des actes
imités.
Romanes regarde comme intelligente la faculté
autres. Le champignon se développe souvent en moins de
24 heures dans ces boulettes. On ne voit pas comment se fait
l'ensemencement des boulettes. Il peut se produire par des
spores préexistants sur la feuille, mais il est bien invraisem-
blable que tous les fragments de feuille apportés au nid pos-
sèdent des spores do champignon. Il est probable que la
fourmi sème le champignon comme on sème le champignon de
couche.
Mais l'ensemencement fortuit doit se faire aussi, car on sait
que le blanc de champignon devient stérile au bout d'un cer-
tain temps. Enfin on ne voit jamais de moisissures parasites
ni de bactéries. A ce point de vue les fourmis sont supérieures
à l'homme qui ne sait pas éviter ces fléaux pour ses cultures.
Quand on détruit le nid, les fourmis s'empressent de sauver
ces champignons.
Le champignon reste stérile tant que les fourmis en vivent.
Mais si on éloigne les insectes, il fructifie, et en faisant germer
les spores, on reproduit le mets des fourmis.
Chaque espèce de fourmi cultive une espèce différente de
champignon et refuse les autres espèces. (Amérique centrale,
d'après Millier.)
(t) Il ne faut pas regarder le raisonnement comme la faculté
d'adopter en telle ou telle circonstance la conduite la meilleure
LE NATURALISTE
239
(|u'ont les chinns de communi(iuor soit par gestes, soit
en aboyant sur un certain ton (1 ), mais n'ont-ils pu l'ap-
prendre par les autres animaux, ou mémo par l'homme.
On regarde comme intelligent d« la part d'un animal
domestique seulement l'acte spontané, nouveau, qu'il
n'a jamais vu accomi)lir. Ainsi, l'histoire, rapportée par
Romanes, de ce chien à qui on donnait chaque matin du
lait de chèvre trait devant lui : comme on roul>liait une
fois, il entra dans le caliinetoù se trouvait la tasse dont
on se servait pour traire la chèvre, la prit entre ses dents
et vint la déposer aux pieds de sa maîtresse, et cela
sans qu'on lui eût jamais appris à porter la moindre des
choses.
Ou encore cette histoire de Livingstone : un chien,
suivant la piste do son maître, arriva à l'embranchement
de trois routes, en flaira d'abord deux et, n'y trouvant
pas trace de piste, partit au galop le long de la troisième
sans avoir recours à son nez. Il était donc sûr, puisque
la piste n'était ni en A ni en B, qu'elle était en C.
De pareils faits sont très nombreux, non seulement
chez le chien, mais encore chez le chat, le singe... Mais
trop souvent les observateurs négligent de s'assurer que
ces actes intelligents ne sont point l'imitation ou la répé-
tition d'un acte ([u'ils auraient déjà vu accomplir par
d'autres animaux. 11 convient de se mettre en garde
contre cette cause d'erreur.
Félix Regnauut.
LA DISTANCE DES ÉTOILES
A part une trentaine d'étoiles, dont on connaît à peu
près la distance, on peut dire que toutes les étoiles sont
à une distance incalculable, malgré la perfection des
instruments gradués et l'habileté extrême des astro-
nomes. On se fera une idée de leur prodigieux éloigne-
ment, en songeant qu'une étoile, au sommet d'un
triangle dont la base a près de 80 millions de lieues,
forme un angle si petit à la jonction des 2 lignes menées
de cette étoile aux deux extrémités de cette base, que
cet angle est généralement inférieur à 1 centième de
seconde. Même pour l'étoile la plus rapprochée de nous,
cet angle est inférieur à t seconde ! Or les erreurs d'ob-
servation peuvent s'élever dans certains cas à plusieurs
secondes, sous l'influence d'une foule de causes : mou-
vements impercei)tibles des instruments, courbure des
tubes par l'usage, influences de la température, de la
nutation, de l'aberration, de la précession, et du mouve-
ment propre de l'étoile elle-même dans l'espace. Car les
étoiles ne sont pas fixes, comme on le croyait. Les étoiles
sont si loin de nous qu'elles se meuvent dans l'espace
avec des vitesses de 30 à 40 kilomètres par seconde, plus
ou moins, sans paraître changer sensiblement de place
au bout de plusieurs siècles ! Bien que la lumière par-
coure 75,000 lieues par seconde, on peut dire que la
plupart des étoiles mettent plus de 70 ans à nous envoyer
ou jugée telle. Il consiste plutôt i varier ses actes jusqu'à ce
qu'on aboutisse à commettre l'acte le meilleur.
Cette faculté de moaifier ses actes différencie l'acte rai-
scnné de l'instinctif qui reste toujours le même.
(1) Romanes. Intelligence des animaux. Bibliot. scientif.
internat.
leur lumière. Si toutes les étoiles disparaissaient du ciel,
le jour de la naissance d'un enfant, celui-ci pourrait
mourir de vieillesse sans voir pour ainsi dire moins
d'étoiles à la fin de ses jours que dans son jeune âge.
Une trentaine seulement se seraient éclipsées tour à
à tour. En effet la lumière qu'elles auraient émise avant
de disparaître continuerait encore à voyager dans l'es-
pace, pendant plus ou moins de siècles encore après
leur extinction.
Les 2 étoiles les plus rapprochées de nous sont deux
étoiles de première grandeur, qui brillent dans le ciel
austral : Alpha et Bcta, de la constellation du Centaure,
à côté do la Cro'.x du Sud. Ces 2 étoiles sont à 8.000 et
à 15.000 milliards de lieues de nous! Et ce sont les plus
voisines ! Il est curieux de voir qu'il y a 8.000 milliards
de lieues entre ces deux étoiles, comme entre Alpha et
notre Soleil; mais on ne peut pas dire que ce soit là la
distance moyenne entre les étoiles. Pour que ce fût
exact, il faudrait qu'il y eût une quinzaine d'étoiles dans
la sphère de l'espace, dont le Soleil est le centre, et dont
le rayon est de 10.000 milliards de lieues tout au plus.
Or les 15 étoiles les plus rapprochées de nous sont com-
prises dans une sphère de 40.000 milliards de lieues de
rayon autour du Soleil. Il est probable par conséquent que
c'est là approximativement la distance moyenne des
étoiles, les un^s par rapport aux autres. On connaît trop
peu de distances d'étoiles pour être bien fixé à ce sujet.
Ainsi la seconde zone comprise entre 40 et 80 mille mil-
liards de lieues ne compte encore qu'une quinzaine
d'étoiles, alors qu'elle devrait en contenir une centaine
au moins. Il est très possible que ce nombre s'y trouve,
mais on ne le connaît pas encore.
Il est utile de faire remarquer que plusieurs de ces
étoiles sont doubles, c'est-à-dire formées de 2 soleils,
dont on connaît la distance entre eux. Dans chacun de
ces systèmes doubles, la plus petite étoile semble tourner
autour de la plus grosse. La vérité est qu'elles tournent
toutes les deux, autour de leur centre commun de gra-
vité, en décrivant une ellipse presque circulaire. Ainsi
Alpha du Centaure est formé de 2 étoiles de première et
de deuxième grandeur. Le second est éloigné du pre-
mier de 723 millions de lieues seulement, soit 19 fois la
distance de la Terre au Soleil. Cette opération s'opère en
80 ans. C'est à peu près le temps que met Uranus à
tourner autour du Soleil, dont il est un peu moins
éloigné. On en a conclu que le plus gros des 2 soleils
d'Alpha du Centaure est un peu plus volumineux que le
nôtre et qu'il est 2 fois plus éclatant, Si notre soleil était
projeté à cette distance, il ne brillerait que comme une
étoile de seconde grandeur. Il serait tout à fait analogue
au petit soleil qui tourne autour du grand, dans le couple
Alpha du Centaure, et dont la teinte est d'un jaune un
peu orangé. Il ne faut pas oublier en effet que la chro-
mosphère de notre soleil est rose; de sorte que, si l'éclat
de sa photosphère était atténué par la distance, ce serait
alors une étoile rougoàtre ou orangée. Le second soleil
d'Alpha du Centaure nous donne ainsi une idée de ce que
serait notre brillant soleil, s'il était projeté à cette dis-
tance : une étoile rougeâtre de seconde grandeur. La
lumière d'Alpha du Centaure met 3 ans et demi pour
arriver jusqu'à nous.
Ce qui a appelé sur cette étoile l'attention des astro-
nomes, c'est non seulement son éclat, mais surtout la
rapidité avec laquelle elle paraît se déplacer dans le ciel.
Ce déplacement apparent était un indice très probabla
240
LE NATURALISTE
en faveur de son rapprochement relatif. Car il est bien
clair que, parmi tous les astres, ceux qui se déplacent le
plus à nos regards doivent être moins éloignés que ceux
qui ne paraissent pas se déplacer beaucoup, toutes choses
égales d'ailleurs. De même une étoile brillante a plus de
chance qu'une étoile imperceptible d'être relativement
rapprochée de nous. Or Alpha du Centaure se déplace de
1 degré en 8 siècles, sur la voûte céleste.
Dans 12.000 ans, elle fera partie de la Croi.\ du Sud ; à
la fin, elle finira par être visible à l'horizon de Paris.
Cela nous montre qu'avec le temps l'aspect du ciel et de
ses constellations sera absolument changé ; car les étoiles
d'une même constellation ne vont pas toutes dans la même
direction ; les unes se déplacent dans un sens, et les
autres dans un autre sens; et puis elles ne se déplacent
pas toutes avec la même vitesse. Bref les constellations
se disloquent avec les siècles. Le ciel que nous voyons
aujourd'hui n'est pas le même que celui qui existait au
moment où notre Terre a été créée.
L'étoile polaire est aussi une des étoiles, dont on a pu
mesurer la distance. Elle est à 86.000 milliards de lieues
de nous. Sa lumière nous arrive en 36 ans et demi.
ACADÉMfE DES SCIENCES
Di- BouGox.
LIVRE NOUVEAU
Flore de Franes on descriplinn des plantes qui
eroissent spontanément en Franec, en Corse, et
en AIsaee-Lorraîne. par G. Roly et J. Foucaud.
Le Tome IV de la Flore de Fiance, par G. Rocv, vient de
paraître. Il comporte :
Di-oséracées; Monotropacées [et Firolacées); Malvacées \et
TiLiacies); Linées; Géraniacées [et Balsamine'es, Oxalidées,
Coriariées) ; Zygopht/llées ; Ruiacées; Fraxinées ; Sapindacées
{et Staphylinfes): Ilicées; Célastrinées : Rhamnées; Simaru-
bées ; Anacardiacees ; Légumineuses [Genres Anagyris, Lupi-
nus, Adenocarpus, Laburtium), Genisla [et Cytisus, Sarotkam-
nus, Argyrolobium, Sparliiim, l'iex, Erinacea, Calycotome,
Ononis, Anlhyllis).
Nous reviendrons prochainement sur ce nouveau volume
(prix 6 fr., franco par poste 6 fr. 45, chez les Fils D'Emile
Dejrolle, 46. rue du Bac, Paris).
N.-B. — Les volumes di'ja parus de cette importante publi-
cation, la plus considéi-able qui ait été jusqu'ici consacrée à la
flore de la France, publication indispensable à tous ceux qui
veulent se tenir au courant des découvertes botaniques faites,
depuis 18o3, en France, en Corse et en Alsace-Lorraine, et
connaître entièrement, jusque dans les sous-variétés, l'en-
semble des variations d'une même espèce, ainsi que sa biblio-
graphie, sa synonymie complète, son habitat exact et son aire
géographique, traitent les familles énumérées ci-dessus. De
nombreuses observations d'étude critique sont également
données, dans la FLORE DE FRASCE. sur les espèces non
françaises affnes de celles qui croissent dans nos régions, et
des tableaux dichotomiques conduisent le lecteur à la prompte
détermination de l'espèce, de la sous-espèce, de la forme ou de
la variété qu'il a à étudier.
Chaque année paraît régulièrement un volume de la FLORE
DE FRASCE.
Tome I, 189i. — Préface: Tableaux préliminaires: Ordres
des Renonculacées, Berbéridées, Nymphéacées, Papavéracées,
Hypécoées,Fumariacées, Crucifères [Arabidées), 1 vol. gr. in-8°,
332 pages. Prix ; 6 francs, franco 6 fr. 50.
Tome II, 1895. — Ordres des Crucifères [suite et fin), Cap-
paridées. Résédacées, Cistinécs, i vol. gr. in-S». 360 pages.
Prix : 6 francs, franco 6 fr. 55.
Tome III, 1896. — Ordres des Violariées, Polygalacées,
Frankéniacèes, Caryophyllées, Portulacées, Tamariscinées,
Elatinées, Hypéricinées, 1 vol. gr. in-8», 382 pages. Prix : 6 fr.,
franco 6 fr. 55.
Comme chaque année à pareille époque la période des va-
cances est marquée par une sorte de repos ou de relâchement
dans le travail intellectuel et scientifique du pays ; les commu-
nications faites à l'Académie des sciences se ressentent de
cet état de choses et c'est à peine si dans une période de plus
de deux mois on trouve l'équivalent de la somme des mémoires
et communications présentés, quelquefois en temps ordinaire,
dans une seule séance.
Les pédipalpes forment un groupe d'Arachnides intéres-
sants et très peu étudiés: aussi est-ce une bonne fortune que
Mlle Sophie Pereyaslawzeua (1), si connue par ses travaux
d'embryologie, ait pu étudier les premiers stades du dévelop-
pement des Phrynes et signaler en même temps les carac-
tères les plus frappants que présentent les derniers stades
des animaux du même groupe.
Jusqu'à présent on n'avait encore jamais signalé la pré-
sence d'acariens dans les liquides et surtout les liquides
alcooliques. Depuis quelques semaines le commerce des vins
sucrés du Midi s'est ému de la présence d'un acarien qui
pullule non seulement dans les vins dits de Grenache, m.ais
aussi dans le Malaga, le Banyuls. le Moscatel et le Samos.
Cet acarien n'est, suivant M. E.-L. Trouissart (2j, rien autre
chose que le Carpophagus [Acarus'i passularutn (HeringV
Comme l'indique son nom, cet acarien du raisin de Corinthe
[Passula Corintliica L.) est très commun dans les raisins secs
qui servent à faire des boissons de ménage, surtout larsque
ces raisins ont été conservés plusieurs années dans des locaux
humides et obscurs. Suivant M. E.-L. Trouéssart, la plupart
des vins où l'on trouve le carpoglyphe sont des vins de raisins
secs et l'acarien passe directement des raisins secs dans le
liquide fabriqué au moyen de ces raisins. On voit donc immé-
diatement quelle conséquence peut avoir au point de vue
légal la présence de l'acarien. L'acarien peut cependant
envahir un vin naturel ; mais seulement quand le fut mal
nettoyé dans lequel on l'a mis a du contenir précédemment
du vin contaminé. De là nécessité absolue de passer les ton-
neaux à l'eau bouillante avant de les remplir.
Suivant M. L. Mathieu (3), d'uilleurs on peut trouver, dans
des vins authentiques et non sucrés (Champagne, Bordeaux,
Bourgogne, vin de Touraine et d'Anjou , diverses espèces
d'acariens et en particulier le Glyciphagus cursor et le Tiro-
glyphus farinœ abondants dans certaines caves. Il y a donc
lieu de distinguer d'une manière précise la nature de ces
acariens et leur origine.
L'anatomic du groupe des insectes a fait le sujet de deux
notes, l'une de M. L. Bordas (4) sur le système nerveux sym-
pathiijue des orthoptères, l'autre de M. J. l'ére: (5) sur une
forme nouvelle de l'appareil buccal des hyménoptères. La
forme décrite par M. J. Pérez consiste essentiellement dans
une modification remarquable de la structure normale de la
langue des abeilles à langue courte. Le curieux insecte qui
présente cet exemple assez rare, d'une déviaiion fonction-
nelle considérable dans un organe unique alors que le reste
de l'organisme ne subit pas de modification sensible et reste
dans les limites des différences spécifiques ordinaires, forme
un genre nouveau Solenopalpa Fertoni, espèce appartenant
par tous les autres caractères, sauf par la bouche, au genre
Andrena. Les recherches de M. Armand 'Viré et de M. le
Dr P. Raymond dans les grottes des Cévennes ont enrichi la.
faune française de deux genres nouveaux d'isopodes, un sphé-
romide de grande taille et un ascUide vermiforme. Suivant
iM. Adrien Dollfus (6 , qui décrit ces animaux sous les noms
de Sphïeromides Raymondi et .Sienasellus Virei, « cette étude
de la faune carcinologique des grottes nous amène à des
découvertes bien suggestives et nous espérons que les hardis
explorateurs qui l'ont entreprise feront faire de nouveaux
progrès à notre connaissance de cette étrange faune. »
(1) Séance du 2 et du 16 août.
(2) Séance du 9 août.
(3) Séance du 23 août.
(4) Séance du 2 août.
(3) Séance du 26 juillet.
(6) Séance du 12 juillet.
LE NATURALISTE
241
M. Armand Viré (I) nous lait remarquer, à propos des
organes des sens du Splum-omides Raymond! et du Stenasellus
Virei, que l'on a, en même lcm))S que l'uni disparait, une hy-
pertrophie des autres orfranes des sens : nouvelle et remar-
quable confirmation de la Joi de Geoffroy Saint-Hilaire sur le
balancement des organes et des théories de Darwin sur l'in-
fluence des milieux.
Noir et bien dévelojiiic chez l'Asellus des ruisseaux, l'œil
devient plus pâle chez celui dos conduites d'eau souterraines,
chez l'Asellus des catacombes il n'est plus représenté que par
des points rouges, enfin il n'en reste plus trace dans le Ste-
nasellus des cavernes : mais par contre les organes olfactifs
qui chez l'Asellus aquaticus des ruisseaux atteignent à peu
prés la moitié de la longueur d'un des segments de l'antenne,
s'allongent chez le même Asellus vivant i l'obscurité dans les
conduites d'eau souterraines de la Ville de Paris et viennent
à dépasser la longueur du segment dans les individus qui
habitent les fontaines des catacombes de Paris. Chez le Ste-
nasellus enfin l'organe olfactif atteint plus d'une fois et demie
cette longueur.
Ce sont là deux séries bien nettes et bien caractéristiques.
La physiologie des crustacés a fait également le sujet d'une
très intéressante noie de M. ('■■ Bohu (2) sur la respiration du
Carcinus Mœnas Leach'. Depuis les observations mémo-
rables d'Audouin et de Milne Edwards sur le Maia et les gros
Crabes de nos eûtes, on a toujours répété, avec ces auteurs,
que l'eau entre par un point particulier situé en avant des
pattes antérieures, parcourt la chambre branchiale d'arrière
en avant, pour sortir en avant par des orifices situés à la
limite antérieure du cadre buccal, et que le courant est iléter-
miaé par le scaphognalhitc de la mâchoire. C'est en effet ce
qui a lieu dans les condilions les plus fréquentes chez les
crabes; mais dans certains cas, lorsque, par exemple, le crabe
vit sur un fond boueux, il est doué de la faculté de renverser
pour un temps plus ou moins long le sens de la circulation de
l'eau dans la chambre branchiale.
Ce renversement de la circulation de l'eau dans la chambre
branchiale existe chez beaucoup d'autres crustacés Hyas,
Maia, Palémons, Ecrevisses, Larves mégalopes, etc. C'est
donc un fait phylogénétiquemcnt très ancien, et qui semble
se retrouver comme un souvenir ancestral en s'accentuant
même chez les formes fouisseuses.
En poursuivant ses recherches sur les membres des Batra-
ciens et des Sauriens, .1/. A. l'errin (3) étudie les homologies
qui existent entre les os de l'épaule des deux groupes et l'ap-
parition dans la série animale du muscle perforé de la main.
En botanique, les notes ne sont pas nombreuses. Citons une
note de M.Boirivant (i) sur le remplacement de la racine prin-
cipale par une radicelle chez les Dicotylédones, fait assez fré-
quent, suivant l'auteur. Cette radicelle régénère dans une
certaine mesure le système pivotant détruit et par sa structure
elle se rapproche intimement de la racine mère.
M. Georges Fron o'. étudie la racine des Succéda et des
Salsola et son asymétrie. M. Paul Grelot (6) signale l'indé-
pendance de certains faisceaux dans la fleur; les connexions
théoriques des faisceaux peuvent être totalement anéanties, et
il arrive que par suite de la forme spéciale des carpelles et de
l'élargissement considérable du réceptacle, certains faisceaux
du gynécée n'ont plus aucune relation soit entre eux, soit
avec ceux des cycles inférieurs. Ils naissent et demeurent
indépendants. Les boragînées et les labiées nous en fournis-
sent des exemples.
D'expériences de M. Boirivant sur la formation de tissu assi-
milateur dans les tiges privées de feuilles, on peut conclure
que (7) :
La suppression des feuilles ou du limbe de ces feuilles pro-
voque chez la plupart des plantes :
1° Une coloration verte beaucoup plus foncée des tiges ou
pétioles, due à la pioduction d'un beaucoup plus grand nombre
de grains de chlorophylles dans les dilïércntes cellules de
leur tissu assimilateur ;
(11 Séance du 12 juillet.
(2) Séance du 13 septembre.
(3) Séances du 5 et 12 juillet.
(4) Séance du 12 juillet.
(3) Séance du 9 août.
(6) Séance du 2 août.
CI) Séance du 9 août.
2" Une modification de la forme des cellules de ce tissu, qui
sont plus allongées dans le sens radial ; ^
3° Une augmentation du nombre des assises cellulaires qui
contiennent do la chlorophylle, en un mot si on supprime les
organes spécialement assimilateurs, grâce h une sorte de
balancement organique, le tissu chlorophyllien des tiges ou
des pétioles se développe beaucoup.
Pour terminer l'énumération des notes de botanique, il
nous reste encore à signaler une série de notes de M. E. Roze
sur le rôle que joue le Pseudocommis Vitis (Debray), dans les
deux maladies de la vigne l'Anthracnose et l'Oidium (1) et
sur son parasitisme dans la tige et les feuilles de l'Elodea
Canadensis aussi bien que dans les plantes marines.
En géologie et en paléontologie, une très intéressante note
de M. A. Vaffier (2) sur le terrain carbonifère des environs
de Mâcon, et deux notes l'une de M. W. Kilian (3) sur un
gisement de syénito dans le massif du Mont-Genèvro i Hautes-
Alpes), l'autre de M. i. de Latitnti/ (1), sur les roches diaman-
tifères du Cap et leurs variations en profondeur, complètent
la liste des communications faites à l'Académie durant ces
dernières vacances.
A.-E. Malard.
OFFRES ET DEMANDES
Cours municipal de inscicullure . — • M. Jousset de Bel-
lesme, Directeur de l'Aquarium de la Ville de Paris,
commencera ce cours le lundi 18octol)re à cinq heures,
à la Mairie du I"'' arrondissement (Saint-Germain-
l'Auxerrois), et le continuera les lundi, mercredi, ven-
dredi à la même heure. Objet du cours : Poissons d'eau
douce de la France; IMœurs, instincts, fonctions, hy-
giène et maladies ; Reproduction et culture du poisson ;
Procédés pratiques de pisciculture; Fécondation artifi-
cielle ; Appareils ; Repeuplement des cours d'eau et
étangs; Pêche fluviale ; Législation; Usages alimentaires
et industriels; Approvisionnement du marché de Paris.
— Paul Noël, directeur du laboratoire régional d'ento-
mologie agricole de la Seine-Inférieure à Rouen, désire-
rait échanger une collection d'omfs des oiseaux de Nor-
mandie, 2.500 spécimens environ très bien déterminés.
— A céder les lots etcollections de Coléoptères ci-après
désignés. S'adresser à « Les Fils D'Emile Deyrolîe »,
40, rue du Bac, Paris.
Collection de Dytiseides et Gyi'inides,
192 espèces, 792 exemplaires, a cartons. Prix: 30 fr.
Collection de Stapiiyiinides europ. et exoti-
ques. I0G8 espèces. 2284 exempl., 34 cartons. lO tyiies
de «olier. Prix': 250 fr.
Collection de 8tai»l«jlinides europ. et exoti-
ques, 780 espèces, 10 cartons. Prix : 80 fr.
L,ot de Stapliylinides, Ci*y|>loplis>g;ides
Liatliridlides, i%nisotoniides,Seydniéiiîdes,
Cissides, etc. Environ 400 espèces, 1200 exempl.,
12 cartons. Prix : tO fr.
Collection de Leptodérides, IWécropho-
i-ides, Mipliildes europ. et exotiques. 96 espèces.
778 exempl., 4 boites. Nombreuses variétés et exem-
plaires de provenances diverses. Prix : 70 fr.
Collection de Liucanides et Lamelli-
coi'nes de France, U5 espèces, 400 exempl., 3 car-
tons. Prix : 35 fr.
(1) Séance du 20 septembre, du 9 août et du 30 août.
(2) Séance du 20 juillet.
(3) Séance du 5 juillet.
(4) Séance du 2 août.
5A?
LE NATURALISTE
Ivot de Glaphjrides europ. et exot. 44 espèces
et variétés, 65 exemplaires, 1 carton. Prix : 12 fr.
l-iot (leCtirculionides.ni espèces, 37Sexeinpl.,
2 cartons. Prix : 30 fr.
K^otde Ctii-milionidcs, 171 espèces, 375exempL,
2 cartons. Prix : i[> l'r.
Lot de Chrj'somé'lides europ. et exotiques,
2.308 espèces, 2.873 exempl., 58 cartons. Un bon
nombres d'espèces africaines sont typiques et ont servi
à Vogel pour faire sa monograjihie. Prix : 450 fr.
liOtd'Hîspîdes, exotiques, 60 espèces, 6b exempl.
i carton. Prix : lo fr.
Collection de Coceînellîdes, 110 espèces,
329 exempl., 2 cartons doubles. Prix : 28 fr.
Collection de Coceînellîdes», 47 espèces,
5S9 exempl. ,2 cartons. Prix : 30 fr.
LiOt de Scj,rninus à l..itophllus inclus,
47 espèces, 332 exempl., 1 carton. Prix : 20 fr.
Collection de Curculîonides et Xj'lo-
pliages, 880 espèces, 3.416 exempl., 27 cartons.
Prix : 17d fr.
Lot de Curcullonîdes, 95 espèces, 383 exempl.,
4 carions. Prix 30 fr.
Lot de Coccinellides européens et exotiques.
78 espèces, 246 exempl., 1 boite. Prix : 20 fr.
Lot de Dytiscîdee, Gyrinîdes europ. et
exotiques, 78 espèces, 246 exempl., 1 boite. Prix :20fr.
Collection de Scolytide», 83 espèces, 674
exempl , 3 boites. Prix : 40 fr.
Beanx^ exemplaires de Polyphylla Ra-
gnsse <f. l fr. pièce.
Lot de Coléoptères de Madagascar, 49 es-
pèces, 101 exempl., I carton. Prix : 2u fr.
Lot de Coléoptères delUadagascar, 62 es-
pèces, 120 exempl., 1 boite. Prix : 25 fr.
Lot de Coléoptères de France, 400 espèces,
1 boite. Prix : 40 fr.
Lot de Coléoptères de France, 300 espèces,
1 boite. Prix : 28 fr.
S'adresser pour les lots et collections ci-dessus à « Les
Fils D'Hjmile Deyrolle », 46, rue du Bac, Paris.
— A vendre les lots ci-après de Coquilles et Fossiles
(même adresse que ci-dessus).
Un lot de Coquilles marines et terrestres de Mau-
rice environ 128 espèces et 277 exemplaires. — 60 fr.
Un lot de Coquilles de Cuba (terrestres) compre-
nantue nombreuses Hélix, Stropbia,Ciioanopama, Chon-
dropoma, Helicina, 48 espèces, 65 exemplaires. — 55 fr.
Une collection de Fossile* du dévonien du Pas-
de-Calais, 25 espèces. 38 exemplaires. — 20 fr.
Une collection Bulimus de IVouvelle-Calédo-
nle 12 espèces, la exemplaires, parmi lesquelles Bulimus
Mariei. — 12 fr.
— Lot de plantes des A.lpes comprenant 128 es-
pèces différentes et plus de 200 exemplairesparfaitement
déterminés avec l'altitude et le lieu de la récolte (ces
plants ne sont pas collés), prix 25 francs (même adresse
que ci-dessus).
— 'M. Tardenois (Louis), 14, quai Choiseul, à Nancy
(M.-et-M.), offre en échange ; Petite collection d'œufs
classée en cuvettes de carton, 95 sujets, 4i espèces dont
plusieurs assez rares. Lot de coléoptères de France,
226 sujets, 90 à 100 espèces, plus 17 sujets exotiques en
7 espèces. Lot de Lépidoptères de France, 30 sujets,
22 espèces parmi lesquelles Sésie apiformis, Apatura Iris,
apatura Ilia, Saturnia Pavonia, Aglia Tau, làmenitis
Populi, etc
L'ÉLEYA&E DE L' AUTRUCHE
Je souhaite que notre animal, quoique iii]iède, obtienne
quelques bribes de la munificence officielle ; en peu d'an-
nées, l'erreur de l'omission de l'Autruche au nombre des
animaux utiles de l'Algérie pourrait être réparée. N'ou-
blions pas l'exemple suggestif de Douglass, éleveur au
Cap de Bonne-Espérance, d'ailleurs le tableau des nais-
sances du Jardin d'essai d'Alger que nos lecteurs con-
naissent par sa publication dans le Naturaliste est émi-
nemment suggestif. L'erreur et la négligence de l'im-
portance de l'Autruche en territoire africain français
n'ont plus besoin d'autres démonstrations, il me parait
que le terme de cette situation fâcheuse est proche
j'en ai le vague pressentiment.
La région désertique, particulièrement convenable à
l'élevage de l'Autruche, doit-elle de préférence être ré-
servée à la colonisation culturale européenne'?
Une déclaration contraire très catégorique de M.Louis
Vignon est ainsi conçue : « Pour le Sahara, il restera
a toujours inhabitable aux Européens; mais ceux qui
« auront des capitaux y développeront de riches cul-
« tures, dont le soin sera laissé aux Européens. » Et,
pour mieux préciser, il insiste dans son chapitre trai-
tant des difficultés que rencontre la colonisation; il nous
dit : « La terre d'Alger, marquée en tant que colonie de
(I peuplement d'un vice originel, — l'occupation du sol',
« — est une colonie mixte de peuplement, parce que la
(' région du Tell, salubre, fertile, insuffisamment cul-
n tivée par les indigènes, peut recevoir plusieurs mil-
0 lions de cultivateurs eurojiéens : c'est une colonie
« d'exploitation, d'abord parce que, dans l'ensemble du
ic pays, les indigènes sont les auxiliaires indispensables
(( des Européens, ensuite parce que, dans la majeure
« partie du Haut-Plateau et dans le Sahara entier, les
« conditions climatériques ne permettront jamais l'éta-
« blissement d'une nombreuse population française; là,
K un petit nombre de colons constituera toujours l'élé-
« ment directeur ou « exploitant » des tribus afri-
n caines ".
On sait ce qu'était l'Algérie, quand nous y avons dé-
barqué en 1830 ; il ne restait des travaux exécutés
autrefois par les Romains que quelques débris épars;
plus de routes, plus de ponts, à peine quelques villes,
séparées les unes des autres par d'immenses solitudes
parcourues par les nomades ; non seulement l'incurie,
la barbarie des Arabes n'avaient rien conservé des tra-
vaux de l'antiquité; elles avaient, en outre, profondé-
ment modifié les conditions de fertilité du sol par un
déboisement presque général.
Le jilus pressant besoin d'un pays situé au-dessous du
trente-septième jiarallèle est l'humidité : or, la pluie est
devenue d'autant plus rare que le pays s'est dénudé, et
des contrées, autrefois très peuplées, sont devenues dé-
sertes, par suite de l'impossibilité d'y vivre, une séche-
resse absolue y interdisant toute culture.
Sans doute, les Nomades, dont les troupeaux dévasta-
teurs ont fait du grenier de Rome un ])ays incapable de
les nourrir, s'enfonceront dans les solitudes sahariennes;
il n'y aura plus de place pour eux en Algérie, et ils subi-
ront les atteintes d'une loi fatale aussi ancienne que
l'humanité : de tout temps, le laboureur a fini par sup-
planter le pasteur, et, bien que le cultivateur Caîn, en
tuant le berger Abel, se soit acquis une mauvaise repu-
LE NATURALISTE
243
lution, il n'a fait qu'obéir aux lois cruelles de la lutte
puur re.vistencc ([ui gouvernent le monde.
Le désert saharien oflre trois niveaux principaux :
D'abord, des ]ilateaux s'éleviint de 10 mètres environ
au-dessus dw nivciiu iriuyeu. I,eur surface est un mé-
lange de cailloux mêlés de sable tin. Plaines brûlées,
arides, absolument sans eau et sans végétation, leur
imdile, leur solitude et leur aspect désolé effrayent
celui qui les pénètre. Tels sont les lieux de couvée au-
trefois fréquentés par les Autruches.
Le deuxième niveau comprend les plaines sablon-
neuses, la région des dunes. C'est là qu'on trouve l'eau
sous-jacente ; c'est là que sont les oasis, et ces espaces,
(luoique souvent décrits comme désolés, sont bien loin
d'être aussi dénudés et sans vie que les haniada. C'est
dans ces régions i|ue l'Autruclu.' trouve sa subsis-
tance.
Comme troisième et dernier niveau inférieur, il y a
les chotts (lacs) ou aehkha, bas-fonds couverts d'eau
l'hiver, mais ne représentant l'été que des plaines sans
fin, mélange de sel et d'un limon argileux parfaitement
plat et sans aucun caillou. Là aussi, toute vie disparait
et n'olTre aucune ressource alimentaire aux animaux
sauvages, excepté toutefois les efflorescences salifères
qu'ils-recherchent avec avidité.
En général, le Sahara n'est pas malsain; l'air circule
et s'y renouvelle librement. Toutefois, il en est autre-
ment des ouadis, des dépressions, des oasis, de toutes
les parties relativement fertiles ; la stagnation des eaux
y engendre les fièvres et les maladies habituelles, aussi
bien i)uur les hommes (|ue pour les animaux domes-
tiques. Un témoignage fourni par un homme qui con-
naît l'Algérie, non comme touriste, mais pour y avoir
vécu^ M. Maurice Wahl, dans son livre l'Algérie, cha-
pitre « le Sahara», conclut ainsi : « La vie rurale, telle
que l'impose la nature du pays, n'est pas possible pour
des hommes nés au nord de la Méditerranée. Des indi-
vidus ou des familles font impunément un séjour limité
sur la lisière du Sahara ; mais parler d'introduire une
population européenne dans l'intérieur du pays, vouloir
l'y fixer, l'y acclimater, c'est une pure utoijie. « Ces
témoignages importants établissent que le système et
les règlements de colonisation du Tell ne sont pas éga-
lement apphcables au Sahara; les conditions de l'agri-
culture dans ces deux régions sont absolument diffé-
rentes, en raison du climat, du sol et des habitants.
On sait que la production agricole la plus importante
des oasis est la datte ; les troupeaux de moutons par-
courent, suivant les saisons, les steppes des Hauts-Pla-
teaux ou du Sahara; sans conteste, l'Autruche est le
complément obligatoire des ressources sahariennes.
Dans un mémoire adi-essé à M. Cambon, gouverneur
général de l'.-Mgerie, en juin 1891, je disais : « Dans le
(I cas où, comme je l'espère, votre administration vou-
« drait bien prendre en considération la présente re-
(I quête et m'accorder la concession et la location qui en
(1 font l'objet, je pourrais procéder, dès la mise en po.--
« session d'El-Outaya et des constructions de la Smala
(c qui s'y trouvent édifiées, a l'installation de quarante
(I à cinquante .\utruches, à titre ne première instal-
« lation.
» L'alVectation à une Smala des terres et des cons-
« tructions qui me sont nécessaires pour cette création
n d'Autrucherie ne me semble pas être un obstacle
(1 insurmontable à leur concession à mon profit, étant
« donné que les Smalas sont, comme vous le savez,
" appelées à disparaître au fur et à mesure des besoins
« de la colonisation. C'est ainsi ([u'un certain nombre
« d'entre elles ont déjà été désallectées et concédées,
« comme, par exemple, la Smala de l'Oued-Sly, près
« d'Orleansville (Alger), celle de r(_)uiz('rt, jjrès île Saida
" et Tiaret (Oran), etc., etc.
« L'étendue et la nature des immeubles demandés ne
« sont pas non plus en contradiction avec les textes des
« décrets fixant la manière d'attribuer les concessions,
« mon projet ayant un véritable caractère d'intérêt gé-
n néral et public. La décision à intervenir pourrait, au
<c surplus, se baser sur de nombreux précédents qu'il ne
« m'appartient pas de signaler autrement que d'une ma-
« nière générale. »
Enquête sur l'iclevage de l'Autruche en Aloérie
Alger, le 25 mai 1896.
Monsieur le Secrétaire géni'ral de la Société
nationale d'Acclimatation de France,
Vous avez bien voulu m'entretonir de la question si
importante, au point de vue de l'intérêt général, de la
réacclimatation et de l'élevage de l'Autruche en Al-
gérie.
J'ai l'honneur de vous faire connaître que l'Adminis-
tration algérienne n'a pas cessé de se préoccuper du
développement à donner à cette industrie. Ses encoura-
gements n'ont jamais fait défaut aux Sociétés ou aux
particuliers qui, à différentes époques, ont entrepris
l'élevage de l'Autruche dans la Colonie. Tout récem-
ment encore, j'ai adressé à MM. les Généraux comman-
dant les divisions d'Alger, d'Oran et de Constantine, des
instructions pour qu'il soit recherché dans chaque com-
mune indigène du Sud les parties du territoire qui se
prêteraient le mieux au fermage de cet oiseau.
Il s'agit, en premier lieu, de déterminer les régions où
les Autruches se montraient autrefois toute l'année ou
qu'elles fréquentaient de temps à autre, de s'assurer de
l'existence, sur ces points, des plantes dont elles faisaient
leur nourriture habituelle.
Enfin, comme le but poursuivi est de parquer des cou-
ples d'Autruches dans des espaces plus ou moins grands
mais limités, les investigations à faire doivent tendre,
dans ces mêmes régions, à la découverte d'emplace-
ments convenables pour l'installation d'une exploitation
du genre de celle qui nous occupe, sous les divers rap-
ports de la nature du sol, de la végétation spontanée, de
la possibilité d'y affecter, au besoin, des cultures de
plantes fourragères, de la présence d'une ou plusieurs
sources à l'état permanent. D'autre part, l'enquête or-
donnée doit également porter sur le point de savoir si
les essais de fermage des Autruches se feront par les
communes indigènes ou s'il suffirait d'encourager, par
des locations de terrains à des prix très réduits ou
autrement, les entreprises à tenter par des particu-
liers.
Je prendrai, le moment venu, telle décision qui me
sera suggérée par les résultats de cette étude, que je
ferai porter à la connaissance du public intéressé ainsi
que ma décision elle-même.
Veuillez agréer, etc.
Le gouverneur général de l'Algérie,
J. Cambon.
244
LE NATURALISTE
La déclaration très catégorique de M. le Gouverneur
arrête tous mes efforts, paralyse mon action en Algérie.
Je suis donc obligé, à mon grand regret, de reconnaître
le néant de vingt années de luttes et d'activé propagande
en faveur d'une œuvre dont l'importance méconnue
sera surtout appréciable par nos successeurs.
Cette déception, irréparable à mon âge, pourra servir
d'enseignement à ceux qui voudront, en Algérie, faire
œuvre d'utilité générale, en France, faire œuvre patrio-
tique.
Après la philosophie de l'histoire, la philosophie de
la vie. En avançant sur la route du temps, les objets,
les hommes, changent de silhouette, se rapetissent, s'es-
tompent doucement; les faits restent, ils grandissent.
On devient moins indulgent pour ceux qui auraient pu
aider dans l'accomplissement d'une œuvre d'intérêt
général, se confondant dans l'intérêt particulier.
La morale de l'histoire, résultat de mes tentatives,
démontre l'ineptie des influences hostiles ; elles ont
annulé mes efforts, elles ont empêché l'œuvre de re-
constitution de l'Autruche en Algérie par l'initiative
privée. En outre, je dois ajouter aux regrets d'avoir
négligé mes intérêts professionnels et particuliers, de
m'apercevoir enfin de l'inanité, de vingt ans d'études
théoriques et pratiques, publiée à grands frais, etc., et,
en surplus, de m'être créé une petite collection d'en-
nemis personnels dont, dans nombre de circonstances, je
suis victime. Leurs manigances occultes aujourd'hui
me sont révélées,j'aurai l'énergie nécessaire pour démas-
quer leur hypocrisie, je mettrai en garde mes contem-
porains sur leurs projets néfastes, sous l'étiquette :
EXP.4.NSI0N COLONIALE .\FRIC.\INE.
Il appartient aux pouvoirs pulilics de donner satisfac-
tion à l'opinion publique manifestée par la presse, les
notabilités du monde scientifique, de l'agriculture et de
l'industrie. A tous, amis connus et inconnus, merci,
avec prière de conserver leur sympathie à « la question
du retour de l'Autruche dans sa patrie le Sahara ». Cette
œuvre de civilisation, d'utilité publique s'impose, sans
délai, au gouvernement français
En janvier 1897, M. Cambon, à l'occasion de l'ouver-
ture de la session annuelle du Conseil supérieur de l'Al-
gérie, a prononcé un discours dont il est intéressant de
détacher quelques faits saillants (I):
0 La prospérité de notre colonie transméditerranéenno
suit une marche ascendante. Le chifl're de son importa-
tion et de son exportation accuse, pour 1895, une plus-
value de 38 millions sur celui de 1894; le total des re-
cettes postales et télégrajjhiques a plus que doublé depuis
quinze ans; dans les cinq dernières années, enfin, la
population s'est accrue de 2Jil,000 âmes.
« Ces résultats, dans une région périodiquement désolée
naguère par les invasions de sauterelles, menacée sou-
vent de disette et troublée par les attentats multipliés
des indigènes contre les propriétés ou les personnes,
témoignent du labeur accompli sans bruit par le gouver-
nement général et permettent de réfuter victorieusement
la thèse de ceux qui, trop volontiers, daubent sur notre
impuissance coloniale.
« La politique et un déplorable régime adminis-
(1) Voir contradictoirement: — Revue diplotnaligue et colo-
niale, n" 1, p. 49, 1897. — Dtill. Soc. de Géog. cojn. de Paris,
t. XIX, p. 89, 1897.
tratif, faisant suite aux errem.ents funestes des an-
ciens bureaux arabes, arrêtent malheureusement
l'essor définitif de notre grande possession afri-
caine. A combien d'obstacles se heurtent encore le
commerce ou la colonisation !
«Les smalas de spahis campent en propriétaires sur des
territoires privilégiés, alors que le colon, dans un péri-
mètre donné, manque de terres; nos marchandises ne
transitent qu'à des conditions particulièrement oné-
reuses ; le code forestier, enfin, demande une revision
presque complète.
(I Nous voudrions que la législation fiscale de nos ports
prit quelque chose de l'esprit libéral que viennent enfin de
créer, le 17 décembre dernier, sur nos frontières du Sud,
ces marchés francs destinés à y ramener le commerce
du Sahara. Depuis longtemps, nous réclamions la créa-
tion de ces marchés ; nous demanderons aux industriels
de la Métropole d'y envoyer leurs produits, et nous
sommes convaincus que le commerce algérien trouvera
là un champ nouveau pour son activité.
« Quand perdrons-nous le fâcheux travers d'importer
dans les parties du monde les plus distinctes, avec notre
code intact, nos tarifs douaniers qui stérilisent les plus
louables efforts et toute notre paperasserie administra-
tive? M
D'après le langage de M. le Gouverneur, il ne me paraît
pas douteux que prochainement la smala d'El-Outaya
soit désaffectée et utilisée pour la création par le gou-
vernement général de l'Algérie, pour le compte de l'Etat,
de la ferme-haras de repeuplement d'Autruches, dans
l'unique emplacement favorable dans les trois départe-
ments algériens. Ce que l'initative privée n'a pu réa-
liser, l'Etat omnipotent le fera réussir certainement.
La question de la suppression des smalas a été l'objet
de laborieux débats à la Chambre en 1895 et ou 189G. L'ho-
norable M. Forcioli, député de Constantine, dans la
séance du 19 décembre 189G, a prouvé la parfaite inuti-
lité d'El-Outaya, en plein territoire civil, alors que nous
avons des postes fortifiés, des garnisons à 1,100 kilomè-
tres plus au Sud. ( La discussion complète se trouve
dans VOfficicl du 20 décembre 1896.)
L'avis de M. le général Larchey, commandant du
19= corps d'armée, et celui de M. le général Billot, minis-
tre de la guerre, difl'èrent absolument de celui de M. For-
cioli. M. le ministre de la guerre déclare : En résumé,
au point de vue de la colonisation, l'aliénation des ter-
rains des Smalas est : 1" inutile, puisqu'elle ne répond
pas à un accroissement d'émigrants ; 2° dangereux,
parce que, loin de venir en aide aux enfants de la mère
patrie dénués de ressources et désireux de vivre du pro-
duit de leur propre travail, elle n'a pour but que de per-
mettre à des spéculateurs de louer aux indigènes les
terrains aliénés, ce qui ne peut qu'aggraver la misère de
ces derniers et, par suite, l'état déjà très jirécaire de la
colonie.
FOREST.
(A suivre.)
Le Gérant: Paul GROULT.
PARIS. IMPRIMERIK F. LEVE, F.UE CASSETTE, 17.
19» ANNÉE
2» Série — RI" «2î6
1" NOVEMBRE 1897
ï^romeriaclo
A LA FOIRE SAI\T-ROMI\ DE UOIEN
1896 *
PHÉNOMÈNES VIVANTS ET TYPES CURIEUX
Ainsi que précédemment, je me permets de com-
mencer ma revue par les femmes à barbe. A ce sujet,
je me hâte de dire qu'en 1896 la foire en possédait une
superbe ; elle est Américaine, porte le nom de miss
Annie Jones et est aujourd'hui âgée de 26 ans. C'est le
grand Barnum, celui (|ui a découvert tant de sujets
curieux à exhiber, qui a trouvé miss A.nnie .Jones dans un
petit village de Virginie et qui l'a montrée le premier.
Lors de sa naissance, cette femme avait les cheveux
longs de 2 pieds et portait déjà des traces de barbe ; du
reste, sa photographie à l'âge de 3 ans la fait voir très
barbue.
Après deux ans d'exhibition chez Barnum, ses parents
Fig. 1. — Miss Annie Jones.
(Reproduction directe d'une pliotographie.)
la reprirent; mais un jour, elle leur fut volée, et pendant
sept mois, on n'en retrouva plus traces. On apprit alors
qu'elle était chez un phrénologiste nommé Franklin, et,
sur la demande de sa mère, qui, pendant ce temps, l'avait
recherchée de ville en ville, la justice la lui fit rendre,
Le Naturaliste. 46, rue du Bac, Paris.
cheveux et barbe intacts. Dejiuis ce jour, miss Annie
s'est exhibée en Amérique, dans les principales capitales
européennes, au palais de cristal de Londi'es, au panop-
ticum de Berlin, à l'Eden de Vienne, à Bruxelles et
enfin à l'hippodrome de Paris. Elle est mariée, depuis
l'année dernière, à un Américain beaucoup moins barbu,
qu'elle et surtout moins chevelu, car miss Annie a les
cheveux tombant jus(|u'aux jarrets et la barbe brune,
longue de 30 centimètres. La poitrine est très peu déve-
loppée, les bras sont maigres et les pieds petits; elle ne
parle jjas du tout le français, d'où la difficulté de se ren-
seigner. On ne peut le faire (ju'auprès d'un interprète
attaché à son service.
J'ai jiu me procurer chez miss Annie Jones une très
curieuse collection de photographies des femmes à barbe
ayant voyagé ou voyageant encore dans les foires et les
cirques, aussi je suis heureux de donner la primeur de
cotte collection d'un nouveau genre aux lecteurs du
Naturaliste.
La figure 2 représente Mme de Weest, une Hollan-
daise qui avait une barbe superbe, poussée au détriment
des cheveux, fait qui est assez commun; mais, chez
Mme de Weest, les cheveux faisaient complètement
défaut, et cette femme à barlie portait perruque.
Les traits de la figure étaient légèrement masculins.
Fig. 2. — Mme de West.
(Reproduction directe d'une photographie)
le nez fort, les oreilles larges, la poitrine plate; en un
mot, coiffée d'un casque et habillée en homme, on aurait
pu facilement la prendre pour un brave pompier.
La figure 3 représente Mlle Rosa Susie, une Cana-
dienne ayant, dit-ou, de fort jolis yeux, la barbe est
246
LE NATURALISTE
développée surtout sous le menton, la poitrine est énorme
et les bras très gros; la voix douce est très féminine.
Signalons aussi la belle Marseillaise, une femme
à barbe bien proportionnée, comme on dit dans les
baraques, et n'hésitant pas à se faire voir en maillot,
ce qui est très rare pour une femme à barbe ; l'inter-
prète de miss Annie Jones me disait que le fait n'était
Fig. 3. — Mlle Rosa Susie.
(Reproduction directe d'une photographie.)
pas rare en Amérique, mais qu'on ne s'habillait pas
ainsi chez nous parce que, à l'instar de saint Thomas,
le Français aime trop à toucher du doigt.
Mentionnons encore Mme Paul, une femme à barbe
de Russie, dont la chevelure est très peu fournie. Cette
dame a beaucoup voyagé dans ces dernières années,
mais n'est pas, je crois, venue en France.
Voilà pour les femmes à barbe, mais n'allez pas croire
que ce soit tout : nains, géants, colosses, monstres se
trouvent à profusion à notre foire Saint-Romain.
Passons maintenant aux géantes ; il y en avait deux,
cette année, une vraie et une fausse, car il ne faut pas
l'oublier : nous avons aussi à Rouen, et je dirai même
en plus grand nombre que partout ailleurs, des faux
phénomènes.
Actuellement, les géants des deux sexes qui existent
sont de véritables nains en comparaison des géants de
l'antiquité.
Goliath, vaincu par David, mesurait 10 pieds.
Arapha, géant philistin, avait la même hauteur et pos-
sédait en plus 0 doigts à chaque main et à chaque pied,
anomalie que l'on observe assez fréquemment.
Gabbara, dont parle Pline, avait également 10 pieds.
Ferragut en avait 18; il fut tué de la main de Roland.
Philostrate, qui s'est beaucoup occupé de géants, dit
que Ganges, roi des Indes, avait 13 pieds; il rapporte
également qu'on découvrit, sur la rive d'Oronte, le
sépulcre de l'Éthiopien Ariadne et la longueur du
corps de ce dernier atteignait 50 pieds.
Mais tout cela n'est encore rien si nous nous en rap-
portons à ce qui suit. Ces hommes d'une taille déjà
imposante n'étaient que des poupées.
On lit dans'le 5= chapitre du 7',livre de l'Histoire natu-
relle de Pline, qu'une montagne ayant été renversée en
Crète par un tremblement de terre, il s'y trouva un
corps humain, replacé debout par cet événement, et qui
avait 46 coudées de hauteur, (59 pieds. On crut, ajoute
l'historien, que c'était le cadavre du géant Orion ou celui
d'Otys.
A Cailloubella, village situé à 6 lieues de Thessalo-
nique, en Macédoine, on découvrit le squelette d'un
individu de 96 pieds. C'est le R. P. Jérôme de Rethel,
missionnaire au Levant, qui l'a décrit :
Fig. 4. — La géante russe.
(Reproduction directe d'une photographie.)
o Le crâne, dit-il, peut contenir six guilots de blé,
soit 210 livres;
« Une seule dent pesait 15 livres; elle avait 7 pouces
de haut ; «
Enfin qu'un des os do l'avant-bras depuis le coude
jusqu'au poignet avait quatre pans de tour, et que deux
capitaines avaient mis aisément dans le creux de cet os
leurs bras revêtus de leur veste et justaucorps à
grandes manches.
LE NATURALISTE
247
Mais alKUidonnons l'histoire ancienne avec ses erreurs
et ses naïvetés, et surtout ces vieilles hypothèses ([ui
faisaient dire à M. Henrion, en 1718, dans les disserta-
tions de l'Académie des belles-lettres, que Adam devait
avoir 124 |)ieds de hauteur et Eve 118 pieds 9 pouces;
l'Académio tout entière approuva la publication d'un
travail aussi laborieux.
Il n'est pas venu de géants cette année à Rouen, mais
en revanche nous avons eu deux géantes, une Russe, na-
turellement, i|ui fut exhibée aux Folies-Bergères et dont
nous reproduisons ici la photographie et une autre, Fran-
çaise celle-là, qui mesurait 2 m. 04 c. et était une des
attractions de notre foire Saint-Romain.
(.1 suivre.)
Paul Noël.
lE PALMIER lAllS M PORTÏÏ&AL
Le l'almier nain {Chamscrops Itumilis), seul représentant
en Europe d'une famille essentiellement tropicale,
manque à la France méridionale et à la Corse; il existait
naguère près de Nice, où le dernier pied a été vu par
M. Cosson, en 1851. On le rencontre en Espagne, aux
lialcares, en Sardaigne, en Sicile, dans beaucoup de pe-
tites ilos italiennes, puis le long de la côte occidentale do
la Péninsule, notamment dans les Calabres, et il re-
monte sur la cote orientale jusqu'à Brindisi, mais on ne
le retrouve plus en Grèce ni au delà. Il est très répamlu
en Algérie.
En Portugal, où il est connu sous le nom de Paimeira
dos Vassouras (Palmier à balais), le Chama;rop$ humilis
était signalé dans l'Algarve, seule localité indiquée par
Brotero dans son Flora lusUanica; il s'y élève à une altitude
de 425 mètres au-dessus du niveau de l'Océan. M. Da-
veau en a découvert en 1881 une localité beaucoup
plus septentrionale dans la vallée d'Alcube, située à en-
viron 4 kilomètres de la ville de Setubal, par 38° 30' de
latitude nord (1), et ,là même il n'en existe qu'un petit
nombre de pieds, les uns au milieu des rochers, d'autres
entourés par les fortes racines de gros arbres, dans tous
les cas protégés contre les envahissements de la culture
par des situations exceptionnelles. Il n'est pas douteux
qu'avant les derniers défrichements de cette vallée, le
Palmier nain y devait être plus abondant. Son aire
d'habitat dépasse donc l'Espagne à l'ouest (2) et embrasse
dans toute sa largeur la péninsule ibérique.
On utilise diverses parties de ce végétal, notamment
les feuilles avec lesquelles on confectionne des articles
de sparterie, des balais, des paillassons, des chapeaux,
des cordes, etc. En Sicile, les chèvres vont chercher ce
Palmier sur les rochers où il croit et se nourrissent vo-
lontiers de son fruit, qui a la forme et le volume d'une
jietite prune, avec un noyau recouvert d'une pulpe peu
abondante, à saveur légèrement sucrée.
Ern. M,\LINV.\UD.
(1) Voy. « Le Palmier nain dans la péninsule de Setubal »,
par M. Jules Daveau (in Revisla scientifica de Porto, fé-
■vrier ISS-ï).
(2) Voy. Cl L'aire d'habitat du Palmier nain », dans le Nalti-
raliste du l"' septembre. L'auteur de cet intéressant article
ne parait pas avoir connaissance des stations portugaises du
Chamsei-oijs humilis. Par contre, probablement par erreur, il
le signale en Corse, où nous ne croyons pas que sa présence
ail été constatée.
DESCRIPTION D'ON LUCANIDE NOUVEAU
Odontolahis Leuthnebi, n, sp.
Longueur totale, mandibules incluses : 45,5 "^
Longueur des mandibules : 8,5 %
Longueur masima, aux élytres : 17,0 ^„
Entièrement noir, tète et proth'jrax rugueux, dépolis,
mandibules fortement ponctuées, élytres brillantes.
Tète forte, élargie derrière les yeus, mais s;m? saillie épi-
neuse proprement dite, entièrement rugueuse, ]jlus finement
sur la partie supérieure et la partie frontale, plus fortement
derrière les yeux. Le bord antérieur est èchancré, le labre à
peine saillant, les canthus bien développés se prolongent en
avant par une saillie triangulaire caractéristique.
Mandibules plus courtes que la lète, très fortement arquées,
et excessivement renflées en dessous, à la base; excavées et
présentant des gros points enfoncés en dessus, rugueuses en
dessous et sur les côtés. Elles sont armées à la base d'une
dent assez longue, arrondie et vaguement bifide qui se pro-
longe en avant par une sorte de carène saillante en dessus. En
avant de cette dent se voit, lorsqu'on regarde la mandibule en
dessous, une dent conique assez aiguë et beaucoup plus
courte. La partie apicale de chaque mandibule est aplatie et
armée de cinq dents aiguës formant trois groupes, la pre-
Odontolabis Leuthneri.
mière et la cinquième des dents sont plus longues que celle du
milieu et surtout que la deuxième et la quatrième.
Antennes de longueur moyenne, plutôt grêles.
Menton petit, arrondi, fortement soyeux ; gorge finement
ponctuée, complètement glabre ; joues couvertes de très gros
points enfoncés ; yeux entourés d'un espace lisse, de forme
triangulaire.
Prothorax transversal, à peine plus large que la tète, légè-
rement élaj'gi en arrière, faiblement rebordé; ses angles anté-
rieurs sont assez aigus et il existe une fossette peu visible au
voisinage des angles postérieurs qui sont peu saillants.
Ecusson triangulaire à angles fortement arrondis; il est
ponctué et présente une faible ligne médiane saillante.
Elytres fortement élargies dans leui tiers antérieur, pres-
que lisses; vues à la loupe elles présentent la disposition sui-
vante ; entre la suture et une ligne de points assez gros existe
une bande lisse et brillante, puis viennent alternativement
une bande faiblement ponctuée, une ligne de points, une
bande étroite et lisse, une ligne de points, une bande ponc-
tuée, et une troisième bande lisse comprise entre deux lignes
de points. Au delà de cette bande, les élytres sont ponctuées
248
LE NATURALISTE
jusqu'à leur marge latérale. En dessous, les pièces prothora-
ciques sont rugueuses, le prosternum est prolongé en pointe
courte, presque verticale ; les épipleures des élytres sont
dépolies, le thorax est brillant ainsi que les segments abdo-
minaux qui sont légèrement plissés en long et portent chacun
deux impressions assez fortes dont l'ensemble constitue deux
sortes de dépressions longitudinales.
Les fémurs sont assez brillants, les antérieurs ont le pli
transversal postéro-médian très marqué; les tibias sont dé-
polis, les antérieurs cintrés, élargis en avant, présentent une
dent aigué au quart à partir de leur extrémité ; les tarses sont
aplatis et assez longs.
Cet insecte parait devoir être placé entre l'O. Castelnaudi,
dont il se rapproche par sa gorge glabre, et les 0. Sommeri,
Brookeanus et Lowei avec lesquels ses affinités sont évi-
dentes.
L'exemplaire unique que je possède, est un mâle de la
forme amphiodont, provenant de Bornéo.
Je dédie l'espèce à laquelle il sert de type au D'" F. Leuthner,
auteur d'une très belle monographie des Odontolabid:e.
Nota. — Je décrirai, en en donnant les figures, dans un
prochain numéro du Naturaliste, un Cantharolethrus nouveau
et un lucanide de la Bolivie appartenant à un genre nouveau
et dont je donne ci-dessous les caractères essentiels.
Calod-emon multicolor, n. sp. Mâle, longueur 10 à 16 ",„,
mandibules longues, grêles, arquées, rapprochées à la base,
armées en dessus d'une dent aiguë, denticulées intérieurement.
Tête transversale, fortement déprimée en avant, d'un noir
rougeàtre, soyeuse sur les côtés et la partie frontale, échan-
crée en croissant, angles antérieurs prolongés en forme de
coi'nes; yeux petits, non divisés; antennes grêles à scape
assez court et fouet très développé. Corselet transversal, rou-
geàtre, soyeux, avec une bande médiane lisse, d'un noir
brillant, ornée en son milieu d'une ligne soyeuse. Elytres
noires, soyeuses, dont la pubescence est interrompue de
façon il dessiner une tache brillante au milieu de chaque
élytre. Partie inférieure glabre, d'un noir plus ou moins
nuancé de jaune sur le thorax et la tête; fémurs largement
cerclés de jaune clair, partie apicale des tibias d'un jaune
rougeàtre.
Je considère, jusqu'à plus ample examen, cet insecte dont
le faciès est aussi singulier qu'élégant, comme un clado-
gnathide aberrant, probablement voisin des prismognathus.
H. BoiLEAU.
AUGMENTATION DE LA DURÉE DE LA VIE
La durée moyenne de la vie est en train d'augmenter
de moitié; et c'est notre génération actuelle qui est
appelée à en subir les conséquences. C'est grâce aux
progrès continus de l'hygiène que nous devons ce mer-
veilleux résultat. Certes, comme tout le reste en ce monde,
l'accroissement de la vie moyenne présente des avan-
tages et des inconvénients ; cependant ses avantages sont
évidents pour tout le monde. Jadis on nous enseignait,
dans notre jeunesse, que la durée de la vie moyenne en
France était de 37. ans \ /2. Aujourd'hui elle est très voi-
sine de rJO ans. Ainsi la mortalité est passée 'à Paris, de
26 1/3 pour 1.000 en 1882, à 21 à peine en 1896. Il y a
Ib ans, la durée moyenne de la vie était inférieure à
40 ans. Elle est de^49 ans passé aujourd'hui. Elle sera
siirement de SS ans plus tard, car c'est à peu près le
chill're atteint actuellement en Angleterre ; et il n'y a pas
de raison pour que nous n'arrivions pas à vivre aussi
longtemps que nos voisins d'outre-Manche, au contraire.
A Berlin, la mortalité était un peu plus forte qu'à Paris
en 1882, car elle était voisine du 26 1/2 pour 1.000. Elle
est aujourd'hui descendue à 19; soit b2 ans 1/2 pour la
durée moyenne de l'existence ! Amsterdam est encore
plus privilégié, car la durée moyenne de la vie est de
57 ans. On voit ainsi que nous ne nous compromettons
guère, en annonçant qu'un jour viendra où la durée de
la vie moyenne atteindra en France le chiffre de 55 ans.
Peut-être même pourra-t-on arriver à 60 ans.
Il y a en effet encore beaucoup de progrès à faire, car
les applications pratiques de l'hygiène sont encore dans
l'enfance. Une foule de sols auraient besoin d'être
drainés ; une grande quantité de maisons sont bâties, en
province, dans des conditions déplorables de salubrité.
Non seulement l'humidité suinte par toutes les murailles
du rez-de-chaussée, mais de grands champignons crois-
sent sous les planchers ! Toute maison devrait avoir un
sous-sol, surtout dans les pays humides ; et les soubasse-
ments devraient être protégés contre l'humidité, à l'aide
de ciments hydrauliques appropriés. Généralement les
eaux de puits sont peu salubres, parce qu'elles pro-
viennent de la nappe d'eau sous-jacente, qui est polluée
par les déjections provenant d'une grande concentration
d'hommes et d'animaux. Un certain nombre de maladies
épidémiques proviennent des eaux que nous buvons, plus
encore peut-être que de l'air que nous respirons. Il nous
serait on ne peut plus facile de citer des exemples : En
voici un.
Telle maison de province eSt bâtie sur un terrain en
pente, à la place d'un ancien cimetière. Dans le bas se
trouve un puits, dont l'eau servait autrefois à l'alimen-
tation de tout un quartier de la ville. Comme si ce n'était
pas assez de boire l'eau provenant d'un ancien cimetière,
les fosses d'aisances sont en contre-haut du puits ; de plus
elles sont tellement peu étanches, qu'on ne les vide
jamais, car elles se laissent traverser par les liquides
qu'elles sont destinées à contenir. Enfin, circonstance
plus aggravante encore, il y ajuste au-dessus, à 50 mètres
du puits, un hôpital! De sorte que toutes les déjections
de tous les malades se joignent à celles des habitants de
la maison pour alimenter ce puits, dont l'eau sert à
l'alimentation du quartier. Les choses ont duré ainsi
pendant plus d'un siècle. Il y a quelques années seule-
ment, que l'on a amené d autres sources d'eau potable
à cette petite ville.
On comprend maintenant la facilité avec laquelle se
développent les épidémies ; sans qu'il soit besoin d'in-
sister pour montrer que les gens qui pompaient l'eau
du puits, pouvaient attraper les maladies soignées à
l'hôpital voisin, et devenaient ainsi de nouvelles recrues
pour cet établissement hospitalier ; tout en renouvelant,
par leurs déjections, les microbes que l'on consommait
en buvant l'eau de ce fameux puits. Heureusement que
la terre sert de filtre naturel; mais encore faut-il qu'elle
soit assez pure elle-même. Or la terre d'un cimetière,
saturée de cadavres pendant dix ou douze siècles consé-
cutifs, ne semble pas être l'idéal d'un filtre Pasleur;tant
s'en faut! Elle ne pouvait guère qu'ajouter ses microbes
à ceux provenant des déjections des malades traités à
rhôjiital ; tout en en retenant quelques-uns, pour les
échanger plus tard avec le puits situé en contre-bas.
Aujourd'hui, on a fait beaucoup mieux, on a placé
l'hôpital plus bas, sur le bord de la rivière ; et on à
donné de l'eau de source, provenant des montagnes voi-
sines, aux habitants du quartier. Enfin la pompe a dis-
paru, et le puits est condamné depuis une quinzaine d'an-
nées. Il est évident que la santé publique a dû ^s'eu res-
sentir. Mais combien d'exemples de ce genre ne pour-
rait-on pas citer?
Tous les âges bénéficient de cette augmentation de la
LE NATURALISTE
249
duréu de la vie. Ainsi nous n'avons jamais vu autant de
septuagénaires que de nos jours. Le nombre des cente-
naires est resté à peu près le même; mais le nombre des
eandidats à ce bel âge ayant beaucoup augmenté, puisqu'il
y a plus de vieillards càgés qu'autrefois, on peut espérer
voir s'accroître un jour le nombre des centenaires.
Mais c'est surtout parmi les enfants que la mortalité
a considérablement diminué. Il est certain que la sur-
veillance des nourrices et des enfants en bas-âge, les
inspections médicales dans les écoles, les crèches, etc.,
ont produit d'excellents résultats, qui se traduisent par
une diminution considérable de la mortalité des enfants.
Sans doute l'hygiène est bien loin d'avoir dit son der-
nier mot, et il reste encore immensément à faire. Mais
il ne faut pas être trop exigeant, et il faut savoir
mettre le temps nécessaire pour effectuer tout ce qu'il
y aurait à faire, et pour vaincre tous les préjugés.
Avec un peu de patience, d'argent, d'instruction et
do bonne volonté, on arrivera à dépasser nos espérances
et à augmenter la durée moyenne de la vie de i)lus de
moitié. Qui sait':* peut-être même arriverait-on à la dou-
bler. Ce ne serait peut-être pas impossible, du moins
dans certaines localités et dans certaines professions.
Déjà la durée de la vie des médecins a augmenté d'une
douzaine d'années : de 62 ou 63 ans, elle est arrivée à
74 ou 7b ans. Tout au moins peut-on dire que les hommes
de 60 ans ont une moyenne d'une quinzaine d'années à
vivre. Il n'en était pas ainsi autrefois ; tout au plus
comptait-on 8 ou 9 ans de survie. Il en est de même à
]iroportion pour tous les âges. Au-dessous de 20 ans, la
mortalité des enfants a diminué de moitié, d'une façon
générale.
D' Bougon.
L'EXPOSITION DES CHAMPIGNONS
Avec l'automne reviennent chaque année les nombreux
empoisonnements provoqués par les champignons. La
liste funèbre s'accroît de plus en plus et elle n'est pas
encore près d'être close. Aussi tout ce qui concerne, de
près ou de loin, l'étude des champignons est-il favorable-
ment accueilli du grand public. L'an dernier, un dos
principaux organes do la Presse à cinq centimes, publiait,
dans une série de tableaux, des chromos qui avaient la
prétention de représenter les principales espèces de
champignons comestibles ou vénéneux. L'intention
certes était louable, mais le résultat ne répondait pas à la
bonne pensée qui l'avait dictée. En croyant prévenir le
public contre les dangers résultant de la consommation
des champignons, on ne faisait au contraire qu'aggraver
ce danger. Plus récemment M. P. Dumée, pharmacien à
Meaux, publait à la librairie P. Klincksieck, un excellent
tableau, figurant un certain nombre de champignons vé-
néneux ou alimentaires. Les dessins sont corrects, les
teintes suffisamment reconnaissables. On ne ]]eut donc
que bien faire en le consultant.
Mais ce qui, par-dessus tout, peut le mieux donner l'idée
de ce qu'est un champignon, de ses qualités au point de
vue de l'alimentation, c'est sans contredit la vue des
espèces en nature. La société mycologique — malgré son
nom quelque peu barbare — l'a compris ainsi et der-
nièrement elle ouvrait dans une des salles de la Société
nationale d'horticulture un<' exposition de champignons.
Quelques excursions ont eu lieu, ])ermettant aux amateurs
de recueillir sur place de nomlu'eux spécimens, et de
compléter leurs connaissances. C'est ainsi qu'ont été
visités la forêt de Carnelle, celle de Compiègne, les hois
d'Herblay.
Les mycologues — ces historiens du moisi, comme
on les a dédaigneusement appelés — se sont donné
rendez-vous à la salle de la rue de Grenelle, apportant
avec eux des trésors, fruits de leurs recherches. Sur de
longues tables étaient exhibés de nombreux champignons
soigneusement déterminés. Des étiquettes blanches
correspondaient aux espèces comestibles; des rouges,
aux vénéneuses; des vertes représentaient celles qui ne
peuvent être d'aucune utilité, soit par leur manque de
goût, leur structure coriace et ferme, soit encore par
leur petit volume, qui ne permet pas de les utiliser. Là
se donnaient rendez- vous les Amanites, superbes champi-
gnons, qui font venir l'eau à la bouche, mais où à côté
de l'oronge vraie, le roi des champignons, se prélassaient
VAmanitaMap2ia,l'AmamtaphaUoides,la.{a,usseoTonge,etc.
de terribles poisons. N'est-ce pas une oronge empoi-
sonnée qui fit passer de vie à trépas l'empereur Claude,
et le mit au rang des Dieux 'r* Il faut lire à ce sujet le
satiri([ue Juvénal et l'historien Suétone, ce Saint-Simon
de l'orgie impériale. A côté des Amanites, ce sont les
Coulmelles ou Lépictes, aussi beaux que bons et agréables
au goût. Le champignon de Miel (Armillaria mellea), de
nombreux Tricholoma, les Psalliota ou champignons de
couche aux formes variées, les Chanterelles, les Ilydnes
viennent ensuite en cohortes serrées. Les Bolets ou cèpes
sont rares ; cette année d'ailleurs ils ont été peu fréquents
et n'ont fait que de passagères apparitions sur les mar-
chés. Les Truffes ne sont pas encore arrivées à leur
époque de récolte, aussi n'aurais-je à signaler que la
Truffe grise de Bourgogne, celle que M. Chatin a plus
spécialement étudiée sous le nom de Tuber uncinatum.
A côté de ces champignons qui ont tous un intérêt
culinaire, il faudrait citer de nombreuses espèces repré-
sentées à l'exposition etqui ne sont intéressantes que pour
le mycologue de piofession; les Polypores, les Tromates,
les Vesses-de-Loup, etc. Les petites espèces qui occa-
sionnent des maladies sur nos plantes cultivées figurent
dans le lot de M. Feuillanbois de Fontainebleau, et
M. Roze avait apporté de nombreux spécimens de
plantes altérées par le Pseudoeomis. Le Pseudocomis,
d'après M. Roze, serait universellement répandu, et par
suite la cause de nombreuses maladies végétales ; mais
de nombreux incrédules — dont je suis — se sont élevés
contre cette opinion.
Rien ne vaut, en histoire naturelle, un spécimen
vivant, le fait est incontestable. Quand on a afi'aire aux
phanérogames, un échantillon d'herbier rend presque les
mêmes services, mais quand il s'agit de champignons
charnus qui ne peuvent se dessécher, sans être profondé-
ment détériorés, il faut s'adresser au dessin pour en con-
serverie souvenir, à la condition que ce dessin soit très
exact et artistique. En un mot l'aquarelle doit donner
l'impression d'un spécimen vivant pour la vraisemblance
des formes et la vérité des couleurs. Ces qualités on les
découvrira dans les admirables dessins exposés par
M. Boudier, un des maîtres de la mycologie, et par
M. Ilarlay. Si l'on pouvait publier les aquarelles de
M. Boudier, on rendrait certainement un immense ser-
250
LE NATURALISTE
■vice aux savants et aux amateurs, mais il faut s'incliner,
parait-il, devant le chiffre de la dépense.
En résumé, constatons que la société mycologique a
bien agi en organisant son exposition de champignons.
D'ailleurs les nombreux visiteurs qui se sont pressés à
la rue de Grenelle pendant les deux journées des 2 et
3 octobre, en ont fourni la preuve incontestable. Succès
oblige, et l'an prochain espérons que les mycologues
continueront leurs intéressants efforts. Ils auront ainsi
bien mérité de tous ceux qui aiment les champignons.
P. IIariot.
DESCRIPTIOS B'CÏE COOCILIE PCVEILE
Cyclophorus Vesconesi Testa late et profunde umbilitata,
(unibilicus crista funiformas marginatus), conica depresse, so-
lidula, nitida, tenue striata, superne luteo-castanea, inferne vi-
ridescentenigra; spira conico-depressa, vertice nudo;anfr. 5,
ad peripheriam vis angulati, suturam canaliculatam, margina-
tam separati, ultimus antice parum dilatata ; apertura subro-
tundata, superne angulata ad cristam umbilici incisa, intus
albanigro-unizouata,peristomum simples parum dejectum oper-
culum arctispirum, margine lamellosum. Diam. maj. 29 mm.
min. 25 mm. ait. 15 mm.
Cette espèce, qui ressemble aux C. crosseanus Hid, s'en dis-
tingue par l'absence de côtes circulaires à la face supérieure
des tours de spire par sa suture canaliculée et bordée d'un
bourrelet assez saillant, enfin par la crête de l'ombilic plus
fine, plus saillante et se terminant au péristome par une échan-
crure plus profonde.
Hab. Equateur. Cette espèce a été envoyée par M. A. Cousin
qui l'avait reçue de son ami, M. Rafaël Vescones, et c'est à la
prière de M. Cousin que je me suis fait un plaisir de donner
à cette espèce le nom de celai qui l'a découverte.
Df JOUSSEAUJIE.
LA FORET DE C ARNELLE
ET LA PIERRE-TURQUAISE
On a beaucoup parlé, il y a quelques mois, de la forêt
de Carnelle, domaine de l'État, dont une partie très
importante devait être abandonnée k un propriétaire des
environs, en échange d'autres terrains, équivalents en
surface, sinon en valeur.
Ce projet de marché a soulevé contre lui, dans la
presse politique, un important courant d'opinions. Parmi
les nombreux inconvénients signalés, économiques et
autres, on reprochait à cet échange de priver les popula-
tions voisines et les Parisiens de l'une de leurs prome-
nades favorites.
Peut-être y a-t-il là un peu d'exagération. La forêt de
Carnelle est certainement une des moins connues, malgré
sa proximité de Paris. C'est à peine si le tourisme mo-
derne commence à s'en occuper et même, sans lui, on
aurait pu aliéner complètement ce domaine, il y a une
dizaine d'années, sans que cela fit le moindre bruit ail-
leurs que dans les environs immédiats.
Actuellement encore, on peut, même le dimanche, tra-
verser entièrement la forêt sans rencontrer d'autres per-
sonnes que les quelques habitants des villages voisins se
rendant de l'un à l'autre.
Avant la campagne de presse ainsi soulevée, les Pari-
siens, pour la plupart, ignoraient l'existence de cette fo-
rêt, qui compte cependant parmi les plus belles, les plus
accidentées, et les plus pittoresques des environs de
Paris.
Située entre les forêts très connues de l'Isle-Adam et
de Chantilly, elle n'a aucune localité importante à proxi-
mité pour la désigner à l'attention et la faire connaître.
Les naturalistes seuls et principalement les botanistes
et les entomologistes y viennent en assez grand nombre,
mais pas encore autant qu'il le faudrait pour l'intérêt
exceptionnel qu'elle présente à leur point de vue.
Seuls les géologues ont peu à y trouver, et cependant
la richesse de la faune et de la flore est la conséquence
directe de la constitution du sol.
La forêt de Carnelle occupe en effet le sommet d'une
colline en promontoire, située entre la vallée de l'Eyseux
au nord, la vallée de l'Oise à l'ouest, et le profond ravin
du petit ru de Presles au sud-ouest.
Depuis la base, au niveau de la craie de Meudon à
Bclemnitella mueronata qui affleure sur tout le pourtour
nord et ouest, jusqu'au sommet, au poteau de Carnelle,
au niveau des meulières de Beauce, sur une hauteur de
169 mètres, de la cote 40 à la cote 209, la plupart des
étages du tertiaire parisien sont représentés en profon-
deur et en affleurement.
Malheureusement, les exploitations sont rares et on a
bien de la peine à voir sur les flancs quelques écorchures
caractéristiques permettant l'étude d'un petit nombre
de ces formations.
A la base, sur le versant nord, viennent s'appuyer les
premiers vestiges de l'étage de Bracheux sous forme
de sables et poudingues de Coye, cette formation côtière
si intéressante, spéciale aux environs de ce dernier vil-
lage.
L'argile plastique et ses sables sont pour ainsi dire
invisibles directement, mais l'existence des parties imper-
méables de cet étage est mise en évidence par la nappe
d'eau constante qu'elles retiennent et qui alimente de
nombreuses sources et les puits d'une ceinture de vil-
lages groupés à ce niveau pour cette raison vitale ;
Viarmes, Asaières-sur-Oise, Noisy, Nointel et Presles.
Les cressonnières de la vallée du ru de Presles sont
aussi alimentées par ces eaux.
Les sables inférieurs du Soissonnais, et la glauconie
grossière sont peu visibles, entre Viarmes et Saint-
Martin-du-Tertre.
Le calcaire moyen et inférieur peut encore être exa-
miné en affleurement peu important dans la tranchée de
la route de Beaumont. Il présente même là des fractures
curieuses et des traces d'elTondrement sur les flancs de
la colline, par suite du ravinement naturel résultant du
le départ lent des sables sous-jacents.
Le calcaire grossier supérieur est encore un peu
exploité sous forme de caillasses, au-dessus de la gare
de Presles.
Les sables et grès de Beauchamp, visibles par places
LE NATURALISTE
251
dans les chemins creux, ne sont pas exploités, mais ils
donnent lieu à des observations intéressantes; nous y
reviendrons spécialement plus loin.
La formation do Saint-Ouen, ainsi que les sables et
marnes infra-pypscux sont presque invisibles,
Le pypse, dont l'épaisseur est encore ici d'une ving-
taine de mètres, a été exjiloité souterrainemenl vers l'est;
quoique peu visible, à cause du limon qui recouvre ses
affleurements, sa présence est décelée par l'imperméabi-
lité de ses couches marneuses et par la composition
chimique des eaux qui ruissellent à sa surface. Il n'est
pas rare de trouver à ce niveau des eaux contenant par
litre présde 2gram-
mes de sulfate de
chaux, c'est-à-dire
bien près de la satu-
ration.
Les marnes supé-
rieures au gypse et
les marnes à huîtres
(Ostrealongirostris et
0. cyalhula) qui re-
posent directement
sur les précédentes
par suite de l'ab-
sence complète du
travertin de Brin
déterminent encore
un niveau d'eau très
constant et assez,
abondant qui ali-
mente les puits de
St-Martin-du-Tertre
et quelques sources
dans la forêt.
Au-dessus vien-
nent enfin les sables
de Fontainebleau et
la meulière de
Beauce donnant lieu
à quelques petites
exploitations.
Cette grande va-
riété dans la com-
position géologi([ue
et minéralogique du
sol a naturellement
déterminé un clas-
sement très intéres-
sant dans la végéta-
tion, depuis les plus
petites espèces jusqu'aux arbres magnifiques. Certaines
futaies de la forêt de Carnelle peuvent rivaliser avec les
plus belles de Compiègne.
De cette combinaison naturelle des éléments minéraux
et végétaux dépend enfin une remarquable variété dans
la faune.
Les épaisseurs relatives de toutes les formations
géologiques de cette colline ne varient pas sensiblement
d'un côté à l'autre. Il en résulte une symétrie aussi
exacte que possible sur tous les versants, et une remar-
quable similitude de profil pour toutes les routes allant
du bas au sommet. En suivant l'un quelconque de ces
chemins, on voit la pente s'infléchir ou se relever,
suivant qu'onestsur une couche plus ou moins résistante.
Dolmen de la Pierrc-Turquaise.
Un des principaux buts d'excursions de la forêt de
Carnelle est la Pierre-Turquahe. C'est une belle allée
couverte à moitié engagée dans le sol, elle est des mieux
conservées et une des plus typiques qu'on puisse voir
aux environs immédiats de Paris.
La description de ce dolmen n'est plus à faire; cepen-
dant, nous devons nous y arrêter un pen à cause de sa
situation géologique.
Un assez grand nombre de monuments mégalithiques
étonnent par la nature de leurs matériaux, très différents
de ceux qu'on peut trouver sur place ou à proximité, ils
témoignent des puissants efforts qu'ils ont dû coûter à
leurs auteurs , pour
amener de loin et
généralement de
points beaucoup
plus bas les énormes
masses qui les cons-
tituent.
Mais, le plus sou-
vent, les matériaux
étaient pris dans le
voisinage immédiat.
C'est le cas de la
Pierre - Turquaise
dont la construction
a dû demander bien
peu d'efforts. La ta-
ble de recouvrement
formée de trois gros
blocs de grès, a
H m. 50 de longueur
totale et 3 mètres de
largeur moyenne;
elle est bien loin
d'être une des plus
volumineuses du
genre, mais un des
blocs nedoitpas ce-
pendant pesermoins
de 22 tonnes.
Or, cette table est
exactement à son ni-
veau géologique :elle
appartient à la cou-
che de grès volumi-
neux qui forme au
nord et au nord-est
de Paris un lit pres-
que constant dans
les sables de Beau-
champ supérieurs.
Les architectes robenhausiens n'ont eu ici qu'à déga-
ger la table naturelle et à déplacer et faire basculer les
blocs voisins, pour former les pieds droits et les pierres
de fermeture du vestibule antérieur.
Ce banc de grès existant au même niveau dans toute
la région et, en particulier, sur tout le pourtour de la
forêt de Carnelle, a dû fournir ailleurs les mêmes faci-
lités; la Pierre-Turquaise ne devait pas être isolée. La
dénudation des flancs de la colline a sans doute détruit
des dolmens semblables et peut-être même en existe-t-il
encore sous le limon et la végétation.
Enfin, on ne peut parler de la forêt de Carnelle sans
signaler les splondides panoramas qu'on voit de beaucoup
252
LE NATURALISTE
de points et en particulier des deux versants, au village de
Saint-Martin-du-Tertre.
Au sud, on a devant soi toutes les collines analogues
du nord de Paris : on les réunitpar la pensée et on com-
prend l'immense travail des temps géologiques, qui
ont produit lentement l'isolement de toutes ces hauteurs
antérieurement réunies. Si connu que soit maintenant
ce phénomène, c'est toujours pour le ,géologue un jiro-
fond sujet de méditation qu'un pareil coup d'œil.
Au nord, outre les mêmes phénomènes de dénudation,
on voit les premières manifestations orientales nette-
ment définies de l'accident géologique du pays de Bray.
Henri Boursault.
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désignés. S'adresser à « Les Fils D'Emile Deyrolle »,
46, rue du Bac, Paris.
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exotiques, 78 espèces, 246 exempl., 1 boite. Prix : 20 fr.
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exempl., 3 boites. Prix : 40 fr.
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et variétés, 65 exemplaires, i carton. Prix : 10 fr.
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nantae nombreuses Hélix, Strophia,Choanopama, Cnon-
dropoma, Ilelicina, 48 espèces, 65 exemplaires. — 55 fr.
Une collection de Fossiles du dévonien du Pas-
de-Calais, 25 espèces, 38 exemplaires. — 20 fr.
Une collection Buliinus de IVouvelle-Calédo-
nie 12 espèces, 15 exemplaires, parmi lesquelles Bulimus
Mariei. — 12 fr.
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pèces diiférentes et plus de 200 exemplairesparfaitement
déterminés avec l'altitude et le lieu de la récolte (ces
plants ne sont pas collés), prix 2o francs (même adresse
que ci-dessus).
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d'une grande ville de province un préparateur taxider-
miste. S'adresser aux bureaux du journal.
ANIMAUX
Mythologiques, légendaires, historiques, illustres,
célèbres, curieux par leurs traits d'intelligence,
d'adresse, de courage, de bonté, d'attachement,
de reconnaissance, etc.
Hippopotame. — Il fut peu connu des anciens, qui
en firent presque toujours des descriptions absurdes,
ainsi que nous le verrons tout à l'heure.
Si nous en croyons le sentiment de beaucoup de sa-
vants, entre autres de Bochart (Hierozoicon), l'hippopo-
tame ne serait autre que le béhémoth de la Bible, comme
le Uviathan serait son commensal du Nil, le crocodile.
nicnu {Béhémoth), les bêtes, est un pluriel servant,
suivant l'habitude hébraïque, à exagérer la signification
du mot, à lui donner un extra-superlatif, comme,
d'ailleurs, le mot Q'îItN (Etoïm), qui désigne Dieu,
signifie littéralement : Dieux forts, eux Dieux forts. Le
pluriel Be/iemot/j (singulier nona, 6(î/tt'ma/i), représente
donc une bête énorme, ou du moins remarquable absolu-
ment par l'intensité, l'exagération d'une ou de plusieurs
de ses facultés.
Les Septante, dans la traduction grecque qu'ils firent
des Livres Saints à la prière de Ptolémée Philadelphe,
roi d'Egypte (285-247 av. J.-C), ont traduit le pluriel
béhémoth hébreu par le pluriel grec 9rip(a (singulier : 6»ipiov),
bêtes sauvages; mais ils ont altéré le texte, en supprimant
un mot, comme je le dirai tout à l'heure. La Vulgate, —
le latin dans les mots brave l'honnêteté, — a été moins
collet monté que le grec des Septante (1) : elle a tout
mis.
Voici le passage de Job (XL, 10-19) où il est question
de l'hippopotame :
10. — Vois Béhémoth, que j'ai fait comme toi;
Il mange l'herbe, ainsi que le b<euf.
11. — Sa force est dans ses reins,
Et sa vigueur dans le nombril de son ventre.
12. — Il dresse (ou agite) sa queue comme un cèdre;
Les nerfs de ses cuisses sont entrelacés.
13. — Ses os sont comme des tubes d'airain,
Et ses côtes comme des barres de fer.
14. — Il est le chef-d'œuvre du Dieu iovi (Elo'im),
Et son créateur dirige son glaive.
1.?. — Les montagnes [ou collines) lui fournissent l'her-
(bage,
Au lieu où s'ébattent tous les animaux des champs.
16. — Il se couche à l'ombre des lotus,
Dans l'épaisseur des roseaux et des marais.
17. — Les lotus lui procurent l'ombrage.
Et les saules du fleuve l'environnent. i
(1) Je me suis toujours demandé pourquoi l'on dit: les
LXX; ils étaient LXXIl docteurs de la Loi.
LE NATURALISTE
253
18.
19. —
Que le fleuve le submerge, il ne s'en épouvante pas
Lo Jourdain déborderait sur sa face, uu'il ne s'en
(émeuvrait pas.
Qu'on le prenne donc en face avec l'hameçon?
Qu'on lui perce les narines avec des lions'?
Le deuxième hémistiche du verset 12 est ainsi traduit
par les LXX : Ta S; veCoa aù-coO <j'j|jnt£Ti),£îiTa'. : Ses )iei'/'s sont
entrecroises ; or, l'hébreu dit : 1203 nnï?3 nu
erujil ramificati ejus verecundiœ nervi,
ce que la Vulgale traduit par : nervi testiculorum ejus
perplexi sunt. La paraphrase chaldéenne donne exacte-
ment h^s expressions hébraïques ; mais les versions
syriaque et arabe, se conformant à celles des LXX,
suppriment lo mot qui, précisément, intentionnellement,
donne l'idée que se faisait de la force du monstre l'au-
teur du livre de Job. Pourquoi cette suppression"? Que
vient faire ici cet intempestif hoquet de pudeur, quand
le Cantique des Cantiques est laissé tel quel, avec toutes
les intempérances de langage nées do la riche imagina-
tion de son auteur et de son oriental temjiérament '!
On a beaucoup discuté sur ce Béhcmoth, et beaucoup
de commentateurs ont cru y voir l'Éléphant. Mais le sa-
vant Bochart iHierozoicon, sive de animalibus S. Scripturse,
tom. in, i).705) a victorieusement et savamment démon-
tré le contraire. En paraphrasant ce passage de l'histoire
de Job, Lesêtre dit {Dict. de la Bible, par F. Vigouroux,
t. I,p. 1555, article Béhémoth) : » Tous ces traits convien-
nent parfaitement à l'hippopotame, tel que le décrivent
les naturalistes. Il est herbivore, et par conséquent
« mange l'herbe comme le bœuf » ; les montagnes, c'est-
à-dire les collines qui bordent les fleuves, « lui fournis-
sent l'herbage », et « les animaux des champs s'ébattent »
sans danger autour de lui, parce qu'ils n'ont pas à
craindre d'être dévorés, et que, malgré ses fureurs,
l'hippopotame a l'allure trop pesante pour pouvoir les
atteindre. Il est amphibie; par conséquent habite au
fond des eaux, et ne redoute point « l'invasion des flots ».
Il est d'une vigueur extraordinaire : ses os, ses muscles,
sa queue, qui est courte mais solide « comme un cèdre » ;
ses dents tranchantes, qui sont comme « son glaive »,
sa forme trapue, tout en lui révèle une force merveil-
leuse. Aussi est-il un chef-d'œuvre de la puissance divine,
mais l'homme ne peut le prendre en face, ni le domes-
tiquer, en lui perçant les narines, comme il le fait pour
d'autres animaux. On voit que la plupart de ces traits
ne conviennent pas à l'éléphant. »
En efl'et, précisément à l'époque où le poète oriental a
écrit le livre de Job (les principaux exégètes mettent
cette époque vers 700 ans avant Jésus-Christ), les élé-
phants domestiqués, les éléphants de guerre étaient d'un
usag(; courant; le poète n'eût donc pas dit : Essayez donc
de soumettre cet animal?... — Il était soumis depuis
longtemps.
D'un autre coté, il ne faudrait pas trop s'attarder non
plus auprès du pluriel béhémoth du singulier béhèma.
Nous devons remarquer, avec l'illustre Bochart, que ce
pluriel ])0urrait lui-même être un singulier en égyptien;
en efl'et, la terminaison oth affecte le singulier de beau-
coup de mots en cette langue; tels sont : Toth, Phame-
noth, Phaoth, noms de mois; soth, chien; omoth, troi-
sième principale étoile du Capricorne; anoth, orpin;
mothoth, grande chélidoine ; cathoth, polium ; tithoth,
cyclamen, etc., etc. Béhémoth pourrait donc parfaite-
ment avoir été, en Egypte, le nom d'un animal particu-
lier, le nom de l'hippopotame, dont la figure se trouve
d'ailleurs gravée sur bien des monuments; pourtant, son
nom populaire parait avoir été Foras-l'har, cheval du
fleuve, que les Grecs s'empressèrent de traduire par
ranonoTaiio; ; et c'est d'après cette étymologie, d'après ce
nom, que les auteurs anciens, « qui n'avaient jamais
vu d'hippopotame », firent de cet animal les descriptions
étranges que je vais rapporter, lui donnant la queue et la
crinière du cheval, etc.
Dans les ruines de Thèbes, on a trouvé un temple qui
lui était consacré et l'on y voit des Égyptiens le chassant
(Wilkinson, Ancient Egyptians, tome II, p. 128); on voit
une autre de ces chasses sur un bas-relief de Memphis
(Maspero, etc.).
Plutarqua (Sur Isis et Osiris, chap. xx.xii) nous dit :
(( ... Les prêtres (égyptiens) ont horreur de la mer. Pour
le même motif, ils ont un dégoût prononcé contre le
poisson. Ainsi à Sais, dans le vestibule du temple de
Minerve ('?), on voyait gravés un enfant, un vieillard, un
épervier; immédiatement après était dessiné un poisson
et, à la suite de toutes ces figures, un hippopotame.
C'était une série de symboles qui voulaient dire : « O
vous qui naissez à la vie, ô vous qui allez en sortir. Dieu
déteste l'impudence, » Et, à la fin du chapitre, Plutarque
ajoute : » L'hippopotame marque l'impudence, chez les
Égyptiens, car on dit que cet animal, après avoir tué
son père, s'accouple avec sa mère. » Il répète encore
cette assertion dans son dialogue intitulé ; Quels animaux
sont les plus intelligents, des terrestres ou des aquatiques?
chap. IV : « On trouvera une différence sensible si l'on
compare les cigognes et les hippopotames ; les premières
nourrissent leurs pères, les seconds les tuent afin de
s'accoupler avec leurs mères. »
Horus Apollo, qui traduisit en grec un certain nombre
d'hiéroglyphes (environ cent quatre-vingt-dix), en donne
deux relatifs à cet animal : « (Livre I, hiérog. liv).
Deux cornes du pied de l'hippopotame, tournées en bas ■'
— Ces deux cornes désignent l'ingrat et l'injuste. Lorsque
l'hippopotame est devenu fort, il essaye ses forces contre
son père, et si son père cède, il le laisse vivre, lui
assigne un lieu pour passer le reste de ses jours, et
épouse sa mère. Si son père veut empêcher cette con-
jonction, il profite de la supériorité de ses forces pour le
tuer. » — « (Livre II, hiérog. xxxix). L'hippopotame. —
L'hippopotame désigne le dommage. »
Du reste, en Egypte, le sort de l'hippopotame était
difïérent, suivant les localités qu'il habitait : on le met-
tait à mort dans le nome d'IIermopolis, comme étant le
symbole de Typhon, dieu du mal; mais on l'adorait à
Paprémis, où il était consacré au Nil lui-même.
Porphyre {De la nourriture des animaux, livre III,
ch. xxiv) répète le racontar de Plutarque, relatif aux pré-
tendues mœurs de l'hippopotame : « ... On s'est demandé
quels sont les plus portés vers la vertu, des animaux ter-
restres ou des aquatiques ; cela peut s'étudier dans les
chevaux terrestres et les chevaux marins ; effectivement,
ceux-là nourrissent leurs pères, et ceux-ci les tuent pour
s'accoupler avec leurs mères. »
Inutile de faire remarquer que l'hippopotame n'a jamais
pris un bain de mer.
Voyons maintenant ce que disent de cet animal nos
autres vieux auteurs.
Aristote en parle de la manière suivante dans son His-
toire des animaux, livre II, chap. iv, § 2 : « Le cheval de
rivière, l'hippopotame d'Egypte, a une crinière comme le
cheval; il a le pied fendu, comme le bœuf; son mufle est
254
LE NATURALISTE
recourbé; il a aussi un osselet, comme les animaux à
pied fendu, et des dents saillantes qui paraissent à peine.
Il a la queue du porc et la voix du cheval. Sa grandeur
se rapproche de celle de l'âne, et son cuir est tellement
épais qu'on peut en faire des dards. Ses organes intérieurs
ressemblent à ceux du cheval et de l'âne. »
Or, l'hippopotame n'a pas de crinière ; il n'a pas le pied
fendu comme le bœuf : il a quatre ongles ; son mufle
n'est recourbé ni en haut, ni en bas : il est comme celui
du bufile, mais énorme; il n'a pas de dents saillantes,
c'est-à-dire de défenses ; sa queue ne ressemble aucune-
ment à celle du porc; il ne hennit pas comme le cheval,
mais mugit plutôt comme le buffle; il est gros, non pas
comme un âne, mais comme une douzaine d'ânes; son
cuir, fort dur et fort épais, n'a jamais pu servir à fabri-
quer des dards. A part ces menus détails, tout le reste
est exact.
Evidemment, Aristote n'a jamais vu d'hippopotame,
pas plus d'ailleurs qu'Hérodote, à qui l'on suppose qu'il
a emprunté cette mirifique description. Buffon a cru
devoir réfuter ce passage de l'illustre philosophe, dans
l'article Hippopotame de son Histoire naturelle, où il cite
un livre de Frederico Zerenghi (1603), chirurgien de
Narni, en Italie, qui, le 20 juillet 1600, en tua deux sur
les bords duNil,eten donna une description minutieuse.
Buffon la cite tout entière, et elle est fort exacte.
Voici comment Hérodote parle de l'hippopotame [His-
toire, liv. II, chap. Lxxi) : « Les hippopotames sont sa-
crés dans le nome Papremite ; dans tout le reste de l'E-
gypte, ils ne le sont pas. "Voici ce que ces animaux ont
de particulier. L'hippopotame en un quadrupède ; il a la
corne des pieds fendue, les ongles du bu^uf, le museau
aplati, les dents saillantes, la crinière et la queue d'un
cheval, dont il a également le hennissement ; sa grandeur
est celle d'un bœuf de haute taille ; sa peau est tellement
épaisse que, lorsqu'elle est sèche, l'on peut en faire des
javelots polis, u
Aujourd'hui — et depuis longtemps — elle sert tout
bonnement à fabriquer des courbach'>,s pour les mar-
chands d'ivoire et de nègres.
Qui croirait que le célèbre naturaliste Charles d'Or-
bigny (ou l'un de ses collaborateurs, son illustre frère
Alcide, peut-être), a trouvé à peu près exacte cette pré.
tendue description de l'hippopotame '? Si nous ouvrons le
Dictionnaire universel d'histoire naturelle, t. 'VII, p. 207,
nous y lisons : « L'hippopotame parait avoir été bien
connw dans l'antiquité, quoi qu'on en dise. Sans afBrmer,
comme l'a fait Buffon sur la foi de Bochart, qu'il est le
Behémolh des Hébreux, dont il est parlé dans le livre de
Job, il est certain que le plus ancien des historiens, Hé-
rodote, l'a décrit d'une manière très RECONNAlSSA-
BLE, .MALGRÉ QUELQUES ERREURS, qui prouvent que sa
description n'a pas été faite de visu, quoique ce père des
historiens ait habité longtemps l'Egypte. D'ailleurs, il
est le seul qui ait à peu près indiqué la véritable taille
de ce monstrueux animal, en disant qu'il est de celle des
plus grands bœufs. »
Parfaitement. Il est de la taille des plus grands bœufs,
et même au delà; mais le pied du bœuf, le museau aplati,
les dents saillantes, la crinière et la queue du cheval, le
hennissement, les javelots faits avec sa peau— c'est-à-dire
la description entière de l'animal — tout cela constitue-
t-il pour le Père de l'histoire, un titre à l'exactitude de
ses descriptions '? Et qui reconnaîtrait l'hippopotame dans
ces lignes? Allons, allons, quelque admiration que l'on
puisse éprouver pour Hérodote, il fiut encore s'en tenir
à la sage boutade d'Aristote : ^'ào; n),oTùv, à'û.à ^a>.\av r^
ilrfiixa, amicus Plato, sed tnagis veritas.
Du reste, nous allons voir que d'autres illustres écri-
vains de l'antiquité copient à qui mieux mieux ces
étranges descriptions, en y ajoutant même du leur.
Strabou ne décrit pas; il parle simplement de l'ha-
bitat :
« {Géographie, livre XV, ch. xill.) Les animaux qu'on
rencontre dans l'Inde sont, à peu de chose près, ceux
de l'Ethiopie et de l'Egypte; les espèces fluviales sont les
mêmes, si l'on en excepte l'hippopotame. »
Il répète encore cela au chapitre xlv du même
livre XV : « Quant aux autres animaux que nourrissent
les eaux de l'Indus, ce sont tous les mêmes que l'on
retrouve dans le Nil, l'hippopotame excepté. Encore
Onésicrite prétend-il qu'on y trouve aussi l'hippopo-
tame. »
(Livre XVI, ch. xiv.) « ... Sur la côte même, en deçà
du promontoire de Pytholaùs, il y a deux imrhenses
lacs, l'un d'eau saumàtre auquel on donne le nom de
mer, l'autre d'eau douce, qui nourrit force hippopotames
et force crocodiles, et sur les bords duquel le papyrus
croit en abondance. »
Diodore de Sicile décrit ainsi l'animal {Bibliothèque
historique, livre I, ch. xxxv) :
« Le Xil nourrit beaucoup d'animaux et d'espèces
variées; on en distingue surtout deux, le crocodile et
l'hippopotame.
« L'hippopotame n'a pas moins de cinq coudées de
longueur; c'est un quadrupède biungulé (toujours!), rap-
pelant la forme du bœuf; ses défenses (';') sont plus
grandes que celles du sanglier et au nombre de trois sur
chaque côté de la mâchoire; il a les oreilles, la queue et
la voix comme celles du cheval, et tout l'extérieur du
corps semblable à celui de l'éléphant. Sa peau est plus
dure que celle d'aucun autre animal. Il est à la fois
fluviatile et terrestre. Il passe ses jours à s'ébattre dans
la profondeur des eaux et les nuits à se repaître, sur le
sol, de blé et d'herbes; de telle façon que si la femelle
était très féconde et qu'elle mît bas tous les ans, toutes les
moissons de l'Egypte seraient dévastées. On s'empare de
cet animal à l'aide de harpons de fer qu'on manœuvre à
force de bras. Dès qu'il s'est montré quelque part, on
dirige toutes les barques vers cet endroit et, se rangeant
autour, on le blesse à coups de harpons munis de cro-
chets de fer; après avoir fixé une corde à un de ces
harpons enfoncés dans les chairs, ils la lâchent jusqu'à
ce que l'animal demeure épuisé par la perte de son sang.
Sa chair est coriace et indigeste. Aucun des viscères de
l'intérieur du corps n'est mangeable. »
Pline s'exprime ainsi dans son Histoire naturelle
(Livre VIII, ch. xxxix) : « On trouve dans ce même Nil
l'hippopotame, animal d'une taille beaucoup plus haute
{que le crocodile). Il a le pied fendu comme les bœufs ; le
dos, la crinière et le hennissement du cheval ; le museau
relevé, la queue du sanglier, et les dents recourbées,
mais moins dangereuses. Avec son cuir, on fait des
casques et des boucliers impénétrables tant qu'ils ne
sont pas mouillés. Il dévaste les moissons; on assure qu'il
détermine d'avance, chaque jour, la moisson qu'il ravagera
le lendemain, et qu'il entre à reculons dans le champ
pour mettre en défaut ceux qui voudraient lui dresser
des embûches à son retour.
« ... Marcus Scaurus, dans les jeux célébrés lors de
LE NATURALISTE
255
son édilité, montra le premier à Rome un hippopotame
et cinq crocodiles dans une pièce d'eau creusée pour
cette circonstance, L'hippopotame a même enseigné a la
médecine une de si-s opérations : quand une abondance
continuelle d'aliments l'a rendu trop gras, il vient sur la
rive pour chercher des roseaux récemment coupés; dès
qu'il voit une tige très aiguë, il s'y appuie et s'ouvre
une veine à la jambe. S'étant ainsi, par l'écoulement du
sang, débarrassé du malaise qui le gênait, il couvre la
plaie de limon... »
Et voilà comment, d'après d'Orbigny, « l'hippopotame
parait avoir été bien connu dans l'antiquité, quoi qu'on
en dise!... »
Et Pline l'ancien vivait au i" siècle de notre ère (mort
en 79)...
Il continue ainsi (livre XXVIII, ch. xxxi) : « Il est,
entre le crocodile et rhippO]]Otame, une certaine affinité,
car ils habitent le même fleuve et sont tous deux amphi-
bies, L'hippopotame est, comme nous l'avons déjà dit,
l'inventeur de la saignée. Il abonde au-dessus de la pré-
fecture de Sais. La cendre de sa peau, appliquée avec de
l'eau, guérit les tumeurs; sa graisse, les fièvres froides,
ainsi que sa fiente en fumigations. Les dents du côté
gauche guérissent les douleurs de dents : on scarifie les
gencives avec. La peau du côté gauche du front, appli-
quée sur les aines, est antiaphrodisiaque. On prend une
drachme du testicule dans de l'eau contre les serpents.
Les peintres emploient le sang de cet animal. »
(Ils ne devaient pas peindre souvent.)
Elien (De la nature des animaux, livre V, ch. lui) se
fait l'écho de ces billevesées : o Les hippopotames, qui
vivent dans le Nil, aussitôt que les moissons miirissent
et les blés se dorent, y pénètrent, mais après avoir exé-
cuté préalablement plusieurs prudentes circonvolutions,
de façon à bien reconnaître les lieux; après cette recon-
naissance, ils y pénètrent, et, tout en broutant, revien-
nent à reculons vers le Nil. Ils en agissent ainsi pour
que les cultivateurs, qu'ils craignent de voir venir à eux,
les surprennent de face et non de dos, de façon à les
voir de plus loin, et d'avoir ainsi plus de facilité pour
plonger dans le fleuve. »
(Livre VII, ch. xix.) « J'aurai fait connaître l'impiété
de l'hippopotame, quand j'aurai dit qu'il tue son père et
le dévore. »
Il ne manque à ces descriptions que la signature de
M. Alphonse Allais.
Achille Tatius donne l'hippopotame comme ayant
l'apparence du cheval, mais d'une taille beaucoup supé-
rieure. Il l'appelle aussi ÊU'phant d'Egypte, parce qu'il le
juge d'une force approchant de celle de ce grand pachy-
derme : « Sa queue, dit-il (livre IV, ch. ii), est courte
et sans poils, comme le reste de son corps; sa tête est
ronde et grosse ; sa gueule fendue jusqu'aux tempes ;
son menton est large, ses narines très ouvertes, ses
dents canines recourbées, pareilles à celles du cheval,
mais trois fois plus grandes. »
Ammien Marcellin {Rerum gestarum, lib. XXII, cap. xv,
§9) dit : (i ... Ce pays produit aussi l'hippopotame, le
plus intelligent des êtres à qui la raison est refusée. Il a
la forme du cheval, mais le pied fourchu et la queue
courte. Deux traits suffiront pour faire juger de sa saga-
cité. C'est ordinairement dans un épais fourré de ro-
seaux qu'il établit sa bauge; il s'y tient coi, mais tou-
jours au guet, jusqu'à ce qu'il juge le moment propice
pour aller chercher pâture dans quelque champ de blé.
Quand il est repu, il a soin, au retour, de décrire di-
verses traces à reculons, pour confondre les pistes et
dérouter les chasseurs qui en veulent à sa vie. Autre
exemple : L'hippopotame mange avec excès; et, quand
son ventre, épaissi par trop do nourriture, engourdit ses
mouvements, il s'ouvre les veines des cuisses et des
jambes en les frottant contre des roseaux fraîchement
coupés, afin d'alléger sa réplétion par cette saignée;
puis il enduit ses plaies de limon jusqu'à ce qu'elles
soient cicatrisées. Ce rare et monstrueux quadrupède a
paru pour la première fois dans un amphithéâtre ro-
main, sous l'édilitè de Scaurus, fils de celui dont Cicéron
prit la défense. On a vu à Rome plusieurs hippopotames
dans les siècles suivants; mais il ne s'en trouve plus
aujourd'hui en Egypte (W siècle), parla raison, disent
les habitants, que ces animaux, se voyant pourchassés,
ont émigré vers les Blemmyes [partie de l'Ethiopie très
reculée). »
Solin {Polyhistor, ch. xxxiii) le décrit ainsi : « L'hip-
popotame naît dans le même pays et le même fleuve
{que le crocodile, le Nil); il a le dos, la crinière et le
hennissement du cheval, le museau relevé, le pied
fendu, les dents du sanglier, la queue tortueuse. La
nuit, il dévaste les moissons, où, par ruse, il ne va qu'à
reculons, pour mettre en défaut ceux qui voudraient lui
tendre des embûches à son retour. Lorsqu'il se sent sur-
chargé d'embonpoint, il va vers des roseaux nouvelle-
ment coupés, et s'y promène jusqu'à ce qu'un piquant
de ces tiges aiguës l'ait blessé, et que le san!^ qu'il perd
ait dégagé son corps; ensuite il enduit la plaie de limon
pour qu'elle se cicatrise. Marcus Scaurus fut le pre-
mier qui fit voir à Rome des hippopotames et des cro-
codiles. »
Nicandre, dans ses ThMaques (v. 569), fait sortir aussi
l'hippopotame de sa bauge pour aller paître, lorsque les
pâturages se couvrent d'une herbe nouvelle,
XiXoc OTE •/).oâ<7ouTi vfov 5 'àTcexeOaTO itoiïiv.
Nonnos,dans ses Dionysiaques, poème en xlviii chants
en l'honneur de Bacchus (chant xxvi, v. 236 et suiv.),
parle aussi de l'hippopotame :
KôïTt [jLe).a(jL'^i^cptôa Sia^ûwv poov ôtïXtï
'Oio; èpioO Nec),oio SspEi-yevè; oî5(ia yapiaaav
NafiaTâet, pufjîoio ot' uSa-uo; ^ypôç àôizr^z
MrjxeSavaîî yevjEïd'.v • x. t. ), .
(( Là, fendant les eaux de ses ongles noirs et bruyants,
le cheval du fleuve nage à l'aventure dans les abîmes,
tel qu'il se promène dans les flots débordés de mon Nil ;
il les sillonne, plonge dans les profondeurs, et souffle de
ses larges naseaux. Ensuite il monte au rivage, et,
comme il n'a pour s'emparer du froment qu'une bouche
informe amollie par l'humidité, il racle la surface de la
glèbe à l'aide des scies de ses dents acérées ; il fait
tomber les tiges sous cette espèce de faucille, et mois-
sonne, dépourvu de fer, les plaines chargées d'épis. »
Pomponius Mêla {De situ orbis, lib. I, cap. ix) dit
que « ... les eaux du Nil sont si fécondantes et si nutri-
tives, qu'outre qu'elles fourmillent de poissons, et pro-
duisent même des animaux d'une grosseur prodigieuse,
comme l'hippopotame et le crocodile, elles animent
jusqu'à la terre et en forment des êtres vivants. »
Dion Cassius dit qu'Auguste montra un hippopotame
dans son triomphe, à la suite de sa victoire sur Antoine
, et Cléopàtre.
256
LE NATURALISTE
Les triomphes de ces pompeux Romains étaient,
parait-il, une manière de Bœuf gras anticipé, — une
noble Vachalcade, — avec cette différence essentielle
que les crocodiles, et autres bêtes exotiques, n'étaient
pas empaillés. Nous verrions aujourd'hui d'un œil
plutôt sévère — soyons modéré — l'entrée triomphale à
Paris du chef de l'État, retour de la Scythie, escorté
d'une délégation des plus importants pensionnaires du
Muséum d'histoire naturelle. Pour un clou, ce serait un
clou. Et même, puisqu'on cherche, pour l'Exposition de
1900... Mais soyons respectueux quand nous parlons
de ces antiques, solennelles et classiques arlequi-
nades.
Dans tous les cas, à la suite du triomphe de Vimpe-
rator, l'hippopotame en question dut vivement regretter
la part qu'il avait prise à cette fastueuse cérémonie :
(( Une multitude de bêtes féroces, dit Dion Cassius
(Histoire romaine, hvre LI, ch. xxii), et d'animaux di-
vers furent égorgés, entre autres un rhinocéros et un
hippopotame, qu'on vit alors à Rome pour la première
fois. Beaucoup ont rapporté, beaucoup plus encore ont
vu quel animal est l'hippopotame ; quant au rhinocéros,
il ressemble assez à l'éléphant, si ce n'est qu'il a sur le
nez une corne, d'où lui vient son nom. Ces animaux
furent donc produits dans les jeux. »
Dion n'est pas d'accord avec Pline, Ammien Marcellin,
Solin et autres, qui disent que les Romains virent, pour
la première fois, l'hippopotame sous l'édilité de M. Scau-
rus. La question est, heureusement, de celles qui peuvent
patiemment attendre leur solution.
Lampride (Vie d'Antonin Héliogabale, ch. xxvill) nous
dit que cet empereur « eut à Rome de ces petits dragons
que les Égyptiens appellent bons génies; il eut aussi des
hippopotames, un crocodile, un rhinocéros, enfin tous les
animaux d'Égypteque leur nature lui permit d'entretenir.
Julius Capitolinus (Vie dWiUonin le Pieux, ch. x) nous
apprend que ce souverain « donna des spectacles où il fit
paraître des éléphants, des chiens-loups (crocottas, l'hyène,
d'après la plupart des commentateurs), des rhinocéros,
des crododiles même et des hippopotames, avec des tigres
et toutes sortes d'animaux de toutes les parties de la
terre ; il fit aussi paraître cent lions en une seule fois » .
Dans sa Vie du troisième Gordien (chap. xxxii), le même
auteur dit que « l'on vit à Rome, sous Gordien, trente-
deux éléphants dix élans, dix tigres, soixante lions
apprivoisés, trente léopards apprivoisés, dix hyènes
un hippopotame, un rhinocéros, etc., etc. »
Vopiscus {Vie de Firmus, ch. vi) nous dit que l'usur-
pateur Firmus, « frotté de graisse de crocodile, nageait
parmi ces reptiles; qu'il conduisait un éléphant, montait
un hippopotame et s'asseyait sur de fortes autruches, de
telle sorte que, porté par elles, il semblait voler, etc. u
On voit que l'autruche sellée du Jardin d'acclimatation
a d'illustres ancêtres.
Le poète Calpurnius, qui vivait sous le règne de l'em-
pereur Carus, parle aussi de l'hippopotame dans sa Buco-
lique VII (vers 57 et suiv.); le berger Corydon raconte au
pâtre Lycotas les merveilles qu'il a vues à Rome, et il
lui décrit les jeux du cirque :
« Qu'ajouterai-je encore? J'ai admiré toutes sortes
de bêtes ; des lièvres blancs, des sangliers à cornes, un
tigre dans ses propres forêts, des buffles J'ai pris
plaisir à voir des ours lutter avec des phoques et des hip-
popotames, hideux produit de ce fleuve qui féconde les
guérets du débordement de ses eaux :
œquoreos ego cum certantibus ursis
Spectavi vitulos, et equorum nomine dignum,
.Sed déforme pecus, quod in illo nascitur amni
Qui sata riparum Tenicnlibus irrigal undis.
Isidore de Séville ne pouvait manquer de suivre d'aussi
doctes devanciers, et il nous dit, lui aussi [Etymologia-
rum lib. XII, cap. vi, de Piscibus) : « L'hippopotame est
ainsi nommé parce qu'il est semblable au cheval par le
dos, la crinière et le hennissement; son mufle est relevé;
il a les dents d'un sanglier, la queue tordue, et le pied
divisé en deux. Le jour, il reste dans l'eau ; la nuit il dé-
vaste les moissons. Il vit sur les bords du Nil. »
HrabanMaurlDeioiiftTso, lit. VIII, cap. v,de Piscibus),
archevêque de Mayence, copie mot à mot le docte évêque
de Séville, qui, a lui-même, copié mot à mot les auteurs
déjà rapportés.
L'histoire de l'hippopotame ne fourmille guère de traits
à citer; l'animal est sauvage, lourd, abêti, pour ainsi
dire, et son gros parent l'éléphant est autrement intelli-
gent. Néanmoins, je trouve dans VEncydopt'die d'histoire
naturelle, du D"' Chenu, un fait assez extraordinaire, rela-
tivement à l'instinct dont fit preuve un hippopotame, à
l'instant même oii il vit le jour : « Thunberg cite un fait
curieux qui prouve que la nature a donné à ces animaux
un instinct merveilleux pour trouver l'eau, et qu'ils ont
cet instinct en naissant. Un jour, dit notre voyageur,
étant à la chasse, un colon aperçut une femelle d'hippo-
potame qui était montée sur le rivage pour mettre bas,
à quelque distance de la rivière. Aussitôt il se cacha dans
les broussailles, ainsi que ses camarades. Dès que le
jeune hippopotame parut, le colon tira la mère si juste,
qu'elle tomba sur le coup. Les Hottentots, qui croyaient
saisir le petit, furent bien étonnés de voir cet animal,
tout gluant, leur échapper des mains, et se sauver dans
la rivière, sans que personne lui eût indiqué le chemin,
mais seulement par un instinct tout naturel. »
Si maintenant on veut avoir une idée de la force re-
doutable de l'hippopotame, on n'a qu'à parcourir le livre
dans lequel Sir Samuel White Baker raconte son expé-
dition dans l'Afrique centrale, au service du Khédive,
pour V poursuivre les négriers {Ismailia, Paris, 1875, in-8°);
l'hippopotame, souvent rencontré par cet officier général,
s'est montré d'une extrême férocité et d'une force incal-
culable; un jour, d'un coup de mâchoire, il détruisit un
canot et tua l'un des deux hommes qui le montaient :
« Un vieux sheik aveugle, dit l'auteur (page 62), qui ve-
nait souvent nous voir de la rive opposée, trouva un jour
la mort la plus imprévue, en revenant avec son fils du
marché de Tioufikiah. Je me promenais sur le quai,
lorsque, entendant un grand bruit, je portai les yeux
vers le fleuve. Sur les eaux, profondément agitées, dan-
saient les débris d'un canot d'Ambatch. A ce moment, le
fleuve était sillonné par de nombreuses barques; quel-
ques-unes s'empressèrent de venir en aide à deux hommes
qui se débattaient dans le courant. Un hippopotame,
abordant le canot, l'avait mis en pièces; le malheureux
sheik, incapable d'esquiver le danger, avait été saisi en
même temps que le bordagc. Il fut promptement secouru
par ses camarades ; mais ses blessures étaient si graves
qu'il succomba pendant la nuit. »
E. Santini de Riols.
Le Gérant: Paul GROULT.
PARIS. — IMPRIMERIE F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17.
19" ANNÉE
2' Série — I\)° 'iWS
15 NOVEMBRE 1897
OBSERVATION COMPLEMENTAIRE
SUR
LESPONGELIOMORPHASAPORTAIs,
an. Meun.
11 y a dt'jà plusieurs années f|ue j'ai signalé aux
lecleuis ilu Naturaliste la découverte, faite dans Paris
nK'mi', d'un fossile nouveau appartenant au genre de
vestiges prolilématiqups auxquels M. de Saporta avait
donné le nom de Spongeliomorpha. Ce lieau fossile, con-
servé au Muséum et que M. de Sajjorta considérait
comme d'un haut intérêt, m'a paru digne de lui être dédié,
et c'est sous le nom de S. Saportai qu'il a été figuré et
décrit.
Très récemment, on m'a apporté à mou laboratoire
du Muséum de nouveaux spécimens de ce même fossile,
mais présentant des particularités nouvelles qui méritent
d'être, signalées.
.l'ai fait dessiner l'un de ces nouveaux échantillons, et
l'on y voit du premier
coup d'œil que l'objet,
plus ou moins coralloîde,
auquel appartient en pro-
pre la qualification de
Spongeliomorphe, y est
associé d'une manière
très intime à des vesti-
ges tout différents. Ce ^^
sont des corps pirifor-
mes et longuement pé-
dicellés, tantôt isolés,
tantùt réunis en groupe
plus ou moins nom-
breux.
On les reconnait tout
de suite pour des tubes
de Gastrochœna et même
on leur trouve une assez
grande analogie avec le
Gastrochœna (Fistulana)
angusta de Deshayes (Description des coijuitles fossiles des
environs de Paris, t.I, p. 16 et PI. 1, figures H à 23). La
forme n'est cependant pas identique, et l'on remarque
spécialement la plus grande gracilité des pédoncules ([ui
se terminent par la massue contenant la coquille. Cette
coquille, d'ailleurs, ne m'est pas connue et il est vraisem-
blable qu'elle a disparu par dissolution.
S'il y avait simplement superposition des Gastrochœnes
au Spongeliomorphe, le fait ne mériterait sans doute pas
de nous arrêter et s'expliquerait de la façon la plus
simple. Mais il se trouve que, dans une foule de points,
la superposition se complique d'une véritable association
dont l'examen serait peut-être de nature à préciser les
notions encore très vagues que nous possédons sur les
curieux organismes décrits d'abord par M. de Saporta.
On remarque, en effet, que le fin réseau de petites
eûtes qui recouvre toute la surface des Spongéliomor-
phes se continue plus ou moins surlepédopcule des Gas-
trochœnes et parfois même sur une notable jiartie de
l'ampoule. Eu divers points, les ampoules paraissent
même, à cause de cette circonstance, comme des appen-
dices de l'organisme branchu, et, si ailleurs on ne les
Le ^aluralisle, 46, rue du Bac, Paris.
Spongeliomorpha Snportai, Stan. Mcun. — Associé à des lubcs de
Garttudiœna. Echanlillons provenant de gris de Beauchanip, de la
rue Vauc)uelin, à Paris. 4 3 de la grandeur naturelle.
connaissait à part, on pourrait les prendre jiour des bour-
geonnements de ce dernier. Pourtant, ils eu sont certai-
nement tout à fait indé|)endaiits et j'ai un échantillon
qui le fait voir surabondamment.
En efl'et, ce spécimen montre sur uik^ plaqiu'tte de grès
des branchages plus ou moins ramifiés de Spongélio-
moriihes iiourvus de massues de Gastroclueues comme
on en voit dans la figure. Mais toutes les ampoules ne
sont pas placées sur les rameaux; un certain nombre
d'entre elles sont attachées au grès dans les intervalles
des branches. Or, tandis que, pour les premières, beau-
coup ont le réseau superficiel, aucune des autres n'en
présente la moindre trace, et c'oslunedilférence extrême-
ment visible.
En comparant lamanière d'être de ces deux catégories de
Gastrochu-nes (et en n'oubliant pas que, dans leur posi-
tion naturelle, les ampoules avaient leur tige en haut et
leur portion renflée en basi, on arrive à la conclusion
que le mollusque a dû établir des perforations sur un fond
où déjà les Spongéliomorphes existaient, mais en s'éta-
blissant sur ceux-ci pour ainsi dire par hasard et sans
préférence. Là oii cet
rganisme existait, il a
é refoulé |j1us ou moins
lin dans la cavité pro-
uite, et on doit en con-
uie qu'il était membra-
neux, extensible et suf-
isammentrésistantpour
eonstituer comme une
gaine ou un fourreau
.■lufour du tubeétabli par
icoiiuille. C'est évidem-
ment une notion très
nouvelle et qui eût inté-
•essé vivement M. de Sa-
porta en fournissant un
argument positif en fa-
veur de l'opinion qu'il
défendait, de la nature
autonome des Spongé-
liomorphes, qu'on pour-
rait être disposé à regarder comme de simples accidents
de concrétion.
C'est à ce titre que j'ai cru nécessaire de signaler les
faits ([ui précèdent, et je tiens en terminant à remercier
mon ami M. A. Thieullen, bien connu par ses intéres-
santes découvertes préhistoriques et à qui je dois d'avoir
pu acquérir pour le Muséum les échantillons complexes
dont la collection de géologie vient de s'euriehir.
St.\nislas Metjxier.
J-^G Ojmosooi^e
Tout le monde sait ce que c'est qu'un gyroscope : un
tore tournant rapidement dont l'axe forme le diamètre
du cercle qui sert à le suspendre. La terre est un gyros-
cope auquel il ne manque qu'un cercle méridien, qui
n'existe que dans notre pensée, mais qui n'a pas de corps
réel. La roue d'une brouette peut servir de gyroscope,
car le cercle de support est remplacé par les deux mon-
tants.
238
LE NATURALISTE
Une fronde, une toupie sont des gyroscopes, dont l'axe
n'a qu'un seul point d'appui au lieu de deux. Le soleil et
la lune sont des gyroscopes, qui n'ont point d'appui du
tout, comme la terre dans l'espace.
Tous ces gyroscopes, complets ou non, jouissent d'une
propriété fondamentale : leur axe conserve une direc-
tion fixe dans l'espace. La fixité de leur axe est due à la
force centrifuge, développée sous l'influence de leur rota-
tion. Elle est donc proportionnelle à leur masse, à leur
diamètre et àla vitesse du mouvement de rotation.
Nous verrons plus loin comment la rotation peut pro-
duire la fixité de l'axe des gyroscopes. Tout le monde sait
que les planètes tournent sur elles-mêmes, ainsi que leurs
satellites et les étoiles, en conservant leur axe tourné
constamment ver.- le même point du ciel. La fixité de
direction de leur axe est due au mouvement de rotation
dont les astres sont animés.
1. M. Foucault a profité de cette propriété remarqua-
ble pour démontrer expérimentalement la rotation de la
terre. La preuve que la terre tourne, c'est que l'axe fixe
d'un gyroscope convenablement placé nous parait décrire
un cercle complet en 24 heures. C'est tout à fait ce qui
se passe, quand on attache un couteau avec un fil sous
la suspension d'une salle à manger , de façon qu'il
soit immobile horizontalement, la pointe tournée vers la
cheminée. Une mouche placée sur la table, au-dessous
du couteau, croira le voir tourner, si on fait décrire un
cercle complet à la table sur laquelle elle repose.
2. Un gyroscope dont l'axe est dirigé vers l'étoile po-
laire, indique toujours la position exacte du pùle nord,
incomparalilemeut mieux que l'aiguille aimantée de la
boussole, qui fait avec le nord un angle d'inclinaison
variable, suivant les divers points du globe ; sans comp-
tir les affolements subits et bien d'autres causes d'er-
reur.
3. Deux gyroscopes, convenablement orientés, l'un
par rapport à l'autre, servent à mesurer le point, sur un
navire ou un ballon, bien mieux que la boussole et le
sextant, le compas nautique ne pouvant même pas ser-
vir par un temps couvert ! La pratique n'a pu confirmer
encore la théorie, à cause de la délicatesse qu'il faudrait
donner à ces organes et de la facilité avec laquelle un
faible efl'ort peut dévier l'axe du gyroscope, si cet effort
est continu.
4. Deux gyroscopes reliés à une horloge astronomique
pourraient faire tourner une mappemonde sphérique de-
vant une aiguille fine, qui ferait voir le jioiut à tout l'équi-
page du navire, sans avoir besoin de le calculer ; on n'au-
rait plus qu'à le lire sur la sphère elle-même ou sur les
cercles gradués.
Peut-être finira-t-on encore par utiliser le gyroscope
pour la direction des torpilles sous-marines ou même des
ballons dans certains cas':"
On voit que les applications de cet instrument peuvent
avoir une portée supérieure des plus variées et des plus
intéressantes.
Puisque l'axe du gyroscope conserve toujours son in-
clinaison primitive, on devine ce qui arrive quand on
cherche à l'en écarter: il résiste ! On est surpris de la
résistance qu'il oppose comme un être volontaire, et qu'il
faut absolument combattre avec persistance; sans quoi,
il revient vers sa direction primitive, en raison de la
quantité de mouvement qu'il possède encore et qui le
ramène dans son premier sens. On peut s'en convaincre
en tenant dans ses bras une brouette en l'air, pendant
/ que la roue tourne avec une grande vitesse. Tant qu'on
la déplace parallèlement à elle-même, par exemple en
marchant de côté, cela va bien ; mais si on veut tourner
sur soi-même en tenant la brouette en l'air, on éprouve
une résistance tfès appréciable, à moins do faire incliner
en même temps la brouette en sens inverse, de façon à
respecter la fixité de son axe dans l'espace.
On peut varier l'expérience de bien des manières.
C'est ainsi qu'un homme, debout sur un disque pivo-
tant autour de son axe, peut le faire tourner, en tenant
convenablement un gyroscope à la main. Il suffit pour
cela de profiter de la propriété dont jouit cet instrument,
en utilisant la force directrice qui ramène constamment
son axe dans la même direction.
La force directrice de l'axe du gyroscope est produite
par la force centri.fuge. En effet, celle-ci s'exerce dans le
sens de la tangente, c'est-à-dire dans le plan du cercle de
rotation. Déviation de l'axe est synonyme de déviation du
plan de rotation, puisqu'ils sont tous les deux perpendi-
culaires entre eux : on ne peut déplacer l'un sans dépla-
cer l'autre également. La force centrifuge, agissant tan-
gentiellement dans le même plan, tend à faire revenir ce
plan dans sa direction primitive, et par suite à ramener
l'axe à sa place, qu'on lui avait fait momentanément
quitter.
■Voici une comparaison qui rendra notre explication
facile à saisir. Pour faire dévier de la ligne droite une
balle de fusil sortant avec vitesse du canon de l'arme, il
faudra exercer sur elle (avec une plaque de fer, je sup-
pose) un effort bien plus grand que si elle était immo-
bile. Car, indépendamment de l'inertie, on a à lutter en
outre contre la grande quantité de mouvement dont cette
balle est animée : mv-, le produit de sa masse par le
carré de la vitesse. Or, imaginons un disque tournant
autour de son support tenu à la main; voilà un gyros-
cope qui se déplace avec résistance, si on veut incliner
son support dans différentes directions. Hé bien! chacun
des points de la roue du gyroscope en mouvement est un
petit mobile, qui suit à chaque instant une courte trajec-
toire en ligne droite; et ce sont les petites balles en mi-
niature que l'on doit déplacer latéralement, pendant
qu'elles sont animées d'une très grande vitesse, pour
changer la direction du plan de rotation et déplacer
l'axe du gyroscope de sa position fixe. C'est donc bien
simple à comprendre, quoique un peu minutieux à expli-
quer dans le détail.
D' Bougon.
Les premiers états de la Tortrix Grotiana
Nous avons été menacés cette année, parait-il, d'un
nouvel ennemi du pommier, dans la personne... je veux
dTre dans la chenille de la Tortrix grotiana F.
Songez donc ! cette chenille a été trouvée se nourris-
sant de toutes petites pommes. Il n'en a pas fallu davan-
tage pour qu'un pareil méfait fût porté à la connaissance
de tous.
Ah! il ne fait pas bon toucher aux pommes ! Le genre
humain en sait quelque chose, depuis que notre grand'-
mère Eve en a croqué, et en a fait goûter à son mari.
Suivant un commentateur biblique dont j'ai complète-
ment oublié le nom, c'étaient des fruits empoisonnés.
LE NATURALISTE
259
Le poison était lent, sans doute, puisque nos premiers
parents n'en ont pas moins vécu des neuf cents et tant
d'années, mais terriblement violent, puisque nous en
subissons encore les déplorables consé(|upnces.
En mangeant des pommes, certes, la Tortrix groliana
n'aurait pas attiré sur elle et sa postérité les maux que
nos i)reniiers parents ont déchaînés sur nous par leur
gourmandise et leur désobéissance. Elle suit ses instincts,
cette bète, elle obéit à sa nature, et voilà tout. Mais de
quelles malédictions n'aurait-elle pas été cliargée, si, pre-
nant goût à ce fruit nouveau pour elle, cette chenille en
eût fait sa nourriture préférée, unique peut-être, et se
fût propagée démesurément au point de devenir redou-
table! De i|uelles mesures préventives ou coercitives no
serait-elle pas devenue alors l'objet!
On voit déjà les e.xperts en arboriculture partir en
hâte sur les iioints menacés, contaminés, heureux s'ils
ne prenaient i>oint cette chenille pour quelque proces-
sionnaire d'un nouveau genre, comme cela est arrivé à
]H-opos de ïhcliophobits popularis, il y a peu d'années I
On voit encore les « missionnaires » des ministères,
apiielés par la gravité de la situation. On s'imagine les
rapjiurts volumineux, les requêtes pressantes adressées
aux )iouvoirs publics. On devine les arrêtés préfectoraux,
voire les décrets préparés en conseil des ministres.
Tout l'appareil administratif en branle, toute la ma-
chine gouvernementale en mouvement!
.Je ne badine pas : on en a des exemples et qui ne sont
pas d'hier seulement. Le roi d'Angleterre, en son conseil,
a défendu, le 25 juin dernier, l'introduction des blés des
Etats-Unis d'Américine, parce qu'on a découvert que les
blés étaient attaqués d'un insecte; qu'il serait très dange-
reux de propager en Angleterre. » (Anioreux,p. 139.) Le
25 juin dernier est le 25 juin 1788.
De même que les blés d'Amérique, les farines auraient
dû, ce semble, être l'objet d'une semblable prohibition.
Peut-être se serait-on épargné l'importation néfaste
d'une Ephestia qui s'est répandue si rapidement en
Europe et dont on s'est tant occupé depuis que Geller
l'a nommée Kuchniella, en 1879. Mais voilà, il y a beau
jour ([ue l'indépendance des Etats-Unis est proclamée !
Ah! si la Tortrix grotimvi vivait dans nos jardins, en
contact avec nos demeures, en commerce familier avec
nos arbres fruitiers, on pourrait croire ([ue jalouse de la
renommée qui se sont acquise plusieurs de ses pareilles,
les Cochylis ambiguella HT., les Cai'pocapsa pomonella L.,
par exemple, elle ait voulu attirer l'attention sur ses
gestes, faire aussi parler d'elle et défrayer la chronique
entomologique, mangeant force iiommes et se riant de
toutes les mesures que l'on voudrait prendre contre elle,
comme la Cai-p. pomonella encore, qui dans les années
où il y a des pommes en mange à mandibules que veux-
tu! dans les années où il n'y a pas de pommes se rejette
sur les poires, et quand il n'y a ni pommes ni poires, se
rabat sur les noix il).
Mais non, c'est un papillon des plus moilestes, aimant
surtout la solitude des bois, connu seulement des rares
chasseurs et collectionneurs de nuéros. C'est sans doute
en raison de cette vie retirée, de ces mœurs pour ainsi
dire ignorées, qu'on a pu un instant la soupc.-ouner d'en
vouloir à nos pommes.
(1) Quelques entomologistes font vivre encore la C. Pomo-
nella dans les glands du chi-ne. Des nombreux glands que j'ai
ramassés je n'ai Jamais obtenu que la C. Spletidana.
D'ajirès le seul renseignement (pie l'on possède sur
etle chenille, renseignement emprunté à Bechstein et
Scharfenberg (NatiirgosicfU der sckâdlichcn Forstinsecten,
III, 771), elle vivrait on septembre sur l'aubépine.
L'insecte dont se sont occupés les vieux entomolo-
gistes allemands est une tortrix qu'ils nomment jlavana,
et que Treitschke {Oie Sckmctterlinge von Europn, 'VIII,
82) rapporte à la Tortrix groliana F.
.le n'ai pas à examiner si Treitschke a eu raison ou si
la flavana de Bechstein et Scharfenberg est autre que
groliana V. ; mais ce que je puis assurer, c'est que,
d'après mes observations, l'aubépine et le mois de sep-
tembre ne sont ni la nourriture, ni répo(|ue de la che-
nille de Torlrix groliana.
Il y a déjà une huitaine d'années que j'ai fait ai ovo
et réussi l'éducation de cette cbenilb! après l'avoir
essayée infructueusement une fois, grâce au renseigne-
ment erroné fourni par Treitschke et transmis lidèle-
ment par d'autres.
J'ai donc en main tous les éléments nécessaires pour
constituer rhistori(]ue de cette espèce sous tous ses états,
et je puis prouver par l'exposé de ses mœurs qu'elle ne
peut être en rien dommageable au pommier.
1° CEnf. — Pondu par petits groupes de deux ou trois,
l'œuf de T. groliana affecte la forme d'une calotte sphé-
rique assez régulière, mais excessivement plate et rela-
tivement grande; sa surface est chagrinée, sa couleur
d'un blanc brillant avec des parties arrondies mates. Les
uns se touchent l'un l'autre, mais s'imbriquent peu.
2° Chenille. — Dix jours après la ponte qui a lieu gé-
néralement dans le mois de juillet, la petite chenille
sort de l'œuf. Elle est assez allongée, très vive, de
grosseur presque égale et peu atténuée postéiieurement.
Corps d'un gris un peu rougeàtre, tête brun jaunâtre
clair, écusson plus sombre et clapet de la couleur du
corps. Trapézoïdaux indistincts, trait rougeàtre, bien vi-
sible à l'intérieur vers les septième, huitième et neu-
vième segments.
Beaucoup de morceaux de feuilles d'arbres, d'arbris-
seaux et de plantes basses furent présentés à mes petites
chenilles, qui, d'abord, pour s'éloigner les unes des au-
tres, coururent en tous sens le long des parois du tube
de verre où elles étaient enfermées, parfois se laissant
choir pour gagner le fond du tube, finalement se cachè-
rent sous les feuilles et, s'étant lilé une légère soie
blanche en forme de galerie tubulaire, s'attaiiuèrent au
hasard à ces morceaux de feuilles et s'en nourrirent
indistinctement.
Quelque temps après avoir mangé, au lieu de devenir
vertes, elles restèrent d'un gris brunâtre et vitreux. Je
remarquai, en outre, que, tout en mangeant les parties
des feuilles, elles préféraient les morceaux décolorés et
même desséchés.
Du coup, j'étais fixé sur la manière de vivre de la
chenille de groliana. Elle était polyphage et devait
vivre par terre, parmi les feuilles tombées des arbres.
Mes petites chenilles furent donc installées en consé-
quence et je ne les visitai guère qu'une fois par mois,
])Our me rendre compte des progrès qu'elles accomplis-
saient.
Elles grossirent très lentement, puisqu'il leur fallut
près de trois mois pour atteindre à peine la moitié de
leur taille ; de plus, elles ne changèrent pas d'asiiect.
■Vers la lin d'octobre, elles cessèrent de manger et
260
LE NATURALISTE
prirent leurs quartiers d'hiver, dans un étroit repli de
feuille, tapissé de soie.
Dans le courant de mars suivant, elles recommen-
cèrent à donner signe de vie, mangèrent de tout ce qui
se trouvait près d'elles : détritus de végétaux, feuilles
sèches, mémo le cadavre de grotiana Ç leur mère, etc.,
comme aussi des feuilles fraîches et nouvelles de plantes
basses. Elles subirent une dernière mue au commence-
ment d'avril, et, vers la fin du même mois, firent leur
petit cocon sous les feuilles ou parmi les feuilles qui
leur avaient servi d'abri et de nourriture.
Adulte, la chenille de T. grotiana mesure environ
0 m. 014 de longueur, sur un peu plus de 2 millimètres à
sa plus grande largeur; elle est légèrement atténuée aux
extrémités et a les incisions des segments bien pro-
noncées. Elle est d'un gris livide brunâtre, plus foncé
sur le dos où la teinte foncée forme sur chaque segment
comme deux bandes transverses, l'antérieure plus large
que l'autre; — plus clair sur les côtes, le ventre et les
incisions des segments; verruqueux très peu distincts,
de la couleur du fond, petits, et marqués au centre, les
trapézoïdaux au moins, d'un tout petit point noirâtre
d'où s'élève un poil blond. Tête un peu aplatie en avant,
arrondie au sommet, d'un jaune de miel brillant, as-
sombri l'e brun ferrugineux vers l'épistome, ocelles
noirâtres; on remarque en outre de chaque côté, en
dessous des calottes et à la naissance du premier seg-
ment, une liture cunéiforme d'un brun ferrugineux
foncé. L'écusson du premier segment a la partie anté-
rieure de la couleur de la tète, la partie postérieure
ainsi que les côtés sont d'un brun noirâtre, le clapet est
brun et les pattes de la couleur du fond.
3° Clmjsalide. — Elle est assez allongée, couleur de
liège, et présente sur le dos de chaque segment de fines
saillies transverses, serrulées, dont les pointes portent
une soie raide, courte. Le mucron, en forme de bec, est
large, aplati à chaque extrémité, coupé presque carré-
ment, d'un brun ferrugineux formé et armé au bout et
sur les côtés de petites soies raides formant crochets.
Environ trois semaines après la transformation de la
chenille en chrysalide, les papillons ont commencé à
apparaître, c'est-à-dire vers le 25 mai.
Jusqu'ici, je n'ai pu m'assurer si l'espèce a deux géné-
rations par au, comme le supposait déjà Treitschke. C'est
possible. Mais, il est possible également que mes éclo-
sions aient été un peu plus précoces que dans la nature,
car je n'ai jamais pris le papillon de Grotiana que dans
les mois de juin, juillet et même août. Indice probable
d'une seule génération annuelle.
Comme on vient de le voir, la chenille de la tortrix gro-
tiana est polyphagè; elle ne vit pas sur les arbres, mais
par terre, de plantes basses, de feuilles mortes et pour-
ries, en un mot de tout ce qui se trouve à portée de ses
mandibules. Ses mœurs sont donc assez dilTérentes de
celles delà plupart des tordeuses; elle partage cependant
sa manière de vivre avec quelques espèces, en bien petit
nombre il est vrai : tortrix cinctana Schiff., penthina are-
nella CL, par exemple (1).
Mais alors me demandera-t-on, comment a-t-elle pu
manger des pommes'?
En posant cette question-là à l'entomologiste russe qui
m'avait signalé le fait,j'ai ajouté: « Les pommes atta-
(I) 'Voir le Naturaliste illustré, n" '3, 15 mars 1880.
quées par la chenille de grotiana n'étaient-elles pas tom-
bées à terre auparavant?
— Effectivement, les pommes étaient par terre, » me
fùt-il répondu.
Ainsi donc, ce n'est pas la tortrix grotiana qui va cher-
cher les pommes pour s'en nourrir, ce sont les pommes
qui tombent et roulent jusqu'à elle.
Je suis heureux de constater que la trouvaille de l'en-
tomologiste russe, faite au printemps dernier, confirme
pleinement mes observations, en démontrant que les
mœurs de tortrix grotiana en liberté comme en captivité
sont les mêmes. P. Chrétien.
A LA FOIRE SAIAT-«0]IAI\ DE ROIE^
1896
PHÉNOMÈNES TIYANTS ET TYPES CURIEUX
{Suite et fin.) .
La personne qui montrait la géante dont nous parlions
précédemment et qui depuis plus de VS ans parcourt les
foires et y exhibe des sujets curieux, a bien voulu nous
remettre quelques photographies des principaux sujets
exhibés par elle.
Dans cette collection nous remarquons en ])remière
ligne " l'homme protée, qui avait la curieuse faculté de
pouvoir se rentrer le ventre complètement sous le dia-
L'homme protée. — (Reproduction directe d'une pliotographic)
phragme, il était arrivé, par l'habitude, à faire mouvoir
certains muscles, d'ordinaire inertes chez la plupart des
humains, de même que le fameux pétomane (qui a fait
courir tout Paris) pouvait en mettant en mouvement cer-
tains muscles du rectum aspirer, à volonté, par l'anus,
LE NATURALISTE
261
Kf^m^
de l'air, et même de l'eau, il en absorliait ainsi près d'un
litre qu'il rejetait ensuite avec une grande pression; il
s'était habitué à ce jeu, disait-il, étant petit, en s'amu-
sant avec d'autres gamins à prendre des bains sur les
liords de la Méditerranée, il bombardait de la sorte ses
petits camarades! Tous les jeux sont dans la nature!
Nous reproduirons ici la photoprapliiede l'homme pro-
téc dans une dos positions qu'il sait donner à son
ventre.
Nous avions également à la foire Saint- Romain une
colosse << la belle Lyonnaise u qui pouvait
peserdanslc's230livres, c'est-à-dire une fillette
«i nous la comparons, comme nous l'avons
fait potir les géants, aux colosses de l'ancien
temjis.
En eflet: Antoine de Saint-Gervais cite
un nommé Chapin Vitelle devenu d'une telle
grosseur, qu'il se vit réduit à iiorter une ban-
de attachée au cou pour soutenir son ventre.
Excédé de sa rotondité, il prit la résolution
de ne boire que du vinaigre au lieu de vin; par
i-e moyen il diminua le poids de son corps
de 87 livres, mais la peau de son ventre était
devenue si llasque qu'il pouvait s'envelopiier
dedans comme dans un manteau.
Le cardinal Duprat, légat du Pape et chan
■celierde France, était si gros que l'on fut obligr
d'écbancrer la table où il mangeait, il ne pou-
vait plus en approcher à cause de l'énornu'
ampleur de son ventre.
Brigh, né à Malden, comté d'Essex, oi'i il
€st mort le 10 novembre ITÎiO, à l'âge de 2',i
ans, avait b pieds 9 pouces et demi de haut
mais il était encore plus gros ([ue grand, coi
son corps mesuré autour du ventre avait il
pieds 1 1 pouces de circonférence ; il pesait
609 livres. Ses habits étaient assez amples pour
y faire entrer sept hommes ordinaires.
Une demoiselle Ahreens, née à Oldcnliourg,
fit arrivée à Paris en 1819, avaitalors 20 ans,
sa taille était de 5 pieds 8 pouces, elle avait
0 pieds de circonférence et pesait 450 livres.
Avec ces faveurs prodigieuses de la nature, elle
en avait d'autres plus précieuses encore ; la
tète semblait, dit-on, appartenir à la Vénus
de Médicis. Elle fut présentée à Louis XVIII
le 17 mars 1820.
On voyait aussi à Paris, en avril de la mê-
me année, une jeune Helvétienne, que l'on
surnommait la colosse des femmes, à peine âgée de 21
ans; sa taille était de 5 pieds 10 pouces et elle pesait
près de 300 livres ; sa figure, la force de ses muscles, la
grosseur de ses membres, tout enfin, chez elle était d'une
harmonie parfaite; elle réunissait également, paraît-il, à
«es formes étonnantes un exti'Tieur très agréable. Cette
nymphe de la Suisse était parée de son costume national;
la candeur et la sim|dicité si particulières aux habitants
des montagnes, ajoute Antoine de Saint-Gervais, bril-
laient sur son visage.
Vers la même époque, il est arrivé de Douvres à
Ostende une Anglaise de 31 ans pesant 368 livres; on
annonçait que cette femme, restée veuve avec deux en-
fants, allait parcourir la France et la Belgique pour
trouver à y conclure une union assortie et qu'elle avait
déclaré qu'un mari de six quintaux lui suffirait.
En 1819, on a montré à Paris un garçon de 3 ans 1/2,
né à Saint-James-sur-Loire, pesant 210 livres; mais ce
n'était qu'une poupée en comparaison de celui que Linné
dit avoir vu à Amsterdam ; il pesait SOO livres de Hollande,
et était si gras qu'à peine pouvait-il se tenir debout les
jambes écartées.
Mais nous avons eu aussi à Rouen des colosses d'un
certain [loids ; citons en première ligne la belle Carmen
qui pesait 300 livres.
Un jeune Hongrois âgé de 14 ans d'une stature superbe
-4^,
^4NI»^'
f;^ . --'
J>H'' . 1 . •■
rfe- "^^ '
S", r ,
Le colosse Hongrois, ûgé de 14 ans.
(Reproduction directe d'une photographie.)
avec une tête de Romain, dont nous reproduisons la pho-
tographie.
La négresse colosse qui arrivera certainement à
atteindre un poids étonnant, car, depuis deux ans, elle
a augmenté de 100 livres; elle continue à se montrer
avec orgueil dans les foires et les casinos ; avec orgueil
disons-nous, car une colosse qui augmente de poids, c'est
pour elle un véritable triomphe ; il n'en est pas de même
de celles qui diminuent et qui deviennent flasques
comme de vieilles méduses. En effet, on ne peut ima-
giner rien de plus mou qu'une vieille colosse qui noue
ses seins dans son tablier.
Puisque nous en sommes « aux seins », qu'il nous soit
permis de nous y arrêter un instant. J'ai vu il y a une
dizaine d'années, à la foire Saint-Romain, une négresse
qui avait la faculté de faire mouvoir ses seins à droite, à
262
LE NATURALISTE
gauche, en haut en has, je crois ce cas assez rare pour
le signaler.
Des seins curieux, et qui, eux aussi, ont fait courir
tout Paris, sont ceux de l'homme-nourrice, un brave
cocher de fiacre parisien, qui tout à coup sentit sur sa
poitrine pousser une paire de seins, et quelle paire, mes
amis! chacun d'eux pesait 4 kilogrammes. Ce phéno-
mène était marié et père de plusieurs enfants ; il est
mort il y a peu de temps. Il avait abandonné son siège
de cocher pour courir les foires et s'exhiber aux popula-
tions.
Le développement exagéré des seins, rare chez
l'homme, est conimuo chez certaines femmes, surtout
chez celles appartenant à la race noire. Les Zoulous,
les Congolais et une grande partie des tribus africaines
et océaniennes ont des seins étonnants de forme et de
dimensions.
Les nains étaient assez nombreux en 1890 à notre
foire; une seule baraque en contenait trois; une fdle et
deux garçons, dont un Sénégalais, nous reproduisons
leur photographie, l'autre n'a jamais voulu consentir
Les nains.
à être photographié. Ils étaient âgés de 16 à 18 ans, leur
intelligence paraissait très faible, leurs mouvements,
surtout chez la jeune fille, étaient lents et paresseux.
Nous mentionnerons aussi un nain lapon, d'une force
étonnante ; il est âgé de plus de 40 ans et fait des exer-
cices de poids aussi bien qu'un hercule.
Nous avons essayé de photographier à la poudre-éclair
les deux enfants jumeaux exhibés cette année à la foire
de Rouen. Malheureusement, leBarnumne les ayant pas
sortis du bocal où ils étaient pieusement conservés dans
l'alcool, le reflet de notre lumière sur le verre du bocal,
a rendu notre épreuvre très défectueuse. Ces deux
enfants mâles, nés dans le nord de la France, il y a deux
ou trois ans, étaient complètement soudés par le ventre
à l'instar des frères Siamois. Ces jumeaux sont morts
aussitôt après leur naissance, ils avaient été blessés par
les forceps auxquels on avait eu recours pour l'accou-
chement, le moins mutilé a vécu dix heures.
Une attraction de la foire, curieuse surtout au point de
vue scientifique, consistait en l'exhibition d'une vache
sur le cou de laquelle se trouve soudée une autre
vache anormale et peu développée, la partie du corps, à
compter des épaules, paraissait seule au dehors, tandis
que la tête, le cou et les deux pieds de devant étaient
renfermés à l'intérieur.
Cette curieuse soudure rappelle un peu celle d'un
homme qui vint à Paris en 1330, du ventre duquel
sortait un autre individu, possédant tous ses membres
sauf la tête. Ce personnage curieux était âgé d'environ
40 ans, il portait ce corps entre ses bras; on courait en
foule pour admirer un tel phénomène, qui n'a pas été
unique ; car le marquis de L'Hôpital, ambassadeur de
France àNaples,a vu, dans cette ville, en 1742, un homme
qui portait, relevée sur sa poitrine, une croujie d'enfant
mâle, avecouisses, jambes et pieds qui lui sortaient égale-
ment de la région épigastrique.
Paul NOEL.
Description de Longicornes de la région Caucasique
Aciua.'0|)s <lai!,'heslaiiica. Grand, allongé, entièrement noir
avec les élytros d'un vert métallique brillant et une pubes-
cence dressée, assez longue, grisâtre. Tète allongée, à ponc-
tuation dense, assez forte avec les yeux orangés; antennes
noires, peu fortes, atteignant à peu près le milieu du corps 2,
ou le dépassant un peu o''- Prothorax noir, nettement plus
long que large, presque droit sur les cotés en arrière, légère-
ment arrondi sur son milieu, bien rétréci et un peu étranglé
près du bord antérieur, qui est relevé, avec une sorte de dé-
pression transversale; ponctuation assez dense sur les cotés,
écartée sur le disque, celui-ci marqué d'une ligne longiLudinale
lisse. Ecusson noir. Elytrcs une fois et demie plus larges
que le prothorax, presque parallèles, à peine sinués en avant
de leur milieu, un peu atténués et subarrondis à leur extré-
mité avec une dcpressioi humérale forte qui rend les épaules
très saillantes; ponctuation un peu écartée, bien plus forte
sur la moitié antérieure; rebord des élytres parfois rous-
sâtre. Pattes assez fortes, noires, pubescentes. Dessous du
corps foncé, un peu brillant, à pubescence écartée grisâtre.
Long. 11 à 11, 5 mill. Daghestan : Schalbus Dagh. Altitude
3000 m.
J'ai reçu cette nouveauté du D' Staudinger sous le nom que
je lui ai conservé et que je juge inédit; par sa forme et sa
coloration, cette espèce est bien particulière, on peut la placer
dans le voisinage de A. collaris L.
CIj'tns(Sphegestes)bruniiescciis. Très voisin dceinereus
Cast., près duquel il doit se placer, à peu près même forme géné-
rale, mais prothorax moins dilaté en arriére et élytres un peu
plus courts, bien diflérent d'ailleurs par sa coloration élytrale
brunâtre et la forme de ses bandes. Antennes et pattes rous
sâtres. Tête et prolhorax assez densément pubcscents de gris
la première petite, paraissant sillonnée longitudinalement, le
deuxième allongé, peu dilaté en avant de sa base, ]iuis obli-
quement diminué en arrière sur ses côtés, à ponctuation ru
gueuse, grossière. Elytrcs présentant 3 fascies de poils d'un
gris jaunâtre à peu près régulières et peu larges, l'une trans
versale touchant tout à fait la partie antérieure vers l'écusson,
la deuxième arquée en avant, remontant jusqu'à l'écusson
mais éloignée du bord externe en arrière, la troisième, un peu
oblique en arriére, à peine élargie et peu remontante sur la
suture on avant, celle-ci également éloignée du bord externe;
une tache apicale peu élargie de même duvet.
Long. H mill. Géorgie : Tiflis (coll. Pic).
Clytanthns Faldernianni v. eancasicns. Forme assez
étroite et allongée. Entièrement revêtu d'une pubescence uni-
forme d'un gris jaunâtre sans aucune tache foncée, soit sur le
prothorax, soit sur les élytres. Araxesthal (coll. Pic).
Masaria kardistana v. eancasiea. Coloration générale d;
LE NATURALISTE
263
kunlislaim Ggl. mais taille plus petite, dessous du corps, à
coloration claire uioins étendue, en partie noir. Elytres légè-
rement tronqués à l'extrémité, l'rothorax orné de 4 taches
noires disposés en ligne et d'une cin(|uième sur le milieu de la
base 2 c/" (coll. Pic).
M. Pic.
LES NYMPHÊACÈES
Si l'Amérique tropicale détient le record de la beauté
tlorale avec la Victoria regia, la vieille Europe n'est pas
(le son côté trop mal partagée avec le Nymphsea alha. Le
nénuphar blanc est, chez nous, le représentant unique
de ce beau genre auquel les Anglais ont, à juste titre,
donné le nom de Liltj water (Lis d'eau). Sans doute, il
existe de par le monde des espèces plus brillantes que
celle qui agrémente si joliment nos étangs, mais sachons
ne pas être trop difficiles et contentons-nous de ce que
nous avons sous la main. L'/nde.ï kewcnsisnan énumère
pas moins de quarante-cinq espèces dont les fleurs varient
du blanc au bleu en passant par le rouge et le jaune, sans
oublier de nombreuses teintes intermédiaires. Signalons
les Nymphxa albo-rosea ; cxruUa de l'Afrique tropicale ;
llava de la Floride ; violacea do l'Australie ; j-o.ffados Indes
orientales; rubra plus connu sous le nom de Nympkxa
Lotus del'Asieetde rAfri(|ii('tro]iicale. Quol(|ues-uns sont
remarquables par la suavité de leur parfum, par exemple
le Nymphxa odorata de l'Amérique du Nord ; d'autres
sont intéressantes pour leurs propriétés alimentaires tels
que les Nympliœa Rudçiena, dont on consomme à la Gua-
deloupe la souche et l'embryon; JV. cxrulea dont on mange
au Sénégal les graines crues, bouillies ou torréfiées
ainsi que les rlii/.omes ; N. edidi;, rubra, rufescens, mi-
crantha et abbreviata dont les racines sont également re-
cherchées dans l'Inde et sur la côte occidentale d'Afrique.
Le Loiws est tout |iarticulièrement remarquable à ce point
de vue utilitaire : dans la vieille Egypte, ses graines ser-
vaient à la faljrication du pain : actuellement encore, on
Fig. 1. — Nénuphar blanc.
utilise, à l'occasion, son rhizome dont la saveur agréable
n'est pas sans analogie avec celle de la pomme de terre.
Les Nymphéas savent.donc être utiles. L'homme ne se
contente pas de les admirer, il peut en tirer sa nourri-
ture. Dans les bassins de nos serres, c'est à titre d'orne-
ments que nous ayons à les juger. Si les espèces exo-
tiques sont en elles-mêmes dignes de tous nos éloges,
que dirons-nous en présence de ces véritables merveilles,
provenant d'hybridation, que M. Latour-Marliac, du
Temple-sur-Lot, a su procréer? Certains de ces croise-
ments, réunissant les qualités dés parents, en n'accep-
tant pas leurs défauts, joignent à la beauté le mérite
Fig. î. — Nénuphar jaune.
de la rusticité. Plus n'est besoin du bassin de la serre
pour les contenir : on a maintenant le loisir de les voir
développer leurs puissantes floraisons à l'air libre. Le
nom donné à cette race nouvelle, Nympkxa Marliacea,
consacre justement l'habileté de l'obtenteur.
Mais revenons à notre Nénuphar blanc et voyons
quelles sont les particularités qu'on peut remarquer chez
lui. L'observation attentive de sa fleur n'est pas sans
intérêt. On sait que cette fleur est normalement formée
d'environ 18 pétales disposés sur plusieurs rangs. Ces
pétales ne sont pas tous de même dimension ; ils dimi-
nuent de grandeur en allant de l'extérieur vers l'intérieur
264
LE NATURALISTE
de la fleur. A un moment donné, ces organes montrent
à leur sommet un petit corps, adhérentàleurfaceinterne,
dans lequel on peut, sans difficulté, reconnaître une
petite anthère. C'est ce qu'on peut appeler un pétale éta-
mine, quelque chose d'intermédiaire entre le pétale par la
couleur et l'étamine par la conformation. A mesure que
l'on avance vers le centre de la fleur, le caractère péta-
loide disparait de plus en plus avec le rétrécissement des
pétales, en même temps que le caractère étamine se dé-
veloppe par le développement que prend la formation des
anthères. On arrive donc ainsi, par des transitions gra-
duées et faciles à suivre, du pétale à l'étamine parfaite-
ment constituée. Les pétales ne sont, nous le savons déjà,
que des feuilles transformées; les étamines, par suite de
leur mode de formation aux dépens des pétales, auront
donc les plus intimes connexions avec la feuille. Les uns
et les autres ne seront que des feuilles modifiées dans
leurmanière d'être et dans leurs fonctions physiologiques.
Les fleurs, nous l'avons dit, sont odorantes. Elles sont
nageantes et leurs étamines restent dressées après l'émis-
sion du pollen. Après la floraison, le pédoncule ramène
sous l'eau le jeune fruit qui finit par atteindre le fond.
Quant à ce fruit, il présente encore cette particularité
d'être recouvert de cicatrices provenant de l'insertion
des pétales et des étamines. Les grains sont en grand
nombre, colorés en rouge et attachés sur les cloisons
qui séparent les loges.
Les autres organes ne sont pas moins intéressants à
étudier. Le rhizome est hypogé, jaunâtre sur la coupe et
peu rameux, se détruisant rapidement, ferme quand il est
sec et marqué de cicatrices arrondies et rapprochées
l'une de l'autre. Les ramifications du rhizome deviennent
facilement libres et peuvent alors donner naissance à
des individus nouveaux et distincts.
Les feuilles disposées en rosette, sont tapissées à leur
base d'un feutrage soyeux ot épais, accompagné de larges
écailles membraneuses qui sont mêlées aux feuilles. Le
pétiole est cylindrique ainsi que les pédoncules qui pré-
sentent, l'un et l'autre, dès leur plus jeune âge, quatre
grandes lacunes centrales entourées d'autres beaucoup
plus petits.
Quand les feuilles font leur apparition à la surface de
l'eau, leur limbe est d'abord dressé et enroulé sur sa face
supérieure, puis il devient nageant en étalant ses deux
moitiés. En même temps, les pétioles s'allongent de
façon à permettre aux limbes de s'élever jusqu'à la sur-
face. Les jeunes feuilles sont d'abord rougeàtres sur les
deux faces, puis elles deviennent, petit à petit, verdàtres à
la face supérieure en allant de la circonférence vers le
centre. A leur complet développement elles se montrent
sous une forme sensiblement orbiculaire. Outre ces
feuilles nageantes, le 2V)/mf)/(a;a en possède encore d'autres
en petit nombre, deux ou trois au plus, qui sont minces,
pellucides et disparaissent en été par destruction,
après avoir fait leur apparition au printemps. Ces feuilles
sont rougeàtres à leur face inférieure comme les feuilles
normales qui persistent assez tard à l'automne après
avoir eu une naissance printanière également tardive.
Chez elles, on a remarqué que les pétioles se mortifiaient
toujours de la même façon, c'est-à-dire de bas en haut.
En France, le Nymphxa alba est peu variable dans la
conformation de ses organes. On ne peut guère en distin-
tinguer qu'une forme à feuilles ot à fleurs plus petites
qui a été décrite par les Aoristes sous différents noms et
ne paraît être que stationnelle.
En Europe, la famille des Nymphéacées n'est pas
limitée au genre Nymphxa ; on y trouve encore les
Nupharoii Nénuphars dont le représentant le plus connu
est le Nuphar luteum. Cette dernière plante se distingue
du Nymphxa, au premier aspect, par la couleur des
fleurs. Celles-ci sont jaunes, à pétales moins nombreux
que chez le nénuphar blanc et pourvues au-dessous du
sommet d'une fossette nectarifère qu'on ne rencontre pas
dans les iV»/mpAa?a. Les sépales sont au nombre de cinq et
non de quatre. Les étamines sont insérées sous l'ovaire
et, par suite, le fruit ne présente pas les cicatrices carac-
téristiques dont nous avons parlé précédemment et
qui résultent de la présence à sa surface des pièces du
périantbe. D'autres différences encore plus impor-
tantes ont lieu dans l'évolution des organes. C'est ainsi
que les fleurs sont toujours émergées, même en eau très
profonde; les fruits sont d'abord nageants, puis ils
gagnent le fond de l'eau à la maturité; les graines sont
jaunâtres et les étamines toujours dressées, même après
qu'elles ont émis le pollen. Le pédoncule est bien cylin-
drique comme chez le Nymphsea, mais les pétioles sont
anguleux-tétragones ; l'un et l'autre, surla coupe transver-
sale, montrent un grand nombre de lacunes à peu près
égales entre elles.
Les feuilles naissent et se détruisent au moins un
mois avant celles du Nymphœa et les pétioles subissent
la mortification, qui a lieu dans les plantes de cette
famille, de haut en bas et non de bas en haut. Les rosettes
de feuilles sont tapissées à leur base d'un épais feutrage
qui n'est pas entremêlé d'écaillés. L'apparition des feuilles
se fait comme dans le nénuphar blanc ; mais, même
dans leur jeune âge, elles ne sont rougeàtres, et encore
de façon très fugace, qu'à la face supérieure; enfin le
limbe est elliptique et non orbiculaire.
Le système foliaire est encore caractérisé par la pré-
sence de nombreuses feuilles submergées, membra-
neuses, minces et pellucides, plissées et munies d'un
pétiole assez court. Ces organes restent toujours identi-
ques, submergés, même dans une eau profonde ; à sec,
ils gardent leur consistance et se dessèchent. Ces
feuilles naissent dans cet état; jamais les feuilles coriaces,
même profondément immergées, ne deviennent pellucides
et membraneuses. Les feuilles coriaces apparaissent au
printemps ; les autres se développent plutôt en hiver ou
à l'automne et persistent même en partie durant l'été.
Le rhizome ]jrésente également des caractères distinctifs.
Il est épigé, blanc sur la coupe, rameux, éiJais, se
mortifiant lentement et difficilement, flasque et mon-
tre à sa surface des cicatrices éloignées les unes des
autres et de forme elliptique. De plus, les ramifications
ne sont jamais mises en liberté et ne donnent pas nais-
sance à des individus nouveaux et distincts.
Le Nuphar parait jouer plus que le Nymphsea ; il est
devenu, entre les mains des botanistes, le point de départ
de création d'un certain nombre d'espèces dont une se
rencontre en France dans les lacs des montagnes, dans
les Vosges, le Jura, l'Auvergne. C'est le Nuphar puni-
htm ou Spen«eria/ium distinct par ses feuilles et par ses
fleurs plus petites, les rayons de ses sigmates moins nom-
breux atteignant ou dépassant le bord du fruit.
Il existe donc, après ce que nous venons de dire, dans
la flore indigène, peu de plantes aussi intéressantes que
les Nymphéacées. Leur beauté a depuis longtemps
fixé l'attention; aussi n'est-il pas étonnant que, dès 1503,
elles aient été figurées par Otto Brunfels. P. Hariot.
LE NATURALISTE
265
DESfiRIPTIOS nm COODILIE SOCYEllE
Drypias Flori Testa imperforatii, oblonga, solida, striis
obliquis evanidis ornata, 3ubnitens, allja rtammuUs, et strigis
Tiolaccofuscis nigrisque picta ; spira elongato -conica, obtusius-
cula; sutura impressa, Cl enulata ; anfr. 7, parum convexi, sat
regulariter crcsc. ; apertura fere verlicalis ti-uncato-ovalis ;
intus argenteo-fusca niargaritacea, peristuni sub incrassatum,
breviter espansum, griseo lilaceum, columella torta intus al-
bescens, long. 8S mm., diam. 39 mm., apert. 39 mm. maj.
diam. 30 min. 22 mm.
Cette espèce que j'ai vue figurer dans certaines collections sous
le nom de B. integcr, s'en distingue à première vue par sa
forme plus élancée, l'absence de stries circulaires, le brillant et
les stries longitudinales presque ellacécs de sa surface, et
par une torsion pins forte et plus courte de son bord columel-
lairc et souvent par une zone noir violacé à la base du der-
nier tour.
Hab. Machala Kquateur. Cette espèce est dédiée à M. l'Ingé-
nieur L.-M. Flor sur le désir exprimé par M. A. Cousin. B.
integer se trouve dans la même localité.
Diahniica, dialinlica. Testa parva. crassa, alba, longitudi-
naliter ovalis, concentrice striata; cardo lalus crassus, antice
sicut iniciitida; 4, "j dentatus, denlateral. sequens, postice
fossula ligamonti unice occupans.
La curieuse cliarnière de cette coquille, qui n'est dentée que
dans la moitié postérieure de son bord cardinal, alors que la
partie antérieure n'est occupée que par la fossette ligamen-
taire dans laquelle cependant on voit sur quelques valves un
ou deux tubercules, appliqués sur la dent qui borde la fossette
et les dents latérales bien accentuées, en font un genre par-
ticulier.
D'' JoUSSEAUiME.
NOTE SUR IJ' DIPLOTAXIS ERUCOIDES
Le Diplolaxis ErucoiJes D. C, on Diplntaxis fausse
roquette, est une crucifère qui croît spontanément dans
notre région méditerranéenne. Contrairement aux autres
Diplotaxis de l'Hérault, cette plante a les fleurs blanches,
la base des jiétales légèrement teintée de violet; les pé-
doncules sont jilus court* que les fleurs épanouies, et les
feuilles profondément découpées; dansun milieu légère-
ment favorable, elle atteint un développement de 4 à
6 décimètres.
11 n'y a encore (|ue quelques années, celte plante était
réputée rare dans le département de l'Hérault, et les
flores locales ne la mentionnaient que dans quelques
localités. A Saint-Félix on n'en a pas encore vu, mais à
r> kilomètres seulement: à Clermont les vignes en sont
toutes infestés, surtout du côté du cimetière. Vu du haut
de la chaussée du chemin de fer, ce n'est qu'un immense
tapis blanc au tissu le plus serré, et recouvrant tous les
pieds de vigne, et, cejiendant, je puis affirmer qu'il y a
trois ans tout au plus, on aurait eu de la peine à cueillir
au même tènement un seul exemplaire de cette plante.
Dans la séance du iO octobre, tenue par la Société
d'horticulture et d'histoire naturelle de l'Hérault,
M. le D' Planchon (Louis), de Montpellier, professeur
agrégé à l'Ecole supérieure de pharmacie, a attiré
l'attention de ses collègues sur cette plante, et sur les
dangers qu'elle présentait pour les moutons qui étaient à
même de s'en nourrir. Il nous dit, en effet, que les
feuilles et les graines surtout, contieiment en assez
grande quantité, de l'essence de moutarde, et que les
moutons qui en mangeaient, mouraient, non par intoxi-
cation, mais bien par des lésions produites à la muqueuse
do la |)anse de ces animaux (par le fait d'an véritable
siiiaiiisme).
Ayant été à même de constater les fâcheux effets pro-
[luits par le Diplotaxis érucoïdes sur l'estomac des rumi-
nants, et s'en être assuré en assistant à de nombreuses
autopsies, le D"' Planchon, a cru de son devoir de pré-
venir les agriculteurs par tous les moyens qui étaient en
son pouvoir, par la voie de la presse, par exemple, ce
dont on ne saurait assez le louer. On n'a trouvé jusqu'à
présent, et c'est le seul conseil que donne lu D'" Planchon
comme palliatif, que de faire absorber, le plus tôt pos-
siide, aux animaux une assez grande ([uantité d'eau. Les
lapins et les cobayes qui ne présentent pas la môme
organisation ([ue les ruminants, n'en ]iaraissent point
incommodés.
Deux faits se dégagent donc au sujet de cette plante :
i" Son extension rapide sur plusieurs points du dépar-
tement ;
2° Constatation par le D' Planchon de ses effets perni-
cieux sur les animaux de la race ovine.
Henri CousTAN.
DESCRIPTION
DE QUELQUES LUCANUS NOUVEAUX
LuCANX'S F.\iRM.4.iiiEr. — Louis Planet.
(Thibet.)
Très voisin du Luc. Fo>'<Mneî'-Saunders, mais, à taille
égale, mandibules plus grêles, tête bien plus courte,
corselet plus convexe, élytres plus larges, plus convexes
et beaucoup plus parallèles.
Mdle.
Coloration.
Mandibules, tête, corselet et écusson d'un brun noi-
râtre. Antennes et palpes de la même couleur et bien
luisants. Mandibules légèrement luisantes à leur naisr
sauce, puis ternes et très finement râpeuses jusque vers
leurs deux tiers, ensuite luisantes jusqu'à leur extrémité.
Kairmairei (Mâle)
mais parsemées sur ce restant de leur parcours de points
enfoncés, visibles à l'œil nu, bien plus distincts et plus
réguliers que chez le L. Forlunei.
266
LE NATURALISTE
Tête recouverte d'une rugosité excessivement fine et
serrée qui lui donne un aspect mat. Corselet couvert
d'une ponctuation également fine ot très serrée, s'espa-
cant tant soit peu sur le disque qui est par suite un peu
plus luisant.
Elytres d'un rougeâtre obscur bien plus foncé que
chez le L. Fortunei. Elles sont très lisses et luisantes
sans être brillantes. Leur ponctuation, invisible à l'œil
nu, est serrée et très régulière. Leur rebord et leur strie
suturale, qui est d'ailleurs à peine indiquée, sont presque
noirs.
La tète, le corselet et les élytres, aux épaules, sont
recouverts d'une pubescence couchée, extrêmement fine
et peu visible, de couleur dorée.
Dessous du corps de la même couleur que la tète et le
thorax, maiscouverten entier d'une pubescence couchée,
assez serrée, mais très fine, de la même couleur que
celle du dessus.
Cuisses d'un beau jaune d'ocre un peu foncé aux trois
paires de pattes; les antérieures sont entièrement cer-
clées de noir, leur bordure noire étant très large à leur
bord antérieur; cuisses médianes et postérieures n'ayant
de bordure noire qu'à leurs extrémités et à leur bord in-
férieur.
Pattes du même jaune que les cuisses, mais un peu
plus foncées ; les antérieures sont bordées de noir à droite
et à gauche, les autres paires ne le sont qu'à leur bord
interne mais néanmoins leurs épines sont noires. Tarses
d'un noir luisant aux trois paires de pattes.
Structure.
Mandibules ayant les mêmes dimensions et, à peu de
chose près, la mémo coupe et le même aspect tranchant
que celles Un L. Fortunei, mais moins rectilignes entre
leur base et la dent médiane, et par suite plus excavées
à leur bord interne ; elles sont, en outre, plus grêles et
leur denticulation, au lieu d'être régulière, est réduite à
quelques denticules très inégalement répartis et dont la
plupart sont à peine saillants. Comme chez le L. Fortunei
d'ailleurs, ces denticules arrivent presque jusqu'à la base
de la mandibule. Dent inférieure de la fourche terminale
plus courte que la supérieure. Tête moins longue et
moins carrée que celle de cette dernière espèce, rappe-
lant davantage, toutes proportions de taille gardées,
celle du i. cervus. Labre largement échancré en demi-
lune comme chez la forme syi'iaca du L. cervus ; épistome
ogival, front déprimé, sensiblement vertical, carène du
bord antérieur très mince, mais large et bien saillante;
carènes latérales et postérieures également fines et sail-
lantes; cou bien accentué; palpes et antennes grêles;
ces dernières à quatre feuillets; le scape est déprimé.
Prothorax très étroitement rebordé, convexe, assez
rétréci en avant, à contours arrondis, la dépression mé-
diane est large et peu accentuée.
Elytres parallèles, assez convexes, arrondies à leur
extrémité. Leur bord antérieur est arrondi, mais sensi-
blement rectiligne.
Pattes antérieures pluridentées, pattes médianes tri-
dentées, pattes postérieures ne présentant que deux dents
dont la première est presque nulle.
La description qui précède est faite d'après un seul
exemplaire communiqué par M. R. Oberthiir.
Cet exemplaire, qui est de la taille des plus grands
spécimens du L. Fortunei, est noté de Se-Pin-Lou-Chan
(Ya Tcheou), comme le L. Oberthiiri décrit précédem-
ment (voir Naturaliste, n° 2d0 du 1" août 1897). Il a été
capturé en 1893 par des chasseurs indigènes.
Femelle.
C'est probablement à cette espèce qu'il convient de
rapporter la petite femelle dont le dessin est ci-joint et
qui, elle aussi, présente une très grande affinité de forme
et de structure avec le L. Fortunei (J).
Elle s'en différencie par les mandibules un peu plus
grêles, par la tête moins élargie, par le corselet égale-
ment un peu plus étroit et surtout plus rond et plus con-
vexe, à bord postérieur plus court. Antennes comme
chez la femelle du L. Fortunei.
Les élytres ont leur épine humérale arrondie, mais
bien indiquée ; elles sont bien plus rétrécies à l'arrière
Fairmairei (Femelle)
et par suite plus élégantes. Au reste, cette femelle est
dans tout son ensemble plus élégante que celle du L.
Fortunei.
La coloration est en entier d'un brun rougeâtre obscur,
assez luisant sur les élytres qui ju-èsentent, en outre, la
particularité d'avoir leur pourtour d'un rouge relative-
ment vif, en tout cas visiblement plus clair que la ma-
jeure partie de leur disque. Cette teinte rougeâtre, bien
indiquée aux épaules, s'accentue surtout depuis les deux
tiers des élytres jusque vers leur extrémité.
Les mandibules et le dessus de la tête sont mats et
couverts d'une rugosité punctiforme bien visible. Le
disque du corselet est médiocrement luisant et moins
ponctué que les côtes auxquelles leur ponctuation donne
un aspect un peu terne. L'ecusson, très finement ponctué
quand on le regarde à la loupe, présente quelques poils
couchés. Les élytres, dont le rebord est large et très
accentué, sont couvertes, quand on les examine à la
loupe, de petits points enfoncés, espacés et irréguliers,
entremêlés de quelques courtes strioles un peu inclinées,
leur sommet étant dirigé vers la suture et leur base vers
le rebord élytral. Dessous plus foncé et plus terne que
le dessus. Pattes fortement ponctuées, de la même cou-
leur que le dessus du corps mais plus foncées sur leur
pourtour. Caisses antérieures présentant en dessus et en
dessous une bande jaune courte et assez étroite.
La même bande se retrouve mais plus large et un peu
plus longue aux deux autres paires. Le pourtour des
cuisses est noir.
Cette femelle qui m'a été communiquée comme le &
par M. R. Oberthiir faisait partie de la Collection Mnis-
zech. Elle avait été rapportée de Chine par M. l'abbé A.
David.
LE NATURALISTE
267
LUCANUS CERVUS VAU. poujADEi. — Louis Planet.
Aux variétés du L. cerviis précédpmmpnt décrites, il
coiivienl d'en ajouter une fort curieuse dont je donne ci-
joinl la ligure et dont la description trouvera place dans
Luc. cervus. Var. Poujadei. c/" Louis l'ianct.
(varietas nova).
(CoU. du Muséum de Paris).
le premier volume de l'Essai monographique, volume qui
doit paraître incessamment.
Je me fais un plaisir de dédier cette intéressante et
caractéristique variété à mon e.\cellent maître M. G. A.
Poujadc qui m'a si souvent aidé de ses savants conseils
pour l'exécution de mes dessins d'Histoire naturelle.
Louis Planet.
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L.ii(lii*i<Iii<le!«,i%ni!»otonii<Ies,t!ley4liiiéiii<Jes,
Cissi«les, etc. Environ 400 espèces, 1200 exempt.,
8 cartons. Prix : 80 fr.
Collection tle Iveptodér-ides, IM«5croplio-
i-î<l»-», !<»li)l»îl«les europ. et exotiques. 'J6 l'Spèces.
778 exempt., 4 boites. Nombreuses variétés et exem-
plaires de provenances diverses. Pris : 75 fr.
Lot «l'Hîspides, exotiques, 60 espèces, 65 exempt.
I carton. Prix Ai fr.
Collection de Coccinellides, HO espèces,
32'.i exempt., 2 cartons doubles. Prix : 25 fr.
Collection de Coccinellidee, 47 espèces,
50'.» exempl.,2 cartons. Prix : M fr.
L.ot de Scyninus à Litopiiiliis inclus,
47 espèces, 332 exempt., 1 carton. Prix : 20 fr.
Collection de Cnrculîonîdes et Xylo-
pliaf^es. 880 espèces, 3.4t6 exempl., 27 cartons.
Prix : 17;; fr.
Lot de Curculionides, 95 espèces, 383 e.xempl.,
4 carions. Prix 30 fr.
Lot de Coccinellides européens et exotiiiues.
78 espèces, 246 exempl., 1 Lioite. Prix : 20 fr.
I.,ot de Oytiscides, Gyi-inîdes europ. et
exotiques, 78 espèces, 24C exempl., 1 boite. Prix :20fr.
Collection de Scolytidc», 83 espèces, 674
exempl , 3 boites. Prix : 40 fr.
LotdeCui-culionides, 171 espèces, 375exempl.,
2 cartons. Prix : 2.'j fr.
— A vendre les lots ci-après de Coquilles et Fossiles
(même adresse que ci-dessus).
Un lot de Cof|ullles marines et terrestres de Mau-
rice, environ 128 espèces et 277 exemplaires. — 60 fr.
Un lot de Coquilles do Cuba (terrestres) compre-
nantae nombreuses Hélix, Stropiiia,Choanopama, Chon-
droponia, Ilelicina, 48 espèces, 65 exemplaires. — 55 fr.
Une collection de Fossile* du dév-onien du Pas-
de-Calais, 25 espèces, 38 exemplaires. — 20 fr.
— M. Autheaume, à Moulins, par Toucy (Yonne), offre
coqs nègres, provenance : Jardin d'Acclimatation, en
échange d'insectes, de coquillages, de minéraux ou de
fossiles.
LIVRE NOUVEAU
Le Dictionnairf populaire d'.ij^ricnllurè pratique (1)
continue sa publication régulière. Nous avons sous les yeux le
septième fascicute qui contient les mots compris entre Itnpéra-
loire bl Malricaire. Nous y avons lu avec le plus grand intérêt
l'article Impôts, par M. Paisant, le savant économiste, qui a su
exposer en quelques pages tout notre système d'impôts. L'irri-
gation et le jaugeage des cours d'eau; la jaclière, pour l'agri-
culture, et le marcottage, pour l'iiorticulture ; le lin, la luzerne
et le mais, pour les cultures; l'incubation, le lapin, les races
du Limousin et les maniements, pour l'élevage et la zoo-
technie; le lait et le marc, pour les industries agricoles, tels
sont les articles les plus saillants de ce nouveau fascicule,
qu'éclairent de nombreux clichés. C'est bien la vulgarisation
des sciences agricoles, mises ainsi à la portée de tous, et cet
excellent ouvrage justifie amplement son litre do Dictionnaire
populaire.
(1) Le fascicule, 2 fr. 50 ; franco. 3 francs. (Les FILS d'ÉMILIÏ
DEYROLLE, Paris.
BIBLIOGRAPHIE
ZOOLOGIE
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cracus morulus. — Hister Colensoi. — H. Planifornis.
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Ihecus [S. G.) Rogeri — Pachypithecus {N. G.) macro-
gnalhus — Archseophytus N. G.) patrius — Prohegeto-
the-ium (N. G.) sculplum — Pj'opachyrucos {N. G.)
— Smith-Woodv;ardi — Prosotherium (N. G.) Gar-
zoni — P. Iriangulidens — /'. robustum — Eutrachg-
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Bull. Soc. Géol. France. 1897, p. 313-318.
G. Malloizel.
Le Gérant: Paul GROULT.
PARIS. — IMPRIMERIF. F. LEVÉ, P,UE CASSETTE, 17.
19' ANNÉE
2- Série — i-V" »2Î8
1" DÉCEMBRE 1897
LES PROTOCERAS
Ces étranges ruminants possédaient une trompe, des
cornes sur le nez et sur le front et des canines en
forme do stylets triangulaires. Leur découverte date dv.
1891. A cette épO(|ue, le professeur Marsh trouva, dans
le miocène du sud du Dakota :Améri(|ue du Nord), des
restes de Mammifères éteints, qu'il rapporta à un Ar-
tiodactyle, auipiel il donna le nom de l'iotoceras. C'était
le premier Artiodactyle à cornes trouvé dans le mio-
cène: d'où sou nom.
L'année suivante, Osborn et \Vortman décrivirent ce
genre avec détails et montrèrent les rapports étroits
qu'il présentait avec les chevrotains, les cerfs et les
girafes. Enfin M. Marsh, à la suite de nouvelles décou-
vertes, vient de donner une description complète de ce
genre si curieux.
Les Protot^ras étaient de vrais ruminants de la taille
d'un mouton, .mais de iiroportiuns plus délicat(!S.
Leur tète possédait ([uaire ])aires de cornes ou de pro-
tubérances osseuses, fait jusqu'ici inconnu chez les
Artiodactyles. Il est intéressant de constater la ressem-
blance de ce crâne avec celui des Dinocerns, mammifères
trouvés également eu Amérique, mais dans un horizon
géologique différent et appartenant à un autre ordre
(Amblypodes) que celui des Protoceras.
La paire antérieure des cornes des Protoceras est placée
sur le maxillaire, comme chez les Dinoceras, et la paire
postérieure est également sur les pariétaux comme chez
les animaux de ce dernier genre. La ressemblance des
deux crânes est encore accentuée par l'absence d'inci-
sives supérieures et la présence de grandes canines en
forme de lames recourbées.
Parmi les Périssodactyles, le gigantesque Bronlothe-
riiim a de grandes cornes proéminentes sur les maxil-
2'P"> i'P^ 4.p„
Fig. ^. — Crâne du mâle de Protoceras celer, vu de pro61, d'après Marsh.— Pmx. Prémaxillaire, Mx. Maxillaire
supérieur, {'<' C, l" paire de cornes, \a. Nasal, Fr. Frontal, 2e c. 2« paire de cornes; 3' c. 3° paire de
cornes. Par. Pariétal, Or/j. orbite. Occ. Occipilal Sq. Squamosal, Per. Périodique, T;/mp. Tympanique ;
Ju. Jugal. La. Lacrymal. I. Incisives. Cs. canine supérieure. Ci. canine inférieure. l«r_4e p^^j. prémolaires,
l'-S' m. molaires.
laires, ce qui fait ressembler un peu son crâne à celui
du Protoceras.
Dans le même ordre, le genre miocène Diceratherium,
quoique étant un vrai rhinocéros, possède une paire de
cornes sur les os nasaux, tandis que tous les autres
rhinocéros n'ont pas de cornes ou n'en possèdent que
sur la ligne médiane. En un mot, les cornes paires ne
sont connues que chez les Artiodactyles, ordre le plus
récent et maintenant le groupe d'ongulés le plus riche
en formes.
Le crâne du mâle de Protoceras diffère un peu de celui
de la femelle. Comme il était peu connu, nous allons en
donner la description, que nous empruntons en partie
Le Saluraliste. 46, rue du Bac, Paris.
aux Mémoires de M. Marsh. A part les cornes variées et
les protubérances du crâne, le trait le plus saillant de
ce crâne est la très grande ouverture de la cavité nasale
(fig. 2 et 4), caractère qui se montre dans les deux sexes
et dans toute la famille des Protocératidés. L'existence
d'une pareille ouverture a une grande importance par
sa signification fonctionnelle et sa rareté chez les formes
récentes des Artiodactyles. Elle indique clairement dans
les animaux vivants un long nez flexil)le ou même une
vraie trompe de proboscidien. Le seul ruminant vivant
possédant ce caractère est la rare Saïga antelope des
steppes de Sibérie.
Ainsi les Protoceras possédaient, outre leurs 4 paires
270
t,Ë NATURALISTE
de cornes et leurs grandes canines, un appendice nasal,
probablement bien développé.
La forme générale du crâne du mâle est aiïongée et
étroite avec la partie faciale très étirée. Ce crâne
s'élargit considérablement dans la région frontale et se
rétrécit de nouveau dans la région occipitale. Vu de
coté, il se montre surbaissé avec les orbites liien dis-
tmcts rejetés en arrière et faisant saillie sur les cotéf.
caractère qui les distingue des Dinoceras.
Les prémaxillaires sont petits et sans dents. Leur
extrémité antérieure est déprimée et un peu dilatée
transversalement, comme dans les ruminants typiques.
r'i;_'. 2. Cràiic du mâle de l'ruluceras celer, face supin-ioure, d'après Marsh. Mêmes lettres que la fig. précédente F. N.
Ouverture supcrieurc des fosses nasales. C. "^'ir. cornes p:iriétales.
Kig. 3. — Crànc du mâle de l'roloceras celer tface inférieure), d'après Marsh, mêmes lettres que la fig. précédente.
0. I. F. X, Ouverture inférieure des fosses nasales.
Us forment ensemble la surface palatine, en avant des
maxillaires très développés, et constituent de beaucoup
les plus grands éléments du crâne. L'extrémité anté-
rieure des maxillaires supporte la grande canine descen-
dante, en forme de défense, et elle est creusée assez
profondément pour loger sa racine. Ce sont les maxil-
laires qui forment entièrement la paire antérieure des
hautes cornes recourbées en arrière et dont le sommet
LE NATURALISTE
271
est triangulaire ou ovale. Ces os constituent éf;alemont
le plancher du palais. Un autre caractère du crâne est
l'existence d'une forte crête latérale s'étendant horizon-
talement sur la surface extérieure des os maxillaires et
se continuant vers l'orliite. Dans les deux sexes, la por-
tion antérieure de cette ride latérale se termine sous forme
de tubercule et forme le bord inférieur d'une dépres-
sion profonde qui devaitprobablement loger une glande.
Les os nasaux, fortement développés transversale-
ment, rejoignent les os maxillaires et complètent le bord
postérieur de la grande ouverture nasale.
Les frontaux, qui limitent les nasaux en arrière, sont
de grands os beaucoup plus larges que longs. A la jonc-
tion latérale du frontal et du nasal existe une petite
tubérosité qui constitue la troisième paire de protubé-
rances crâniennes. .V l'angle postérieur externe des fron-
taux, au-dessus des orbites, se montre une autre paire
de protubérances beaucoup plus grandes dont les som-
mets sont fortement étalés transversalement. La sur-
face supérieure des frontaux est rugueuse et elle présente
des sillons profonds caractéristiques.
Les os jjarjétaux sont Iteaucoup plus petits que les
frontaux; ils supportent la paire de cornes postérieure
(|ui din'èr8.dans chaque espèce du genre Protoceras. Der-
rière ces cornes arrondies se voit une petite crête sagit-
tale séparant les deux fosses temporales. La portion
inférieure de chaque fosse est constituée par le squa-
mosal qui couvre la moitié inférieure de la cavité crâ-
nienne et envoie en avant une courte branche zygoma-
tique s'adaptant dans une encoche des os malaires.
Les os tympaniques ne sont pas dilatés en une bulle
définie.
L'orbite est fermé en arrière par une apophyse du
frontal qui rencontre la branche supérieure du malaire.
Les orbites sont larges, subovales, rejetés latéralement
et bien distincts. Leur position à la région postérieure
lie la tétc est un des caractères du genre Protocenis. Le
genre Dinoceras, auquel il a été comparé pour la struc-
ture du crâne, possède des orbites fusionnés avec les
fosses temporales et non rejetés latéralement.
L'étroitesso de la région occipitale est caractéristique;
de sorte que le crâne va en rétrécissant progressivement
Fig.4. — Crâne du mâle de Vrolocems celer, vu de l'ace, d'après Marsh. Mêmes lettres que les figures précédentes.
en avant en forme de coin et rapidement en arrière. Los
palatins sont étroits et limités, eu avant, par les narines
postérieures qui s'étendent jus(|u'au niveau de la dernière
molaire.
La mâchoire inférieure est longue et grêle, principale-
mentdans sa portion antérieure. Elle correspond donc au
crâne comme contour. Les condyles sont larges et forte-
mentconvexesen dessus. L'apophyse coronoide estcourte,
mais son sommet est cependant plus haut que le condyle.
La dentition est celle d'un ruminant type, ainsi que le
montre la série des courtes molaires sèlénodontes. La
formule dentaire est la suivante :
, . . 0 \ 4 3
Incisives -, canines --, prémolaires v. molaires -.
i I 4 i
Dans le crâne du mâle, les canines supérieures sont
très développées. Elles sont comprimées et possèdent
une section triangulaire. Elles devaient former des
armes terribles pour la lutte.
Les prémolaires supérieures (première paire) sont de
petite taille; elles sont séparées par un long diastème de
la deuxième paire cjui commence la série continue des
dents. Les deuxième, troisième et quatrième paires de
prémolaires sont triangulaires et de plus en plus fortes.
Les molaires ont des couronnes courtes et le double
croissant do la dentition sélénodonte.
Les trois incisives de la mâchoire inférieure diminuent
de taille de la première à la troisième; la canine est
encore plus petite. Elle est située près de la troisième
incisive et sa forme est semblable.
Le cerveau du Protoceras était de grande taille; il était
plus développé que chez les premiers ongulés et possé-
dait des circonvolutions très accentués. Sa connaissance
ajoute à ce que l'on savait déjà sur le développement de
cet orgai3,e si important, chez les mammifères tertiaires.
Le cervele tétait, au contraire, très petit, comparativement
à celui des mammifères actuels. Les figures 5 mon-
trent la forme de ce cerveau qui rappelle colle dos verté-
brés très évolués.
Le crâne de la femelle était un peu différent de celui
du mâle. La constitution du crâne des Protoceras le fait
272
LE NATURALISTE
rapprocher de celui des Girafes et des Pyr(^tlierium. Les
membres peuvent être au contraire plus utilement com-
parés à ceux de la famille des Chevrotains. 4Vs sont, en
Fie;. 5. _ Cerveau de l'rotoceras celer, vu de profil et d'en
haut. Les diflërents lobes et circonvolutions sont nettement
indiqués.
outre, à un slade plus primitif fjue chez les autres Cervi-
cornespar la non-soudure de leurs éléments osseux.
Il y a disproportion dans la taille du nienihre antérieur
et du memlire postérieur, comme chez les Tragulinés: la
patte de devant étant plus grande que la patte de der-
rière; elle est également plus spécialisée par la réduction
des doigts latéraux.
La patte antérieure possède un cubitus et un radius
de proportions à peu près égales. Ces deux os qui tendent
à se eoossifier sont marqués à leur extrémité distale de
deux fossettes articulaires pour le sca]]hoide et le semi-
lunaire.
Le carpe, qui ressemble à celui des Tragulinés, en
diffère toutefois par le degré de réduction observée dans
la rangée distale, ce qui le fait, au contraire, rapprocher
de Vllnodon, ruminant qui a été également trouvé en
Ainéri(iue. Les os du carpe sont tous séparés. A l'extré-
mité interne du trapézoïde existe un petit os représentant
le trapèze, qui possède une facette destinée à supporter le
premier métacarpien. Les Protoceras avaient donc
5 doigts à la patte antérieure, mais le premier était très
réduit, beaucoup plus que chez VOreodon et beaucoup
moins que chez les Tragidus.
Il existait donc 4 doigts bien distincts : le jiremier, comme
nous venons de le dire, étant rudimentaire. Le deuxième et
le cinquième, de taille sensiblement égale, étaient moins
grands que le troisième et le quatrième qui s'appuyaient
sur le sol.
La patte postérieure est assez différente de la patte
antérieure.
Le péroné est très réduit, comme chez les daims, et il
tend à se eoossifier à son extrémité distale avec le tibia.
Les os du tarse restent séparés dans le jeune âge, mais
ils se soudent en pariie pendant la vieillesse. Le calca-
néum est relativement petit; l'astragale est haut et étroit
et fortement appliqué au naviculaire et à l'ectocunéi-
forme.
Les métacarpiens comprennent 4 éléments, les mé-
dians III et IV sont très développés et ont une tendance
à se souder pour former un canon, les 2 latéraux II et V
sont au contraire rudimentaires; le premier métacarpien
est absent.
Les pattes du Protoceras fournissent un exemple inté-
ressant, car les antérieures ont 5 doigts lilires et les posté-
rieures n'en ont que deux. Elles se rapprochent de la
sorte de celles des Ruminants actuels et s'éloignent assez
de celles des Girafes et des Sivatherium. dont les élé-
ments sont relativement coossifiées
Par tous leurs caractères, les Protoceras sont donc in-
termédiaires entre les Tragulidés (Chevrotains), auxquels
ils peuvent être comparés pour la constitution des
membres, et les Girafes, dont le crâne offre un grand
nombre d'analogies.
L'existence de quatre paires de cornes, de grandes ca-
nines et probablement d'une trompe devait donner une
singulière physionomie à ces animaux qui sont des Ru-
minants typiques, par leurs molaires, mais dont les ca-
nines font penser involontairement aux Carnivores.
Ph. Glanceaud.
DE L'IMPORTANCE DES SCIENCES NATURELLES
DANS L'HISTOIRE
Les philosophes se sont souvent demandé quelles rai-
sons motivent la supériorité d'un peuple sur un autre.
Pourquoi, à un moment donné, certaines nations sont
prospères et puissantes, d'autres humbles et avilies ?
La nature du sol qui nourrit la nation commande à
ses destinées. Il faut consulter l'histoire naturelle d'une
contrée, et ce point doit intéresser particulièrement les
lecteurs tlu Naturaliste, pour comprendre son rôle dans
l'histoire de l'humanité, caria supériorité d'une nation
tient avant tout à ses richesses naturelles. L'agriculture
doit être placée en' première ligne, elle est la base de
toute société' puissante; car elle seule peut nourrir les
multitudes humaines.
Les richesses minières ont également une grande im-
portance. Il est capital pour les nations contemporaines
de posséder la houille.
Combien serait diminuée la puissance de l'Angleterre
si elle n'avait point de houille ! L'Angleterre, l'Alle-
magne et dans une moindre mesure la France sont
pourvues de houille, le bassin de la Méditerranée est
pauvre en houille, et les Etats latins ont vu en ce siècle
décroître leur puissance,
Si les Etats-Unis ont pu acquérir la puissance d'une
grande nation, ils le doivent en partie aux immenses
mines de houille qu'ils possèdent.
Si la Russie est appelée à un grand avenir, elle le
doit pour une bonne part aux immenses bassins houil-
1ers, certains grands comme la France, qu'elle jiourra
un jour exploiter activement.
Si on craint la puissance chinoise dans l'avenir, c'est
que, outre ses richesses naturelles, ce pays) possède les
plus riches mines de houille du monde entier.
En efl'et, la possession de mines n'assure pas seule-t
ment à l'Etat l'exploitation de richesses, mais le déve-
loppement de nombreuses industries portant une source
de progrès qui sans elles n'existerait point.
Un exemple entre mille : l'industrie chimique s'est
tellement développée en Prusse grâce aux mines de
potasse de Stassford, les seules du monde entier.
Les riches gisements de phosphates situés en France
et aux Etats-Unis ont une grande importance au point
de vue agricole.
On sait enfin que de nnmlireuses industries, aciéries,
verreries, etc., s'installent près des puits houillers pour
LE iNATUItALISTl-:
■ri\i
]iouvoir proIltiM' iln lion iiiarclu' (Ii> celle nialièro jin'-
mièro.
Les richesses agricoles ei niiiiéialés ne sont, pas les
seules que procure le pays. La i-onli-iuration physique
même du sol peut, devenir une source de richesses pour
ses liabitanis. De nomhreu.K ports naturels, une cote
]irofondénient découpée facilitent le commerce, c'était
une des causes de la prospérité de la (irèce. De grands
fleuves servoni de routes économiques, ce sont des che-
mins qui marchent.
Pour que la civilisation se développe, ili'aut non seu-
lement un terrain mais un climat favorable. Les philoso-
phes ont depuis louf^temps l'ecunnu l'iniiiurlance de ce
facteur.
Bodin le premier, dans sa République i[u\ ]iarut on lo07,
deux siècles avant l'Esprit des lois, fil 'intervenir en his-
toire les inlluences <-limalériques.
Plus lard Montes(iuieu essaya d'établir une relation
entre les ma-urs et les climats. Les peuples des pays
chauds, disait-il dans rEsprit des lois, sont sans courage,
le repos leur paraît délicieux et le mouvement pénible.
Ils regardent l'entière inaction comme l'état le plus
parfait. Et de fait tous les peuples civilisés se sont jus-
qu'à présent développés sous les climats tempérés. Dans
le cas où les civilisations ont existé dans la zone inter-
tropicale, c'est à de hautes altitudes : telles les civilisa-
tions américaines du Mexique et du Pérou.
Le climat èqualorial enlève toute énergie, toute ar-
deur au travail. Les besoins immédiats y sont faibles
et très aisément satisfaits; aussi ces peuples sont-ils pa-
resseux et ne développent guère leurs richesses.
Au contraire, sous les latitudes boréales, la vie est
trop difdcile. Les produits de la terre sont insuffisants et
ne peuvent être acquis que par un elTorl trop énergique.
Une objection se présente de suite ; la civilisation s'est
développé dans des pays à climats très différents ; on ne
peut comparer le climat de l'Egype à celui de Saint-Pé-
lersbourg et de Stockholm.
La civilisationa évolué constamment du sud au nord
Elle débuta sur les bords du Xil et de l'Eupiu'ate, passa
ensuite en Grèce, puis à Rome. Plus tard, c'est Venise et
la haute Italie, puis la France, l'Angleterre, l'Allemagne.
Il semble aujourd'hui que la prééminence appartienne
aux peuples du Nord.
Mougeolle (l| a insisté sur ce déplacement. Pour l'ex-
pliquer il compare l'homme à une machine qui produit
du travail et eu produira d'autant plus qu'il vivra dans
un pays plus froid, car les besoins y sont plus considé-
rables; de plus, le travail y est plu; nécessaire, car la
terre est moins riche. L'énergie humaine est par suite
forcée de s'uccroitrc.
Comme preuve, il suffit de comparer les besoins d'un
Arabe et d'un Français, d'un Français et d'un Anglais.
Les climats froids sont donc les plus favorables au
progrès, c'est là ([u'il a atteint son plus grand dévelop-
pement.
Mais, au début, la civilisation trouvait des conditions
plus favorables dans les pays chauds, car une société
très évoluée |)Ouvait seule mettre en valeur des contrées
froides où les moissons sont moins abondantes plus dif-
^1) Jloiilesquieu. L Esprit des lois, liv. XIV. Des lois [dans
le rapport quelles ont avec la nature du climat.
(1, Haul Mougeolle Slatisligue des civilisatiotis, 1883, Paris
Kraest Leroux.
liciles à obtenir, plus aléatoires si les mauvais temps
sont fréquents.
Les ob.sfactes étaient trop l'on s pdur être surmontés
au début. Ce n'est qu'après que h^s sociétés civilisées
eurent éclos dans des pays plus chauds rpi'elles purent,
se [jortaul vers le Nord, s'iinplanlei' et, se développer.
Fih.i.x Uii(;x.\i;i.T.
LA KIATIÈRE VUE PAR UN HOmiflE TOUT PETIT
Imaginons un homme si petit, qu'une tète d'épingle de
t millimètre de diamètre soil pour lui un véritable globe ter-
restre. U en faudrait des milliards comme lui pour peupler la
surface de cette petite sphère. A part sa taille, supjiosons-le
bâti tout à fait comme nous. 11 arriverait à voir les molécules
de la matière et ses atomes au microscope, si ce n'est à l'œil
nu peut-être. U distinguerait ainsi une foule de choses que
nous ne pouvons pas voir: mais surtout la matière lui appa-
raîtrait sous un jour tout dîlférent de celui qu'elle otlVe à nos
yeux.
Ainsi le corps le plus commun, l'eau pure, lui semblerait à
l'état ordinaire une poudre de verre transparente, à grains
impénétrables, incapables d'être réduits en morceaux plus
petits : les molécules. Ces grains ne se touchent pas, mais
sont fort loin les uns des autres. En eli'et, un verre d'eau su-
crée, c'est un liquide renfermant du sucre en dissolution. Il
faut donc qu'il y ait beaucoup de place entre les molécules de
l'eau pour que les molécules du sucre puissent se loger entre
elles. Si on songe que ce verre d'eau sucrée va absorber mille
fois son volume de ga/. ammoniaque, on voit qu'il faut qu'il y
ait énormément de place entre les molécules de l'eau et du
sucre ; puisque autour d'une molécule d'eau, il y a mille molé-
cules d'ammoniaque. Et tout cela, sans que le verre d'eau pri-
mitif déborde, c'est à-dire sans que le volume d'eau ail aug-
menté de dimension. Comme les niolécules sont incompressi-
bles, il faut bien que ce soit l'espace, l'iutervalle compris
entre les molécules, qui soit assez consideiable pour faire
place aux-molécules du sucie, de l'ammoniaque et des autres
sols que cette eau peut encore dissoudre : acide carbonique
pour faire du carbonate d'ammoniaque sans augmenter de
volume. Que de place entre les molécules d'eau [lour loger
tous ces corps, sans augmenter de volume!
Ainsi un verre d'eau apparaîtrait à ce petit homme comme
un verre rempli d'une poudre transparente comme le cristal,
dont les grains seraient fort loin les uns des autres, puistpi'on
pourrait mettre autour de chacun d'eus, non seulement des
molécules de sucre et d'acide carl)onique pour faire de l'eau
de seltz sucrée, mais encore des milliers de molécules d'ammo-
niaque et autres sels solubles, Xon seulement ces grains ne
se touchent pas, mais ils sont agités de mouvements de toute
espèce : gyratoires, ondulatoires, oscillatoires, lourbiUou-
naires, etc. La chaleur, la lumièie même agit sur ces mouve-
ments, ainsi que sur les ondulations des particules invisibles,
de l'étlier qui sépare toutes ces molécules les unes des autres:
eau, sucre, acide carbonique, ammoniaque, etc.
Quand on plonge un morceau de papier dans l'eau, il se
mouille et s imbibe d'eau; c'est-à-dire que les molécules de
l'eau se mêlent aux molécules du papier, en conservant à
celles-ci leurs rapports de façon à conserver aux fibres végé-
tales du papier leur forme primitive plus ou moins modifiée :
fibres gonflées, distendues par l'imbition du liquide.
Mais, dans une foule de circonstances, quand la surface est
liuileuse, grasse ou cireuse, l'eau ne mouille jias à propremen
parler les objets sur lesquels elle repose. Elle se prend à l'éta
sphéroidal, comme la rosée sur nue feuille de chou, par
exemple. Notre petit homoncule verrait l'eau olïrir dans ce
cas une -j-.rface, non pas horizontale, mais sphérique. 11 ver-
rait les liquides comme une poudre formée de particu.es so-
lides ayant de la tendance à se grouper en sphère. La ina-
tière sous ses trois états (liquide, solide et gazeux) est toujours
formée de molécules solides. De sorte que solides, lic|uides
ou ga?, la matière ne serait jamais pour le petit homme qu'une
poussière solide, dont les éléments seraient très éloignés les
uns des autres, tendant à se maintenir toujours à peu près à
274
LE NATURALISTE
la même distance relative, ou tendant, au contraire, à s'enfuir
dans toutes les directions, quand il s'agit de ga».
De plus, la surface de l'eau, qui nous parait, bien unie, est
le siège d'un va-et-vient constant de molécules, qai se préci-
pitent dans l'air ambiant (évaporatiom sous l'influence de la
chaleur, et qui se précipitent, au contraire, en sens inverse
(condensation) sous l'influence du froid. C'est ainsi que la
rosée s'accumule de plus en plus sur des feuilles de chou,
pendant la seconde partie de la nuit; tandis qu'elle s'évapore
pendant la première partie du jour, sous les rayons du soleil
levant. Notre homoncule verrait donc l'eau comme une poudre
de poussière incolore, bombardant l'atmosphère de milliards
de grains, ou au contraire recevant des milliards de ces gra-
nulations moléculaires pour augmenter de volume: sous l'in-
fluence de l'évaporation dans le premier cas et de la conden-
sation dans le second cas. Ce serait pour lui un spectacle très
intéressant que cette activité qui a lieu de la part des molé-
cules, au-dessus de la surface des liquides.
On sait que le brouillard et la vapeur blanche qui s'échappent
de la cheminée d'une locomotive, c'est de l'eau à l'état vésicu-
laire, de la vapeur d'eau invisible, qui devient visible en se
condensant en petites bulles de savon qui grossissent de plus
en plus pour former des gouttes de pluie. Notre petit homme
verrait ces l:)nllons se former avec une excessive rapidité. De
plus, comme il arriverait à distinguer les molécules, l'eau à
l'état vésiculaire serait pour lui une sphère creuse formée de
petits corpuscules solides et transparents, les molécules.
Ainsi la glace, le givre, la neige, la grêle, la pluie, la rosée,
le brouillard, la vapeur visible et la vapeur d'eau invisible, qui
affectent nos sens d'une manière si différente, ne seraient ja-
mais pour notre petit homme que de la poussière à grains
transparents, plus ou moins écartés les uns des autres, animés
de mouvements très rapides et très variés, à l'état d'équilibre
stable, instable ou indifférent; suivant que l'eau est à l'état
solide, à l'étai gazeux ou à l'état liquide. Les phénomènes de
capillarité, si peu visibles pour nous, seraient, au contraire,
ce qui frapperait le plus notre homoncule. Il ne verrait jamais
que des molécules qui ne se touchent pas, et ne comprendrait
pas la signification du mot mouiller. L'inibibition de l'eau
dans un morceau de papier représenterait à ses yeux quelque
chose comme des grains de verre transparent mélanges à des
haricots blancs, s'il s'agit de papier blanc ; et encore tous ces
grains étant très loin les uns des autres et constamment agités
de mouvements complexes, en équilibre stable, indifférent ou
instable, à cause de l'évaporation qui a lieu à la surface.
Di" Bougon.
MINÉRAUX lOïïVEAïïX
Gonnardite. — Cette nouvelle zéolite, dont M. A.
Lac.oix a démontré l'individualité se rencontre dans les
vacuole? de? basaltes doléritiqnes ijui constituent, près
de Gigiiat (Puy-de-Dôme), le plateau désigné sous le
nom de Chaux-de-Bergonne. Elle offre la plus grande
analogie avec le mésole d'Islande et des Féroë : aussi
est-ce sous ce nom que l'avait désignée M. Gounard qui
en a donné la description en 1871.
La Gonnardite se présente en mamelons blancs,
fibreux, de la grosseur d'un pois, et est recouverte par
des cristaux, d'autres zéolites (cbristianite, ebabasie) et
d'aragonite. Elle se trouve surtout à la partie inférieure
de la coulée doléritique de Gignat. M. Lacroix a aussi
constaté sa présence dans les basaltes doJéritiques du
puy de Chalus, près C'ournon (I'uy-de»Doni.e|. Elle
est probablement ortborhombique et toujours sphéroli-
tique, sa densité est de 2,2''i6 à 2,337 et sa dureté 4,5 à b.
Le plan des axes optiques est parallèle aux fibres. La bis-
sectrice aiguë positive est parallèle à celles-ci. L'angle
des axes optiques 2 E est très petit et même souvent le
minéral est uniaxe.
L'analyse a donné les résultats suivants :
Silice 42,30
Alumine 28,10
Chaux 10
Soude 6,70
Potasse traces
Eau 14,10
Total 101,20
Cette composition corresiiond à lu formule
(Ca, Na^V-îSisOi:' -f .'I.ÎIH^O.
M. A. Lacroix a dédié cette espèce au minéralogiste
français M. F. Gonnard.
La Rœblingite, décrite par les minéralogistes améri-
cains S. L. Penfield et H. W. Foote se présente en masses
compactes blanches consistant en un agrégat de petits cris-
taux prismatiques. Ils sont trop petits pour qu'on ait pu
déterminer leur système cristallin, mais comme ils
agissent sur la lumière polarisée, ils n'appartiennent pas
au système cubique. La composition de ce minéral est
très intéressante. Il est en effet formé d'un mélange de
cinq molécules du silicate de chaux
CaO, SiO'^ H'^0
et de deux molécules du sulfite de chaux et de plomb
CaO, PbO, S02.
C'est la première fois que l'existence d'un sulfite est
constatée dans la nature.
L'analyse a donné les résultats suivants :
Silice 23,58
Acide sulfureux 9
Oxyde de plomb ^ 31,03
Manganèse 2,48
Strontiane 1,40
Potasse 0,13
Soude 0,40
Eau 6,31
ToT.-vL 100,32
La Rœblingite fond facilement au chalumeau; elle est
soluble dans les acides et traitée par le carbonate de soude
sur le charbon et à la flamme réductrice, elle donne un
globule de plomb métallique.
Dédié à l'ingénieur Rœbling, ce minéral a été ren-
contré à Franklin, New Jersey, au contact d'un granit
et d'un calcaire blanc, associé au grenat, à l'anatase, au
zircon, etc.
P. G.iUBERT.
LA BÉCASSE FRANCO-RUSSE
En parcourant les 7,apiski rotijéinova oklio(nil;a Oren-
hoiirgahoi goiiberniy (Tablettes d'un chasseur du gou-
vernement d'Orenbourg), d'Aksakoff, j'ai été frappé de ce
fait que l'oiseau que les Russes nomment Bécasse (le mot
est le même dans les deux langues) n'est point notre
Bécasse. Voici au surplus la description qu'Aksakoff en
donne, et que j'ai traduite très exactement :
« La Bécasse est de petite taille, de la grandeur d'un
poussin de trois semaines, mais elle a le bec et les pattes
très longs. Son dos, ses ailes et sa courte queue sont
revêtus d'un plumage bigarré. Le ventre et la région de
l'estomac ou de la poitrine sont blancs. Ses yeux sont,
foncés, un peu à fleur de tète, assez grands et gais; lef
LE NATURALISTE
pattes sont également de couleur foncée, presque
noirâtre. Les trois doigts de devant sont très longs et
munis d'ongles pointus assez longs. Le bout de son bec
est comme un peu aplati. Ce bec, relativement à la lon-
gueur du corps, est d'une extraordinaire longueur. Chez
une vieille Bécasse de forte taille il atteint une longueur
d'un verchok et un quart (environ îiO millimètres). Elle
l'enfonce dans le sol fangeux des marais et en extrait
les radicules blanchâtres des herbes et des plantes qui
constituent sa nourriture favorite. La résidence habi-
tuelle de la Bécasse, ce sont les marais. Elle s'y dissi-
mule parfaitement parmi les monticules de terre. Au
moindre danger, la Bécasse s'aplatit et s'allonge sur la
terre. »
Il faudrait avoir sous les yeux la série des espèces
voisines (bécassines et chevaliers) jjour établir une
diagnose exacte. .le laisse ce soin aux ornithologistes du
Naturaliste, bien persuadé néanmoins que ce léger désac-
cord ne portera pus atteinte à l'alliance.
D' 11. Vall.^ntin.
DESCBIPTION D'UN LUCANIOE NOUVEAU
ClNTUAftOLETHRUS AZAMBREI, 11. Sp.
1° Mâle.
Longueur totale, mandibules incluses : 47 mm.
Longueur des maiidibules : 13.5 mm.
Largeur masima, au corselet : 14,5 mm.
Entièrement noir, très brillant et presque complètement
lisse en dessus, tète et prothorax rugueux on dessous.
Tète trapézoïdale, élargie en avant, anguleuse, fortement
écbancrée et présentant deux carènes arrondies et saillantes
qui partent des angles antérieurs et vont se rejoindre à la
partie postérieure. L'échancrure frontale est bordée par une
Cantharolethrus Azambrei (n. sp.) mâle
crête arrondir, bien visible, mais peu saillante; l'espace trian-
gulaire compris entre le bord antérieur et les carènes con-
vergentes est fortement ponctué, surtout en avant. Les yeux
sont peu saillants, les canthus courts et faibles; les côtés la-
téraux de la tétc sont ponctués et présentent une sorte d'arête
formant séparation entre la partie supérieure et la partie
inférieure de la tétc. La partie frontale est lisse, avec une
saillie intermandibulaire courte, triangulaire, excavée et assez
aiguë.
Mandibules fortes, sensililement planes, plus longues que la
tête, régulifr.^îment arquées, épaissies en dehors et tranchantes
en dedans, présentant un dcnticule et une dent à la base, ar-
mées d'une dent aiguë à peu près au milieu, faiblement bifur-
quées à l'apex. Leur surface supérieure, bien que très bril-
lante, n'est pas lisse, mais couverte de points sailhmts; les
surfaces latérales et inférieures sont, au contraire, parfaite-
ment polies et miroitantes.
Antennes très développées, dont le scapo i lui seul est plus
long que la tête; elles sont assez grêles, à peu près cylin-
driques et ne me paraissent pas différer beaucoup de celles du
C. Ùiickleyi, Parry.
Menton petit, faiblement ponctué, bilobé et présentant une
dépression médiane; gorge brillante. Sous l'œil existe un
tubercule arrondi, assez gros, ponctué; les joues sont très
rugueuses et fortement ponctuées.
Prothorax bombé, miroitant, faiblement ponctué sur les
côtés, fortement élargi en arriére, bordé postérieurement et
latéralement. Il présente une dépression médiane bien mar-
quée, très légèrement ponctuée, et, de chaque côté, trois dé-
pressions en forme de fossettes; les deux premières sont si-
tuées à mi-distance de la ligne médiane et des bords laté-
raux, le long du bord postérieur et du bord antérieur; la
troisième est voisine de l'angle postérieur du corselet. Les
angles antérieurs sont plutôt tronqués qu'arrondis; les angles
postérieurs sont saillants, mais non épineux.
Ecusson ogival arrondi, très ponctué, brillant.
Elytres lisses, miroitantes, portant une légère saillie épi-
neuse à l'angle humerai; elles s'élargissent fortement sur le
premier quart de leur longueur, puis vont en s'atténuant
beaucoup vers le sommet, de façon à former un ovale assez
aigu.
En dessous, le prothorax est très rugueux sur les bords,
ridé transversalement au milieu; il présente une forte saillie
prosternale subconique, inclinée vers l'arrière.
Le mésosternum est faiblement saillant et porte une dépres-
sion qui correspond à la saillie du prosternum. Les pièces
thoraciques sont presque lisses, ainsi que les segments abdo-
minaux.
Les fémurs sont brillants ; les tibias ponctués en dessus et
en dessous; les tarses sensiblement égaux, avec le dernier
article presque aussi long que les quatre premiers ensemble,
à toutes les paires de pattes.
Les tibias antérieurs portent sur leur bord externe des
dents aiguës, irrégulièrement disposées et qui paraissent en
nombre variable; les intermédiaires sont munis d'une dent
assez faible près de l'extrémité; les postérieurs sont
simples.
Cette espèce, dont je possède un mâle assez défectueux pro-
venant de l'Equateur, est évidemment voisine du C. Buckleyi,
Parry. Elle s'en distingue par une forme plus robuste, la tête
et le corselet plus larges, les élytres notablement élargies
dans leur premier quart; la dent des tibias intermédiaires,
les carènes de la tête plus fortes; la saillie intermandibulaire
simple ; les mandibules à section triangulaire, non infléchies,
moins arquées, décroissant régulièrement de largeur, et dont
la dent médiane est bien plus rapprochée de la base.
Elle ne peut, d'ailleurs, être confondue avec C. Luxeri, Bu-
quet, ni avec C. Slein/ieili. Parry, se distinguant nettement
de tous deux par les mandibules, et, de plus, de C. Lii.reri
parles antennes à articles sensiblement cylindriques et l'échan-
crure frontale de la tête, de C. Sleinheili, par son corselet
trapézoïdal.
Je suis heureux de dédier cette belle espèce à M. Azambre,
qui a bien voulu mettre à ma disposition les Dorcid;e de son
importante collection pour une étude que je prépare sur ce
groupe.
■2° Femelle.
Je rapporte, quoique avec un peu de doute, à celte espèce,
une femelle, provenant des environs de Quito, qui m'a été
communiqure par M. Azambre, et dont je donne ci-dessous la
description :
Longueur totale : 34,5 mm.
Largeur, aux élytres et au corselet : 12,5 mm.
Entièrement noire, partie antérieure très rugueuse en dessus
et en dessous, élytres veloutées et soyeuses.
Tête trapézoïdale, élargie en avant, entièrement ponctuée et
vermiculée, présentant une dépression postéro-mêdiane et deux
2" G
LE NATURALISTE
dépressions frontales plus faiblement rur'ueuses, d'aspect
opaque .
Mandibules aiguës, portant un mamelon biconique sur la
face interne, fortement et régulièrement ponctuèrt» en dessus,
plus faiblement sur les côtés et la face inférieure.
Antennes assez fortes, dont les articles sont sensiblement
aplatis; le cinquième est notablement plus long et plus large
que le quatrième et le sixième.
Menton très ponctué, petit, Ijilobé; gorge ponctuée; joues
couvertes de très gros points confluents.
Corselet également très rugueus, fortement et régulièrement
élargi d'avant en arrière, bordé postérieurement, présentant
une dépression longitudinale élargie vers le milieu, et, de
cliaque coté, deux dépressions, l'une le long du bord posté-
rieur, l'autre à l'angle postérieur du corselet. Au-dessus de
ces deux dépressions, on en distingue moins nettement deux
Cantharolethrus Azambrei (n. sp.) femelle
autres, dont l'une est placée entre la dépression médiane et le
bord antérieur, et l'autre, plus limitée, se dirige obliquement
vers l'angle antérieur.
Les côtés sont presque droits, crénelés; les angles posté-
rieurs sont saillants, mais non épineux; la base se rattache au
côté par une forte écliancrure en quart de cercle.
Ecusson ovalaire, fortement ponctué, brillant.
Elytres présentant un aspect à la fois velouté et soyeux;
elles s'élargissent dans le premier cinquième de leur longueur,
puis décroissent régulièrement en ovale assez aigu.
Chaque élytre porte, à partir de l'angle humerai, une côte
saillante, brillante, grossièrement crénelée, doublement inflé-
chie, qui ne dépasse pas les deux cinquièmes de sa longueur,
et à laquelle succède une sorte de fossette allongée qui suit la
même direction.
Les elytres présentent une ponctuation superficielle, dis-
posée suivant des lignes régulières et qui va en s'atténuant
vers le sommet. Elles sont entourées d'une bordure assez
large, qui n'est nullement relevée en gouttière.
En dessous, le prothorax est très fortement ponctué; la
saillie du prosternum, ponctuée inférieurement, lisse latérale-
ment, se dirige en arrière, et le mésosternum est échancré
pour la recevoir. Les pièces méso et métathoraciques sont
ponctuées, quoique moins fortement que celles du prothorax-
les segments abdominaux sont finement ponctués.
Les fémurs et les tibias sont ponctués; les tarses sont
égaux, grêles et courts à toutes les paires de pattes. Les ti-
bias antérieurs portent, sur leur marge externe, quelques
dents faibles et aiguës ; leur prolongement apical est très
long et très aigu; les intermédiaires et les postérieurs sont
iuermes.
Cette femelle me parait dill'érer de celle du C.Buckleyi par
ses carènes élytrales plus longues, l'absence fie la^forte saillie
épineuse ;'i l'angle postérieur du corselet et à l'angle humerai
des elytres, les côtés l.itéraux du prothorax presque droits;
elle est encore plus atténuée en arrière et correspond bien à
la structure du.màle.
H. BoiLEAU.
Les Triantes
DANS L'ANTIQUITÉ :
LÉGENDES, POÉSIE, HISTOIRE. ETC , ETC
DATTIER. — Les Latins appelaient le dattier
Phmii.c {X'hn'nw daetylifera, L.); les Grecs lui don-
naient le nom de $0Lvi|, parce que sa vie, croyaient-ils,
était aussi longue que celle du fameux oiseau, et la
datte prenait le nom de tpoivixo; pœXavo;. gland du dattier,
ou palmier.
Les Hébreux l'appelaient "^DD, thamar, et les Arabes
lui donnent aujourd'hui encore celui de tamr; les
plus beaux se trouvaient aux environs de Jéricho et
d'Engaddi; Jéricho était d'ailleurs surnommée la Ville
des palmiers (Deutéronome, .\.\xiv. 3 — Juges, l, 16 ; m,
13 — II Paralipoménes, xxviii, Ib, etc.). Avec le fruit
du palmier l'on fabriquait, et l'on fabrique toujours, une
sorte de miel et un vin spécial. Saint Chrysostome (in
Isaia, V, 11), Théodoret et Théophile d'Antioche, qui
étaient Syriens, et qui, par conséquent, devaient savoir
ce qu'était le siccra (Hixipa), assurent que ce mot désigne
le vin de palmier : vimtm et siceram non bibet
(Juges, XIII, 14). Dans le temple de Jérusalem, Salomon
fit faire des colonnes en forme de palmier (III flots, vi,
29, etc.). L'épouse du Cantique des Cantiques (v, 11) com-
pare les cheveux du Bien-Aimé aux jeunes pousses du
palmier mâle et à la noirceur du corbeau : comx ejiis
quasi elatse palmarum, nigrœ quasi corvus ; quant à Salomon,
il compare.àson tour la Bien-Aimée à un palmier: « vu, 8
— Dixi : ascendam in painam et apprehendam fructus ejus :
et erunt uhera tua sicut botri vinex, et odor oris tui sicut
malorum. — J'ai dit : je monterai sur le palmier et je
prendrai ses fruits; et tes seins seront pour moi comme
des grappes de raisin, et le parfum de ta bouche comme
celui des pommes... » Déjà, au verset précédent (v. 7), le
bon roi Salomon avait dit à sa bien-aimée : Statura tua
assimilata est palmn-, et utera tua botris; ta taille est élé-
gante comme celle du palmier, et tes seins gonflés
comme des grappes de raisin ». Décidément, l'adora-
teur de la reine de Saba, la nigra sed formosa ancêtre de
notre ami Ménélik II (Ménélik I fut le fils de Salomon
et de la reine de Saba), aimait à se répéter.
La prophétesse Debbora jugeait Israël sous un pal-
mier, comme saint Louis jugeait les Frani.'ais sous le
chêne célèbre {Juges, iv, 4) :
« 4. — Il y avait en ce temps-là une prophétesse nom-
mée Debbora, femme de Lapidoth, laquelle jugeait le
peuple;
« S. — Elle s'asseyait sous un palmier qu'on avait
appelé de son nom, entre Rama et Belhel, sur la mon-
tagne d'Ephraîm ; et les enfants d'Israël venaient à elle
pour faire juger tous leurs dill'érends. »
La Bilde parle vingt fois du ijalmier (Ea;ode, xv, 27;
— Lévitique, xxill, 40; — Nombres, xxxill, 9; — Deuté-
ronome, xxv, 1 ; xxxiv, 3; — Juges, i, 16; m, 13; iv, 5;
— III liais, VI, 29, 32, 3o ; vu, 36, etc., etc.), et sept fois
du sierra, ou vin de palmier {Deutéronome, xiv, 26 ;
XXIX, 6 — Juges, xill, 4, 7, 14; — Proierbcs, xxi, 6; —
Luc, 1, 15).
Les monuments de l'Egypte, de l'Assyrie, de la Phè-
nicie, de la Grèce même et de Rome, représentent des
ligures de palmiers. On a trouvé la re]irésentnfion de ces
LE NATURALISTE
277
arbres sur do nombreuses monnaies ]iuni(|ues. ro-
maines, etc. llorus Apollo {Les Ilidrorih/phcs, liv. 1,
iiiérog. m) (lit : '< Isis et un palmier. — Isis désigne l'an-
née. C'est une femme, carc'est ce que marque ce mot chez
les Egyptiens; il désigne aussi une déesse et un astre
que ce peuple nommé Sotliis, et que les Grecs désignent
sous le nom d'ïotfoxOwv {la Canicule). Les Egyptiens dé-
signent Isis, ou l'année, par un palmier, jiarce que cet
arbre est le seul de tous qui pousse une branche à la
nouvelle lune, et que l'année est complète lorsqu'il a
poussé douze branches ».
« (Iliérog. IV). Une hrani-he de palmier, et la Lune
ayant les pointes de son croissant fournîmes m bas. — La
Lune représentée de cette façon, ou une branche de pal-
mier,oll're le symbole du mois. Une branche de palmier
offre aussi ce symbole pour la raison dite à l'hiéroglyphe
précédent, etc., etc. »
D'après Valerianus Pierius. {Les lIiiiiidiH.vi'iilCQUES
de Iiin-Pierre Vakrian, vulgairement nomme l'ierius.
Lyon, 10 li), in-folio, page 670), le palmier signifiait chez
les Egyptiens :
Chap. II. — L'an et le moisî
Chah. III. — La longueur du temps ;
CnAP. IV. — L'égalité;
Chap. ^'. — La justice;
Chap. VI. — Le soleil :
Chap. VIL — La victoire.
Chap. VUI. — La Judée ;
Chap. IX. — La perte;
Chap. X. — Les nopces;
Chap. XL — L'innocence;
Chap. XII. — La vie des bons.
On a trouvé des dattes dans des momies qui font par-
tie du nmsée égyptien, à Paris; un immense bois de
dattiers, dit Champollion dans un lettre écrite de Sak-
karah le !> octobre 1828, couvre aujoui'd'hui l'emphice-
ment de Memphis.
Le palmier était l'emblème de la fécondité ; il (Igure
sur les monnaies des empereurs dont le règne fut signalé
par l'abondance des biens ; il l'était surtout de la Vic-
toire, comme nous le verrons tout à l'heure; au moment
de livrer bataille, César apprit qu'un palmier était tout
à coup poussé au pied de la statue qu'on lui avait élevée
dans le temple de la Victoire, ce qu'il prit pour un augure
favorable. Un autre empereur, dont je ne me rappelle
pas le nom, fut aussi averti qu'un palmier était apjiaru
sur un autel qui lui avait été dressé dans une ville de
]irovince. On y voyait le signe certain d'une longue suite
de prospérités : — « J'y vois celui de votre négligence,
rôpliqua-t-il ; car vous devez sacrifier bien rarement sur
cet autel. Retirez-vous. »
Les l']gyptiens adoraient cet arbre, et les haliitants de
Delos avaient aussi pour lui la plus grande vénération,
en souvenir de ce que la déesse Latone avait mis au jour
chez eux, sous un palmier, Apollon et Diane.
Les anciens ont souvent parlé du palmier comme
emblème de la victoire. Ainsi,Martialdit (liv. X,épig.L) :
Frangat Idumœas tristis Victoria palmas, etc. « que la vic-
toire, désolée, brise ses palmes Iduméennes, etc. »
Ménandre :
'l'oivi; Hov vixocv èvsjîsi, nirpavTî \i.f(OiMy_tï
MaxÉpa ^O'.vixwv, xàv 7ro)."j:iatoa Tûpov.
« Le palmier est le signe de la victoire, et revendique pour
patrie la mère des palmiers, la féconde Tyr. »
OviDK {Mdtii.morphose'i, liv. .\, v. 102) :
et lontao, victoris pru'mia )i;dm:<'.
<( — et vovis, souples palmes, récompense du vainqueur ».
.Ii:vÉNAL (Satire VI, sur les Femmes, v. 321) :
Ipsa Medullin.'p frictum crissantis adorât:
Palmam inter dominas virtus natalibus requat.
<i A son tour elle rend hommage aux fureurs de Mé-
dulline : celle qui triomphe dans ce conflit est considérée
comme la plus noble. )>
Suétone {Vie dWuçiuste. chap. xnii) : «.... Il était sur-
tout frappé de certains phénomènes : il mit dans le
sanctuaire de ses dieux pénates, et lit cultiveravec grand
soin un palmier né devant sa maison, entre des join-
tures de pierre, n
Même livre, cba]iitre .xciv : « Iules César, traçant
son camp au]U-ès de Munda, trouva, un palmier dans une
forêt qu'il faisait abattre, et le conserva comme un signe
de victoire. Le palmier poussa des rejetons en peu de
jours, de manière non seulement à ombrager sa tige,
mais même à la cacher ; et des colombes, qui ordinaire-
ment évitent cet arlire, dont le feuillage est dur, y firent
leur niil. Cette espèce do phénomène fut, dit-on, un des
motifs qui déterminèrent le plus .1. César à n'avoir point
d'autre successeur que son petit neveu Octave. »
Plutarque (Symposiaçues, question iv, § i) ne s'explique
pas pourquoi la liranche du palmier est spécialement
donnée en récompenseaux victorieux ; il sait néanmoins
que les anciens ont fort estimé cet arbre, et qu'Homère
(Odyssée, chant vi, v. 163) lui compare la beauté de la
jeune Phéacienne Nausicaa, fille du roiAlcinoûs; ils
connaissaient la longue durée de cet aibre, témoin ce
vers d'Orphée :
Leur durée égalait colle des liauts palmiers.
« Les Babyloniens, dit-il, célèbrent et chantent cet
arbre comme leur présentant trois cent soixante espèces
d'utilités dift'érentes. Pour nous autres Grecs, il ne saurait
nous servir à quoi que ce soit; mais c'està cause de sa
stérilité même qu'il a été choisi pour exciter la glorieuse
émulation des athlètes. Tout en étant très beau et très
gracieusement élancé, il ne produit — chez nous du
moins — aucun fruit. La nourriture qu'il prend ne sert,
comme chez l'athlète, qu'à développer l'harmonie de ses
proportions, etc., etc.
« Sans parler deces considérations, le palmier possède
une vertu qui lui est exclusivement particulière et que je
vais dire : sur une branche de palmier, que l'on mette un
lourd fardeau ; le bois, loindollécbir et déplier, se cour-
l)era en sens inverse, comme pour protester contre cette
violence. »
Nous verrons, plus loin, que cette croyance était à
peu près générale.
Ovide parle encore du [>almier, de l'arbre victorieux,
dans ses Fastes, livre III, v. 31 ; Ilhéa Sylvia voit en
songe Romuluset Remus sous la forme de deux palmiers
inégaux, dont l'un était le présage de la grandeur de
Rome, et -îouvrait de son ombre toute la terre :
Inde du:e pariter (visu mirabile) palmœ
Surgunt, ex illis altéra major erat :
Et gravibus ramis lotum protexerat orbem,
Contigeralque nova sidéra summa coma.
« O prodige! il en sort à la fois deux palmiers d'inégale
hauteur ; le plus grand étendait sur l'univers entier ses ra-
LE NATURALISTE
meaux touflus, et portait jusqu'aux nues sa jeune tête. »
Fastes, liv. I, v. 183 :
Quid vult palma sibi rugosaque carica, dixi,
Et data sub nivco candido niella cado ?
" Je dis : que signifient les dattes, les figues ridées et le
miel blanc dans un vase blanc?... »
Métamorphoses, livre VIII, v. 674:
Hic nux ; hic mixta est rugosis carica palmis.
« Ici est la noix ; là, la figue mêlée aux dattes rugueuses. »
On a vu que, sous Auguste, le palmier poussait cà et
là, entre deux cailloux, comme la première plante pa-
rasite venue ; on a également vu. dans Plutarque, que
les dattiers ne mûrissaient pas en Grèce, pas plus, sans
doute, qu'en Italie. Mais nous voyons aussi dans Audebert
(xvi= siècle?) :« Néanmoins, j'en ay veu à Rome, à Naples
et aultres lieux chauds, bien chargés de fruicts, qui meu-
rissoienl en perfection : et mesmes y en ay mangé d'ung
palmier qui est à Rome dedans la cloistre et préau de
Saint Pierre in vincula ; lequel est treshaut, et beau,
et avoit quantité de fruicts lors que j'y estois. » (tes 06-
servations de plusieurs choses diverses, qui se trouvent en
Italie,];). 192.)
Le palmier a donné lieu à bien des superstitions, à
bien des légendes. L'Indian antiquary, de 1872, dit que,
jadis, les populations indiennes étaient persuadées que ce-
lui du lac de Taroha, dans l'Inde centrale, n'était visible
que le jour, et qu'il rentrait sous terre le soir (I).
Les Arabes l'appellent l'arbre sacré. ïarbre bienheureux;
et ils se basent sur cette particularité qu'il ne pousse, ou
du moins ne fructifie, que dans les pays mahométans ;
aussi le déclarent-ils le plus précieux de tous les arbres,
etlui donneat-ils avec l'homme une origine commune ;
ainsi entre autres, Ibn-el-Vardi, qui écrivait au xiv° siècle,
dit au chapitre X de suCosmographie : « L'apotre de Dieu
(auquel Dieu soit propice, et que la paix soit avec lui!)
a déclaré ceci: Honorez votre oncle le palmier! et il
l'appelle ainsi parce qu'il a été créé avec le reste de la
terre dont fut formé Adam (que la paix soit sur lui I) >•
Aussi, les Arabes reconnaissent-ils au palmier-dattier
une foule de similitudes avec l'homme : tous deux ont
une haute stature; ils vivent longtemps; ils sont mâle et
femelle ; ils ont un cerveau {moelle) et une chevelure ;
ils se propagent, ils éprouvent des maladies, etc.
Ils lui reconnaissent aussi une intelligence remar-
quable; dans ce même livre d'Ibn-el-Vardi, nous lisons:
« Parmi ses maladies se trouve la stérilité, et tu y
remédieras sûrement si, prenant une hache, tu te rends
auprès de l'arbre malade, en disant à un camarade qui
est avec toi :
— (c Je vais abattre cet arbre ; il est stérile.
— N'en fais rien, je t'en prie, dira ton ami, car il te
donnera du fruit cette année...
— (I Pas du tout, répondras-tu; il doit périr!
Et tu lui donneras deux ou trois coups avec le dos de
la hache. Mais ton camarade t'arrêtera encore en te
disant :
— « Par le Seigneur Dieu, tu ne le feras pas ! Car,
aussitôt cette année écoulée, tu auras du fruit. Sois donc
miséricordieux envers ce palmier, écoute-moi; et si,
décidément, il ne te donne pas de dattes, alors tu le cou-
jieras.
(1) A. de Gubcmmis, Mythologie desplantes, tome II, p. 211.
« Sois certain que l'année suivante, le palmier sera
fécond et qu'il te donnera beaucoup de fruits. »
Et maintenant, si nous ouvrons l'évangile de saint
Luc, chapitre xiii, nous y trouvons une histoire sem-
blable, une parabole, relative au figuier, cet autre arbre
si précieux pour les Orientaux :
« Chapitre xiii... v. 0. — Non, vous dis-je : mais, si
vous ne vous corrigez pas, vous périrez tous comme
eux. i>
« 6. — Il leur dit aussi cette parabole : un homme avait
un figuier planté dans sa vigne, et il vint pour y prendre
du fruit, mais n'en trouva jioint ;
« 7. — Et il dit au vigneron : voici : il y a déjà trois
ans que je viens chercher du fruit à ce figuier, et je n'y
en trouve point. Coupe-le. Pourquoi occuperait-il inuti-
lement la terre '?
« 8. — Le vigneron lui répondit : Seigneur, laisse-le
encore cette année, jusqu'à ce que je l'aie déchaussé et
que j'y aie mis du fumier;
(I 9. — S'il porte du fruit, à la bonne heure. Sinon,
alors tu pourras le couper. »
Les deux récits ne sont-ils pas proches parents, et la
superstition dont parle gravement Ibn-el-Vardi n'avait-
elle pas cours déjà du temps de Jésus-Christ"?...
Les Arabes disent aussi que le palmier était cher à
Mahomet, et qu'il fit, sous son ombre, de nombreux
miracles; ils prétendent encore ;que les dattes constituent
la nourriture des élus, et que le Messie est né sous un
palmier; c'est Mahomet lui-même qui l'affirme dans le
Coran {Sourate xix, M.\rie, versets 22-26) :
« 22. — Elle devint grosse de l'enfant, et elle se retira
dans un endroit éloigné.
« 23. — Les douleurs de l'enfantement la surprirent
auprès d'un palmier : Plût à Dieu, s'écria-t-elle, que je
fusse morte, avant d'être oubliée d'uu oubli éternel!
<i 2i. — Queli]u'un lui cria, de dessous elle : Ne
t'afflige point. Ton Seigneur a fait couler un ruisseau à
tes pieds.
« 25. — Secoue le tronc du jmlmier : des dattes mûres
tomberont vers toi ;
(I 20. — Mange, rafraîchis ton œil [mange et bois), et
console-toi. »
Remarquons que, pour le Koran, la mère du Christ,
Meriem, est sœur de Moïse et d'Aaron.
Cette phrase : Quelqu'un lui cria, de dessous elle, etc.,
doit s'entendre de l'ange qui se tenait à ses cotés, ou,
mieux encore, de l'enfant divin lui-même, consolant sa
mère et la rassurant. Il en fut ainsi, dit la mythologie,
pour la déesse Latone quand elle enfanta dans l'île de
Délos.
Dans le poète Callimaque (Hymne vi, en l'honneur de
Délos), ncus voyons qu'Apollon, dans le sein de sa mère,
désigna à Latone l'ile de Délos où elle pourrait se dissi-
muler aux regards des dieux ennemis et le mettre au
jour :
« Elle voulait aborder à Co, mais Phébus lui-même
l'en détourna : Orna mère, lui dit-il, ce n'est point là que
tu dois m'enfanter;... il est au milieu des eaux une petite
île remarquable qui flotte sur les mers, etc., etc. — Là,
détachant sa ceinture, le dos appuyé contre le tronc d'un
palmier, déchirée parles douleurs les plus aiguës, inondée
de sueur et respirant à peine, elle s'écria : Pourquoi
donc, ô cher enfant, tourmenter ta mère? Ne suis-je pas
LE NATURALISTE
'ilO
dans celte ilo eri'antP(iup tu m'as (li'signép? Mais, 6 mon
fils, nais et sois do mon sein avec moins de cruauté. »
C'est, du reste, l'avis du moine grec Eutliymios, para-
|)hrasant le passage ci-dessus du Koran : << Mohammed
dit i|ut' ^larie, sœur de Moyse et d'Aarou, cummc elle
allait mettre le Christ au monde, ju-és d'un palmier, et
comme les douleurs l'anéantissaient, le Christ lui-niénie
lui parla, de l'intérieur de ses lianes, et lui (inhuiua de
frapper- le palmier et de manger de ses fruits. »
Cet enfantement de Latone, sous un palmier, est
l'ohjet de fnMiueiites allusions chez les .\neiens. Homère,
dans son Hymne à Apollon (v. 181, dit :
Xaïpe, (jiaxap ' {î> At^toi, èuet tIxî; àyXaà Te'xva,
*.\.7ro).>.(Ovâ t' àvaxia xa'-. "ApT£[x;v îo/éatpav
[Tr|V liiv, i-i 'Ofvjyii], TÔv 8è, xpavaT] àv'i Ar,X(<)],
K£X/.t|X£VYl TTpÔç |J,aXpC(V ôpoç xai KOvôtov Ô'/OûV,
'\'C/UTâ':ui sotvixo;, utt' 'Ivwttoio pséOpocî-
« Salut, bienheureuse Latone, parce (ju'il t'est né de
splendides enfants, le nii Apollon et Diane, habile à
lancer les flèches, | celle-ci dans Urtygie, celui-là dans
Delos l'escarpée] ; tu étais appuyée contre un palmier,
sur un mont élevé el la colline de Cynthie. aux bords du
fleuve Inopus »
Et, au vers 116 :
Tr|V t'JTe Sî) Toxo; t'ù.t, lievoiviiasv Zï TSxéoTai.
'.\ji:fî ai çoivixi fiàù.t Tir,y_zî, ^oùva S' ipEiusv
A£tfj.(t)vt iJ.3t)>ax(T>.
n Enlin l'enfantemenl commença, et elle faisait tous
ses eflbrts pour se délivrer. Elle jeta les bras autour du
tronc d'un palmier, et tomba à genoux sur un gazon
moelleux ».
Euripide (Héiube, v. -iaS) :... « dès que les jeunes et
sacrés rameaux du palmier et du laurier s'allongent, pro-
tégeant l'enfaiilenient divin d'une déesse chère à ,ki]ii-
ter..."
Et dans Ipltigénic en Tauride, vers 1099 : «... Diane
Lucine favorisa l'enfantement de Latone, auprès de la
colline de Cynthie, au milieu des palmiers chevelus et
des blancs lauriers u.
Ovide (Métamorphoses, liv. "VI, v. 33S) :
Illic, incumbens cum Palladis arbore palm;«,
Edidit invita geminos Latona noverca.
(1 Là, couchée entre un palmier et l'arbre de Pallas, elle
met au monde deux enfants, en dépit de leur imj)lacable
marâtre (Jiinon). »
Et livre XIII, v. 63;i :
Urbem ostendit, delubraque nota, duasque
Latonâ quondam stirpes pariente retentas.
n ... 11 lui montre la ville, ses édifices sacrés déjà
célèbres, et les deux arbres qu'enilirassa Latone ([uand
elle devint mère. »
Nonnos, dans ses Dionysiaques (chant XXVll, v. 27) :
EiTÔxE AtjXo^ a[X'jv£ [loyoç toxoç, tlarjv.z AtiTw
O'JTiSavoîç 7t£Tà>.ot(Tt yépwv ii.ait!>naxo 9oivi?.
« ...Jusqu'à ce qu'enfin Dèlos s'offrit à sa délivrance, et
que le chétif feuillage du palmier la secourût, n
Tzetzès, dans son commentaire sur l' Aie vandra de
Lycophron (v. 401), dit : « Et quand Latone fut là, ayant
louché un laurier et un palmier qui s'y trouvaient, elle
mit au monde Diane; et un instant après, ceZ/e-Ci l'aidant,
elle enfanta Apollon. »
On voit que les mythologues ne connaissaient pas
d'obstacles; il est vrai (]uo tout était possible aux dieux,
— même de se faire administrer do soIid(!s corrections
par les simples mortels, si nous ajoutons foi aux combats
i'pi(|nes décrits par Homère dans son immorl(dle Iliade.
Pourtant, il y a i|uelques div(!rgences, chez les anciens
autours, relativement aux deux arbres dont l'attouche-
ment procura la délivrance de la vagabonde déesse La-
tone, aimée du père des Dieux et des hommes, qui n'était
mémo pas capable delajirendre sous sa haute jiroteclion
dans une circonstance aussi délicate, et dont il était la
cause bien reconnue. Quelques-uns veulent i[ne Latone
ait touché un palmier et un olivier :
l'^lion (Histoires diveises, liv. V, ch. iv) dit : « Les Dé-
liens prétendent que l'olivier et le palmier sont nés à
Délos, et que c'est seulement après les avoir touchés que
Latone put enfanter, ce ([u'elle ne pouvait faire aupara-
vant. )'
Didyme, scholiaste d'Homère, dit aussi, à propos du
vers 9 du premier chant de l'Iiiade(l) : « ...Quand elle fut
là, saisissant deux arbres, un olivier et un palmier, elle
mit au monde deux jumeaux : Diane et Apollon. »
Consultons maintenant les historiens et les géo-
graphes :
Pausanias nous dit que « ...des palmiers croissent
devant le palais d'Agamemnon (en Béotie), portant des
fruits ; mais ils sont bien moins délicats que ceux de la
Palestine ». (V. Pausanias, Description de la Grèce, VIII,
XLViii : X, XV ; IX, xix.)
Xénophon (Anabase, livre 11, ch. m) : «On arriva enfin
aux villages où les guides avaient indiqué qu'on pourrait
prendre des vivres : on y trouva du blé en abondance,
du vin de palmier, et une hoisson acide qu'on tire du
fruit en le faisant fermenter et liouillir. Quant aux dattes
mêmes, on les servait aux domestiques, pareilles à celles
qu'on voit en Grèce (2) ; il n'en paraissait sur la table des
maîtres que de^choisies, et d'étonnantes pour la grosseur
et la beauté; leur couleur ne difl'érait pas de celle de
l'ambre jaune ; on en faisait sécher aussi qu'on mettait à
part pour le dessert; c'était un mets délicieux à la fin du
repas, mais, il donnait des maux de tête. Ce fut là aussi
(jue, pour la première fois, nos sojdats mangèrent du
chou palmiste; on était flatté de sa forme et du goût
agréable qui lui est propre; mais il causait aussi de vio-
lents maux de tête. Le palmier se sèche entièrement dès
qu'on enlève le sommet de sa tige. »
Athénée (Deipnosophistes, livre II, chap. xxviii) dit :
n ...Théophraste ajoute ceci après avoir parlé du pal-
mier: ...C'est ainsi qu'on multiplie le palmier en semant
les dattes; mais pour en avoir du plant, on coupe la partie
supérieure, dans laquelle est la moelle ou cervelle
{iyv.étfoù.oi),..
« Xénophon dit, au second livre de son Anabase : Ce
fut là que nos soldats mangèrent la première fois de la
cervelle de palmier. Ils furent presque tous étonnés de la
saveur exquise et singulière qu'ils trouvèrent dans ce
fruit; mais cet aliment leur donna de grands maux de
fête. Le palmier dont on avait enlevé la cervelle se des-
séchait rapidentent. »
(A suivre.) Santini de Riols.
(I) Ar,TO'j; xa'i A'.o; 'j'iô;. 'O yàp po(i7iÀf,î -j^oXmOe'iç... «Le fils
de Latone el de Jupiter. Car, irrité contre le roi...
[2' On a remarque plus liaut que I^lutarque prétend qu'en
Grèce, le dattier ne dunne pas de fruits ; c'est iWidemment une
erreur, déjà relevée par d'autres anciens écrivains.
280
LE NATURALISTE
LIVRE NOUVEAU
La culture des niers en Europe {Piscifacll^re — Pisci-
cnllure ■ — Ostréiculture), par Georges Roche, inspecteur
général des Pèches maritimes, (l vol. in-S", avec SI gravures
dans le ♦cxte, cart. à l'anglaise, 6 fr. ; franco 6 fr. oO.)
Depuis des siècles, l'homme s'est préoccupé de régulariser
la production de la mer, et, pour qu'une exploitation désordon-
née ou trop active des espèces comestibles n'en amenât pas la
diminution ou la disparition, il voulut restreindre l'exercice
des pèches et aider la nature elle-même, en se livrant à une
sorte de culture du milieu marin.
Dans la seconde moitié de ce siècle, c'est en France, sous
l'influence du génie fécond de Coste, et grâce aux efforts du
commissaire de la marine de Bon, que s'est créée l'industrie
ostréicole. Par contre, c'est surtout à l'étranger que les
hommes de science se sont consacrés le plus activement à l'é-
tude de toutes les questions biologiques qui intéressent l'ex-
ploitation des mers.
Depuis lors, ces connaissances se sont précisées et étendues
et l'on est arrivé à n fabriquer des alevins " des espèces co-
mestibles importantes avec une précision technique très
grande.
M. Roche n'a pas eu la prétention d'écrire un traité d'aqui-
cnlture, mais il a pensé qu'il était intéressant d'initier le pu-
blic au fonctionnement des industries maritimes et à la tech-
nique des méthodes piscicoles et ostréicoles. 11 expose d'abord
les procédés de pèche modernes et les résultats qu'ils fournis-
sent dans les mers d'Europe, puis il passe en revue les essais
et les résultats de piscifacture et de pisciculture pratiqués
dans les divers pays, la reproduction des homards et des lan-
goustes, l'ostréiculture si développée en France que ses dé-
bouchés actuels sont devenus insullisants. Un dernier chapitre
est consacré à la culture des éponges industrielles.
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G. Malloizel.
Le Gérmit: Paul GROULT. ~
PARIS. — IMPRIMERIF F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17.
19« ANNÉE
2" SÉRIK — 1^° 'iSii*
1.-; DÉCEMBRE 1897
CONTRIBUTION NOUVELLE
A L'ÉTUDE DES DENDRITES DE MANGANÈSE
Si je reviens encore une fois sur un sujet que j'ai traité
déjà dans le Naturaliste, non seulement an point de vue
descriptif, mais pour décrire des expériences permet-
tant la reproduction artificielle des dendrites, c'est ([uo je
■\'iens de rencontrer un écliautillon qui, comme le montre
la figure jointe au présent article, présente une particula-
rité nouvelle.
C'est une marne calcaire assez dure, extrêmement
feuilletée et qui provient du terrain dit des marnes de
Saint-Ouen, des environs du Gué à Tresme, non loin de
Meaux, en Seine-et-Marne. Ces marnes recouvrent là,
sur quelques collines relativement élevées, d'épaisses
accumulations de sables moyens, dont quelques-unes se
signalent par l'extraordinaire abondance de débris des
crustacés marins. Klles sont associées, dans les couches
lacustres qu'elles constituent, à des lits calcaires dont
plusieurs sont littéralement pétris de tests du Limnsea
tongisi-ata, mélangé de quelques rares planorbes.Ces cou-
ches contiennent beaucoup de dendrites de manganèse, et
de préférence sur les coquilles fossiles; mais les dendrites
ne présentent alors rien de particulier et rentrent dans
les types les ])lus habituels.
Au contraire, et comme le montre la figure que nos
lecteurs ont sous les yeux, dans les marnes les dendrites
sont disposées d'une façon très spéciale. D'abord il faut
dire que les feuillets minces dont les couches marneuses
sont constituées, présentent des dendrites sur leurs deux
faces et sensiblement avec les mêmes allures. En se-
cond lieu, les dendrites ne partent pas d'un point de
rayonnement commun ou d'une ligne de rayonnement
commune, comme la chose a lieu d'ordinaire, mais d'un
très grand nombre de points grossièrement équidistants
sur chaque feuillet considéré à part.
A première vue, cette seconde circonstance est plus
dillu'ilc à e.xpliipii'r que la première, qui suppose sim-
Marne endurcie feuilletée présentant des dendrites de manganèse en groupe dont cliacun a pour contre un petit canal
cylindrique. Du Gué à Tresme, près Meaux (Seine-et-Marne). Grandeur naturelle.
plement la rencontre, dans les interstices capillaires, des
feuillets des substances capables de la réaction mutuelle
reproduite dans nos expériences, et dont le produit est
l'oxyde mixte de fer et de manganèse disposé en den-
drites.Pour concevoir comment, sur ces mêmes feuillets,
cette réaction peut se développer en des points très dis-
tincts les uns des autres, il faut évidemment une circons-
tance su])plémentaire et très rarement réalisée.
Or elle réside, à n'en pas douter, dans l'existence de
singulières perforations cylindriques du diamètre d'une
piqûre de fine aiguille (li2 millimètre environ) qui tra-
verse perijendiculairement les feuillets. On voit l'ouver-
ture d'un de ces petits canalicules au centre de chacune
des dendrites rayonnantes, et le dessinateur en a repro-
duit un certain nombre. Sans doute le liquide générateur
des dendrites a profité de ces tubulures pour arriver très
lentement dans les fines diastomes qui séparent les feuil-
lets, et pour étendre de là peu à peu la double décom-
position à laquelle le calcaire prend une part si décisive,
dans toutes les directions.
Le Saliiralisle 46, rue du Bac, Paris.
Les vaisseaux cylindriques peuvent donc ajouter un
fait, et très singulier,à ceux que nous avons déjà recueil-
lis quant à la genèse des dendrites. Seulement il reste à
se faire une idée de l'origine de ces tubulures elles-
mêmes.
Four y parvenir, il convient de les examiner avec soin,
et alors on s'aperçoit qu'elles ne sont pas toutes exacte-
ment perpendiculaires aux feuillets. Plusieurs font un
angle assez marqué pour qu'on puisse les suivre sur plu-
sieurs millimètres avant qu'elles ne disparaissent dans
les profondeurs de la roche: leur surface interne est en-
duite d'une couche continue d'acerdèse pareille à celle
qui constitue les dendrites. Kn quelques points on trouve
même des tubulures dirigées sensiblement selon les
plans des feuillets sur plusieurs centimètres de distance,
et alors le tracé s'en est constitué comme la ligne de
symétrie de part et d'autre de laquelle se sont faites des
dendrites sur le feuillet. A ce titre elles se comportent
alors rigoureusement comme une fissure accidentelle
qui traverse la roche dans une région de sa masse.
28i
LE NATURALISTE
Les conséiiuences de ces remarques sont très nettes.
D'abord on voit qu'il ne s'agit ])as de canaux perforés
par un animal ayant vécu dans le bassin de sédimenta-
tion, car alors les feuillets ne devraient pas être assez
distincts les uns des autres pour ofl'rir une direction de
moindre résistance. En outre les cassures qui ont inlé-
ressé tout renseml)le des feuillets et qui sont dés lors
postérieures à l'acquisition, par la roclie, de sa cohésion
actuelle,se cnmpoi-ient vis-à-vis des dendritos exaclenieut
comme les tubulures. Enfin la production des dendrites
est évidemment très postérieure à l'époque de dépôt de
la roche et résulte de la circulation dans ces vides de
liquide n'ayant aucun rapport avec ceux du bassin de
sédimentation.
La conclusion, c'est que les tubulures ressemblent sur-
tout à celles que peut perforer le fin cheveln des
racines de la plupart des végétaux. Reste à savoir à
quelle époque intermédiaire entre celle du dépôt de la
marne lacustre et les temps présents, ont vécu les plantes
dont les racines ont si bien préparé la production d'élé-
gantes dendrites. C'est un jioint que l'échantillon actuel
semble ini])uissant à élucider.
Stanislas Meunier.
CONSERVATION DES
POMMES DE TEME MALADES
On sait que les êtres vivants, jdantes ou animaux, res-
pirent tous de la même manière, en absorbant l'oxygène
de l'air et en exhalant l'acide carbonique provenant de la
combustion de leurs tissus. Seulement les parties vertes
des plantes, qui doivent leur coloration à la chlorophylle,
ont la propriété d'absorber l'acide carbonique et de s'as-
similer le carbone, en exhalant de l'oxygène sous l'in-
fluence de la lumière solaire. On ue doit donc pas
confondre la respiration, qui est partout uniforme dans
l'empire des êtres vivants, avec les réactions (|ui sont
spéciales à la chlorophylle dans certaines conditions dé-
terminées. Ce sont là deux fonctions alisolument dis-
tinctes, i[ue l'on a eu le grand tort de confnodi-e long-
temps sous la même dénomination.
L'assimilation du carbone par la chlorophylle n'est pas
à projirement parler un acte de respiration ; c'est une
question de nutrition, d'assimilation et de désassiraila-
tion. D'ailleurs bien des parties des végétaux n'ont pas
de chlorophylle à une époque déterminée de leur exis-
tence.
On sait (|ue les graines respirent, ])uisque la graine est
un végétal tout entier à l'état emliryonnaire. Cependant
elles peuvent vivre fort longtemps sans respirer. C'est
ainsi qu'une graine, dragéifiée avec une couche de chaux,
ne perd pas pf)ur cela ses aptitudes à reproduire le végé-
tal d'où elle provient elle-même.
Les tubercules, comme la pomme de terre, qui sont de
véritables tiges souterraines, couvertes de bourgeons à
l'état d'œils, respirent absolument coiume toute plante
vivante. Or on peut faire vivre, des mois entiers, une
pomme de'" terre plongée dans l'eau; c'est-à-dire dans des
conditions telles, que sa respiration soit réduite à sa plus
simple expression. Il est i-urieux de voir ce qui se passe
quand un végétal quelcûn(iue, pomme de terre ou cham-
pignon, ne peut plus respirer. La plante ne meurt pas,
mais elle cesse de se développer.
Voici une pomme de terre malade, c'est-à-dire envahie
par un champignon parasite, le Peronos|iora (Phyto-
iditora) infestans. Si on la met dans une eau stagnante,
elle va pourrir au sein d'une fermentation toute spéciale
de l'amidon, qui gorge ses cellules. Mais, si on a soin de
la placer au fond d'un fossé parcouru par une eau cou-
rante, la jiomme de terre ne fermente pas, ne pourrit
pas, et se conserve intacte. Sa maladie ne guérit pas,
mais s'arrête au point où elle en était arrivée. Si le
champignon parasite n'avait encore envahi que le quart
du tubercule, les trois autres quarts restent sains, ou à
peu près, même au bout de plusieurs mois de séjour au
fond du liquide, qui se renouvelle incessamment. Tandis
que, si la pomme de terre était restée dans les conditions
ordinaires, la maladie aurait envahi la totalité du tuber-
cule, en quelques semaines seulement.
Ainsi le seul fait d'empêcher une pomme de terre de
respirer, en la plongeant au fond d'une eau courante, à
le double avantage de ne pas l'empêcher de pouss'er plus
tard, et surtout de limiter sa maladie au point où elle en
est. Il est vrai que cela n'empêche pas le champignon
parasite de se développer plus tard, à partir du moment
où on la retirera de l'eau préservatrice. Le grand avan-
tage qui en résulte, c'est de pouvoir attendre plusieurs
mois, sans que la pomme de terre se gâte davantage, si
on doit l'utiliser pour nourrir les animaux ou pour en
faire de la fécule. De cette façon, on a devant soi le
temps nécessaire pour en tirer parti, sans voir les
pommes de terre conservées être envahies tout en-
tières par la maladie parasitaire.
Indépendamment de la respiration, on voit encore une
autre fonction physiologique, chez les pommes de terre
conservées à l'air. Leur surface se recouvre d'une eau,
exhalée par le tubercule par transsudation, de sorte
qu'elles se ratatinent et se flétrissent à la longue, en se
desséchant de plus en plus. Le séjour des pommes de
terre dans un endroit frais, humide et sombre, comme
les caves, est donc indispensable, si on veut les con-
server dans toute leur fraicheui-. On conçoit que le
séjour dans une eau courante soit encore plus avanta-
geux, puisque, bien loin de permettre la traussudation
de l'eau contenue dans le tubercule, ce séjour prolongé
dans l'eau aurait plutôt chance de produire un phéno-
mène inverse, la pénétration de l'eau extérieure à l'inté-
rieur du tubercule, par suite de l'endosmose. Peut-être
même arriverait-on ainsi à débarrasser par exosmose les
pommes de terre de certains produits dont on aurait
avantage à se débarrasser. C'est une question que nous
laisserons à résoudre à des personnes plus compétentes.
En définitive, la fonction chlorophyllienne, la respira-
tion proprement dite des êtres vivants et la transsudatioh
ou exhalation de l'eau à la surface de la [leau ou île l'épi-
derme des tubercules : voilà trois fonctions absolument
distinctes, bien qu'elles soient plus ou moins compa-
rables entre elles. Ces fonctions ont leurs résultats spé-
ciaux, totalement différents les uns des autres, leurs
caractères projires, leurs lois particulières, llya là autre
chose qu'une simple respiration, suivant les cas. A coté
de certains phénomènes physiques, il y a là d'autres
phénomènes physiologiques dépendant de la vie, c'est-à-
dire des propriétés inhérentes à la cellule vivante. Sans
doute la vie résulte de l'ensemble d'un certain nombre
de lois ]diysi(|ues et chimiques ; mais il y a encore
LE NATURALISTE
283
autre chose dans les ètros vivants, c'est la vie. c'est-à-
dire cette force de direction particulière, qui fait qu'une
cellule de navet va produire autre chose qu'une cellule
de carotte ou de pomme de terre ; c'est cette force de di-
rection, (jui fait qu'une plante donnée va produire des
feuilles de telle forme, et non pas de telle autre ; c'est
cette force de direction, qui fait que, sur la tète humaine,
il y aura un nez et non pas deux, deux yeux et non pas
un, vingt dents à la première dentition et non i>as dix,
32 dents à la deuxième dentition et non pas 64 ; et ainsi
de suite. C'est à cette force spéciale, qu'on a donné le
nom de force vitale.
D' Bougon.
Les triantes
DANS L'ANTIQUITÉ :
LÉGENDES. POÉSIE. HISTOIRE. ETC . ETC
t,E OAXXIER (Suite)
Diodore de Sicile {Bibliothèque Imtoriquc, livre II,
chap. lui) vaute les palmiers de l'Arabie et de la Bah\-
lonie :
« ....\insi, pour emprunter des exemples aux arbres
les palmiers de la Libye donnent des fruits secs et petits
tandis que ceux de la Cœlé-Syrie, appelés caryotes, don-
nent des fruits remarquables parleur saveur, leur volume
et l'abondance du suc. Mais on trouve de ces fruits bien
plus grands encore en Arabie et dans la Babylonie; on
en recueille qui ont jusqu'à six doigts de longueur (?), et
leur couleur est tantôt jaune de miel, tantôt d'un rouge
de pourpre, de manière à charmer tout à la l'ois la vue
et le palais.
« Les tiges des palmiers s'élèvent à une hauteur consi-
dérable; elles sont nues et sans feuilles jusqu'à la cime;
le sommet de la tige se compose d'un faisceau de feuilles,
qui est comme une chevelure dout la disposition
varie, etc. »
Pline (Histoire naturelle) s'étend fort longuement sur
le palmier: je ne citerai de lui que les passages sui-
vants :
(Livre 'VI, ch. x.xxii.) — « (jallus... rapporta les ren-
seignements suivants : les Indiens expriment un vin des
palmiers et une huile du sésame (V. aussi ch. xix,
livre XIV). »
« Tout le feuillage l'st au sommet, ainsi que le fruit.
Ce dernier n'est pas entre les feuilles, comme dans les
autres arbres, mais au milieu des branches; il pend en
grappes à des pédicules qui lui sont i)ropres, participant
à la fois de la grappe et de la pomme... On fend les feuilles
pour faire des cordes, des nattes et des parasols légers.
« ...On assure ([ue, dans une forêt naturelle, les pal-
miers femelles privés de mâles n'engendrent pas; que
plusieurs femelles autour d'un seul mâle inclinent de
son côté leur feuillage, qui semble le flatter; que lui,
hérissant sa chevelure, féconde les autres par son souffle,
par la vue, et par la poussière même ; que, l'arbre mâle
étant coupé, les femelles, veuves, deviennent stériles.
Leurs amours sont si bien connues, que l'homme a ima-
giné de produire la fécondation en secouant les fleurs et
le duvet des mâles, ou même simplement leur poussière,
sur les femelles. »
il, ivre .\I11. eh. IX.) — « la moelle en est douce au
sommet; c'est ce ([u'on ajipelle cervelle {cerebrum); on
peut l'extraire sans faire mourir l'arbre, ce qui n'a pas
lieu pour les autres espèces (suit une longue énumératioti
des différents dattiers). »
(Livre XIII, ch. vi.) — « Quant à la Judée, célèbre
par les parfums, elle l'est encore plus par ses palmiers,
dont nous allons maintenant traiter. On en trouve même
en Europe ; ils sont communs en Italie, mais stériles
(\'. plug haut ce que dit Audebert) ; sur les plages mari-
times de l'Espagne, ils donnent des fruits, mais d'un goût
âpre ; en Afrique, le fruit est doux, mais la saveur s'en
])erd aussitôt. Il en est autrement dans l'Orient: là, ils
fournissent du vin, servent de pain à certaines nations,
et sont même un aliment pour plusieurs quadrnpedes... »
(Livre XII, ch. .XLVill.) — o Le fruit du palmier d'Egypte
appelé aSii^/oc (calmant la soif) est employé dans la par-
fumerie comme le miroholan, et vient, pour l'usage,
immédiatement après. Il est vert, d'une odeur de coing,
sans bois à l'intérieur. On le récolte un peu avant qu'il
ne commence à mûrir; si on le laisse mûrir, on le nomme
phœnicobalanos (gland phénicien, gland du palmier); il
devient noir, et enivre ceux qui en mangent. »
Virgile (Géorgiques, il, v. 6o-()8) :
Planlis et durte coryli nascuntur
. etiam ardua palma
Nascitur. . .
« C'est de rejetons que naissent et que nait le
palmier ailier. »
Géorgiques, iv, v. 120 :
Palmaque Testibulum aut ingens oleaster inumbrct.
« Qu'un palmier ou un olivier sauvage protège de son
ombre l'entrée de leur demeure (des abeilles). «
Nous avons vu Pausanias vanter les dattes de la Pa-
lestine ; ces dattes étaient particulièrement estimées, et
de nombreux auteurs les mentionnent avec éloges; on
les appelait iduméennes; en elfet, les Iduméens ayant
envahi une grande partie du territoire, pendant la capti-
vité des Juifs, la Judée prit chez les Romains le nom
d'Idumée ; de là les triomphes iduméens ou triomphes juifs,
comme ceux de Vespasien et de Titus.
Dans les Géorgiques (livre III, v. 12) Virgile dit encore :
Primus Idunueas referam tibi, Mantua, palnias.
« Le premier, ù Mantoue, je t'apiiorterai les ])almes
d'Idumée. »
Silius Italiens {Les Puniques, liv. III, v. o97) :
Compescet ripis Rhenum, rcget imiiiger Afros,
Pahnifcramque senes bello domita'oit Idumcn.
« Il pacifiera les rives du Rhin, gouvernera l'Afrique
avec vigueur, et, dans sa vieillesse, domptera l'Idumée
fertile en palmiers. »
Lucain (La Pharsale, liv, III, v. 216) :
. . . et aibusto palmarum dives Idume.
(i Et l'Idumée fière de ses nombreux palmiers. »
Stacc (Les Sylves, liv, I, ch. vi) :
Jam bellaria adoria pluebant,
Quiquid nobile Ponticis iiucetis,
Fu-cundis cadit aut jugis Idumcs,
Quod ramis pia germinal Damascus, etc.
« Déjà pleuvaient les gâteaux, rosée nouvelle que
répandait à son lever la déesse du matin ; tous les fruits
renommés ijui tomlient des noyers du Pont, que nour-
284
LE NATURALISTE
rissent les monts fertiles de l'Idumée, que la pieuse
Damas voit croître dans les vergers, etc. »
Et au vers 10 de la même pièce :
et latente palma
Pnç grandes caryotides cadebant...
" d'énormes dattes, sous lesquelles disparaît la
branche qui les porte... »
(Livre Ul, cli. ii, v. 138) :
dulce nemus florentis Idumes
(c .... {lu me parleras') des bosquets enchantés de la floris-
sante Idumée. »
Priscien {Périégiie, v, 2-i8i :
Nili, quem circum floret niiraliilis arbor
Estinguitque sitiin porno, cui nomen âS;il/oç
« ... du Nil au bord duquel fleurit cet arbre merveilleux
dont, les fruits étachent la soif, et qu'on homme adipsos. »
Hoiace {EpUres, livre II, ép. ii, v. 183) :
(;ui- aller fratrum cessare, et ludere, et ungi
Prœferat Hcrodis palmetis pinguibus, aller,
Dives et importunus, ad umbram lucis ab ortu
Syivestrem flammis etierro miiiget agrum?...
« De deux frères, pourquoi l'un préfére-t-il le repos,
le jeu et les parfums au superlie revenu des palmiers
d'IIérode, tandis que l'autre, déjà riche mais insatiable,
s'etlorce, depuis le lever du soleil jusqu'à son déclin, à
défricher un bciis par le fer et le feu'?... »
Tacite (Hiftoire^, livre Y. ch. y] :
« Les productions du sol semblables aux nôtres y
abondent {en Judée) ; ils ont, de plus, le baumier et le
lialmier. Le palmier est élevé et majestueux, etc. »
Entre tous les dattiers de la Judée, nous savons déjà
que ceux de Jéricho étaient surtout recherchés. Voici ce
qu'en dit l'historien Josèjibe dans les Antiquités judaïques
(livre XIV, ch. vu) : .. le premier campement que
fit Pompée fut à Jéricho, célèbre par ses italmiers, etc. »
(Livre XV, ch. v) : « C'iéoiiàtre désira voir la Judée;
Ilérode la reçut avec grand honneur et traita avec elle
du n'venu de cette partie de l'Arabie qu'Antoine lui
avait donnée, et du territoire de Jéricho, qui est le seul
où croit le baume, le meilleur de tous les parfums, et
où l'on voit en abondance les plus beaux jialmiers du
monde. »
{Guerre des Juiff: contre les Romains, livre I, ch. v] :
« Pompée... hâta d'autant plus sa marche qu'il reçut la
nouvelle delà mort de Mithridate lorsqu'il était près de
Jéricho. Ce pays, le plus fertile de la Judée, est très
abondant en palmiers et en liaurno. etc. «
Justin illisluires Philippiques, livre XXXVI, ch. m) :
" On y ™it. {en Judi'e] une vallée, entoui'ée d'une
chaîne de montagnes, comme un camp de ses remparts.
Son étendue est de deux cents arpents ; son nom est
Jéricho. Dans celte vallée est un bois fertile et riant,
planté de palmiers et des arbrisseaux qui fournissent le
baume. «
Oribase (Collection médicale, livre I, ch. i.iii) : « Cer-
taines dattes sont sèches et astringentes, comme les
dattes d'Egypte; certaines autres sont molles, humides,
et sucrées, comme celles qu'on appelle caryotis {daites-
noix); les meilleures de cette dernière espèce croissent à
Jéricho, dans la partie de la Syrie appelée Palestine, » etc.
(Suivent divers préceptes médicaux.)
Autres auteurs qui ont généralement parlé du dattier:
SiDoiNiw\poLLix.\iHE(P.i?!é(;î/rî7!«;rfeiU(yo)"ie)i,vers44):
Ferl Indus ebur, t'haldieus amoiiium,
Assyrius gemmas, >Ser vellcra,thura Sabœus,
.Vthis meJ, Phœnix palmas, Lacedœmon olivum.
« l'Indien apporte l'ivoire, le Chaldéen ses par-
fums, l'Assyrien ses gommes, le Sère ses toisons, le Sa-
Itéen l'encens, l'Athénien son miel, le Lacédénionien son
huile et le Phénicien ses dattes. »
PiCRSE {Salive vi, v. 38) :
Ha (il; postquam sapcrc urbi
Cum piperc ctpalmis venit nostrum lioc maris expers
«.... Voilà où nous en sommes; depuis que nous est
venue, avec le poivre et les dattes, cette belle sagesse
d'outre-mer, etc. »
Strabon {Géographie, livre XV, chap. li) : Les Ichthyo-
phages font leurs filets avec l'écorce du palmier....»
(Livre XV, cha]). v) : « L'armée [d' Alexandre) dut
son salut aux palmiers, dont le fruit et la moelle nourrit
les soldats {dans leurmarche pénible à traversluGédrosie). »
(Livre XV, chap. x) : «.... Aristobule dit, à propos des
poutres du palmier : les plus solides, au lieu_ de céder
avec le temps et de fléchir sous le poids qu'elles suji-
portent, se voûtent de lias en haut en se raidissant, et
n'en soutiennent que mieux le toit de l'édifice. »
(Livre XVI, chap. v) : o Vu la rareté du bois dit de char-
pente, on n'emploie pour bâtir les maisons, dans toute
la Babylonie, que des poutres et des piliers en bois de
palmier. On a soin seulement d'entortiller chaque pilier
avec des cordelettes de jonc qu'on recouvre ensuite de
plusieurs couches de peinture Le palmier est très
abondant en Babylonie, de même ([n'en Susiane, sur
tout le littoral de la Perse et en Caramanie »
(Livre XVI, ch. xiv) : « La Babylonie produit
beaucoup d'orge..., mais tout le reste de sa sujjsistance,
elle le tire du palmier; c'est le palmier qui lui fournit le
pain, le vin, le vinaigre, le miel et la farine ; avec les
fibres du palmier, les Babyloniens font toutes sortes
d'ouvrages, nattés ou tressés ;avec les noyaux des dattes,
leurs forgerons suppléent au manque de charbon ; avec
ces mêmes noyaux, qu'on a laissés exprès macérer dans
l'eau, on nourrit les bœufs et les moutons i|ue l'on veut
engraisser. Bref, si ce qu'on dit est vrai, on chante en
Perse une vieille chanson dans laquelle sont énumérées
trois cent soixante manières d'utiliser le palmier.
(Livre XVII, ch. Li) : « Partout, en Egypte, les
palmiers qu'on rencontre sont de l'espèce la plus com-
mune ; souvent même le fruit en est immangeable ; tel
est le cas, en particulier, pour le Delta et les environs
d'Alexandrie. En revanche, on peut dire que le palmier
de la Thébaide l'emporte sur ceux de tous les autres
pays, etc., etc. »
Le palmier servait aussi à confeclionner des balais ;
voici, à ce sujet, deux citations :
IIORACiî {Satires, livre II, sat. iv, v. 83):
Tenn' lapides varies lutulenta radero palma?....
Balais-tu une mosaïque avec un Ijilai boueux'?...
M.vRTi.\L (livre XIV, é]iig. Lxx.xn) :
In prctio scopas testatur palma fuisse,
Otia sed scopis nunc analecta dabunt.
« Le palmier, dont ils sont formés, prouve que ces ba-
lais eurent du prix : mais désormais les restes du repas,
en tombant sous lu laide, laisseront du rej)Os à ces ba-
lais. 0
Aulu-Gei.le. dans ses Nuits attiques,pa.v\e aussi du pal-
LE NATUKALlSïli;
283
mi('r(liv. III, eh. vi) ; ArisloU", dans le \'II'' livi-c de ses
ProlilOmcf, et l'iutiirque, dans ir M 11° di- ses Sijmpo-
.•ii(i(/iii'f, rapiiiii'li'iit lin l'ail bien éluniianl : Si vijus nictle/.
disent-ils, sni' le huis du palmier un poids très lourd, le
palmier ne cédera pas, ne fléclura pas; au contraire, il
résistera et se relèvera en formant une fOurl)c. « Voilà
poui'ipioi, dit Phitarriue. dans lescomlials la liranchc de
palmier est devenue le symbole delà vieloire, etc. u
J'ai cité plus haut le passaj^e dr l'iulnniue ; quanta
C(dui d'Ai'istole. il est introuxalde, cl Aihi-Gelle a
confundu avec un autre auleur: ou iiien son manuscrit
du philosophe i^rec était plus complet que les éditions
i|ue nous possédons :l).
(Livre \'ll, chap. xvij : Il cite, d'après N'arnin dans
une satire ayant pour titre : les aiimcnis, les mets les
plus appréciés des gastronomes : le paon de Samos, les
franco! i lis de l'hrygie, les grues de Mélos, le chevreau
d'Amhracie, le jeune thon de Chalcédoine, la iKurùne de
Tartesse, \'dmorue de Pessinorite, les kuilm de Tarente,
\v pùloncle de C'iiio, l'esao-ycon di; Rhodes, le .sa)'(/e( de
Cilicio, les noix de Thasos, LES dattes d'Egypte (ce-
peuiianl réputées bien mauvaises par Strabon et autres
auteurs : il veut, sans doute, ]iarler des dattes de Pa-
lestine), et les qlanda d'Espagne.
Comparez celte énumératioii de mets délicats avec
celle ([u'IIorace met dans la bciucbe de l'épicurien Catius
(livre II, satire ivi.
Nous avons vu l'iine.tout à l'iieure, n(ius l'aire ini cu-
rieux tableau (les jialmiers l'emcdles rangés autour de
mâle glorieux, abaissant vers lui leur feuillage, pendant
qu'au contraire « il hérisse sa chevelure >i, etc. \'oyons ce
qu'en dit IIÉnoDOTE :
(Histoires, livre I, chaji. cxcin) : « Les palmiers
croissent abondamment dans la campagne ; la plupart
portent des fruits dont les habitants tirent une partie de
leur nourriture, et avec lesquels ils font une sorte de
vin et du miel. Ils les cultivent comme nous cultivons
les figuiers, c'est-à-dire qu'ils attachent aux palmiers à
dattes les fruits des palmiers que les Grecs appellent
.mdlts ; l'insecte qui s'y trouve mûrit le gland de la datte
en y pénétrant, l't rempècbe de couler. Les palmiers
mâles portent dans leur fruil nu insecte, comme les li-
gues sauvages qui servent a la caprifîcation. »
Pierius Valerianus. dont il a été cité un extrait plus
haut, dit (Les Hicroijlyfw jues, cUa.[). x) que Jovien Pon-
lanus, « jierSonnage de mérite nullement menteur, et
quieust rougi d'escrire des fables et menteries au lieu
d'vne histoire de chose cogneuè à tous ceux de son
temps », a composé, sur les « nopcos » des palmiers un
poème fort élégant. Il n'en donne pas le texte latin, que
l'on peut lire dans le llierohotanicon d'Olaus Celsius
(Upsal, I7Vd. 2 vol. in-12) et dans VMhënéc de Lefebvre
de Villebrune (en note, à l'article Palmier, livre II, cha-
pitre xxviii); mais voici la traduction en vim-s faite par
■ lui:
■( A Bi-ondizzo verdu vn j.'ranil ai-ljre cslevé
D'Iduiiii'C veou : vn avu-e s'est trouvé
Près (l"Oaanto, tcnaïus l'vn place masculine,
L'avlre faict le devoir et cliai-gc féminine.
Ces arbres ne sont cruz en mesme lieu tous flous,
II) Ell'ectiveiucut. ce passage n'existe ni dans les l'roblémes
ni dans la lie (/es animaux; vovez la grande érlilion grecque-
latine de Uidot : au vol. IV {/•■/■a.(/;?!PH/«:, on dit seulement
qu'Aulu-Gelle prétend avoir lu, etc., et l'on cite ensuity le
passage grec de Plutarque.
Aius en divers endroits de grand'distance entr'cux.
Kt sans société : tous les deux sans fruictage
Ont demouré longtemps, sans verdeur, sans feuillage.
Mais ayants plus au loing leurs branches estendu,
El dans un jilus grand air largement cspandù,
.Si que, s'ontrevoyants, le luaslc sa femelle,
La femelle son masle, vn amour mutuelle
Les veucis altéra doucement de tous deux,
Dont ce couple d'amants se sentoit langoureux.
On vid bien-tost après (chose tresadmirable)
A leurs branches se pendre un fruiol Iresagréable ».
Cette jioésie primitive ne vaut-elle pas mieux — au
moins au point de vue de la clarté, — cjut- celles de nos
poétastros décadents d'aujourd'hui. Ions si illustres, et
dont les vers de dix-huit .-'i vingt-ciu(| ]iicds n'ont ni syn-
taxe, ni sens, ni rime, ni raison '...
Caste!, dans son poème dos l'ianlef, (clianl I), parle
ainsi de cette fécondation :
Mais quel nouveau spectacle ! un insecte léger
Est devenu îles (leurs l'agile message' .
Deux cpous, l'cartés par un destin bizarre,
Ne peuvent-ils franchir le lieu qui les sépare?
L'abeille, en voltigeant, leur porte tour à tour
Les gages désirés d"un mutuel amour.
L'homme leur prête aussi sa moderne industrie.
Dans les brûlants climats où la palme Hcurie
.Semble, en penchant la tête, appeler son amant,
L'.Vrabe prend un Ihyrse au palmier fleurissant.
Sur elle le secoue, et revient en automne
Cueillir les fruits nombreux que cet hymen lui donne.
rielille, dans ses Trois règnes de la nature, chant VI,
s'exprime ainsi :
Ces amonrs, ces hymens observés par nos sages,
Croit-on qu'ils aient été méconnus dos vieux âges?
Non : le peuple du Nil précéda nos savants;
Lui-même il suppléait à l'haleine des vents ;
Lui-même, à leur défaut, sur la palme stérile
Secouait les rameaux de son époux fertile.
Elle besoin avait devancé le savoir.
Le même art dans la Grèce exerça son pouvoir.
Les insectes nourris sur le figuier sauvage,
Du figuier domestique approchant le feuillage,
Faisaient pleuvoir sur lui ces globules féconds
Duni leur trompe en volant avait saisi les dons.
Disons, en passant, que les dattes étaient au nombre
des pelits cadeaux que l'on avait coutume de se laire au
renouvellement de l'année, d'après ce que dit Martial
(Epigranrmcs, iiv. XIII, op. xxviil) :
Aurea porrigitur Jani euryota Kalcndis ;
Sed tamen hoc munus pauperis esse solet.
<- On oITre des dattes dorées aux kalendes de janvier:
encoH' n'est-ce souvent que le présent du pauvre. »
Et voyons maintenant ce que les anciens pensaient
de ce fruit, au iioiut de vue médical.
Selon Dioscorides (les six livres de la matière médicale,
Iiv. I. ch. cxxiv), « le palmier nait en Egypte, et le
temps où l'on recueille le fruit est l'automne. Ce fruit est
semblable au mirobolan de l'Arabie, et on le nomme
pomme; il est vert et a l'odeur de coing; mais, lorsqu'il
est bien mùr, on le nomme phoinicobalanon. Cl- fruit,
i|ui se recueille à moitié mùr, est aigre et astrictif. On
le boit dans du vin pour faciliter le llux du ventre et les
écoulements mensuels. Il guérit les hémorrhoîdes, et,
en emplâtre, il ralfermit les ulcères. Les phoïnicoliala-
nons frais sont plus astrictifs que les secs; ils occa-
sionnent des douleurs de tête, et enivrent quand on en
mange trop. L'usage îles idioinicobalanons est bon encore
pour les crachements de sang, le vomissement de la
viande cl la dyssenterie. Ils agissent bien mêlés dans un
286
LE NATURALISTt
emplâtre avec dos coings, dans les douleurs de la vessie.
Mangées telles ([uelles, les dattes adoucissent l'àpreté
du gosier. La décoction des dattes thébaïques, bue. calme
la chaleur des fièvres continuelles ; bue avec de la vieille
eau miellée, elle redonne des forces. On les mange aussi
avec de la viande ; on en fait du vin, efficace dans bien
des cas. Les noyaux de dattes, brûlés comme tous les
autres noyaux, dans un vase de terre et m.ouillés de vin,
peuvent être utilisés pour les maux d'yeux, etc.).
Serenus Sammonicus (De medicina prxcepta, v. 327)
dit, de son côté :
Prodcrit hoc stomacho, rictus et concoquet cscas,
Grana peregrini piperis difiindito quinque,
Nicolao (1) molli quje manc inserta capesses.
n Ceci fera du bien à l'estomac et facilitera la diges-
tion : mange, le matin, une datte où tu auras introduit
cinq grains de poivre fendus. »
Oribase (Des médicaments externes, ch. xl) décrit ainsi
le cataplasme de dattes : « On arrose d'un peu de vin des
dattes palÉles, et on y ajoute de la poudre d'alphiton ;
c'est là un topique pour l'orifice de l'estomac, quand il y
a de l'anxiété dans cette région. Si l'on n'a pas à sa dis-
position de pareilles dattes, mais qu'on en possède de
plus grasses, on y fait de petites incisions et on les
trempe dans du vin jusqu'à ce qu'elles en soient saturées;
on les pile et on les triture, puis on y ajoute de la poudre
d'alphiton, et l'on obtient un cataplasme pour le cas
mentionné plus haut. S'il y a, en même temps, quelque
inflammation aux hypocondres, on obtient un cataplasme
éminemment bon; mais, dans ce cas, on fait bouillir les
dattes avec un peu de miel, et l'on jette dessus de la
graine de lin triturée. »
Oribase donne encore les formules de deux autres cata-
plasmes.
Ibn-el-Beïthar cite les auteurs ci-après :
«Ibn-Massouîh. — Les dattes dures tonifient l'esto-
mac et resserrent le ventre. Cette action est encore plus
prononcée chez les dattes molles. Les dattes gâtent les
dents. — Razès, dans son Traité des coirectifs des ali-
ments : Les dattes échauffent le corps et le dévelo])pent.
Elles fournissent un aliment grossier et fétide. Elles sont
nuisibles aux engorgements du foie et de la rate; elles
ne valent rien au foie, au poumon ni aux intestins. Elles
provoquent de la céphalalgie et de l'ophtalmie, relâchent
les articulations et déterminent de la lassitude. Il faut
s'abstenir d'en faire un usage habituel, ou d'en user
copieusement, dans les cas de tendance à la céphalalgie,
à l'ophthalmie, aux aphtes, aux angines, aux maladies
des gencives et des dents, etc., etc. — Galien (Des ali-
ments) : Quant à la datte fraîche, elle est plus nuisible
que les autres. Elle engendre du gonflement dans le corps,
ainsi que le fait la figue fraîche. Il en est de la datte
fraîche, relativement à la datte sèche, comme de la figue
fraîche comparée à la sèche. Dans les pays qui ne sont
pas chauds, la datte ne saurait mijrir complètement, de
telle sorte qu'on ne peut la sécher et la conserver —
Abou Hanifa : Quand les (leurs contenues dans les
spathes du palmier commencent à donner (|uelque chose
de vert, c'est là ce (ju'on appelle halali , qui n'est autre
Chose pour le palmier que ce qu'est le verjus pour la
(1) Le nom de Nicolai fut donné aux dattes de Syrie et à
des gâteaux faits de ces dattes, parce que le philosophe Nico-
las, de Damas, est le premier qui en ail envoyé à Rome, du
temps d'.\uguste.
vigne. On prétend que le vui qui s'en fait surpasse en
bou(iuet tous les autres vins. — Avicenne : Les dattes
occasionnent des obstructions de foie. Leur abus
engendre dans l'abdomen des humeurs grossières et
provoque l'écoulement de l'urine. — Le Chérif: L'usage
prolongé des dattes suspend les tumeurs de la lèpre tu-
berculeuse et convient dans cette affection. Elles pro-
voquent la sécrétion du lait, etc. »
L'abbesse Sainte-Hildegarde (De arboribus, lib. III,
cap. LXI) dit : « La datte est chaude et humide; celui qui
souffre de la pleurésie doit exprimer le jus de l'écorce,
du bois et des feuilles, et le boire souvent dans du vin
chaud ; il s'en trouvera bien et sera promptement guéri.
Qu'il mange souvent des dattes, et son mal disparaîtra.
<c Que celui qui est phrénétique fasse cuire dans de
l'eau du bois et des feuilles du palmier, et s'en mette
souvent sur la tète ; il retrouvera tout son bon sens.
« Si l'on mange la datte cuite, elle jirofite absolument
comme le pain; mais elle charge l'estomac. »
E. Santini de Riols.
PUBLICATION D'UNE FAUNE DE LA ROUMANIE
Le numéro juillet-août du Bulletin de la Société des
Sciences de Bucarest consacre un article à un important
travail, commencé par M. le D' Jaquet, et ayant pour objet la
publication d'une faune de la Roumanie.
La Roumanie, cette contrée presque totalement inconnue
au point do vue zoologique, renferme une richesse incompa-
rable d'animaux inférieurs. Les conditions les plus diverses
propres au développement des formes les plus variées se
trouvent réunies dans ce pays qui couvre une superficie de
un peu plus de douze mille hectares. Les montagnes, les pla-
teaux, les vallées et les hautes collines des Alpes de Transyl-
vanie et des Carpathes de Moldavie abritent leurs animaux
spéciaux. La plaine roumaine, cette vaste étendue limitée au
sud et à l'est par le Danube, n'est pas moins riche que la
région montagneuse; les espèces les plus variées s'y rencon-
trent dans les milieux les plus ditïérents, tels que cours d'eau,
lacs d'eau douce, d'eau saumàtre, d'eau salée. Enfin la Do-
broudja, importante bande de terre comprise entre le Danube
et la mer Noire, n'est pas sans intérêt au point de vue zoolo-
gique. Ses marais à perte de vue, ses collines, ses forèls, en
font le rendez-vous d'un nombre incalculalde d'Inverléljrés.
La mer Noire, moins salée que la Méditerranée, fournira aussi
son contingent de matériel destiné à servir de base à l'étude
de la faune roumaine.
Comme on le voit, le pays réunit, sur une surface relative-
ment restreinte, toutes les conditions nécessaires à l'évolution
vitale dans les directions les plus diverses. En outre, grâce à
ses frontières naturelles, Alpes de Transylvanie, Carpathes,
Dantlbe, Pruth et mer Noire, la Roumanie constitue un centre
bien délimité au lîoint de vue des frontières zoologiques.
Le plan du travail de M. le D' Jaquet a été conçu dans de
vastes limites et, pour mener cet ouvrage à bien, ainsi que
pour en déterminer une prompte exécution, l'auteur s'est
assuré le concours de plusieurs spécialistes émérites, choisis
dans tous les pays de l'Europe. Plusieurs de ces savants ont
déjà reçu des envois d'animaux à déterminer et le Bulletin
des Sciences de Bucarest a publié les premières données de
ce tout destiné à combler une lacune encore béante de la
faune européenne.
LE NATURALISTE
287
NOTE SUR UN CAS TÉRATOLOGIQUE
OBSERVÉ SUR UN &RAra PRIONIEI
Dans le Naturaliste n" 173 du i:i mai ISOi-, j'ai eu l'oc-
casion (1(1 figurer un liol cxomiilairc de Ctenoxcelis pi'é-
sontanl une curieuse atrophie de l'antenne droite, la-
quelle était extrêmement courte et se trouvait réduite à
8 articles assez mal conformés.
Le Xixuthrus que je reproduis ici d'après nature,
n'est pas moins curieux. L'antenne droite est également
atropliiée, mais cette atrophie [n'alVecte que la longueur
Xi.riithriis Hiifo. Anormal,
té gauche semble tenir d'un mile; le cûto droit, d'une femelle.
Grandeur uaturelle.
de l'organe ; les articles sont au complet (11), ils sont fort
bien venus et leur longueur réciproque est parfaitement
normale.
Peut-être y a-t-il là tendance à hermaphrodisme ! ?
Par contre, la patte antérieure et la patte médiane du
côté droit sont complètement rabougries et leurs tarses,
surtout ceux de la patte médiane, offrent trace d'un vé-
ritable rachitisme. Cette dernière patte surtout est mal
articulée et il est vraisemblable que la démarche de l'in-
secte devait en être considérablement modifiée.
Ce curieux spécimen a été reçu tout récemment
d'Amboine par MM. Les Fils d'Emile DeyroUe au milieu
d'un certain nombre d'insectes de la même espèce, tous
bien développés.
Louis Pl.\net.
DESCRIPTION m COLÉOPTÈRE NOUVEAU
Metopodontus Pla.n'eti, n. sp.
c'' Longueur totale, mandibules incluses 45,(1 mm.
Longueur des mandiljules 12, ti
Largeur masima, à la této 13,5
D'un brun jaune clair, nuancé de brun foncé rouge.'itre et
de noir.
Mandibules d'un brun presque noir, tète brun rougeâtre
passant au noir sur le bord frontal et les joues. Corselet cou-
leur de buis, finement bordé do noir et portant deux petites
macules en l'orme de croissant vers les angles postérieurs;
partie antérieure et disque couverts par une large tache brune
qui rejoint !a bordure [lostérieure, elle est plus foncée en
avant et diminue peu à peu d'intensité vers les bords.
Ecusson brun, bordé de noir. Elytres jaunâtres, finement
bordées de noir à la base et sur les côtés, suture plus large-
ment bordée de noir.
Partie inférieure d'un brun nuancé de noir avec, sur le
mésothorax, deux larges taches trapézoïdales do la couleur des
élytrcs séparées par un espace triangulaire médian noir.
Epipleures des élytres noires. Pattes d'un brun rougeâtre
nuancé de noir, avec une macule rouge châtain sur les faces
supérieures et inférieures des fémurs.
Tète forte, finement granuleuse, échancréc antérieurement:
labre petit, excavé; yeux gros, saillants, à demi divisés parles
canthus. La surface supérieure présente, en avant, un espace
triangulaire faiblement excavé, limité par deux sortes de
carènes très émoussées qui convergent en arriére. Les joues
sont armées d'une forte saillie derrière les yeux.
Mandibules droites, dépolies, à peine courbées vers l'extré-
Metopoclonlus l'ianeli, espèce nouvelle.
mité, aplanies supérieurement, armées vers la base d'une dent
conique assez forte, légèrement inclinée vers l'avant, d'une
dent presque égale un peu au delà du milieu et de trois petites
dents coniques près de la pointe terminale, qui est simple et
aiguë.
Antennes assez courtes, scape aplati, fouet formé de cinq
articles normaux, d'un sixième portant une pointe latérale et
de trois articles élargis et spongieux.
Menton petit, arrondi, relevé sur le bord antérieur; gorge
et joues finement granuleuses. Prothorax bombé, étroi'.ement
bordé, très finement granuleux ; angles antérieurs arrondis,
angles postérieurs brièvement tronqués, bords latéraux et
postérieurs sinueux.
Ecusson ogival arrondi, moyen.
Elytres longues, presque parallèles, assez brusquement arron-
dies et un peu sinueuses à l'extrémité ; elles sont légèrement
288
LE NATURALISTE
ponctuées, d'un aspect plutôt soyeux que brillant, et portent
quelques stries longitudinales très faibles et pou visibles.
Partie inférieure du prothorax finement granuleuse, pro-
sternum portant un tubercule conique, court et émoussé ;
mésosternum non saillant, mésothorax lincmcnt ponctué sur
les côtés et portant au milieu, sur la partie noire, des poinis
enfoncés assez gros, segments abdominaux ponctués, légère-
ment pubescents.
Fémurs dépolis à la base, ensuite lisses avec des points
épars, tibias dépolis, tous inermes; tarses fortement soyeux en
dessous.
La nouvelle espèce, dont je ne possède qu'un màlc d'assez
grand développement, provenant du Congo français, est très
distincte par sa forme et sa couleur, et ne peut être confondue
avec les autres cladognathides africains, elle fait partie du
deuxième groupe des Métopodontus et doit être placée non
loin du M. occijiilalis, Hope.
C'est avec beaucouj) de plaisir que je dédie cet élégant
insecte à mon ami et collègue M. Louis Planct, dont le beau
travail monographique sur les Lucanes et Pseudolucanes,
après avoir paru dans le Xatufaiiste, vient d'être publié en un
volume qui comprend les Pseudolucanes du globe et les
Lucanes européens, et forme ainsi la première partie d'un
important ouvrage dont la suite doit comprendre les Lucanes
asiatiques et américains.
H. BOILEAU.
ACADÉMIE DES SCIENCES
Comme suite à sacommunicationprécédente (1 1 surlerenver-
sement du courant respiratoire chez les décapodes, M. Georges
Bohn montre que le fait semble absolument général dans ce
groupe de crustacés. La fréquence des inversions varie peu
d'un type à l'autre, il y en a le plus souvent deux par minute
et, chez une mémo espèce, le nombre parait diminuer àmesure
que la taille croit; la durée des inversions est souvent très
courte, un centième de minute environ; mais, chez un certain
nombre d'espèces, connue le Carcinus Mœnas, elle peut être
bien plus considérable.
M. Georges Bohn étudie aussi le parallélisme qui semble
exister entre le renversement du courant respiratoire et la
présence des parasites branchiaux des décapodes (Eutonis-
ciens, Cépon, Bopy{ es proprement dits etquelqucs copopodes),
renversement qui d'ailleurs semble avoir des inconvénients et
des avantages pour le parasite.
Les Dorippidés sont des Crabes qui habitent pour la plu-
part les profondeurs plus ou moins grandes des océans. Leur
nombre est actuellenieut de 60 espèces comprises dans
9 genres; M. E. L Bouvier, ayant eu à sa disposition la plus
grande partie de ces formes, a pensé qu'il serait utile d'en tirer
parti pour liser les origines et l'évolution de la famille. Si les
Dromidés se placent au premier rang parmi les crabes et rat-
tachent ces derniers aux macroures du groupe des homards,
les Dorippidés viennent immédiatement ensuite et doivent être
considérés comme des Uromidés modifiés. Ce fait est aujour-
d'hui admis sans conteste par le plus grand nombi-c des zoolo-
gistes ; mais c'est tout ce que l'on sait sur l'origine de la
famille et personne n'a fixé jusqu'ici, avec jdus de jn-ècision,
son vrai point de départ.
Les Drumidés comprennent trois sous-familles fort distinctes
(Honioliens, Dron]iens,Dynoméniens), et l'on est en droit de se
demander quelle est, de ces trois sous-familles, celle dont
sont issus les Dorippidés. Suivant les observations de M. E. L.
Bouvier, les Doriiqjidés se rattachent aux Dromidés de la
sous-famille des Dynoméniens comme les Dynoméniens primi-
tifs (Acanthodroniia Dynoniene Ursula, etc.) ; les Dorippidés
ont pris naissance dans la mer des Antilles et dans les parties
voisines du Pacifique, cl une époque où l'isllnne de Panama
n'avait pas encore surgi du fond de l'eau.
Le genre Cténodrilus a été étudié surtout jiar Ivennel et par
Zeppelin. Ces auteurs et api'ès eux la plupart des zoologistes
l'ont considéré comme une forme très primitive et l'ont rangé
dans les Archianiélides. D'autres l'ont placé à la base des
Oligochètes. Or les faits déjà connus et les documents nou-
veaux que MJNL P. Mcsnil et M. Caullery ont recueillis sur
l'Embryogénie de Dodécaceria Coucharum (Oerstcd) leur pa-
raissent de nature à assigner à Cténodrilus une position sys-
(1) Séance du 11 octobre 1897.
tématique plus précise et assez difl'érentc de celles précédem-
ment proposées. Suivant ces auteurs, Cténodrilus serait en
effet un cirrtitulicn, probablement simplifié par régression.
La circulation des Aniph.cténicns déjà étudiée par Pallas,
Rathke, Claparède et plus récemment par A. Wiren, a fait
l'objet de quelques observations intércssanles de M. F Fau-
vel Claparède avait nié l'existence de vaisseaux dans les ten-
tacules de ces annélides. C'estune erreur facilement réfutable,
car les vaisseaux sont aussi visibles sur les animaux vivants
que sur les coupes. MM. F. Mesnil et M. Caullery ont eu l'oc-
casion d'observer, dans le cours de leurs études sur lesSpioni-
diens des côtes de la Hague, la présence d'un organisnte nou-
veau parasite des Grégarines. Les auteurs proposent pour ce
parasite le nom générique de Melchriikovella; il ne semble
avoir d'allinités bien précises avec aucun des groupes particu-
liers d'organismes inférieurs.
M. Viguier a pu observer la plupart des phases du dévelop-
pement de la Tethys fimbriata, dejiuis le début de la segmenta-
tion de l'œuf jusqu'au stade véligèro avancé; dans une note à
l'Académie, il décrit les phénomènes de la segmentation dans
ses débuts.
En botanique, M. J. Léger a étudié la différenciation et le
développement des éléments libériens et M. G. Chauveaud
décrit l'évolution des tubes criblés primaires qui se produisent
durant une phase de différenciation maximum ayant une durée
très courte ; il indique un procédé technique très parfait pour
faire cette étude (Traitement des cou]jes par l'hypochrorite de
soude et après lavage à l'eau acidulée par l'acide acétique; co-
loration au brun Bismarck).
La jjhysiologie végétale nous offre quelques notes intéres-
santes : c'est d'abord une note de M. Molliard sur la détermi-
nation du sexe chez le chanvre. Les expériences de l'auteur
semblent montrer que le milieu peut agir sur la détermination
du sexe du chanvre, à partir de la graine; que, contrairement
à la théorie actuellement admise, la transformation des fleurs
mâles en fleurs femelles s'opère, en ce cas, dans des conditions
désavantageuses pour le développement de lappared végéta-
tif.
C'est encore une observation du même genre que nous de-
vons à M. Dassonville sur l'action des sels minéraux sur la
forme et la structure du lupin (1).
Outre les faits précédents indiquant nettement une action
causée par le milieu chimique sur la difl'érenciation des végé-
taux, il. Julien Ray nous montre une action analogue causée
par un agent physique, l'action de la pesanteur sur la crois-
sance des champignons inférieurs.
M. Jules Welsch, ayant eu l'occasinn d'étudier la formation
crétacée des environs de Saumur (Maine-et-Loire) et les
couches lacustres éocénes qu'elle supporte, pense pouvoir assi-
gner aux sables et grès à Sabalites Andegavensis une origine
marine ; ils appartiennent au crétacé supérieur et non pas à l'é-
poque tertiaire, comme on le pensait généralement.
Les recherches que le Muséum de Lyon continue d'opérer
dans les argiles de la Grive-Saint-Alban viennent de mettre
au jour des ossements nouveaux. d'une grande rareté. Il s'agit
do la découverte d'un ptéropidé miocène, sorte de grande
chauve-souris V(nsine des Roussettes d'Egypte.
Signalons enfin une note de M. Albert Gandry sur la denti-
tion des ancêtres des Tapirs et le compte rendu l'ait par le
même auteur du congrès géologique international de Saint-
Pétersbourg, congrès qui, suivant les expressions de M. Al-
bert Gandry, a ])rouvé encore une lois de plus qu'au point de
vue scientilique comme au point de vue matériel, la Russie
prend un immense essor. Le prochain congrès se tiendra à
Pai-is en 1900 et on ne lient se dissimuler que nous aurons
beaucoup de peine à égaler ce qui a été fait à Saint-Péters-
bourg.
A. Euii. Malaru.
ILLÏÏSTEATIOIES PL ANTAMI
EUROPE RARIORUM
Autore G. ROUY
Diagnoses des plantes rares ou rarissimes de la flore euro-
péenne accompagnée de planches représentant toutes les es-
pèces décrites. Reproduction photographique des exemplaires
(1) Séance du 15 novembre.
LE NATURALISTE
289
existant dans les grandes collections botaniques et notamment
dans l'Herbier Rony.
Fascicule IV (I8!l"j). — Huit pages de texte in-4'', p. 2u-:i2, et
25 iilanches phoiograpliiées 21 x 27. Prix : 50 francs. Paris,
chez I.cs Fils d'Emile Deyrolle, éditeurs, -46, rue du Bac.
L'importance des publications entreprises par M. G. Rony
et continuées par lui avec une persévérante régularité l'ont
classé au premier rang des Aoristes français. Ku même temps
que la Flore de France, ilont un volume parait ponctuellement
chaque année (1), les lll.uxlralhmes planlaruni Europx rcirio-
viiin continuent à nous faire connaître les raretés de la flore
d'Europe, dont M. Kouy puise jursque tous les types dans le riche
écrin de son herbier, sans cesse accru par ses noiLibreux voyages
et les échanges précieux de ses correspondants comprenant à
peu prés tous les botanistes d'Europe les plus sérieux et les
plus renommés. A dilï-rcntes reprises déjà, j'ai eu le plaisir,
par une analyse sommaire de ses albums photographiques,
dont l'exécution est de plus en plus soignée et parfaite, d'in-
sister sur le choix des espèces, la plupart nouvelles ou peu
connues, parcimonieusement répandues dans quelques her-
biers privilégiés, et (pm M Rouy rend accessibles à tous. Le
bassin méditerranéen en fournit le principal contingent; mais
c'est aussi, de toute l'Europe, le domaine végétal le plus riche
en espèces ou formes spéciales, soit dans la péninsule Ibé-
rique dont M. Rouy connaît si bien la flore tant par ses ex-
cursions que par ses publications antérieures (2), soit dans sa
partie orientale, Balkans, (jréce. Archipel, etc., dont chaque
district montagneux, chaque île, semble constituer un centre
disjoint de végétation (Tchihatchell'), et fournit des espèces ou
formes végétales spéciales, à dispersion très limitée, parfois à
localité unique. La plupart de ces plantes, il est vrai, ne peu-
vent guère être considérées aujourd'hui que comme des sous-
espèces, des races régionales ou locales, les unes fixées, les
autres en voie d'évolution, parfois de simples formes ou va-
riétés; mais, pour en apprécier la valeur, il faut d'abord les
bien connaître, et il sera toujours temps, dans un ouvratre
systématique, de 1rs subordonner les unes aux autres, suivant
la méthode naturelle et rationnelle appliquée par les savants
auteurs de la Flore de France. Les analyses raisonnées, que
j'ai publiées, des trois premiers fascicules des lUusIra-
tiones (3), ayant intéressé plusieurs botanistes, ainsi mis au
courant de la publication et édifiés sur le sujet de chaque
planche, j'ai été encouragé à continuer les comptes rendus
des fascicules suivants.
Fasciculk IV. — LXXVI. X Ranuxculus aco.mtoides (DC.)
Rouy [R. aconilifutitis x r/ladalis) ; rare hybride, découvert
par Thomas, en 18IS, au Grand-Saint- l'ernard, au milieu des
parents; retrouvé à la même localité, en 1889, par MM. Besse
et Woltl et parce dernier sur deux autres points du Vabiis,
montagnes de Lens et Thyon (H. Jaccard, Calai, fl. Valais.
(181)'> , p. 1.) A rechercher dans nos Alpes françaises, où il a
de grandes chances d'être rencontré. — ^LXXVII. Hellehorus
CïcLOi'iivLLUs Boiss., Spécial aux hautes montagnes de la
Grèce, et qui, très voisin d'W. V'ridis L., semble établir une
transition entre cette espèce et H. Orientalis Lam. — LXXVIII.
Chelidoxilm majl's L. var. fumarifolium (DC.) R. et F., très
curieuse variété, signalée il y a plus de deux siècles par Mo-
rison (1680), retrouvée seulement en 1892, et en un exem])laire
unique, dont la planche LXXX'III représente un fragment,
par Barthès, à Sorèze (Tarn). Plus récemment. M. Jeanpert
l'a retrouvée à \'crsaillcs, et M. E. lioze, qui l'a cultivée et
étudiée pendant idusieurs années, lui a consacré un article
{Journal de bo!. de Murot, )895;., dans lequel il rattache cette
variété à Ch. luciniatum Mill. considéré comme espèce dis-
tincte de Cil. maja.s L. J'ai, à mon tour, observé cette variété
à Autun {1S9j-1SU7), en assez grande abondance pour la ré-
colter et la distribuer dans les exsiccata de la Sociélc pour
l'étude de la flore franco-helvéiigiie (189"/), et mes observa-
tions, tout en conlirmant celles de M. Itoze. m'ont amené ce-
pendant à rattacher, conmic MM. Rouy et Foucaud, le C. la-
cinialum Mill. et sa. y^viéié fainarif'olium, au type C. majus L.
(1) Flore de France ou description des plantes qui croissent
spontanément en France, en Corse et en Alsace-Lorraiue,
par MM. G. Rouy et J. Foucaud, t. I (1S94); t. II (1895); t. III
(1896); t. IV (1897).
(2) Voyez à ce sujet : D' Gillot. La Flore d'Espagne; Voj/ar/es
de il. lioui/ en lispur/ne (1S79-1883) in Revue de botanique, ill
.1881). p i-12.
(3) l.e Xaltiralisle, IV année, 2» série, n» 197 (15 mai 1895).
p. 122- — Ibid., n» 213 (15 janvier 1896). p. 27. — Ibid., n» 222
tl" juin 18961, p. 131.
qui reste la seule espèce légitime. — LXXIX. Petrocoptis
cuASsiFOLiA Rouy, distingué par l'auteur des /*. Pi/renaica A.
Br. et /'. Lanascn: Willk., trouvé par lui à Bielsa (Espagne), et
à rechercher dans nos Pyrénées françaises (R. et F. FI. de Fr.
III, p. 93, obs.). — LXXX. Sn.KNE uRACiiYfODA Rouy (R. et F.
FI. de Fr. III, p. lia), voisin de S. nutans L., auquel on
devra probablement le rattacljcr comme sous-espècc propre à
la région méditerranéenne, où le S. nutans type parait rare.
— LXXXl. Ononis pyrenaica Willk. et Costa, que M. liouy
est porté à considérer comme une simple forme parvirtore
d'O. Natri.r L., et dont les stations du versant méridional des
Pyrénjcs centrales sont jusqu'ici exclusivement espagnoles,
mais bien près do nos limiies françaises. — LXX.KII. X Geum
Rillielii Gillot (G. monlanum X virale], dédié à mon ami
P. Billiet, de Clermont-Forrand, et dont l'origine hybride ne
lait pas de doutes, et qui semble susceptible de se fixer par la
culture (Cf. Gillot, Bull. soc. bot. Fr. XXXIII (1886), p. 548.
— LXXXIII. RosA ALPicOLA Uouy, forme très curieuse et
très distincte de Rosier, dont la classification a fort intrigué
M. Rouy, qui l'a d'abord regardé comme un hybride, R. alpino-
minula\l!iill. soc. bol. Fr. XXII (lS7i), p. 29.5), puis ensuite,
mais non sans réserves, comme une espèce distincte {Suites a
la fl. de Fr. I, p. 85), ou tout au moins un bâtard héréditaire.
M Crépin, Etudes sur les lioses hybrides (1894), sembb; avoir
ignoré ce Rosier, dont le pori, d'après la planche des Illustra-
tiones, me rappelle absolument celui des petits exemplaires de
R. minuta Bor., que j'ai observés ;'i la Grave. Si donc on con-
sidère la rareté de ce Rosier dont il n'existe que quatre exem-
plaires, la coexistance dans cette région de l'Isère des parents
supposés, et la grande variabilité des formes spontanées ou
hybrides dans le genre Kosn, je serais tout à fait porté à consi-
dérer comme bien fondée l'opinion première de M. Rouy, et
à regarder ce Rosier comme produit par le croisement d'un
Uosa alpina inerme et de R. minuta Bor. — LXX.KIV. CoL-
LADONiA TRiQUETRA DC, élégauto Ombellifèrc des environs de
Constantinople et de Bulgarie, la première espèce décrite du
genre Colladonia, dédié par Do CaudoUe à CoIIadon (1792-
1862), monographe des Casses, et dont les espèces peu nom-
breuses appartiennent toutes ;■! la flore orientale. — LXXX'V.
Arie.vhsia crh-hmifolia L., espèce des sables maritimes du
Portugal, que, dans une critique serrée, M. Rouy {Rull. soc.
bot. Fr. XXXVII (189il), .less. e.rt. à la Rochelle, p. xvi) a par-
faitement diliéronciée des formes maritimes à' A. campesiris L.,
et à laquelle il identifie l'.-l. Gaijana Besser, de Cadiz (Es-
|iagne). — LXXXVI. Centaurea Kernekiana Janka, que
l'ensemble de ses caractères rattache au groupe de C. nervosa
L., dont elle est peut-être une espèce de remplacement dans
cette flore des monts Rhodopes si riche en formes particu-
lii^res. — LXXXVII. Hieraciu.m bomisyclnum Boiss. et Rcut.,
belle espèce espagnole [nohilissima species, Frics, Epie. Hier.,
p. 51), qui relie la section Lanifera Fr., dimt elle a le port,
l'involucre, etc., à la section Andryaloidea, dont elle a l'indu-
mentum, caractère que la photograpliie tait bien mieux res-
sortir que la gravure. — LXXXVIII. Crépis cespitosa G. G.,
très rare espèce de Sardaigne cl de Corse que nous avons
cherchée sans succès aux environs de Bastia, lors de la session
extraordinaire de la Société botanique de France en 1877. La
plante figurée par M. Rouy no me semble pas répendre exacte-
ment à la description de Barkhausia cespilosa Moris, Fl. sard..
Il, p. 524, ni à la planche 9! de cet ouvrage, tant pour le port
que pour la forme des feuilles. Elle me rappelle plutôt une
forme dift'use de Crépis l.eontodonloides Ail. commune en Corse.
Ces espèces sont, du reste, suscepiibles de très nombreuses
variations comme le vulgaire C.poîj/mo/'p/irt'Wallr. — LXXXIX.
Scorzonera ANGUSTiFOLiA L. Il Rarissimo espèce linnéenne »
retrouvée par M. Uouy en Espagne, province de Valence, et
qui, malgré l'assertion de Linné lui-même l'indiquant à Mont-
pellier: Habitai in Hispanise, Monspelii, .iustriœ collibus sa.ro-
sis Sp. éd. 2. p. 1113, n'a pas été trouvée en France. '• On a
pris pour cette espèce linécnne les variétés à feuilles linéaires
de toutes les autres espèces. >- G. G. Fl. de Fr II, p. 391. —
XC. HvMEN0.iiENA LACOsicuM Boiss. var. MiNrs Rony; forme à
lige courte et uniflore d'une espèce voisine d'il. Onecum Boiss.
(Catananche Grwca L.), mais plus étroitement cantonnée dans
les provinces de Messénie et de Laconie. — XCI. Pinguicula
i.oNoiFOLiA Ram., belle espèce de la flore française, superbe-
ment représentée dans cette planche qui, non moins que la
diagnose antérieurement établie par M. Rony {Suites à la fl. de
Fr., 1, p. 144), servira à fixer l'opinion des botanistes sur cette
espèce controversée. — XCll. Convoi.vulus valentini/S Cav.
« Plante des plus rares d'Espagne », retrouvée en 1883 par
290
LE NATURALISTE
M. Rouy à ]a localité même de Cavanilles. province d'Alicante,
près de Benilachel, et qui se classe, comme esprce très dis-
tincte, à coté de C. Canlabrictis h. — XCllI. Celsia cyllenea
Boiss. et Heldr. De même que l'espèce précédente n'a jusqu'à
présent qu'une localité connue en Espagne, celle-ci n'a été
rencontrée qu'au mont Kyllené, en Grèce, où elle croit dans
les régions alpines, à 1000 pieds, comme l'espèce voisine
C. acaulia Bory et Chaub. croît à la même altitude sur le
mont Taygéte. Les allinités de ces deux plantes rares et leurs
étroites localisations rendent plus que probable la supposi-
tion de Boissier, FI. Or. iv, p. S.'iS, que ce sont deux races lo-
cales différenciées d'un même type spécifique. — XCIV. Pue-
up.EA ScHULTzii Walp., espècc du bassin méditerranéen,
parasite principalement sur les grandes Ombellifêres, si-
gnalée d'abord en Algérie, puis en Espagne, et dont F. Schultz,
Arch. de la fl. de Fr. et d'Allem , p. 99, a bien démontré la
dill'érenciation d'avec /'. lavandulacca (Rehb.) F. Schultz. —
XCV. KocHiA SAXicOLA Guss. i< Considérée comme une des
espèces les plus rares d'Europe » (E. Levier), et dont il n'a
été trouvé jusqu'ici que deu.x pieds, l'un dans les rocailles de
l'ile d'Ischia, l'autre sur les rochers abruptes de l'ile de Capri
(Nyman, Consp. fl. europ. Siippl., p. 268). — XCVI. Fritilla-
RiA RH0D00ANAKIS Orph. dédiée au botaniste grec Rhodoca-
naki, également localisé dans une seule station de l'île d'Hydra
(Grèce), et qui me parait devoir être considéré comme une
race locale de F. Grseca Boiss. et Spr. — XC Vil. Iris sintenisii
Janka, voisin d'/. r/raminea L., et remplaçant en Grèce ce der-
nier Iris qui y est fort rare et ne s'y trouverait d'après Bois-
sier, Fl. Or. V, p. 128, comme espèce endémique, que dans
l'île de Céphalonie. — XCVIU. Potamogeton subfi.avus Loret
et Barr., forme locale française de f . .'^iciiiiis Tin., qui se
rattache lui-même en sous-espèce méridionale à l'espèce pri-
maire P. coloralus Hornem. (Cf. Nyman, Consp. fl. europ.,
p. 682 et Suppl., p. 28'; Richter, PI. europ., i, p. 12). —
XCIX. HiEROcHLOA PAUciFLORA R. Br., petite Graminée des
gazons arctiques des deux continents, Amérique boréale, Si-
bérie, Nouvelle-Zemble, etc. — C. Scolopendrium lobatum
Rouy, dont l'exemplaire unique, reproduit en agrandissement
dans cette planche et récolté à Aviutes près Porto (Portugal),
est considéré par M. Rouy comme un hybride probable du
Scolopendrium vulgare X Asplenium marinum, d'autant plus
intéressant que les hybrides sont fort rares et tout à l'ait
accidentels chez les Fougères.
M. Rouy justifie, comme on le voit, le sous-titre de sa pu-
blication : JJiar/noses des plantes rares ou rarissimes de la
flore européenne, assurant ainsi la reconnaissance de plantes
réparties en très petit nombre, parfois en exemplaire unique,
dans les herbiers, en ]iremièrc ligne dans le sien, et qui se-
raient fatalement vouées à la destruction dans un temps plus
ou moins éloigné.
Dl- X. GiLLOT.
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LE NATURALISTE, REVUE ILLUSTRÉE DES SCIENCES NATURKLLES
TABLE DES MATIERES
DU ONZIÈME VOLUME DE LA DEUXIÈME SÉRIE
1897
MaiiimHV-i-es, Oiseaux, Rt-p»il«;s, I»<»issoiis
CÉXKRAI.ITKS
Animaux mylliuloiiiques. légendaires, histnriques, illustres,
célèbres, etc., Santini de' Riols. 1o-I9-30-6!)-80-121-128-1.j9-
166-197-252
Description de deux espèces nouvelles de Singes de la collec-
tion du Muséum de Paris, D'' Trouessart.
Klevage de l'Autruche, Forest.
Influencede la tailledans l'appréciation desdistances, D'Bougon.
La Bécasse franco-russe, D' Vallanlin.
La puissance dynamique des mâchoires. P. Jacob.
La symphonie du prinlemps, Magaud d'Aubusson.
L'élevage de l' Autruche en Algérie. Forest.
L'élevage de l'Autruche en Russie d'Europe, Forest.
Les causes des bruits du cunir, 1)' Bougon.
Les nids de nos Oiseaux, Magaud d'Aubusson.
Les Oiseaux au point de vue industriel, Forest.
Les Oiseaux de passage, Magaud d'Aubusson.
Les races de l'Inde (fig.). Léveillé.
Note sur l'appareil vocal des Oiseaux, Cretté de Palluel
Oiseaux acridophages, Forest.
Promenade à la foire .Saint-Romain de Rouen, phénomènes
vivants et types curieux (iig.), P. Noél. 245-260
Recherches sur les capsules surrénales, thèse de Petit. 61
Répertoire étymologique des noms français et des dénomi-
nations vulgaires des Oiseaux, A. Oranger. 2T-39-52-62-75-111-1.5S
Sur un Poussin monstrueux du genre Déradelphc (iig.), H. Ga
It
2'i2
144
274
98
176
222
212
201-215
97
152
55-133-142
deau de Kerville.
137
Un nid de Loriot, M. Plaideau.
131
PUINCII'.ILES ESPÈCES
DKCurrKs ou citées
Cercocebus agilis (n. sp. i. 9
Gallinacés.
56
Corbeau. 19
Grillon.
19 J
Corvida?. 55
Hippopotame.
232
Dauphin. 81)
-Macacus Harmandi
(n. sp.)
10
Eléphant. 121
Paradisiers.
56
Arthropodes, Mollusques, Rayonnes, etc.
GÉXÉUALITÉS
Aberration de Zygœna trifolii (fig.). 22
Descriptions de Coléoptères nouveaux (lig.l, Pic, Planet, Boi-
leau 23-49-124-134-142-156-170-179-182-191-205-226-247-262-
265-275-287
r. Description de Mollusques nouveaux, .Jousseauuie, C.-F
" cey.
Dissections : Arthropodes (fig.)' Gruvel.
Dissections : Crustacés iïg.), Gruvel.
Dissections : Escargot (fig.), Gruvel.
Dissections : Mollusques (fig.', Gruvel.
Dissections : >;epia ollicinalis (fig.), Gruvel,
Au-
178-222-250
140
123
199
192
217
Essai monographique des Coléoptères des genres Lucane et
Pseudolucanc, Louis Planet. 82-99-106-171
Gênera analytique illu^etré des Coléoptères de France (fig.l,
Houlbert. 11-23-63-93-50
La Chrysis enflammée, P- Jacob. 190
La transformation des Bernard-l'Ermite en Lithodes (fig.>,
E.-L. Bouvier. i'
Le Bombyx du mûrier, Léon Flameng. 67
Le Phylloxéra de la vigne, Léon Flameng. 156
Les Ecrevisses. Paul Jacob. 103
Les Fourmis, Léon Flameng. 110
Le Stilbum Buquesti. 1^1
Les premiers états de la Tortrix grotiaua, P. Chrétien.
L'Eumenes pomiforinis et ses victimes.
Mœurs et métamorphoses de l'Anthodinus amictus, Xambeu.
Notice sur le Parnassius Nordmanni et sur sa variété, Austaut.
Notice sur quelques Cossides nouveaux de la Perse, AuStaut.
Note pour servir à l'étude de la Mouche des Orchidées (Iig.),
Decaux.
Note sur Cantharis vcsicatoria, Decaux.
Points de contact des Insectes avec les autres Artliropodes,
Acloque.
Sur un cas tératologique observé sur un grand Prionien (fig.),
L. Planet.
Une larve de Pseudonévroptère du Chili ayant l'apparence d'un
Crustacé, Lataste.
■Variétés de l'Abraxas grossulariata (fig).
PRINCIPALES ESPÈCES DECRITES OU CITÉES
258
35
104
169
44
233
26
132
287
44
54
.Emœops daghestanica (n.
sp.).
Anlhicus albifasciatus.
— antennatus.
— distinctus (n. sp.).
— nitidiceps (n. sp.).
— 3 i'asciatus (n. sp.).
striatopunctatus (n.
.sp.).
— dilaticeps (n. sp.).
— Mardini (n. sp.).
— flavopictus (n. sp.).
— mutatus (n. sp.).
Cantharis vesicatoria.
Cantharolethrus Azambrei(n.
sp.) (fig.).
t'hrysomelides.^
Clytanthus Caucasiens (n.
sp.).
— Faldermanni (n.
sp.).
Clytus brunnescens (n. sp.).
Colydiens.
Cossus Iranicus (n. sp.).
Cyclophorus Vesconesi
sp.) (fig.).
Crabe (fig.).
Cucujides.
Diabolica diabolica.
Dryptus Flori (n. sp.).
Ecrevissc.
Eurigeniomorphus rugosus.
Eurytrachelus rama (n. sp.).
Formicomus Bangi, v.latior.
— bispilil'asciatus
(n. sp.).
— bituberculatus.
— tuberculifer (n.
sp.).
Fourmi.
Holcocerus
persicus.
marmoratus.
strigatus.
262
49
49
14-i
1.=.7
137
157
157
170
170
170
26
275
11
262
262
262
94
44
250
127
93
263
265
123
25
191
49
134
25
134
1.59-166
43
45
(n.
Hydrophile (fig.). 140
Isosoma orchidœarum. 223
LeptachaLumapproximans(n.
sp.). 222
Lucanus capreolus. 83
— maxillaris. S'i
— tauricus. 83
— orientalis. 83
— Tctraodon. 83
— BoileaviHig,). 205-227
— Groulti (fig.). 227
— turcicus (fig.). 84
— orientalis. 171
— iljericus. 171
— turcicus (fig.). 99
— Oberthuri (n. sp.)
(fig.). 179
— Poujadei (n. sp.)
(fig.). 267
— Fairmairci (n. sp.)
(fig.). 265
Macrati-ia nigripennis l,n.
sp.). 182
— major (n. sp.). 182
— crassipes (n. sp.). 182
Metopodontus Planeti (fig.)- 287
Musaria Kurdistana (n. sp.). 262
Mylilus edulis. 192
Odontolabis Leuthneri (fig.). 247
Pagures. 41
Parnassius Nordmanni. 169
Prosopistoma punctit'rons. 44
Pseudolucanus mazama. 82
Sphegestis brunnescens (n.
sp.). 26Î
Torii'is grotiana. 258
Trogosiudes. 93
Xixuthrus Bufo. 287
Zeuzera Speyeri (n. sp.). 45
Zygœna Irifolii (fig.). 22
Zygia elongata (n. sp.). 124
— viridipennis (n. sp.). 124
Botanique
GÉNÉRALITÉS
Culture et fabrication de la Chicorée à café. P. Jacob.
Etymologies botaniques, D^ Bougon.
Herbier et bibliothèque de James Lloyd.
La Grassette, Hariot.
La Greffe et ses applications, Daniel.
131-153
213
37
223
102
292
LE NATURALISTE
La Dionée (fig-). Hariot. 189
La Pcllotine. 22
Le Drosci-a (fig.). Hariot. 173
Le Palmier nain en Portugal, Malinvaud. 246
L'Erodium battandieranum, espèce algérienne nouvelle, Rouy. 15
Les Bois de construction et les Bois utiles, P. Jacob. 170
Les Bosquets de Saint-Paul, D' Bougon, 205
Les Graminées dans l'orneraentation, P. Hariot. 11
Les Nympheacées (fig.), Hariot. 263
Les Plantes dans l'antiquité, légendes, poésie, histoire, etc.,
Santini de Riols. :;3-10G-li5-178-194-206-228-276-283
Les Utriculaires (lig.), Hariot. 105
Les Sarracenia, P. Hariot. 60
L'exposition des Champignons, Hariot. 249
Note sur le Diplotasis erucoidcs. 265
Sur l'Arbre ahicain qui donne le beurre de Galam ou de Ka-
rité (lig.), D' Heckel.
PRINCIPALES ESPECES DECRITES OU CITEES
Aubépine. 194
Butvrospcrmum Parkii(fig.). 161
Chou. " 228
Dionœa (lig-j- 189
Diplotasis erucoides.
Drosera (fig.).
Nénuphars (fig.).
Pinguicula vuîgaris.
Géologie
GÉNÉRALITÉS
Conditions de la vie végétale à la surface de la lune,I)''Bougon.
Contribution nouvelle à l'étude des Dendrites de manganèse
(fig.), Stanislas Meunier.
Crevasses de ravinement sur la lèvre d'une vallée sèche de la
craie (fig.), Boursault.
Cristallisation spontanée du Gypse (fig.), St Meunier.
Crochons expérimentaux ifig.). St. Meunier.
Kxpéricnccs sur les Roches asphaltiques (fig.). St. Meunier.
Histoire géographique des Mammifères, Glangeaud.
La capture des Glaciers l.fig-), St. Meunier.
La forêt de Caruelle et la Pierre turquaise (fig.). Boursault.
L'âge du Renne, P. Girod.
La Photosphère, D^ Bougon.
La question des Sources, D"" Bougon.
La préhistoire dans le Pas-de-Calais, Pouticz.
Les anciens Glaciers, D'' Girod.
Les Marnes intragypseuscs dans les quartiers nord de Paris
(fig.), H. Boursault.
Les Mines de bitume de Seysscl-Pyrimont fig.), Stanislas
Meunier.
Les Protoceras (fig.), Glaugeaud.
Les taches du Soleil, D' Bougon.
Les Ti'ilobites (fig.), Glangeaud.
L'Homme interglaciaire (fig.), D'' Girod.
Minéraux nouveaux, Gaubert.
Note sur les Bogheads combustibles anciens et les Bactéria-
cécs qu'ils contiennent (fig.), Renault.
Observation complémentaire sur le Spongelioinorplia Saporlai
(fig.), Stani.slas Meunier.
Sur la Minéralogie des cadavres, Lacroix.
Sur le terrain à cailloux striés des Préalpes vaudoises ifig.),
Stanislas Meunier.
Sur quelques phénomènes intéressants dus à l'action bacté-
rienne (fig.), Renault.
Un dernier mot sur la Météorite de Madrid, Stanislas Meu-
nier.
PRINCIPALES ESPÈCES DECRITES 00 CITÉES
66
161-180
26»
173
263
223
97
281
101
165
185
118
138
149
2S0
174
92
29
221
17
269
48
77
-113
73
69
-274
Arthropitus lineala (fig.).
Cladiscothallus Keppcni
(fig.)- 211
Gonnardile ^n. sp.). 274
Gypse (fig.). 165
Hapaloxylon Rochei (fig.). 65
Hymcnophagus. 65
Hypoparia lig.). 113
MacropneuslosPrevosti(flg.). 221
Micrococcus. 65
— petrolei (fig.). 209
Opisthoparia. 113
Pearcoite. 09
Divers
Augmentation de la durée de la vie, D'' Bougon.
Conservation des pommes de terre malades, D' Bougon.
Déboisement et décadence, D' Regnault.
De l'importance des Sciences naturelles dans l'histoire F. Re-
gnault.
Diminution de la chaleur dans nos pays, D' Bougon.
Phokidomyia ludcnsis (fig.).
Pila bibractensis (fig.).
Proparia.
Protoceras celer (fig.).
Rathite.
Reinschia australis (fig.).
Rœblingite (n. sp.).
Schuizenite.
Silex.
Spongcliomorpha Saportai
(fig-)-
Thylax britannicus (fig.).
Triarthrus Beckii (fig.).
209
257
128
84
Ga
7
221
209
114
269
69
210
274
69
73
257
210
77
248
282
90
272
187
La combustion des corps dans les incendies, B.
La distance des étoiles, D^ Bougon.
La légende de Romulus expliquée par l'Histoire naturelle,
Regnault.
La matière vue par un homme tout petit, D' Bougon.
La richesse faunique de la Normandie, H. Gadeau de Kerville.
Le Gyroscope, D'' Bougon.
Le monde microscopique des eaux, D^ Bougon.
Le 1" janvier 1896 en Amérique, anniversaire d'une pluie
étrange, Paul Jacob.
Les pluies étranges, Paul Jacob.
L'esprit des bétes, F. Regnault.
Les rayons X et la lumière noire (fig.), Santini.
Les Sciences naturelles aux Salons.
Les Sciences naturelles aux Salons de 1897.
Mes rêves, D'' Bougon.
Moyens de conserver le gibier, P. Jacoli.
Notes sur l'hiver de 1894-1895 dans le département des Cùtes-
du-Nord, Cretté de Palluel.
Nouvelle division des êtres organisés des trois règnes, D'' Jous-
seaume.
Pourquoi l'année 1900 ne sera pas bissextile? D'' Bougon.
Effet de l.i température .sur les Lépidoptères.
Inauguration du Jardin botanique du Mont Saint-Bernard.
Civres noiiveaii:K
Catalogue des Mammifères, D'' Trouessart.
Flore de France, tome IV, Rouy.
Histoire naturelle de la France : Minéralogie, P. Gaubert.
Histoire naturelle des êtres vivants, E. Aubcrt.
lUustrationes plantarum Europte rariorum, par Rouy.
La culture des mers en Europe, G. Roche.
Le beurre et les fromages, D. Allaud.
Les parasites animaux de la peau humaine, Dubrcuilh et Beille.
Minéralogie de la France et de ses colonies, Lacroix.
Précis d'anatomie et de dissection.
Publication d'une faune de Roumanie.
Traité de Zoologie, E. Perrier.
Recherches sur l'appareil circulatoire des Aranéides, .Marcel
Causard.
Académie des Sciences
Acariens des vins.
Accouplement d'Acariens.
Anatomie des Spirorbis.
Appareil buccal des Hyménoptères.
Appareil digestif des Orthoiitères.
Appareil masticateur des Mollusques.
Appareil sternal des Vertébrés.
Autotomie des Annélides.
Autotomie d'Orthoptères.
Campagne aux Açores.
Circulation chez les Annélides.
Coquille embryonnaire des Lamellibranches.
Courant respiratoire chez les Crustacés.
Dentition des ancêtres des Tapirs.
Détermination du sexe chez le Chanvre.
Développement des Phrynés.
Encéphale des Poissons.
Faune des étangs de la Corse.
Formation du tissu assimilateur.
Gravures préhistoriques.
Innucellées et Santalinées.
Maladies de la Vigne.
Mammifères fossiles de l'Algérie.
Membres des Batraciens et des Sauriens.
Nouvelle classification des Phanérogames.
Organes des sens des Crustacés.
Origine de l'asphalte.
Préparation des rotateurs.
Refroidissement du globe.
Remplacement de la racine principale.
Rouget, trombidion.
Sesamis nuisibles au Maïs.
Signification morphologique des os en V.
Système lymphatique.
Système nerveux embryonnaire des Crustacés.
Système nerveux des Orthoptères.
Théorie évolutionniste.
Venin des Serpents.
Le Gérant : Paul GKOULT.
PARIS. — IMPRIMERIE F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17.
lE du n" «se du 1" «lAIVVlER 1S97- t
-.y II nniii ■'''^'"'' ^ ■■"""' -"^ — Le {"janvier 1896 en Améi-ique, Anni-
versaire d'une pliiie étrange. Paul Jacob. — Un dernier mot sur la Météorite de
Madrid. Stanislas Mkunikr. — La question des sources. D^ Bouc_:on. Description
de deux espèces nouvelles do singes de la collection du Muséum dé Pari.s. D'' E
Trouf.ssart. — OCfrcs et demandes. — Gênera analytique illustré des Coléo-
ptères de France. Constant Houlbert. — L'Erodium Battandierianuni Houv, espèce
algérienne nouvelle. G. Rouy. — Animaux mythologiques, légendaires, historiques
illustres, célèbres, curieux par leurs traits d'intelligence, de reconnaissance, etc'
E. Santim mk Rioi.'i.
AiBONNEMENT ANNf.iEl
en un mandat à l'ordre de LES FILS D'EMILE DEYRCLLF,, éditeurs, 46, rue du Bac, PARIS.
LES ABONNEMENTS PARTENT DU I" DE CHAQUE MOIS
Çérie .
i dans
10 fr.
H
Tous les autres pays . ........ 12 fr.
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50
r tont ce qui concerne la Rédaction et l'Administration aur
pXJRE^UX DU JOXJRIVAL,
I Au nom de « LES FÏLS D'EMILE DEYROLLK » (éditeurs,
j^^^ 46, RUE DU BAC. PARIS
i